vendredi 13 décembre 2013

Mandela, suite et fin

Pourquoi les représentants de l'Empire (sauf Israël, et pour cause en regard à l'Histoire de ces 50 dernières années !) se sont-ils retrouvés autour de la dépouille de Mandela pour se congratuler et fêter la révolution arc-en-ciel ? La réponse se trouve dans les deux articles premiers articles ci-dessous. Le troisième, écrit par ses frères de lutte du Parti communiste sud-africain, désamorce le constat sinistre qu'induisent les deux articles précédents en rendant justice à un homme pris dans les maelströms d'une révolution inachevée qui a du faire face à d'inextricables traîtrises :


Mort de Mandela: Une autre vision… "Dernier repos pour le héros des bobos"…



Par Robert Bibeau

11 Décembre 2013



On dit de Nelson Mandela qu’il fut une icône de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.  Nelson Mandela fut surtout le héros de la bourgeoisie et le dernier des égarés de l’Arche de Noé des Non-alignés, une assemblée de 120 pays compromis avec un bloc impérialiste ou un autre, tantôt regroupés sous la direction de l’Iran, de Cuba, de l’Indonésie «soekarniste», de l’Inde «ghandiste», de l’Ex-Yougoslavie «titiste» ou de la Chine «maoïste».

Les média «mainstream» à la solde des riches pleurent le héros de la fin de l’Apartheid politique, mais l’Apartheid économique a-t-il été aboli au pays des Zoulous ? Réconciliation nationale et pardon Arc-en-ciel ont été mis à l’honneur par les «bobos» mais qu’en est-il des ouvriers sud-africains parqués dans des townships délabrés ?

La misère mortifère se répand comme du chiendent

Depuis la «Libération» de l’apartheid en 1991, une majorité des 40 millions de noirs (75 % de la population du pays) vivent l’enfer sur Terre.  Selon l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en quinze ans l’Afrique du Sud a reculé de 35 places dans le  classement (1990-2005), traduisant ainsi l’appauvrissement général de la population noir d’Afrique du Sud.

En dix ans le nombre de personnes vivant en dessous du seuil d’extrême pauvreté a doublé, passant de 1,9 à 4,2 millions, soit 8,8 % de la population. Près de 40 % des villes en Afrique du Sud sont composées de townships et cette ségrégation géographique des lieux de résidences entre les riches blancs et les pauvres noirs est très visible et elle est à l’origine des tensions entre les deux classes sociales antagonistes. En Afrique du Sud les riches Afrikaners vivent relus dans des maisons forteresses ou dans des quartiers fortifiés. Plus de 43 % de la population vit avec moins de 3000 rands (260 euros) par an. Le chômage serait selon l’OIT à un taux officiel de 23,2 %, mais les syndicats l’estiment proche de 40 %. « La crise de l’emploi est  définie selon des critères raciaux en raison du fait que, dans le troisième trimestre de 2010, 29,80% des Noirs étaient officiellement au chômage, contre 22,30% de métis, 8,60% d’Asiatiques et seulement 5,10% de blancs. Environ 12 millions de personnes vivent avec moins de 0,25$ par jour, tandis que 16 millions de Sud-africains reçoivent des allocations sociales sur une population totale du pays de 50.59 millions d’habitants. » (1).

La sanctification conférée par Madiba

Le 30 juin 1991 l’oligarchie blanche minière et milliardaire de l’Afrique du Sud raciste acquérait ses lettres de noblesse internationales, lettres d’accréditation contresignées par le Président noir pacifiste, tenant du non-alignement, l’avocat Madiba-Mandela, le héros des «bobos» occidentaux (2).

En 1991, après la procession du pardon, les bourreaux racistes s’excusèrent d’avoir occis, ostracisé, opprimé et exploité leurs esclaves enferrés et les transformèrent en esclaves salariés. Le ferme propos de ne plus recommencer n’y étant pas, sitôt confessé et pardonné, les récidivistes milliardaires firent ce qu’il faut pour que la potiche Mandela ne dérange pas leurs plans de brigands. L’exploitation des damnés des mines et des terres agricoles, dirigés par les hobereaux de couleur, allait se poursuivre implacablement. Rien n’avait changé au pays de la pauvreté non-partagé.

