jeudi 6 mars 2014

Situation géostratégique du monde vue depuis l'Ukraine



Il serait dommage de passer à côté de l'analyse magistrale et très documentée de Mr Stanechy pour comprendre l'ampleur ainsi que les  conséquences du coup d'état en Ukraine effectué le 22 février 2014 par des commandos fascistes ralliés à l'Otan et visant essentiellement à déstabiliser la Russie de Vladimir Poutine. Thierry Meyssan, que nos rayeurs de vitres propagandistes de la désinformation franchouillarde considèrent comme un paria du journalisme,  en arrive, à peu de chose près aux mêmes conclusions  :

"La Russie n’a pas réagi aux événements ukrainiens durant les Jeux Olympiques de Sotchi. Sa presse continuait à faire ses titres des exploits de ses athlètes, tandis que l’on se battait à Kiev et dans plusieurs capitales provinciales. Le Kremlin considérait en effet qu’à tout moment, les ennemis de la Russie pouvaient encore transformer sa fête sportive en bain de sang.

Comme prévu, le pouvoir avait déjà changé de mains à Kiev lorsque se clôturaient les Jeux. Les Occidentaux, largement désinformés, ont eu l’impression d’une révolution pro-européenne. Pourtant, la divulgation d’une conversation téléphonique entre l’assistante du secrétaire d’État US, Victoria Nuland, et son ambassadeur, Geoffrey R. Pyatt, ne laisse aucun doute sur le complot états-unien. À coup de fausses images, on leur a fait passer un gouvernement de voyous et de prévaricateurs pour une bande de tortionnaires russophiles. Comme dans toutes les « révolutions colorées », de mystérieux snipers ont tiré depuis les toits à la fois sur la foule et la police, et le gouvernement en a été tenu pour responsable. Dans la confusion, les Occidentaux ont eu l’impression que « le peuple » s’était emparé des palais nationaux. En réalité, pendant que des activistes, majoritairement nazis, combattaient place Maidan en direct sur les télévisions internationales, des politiciens s’emparaient discrètement des palais nationaux dans une autre partie de la ville. De ce point de vue, les Européens peuvent être rassurés : ce ne sont pas les nazis qui ont pris le pouvoir.".

Depuis la "révolution orange ratée" de 2004, en passant par le dépeçage sanguinaire de la Libye et jusqu'à la tentative en cours - non moins sanguinaire - de renversement du gouvernement de Bachar al Assad en Syrie, il est devenu évident au regard de n'importe quel observateur un tant soit peu lucide, que l'Otan, suprême décideurs des politiques de l'Union Européenne du grand capital, n'a de cesse de de vouloir casser l'échine des gouvernements des nations qui renâclent à s'aligner sur ses objectifs destructeurs d'humanité en vue d'imposer un Nouvel Ordre Mondial qui ne profiterait qu'aux banques et aux ses multinationales lesquelles ne font jamais assez de profits et n'ont cure de dévaster les ressources naturelles en instaurant une dictature économico financière à l'échelle planétaire. "Après moi le déluge", tel est leur mode opératoire, et de conquêtes militaires effrenées. Il est également devenu clair que les journaux possédés par des milliardaires ou des agences de presse bidon (c. à d. privatisées) mènent une contre-révolution obsessionnelle (commencée après 1945) destinée à abroger les droits universels des êtres humains  dont le but quasiment déclaré est d'asservir les peuples par le biais d'organisations made in USA comme le FMI ou l'OMC, pour ne désigner que les plus prestigieuses d'entre elles. Pourtant, en dépit de l'impitoyable lavage de cerveaux, informatique autant que médiatique, auxquels sont soumis les citoyens du monde, une résistance âpre, lente et organique se fait jour, sur tous les continents à partir de quelques pays d'Amérique latine, avec l'appui de la Russie, de la Chine et de l'Iran qui, à leur insu par ailleurs, en sont devenus les fers de lance. Les révolutions arabes, à l'origine portées par des populations excédées de misère et de privations, ont toutes été soit récupérées, soit réprimées et ensuite endiguées sous le giron occidental. Il n'en reste pas moins que les ferments ardents de libération et de révolte continueront de se transmettre car les peurs initiales ont été vaincues lors de ses soulèvements dont les "lendemains" pourraient encore nous surprendre et avoir des répercussions détonnantes en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie ... etc ... afin d'en finir une bonne fois avec les escroqueries criminelles du marché de libre échange capitaliste. A cet égard l'Ukraine pourrait être la mèche fatale par laquelle le feu se propage. Et si jamais la cocotte minute sous pression explosait au coeur même de l'empire déchu des USA ? G. Hadey




