lundi 31 mars 2014

Mars 2014, 70ème anniversaire du programme du CNR



"Dans un monde de mensonges, dire la vérité est un acte révolutionnaire"


Notre Histoire est riche de ces prémonitions intelligentes se heurtant à la vigilance des « chiens de garde » sur le troupeau docile et qui gardent forcément toute leur acuité aujourd’hui. Ainsi celle de Georges Bernanos : « Je pense depuis longtemps que, si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, [...] mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret publié. » Ou cette autre crainte, encore plus ancienne, d’Albert Schweitzer : « L’homme a perdu la capacité de prévoir et d’anticiper. Il finira par détruire la Terre. » Hélas ! Depuis que ces paroles furent prononcées les économistes n’ont eu de cesse de peaufiner leurs modèles de prévision desquels ils tirent des martingales prétendant mener l’humanité à la prospérité. Tant qu’ils occuperont le haut du pavé de la pensée dominante le salutaire sursaut contre l’économie de prédation ne surviendra pas.

Demain, la parole d’hommes comme Albert jacquard , tout récemment disparue, devra être pleinement reconnue : « mon objectif n’est pas de construire la société de demain, c’est de montrer qu’elle ne doit pas ressembler à celle d’aujourd’hui .
»

Yann Fiévet (Sur le journal en ligne Le Grand soir)



 "Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique." Guy Debord


Le Conseil national de la Résistance (CNR) était l'organe qui dirigea et coordonna les différents mouvements de la Résistance intérieure française, de la presse, des syndicats et des membres de partis politiques hostiles au gouvernement de Vichy à partir de mi-1943. Son premier président fut Jean Moulin, délégué du général de Gaulle, lequel voulait instaurer ce Conseil afin d'unifier les différents mouvements de Résistance qui s'étaient spontanément constitués depuis la défaite et son appel du 18 juin 1940, au lendemain de la demande d'armistice par le maréchal Pétain. Adopté le 15 mars 1944 après plusieurs mois de négociations, le programme du Conseil national de la Résistance est très empreint de rénovation sociale et suit des principes communistes (économie planifiée).

Parmi les mesures appliquées à la Libération, citons la nationalisation de l'énergie (création d’Électricité de France en 1946), des assurances (AGF en 1945) et des banques (Crédit lyonnais en 1945, Société générale en 1946), la création de la Sécurité sociale. Ces actions ont constitué jusqu'à aujourd'hui une grande partie des acquis sociaux de la seconde partie du xxe siècle.

Dans les premiers mois de la Libération, onze des Conseils départementaux de la Libération (institutions provisoires mises en place pour remplacer l'administration départementale vichyste) ne veulent pas être remplacés devant la nouvelle administration préfectorale, nommée par le Gouvernement provisoire. Souhaitant appliquer le programme du CNR, ces institutions composées de résistants finissent par s'effacer lors des premières élections, les Français souhaitant dans l'ensemble un retour aux structures habituelles (centralisme, conseils généraux). À partir de 1946-1947, plus aucun Conseil départemental de la Libération n'a de rôle effectif. (d'après Wikipedia)





L’atout maître de « Marianne » 

– mars 2014, 70ème anniversaire du programme du CNR -

 

  Tenaillée par l’insatiable M.E.D.E.F., écartelée entre l’Europe fédérale en construction et l’euro-régionalisation galopante du territoire national, vidée de son emploi productif par une grande bourgeoisie qui sacrifie l’industrie au tout-financier (cf le comportement de la famille Peugeot), dépouillée de sa protection sociale et de ses services publics issus du C.N.R., agressée jusque dans sa langue par l’invasion du tout-anglais, la France républicaine est menacée de décomposition.


A son chevet, François Hollande, petit proconsul de l’Axe Washington-Berlin-Bruxelles, n’a plus d’yeux que pour le grand patronat « national » et international. Plus grave encore, le peuple français est sommé de « choisir » entre deux genres de mort également déshonorants : qu’il s’abandonne au Parti Maastrichtien Unique (Pmu), formé du P.S, de l’U.M.P., du « centre » et d’Europe-Ecologie, et l’euro-austérité à perpétuité aura tôt fait de rendre invivable l’ex-« douce France » à des millions de Français précarisés et appauvris.

Que notre peuple, emporté par l’actuelle vague bleue-brune-bleue marine, finisse par opter pour l’UM’ Pen en gestation, et ce sera la montée implosive du racisme d’Etat, des violences intercommunautaires sur fond de chasse aux chômeurs (les prétendus « assistés »), aux syndicalistes et aux fonctionnaires. Dans les deux cas, on assisterait au reniement de l’héritage sans pareil de la Révolution française, de la Commune, des lois de 1905, du Front populaire et du C.N.R., avec en prime la tiers-mondisation des classes populaires et d’une part majeure des « couches moyennes ». Les récentes municipales ont d’ailleurs confirmé et aggravé ce tableau inquiétant en confortant la droite radicalisée de M. Coppé et en installant l’extrême droite à l’échelle locale.

Or la « gauche de la gauche » n’est pas présentement en capacité d’impulser le sursaut populaire urgent. La « gauche » du P.S. est ridiculisée par l’option néolibérale dure choisie par Hollande. Quant au Front de gauche, il reste hélas prisonnier du mensonge réformiste de l’ « Europe sociale » et de « l’euro au service des peuples », au nom desquels depuis des décennies, le P.S. s’inscrit dans l’euro-démontage des acquis sociaux et de la République. Ajoutons à ce sombre tableau que les états-majors syndicaux euro-formatés et hollando-complaisants font preuve d’une grande inertie, voire d’une complicité mal dissimulée, face aux attaques antisociales incessantes de l’U.E., du M.E.D.E.F. et du gouvernement Ayrault.