Terminé l’esclavage classique inefficace, désormais saluons l’esclavage salarié ! Un pays industriel techniquement évolué comme l’Afrique du Sud se devait de moderniser sa superstructure juridique, légale, gouvernementale, policière et militaire. Même le réactionnaire ex-premier ministre canadien, collaborateur des minières sud-africaines, l’Honorable Brian Mulroney, exigeait un changement de tactique des riches sud-africains dans l’exploitation de leur classe ouvrière nationale.

Le 30 juin 1991, les actionnaires et les banquiers capitalistes de Johannesburg, de Londres, de Rotterdam et de New York partageaient leur mainmise exclusive sur le pouvoir politique en Afrique-du-Sud, à la condition que le pouvoir réel, économique, resta entièrement entre les mains des Afrikaners. Ce jour-là, le grand capital international salua la naissance d’une bourgeoisie noire compradore, assoiffée de prébendes, qu’elle n’obtiendrait qu’en quantité mesurée en fonction des services rendus dans la sujétion de la plèbe ouvrière noire récalcitrante.

Les deux factions bourgeoises de l’apartheid économique (blanche internationale-Afrikaners, versus, noire sud-africaine-Mandeliste) obtenaient chacune une paix séparée qu’ils croyaient bien méritée. Nelson Mandela et l’ANC s’engageaient à assurer cette paix des braves tant souhaité par Botha et De Klerk afin qu’ils puissent continuer d’exploiter le travail salarié et les minéraux si abondants sur ce sous-continent.

Aucune des nationalisations des terres, des mines, des usines, des banques promises par Mandela au peuple africain ne furent réalisées par le premier président noir d’Afrique du Sud, alors que la Charte de la Liberté adopté par l’ANC l’y obligeait.

« La richesse nationale de notre pays, le patrimoine et l’héritage des Sud-Africains, sera rendu au peuple : Les richesses minérales du sous-sol, les banques et les industries qui ont un monopole doivent être transférées à la propriété du peuple dans son ensemble et en entier. Toutes les autres industries et commerces doivent être contrôlés par le gouvernement afin d’aider au bien-être du peuple.» (…) «Un des aspects les plus révélateurs de la transition économique a été la propriété de la Banque Centrale d’Afrique du Sud. Sans aucun doute l’institution la plus puissante du pays. Vishnu Padayachee a rédigé un document sur les avantages et les inconvénients d’avoir une Banque Centrale autonome, gérée en totale autonomie par le gouvernement. À l’époque, la Banque Centrale était une propriété privée appartenant aux Blancs et aujourd’hui elle l’est toujours. Elle compte quelque 650 actionnaires qui sont à 99% de riches Blancs. Pourquoi avoir  laissé cette Banque Centrale aux mains des mêmes Blancs impérialistes qui profitaient de l’Apartheid en Afrique du Sud ?» (3)


La grande grève des caboots de 2012

Un article récent dévoile les règles de fonctionnement de l’apartheid-économique en Afrique du Sud “libérée” : « Avec une énorme tristesse, je pleure avec vous la perte de tant de collègues » (sic)  a déclaré le 23 août 2013 le président de Lonmin (monopole du platine). Ses «collègues» ce sont les 34 mineurs noirs en grève, mitraillés par la police post-apartheid à Marikana où Lonmin, société dont le siège social est à Londres, possède une grande mine de platine. Les mineurs faisaient grève non seulement pour des salaires minimes, mais contre un intolérable système d’exploitation. » (4)

Le 16 août 2012, 34 mineurs désarmés, en grève spontanée, ont été assassinés par la police raciste de l’Afrique du Sud. Plus de 78 autres ouvriers ont été blessés, la police tirant à l’arme automatique dans le dos de ceux qui fuyaient ce carnage d’africains au pays de Mandela l’Africain. Où était le père de la Nation Arc-en-ciel pendant cette sauvage tuerie ? À ce jour, aucun des policiers criminels n’a été incarcéré. (5)
Quatre jours plus tard, la multinationale assassine Lonmin – où siègent les amis de Nelson Mandela et de son remplaçant adoubé, le prévaricateurJacob Zuma, président de l’Africain National Congres (ANC) –,  annonçait qu’«à Marikana, la situation  est calme et qu’un tiers des vingt-huit mille mineurs avait repris le travail » d’esclaves salariés.