Ukraine : Le Passing-Shot…



« Vous n’avez pas été conçus pour vivre comme des bêtes
Mais pour faire preuve de courage et de savoir. »

Ulysse (1)







La "claque" !...

Expression jubilatoire de nos plus acharnés chroniqueurs russophobes dans nos médias. Trépignant d’excitation vengeresse en célébrant la réussite du coup d’Etat, renversant président et gouvernement élus de l’Ukraine.

"Poutine" venait, d’après ces analystes euphoriques, de recevoir une monumentale "claque". Poutine "avait perdu la main", "s’était endormi" pendant les jeux de Sotchi, "surpris" par les évènements… Et autres sarcasmes et ricanements.

Sous-entendu, grâce à l’ingénieux stratagème organisé par les services spéciaux des pays de l’OTAN. Car, dans le fond, ces commentateurs ou "analystes" ne sont pas dupes. Ils mettent, tout simplement, en œuvre leur inépuisable servilité.

Tout le monde le sait, l’a compris : sur fond d’un incontestable mécontentement populaire face à la corruption du pouvoir politique, tous partis confondus, les violentes manifestations sur la place principale de Kiev n’était qu’une méthodique mise en scène. Animée, encadrée, par des commandos formés et équipés aux combats de rue, en cheville avec les médias de la propagande occidentale.

Avec pour objectif premier de bloquer toute évolution normale en cas de crise politique dans un pays à prétention "démocratique" : dissolution des institutions parlementaires ou représentatives défaillantes, et recours aux élections pour désigner de nouveaux responsables.

Pas de quoi s’étonner. Depuis des semaines le "Russia Bashing" battait son plein dans notre sphère médiatique. Ce mélange de désinformation paranoïaque : mensonge, mépris, calomnie, procès d’intention. Avec pour cible principale, la bête noire, le cauchemar des dirigeants occidentaux : Poutine.

Comment ne pas rire, là encore, si le contexte n’était aussi dangereux et dramatique, d’un tel niveau de cynique imbécilité ?...

En fait, nous venons d’assister à  la vieille recette des coups d’Etat organisés par les occidentaux. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, des décennies durant. Sur tous les continents. Se spécialisant par régions, dans leurs zones d’administration coloniale ou néocoloniale : Afrique dite "francophone" pour la France, "anglophone" pour le Royaume Uni. Amérique latine, Moyen-Orient ou Asie (Indonésie, Philippines, etc.), pour les Etats-Unis.

En évitant, à présent, de laisser les militaires au premier plan. Dans le meilleur des cas, sous couvert d’élections truquées.

Sauf, que l’Ukraine n’est pas la Côte d’Ivoire, le Nigéria, la Colombie ou le Nicaragua.

Ce fut, donc, le réveil... Style : lendemain de réveillon... S'il y eut "claque", le "retour de claque" fut fulgurant... Nos propagandistes, de fureur, en avalent leurs micros et prompteurs...

L’oligarchie occidentale titubant dans l’ivresse de sa mégalomanie se retrouve, en Ukraine, soudainement confrontée dans son "hubris", cette démesure dans l’orgueil et le mépris de l’Autre, face à une implacable détermination architecturée sur une remarquable stratégie.

Choc d’autant plus démesuré, ou déséquilibré, que cette oligarchie, profondément corrompue, ne peut faire le poids devant un homme d’Etat, son gouvernement et ses collaborateurs, incarnant la souveraineté et les valeurs d’une Nation, au sens large, en pleine Renaissance.
L’Hubris de l’oligarchie occidentale.







