jeudi 12 décembre 2013

Réception poétique à l'ambassade du Quatar à Paris




Par Gaël Hadey

"... or le poète est l’homme de l’ « avertissement ». En marge de la distraction universelle, il est celui qui sait et qui répète à l’envi que les formes de cette distraction, que les modes de ce divertissement passent et passeront et que l’homme, qu’il le veuille ou non, est finalement comptable de ce dont le poète, par son œuvre, n’a de cesse de rappeler l’existence : ces présences que l’homme, au fur et à mesure qu’il se spiritualise par l’usure des jours et par la transparence advenue, retrouve en lui-même et autour de lui."
Salah Stétié



Le 12 novembre 2013, l"ambassade du Qatar ( terre de liberté) organisait un raout en l'honneur de l'ambassadeur du Quatar  S.E. Mohamed Al Kuwari (discrètement décoré le 17 octobre dernier de l’insigne de commandant de la légion d’Honneur par François Hollande).

Le chanteur constantinien Enrico Macias ouvrit le bal avec "Enfants de tous pays", chanson culte contre le racisme, en hommage aux esclaves décédés et aux femmes flagellées du minuscule émirat, digne de Tintin au pays de l'or noir.

E. Valls ministre de l'intérieur en eut la larme à l'oeil.

Jack Lang qui avait été auparavent décoré par l'ambassadeur s'en trouvait tout chose, et Ségolène Royale se sentait pousser des ailes. Quant à Régis Debray il n'eut même pas une pensée pour Le Che. Plantu le mondain qui avait reçu une médaille accompagné d'un pétro-chèque de 10 000 euros était fier d'avoir illustré l'album édité pour cette célébration du départ de l'ambassadeur d'une démocratie à qui le monde entier envie la bonne fortune.

Parmi les joyeux convives qui firent allégeance à l'argent gluant et aux honneurs frelatés et puants : Maurice Szafran (du journal Marianne), Michel Vauzelel, président de la région PACA, Michel Rocart, Bertrand Delanoë, Anne Hidalgo, Dominique de Villepin, Hubert Védrine, Elisabeth Guigou ... Et point n'est utile de nommer la fine fleur de l'UMP qui avait été mobilisée en grandes pompes pour la circonstance.

Son éminence prit la parole dans un discours émaillé de poésie mais il ne fut évidemment pas question de citer Mohammed Ibn Dhib condamné à 15 ans de geôle pour avoir chanté le printemps arabe.
Emmanuel Valls, lui répondit avec les mots de l'amitié et de la solidarité à la vie, à la mort.
Tout ce beau monde trinqua à la santé de son altesse ...

Ci-dessous la liste des heureux bénéficiaires (politiques, intellectuels, poètes, journalistes, organisations ...) qui ont reçu le prix "Doha capitale culturelle arabe", le 16 décembre 2010. Après tout, qui s'en trouve gêné ! Le temps passe et le talent excuse les erreurs de jeunesse.


  1.  
cliquez sur l'image

 

Lire l'article sur Le Grand Soir :
http://www.legrandsoir.info/la-petite-souris-du-grand-soir-s-est-invitee-a-une-soiree-privee-de-l-ambassade-du-qatar-a-paris.html



Un exemple de collaboration parmi d'autres :

DISCOURS DE SALAH STÉTIÉ
LORS DE LA REMISE DU PRIX
« DOHA, CAPITALE CULTURELLE DU MONDE ARABE »


Ambassade du Qatar en France

le 6 avril 2010

Monsieur l'Ambassadeur, Cher Mohammed Al-Kuwari,

Cher Dominique de Villepin, ancien Premier Ministre de la France, mais ce soir, surtout, ici, dans cette résidence fabuleuse où nous nous trouvons et où passe l'ombre de l'Empereur, Dominique, grand historien de Napoléon, analyste des civilisations, et subtil poète,