En 2012, la grève des 30 000 mineurs sud-africains fut la conséquence de la trahison de 1991. Ce ne sont pas les héritiers de Mandela qui trahirent l’icône suprême, mais Madiba lui-même qui renia ses promesses faites aux ouvriers et qui teint les promesses faites à ses geôliers contre sa libération. Pour cette raison tous les polissons capitalistes de ce monde sont réunis pour commémorer le respect de Mandela pour la parole donnée. Les Bobos quant à eux continuent de jouer les thuriféraires et d’encenser le mythe de la fin de l’apartheid en République d’Afrique du Sud ségréguée. (6)

Cette grève brisa le mirage de la Nation Arc-en-ciel et de la paix sociale entre les capitalistes monopolistes Afrikaners; les bourgeois-noirs nationalistes chauvins complices – et les prolétaires noirs exploités – le sel de la Terre.

Cette grève de 2012 fut exemplaire à plus d’un titre: d’abord parce qu’illégale, ce qui signifie qu’une fraction de la classe ouvrière a enfin renoué avec ses traditions de défi et de déni du droit bourgeois qui cherche à restreindre ses luttes dans les limites étroites du droit des riches tels qu’enseigné par Mandela.

Cette grève de 2012 était organisée par une union syndicale non reconnue par l’État bourgeois de Mandela, opposée aux syndicats de collaboration de classe affiliés à l’ANC. L’ANC subventionnée est bien accrochée au rafiot de l’État d’apartheid économique. Quelques mois après cette première vague de grèves sauvages certains chefs syndicaux de cette centrale syndicale illégale ont été assassinés par des nervis, dont on ne sait pas encore s’ils ont été recrutés par l’ANC ou soudoyés par le cartel des mines (7).

L’effondrement des illusions nationalistes chauvines 

L’amère réalité économique et politique contemporaine nous révèle que sous l’impérialisme moderne il n’existe aucune possibilité de créer un État bourgeois capitaliste qui ne soit pas inféodé à un bloc impérialiste ou à un autre (USA-OTAN ou Chine-BRICS). La seule alternative étant d’ériger le socialisme, ce que Mandela a récusé.

Peuples et ouvriers ne comptez surtout pas sur la petite-bourgeoise hésitante, branlante et inconstante, qui pleure aujourd’hui son idole non-aligné, pour diriger jusqu’au bout une lutte d’indépendance véritable en Afrique du Sud, au Canada, en France ou ailleurs dans le monde, sachant que la seule indépendance véritable est celle vis-à-vis de l’impérialisme international et non pas la «libération» d’une faction d’exploiteurs pour se mettre sous le joug d’une autre clique de spoliateurs. Partout dans le monde la bourgeoisie nationaliste choisit de se vendre aux plus offrants à titre de garde-chiourme de l’impérialisme. En cela Mandela fut le dernier des échoués de l’Arche de Noé des non-alignés après tant d’autres icônes mythifiées.
La classe ouvrière a du pain sur la planche comme vous pouvez le constater !
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  1. http://regardscroises.ivoire-blog.com/archive/2013/06/26/lettre-ouverte-a-mandela.html ethttp://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/360848/afrique-du-sud-12-000-mineurs-en-greve-sont-licencies
  2. http://fr.wikipedia.org/wiki/ Apartheid
  3. http://mai68.org/spip/spip.php?article6377
  4. http://www.legrandsoir.info/les-armes-du-nouvel-apartheid-il-manifesto.html.
  5. www.lapresse.ca/international/afrique/201208/16/ 01-4565687-afrique-du-sud-34-mineurs-en-greve-ont-ete-abattus.php
  6. http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_%C3%A0_Marikana  https://fr.wikipedia.org/wiki/Afrique_du_Sud# Pauvret. C3.A9.2C_ch. C3.B4mage_et_mouvements_migratoires



Via Résistance 71





Lettre ouverte, écrite du fond de l'enfer, parue dans un Journal Sud Africain :



Cher ancien président Nelson Mandela,


J'avais seulement 5 ans quand vous avez été libéré de prison. Je viens d'un milieu pauvre, comme tous les enfants noirs d'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid et j'ai été élevé par ma grand-mère. En 1994, l'Afrique du Sud a eu ses premières élections démocratiques, je me souviens que tout le monde, y compris ma grand-mère, était ravi à l'idée de pouvoir voter pour vous et pour le gouvernement de l'ANC. Malheureusement, ma grand-mère est décédée avant d'avoir pu voter en début d'Avril en 1994.