Trois tares accablent cette oligarchie, sclérosée dans sa mégalomanie :

i) L’analphabétisme géopolitique

Habituée à dominer, massacrer, piller, pays et populations sans défenses ou quasiment, elle en vient à oublier l’état du monde, sa rapide évolution, les nations et leurs origines. Prétendre provoquer la Russie dans ce qui constitue un de ses hauts lieux d’identité nationale, par ses racines historiques et culturelles, représente une totale méconnaissance des enjeux géopolitiques actuels.

C’est oublier que la fondation de la Russie  remonte au IX° siècle à Kiev. La Russie Kiévienne fondée par Oleg le Sage, la Rus’ de Kiev, en 882, y déplaçant la capitale de son  royaume depuis Novgorod.

Puissant Etat qui se permit d’attaquer Constantinople en 907 avec 80.000 guerriers, et 2000 embarcations. A défaut de prendre la ville, ils en repartirent les fourgons débordant d’or payé par Byzance, avec un traité de paix signé en 911 les autorisant à ouvrir un comptoir dans la cité et y commercer librement. Ce fut le premier traité international de la Russie avec un Etat étranger.

En 988, lors du règne de Vladimir le Grand, un missionnaire, Cyrille, réussit à convertir au christianisme ces rudes descendants de Vikings, les Varègues. La cathédrale Sainte-Sophie de Kiev a été construite par un des plus grands rois de cette dynastie, Iaroslav le Sage. Cette succession de monarques exceptionnels par leur courage et leurs compétences d’administrateurs avisés, sur les immenses territoires des grands fleuves de la Baltique à la Mer Noire, incarne, symbolise, le socle de la Russie.

Non, Monsieur Obama, "Mille ans d’Histoire" ne se balayent pas d’un effet de manche !... Il est vrai, qu’il y a 1000 ans, les Etats-Unis n’existaient pas…

L’Occident était pourtant prévenu.

Souvenons-nous en 2008, lors des JO de Pékin, les occidentaux avaient fomenté une attaque-surprise lancée depuis leur protectorat de Géorgie, armé et encadré par l’OTAN. Violente et traitreuse agression contre des membres de la Fédération Russe, Ossétie et Abkhazie, sur ses frontières du Caucase. (2)

Ce fut la raclée immédiate.

C’est oublier, aussi, deux principes fondamentaux de la stratégie, connus depuis des millénaires. Depuis Sun Tzu (3) :
=>   On n’agresse jamais une nation, qui ne vous souhaite aucun mal, sur son territoire. C’est l’échec assuré. Sun Tzu emploie le terme : « mortel ». (XI-10-225)
=>   Encore plus important : sous-estimer son adversaire est la certitude d’une défaite. (IX-46-212)


ii) L’illusion de la condescendance

Ce mépris, cette condescendance, attitude permanente des oligarques occidentaux et de leurs médias à l’égard de la Russie, illustrent l’expression récurrente de leur hystérie :
« Prendre ses désirs pour la réalité ».

Comment pouvait-on penser, une seule seconde, que les Russes "s’endormaient" dans la préparation ou la célébration des jeux de Sotchi et autres fadaises de la propagande ?... Depuis 2008, les Russes savaient qu’après le fiasco de leur aventure militaire, via la Géorgie, l'oligarchie occidentale organiserait une manœuvre de déstabilisation de l’Ukraine.

Eux aussi, ils ont leurs "War Room", "Data Room", moyens d’écoute et de repérage. Avec des dizaines de spécialistes, surveillant les opérations sur le terrain. Minute après minute. Avec organigrammes, photos, profils de tous les protagonistes, groupuscules et commandos. Agitations de tous les diplomates, intellectuels, ONG et journalistes, vrais et faux, des pays de l’OTAN. Venant déverser leur huile sur les feux du mécontentement, de la colère ou de la rue.

Relevés méticuleux des circuits de tous les mouvements d’argent. Corruptions des politiciens de tous les partis, responsables des services de police, officiers généraux de l’armée. Paiements "cash", lors des combats de rue, des mercenaires-agitateurs (30 € la journée, 35 € avec leur équipement personnel : casque, bouclier, barre de fer ; 5 € la bouteille incendiaire, etc.) : Business as usual… Identification, aussi, de ceux qui refusaient de se mettre à la solde des occidentaux pour encourager, répandre, le chaos.

