samedi 8 mars 2014

Requiem pour un roi fou (Patrick Abrial)



Patrick Abrial. Un chanteur prodige quelque peu oublié, un parolier, compositeur-interprète étonnant, et atypique. Je l'avais découvert au milieu des années 70, en écoutant je ne sais plus quelle radio qui diffusait "Requiem pour un roi fou" (dans l'album "Amour condamné"), une chanson fleuve qui m'a fascinée et poursuivie longtemps, laquelle n'a été mise en ligne que très récemment sur Youtube. Sur le moment je ne savais pas qui était l'auteur de ce morceau baroque complètement déjanté qui préfigurait bien à l'avance un Alain Bashung, en plus téméraire quant à l'expérimentation musicale. Ce n'est que dans les années 80 qu'un ami m'offrit un 33 tours intitulé "Je nous aime" que je fis le lien. Récemment, j'ai écouté presque toutes ses chansons disponibles sur internet (sauf celles du dernier album) et je n'arrive pas à comprendre pas que ce poète du folk et du rock soit resté tellement en marge des grandes révélation de la chanson française. Que justice lui soit enfin rendue. André Chenet




Patrick ABRIAL est né le 29 septembre 1946 à Paris.

C’est à 20 ans que Patrick Abrial décide de se lancer en musique, et propose alors des ballades folk comme "Chanson pour Marie" ou bien encore "Fétiche" qui lui permettent alors de trouver un très beau succès auprès du public et de se faire un nom.
Finalement en 1976, Patrick Abrial se radicalise vers un rock plus dur, durant six ans avec la sortie de son dernier album "La fille du boucher".
Après cette mise en retrait, il a décidé de se consacrer surtout à la production, et à composer des musiques pour les films mais aussi pour des spectacles, et apparaît parfois comme acteur.
Finalement en 1995, Patrick Abrial revient aux affaires avec la sortie d’un album spécial, où il met en musique les fables de La Fontaine dans des styles modernes.



Théâtre : 

Requiem pour un roi fou (1975) : 


Imagine (1978) :


J'ai partie liée (1977) :



Chanson pour Marie (1969) :


Les pelles mécaniques (1972) :



La fille du boucher (1982) :


http://www.youtube.com/watch?v=eeNJbClH9vk

L'amour fou :



Hommage à Patrick Abrial

par Francois-Marie Gérard

Patrick Abrial est, pour moi, un grand mystère. Mais un mystère génial. Je l'ai découvert lorsque j'étais scout pionnier, en 1969, et que je grattais mes premiers accords de guitare pour animer les feux de camp. À côté des incontournables Hugues Aufray et Graeme Allwright, une chanson émergeait parmi d'autres : Chanson pour Marie, d'un certain Patrick Abrial. Pour tes yeux d'eau claire et tes cheveux de brume, bouquet de bruyère sous un ciel de lune, pour tes mains de femme qui savent consoler, réchauffer mon âme quand je suis fatigué, je t'aime, Marie, je t'aime, je n'ai que toi pour ciel de lit, je t'aime, Marie, je t'aime, avec toi je ferai ma vie… Quarante ans plus tard, je connais encore par cœur ces paroles qui ne pouvaient que toucher le jeune adolescent que j'étais. La mélodie n'était pas en reste, et la voix d'Abrial - cette voix basse et claire - avait achevé le coup de foudre.
Ce n'est que plus tard que je revins à Patrick Abrial, vers la moitié des années 70. J'avais un peu plus d'argent qui me permettait d'acheter parfois un disque. Aussi, lorsque je vis la pochette de Je nous aime, moi qui étais un passionné de la bande dessinée Simon du Fleuve, je ne pus que me laisser séduire par ce guitariste émergeant d'un paysage d'amour. Chanson pour Marie résonnait encore dans mes oreilles et j'achetai en toute confiance. Je fus loin d'être déçu. Cet album est un joyau. De la poésie, de l'humour, du sens, de la vérité. Et puis toujours, cette voix.
Je ne reviens à Abrial qu'au début des années 80. Gagnant désormais ma vie - ou du moins percevant de l'argent en échange de mon travail -, je consacre une bonne partie de mon budget à acheter des disques. Je découvre ainsi Condamné amour, dont j'achète une réédition, qui continue la séduction. Puis je découvre simultanément Vidéo et La fille du boucher. Et là, c'est le choc. C'est bien sûr toujours de l'Abrial, mais dans une autre planète. Du chanteur "folk", il est passé au rock. Pur et dur. Hard. Moi qui n'ai jamais été très "électrique", je me sens tout à fait déstabilisé. Bouleversé même. Cet Abrial-là fait une musique qui n'est pas de mon univers, qu'en temps normal je n'écouterais pas. Et pourtant j'écoute. J'écoute et j'aime cette voix, même si ce n'est parfois plus de la chanson, mais un cri. Je ne m'y retrouve pas tout à fait, mais je ne peux m'empêcher d'y revenir encore et toujours. Il y a là une rage, une violence inouïe, une folie démente. On ne peut pas s'en détacher.
Mais on ne peut pas vivre non plus avec tant de hargne. Apparemment, Abrial arrête de chanter. Du moins dans une démarche personnelle. Il revient en 95 avec Les fables de La Fontaine. C'est sans doute la même démarche : un regard désabusé sur les vices de l'humanité. Ce n'est plus tout à fait du rock, mais l'exploration des univers musicaux jazz, dance, funk, reggae, rap… Surprenant.
On n'entend plus parler vraiment de Patrick Abrial. Il continue cependant une carrière d'acteur de théâtre, commencée dès 1973 au moins ("Ove" en juillet 73 au "Vrai chic Parisien", avec Georges Faget-Bénard) et participe aussi à quelques films ("Urgence" en 1984 , par exemple). Il est aussi compositeur de musique de film (Le Grand blanc de Lambaréné,1995 / Prison à domicile, 1998), de pièces de théâtre (Titanic Mississipi, 1986 / La soupière, 1991), de TV (un épisode de Commissaire Valence, 2003), ou encore de pub, de clips et de génériques.
En 2006, il participe au projet Fils de qui ?, histoire d'un gars d'aujourd'hui né d'une Marie et d'un Joseph. La voix d'Abrial n'a pas changé, mais elle s'est apaisée. Ce serait bien s'il nous refaisait un album personnel !








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