J'ai cru comprendre que vous aviez des rencontres secrètes entre 1985-1990 avec P. W. Botha (ancien président de 84-89) pour avoir un règlement négocié. Ceci nous a été révélé plus tard par le président de l'ANC, Oliver Reginald Tambo, se référant à vos réunions avec le régime colonial-apartheid dans les années 1980, années cruciales. Il avait déclaré: "Les prisonniers ne peuvent pas négocier leur liberté". Tambo semblait perturbé sur le fait que des hautS cadres du parti, y compris vous, auraient pu avoir compromis l'organisation.

En 1990, avant que vous ne sortiez de prison vous aviez assuré vos partisans que la nationalisation des mines, des banques et des minéraux étaient vos objectifs premiers. Cette croyance avait formé la doctrine de base de l'ANC et avait même été inscrite dans un document connu sous le nom "Freedom Charter" (La Charte de la Liberté).

"La richesse nationale de notre pays, le patrimoine et l'héritage des Sud-Africains, seront rendus au peuple: Les richesses minérales du sous-sol, les banques et les industries qui ont un monopole doivent être transférées à la propriété du peuple dans son ensemble et en entier. Toutes les autres industries et commerces doivent être contrôlés par le gouvernement afin d'aider au bien-être du peuple". Disait "La Charte".

Or il est apparu plus tard que vous et d'autres dirigeants de l'ANC vous étiez affairés à réinterpréter avec créativité l'un des engagements les plus forts contenus dans cette Charte, à savoir "une nationalisation des industries qui conforterait le monopole des capitaines d'industries blancs".

LA NATURE DE LA TRAHISON

Lorsque vous négociez avec le Nationaliste De Klerk (ancien président 1984-89) avec l'intention d'obtenir un compromis qui garantit le maintien du pouvoir Blanc en Afrique du Sud et surtout le maintien des profits tirés des masses noires exploitées, et qui laisse le pouvoir entre les mains des capitalistes blancs dans un avenir prévisible. Comme il le disait fermement: "Je n'ai pas l'intention de négocier quoi que soit qui me fera quitter le pouvoir". Bien au contraire, les négociations ont eu pour but d'empêcher la victoire des masses noires. De Klerk avait tendu un piège pour les noirs et nous avons été pris dans ce piège grâce à vous, M. Nelson Mandela. Vous le saviez bien que toute "négociation" faite avec le Diable DOIT, par défaut, nous conduire en Enfer! A vrai dire, vous vous êtes fait rouler dans la farine par les nationalistes et nous avec.

Echec du transfert du pouvoir lors des négociations

Les négociations ont porté sur deux aspects: l'un politique, l'autre économique. Quand vous négociez avec les Nationalistes, et à partir du moment où vous avez choisi de séparer le pouvoir politique et économique, là était votre plus grande erreur et c'est de là que la trahison du peuple Noir est partie. Le transfert de propriété des richesses et des terres est au cœur d'un transfert de pouvoir. Raison pour laquelle il a été CLAIREMENT stipulé dans la Charte de la Liberté. Mais vous, M. Nelson Mandela, avez choisi de l'ignorer.

Lors de vos négociations toute intelligentsia sud-africaine avait l'oeil rivé sur les tractations d'ordre politiques et négligeait l'aspect économique. Vous craigniez le fait que si les négociations politiques échouaient, il y aurait des manifestations de masse. Les gens n'étaient pas intéressés par les négociations économiques et lorsque les négociateurs économiques rendaient des comptes au peuple, les gens pensaient que c'était trop technique, du coup personne ne s'y intéressait par manque d'éducation. Mais vous, M. l'ancien président, vous étiez plus instruit que le peuple. Vous auriez dû le savoir que ces deux aspects du pouvoir étaient intimement liés. C'est là que nous avons raté à jamais l'occasion d'obtenir notre liberté totale et vous l'avez vendue aux Nationalistes.

=> Ici, Nationalistes, réfère au fait que le parti Blanc au pouvoir (Afrikaner National Party) ne voulait pas un éclatement de l'Afrique du Sud, même bien qu'ils pratiquaient ouvertement une ségrégation raciale. Comme quoi, on voit qu'un parti politique peut s'appeler "Nationaliste", mais en fait il ne vise qu'a la destruction de la Nation qu'il prétend pourtant défendre.

Poursuivons la lecture de la lettre...

Echec des négociations économique et nationalisation de la Banque Centrale Nationale de l'Afrique du Sud.

M. l'Ancien Président, votre mandat obtenu par le peuple était de vous assurer que les valeurs de la Charte soient mises en œuvre, y compris la nationalisation des actifs du pays. Mais au lieu de nationaliser les mines vous vous réunissiez régulièrement avec Harry Oppenheimer, ancien président de la géante compagnie minière anglo-américaine et De Beers, la 1ère compagnie Sud-africaine productrice de Diamant au monde, or ces deux compagnies étaient les symboles économiques même du régime de l'Apartheid.