C’est oublier que leurs services de renseignement sont parmi les plus performants. En Ukraine plus qu’ailleurs. N’oublions pas qu’ils étaient comme chez eux à la NSA, et qu’ils décortiquent semaine après semaine les "2 millions" de  documents ramenés pas Snowden avec sa brosse à dent…

Alors, le tissage de la toile, par les services spéciaux (action psychologique et action militaire) des membres de l’OTAN ne pouvait échapper à leur vigilance. Surtout le théâtre d’ombres animé par les services américains, britanniques, et allemands. Et, tout aussi actifs en Ukraine : polonais. La Pologne étant frontalière, et puissance occupante pendant deux siècles (XV° - XVII° siècles) avec une importante influence dans la partie "Ouest" comme il est dit actuellement, par opposition à l'Est de l'Ukraine et à la Crimée.

Cette maîtrise du renseignement leur a permis de préparer un large éventail de ripostes en fonction du degré d’implication de l’OTAN, avec ses ramifications dans "l'économie-casino" : spéculations boursières, manipulations du marché des devises, etc. Dans une stratégie parfaitement planifiée. Au-delà d’une simple riposte, il convient en effet de maximiser les gains au détriment d’un agresseur imprévoyant, pris au piège de ses propres mésaventures et de son incurable mégalomanie.

Dérisoire illusion de l’arrogance occidentale…

iii)  Le fanatisme idéologique

Arrogance nourrie par une idéologie coloniale forgée au cours des siècles qui atteint, de nos jours, des dimensions délirantes. Sans contrepoids, du fait que les puissances régionales (Russie et Chine, principalement) évitent, pour le moment, toute confrontation déclarée. Les occidentaux assimilant, évidemment, cette attitude de retenue et de prudence à de la faiblesse.

En Ukraine, ils se sont crus ainsi tout permis pour renverser le gouvernement et installer leurs marionnettes. Utilisant pour cela tous les moyens.

Jusqu’aux groupes néonazis, très nombreux et bien organisés en Ukraine de l’Ouest. Violemment antirusses. Héritiers des 250.000 d’entre eux qui se sont engagés, lors de la deuxième guerre mondiale, dans les troupes allemandes. Dont certaines se sont férocement illustrées dans l’occupation de la Yougoslavie, défendue par les résistants de Tito.

Ce sont eux qui ont pris d’assaut le parlement, armes à la main, pour faire « voter  la destitution » du président...

En termes d’organisation et de montage opérationnel, ce coup d’Etat m’a renvoyé à celui de 1953 qui a renversé Mossadegh et son gouvernement, régulièrement élus. Sanctionnés par les anglo-américains pour avoir refusé la spoliation des ressources énergétiques de l'Iran. Même racaille de félons, repris de justice, gangsters et tueurs, pour abattre des institutions démocratiques. Bien sûr, la personnalité magnifique d’intégrité de Mossadegh n’a rien à voir avec celle, pitoyable, de l’incompétent Yanoukovich.

Natalia Vitrenko, blessée dans un attentat à la grenade lors de sa campagne à l’élection présidentielle de 1999, responsable d’un des partis politiques du pays (Parti Socialiste Progressiste d’Ukraine - PSPU), a dénoncé ce coup d’Etat :
« Washington et Bruxelles… ont organisé un coup de type Nazi, effectué par des insurgés, des terroristes et des politiciens… pour servir les intérêts de l’Occident »
[Washington and Brussels … used a Nazi coup, carried out by insurgents, terrorists and politicians … to serve the geopolitical interests of the West.]

L’américain Mike Whitney qualifie ce coup d’Etat de « plan le plus stupide d’Obama à ce jour » [Obama’s Dumbest Plan Yet] (4) :
« Obama & Co ont renversé le président démocratiquement élu, Viktor Yanoukovich, avec l’aide de l’ultra-droite, de groupes paramilitaires, de gangs néo-nazis, qui se sont emparés et ont brûlé des bâtiments du gouvernement, tué des policiers antiémeutes, et répandu le chaos et la terreur à travers le pays. »
[Obama and Co. have ousted Ukraine’s democratically-elected president, Viktor Yanukovych, with the help of ultra-right, paramilitary, neo-Nazi gangs who seized and burned government offices, killed riot police, and spread mayhem and terror across the country.]

