jeudi 1 mai 2014

L'eau bénite de la privatisation





La politique bon chic bon genre droite néolibérale de François Hollande atteint des sommets de mauvaise foi : alors que Chirac bradait à vil prix nos autoroutes à des sociétés privées, notre gouvernement actuel, socialo de surcroît, ne fait pas dans la dentelle en marchandant un des derniers fleurons de l'industrie française, Alstom, à des conglomérats. Donnant-donnant dirait Montebourg le preux qui une fois ministre s'est fait le chantre de la ré-industrialisation de la France et qui, dans une vie antérieure, se proclamait héraut d'une VIe République fondée sur la démocratie participative. Le temps passe, les idéaux avec, lesquels sont tous tombés les uns après les autres à l'eau, une fois noyé le poisson rouge dans la boule de cristal de la pythie aveugle (les experts) qui prédit toujours au peuple des lendemains victorieux afin de cacher les tâches de sang sous  les tapis d'un avenir d'austérité à perpétuité. L'ennemi déclaré de la finance a bon dos, qu'il courbe servilement dès lors qu'il sort des frontières du territoire français (ses visites précipitées à la City de Londres et plus tard à  Washinghton ou à Berlin ne nous auraient laissé aucune illusion si tant était que nous en ayions encore eues !). Un Sarkozy sans scrupule nous avait jeté tout cru dans la gueule de l'Otan tandis que l'onctueux Hollande en col blanc nous balance dans le gouffre sans fond du Traité Transatlantique. En France, dès 2005, n'avons-nous pas été vaccinés une fois pour toutes contre la traîtrise professionnelle des élus ? Cachez ce "Non" malsain que je ne saurais voir ! Les cochers des puissants, c'est à dire ceux qui font mine de gouverner en  conduisant les populations passives vers où il leur a été ordonné de les parquer, s'en sortiront avec la satisfaction, honteuse ou non, du devoir accompli et grassement rémunéré, tandis qu'une eau de plus en plus saumâtre continuera de couler sous les ponts dorés de la République. L'eau, justement, c'est de l'eau dont il sera question en ce beau jour du 1er mai où les syndicats vont faire paître leur piétaille de moutons laborieux dans les pâturages médiatisés. Et, demain, le rideau sera retombé sur la morne grisaille des jours sans gloire ni espoir. L'eau si précieuse symbolise on ne saurait plus parfaitement le vol légalisé à grande échelle auquel se livrent les multinationales et leurs actionnaires en s'appropriant toutes les ressources naturelles de première nécessité qu'ils nous vendent au prix fort en générant des profits monstrueux. Cette eau vive sans laquelle notre planète serait restée à l'état de cailloux poussiéreux, lune flottante insipide autour d'un soleil veuf. L'eau transparente si naturellement que la plupart de nos concitoyens, habitués comme ils le sont à se la faire livrer (et facturer) à domicile par un réseau de pipelines enterrés ou bien à acheter par pacs entiers de bouteilles plastiques dans les châteaux forts de la consommation de masse, en ont oublié le véritable prix tellement elle leur parait "couler de source". Mais les rois du pétroles, eux, n'ont jamais oublié, ils avaient appris depuis longtemps calculés quels avantages miraculeux ils pourraient tirer des vertus  de cet élément sacré que des générations de paysans se sont disputés, et pour lequel des guerres ont été et seront déclarées. Des résistants grecs, sous régime forcé de la troïka, dans une lettre adressée au peuple français - à peu près complètement ignorée par les médias à l'époque de sa parution (mars 2013) - nous rafraîchissent  la mémoire avant qu'il ne soit trop tard. L'introduction est extraite d'un article signé SuperNo, publié le 18 mars, que nos lecteurs peuvent consulter dans son intégralité ICI-MÊME.

