mercredi 23 avril 2014

Il était une fois le président le plus pauvre du monde






« Je ne suis pas un président pauvre, j'ai besoin de peu. Je vis dans l'austérité, la renonciation. J'ai besoin de peu pour vivre. Je suis arrivé à cette conclusion parce que j'ai été prisonnier durant 14 ans, dont 10 où si la nuit, on me donnait un matelas, j'étais content » Pepe Mujica

« C’est une question de liberté. Si vous n’avez pas beaucoup de biens, alors vous n’avez pas besoin de travailler toute votre vie comme un esclave pour les garder, et donc vous avez plus de temps pour vous-même » Pepe Mujica






 José Mujica Cordano, surnommé « Pepe Mujica », est un homme d'État uruguayen, né à Montevideo le 20 mai 1935. Il a été élu président de la République le 29 novembre 2009.
Ex-guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, il a été détenu en tant qu'otage par la dictature (1973-1985), puis participa à la création du Mouvement de participation populaire (MPP) avec le Mouvement de libération nationale - Tupamaros (MLN-T). Élu sénateur puis nommé ministre de l'Agriculture du gouvernement Vázquez, en 2005, il l'emporta aux primaires de juin 2009, au sein de la coalition de gauche du Front large (Frente Amplio) contre Danilo Astori (Assemblée Uruguay), qui a été son colistier pour la présidentielle et a donc été élu vice-président. Candidat présidentiel du Front large pour la présidentielle d'octobre-novembre 2009, il l'a remporté au second tour contre le candidat du Parti national, Luis Alberto Lacalle, avec 52,9 % des voix contre 42,9 %. Il a pris ses fonctions le 1er mars 2010. Sa femme, Lucía Topolansky, a été élue sénatrice sur les listes du MPP.
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Mujica a renouvelé en avril 2010 avec le Venezuela de Chávez l'accord commercial de 2005, signé par Tabaré Vazquez, qui prévoit notamment l'approvisionnement en pétrole de l'Uruguay à des conditions favorables.
Il annonce en mai 2010 le dépôt d'un projet de loi devant limiter le secret bancaire et ainsi l'évasion fiscale, conformément aux standards de l'OCDE. Selon la Banque centrale de l'Uruguay, près de 18 % des dépôts appartiendraient à des non-résidents, soit 2 500 millions de dollars, détenus pour la plupart par des Argentins .
En octobre 2012, le Parlement vote la légalisation de l'avortement. Contrairement à son prédécesseur, qui avait mis son véto à cette légalisation, Mujica fait approuver la loi. En avril 2013, les parlementaires approuvent définitivement une loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Mujica est aussi en faveur d'un projet de loi qui placerait la production et la vente de la marijuana sous contrôle de l'État.
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Mujica se distingue par son mode de vie, très éloigné du faste habituel de la fonction présidentielle. Délaissant le palais présidentiel, il habite la petite ferme de son épouse, « au bout d'un chemin de terre » en dehors de Montevideo. Il continue à y cultiver des fleurs avec son épouse, Lucía Topolansky, à des fins commerciales, et donne environ 90 % de son salaire présidentiel à des organisations caritatives ou pour aider des « petits entrepreneurs », conservant pour lui-même l'équivalent du salaire moyen en Uruguay (environ 900 € par mois). Le couple présidentiel bénéficie de la protection de deux policiers à la ferme. Il est végétarien26. Le patrimoine du couple présidentiel provient pour la majeure partie de son épouse (Mujica n'ayant comme seul bien qu'une Coccinelle de 23 ans) et est évalué en 2012 à 4,2 millions de pesos uruguayens (environ 170 000 €)27.
Son engagement va encore beaucoup plus loin : lors de la vague de froid qu'a subi le pays en juin 2012, il a immédiatement inscrit la résidence présidentielle sur la liste des refuges pour les sans-abris.


Wikipedia












« les vieux penseurs – Epicure, Sénèque et même les Aymaras – définissaient le pauvre non pas comme celui qui a peu, mais comme celui qui a une infinité de besoins et désire toujours plus que ce qu’il a » Pepe Mujica

 « Si l’humanité entière aspirait à vivre comme un Américain moyen, nous aurions besoin de trois planètes rapporte » Pepe Mujica




Sérieusement ? Oui sérieusement.