Jean-Bernard Pinatel, ancien général de l’armée française, dans une analyse, rappelle les faits qu’omettent systématiquement les médias de la propagande en France (5):
« Un président démocratiquement élu en 2012, chassé de sa capitale par les manifestants de la place de Maïdan où l’on a vu se côtoyer des groupes paramilitaires ultranationalistes affichant des signes nazis et qui refusent l’Europe. »

Notre pays, inévitablement, suivant dans son habituel réflexe moutonnier, docile, le troupeau des bellicistes et de l’extrême-droite américaine. "Gauche" en tête, en rang par deux...

Au lieu de recommander l'apaisement et le respect des règles démocratiques, de rappeler qu’un "gouvernement de transition" n’a pas à légiférer ni procéder à des nominations  de responsables d'administration, mais se doit de préparer le plus rapidement possible des élections fiables, cette "gauche" se précipite dans la diabolisation de la Russie et de son président. Même José Bové : pathétique…

Quant à Bernard-Henri Lévy, du fond des abysses du ridicule, il provoque l’ironie d’Eric Zemmour s’étonnant de le voir soutenir des groupes néo-nazis et des coupeurs de gorge. Mais, à force de répéter : « Ce qui est bon pour Israël… ». N’en perd-il pas la boussole ?...

En fait, tous ces zélés propagandistes appliquent à la lettre les directives du plan élaboré dans les années 1990 par Zbigniew Brzezinski et ses acolytes, suite à la disparition de l’Union Soviétique. Programmant la déstabilisation et l’éclatement de la Russie. Dont les grandes lignes, dans une provocante impudence, ont été publiées fin 1997 (6) :
 “A Geostrategy for Eurasia”.

Il y est stipulé, avec précision, que la Russie doit être divisée en trois entités : Russie Européenne (European Russia), République Sibérienne (Siberian Republic), et République d’Extrême-Orient (Far Eastern Republic)… L’avantage de cette partition serait une Russie « moins susceptible d’une mobilisation impériale » […“ a decentralized Russia would be less susceptible to imperial mobilization”].

Ce projet géopolitique à long terme structure, en conséquence, la russophobie médiatique et les manœuvres incessantes de déstabilisation de ce pays. D’autant que son opposition, exprimée dans ses votes au Conseil de Sécurité, aux récentes aventures guerrières de l'OTAN à l’encontre de la Syrie et de l’Iran, tout particulièrement, ont enragé les grands timoniers de cette géopolitique de la soumission et de la prédation de la planète à leur seul profit.

On comprend mieux l’acharnement de la coordinatrice des opérations du coup d’Etat en Ukraine, Victoria Nuland, contre l Russie. Son activisme effréné, caricatural, hystérique, l’avait même amenée à distribuer des cookies aux manifestants, complaisamment photographiée, sur la principale place de Kiev, en décembre dernier. Jusqu’à reconnaître officiellement que le budget de déstabilisation de l’Ukraine, qualifié de "promotion de la démocratie", s’élevait à 5 milliards de dollars (oui : milliards…), sur deux décennies (7). 

Elaborant, tel un chef cuisinier choisissant avec soin ses ingrédients, le futur gouvernement et ses titulaires dans un échange avec l’ambassadeur américain à Kiev, Geoffrey Pyatt.  Insultant, au passage, l’Union Européenne, témoignant du mépris du gouvernement américain, dans la plus extrême des vulgarités : « Fuck the EU » (8).

Véritable pièce d’anthologie sur la préparation des coups d’Etat, cette conversation téléphonique a été piratée et mise en ligne sur internet. Figurant dans une vidéo téléchargeable (avant censure…), intitulée  ‘Maidan Puppets’ [Les Marionnettes de Maidan (la place centrale de Kiev)]. (9)

Depuis, elle s’est excusée auprès de ses collègues européens. Mais, pas auprès du peuple Ukrainien.