Pourtant des points d’appui existent pour une contre-attaque progressiste. Les luttes dures se multiplient dans les usines et dans les services publics. Sur le plan idéologique, des intellectuels progressistes aussi divers que J. Nikonoff, F. Lordon, A. Bernier, J. Sapir, E. Todd, Monique et Michel Pinçon-Charlot, se prononcent pour que la France sorte de l’euro, voire de l’U.E. et de l’O.T.A.N. pour certains d’entre eux. A l’échelle européenne, des partis communistes et progressistes s’écartent du Parti de la Gauche européenne (présidé par Pierre Laurent), lequel se comporte en ultime rempart de la funeste monnaie unique. Des personnalités non communistes comme Oskar Lafontaine (Allemagne) ou Tony Benn (Grande-Bretagne, décédé tout récemment) pointent du doigt l’euro et mettent en question la ruineuse « construction » européenne. Non seulement il est clair désormais que l’U.E. n’est en rien synonyme de démocratie, de justice sociale ou de prospérité, non seulement ce bloc réactionnaire, anticommuniste et grossièrement russophobe ne craint pas de promouvoir à Kiev des forces ouvertement nazies, mais les conjurés de l’O.T.A.N. et de l’« Union transatlantique » en gestation (dans laquelle l’U.E. impériale aspire à se fondre sous les auspices de Washington) n’en finissent plus de provoquer des confrontations politico-militaires explosives du Proche-Orient aux marches de la Russie en passant par l’Afrique.

Dans ces conditions, un atout-maître peut encore être joué par « Marianne »

C’est d’abord la carte idéologique gagnante d’une nouvelle dialectique entre le patriotisme républicain et l’internationalisme populaire de nouvelle génération. Non, l’attachement à la souveraineté nationale ne s’oppose pas à la coopération internationale : il en constitue au contraire la condition, comme le démontrent les pays latino-américains de l’Alternative bolivarienne des Amériques (Alba).La défense républicaine de la souveraineté nationale s’oppose si peu à l’internationalisme des travailleurs et à la résistance anti-impérialiste des peuples que c’est en s’associant l’un à l’autre, comme ce fut le cas en 1936 ou pendant la Résistance, que le patriotisme et l’internationalisme progressistes pourront vaincre l’alliance redoutable de l’euro-atlantisme, des nationalismes réactionnaires, des communautarismes intégristes et des régionalismes d’Ancien Régime.

C’est ensuite la carte stratégique d’une rupture progressiste avec l’euro, l’O.T.A.N., l’U.E. et l’ensemble des institutions du néolibéralisme avec en perspective, la rupture révolutionnaire avec le capitalisme. Si la France sortait, par la voie progressiste, de cette prison des peuples qu’est l’U.E., non seulement les bases d’une reconstruction de notre économie productive pourraient être reconstituées, non seulement une politique avancée s’inspirant des principes du C.N.R. pourrait voir le jour, mais cet ébranlement politique salutaire – nécessairement impulsé par le Front anti-oligarchique soudant les couches moyennes au monde du travail – remettrait notre peuple à l’offensive tout en suscitant la sympathie des travailleurs bien au-delà du sous-continent européen.

C’est enfin la carte tactique d’une campagne de masse pour délégitimer sur des bases progressistes la monstrueuse U.E. de Maastricht ; pour cela, il convient de boycotter les élections au « parlement » européen. Déjà la majorité des citoyens européens, et particulièrement les ouvriers, les employés, les petits paysans et artisans, refusent de voter à ces étranges élections dont l’unique but – la droite et la social-démocratie ayant pris l’habitude de cogérer le « parlement » de Strasbourg – est d’extorquer aux peuples un chèque en blanc permettant à l’oligarchie d’instituer le « saut fédéral européen » prôné par le M.E.D.E.F., le P.S., les Verts et l’U.M.P. ; si bien que participer à la mascarade européenne signifie, en fait d’ « acte citoyen », cautionner à son insu l’obsolescence programmée de la République française. A l’appel de forces républicaines diverses, qu’elles se réclament du républicain Jean Moulin, du communiste Ambroise Croizat, de l’homme du 18 juin ou de Jean Jaurès, un large front franchement républicain pourrait alors s’organiser dans tout le pays pour donner son plein sens politique au refus de vote majoritaire de notre peuple. Alors l’ « insurrection citoyenne », appelée par le Front de gauche sans produire jusqu’ici le moindre effet tangible, pourrait mettre en mouvement des millions de citoyens. Aujourd’hui « dans les cordes », le camp du travail, de la République et du progrès social pourrait passer par la brèche d’une abstention citoyenne de masse pour reprendre l’initiative sur les plans social, culturel et politique.

Pour que le peuple français puisse jouer à temps cet atout maître, tous ceux qui veulent faire vivre les idéaux très actuels du C.N.R. et forcer les barreaux de la prison euro-atlantique, ont le devoir, dans le « moment actuel », d’imposer ensemble un débat de masse sans tabou sur la sortie unilatérale de l’U.E. atlantique, de l’O.T.A.N. et de la ruineuse monnaie unique.



Georges Gastaud*, philosophe, auteur notamment du livre Patriotisme et internationalisme (2010)

Annie Lacroix-Riz*, professeur émérite d’histoire contemporaine université Paris 7, auteur notamment d’Aux origines du carcan européen (1960-1965). La France sous influence allemande et américaine (2014).

* Annie Lacroix-Riz et Georges Gastaud militent au Pôle de Renaissance Communiste en France (P.R.C.F.)

 Sources : PRCF via le journal militant Le Grand Soir



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