Malgré la puissance de feu idéologique et politique de l'église sur ce continent, l'Urugay est le premier pays sud-américain a légaliser l'avortement ; quand il est remis en cause là où on l'aurait cru acquis pour de bon (Europe...).

L'adoption ne souffre aucune discrimination d'après les moeurs des demandants, et la reconnaissance de l'union civile entre personnes du même sexe vient d'être nouvellement adoptée.

Ces avancées notables sont en partie le fait de José Mujica, un élu que le mot d'atypique peine à brosser en un portrait partiel. Le décrire demande d'aller bien au-delà.
Son dernier coup, c'est la dépénalisation de la consommation et de la production de cannabis, afin de contrecarrer le marché noir, source de violence... Et puis simplement par rejet de la criminalisation et amour de la liberté.

Il faut dire qu'il a passé des années engeôlé au fond d'un puits, prisonnier politique. Mais il n'a pas seulement partagé ses quignons de pains avec les rats comme il le raconte ; dénonçant volontiers le consumérisme exacerbé, il reverse aujourd'hui la presque totalité de ses émoluments à des associations caritatives.
Pas de prosélytisme ou de revendications spirituelles tordues à la clé : au diable la prégnance et l'importance des convictions religieuses dans le pays, le paysan ex-guerillero a déclaré être simplement un athée humaniste.

Agé de 79 ans, il vit dans sa vieille ferme en compagnie de son épouse, et de leur vieille chienne amputée d'une patte.
Sur son initiative, le palais présidentiel sert à reccueuillir les sans-abris pendant les vagues de froid !

Hasta siempre, Presidente !

++sWING¤¤



Source : Je n'ai pas de copain imaginaire





Drogue: la guerre contre les narcos passe par l'Uruguay

 Par Anne Denis

 


L’Uruguay a légalisé la production et le commerce du cannabis et l’Etat en assumera seul la vente. Une loi révolutionnaire censée déstabiliser le narcotrafic mais dont la portée future reste incertaine.



Demandez le cannabis de l’Etat, rapport qualité-prix imbattable! Cette situation sans précédent est devenue réalité depuis le vote en Uruguay, mardi 10 décembre, d’une loi déjà adoptée en juillet dernier par l’Assemblée, qui prévoit la légalisation de la culture et de la vente de cannabis aux Uruguayens de plus de 18 ans.

L’expérience, qui ne débutera concrètement que courant 2014 -le temps de préparer et publier les décrets puis de planter et récolter l’herbe légale- est absolument unique. Certes, des initiatives de dépénalisation sont en cours ailleurs: la consommation de «weed» est déjà tolérée aux Pays Bas ou en Espagne, son usage à des fins thérapeutiques a été autorisé dans plusieurs Etats américains et son usage «récréatif» sera légal dès l’an prochain dans le Colorado et l’Etat de Washington. Mais la démarche règlementaire uruguayenne, menée à l’échelon national, est bien plus radicale. Bien plus claire aussi, puisque l’Etat encadrera et régulera strictement toute la filière, se réservant aussi le monopole de la vente via un Institut de régulation du cannabis (IRCCA).

Jusqu’à présent, seule la consommation de cette drogue dite douce était licite dans ce petit pays de 3,3 millions d’habitants, qui compte, selon les estimations, 100.000 à 200.000 consommateurs réguliers, clients du marché noir. Le nouveau texte de loi légalise, lui, trois possibilités d’accès: soit l’auto-culture (six plants maximum par personne), soit la culture collective dans des clubs (45 membres et 99 plants maximum), soit la vente en pharmacie (40 grammes par mois maximum). Tout cultivateur ou acheteur –majeur et résident en Uruguay– devra s’inscrire sur un registre national.