Peu de temps après l'élection de 1994, vous avez même présenté le programme économique de l'ANC à Oppenheimer pour approbation et fait plusieurs révisions clés pour répondre à ses préoccupations, ainsi qu'à celles des autres grands industriels du pays. Honte à vous pour la vente de minéraux et des terres aux Impérialistes. Les résultats de ces réunions étaient que vous pourriez garder le pouvoir politique, mais l'or et les diamants de l'Afrique du Sud resteraient dans les mains des personnes qui la contrôlaient auparavant. Avez-vous oublié ce que la Charte de la Liberté disait ?

Je vous le rappelle : « La richesse nationale de notre pays, le patrimoine et l'héritage des Sud-Africains, sera rendu au peuple: Les richesses minérales du sous-sol, les banques et les industries qui ont un monopole doivent être transférées à la propriété du peuple dans son ensemble et en entier. Toutes les autres industries et commerces doivent être contrôlés par le gouvernement afin d'aider au bien-être du peuple. »

Un des aspects les plus révélateurs de la transition économique a été la propriété de la Banque Centrale d'Afrique du Sud. Sans aucun doute l'institution la plus puissante du pays. Son sort nous a été expliqué par un homme d'affaire de Durban, Vishnu Padayachee, a qui vous aviez demandé de rédiger un document pour votre équipe de négociation sur les avantages et les inconvénients d'avoir une Banque Centrale autonome, gérée en totale autonomie par votre gouvernement.

Padayachee ne pouvait pas croire ce qu'il entendait : "Quelle question ?!!! Mais bien sûr que nous devons prendre contrôle de cette Banque". Lui et son équipe ont rédigé et présenté le document avec des recommandations claires de ne pas autoriser la Banque Centrale à rester une institution autonome (!). Mais plus tard, il a révélé, que votre équipe de négociation: "N'avait pas le choix de faire une concession sur cette revendication pourtant centrale".

M. Nelson Mandela, à l'époque, la Banque Centrale était une propriété privée appartenant aux Blancs et aujourd'hui elle compte quelque 650 actionnaires qui sont à 99% Blancs. Pourquoi avez-vous laissé cette Banque Centrale aux mains des mêmes Blancs impérialistes qui profitaient de l'Apartheid dans notre pays ?

Au cours des négociations que vous avez accepté et qui non seulement stipulait que la Banque Centrale devait être gérée comme une entité autonome au sein de l'Etat sud-africain, avec son indépendance inscrite dans la constitution Sud Africaine, mais en plus, elle serait dirigée par le même homme qui la dirigeait sous l'Apartheid: Chris Stals. Une autre figure de proue de l'Apartheid, le Ministre des Finances Derek Keyes, a également conservé son poste dans la nouvelle administration. M. Nelson Mandela comment avez-vous permis aux mêmes personnes qui nous ont opprimés d'être en charge de la Banque Centrale du pays ?

Padayachee a déploré qu'avec la perte de la Banque Centrale, « tout serait perdu en termes de transformations économiques ». C'est bien vrai: Tout a été perdu lorsque vous avez vendu la Banque Centrale, réserve de notre pays !!! L'un des engagements de la Charte était aussi la redistribution des terres, ce qui est devenu impossible à réaliser à cause d'une autre clause que vous avez inscrite dans la Constitution et qui protège la propriété privée.

Echec du mythe de la Nation arc-en-ciel !

Vous avez prêché ce mythe de la Nation arc-en-ciel au monde entier, or il n'existe pas; seulement dans votre tête. Réconciliation n'a signifié rien d'autre que "les Noirs doivent pardonner aux Blancs ce qu'ils leur ont fait pendant plus de 300 ans de dépossession, d'humiliation et de souffrance". Je ressens une douleur indescriptible à chaque fois qu'un Sud-africain Blanc - à la boutique, dans un bar, à la Radio ou sur des forums en ligne - dit que : « Nous devons oublier le passé et nous tourner vers l'avenir." C'est comme nous dire à nous, Noirs, que nous devons "oublier notre douleur et nos souffrances". Et surtout venant de gens qui ont bénéficié de ce système raciste et ségrégationniste! Nous avons subi des injures et des abus racistes et nos agresseurs sont aujourd'hui parmi nous. Et vous voulez que tout aille bien ?!!