Chers amis,

Nous sommes réunis ce soir pour célébrer Doha, élue par l'ensemble des pays arabes comme capitale culturelle du monde arabe pour 2010. Je salue donc Doha dont la dimension culturelle et l'impact civilisationnel sont ainsi désignés à l'attention des nations et reconnus pour ce qu'ils sont : le témoignage d'un effort et d'un accomplissement, tous deux spectaculaires, pour placer les valeurs de l'esprit, de la créativité et de l'art au premier plan des préoccupations qui fondent la dignité des peuples et le rayonnement des pays. Derrière Doha, derrière son souverain, le si sage Cheikh Jassem el-Thâni, à qui mon pays, le Liban, tout récemment encore, doit le miracle d'avoir réussi à trouver une nouvelle stabilité politique, derrière l'épouse du prince, la Cheïkha Moza, dont nul n'ignore l'extraordinaire volonté de doter son pays de  tous les insignes de la culture dans ses deux pôles opposés et complémentaires, l'enracinement dans une tradition bien comprise et l'élan vers une modernité aussi indispensable qu'intégrale, oui, derrière Doha et ceux qui travaillent au quotidien à l'éclat de cette ville, il y a le Qatar, pays respectable et respecté qui joue, chacun ici le sait, un rôle déterminant dans l'équilibre interne de la région arabe et dans les relations de cette région avec le reste du monde, notamment au vu de la si douloureuse Palestine où le Qatar a toujours soutenu, et parfois provoqué les initiatives diplomatiques visant à établir cette paix globale et juste, seule susceptible de ramener le calme et la prospérité dans toute cette partie du monde.

Ce faisant, le Qatar joue son rôle dans ce dialogue international et interculturel que tous, hommes et femmes de bonne volonté, appelons de nos vœux. Entre le monde arabe et la France, ce dialogue a toujours existé, pour le meilleur et pour le pire, depuis l'aube des temps. L'historien Dominique de Villepin vous l'expliquerait mieux que je ne saurais le faire : c'est le plus souvent la géographie qui provoque l'histoire et l'histoire à son tour remodèle la géographie, du moins la géographie politique. Or le monde arabe, d'Orient et d'Occident, s'est toujours trouvé, de l'autre côté de la Méditerranée, le seuil émerveillant de la France, de même que la France a toujours été, pour le monde arabe, le voisin tantôt attirant, tantôt redoutable et redouté. Et tout cela, cette “double fascination bloquée” comme il m'est arrivé de la surnommer dans l'un de mes livres, a sa projection dans l'imaginaire des hommes de l'un et l'autre mondes.
.../...
Aujourd'hui et dorénavant, la France nous donne, grâce au génie de certains de ses auteurs, de ses hommes de science, de ses poètes, de ses artistes, beaucoup de ce qu'elle invente et de ce qu'elle crée. Elle accueille bien de nos étudiants dans ses Universités. C'est souvent à sa langue bien-aimée (où sept à huit cent mots arabes se sont glissés) que nous demandons – écrivains, penseurs, spécialistes et technologues de toutes obédiences – de nous aider à entrer dans le temps nouveau. Finie la colonisation et ses contentieux, jamais les Français, de leur côté, n'ont été aussi nombreux sur l'autre rive de la Méditerranée : en Égypte, au Maroc, en Tunisie, au Liban. La France aime notre grand soleil. Je n'ose dire que nous aimions toujours beaucoup ses neiges et ses pluies excessives. Mais nous sommes déjà au printemps et quand le soleil est au rendez-vous de Paris, quelle fête  alors que cette ville couleur de matière grise !

Pardonnez-moi d'avoir été un peu long. La circonstance l'exige. Votre qualité intellectuelle l'exige. Le prix que je vais avoir l'honneur de recevoir des mains de Son Excellence l'Ambassadeur Al-Kuwari, en compagnie de mon ami Dominique de Villepin, prix de Doha capitale culturelle du monde arabe, ce prix, par sa nature même, l'exige. Merci donc, Monsieur l'Ambassadeur, pour cette distinction qui honore le vieil écrivain franco-arabe que je suis, lequel a passé sa vie à faire le singulier voyage entre les deux rives de son identité. Merci également à vous tous de m'avoir si patiemment prêté l'oreille.

Salah Stétié

Source : http://www.salahstetie.com/Essai/essai14.html

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