Santé publique

L’objectif mis en avant, c’est la santé publique et l’encadrement des jeunes consommateurs: le cannabis représente plus des deux tiers de la consommation de drogue dans le pays. Il s’agit aussi de détourner les jeunes de la «pâte-base », dérivé bon marché mais dangereux de la cocaïne qui fait des ravages chez les plus pauvres et semble à l’origine d’une certaine montée de la délinquance. Même si le pays, doté d’institutions solides, est jusqu’ici resté relativement préservé de la criminalité liée à la drogue dont souffre l’Amérique latine.

Les autorités vont s’aligner sur les prix les plus bas du marché noir, soit environ un dollar le gramme, pour concurrencer directement les trafiquants en offrant une herbe de bien meilleure qualité. «Plutôt que de combattre le narcotrafic avec les forces de police, nous les combattrons sur leur marché», n’a cessé d’expliquer le président du pays, José Mujica , dit «Pepe», qui a voulu et porté cette loi.
Pepe Mujica

Il faut dire que «Pepe» Mujica, 78 ans, est un phénomène. Charismatique, populaire, visionnaire selon ses partisans, cet ancien guérillero membre des Tupamaros, qui fut emprisonné 15 ans dans des conditions très dures pendant la dictature, est arrivé au pouvoir en 2009 sous les couleurs du Frente Amplio, large coalition ralliant toute la gauche, de la plus radicale à la plus soft.

Depuis, il n’a rien changé de son style de vie ultra simple, vivant toujours dans sa ferme près de Montevideo avec sa femme, la sénatrice Lucia Topolansky, et reversant 90% de son indemnité présidentielle. Converti depuis longtemps à la social-démocratie, il est resté fidèle à ses convictions libertaires des années 1970.

Il est clair en tout cas que Jose Mujica entend faire de cette loi l’emblème de son mandat. D’autres lois très progressistes ont été votées sous sa présidence, telle la loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse jusqu'à 12 semaines de gestation adoptée en octobre 212 (non sans d’âpres polémiques), ou celle autorisant le mariage entre homosexuels en avril dernier.

D’ailleurs, l’union civile entre ces derniers avait été instaurée dès 2008, l’adoption d’enfants par des couples de même sexe autorisée en 2009 , sans parler d’avancées anciennes, telle que l’abolition de la peine de mort dès 1907 ou le vote des femmes acquis en 1927. De quoi faire passer les Uruguayens pour d’exceptionnels libertaires.



Paradoxes uruguayens

 «Au contraire, rétorque Bernardo Sorj, sociologue uruguayen installé au Brésil et interrogé par Slate. L’Uruguayen moyen est conservateur et traditionnaliste». Mais ce petit pays coincé entre Brésil et Argentine «est aussi, poursuit-il, l’un des plus sécularisés au monde et ce, depuis très longtemps. La laïcité y est un principe éducatif depuis 150 ans, l’Eglise est tenue en dehors de toutes les institutions publiques, bien plus qu’en France où l’influence chrétienne reste forte».

Une culture laïque qui explique le passage relativement facile des lois en faveur des gays par exemple. Le débat sur la légalisation de la drogue se situe selon lui sur un autre plan.
La loi n’est d’ailleurs passée que grâce à la solide majorité du Frente Amplio au Parlement et à sa loyauté à l’égard du chef, puisqu’un récent sondage montre que plus de 60% de la population y était hostile. «Les classes moyennes y sont opposées car elles craignent pour la santé de leurs enfants et ne sont pas sensibles aux bénéfices éventuels du texte pour les plus défavorisés», souligne Bernardo Sorj.



Prospérité

Il estime que la loi risque de fragiliser le Frente Amplio lors de l’élection présidentielle d’octobre 2014, «d’autant que la montée de la violence, même limitée, est le premier sujet de préoccupation de l’opinion». Cela dit, aucune manifestation de grande ampleur n’a agité le pays pour s’opposer à cette loi et, pour le moment, le candidat du Frente Amplio[1], Tabaré Vazquez (déjà président de 2004 à 2009), caracole en tête de tous les sondages, loin devant celui du principal parti d’opposition qui a pourtant promis d’abroger la loi s’il est élu.