Vous et Desmond Tutu, un autre chantre de ce foutu mythe de la nation arc-en-ciel, avez passé sous silence notre douleur et notre peine - au grand soulagement des Blancs. Ces mêmes Blancs qui ne parviennent pas à reconnaître leur tort : notre douleur et notre souffrance - et surtout leur rôle en tant que principaux bénéficiaires de ce système. Vous étiez trop préoccupé à ne ne pas semer le trouble dans la mesure où les Blancs auraient été les principales victimes de représailles. C'est l'unique raison pour laquelle vous faites l'objet d'un véritable culte de la personnalité dans la communauté blanche, plutôt que dans la communauté noire, votre propre communauté.

Résultat des courses, les Blancs de ce pays croient que vous êtes la seule personne noire honorable tandis que le reste des Noirs, nous autres, sommes des corrompus, des criminels, des violeurs, des ivrognes et des bouffons incultes.

=>Eh oui !!! Voilà comment les Sud-africains ont été..., sans préservatifs et sans vaseline, par ces gens et surtout, par la faute de quelqu'un qu'on prenait comme l'un des nôtres.

L'article 94 de la Constitution Sud-Africaine qui garantit un "environnement LIBRE et JUSTE" pour tous les sud-Africains est encore un de vos mythes de la Nation arc-en-ciel: Les Noirs ne sont pas libres (sauf si vous décrivez la liberté comme étant la capacité d'être en mesure de voter et le fait de ne pas avoir à transporter un carte d’identité 24h/24 comme au temps de l'Apartheid). Nous ne sommes pas libres et il existe très peu de justice en Afrique du Sud! Tout cela, grâce à vous. Monsieur Nelson Mandela.

L'ETAT ACTUEL DE L'AFRIQUE DU SUD

Etes-vous conscient que les Noirs restent sans terres, sous-alimentés, sans abris, sous-employés et mal représentés dans les postes de cadres supérieurs? L'état de santé et d'éducation pour les noirs reste tel qu'il était, si ce n'est pire que durant l'Apartheid.

Vestiges de l'Apartheid et des structures économiques coloniales, la propriété et le contrôle restent intactes malgré l'acquisition du pouvoir politique dont vous rêviez tant. Etes-vous conscient que la liberté politique sans émancipation économique est vide de sens?

La crise de l'emploi est également définie selon des critères raciaux en raison du fait que, dans le troisième trimestre de 2010, 29,80% des Noirs étaient officiellement au chômage, contre 22,30% de métis, 8,60% d'Asiatiques et seulement 5,10% de blancs. Environ 12 millions de personnes vivent avec moins de 0,25$ par jour (!!!) , tandis que 16 millions de Sud-africains reçoivent des allocations sociales sur une population totale du pays de 50.59 millions.

En termes de répartition raciale du revenu par habitant, le niveau de revenu des Noirs et des personnes de couleurs (métis, indiens, chinois) en 2008 n'était que de 13% et 22% du revenu par habitant des Blancs, comparativement à 10,9% et 19,3% en 1993. L'écart de revenu pour les Indiens a diminué, le revenu par habitant indien en 2008 étant à 60% de celui des Blancs contre 42% en 1993.

=> Il faut savoir que sous l'Apartheid, les Blancs avaient établi une société de caste en Afrique du Sud, comme en Inde où il étaient aussi aux affaires. Elle se composait comme suit: les Blancs étaient au sommet de la pyramide des êtres humains, suivi des chinois qui étaient les plus blancs après eux, venaient ensuite des Indiens qui étaient moins noirs que les noirs, et enfin venait les Noirs à la fin de la pyramide. Mais comble des combles, il y avait des individus en dessous de ces noirs: Les Noirs non Sud-africains, les noirs des autres colonies Britanniques - Zimbabwe, Namibie, Nigeria, Ghana, etc - qui avaient été emmenés de force en Afrique du Sud pour construire le chemin de fer et toutes les infrastructures du pays.

