mercredi 12 mars 2014

Rebellion Zapatiste, La parole de l’EZLN



Editorial de Rebeldia Zapatista, la parole de l’EZLN

Par le Subcomandante Insurgente Moisés

3 Mars 2014


 ~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~


Nous, les rebelles zapatistes, ainsi que notre terre-mère, sommes menacés de destruction dans notre patrie mexicaine. A la fois au dessus et en dessous de la surface de la Terre, les mauvais gouvernements, les mauvais riches, tous les capitalistes néo-libéraux, veulent transformer en commodités tout ce qu’ils voient.

Ils veulent tout posséder.

Ils sont destructeurs, ce sont des assassins, des criminels, des violeurs. Ils sont cruels et inhumains, ils torturent, font disparaître des gens, ils sont corrompus. Ils sont tout ce que vous pouvez imaginer de mauvais, ils se moquent éperdument de l’humanité. Ils sont en fait, inhumains.

Ils sont peu nombreux, mais ils décident de tout, de la façon dont ils vont dominer les pays qui se laissent dominer. Ils ont fait des pays sous-développés leurs plantations et ont assujettis les soi-disants gouvernements des pays capitalistes sous-développés. C’est ce qui s’est passé au Mexique. Les corporations néolibérales transnationales sont les patronnes, leur plantation s’appelle le Mexique, le délégué en charge actuel s’appelle Enrique Peña Nieto, les administrateurs sont Manuel Velasco au Chiapas et les autres soi-disants gouverneurs des états et les “présidents” municipaux ces mal-nommés sont les contremaîtres du système.

C’est pour cela que nous nous sommes soulevés contre ce système à l’aube du 1er Janvier 1994.
Pendant 30 ans (NdT: la phase préparatoire clandestine de la rebellion zapatiste s’est tenue entre 1984 et 1994…), nous avons construit ce que nous pensons être une meilleure façon de vivre et ce que nous avons construit est disponible pour tout le peuple du Mexique et pour le monde a voir et à analyser. C’est une chose humble, mais déterminée sainement par des dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui décident ensemble comment nous voulons nous gouverner de manière autonome et autogérée. Rien ne cache ce que nous faisons, ce que nous voulons, ce que nous recherchons. Tout est bien visible. Le mauvais gouvernement d’un autre côté, les trois mauvais pouvoirs que sont le système capitaliste, fait tout derrière le dos des gens.

Nous partageons notre humble idée du nouveau monde que nous imaginons et désirons avec les compañeros et les compañeras du Mexique et de partout dans le monde.

C’est pourquoi nous avons décidé de créer la “Petite École Zapatiste” (escuelita zapatista). Cette petite école est à propos de la liberté et de la construction d’un monde différent de celui des capitalistes néo-libéraux. De plus, ce sont les gens eux-mêmes, c’est à dire, la base de soutien populaire qui partagent ces idées et non pas juste leurs représentants. Ces gens, et non pas leurs représentants, sont ceux qui diront s’ils font bien ou si la façon dont ils sont organisés fonctionne bien. De cette façon, les autres peuvent voir si les choses sont réellement comme les représentants des gens disent qu’elles sont.
Ce grand “partage” entre nous, compañeros des villes et de la campagne est nécessaire parce que nous sommes ceux qui doivent penser comment le monde que nous désirons devrait être. Ce ne peut pas être nos représentants ou nos leaders qui pensent et décident comment le monde devrait être et ils ne peuvent certainement pas être ceux qui disent comment nous réussissons en tant qu’organisation. C’est le peuple, la base, qui doit adresser ce sujet.

Ceux qui ont participé peuvent nous dire si tout cela a aidé et a été utile.

Comme vous le lirez dans ce numéro de notre magazine “Rebeldia Zapatista”, ce processus a aidé les compañeros et les compañeras qui sont la base du soutien, à rencontrer d’autres personnes venant d’autres parties du Mexique et du monde entier. Ceci est très important parce qu’au Mexique, il n’y a pas de gouvernement qui reconnaisse les peuples indigènes. Le gouvernement ne s’en souvient qu’au moment des élections, comme s’ils n’étaient que des ustensiles à voter.

Ce n’est qu’au travers de l’organisation et de la lutte que les bases du soutien se sont elles-mêmes défendues depuis maintenant 30 ans. Ces bases de soutien populaire ont fait tout ce qui était en leur pouvoir et tout ce qui était possible, ces 30 dernières années et c’est cela qu’elles partagent aujourd’hui.
Nous avons travaillé à la création de la Petite École Zapatiste de façon à ce que les mots des compañeros et des compañeras qui sont la base de soutien de l’organisation zapatiste, puissent parvenir au plus grand nombre. Avec la Petite Ecole, leurs voix portent à des milliers et des milliers de kilomètres, non pas comme nos balles en ce 1er Janvier 1994, qui n’allèrent que 50 ou 100m devant nous, au plus loin, 400m. Les enseignements de la Petite Ecole Zapatiste traversent les océans, les frontières et les cieux pour vous atteindre, vous, les compañeros et les compañeras.

Nous les autochtones rebelles, savons qu’il y a d’autres rebellions indigènes, qui savent également ce qu’est vraiment le capitalisme néolibéral.

Il y a aussi des frères et sœurs en rebellion qui ne sont pas indigènes, mais qui écrivent pour partager avec nous dans cette édition ce qu’ils pensent et comment ils voient ce système qui est en train de détruire la planète. C’est pourquoi nous incluons également les mots de compañeros et compañeras anarchistes dans cette édition du magazine.

Et bien compañeros de la 6ème (NdT: Référence à la sixième déclaration zapatiste de la jungle de Lacandon de Juin 2005, qui déclarait l’ouverture du mouvement zapatiste vers l’extérieur), il est très bon que ceux qui sont venus aient pu voir de leurs propres yeux et entendre de leurs propres oreilles ce qu’il se passe ici et qu’ils soient repartis prêts et désireux de communiquer tout cela à ceux qui n’ont pas pu venir.

Dans cette première édition de ce magazine, nous allons commencer à partager quelques mots et idées de nos compañeras et de nos compañeros qui sont la base du soutien zapatiste, les familles, les gardiens, les gardiennes et les enseignants, sur la façon dont ils ont perçu les étudiants de la Petite École Zapatiste. Dans les premières publications de notre magazine, nous allons partager les évaluations faites par les enseignants de la petite école, les votanes, les familles d’accueuil et les coordinateurs des zones des cinq caracoles (NdT: Le Chiapas zapatiste est divisé en 5 zones d’autodétermination populaire de bon gouvernement: les “caracoles” ou “escargots” en espagnol).

De la même manière que vous avez pu parler ou publier ce que vous avez vécu, vu ou entendu dans notre territoite zapatatiste, vous pourrez lire ici comment nous avons vu et entendu ceux qui sont venus et ont levé le drapeau de la rebellion zapatatiste.

Subcomandante Insurgente Moisés
Mexique, Janvier 2014, 20 ans après le début de la guerre contre l’oubli.




Source française et traduction : Résistance 71

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