Ce n’est qu’un des paradoxes de la société uruguayenne. Un bon connaisseur du pays avance une explication:

«Après le marasme des années 2002- 2003, le Frente Amplio a installé l’Uruguay dans une prospérité et une croissance durables. La population lui en est reconnaissante et lui fait confiance, même si ses innovations sociétales crispent les catégories les plus conservatrices».
Avec un taux de croissance actuel de plus de 3,5%, le pays mérite en effet toujours son surnom de «Suisse de l’Amérique latine».



Vents contraires


Nul doute que la démarche sera observée de près dans toute la région, et pas forcément avec bienveillance. Les critiques fusent: certains redoutent l’apparition d’un tourisme du cannabis (même si les étrangers ne peuvent en théorie l’acheter légalement), d’autres n’y voient que de la poudre aux yeux, en rappelant que le fléau qui gangrène l’Amérique latine, c’est d’abord la cocaïne.

Beaucoup n’y voient qu’une expérimentation de laboratoire, à la taille de ce micro pays, impossible à calquer à plus grande échelle (Mujica a d’ailleurs assuré lui-même qu’une marche arrière restait possible si l’expérience n’était pas concluante). «Traiter la légalisation du cannabis comme une question de santé publique est défendable, à condition que le système national de santé fonctionne bien. C’est le cas en Uruguay, mais pas toujours ailleurs», remarque Bernardo Sorj.

L’application de la loi elle-même risque de rencontrer quelques difficultés. Par exemple, la législation uruguayenne interdit le vote de toute dépense publique supplémentaire un an avant l’élection (octobre 2014). Ce qui empêche de facto le futur Institut de régulation, pourtant pivot de tout le dispositif, d’être doté du moindre budget avant … 2016. De quoi perturber la mise en route de la filière légale (le gouvernement réfléchirait à un système de dons).




Dialogue interaméricain

Quoi qu’il en soit, cette loi révolutionnaire va nourrir la réflexion engagée aujourd’hui sur tout le sous continent latino-américain autour d’un constat unanimement partagé: la guerre coûteuse et meurtrière contre les cartels de la drogue, qui dure depuis des décennies, de la Colombie au Mexique en passant par le Pérou et le Nicaragua, est un échec. Pour Bernardo Sorj, «Mujica est un idéaliste mais aussi un fin politique. Il sait que son initiative historique obligera ses voisins brésilien et argentin à réagir». Deux géants encore très frileux sur le sujet.

D’ores et déjà , d’anciens présidents mexicains comme Vicente Fox et Ernesto Zedillo militent pour la légalisation des drogues; le président colombien Juan Manuel Santos s’est dit ouvert à la discussion, et un tabou est tombé lorsque le sujet a été mis sur la table du sommet des Amériques de Carthagène en 2012, sommet qui réunissait les Etats-Unis et les pays latinos.

L’un des plus fervents partisans d’une reprise du dialogue interaméricain sur la question est le président du Guatemala, Otto Pérez, élu en 2012. Son ministre des Affaires étrangères, Luis Fernando Carrera, a récemment défendu cette idée à Paris, lors d’une rencontre avec l’Institut des Amériques.

Il a souligné l’importance d’inclure les Etats-Unis dans la réflexion, et de faire de l’OEA (Organisation regroupant les Amériques du Nord et Sud, actuellement plutôt décrédibilisée) le centre de ce dialogue, «car c’est le seul espace réunissant à la fois les pays producteurs, consommateurs et de transit». Le Guatemala, a-t-il ajouté, préconise «la régulation plutôt que la prohibition. Avec la régulation, nous évitons le marché noir et nous créons un marché que nous pouvons contrôler».
Il suggère de traiter le cannabis comme l’alcool ou le tabac. En tout cas, l’idée d’Otto Perez de dialogue Nord- Sud a fait son chemin puisqu’il a obtenu qu’une assemblée générale extraordinaire de l’OEA se tienne en 2014 sur ce sujet brûlant. Tous les regards se tourneront alors vers le labo grandeur nature de «Pepe» Mujica.

Anne Denis





[1] José Mùjica ne peut se représenter, la Constitution interdisant deux mandats présidentiels consécutifs.

Source : Slate.fr






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