Et avec ça, il y a certaines personnes qui vous diront que la colonisation et autres ségrégations raciales qui ont eu lieu dans l'Histoire étaient des accidents de parcours ??? Ce n'était pas des accidents, c'était des systèmes de pensée bien planifiés et bien étudiés. Ils avaient des gens qui travaillaient afin de perfectionner le système et le rendre optimal. Les Blancs ne nous ont pas fait du mal par accident, c'était un acte conscient et bien pensé (...).
En tout cas, terminons la lecture de cette lettre, désolé je sais que c'est très long, mais je suis sûr que vous sortirez d'ici plus instruits que la grande majorité de nos frères. Il faut souffrir pour s'instruire n'est-ce pas ? Ça fait près de 6h de temps que je suis en train de traduire et d'écrire ce texte en même temps, alors imaginez à quel point j'ai souffert; je souffre en ce moment pour sortir ce texte central pour notre culture Kamite].

En 1995, la médiane des dépenses par habitant parmi les Noirs était de R333 par mois par rapport à celui des Blancs qui était à R3443 par mois (1000 fois plus !!!). En 2008, les dépenses médianes par habitant pour les Africains étaient de R454 par mois par rapport R5668 par mois pour les Blancs.

Source: [Leibbrandt, M. et al. (2010), "Tendances de la Distribution des revenus et pauvreté en Afrique du Sud depuis la chute de l'Apartheid".

L'économie n'a pas réussi à créer des emplois au rythme nécessaire pour réduire le chômage extrêmement élevé, et le système éducatif n'a pas réussi à faire en sorte que les dépenses publiques égalisé sur la scolarisation se traduise par une amélioration de l'éducation des enfants noirs pauvres.

REFLEXIONS FINALES

Monsieur Nelson Mandela, la démocratie n'a pas apporté ce qui était promis, vous en tant qu'ancien président de l'ANC et du pays êtes le premier responsable de cette diversion. M. l'Ancien président qu'avez vous fait des Noirs ? Si ce n'est de poser la dernière brique de notre trahison suprême en vendant notre lutte afin de réaliser votre rêve de victoire politique. Votre rêve qui est devenu le pire cauchemar des Noirs dans notre pays.

Vous nous avez vendus en tant que nation noire pour un "Prix Nobel de la Paix" et c'est la raison pour laquelle il y a ce manque patent de prestation de services et ce manque de prestation de service tout court => en droit, ça s'appelle "Faux, usage de faux et tromperie".

Notre Constitution tant saluée comme la meilleure du monde, vu qu'elle fut l'une des dernières écrites sur la planète (1990) ne favorise que les Blancs alors qu'elle opprime les Noirs. Merci pour rien M. Nelson Mandela. Merci d'avoir transformé les négociations de Kempton Park en une solution à huis-clos pour sauver le capital Blanc et le pouvoir de quelques-uns, et qui a conduit à une telle démocratie dans laquelle la souffrance de la majorité noire devrait se poursuivre.

J'ai un problème avec les gens qui donne un "statut messianique à Madiba" comme un Jésus noir quand nous savons tous que vous avez profondément trahi la nation noire.

Quand j'ai commencé cette lettre, je vous ai parlé de ma grand-mère qui est décédée avant d'avoir pu voter pour vous. Eh bien, je suis content qu'elle n'aie jamais voté pour vous, comme elle aurait voté pour un traître. Ce que vous avez fait est d'avoir continué le travail que le gouvernement de l'Apartheid avait commencé en laissant et creusant les trous de la pauvreté et de l'oppression profonde.

Avant de quitter cette terre, je voudrais que vous preniez vos responsabilités et présentiez des excuses pour vos actes et ce que vous avez fait aux noirs. Vous avez vendu notre terre aux impérialistes, si vous ne parvenez pas à vous excuser avant de mourir, cela signifie simplement que vous êtes un complice pour eux.

Lorsqu'enfin vous finirez par mourir, je vous souhaite de rencontrer des gens comme le Dr Verwoerd Hendrink et P. W. Botha et surtout, je vous souhaite d'avoir du bon temps avec eux et de rire de la façon dont les Noirs continuent de souffrir. Je n'ai que haine pour ce que vous nous avez fait.

Lettre écrite depuis un des trous de l'Enfer sombre et profond dans lequel vous avez laissé vos semblables Noirs.

