mercredi 9 avril 2014

"Fort" comme un turc


Par Karim Mohsen



Il s'en passe des choses dans les arcanes de la politique internationale, alors que le droit du même nom n'a jamais été autant malmené par les tenants du nouvel ordre mondial. Un ordre mondial où ce sont les «puissants» qui traduisent, à leurs profit et convenance, le droit dit «international». A l'évidence, la Turquie se place dans cet ordre, comme le rappelait, mercredi dernier, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, à l'adresse de la Syrie, menaçant: «La République turque est un Etat puissant qui n'hésite jamais à prendre toutes les mesures qu'il juge nécessaire pour protéger sa sécurité nationale.» Comment donc! On a bien remarqué cette puissance devant Israël, quand des commandos israéliens ont assassiné des ressortissants turcs après l'abordage du Mavi Marmara en mai 2010. A en croire le quotidien israélien Haaretz, l'Etat hébreu a offert une enveloppe de 20 millions de dollars pour les victimes turques de l'assaut israélien. Il n'est donc pas donné à tous de jouer aux «petits chefs» dans la cour des grands, car souvent, on finit par s'y brûler. C'est ce qui semble arriver aux apprentis sorciers d'Ankara, piégés en pleine «complotite» contre la Syrie. Ce que montre clairement la vidéo de la rencontre «confidentielle» organisée au ministère turc des Affaires étrangères, où des responsables turcs haut placés discutaient, «entre gens civilisés», de la meilleure manière de légitimer une attaque contre la Syrie. C'est dit à haute et intelligible voix. Ce que le peuple turc a entendu avec stupeur d'abord, colère ensuite en découvrant, sur YouTube, jusqu'où leurs dirigeants sont prêts à aller pour assouvir leur besoin de puissance. Frapper la Syrie, permettrait aussi, sans doute, de faire passer au second plan, voire faire oublier le marécage nauséeux des scandales de corruption qui éclaboussent des dirigeants turcs, à leur tête le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, plus ou moins placé sur un siège éjectable, au moment où l'étau se resserre autour de lui et de ses proches. On savait le monde quelque peu déboussolé par l'interventionnisme tous azimuts des puissants dans les affaires d'Etats souverains, mais c'est la première fois que la preuve en est donnée en grandeur nature. C'est incroyable, mais le fait est là, des gens discutent tranquillement à bâtons rompus de la façon de semer le chaos dans un pays voisin.! A Ankara c'est la panique où une chasse aux sorcières est ouverte depuis jeudi dernier pour trouver les «taupes» qui ont publié sur YouTube et Twiter - ces deux plate-formes de communication de masse ont d'ailleurs été immédiatement fermées par le gouvernement turc - des comptes rendus d'une réunion «sensible» sur la Syrie. Notons que les autorités turques ne nient pas la réalité de cette réunion controversée. Ce qui est grave, car elle indique que la «rébellion» en Syrie n'est ni tombée du ciel ni n'avait des racines nationales, mais bien manipulée de l'étranger. Le Qatar et l'Arabie Saoudite n'ont jamais caché leur implication dans le fait, la Turquie qui cachait bien son jeu, confirme désormais qu'elle y est aussi pleinement engagée. Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a beau ratiociner, promettant d'identifier «l'origine de cette effraction perpétrée contre la sécurité nationale», il n'en reste pas moins que cela sonne creux et est surtout un aveu de l'ingérence d'Ankara dans les affaires d'un Etat tiers, en butte, depuis plus de trois ans, à une guerre meurtrière dont la Turquie porte une part de responsabilité dans son avènement. Davutoglu a encore affirmé que «les écoutes visant les responsables assurant des fonctions-clés dans l'appareil d'Etat constituent clairement une déclaration de guerre à l'Etat et à la nation turques». Comment qualifier les efforts de ces dernières années de la Turquie - qui aide de toutes les manières la rébellion syrienne - en guerre contre la Syrie sans la déclarer formellement? C'est cela les nouvelles relations internationales placées sous le seul vecteur des rapports de force tel qu'induites par le nouvel ordre mondial? Ainsi, la Turquie qui n'est pas en reste veut avoir un strapontin dans ce nouvel ordre en montrant sa «force» et ses capacités d'intervention contre plus faible que soit. C'est sans doute aussi cela être «fort» comme un Turc?


Source : L'Expression dz.com

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