G. Hadey



Introduction

par SuperNo



"... En France, nous avons une longue histoire avec l’eau. Cette eau qui a été privatisée dans un nombre considérable de villes, pour le profit principal de deux sociétés monstrueuses : la “Compagnie Générale des Eaux” (devenue Vivendi puis Véolia Environnement) et la “Lyonnaise des Eaux”, devenue Suez. Ces deux sociétés ont été pendant des années les plus grands artisans de la corruption des politiciens en France. Les lecteurs du Canard dans les années 80 se rappellent peut-être Jacques Médecin, maire polycumulard et caricatural de Nice qui serait sans doute aujourd’hui à l’UMPFN, dont une ligne de taxe mystérieuse sur la facture d’eau de chaque Niçois allait directement sur le compte suisse de cette crevure. On ne saura sans doute jamais combien il y eut de corrompus, de comptes en Suisse ou d’avantages en nature qui ont perverti la politique, mais on retiendra une chose : la gestion privée de l’eau est une catastrophe à tous les niveaux. Inefficacité, coût exorbitant, ce n’est qu’une machine à pomper du fric, à corrompre et à trafiquer de l’influence.
D’ailleurs, de nombreuses villes sont revenues à la raison et à la gestion municipale de l’eau. Voilà d’ailleurs bien une idée de Gauche.
Vous serez peut-être surpris d’apprendre que nos deux pieuvres françaises contrôlent 70% de la distribution d’eau dans le monde.
Pour les populations en difficulté, l’eau est encore plus cruciale. C’est un grand classique des affameurs de la Banque Mondiale que de privatiser la gestion de l’eau dans les pays qu’il rackette. On se rappelle qu’en Amérique du Sud, des millions d’habitants pauvres ont été privés d’eau suite à la privatisation du secteur au profit de multinationales, y compris françaises.
En l’an 2000, la Banque Mondiale avait déclaré qu’elle refusait de renouveler un prêt de 25 millions de dollars à la Bolivie si celle-ci ne privatisait pas son service des eaux. La même année, dans la ville de Cochabamba, de violentes émeutes avait éclaté suite à la privatisation du service municipal de l’eau pour 40 ans au profit d’Aguas del Tunari, filiale du groupe nord-américain Betchel. Outre le doublement des prix, l’entreprise prévoyait de s’approprier toutes les ressources hydriques de la zone, d’installer des compteurs et de faire payer l’eau dans toute la ville, y compris dans les quartiers les plus défavorisés.
En 2006, l’Argentine a fini par dénoncer le contrat avec Suez et a renationalisé le secteur.
Pour sa part, le président argentin Nestor Kirchner a sévèrement critiqué le groupe français Suez, qui en était propriétaire. “L’eau est un bien social, mais en Argentine, le service assuré était exécrable”, a assuré le président dans un discours près de Buenos Aires. “Cela fait quinze ans qu’ils sont en Argentine, ils ont gagné des centaines de millions et beaucoup de gens n’ont même pas une goutte d’eau”, a-t-il ajouté”
L’Amérique du Sud redresse la tête, et c’est le moment que choisit Hollandréou pour mettre un coup de botte sur la tête des Grecs, et se jeter sur la carcasse encore fumante pour tenter d’arracher un bout de barbaque.
Ulcérés par ce comportement inqualifiable, des citoyens grecs ont écrit une lettre ouverte au peuple français ... :


Lettre ouverte au peuple français

Posté par famemar - 12 - 2013




"Les tyrans ont toujours quelque ombre de vertu. Ils soutiennent les lois avant de les abattre." Voltaire, Catilina, acte I, sc. 5


