samedi 1 mars 2014

La guerre de la poésie contre la guerre

Par André Chenet



Lors de sa magistrale allocution inaugurale du 14 avril 2003 intitulée « La poésie en des temps de sauvagerie », le poète palestinien Mahmoud Darwich après avoir fait le constat de la « tyrannnie planétaire » où il condamne l’hégémonie de la folie américaine, sa toute puissance criminelle à vouloir gérer la destinée des peuples, folie « libérée de toute référence collective, qu’elle soit juridique,, morale ou culturelle, mise à part celle de la razzia, de la culture de la violence, de la culture d’entreprise, de la mesure des valeurs humaines à l’aune de la supériorité militaire… » en  l’érigeant « au rang d’une mission divine » pose les questions essentielles hors desquelles la poésie contemporaine ne serait plus que charabia d’attardé, jeux de mots ou d’esprit. : «Est-il encore possible d’écrire un poème ? Comment peut-on être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du réel, en même temps ? Comment peut-on à la fois contempler et s’engager ? Comment peut-on poursuivre sa tentative permanente : recréer le monde grâce à des mots à la vitalité éternelle ? Et comment sauver ces mots de la banalité de la consommation de tous les jours ? » Rarement jusqu’à ce jour ne nous avait été donnée à ce point de conscience l’évidence que contient le questionnement auquel il nous propose de répondre à notre tour, plus fort de ses souffrances et de ses luttes, sans la moindre trace de haine. La poésie, « écho d’un rêve obscur », « …ce moyen particulier de supporter la vie et de se la concilier, est aussi une méthode qui nous permet de résister à une réalité inhumaine écrasant l’évidence de la vie. En dépassant l’aspect extérieur des choses, en chipant la lumière tapie dans l’obscurité, en désespérant du désespoir, la poésie nous garantit contre la haine et la fureur. Si cette fragilité est détruite, c’est par des « mains nuptiales » comme le dit René Char, car ses mains utilisent des instruments sensibles et imaginaires qui renvoient à l’enfance. En effet, la poésie ne combat pas la guerre avec les armes et le langage de la guerre. La poésie n’abat pas un avion à l’aide d’un missile oratoire. La contemplation de l’éternité d’un brin d’herbe, de l’adoration du papillon à la lumière, de ce que le regard de la victime ne dit pas à son bourreau, voilà de quelle manière la poésie combat l’effet de la guerre contraire à ce qu’il y a de naturel en nous, de cohérent avec la nature. ».

L’amour inconditionnel nous élève bien au-delà de nos égoïsmes particuliers en éclairant ces territoires sublimes du rêve sans lesquels nos si fragiles existences dépériraient dans les ornières obscures d’un utilitarisme matérialiste aveugle entretenu avec hargne par les vampires avares qui perpétuent et justifient par tous les moyens dont ils disposent - en abusant même des lois auxquelles eux-mêmes échappent - un capitalisme corrompu et déchaîné dans ce qu’il a de plus horrible : la dégradation insensée de millions d’êtres vivants et de leur environnement. SANS AMOUR PAS DE POÉSIE, SANS POÉSIE PLUS DE SOURCE D’INSPIRATION.













André CHENET (In La Voix des Autres n°4)



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