Ajoutons, pour la petite histoire, qu’elle est mariée à Robert Kagan. Pour ceux qui s’en souviennent, hôte permanent des grands débats sur nos chaînes de TV "publiques", notamment sous la houlette de la "directrice de l’information" de l'époque Arlette Chabot, lors de l’invasion de l’Irak. Islamophobe halluciné, chargé de vendre, à l’opinion publique française, la nécessité de réduire l’Irak en poussière pour la défense de "Notre Civilisation"…

En fin de compte, ce coup d’Etat, cette provocation, représentent, pour la Russie, l’occasion rêvée, sur un plateau, de marquer un coup d’arrêt à cette pathologie des oligarques occidentaux. De donner une réelle leçon de géopolitique à cette bande de voyous, fanatiques, hyperviolents, prédateurs sanguinaires et cruels, multipliant destruction, souffrance, désespoir, de tant de peuples et nations.

"An-225 - Plus gros avion de transport du monde (32 roues) de l'avionneur Ukrainien Antonov"




Coup pour coup

Nos "chroniqueurs-analystes" n’ont rien compris… Loin d’administrer une "claque", les dirigeants occidentaux, infatués, trop sûrs d’eux-mêmes, se sont retrouvés dans un contexte qui les dépassait par ses enjeux mal évalués.

En résumé, la métaphore d’une partie de tennis aidant, ils se sont précipités au filet, frappant de toutes leur énergie, certains de marquer le point. Sauf que Poutine, maîtrisant parfaitement la vision du jeu, reprenant la balle au bond, a répliqué par un magistral passing-shot, hors de leur portée. Brillant gagnant. Sans effort…


i)  Présomptueuse montée au filet

L’Ukraine traverse le même état de décomposition que la Russie sous Eltsine. Pourrie de corruption, largement alimentée par l’Occident, entretenue par des oligarques locaux. Noyautée, manipulée, par une multitude d’ONG "bidons", dont la vocation est de déstabiliser, fragiliser, fracturer, la société civile exaspérée par l’incurie de sa classe dirigeante.

La Russie, tout en connaissant ces mécanismes, ne pouvait intervenir : elle serait immédiatement accusée de vouloir reconstruire l’Empire Soviétique ou, dans le meilleur des cas, l’Empire Russe. Pour reprendre les clichés de la propagande russophobe… Dans l’attente d’une réforme constitutionnelle et l’arrivée d’une nouvelle génération de dirigeants, ne lui restait donc qu’une solution : attendre l’écroulement du système politique actuel, préalable à une mutation, tout en sauvegardant au mieux ses intérêts et ceux de la population Russe dans le pays.

A la faveur de cette situation, avec la complicité des responsables politiques soudoyés, cet important marché, de 45 à 50 millions d’habitants selon les recensements, était progressivement pénétré, pour ne pas dire gangréné par les intérêts étrangers.

Notamment les meilleures terres agricoles, accaparées par des sociétés occidentales, transformées en monoculture intensive, hyper-mécanisée, dont la production est uniquement destinée aux marchés internationaux spéculatifs (le blé, tout particulièrement). Avec les métastases habituelles : aucune création d’emplois, marges bénéficiaires encaissées à l’étranger, et dissimulées dans les paradis fiscaux.

Cette spoliation devait être accélérée, beaucoup d’entreprises et de services publics restant à privatiser. Les requins de la "mondialisation" se délectant, à l’avance, du plantureux festin.

A la perspective, mirobolante, de se saisir à bon compte, c’est-à-dire pour une poignée de cacahuètes, du pôle industriel des villes de l’Ukraine de l’Est (Kharkov, Donetsk, etc.). Un des premiers d'Europe centrale : métallurgie (une aciérie est déjà intégrée dans le groupe Mittal) et alliages, mécanique et transformation (matériel de transport, agricole), agroalimentaire, etc. Très lié, pour ses débouchés, au marché Russe fortement demandeur.