Français, nos frères !
Le 19 février 2013, votre Président, François Hollande, s’est rendu dans notre capitale, à Athènes. « Notre message envers la Grèce est un message d’amitié profonde, de soutien, de confiance et de croissance », voilà ce qu’a dit votre Président et il appelé les entreprises françaises à investir…investir dans la terre et l’eau.
Hollande et Samaras parlent « d’investir » dans le domaine de la gestion des nappes phréatiques de la Grèce, ressources naturelles, qui sont protégées par la Constitution grecque, et qui n’appartiennent à personne d’entre nous, ni même au Premier Ministre, qui veut en faire commerce.
Nous connaissons très bien votre combat pour la protection des biens publics et sociaux et aussi votre sensibilisation au sujet de la gestion de l’eau. Après des dizaines d’années de gestion privée et bien que les deux grandes multinationales de l’eau, Suez et Veolia, aient des intérêts français, les villes de Paris, Brest, Varages, Durance-Lubéron, Castres, Cherbourg ou Toulouse, et d’autre, se sont battues et ont obtenu que la gestion de l’eau redevienne publique. Et ces villes ont agi ainsi, après avoir vécu les conséquences de la commercialisation de l’eau, la montée vertigineuse des prix, l’accès inégal aux services hydrauliques, la dégradation de la qualité des services proposés, la baisse des investissements dans l’entretien et l’agrandissement du réseau et les pratiques de monopoles. Même si en Grèce, les gens ont oublié, les temps lointains de 1925, les conséquences du contrôle mondial de l’époque, de l’eau d’Athènes aux mains de l’entreprise américaine Ulen, nous les plus jeunes, ayant étudié et réfléchi, nous partageons avec vous exactement les mêmes inquiétudes concernant la privatisation imminente des Compagnies des eaux ΕΥΑΘ et ΕΥΔΑΠ, et de nombreux autres services municipaux, comme le bruit en court.
Notre inquiétude grandit encore pour se transformer en colère, après la réponse du Directeur de la Commission de l’UE, Olli Rhen, aux groupes de citoyens. Il a assuré que la Commission Européenne promeut à dessein la privatisation dans tous les pays qui bénéficient de plans de sauvetage, bien que cela soit contraire à la Directive de neutralité, concernant la propriété ou la gestion privée ou publique des services de l’eau (article 345 TFEU et article 171 de la Directive 2006/123/EC, en rapport avec les services de marché intérieur) mais aussi contraire au Protocole concernant les Services Publics du Traité. D’autre part, la Commission, mais aussi le gouvernement grec ignorent volontairement que c’est la Commission elle-même, qui conduit les recherches sur les plus grandes multinationales de l’eau (Suez, Veolia, Saur) à propos de pratiques de monopole ou de comportements d’harmonisation des pratiques.
Dans ce pays, qui se trouve au bord du gouffre de la faillite, qui jour après jour, perd une partie de son indépendance nationale, et où les voix et protestations des citoyens s’élevant contre le bradage des ressources naturelles de type colonialistes, sont étouffées par le dogme de la « tolérance zéro », le gouvernement grec, qui a escamoté le vote des Grecs pour « renégocier »  le mémorandum, considère qu’il est urgent de remplir ses caisses avec tout ce qui peut se vendre, vendant non seulement son héritage, mais une partie de son âme. Nous, les citoyens grecs, humiliés, nous voilà revenus aux temps du protectorat, obligés de privatiser notre eau, la rendant d’une qualité douteuse et chère.
Après l’impressionnant référendum italien pour l’eau, en 2011, le retour aux services publics dans de nombreuses régions françaises, la réglementation aux Pays Bas en 2004 qui impose une gestion publique des nappes phréatiques, et leur protection par la constitution allemande, nous nous demandons : l’Union Européenne nous considère-telle encore comme des Européens ? Et nous sommes désolés justement, parce que nous sommes Européens, pas seulement pour nous, mais par crainte de devenir le cheval de Troie d’un commerce de vente d’eau dans toute l’Europe. Nous savons que le peuple français ne s’enrichira pas par l’action des multinationales françaises de l’eau, même si elle devait s’étendre jusqu’à la dernière de nos îles, et nous vous invitons à vous tenir à nos côtés. Nous ne voulons pas de tels « investissements », qui signifient la privatisation des gains et la socialisation du coût, qui conduira notre pays à s’endetter jusqu’à la nuit des temps.
Nous voulons vous crier du fin fond de notre âme que la privatisation de l’eau, en Grèce, est une question qui concerne tous les Européens, qui depuis des années, résistent vigoureusement à toute commercialisation des services de l’eau. Il s’agit d’un pas en arrière dans notre combat pour les biens publics et la vie humaine. Pour nous tous, l’eau n’est pas seulement un bien social, c’est le symbole de la justice et de la liberté, héritage commun, que nous sommes obligés de protéger, afin de le transmettre sûrement et en toute liberté à la génération future.
En conclusion, le destin de la Grèce, est aussi le destin de l’Europe, une Europe qui se comporte en oligarchie anti-démocratique, installant une féodalité du XXIe siècle d’un nouveau genre, ayant la loi du marché pour seul lobby.
Français, nos frères, nous les citoyens grecs, nous vous demandons d’être à nos côtés dans ce combat que nous menons pour une gestion démocratique de nos nappes phréatiques, face à une troïka, qui décide et ordonne, et un gouvernement, qui n’est qu’aliéné, parfois de bon gré, aux directives du mémorandum. L’heure est venue que nous donnions ensemble, un nouveau souffle à la devise liberté-égalité-fraternité.
Το εναντιούμενον τω δυναστεύοντι δήμος ωνόμασται.
On appelle démos (le peuple), ceux qui s’opposent au tyran.
Thucydide, 460-394 av. JC





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