jeudi 6 mars 2014

Jean Vermorel est mort et tout le monde s'en fout ...

Par André Chenet

"C'est curieux" me disait-il, "comme on oublie les moments simples et heureux de la vie qui finissent par se confondre. Nous ne retenons que les combats, les souffrances, les trahisons avec une précision diabolique. Le reste, ce qui coule de source, n'est plus qu'un ciel bleu sans consistance qu'il nous faut retrouver en creusant notre chair avec des mots, des phrases ..." Jean Vermorel (citation de mémoire, 30 années plus tard).




Jean Vermorel, né à Paris en 1935, mort à Lyon, berceau de ses ancêtres en 2014 ). Fils du cinéaste (1906 - 2001) Claude Vermorel (historien, cinéaste, écrivain, assistant d'Abel Gance). Il eut Michel Simon pour parrain putatif. Il fut, à la sortie de l'adolescence, dessinateur humoristique de presse, après être passé par l'école des Beaux-Arts de Lyon et entama une carrière de journaliste à Paris Presse L'Itntransigeant dont il devint très rapidement le Rédacteur en chef. Anarchiste de coeur et d'âme, il inventa un style d'écriture journalistique révolutionnaire à l'époque, en s'inspirant des écrits de L.F. Céline, qui fit boule de neige dans la presse (notamment à Libération) à partir de la fin des années 60. Il eut J.F. Kahn pour disciple ("la trahison est un plat qui se mange froid"). En 1970, il fut viré avec pertes et fracas, pour cause de non conformité et de désobeissance civile, de ce qu'on n'appelait pas encore à cette époque "les médias". A partir de ce moment, il vécut difficilement de "piges" aléatoires (critique de cinéma et de TV), et de mises en scène théâtrales ainsi que de foutaises d'ordre alimentaire. Tous ces livres ont été refusés par les éditeurs bien qu'il restât en très bons termes avec des personnalités comme la reine alcoolique Françoise Verny qui l'encourageait et admirait son roman (inédit jusqu'à ce jour) sur le Liban intitulé "Labne" (Yahourt libanais). Il a écrit des centaines de chansons et interprétait, en s'accompagnant à la guitare, tout le répertoire de Brassens, d'une manière hallucinante. 
Il fut le co créateur, avec Jean-Louis Lignerar, du feuilleton Les Faucheurs de marguerites diffusé à partir de 1974 sur la troisième chaîne de l'Ortf, le feuilleton télévisé qui eut le plus d'audience dans le monde entier. Une série populaire (1974) dans le bon sens du terme retraçant, non sans une forte de touche teintée de romantisme, les débuts de l'aviation. elle sera suivie par Le Temps des as. C'est toute l'histoire de l'évolution de l'aviation qui est racontée par l'entremise d'Edouard Dabert. Ce feuilleton évoque les balbutiements de l'aviation à bords de ces engins volants, lourds, longs au décollage, qu'on surnommait les faucheurs de marguerite.

Avec Michel Audiart et René Fallet, il réalisa l'écriture et les dialogues de films durant les années 60 et soixante dix. La plupart du temps son nom ne figurait pas dans les génériques. Sa culture cinématographique était immense. Son amour pour les peintres impressionnistes, qu'il s'amusait à ré-interpréter dans ses toiles, lorsqu'il en avait le loisir, 

C'était mon copain à la vie à la mort. Je l'avais rencontré à Paris, par l'intermédiaire de mon amie libanaise Dalal Akl (aquarelliste et accoucheuse d'âmes) à la fin des années 70. Durant les 5 années où, à Lyon j'effectuais alors des études tardives de paysagisme ) nous nous rencontrions presque tous les jours chez lui ou à la terrasse d'un café. Bob (ainsi le prénommaient tous ses potes )  m'a décillé sur bien des domaines (politique, littérature, monde de l'Art, mythologies sociales ...). Nous adorions cuisiner ensemble, goûter des petits vins du cru tout en nous récitant de mémoire des poèmes d'auteurs non recommandables aux yeux de la critique officielle. Il s'est envolé vers le septième ciel des irréductibles le jour de son anniversaire suite au décès de Donatienne, son ultime grand amour (Il avait été marié trois fois je crois, et avait un fil et une fille). Il a bouclé la boucle. Il fut comme un père pour moi, ou plutôt un re-père essentiel sans lequel probablement j'aurais continué, ignorant volontaire que j'étais en ce temps-là des us et coutumes "civilisés", à écrire dans la plus totale clandestinité. A travers larmes et éclats de rires irrésistibles, je réalise maintenant la portée de son enseignement atypique. J'ai compris grâce à lui une bonne fois pour toutes que les juges, les flics, les notaires, les prêtres, les militaires, les contribuables, les syndicats, les rebelles à succès, et tous ces artistes et écrivains n'aspirant qu'à une reconnaissance sociale à court terme, s'accordaient, qu'ils le veuillent ou non, et en dépit de leurs intentions revendiquées, à perpétrer consciencieusement un système de valeurs contraire à toutes les possibilités d'émancipation réelle de l'humanité. Il fut un mécréant de génie et de haute spiritualité.                  André Chenet




2 commentaires:

Bietrix Schenk a dit…

Encore merci pour ce beau texte
les funérailles se dérouleront lundi 10 mars à Lyon à 16h au crématorium du cimetière de la Guillotière, salle du haut puis à Montmelard
Biétrix

Anonyme a dit…

Une pensée pour Jean en cet anniversaire. M.D.