Signe évident : le "gouvernement désigné par les gangs de la rue", a immédiatement nommé 18 nouveaux gouverneurs dans les provinces. Dont deux "oligarques- milliardaires" (en euros), œuvrant dans les coulisses du pouvoir depuis la "révolution orange". Spécialement affectés à la préparation des "privatisations" dans les régions industrielles de l’Est, en tant que fondés de pouvoir des groupes occidentaux (10) :
   Igor Kolomoysky pour l la region de Dnepropetrovsk
◊   Sergey Taruta pour la region de Donetsk


ii)  Fatale erreur d’appréciation

Toutefois l’Occident, emporté par la voracité de ses affairistes et le fanatisme de ses idéologues, a franchi deux "lignes rouges". Ce qu’il n’aurait jamais dû faire. Provocation, prétention, action, projet, inacceptables pour la Russie : véritable "Casus Belli" ! Fatale erreur d’appréciation :

=>  Remettre en cause la base navale de Sébastopol
Son gouvernement fantoche sous le bras, l’Occident allait rapidement faire dénoncer le contrat de bail (il avait fait "voter" une loi pour supprimer l’usage et l’enseignement de la langue Russe !…) liant l’Ukraine et la Russie pour la location de la base navale de Sébastopol. Célèbre, vénérée par les Russes, pour sa résistance héroïque face aux troupes allemandes pendant la seconde guerre mondiale.

D’où sont partis, ne l’oublions pas, les bâtiments de la marine Russe venus s’interposer entre les forces de l’OTAN et la Syrie. L’objectif étant de fermer ces imposantes installations militaires pour affaiblir le dispositif de défense et de dissuasion de la Russie.

=>  S’emparer du pôle aéronautique et spatial Russo-Ukrainien
Situé en Ukraine de l’Est (Kharkov, principalement), enjeu stratégique majeur : les occidentaux s'apprêtaient à faire main basse, à partir de rapides opérations "privatisation-escroquerie", sur un des plus importants pôles de haute technologie de la planète dans le domaine aéronautique et spatial. Indissolublement fusionné, depuis des décennies, avec l’industrie de la défense et de l'armement de la Russie.

Exemple : à la pointe de l’innovation et de la prouesse technique, le constructeur d’avions Antonov qui vient de lancer le plus agros avion de transport existant sur le marché avec l’impressionnant An-225.

Prétention occidentale aussi stupide que le serait celle des Russes voulant s’emparer d’une partie des bureaux d’études et des installations de fabrication de Boeing ou de Lockheed Martin…


iii)  Imparable passing-shot

Face à ce coup d’Etat, ce coup de force, les Russes bénéficient du soutien de la totalité de l’opinion publique internationale, hors formatage de celles des pays de l’OTAN asphyxiées de propagande. Unanimement détestés pour leurs incessantes manifestations d’arrogance et campagnes de violence armée, sous les prétextes les plus mensongers.

Plus important, ils ont le support actif des chancelleries des principaux pays du monde. A commencer par la Chine qui a officiellement déclaré le 3 mars 2014 sa solidarité.

Endettés jusqu’au coup, croulant sous le chômage exponentiel, brandissant leurs ineptes menaces de "sanctions économiques", sans foi, ni loi, habitués à ne pas respecter le droit international, les occidentaux ont beau multiplier postures et grands airs, s’agiter et aboyer : ils sont coincés. Pris au piège, comme des rats.

Ou, ils acceptent la légalité en Ukraine, élections fiables et non pas "dictature des gangs de rue" agissant pour le compte de l’oligarchie occidentale, reconnaissent les intérêts civils et militaires de la Russie.

Ou, Poutine double la mise. Emportant immédiatement deux superbes lots, sous le nez des oligarques de l’OTAN :

=>   La Crimée. Donnée en cadeau par Khrouchtchev à l’Ukraine en 1954, retournant à la mère-patrie. D’abord par une autonomie renforcée, évoluant vers l’indépendance, s’achevant par l’intégration à la Fédération Russe. Ce que souhaitent les habitants Russes de Crimée. La Russie sécurisant ainsi sa base navale de Sébastopol, sans avoir à renouveler de bail.

=>   L’Ukraine de l’Est. Peuplée majoritairement de Russes souhaitant, eux aussi, rejoindre la Fédération Russe. Rejetant en masse le "gouvernement des casseurs" de Kiev. Surtout, depuis les velléités du "nouveau gouvernement" de vouloir interdire la langue Russe.
Par une sécession en réactivant, sous une forme actualisée, l’éphémère République de Donetsk-Krivoï-Rog proclamée le 11 février 1918. Elle avait eu pour capitales successives : Kharkov et Louhansk. Avant d’être fondue dans l’Union Soviétique.
Elle suivrait la même évolution que la Crimée dans son rattachement à la Fédération Russe. Laissant, la partie Ouest de l’Ukraine à sa russophobie, et aux délices des "plans d’austérité" du paradis de l’UE…

Ainsi l’arrogance, l’inculture, l’obscurantisme, la stupidité, des castes au pouvoir en Occident ont fait de Poutine et de la Russie les vainqueurs, toutes catégories, de l’imbécile confrontation qu’ils ont organisée en Ukraine…



Pour se rassurer, les incrédules sous perfusion de la propagande OTANesque, persuadés de l’invasion par la méchante Russie d’un pays au gouvernement démocratiquement désigné par les "gangs de la rue", vertueusement défendu par les pays occidentaux, considèreront que tout ce que j'énonce n’est que "politique-fiction".

Avec raison, peut-être ?...

Sauf sur un point, en dépit de leur déni forcené, grotesque d'obstination : Vladimir Poutine est indubitablement un "Homme d’Etat". D’une exceptionnelle envergure par sa vision politique, sa pondération, sa ténacité et son courage.


Son pays et le présent siècle lui devront beaucoup…


 Georges Stanechy



 Notes

(1)  Ulysse à ses compagnons, Chant XXVI de L’Enfer de Dante, cité par Primo Levi dans "Il canto di Ulisse", éditions italiennes Einaudi, traduction française Julliard 1987, p. 142, note 1, René de Ceccatty, Op. Cit., p. 270.
(2)  Voir :
=> Georgie : La Chasse à l’Ours (1° partie), 27 septembre 2008,
http://stanechy.over-blog.com/article-23178862.html
=> Georgie : La Chasse à l’Ours (2° partie), 27 septembre 2008,
http://stanechy.over-blog.com/article-23178912.html
(3)  Sun Tzu, “L’Art de la Guerre”, préface et introduction par Samuel Griffith, éditions Flammarion, Collection Champs-essais, 2008. 

(4)  Mike Whitney, "Obama’s Dumbest Plan Yet" [Le plan le plus stupide d’Obama à ce jour], CounterPunch, 28 février 2014,
http://www.counterpunch.org/2014/02/28/obamas-dumbest-plan-yet/
(5)  Jean-Bernard Pinatel, Crise Ukrainienne : les 4 scénarios entre lesquelsl’avenir du pays se joue, Atlantico, 1er mars 2014,
http://www.atlantico.fr/decryptage/crise-ukrainienne-4-scenarios-entre-lesquels-avenir-pays-se-joue-jean-bernard-pinatel-997179.html

(6)  Zbigniew Brzezinski, “A Geostrategy for Eurasia”, Foreign Affairs, septembre-octobre 1997,
http://www.foreignaffairs.com/articles/53392/zbigniew-brzezinski/a-geostrategy-for-eurasia
(7)  Finian Cunningham, "Putin faces down Obama over Ukraine" [Poutine défie Obama sur l’Ukraine], Press TV, 1er mars 2014,
http://www.presstv.ir/detail/2014/03/01/352833/putin-faces-down-obama-over-ukraine/

(8) “‘F**k the EU’ : Snr US State Dept. official caught in alleged phone chat on Ukraine”, RT, 7 février 2014,
http://rt.com/news/nuland-phone-chat-ukraine-927/

(9)  img.rt.com/files/news/22/29/70
/00/english_international_2014-02-07_01_01_10_480p.mp4?event=download
(10)  "Rule by oligarchs : Kiev appoints billionaires to govern east", RT, 4 mars 2014,
http://rt.com/news/ukraine-oligarch-rule-governors-512/


Caricature de l'artiste Chinoise Li Min du China Daily



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