Cordialement,

 
Un Sud-africain noir


Lire l'article dans son intégralité sur :
http://regardscroises.ivoire-blog.com/tag/nelson+mandela+franc-maçon


En dépit de ce constat très sombre, ne faisons pas de Nelson Mandela un traître, un vendu au grand capital qui dicte ses lois iniques à la presque totalité des pays de cette planète. Il n'avait sans doute que très peu de moyens pour rétablir la justice sociale et n'a fait  _ce qui est déjà considérable _ que de préparer les conditions afin que son peuple _ et les peuples du monde, par l'exemple qu'il donnait _ puisse s'émanciper de la tutelle machiavélique du capitaliste apatride et résister politiquement à la violence . Ainsi  en ces circonstances, où l'actualité impose une bouillie d'opinions et d'hommages hypocrites,  il est nécessaire d'entendre sa défense portée par la voix  de ses compagnons de lutte du parti communiste clandestin sud africain (SACP) :


N. Mandela : Communiqué du Parti communiste sud-africain (SACP) en date du 6 décembre

Au moment de son arrestation en août 1962, Nelson Mandela n’était pas seulement un membre du Parti communiste sud-africain alors clandestin, mais il était aussi un membre de notre Comité central.
La nuit dernière, des millions de personnes en Afrique du sud, dont la majorité de la classe ouvrière et des pauvres, et les milliards d’êtres humains qui peuplent la planète, ont perdu un vrai révolutionnaire, le Président Nelson Rolihlahla Mandela, « Tata Madiba ».
Le Parti communiste sud-africain (SACP) s’associe aux sud-africains, comme aux autres peuples du monde, en exprimant ses plus sincères condoléances à Mme Graca Machel et à toute la famille de Mandela pour la perte de celui que le Président Zuma a justement présenté comme le plus grand des enfants d’Afrique du sud, le Camarade Mandela.

Nous souhaiterions également profiter de cette occasion pour exprimer notre solidarité avec l’African national Congress (ANC), une organisation qui l’a engendré et qu’il a servie remarquablement, tout comme l’ensemble de ses collègues et camarades dans notre mouvement de libération.

Comme le disait Madiba : « ce ne sont pas les rois et les généraux qui font l’histoire mais les masses, les peuples, les travailleurs, les paysans ».

La disparition du Camarade Mandela marque la fin de la vie d’un des plus grands révolutionnaires du 20ème siècle, qui a combattu pour la liberté et contre toutes les formes d’oppression, à la fois dans son pays et à l’échelle mondiale.

Dans le cadre ces masses qui dont l’histoire, la contribution du Camarade Mandela à la lutte pour la liberté s’est située, et forgée, dans l’appartenance et la direction collective de notre mouvement de libération national, mené par l’ANC – car il n’était pas un élément isolé.
Dans le Camarade Mandela, nous avions un soldat brave et courageux, un patriote et un internationaliste qui, si on peut emprunter le mot du Che Guevara, « était un véritable révolutionnaire guidé par des grands sentiments d’amour » pour son peuple, un trait extraordinaire de tous les authentiques révolutionnaires populaires.

Au moment de son arrestation en août 1962, Nelson Mandela n’était pas seulement un membre du Parti communiste sud-africain alors clandestin, mais il était aussi un membre de notre Comité central.

Pour nous, communistes sud-africains, le Camarade Mandela symbolisera toujours la contribution monumentale du SACP à notre lutte de libération. La contribution des communistes dans la lutte pour la liberté des sud-africains ne connaît que peu d’équivalent dans l’histoire de notre pays.

Après sa libération en 1990, le Camarade Madiba devint un grand et proche ami des communistes, jusqu’à son dernier souffle.

La leçon importante que nous devons apprendre de Mandela et de sa génération de dirigeants, c’était leur engagement à une unité reposant sur des principes dans chacune des formations de notre Alliance [NdT : alliance tri-partite contre l’apartheid entre l’ANC, le Parti communiste et le syndicat de classe COSATU], tout comme à l’unité de notre Alliance dans son ensemble, et celle de l’ensemble du mouvement démocratique de masse.

Sa génération a lutté pour construire et cimenter l’unité de notre Alliance, et nous devons donc honorer la mémoire du Camarade Madiba en préservant l’unité de notre alliance.

Que l’on rappelle à ceux qui ne comprennent pas combien de sang a été versé pour maintenir l’unité de notre Alliance qu’ils ne doivent pas trainer dans la boue l’héritage et la mémoire de personnes de la trempe de Madiba, jouant négligemment avec l’unité de notre Alliance.

Le SACP a soutenu l’entreprise de réconciliation nationale de Madiba. Mais la réconciliation nationale pour lui n’a jamais signifié éviter de traiter les inégalités de classe, sociales dans notre société, comme certains aimeraient à nous le faire croire aujourd’hui.

Pour Madiba, la réconciliation nationale était une plate-forme pour poursuivre l’objectif de construction d’une société sud-africaine plus égalitaire, libérée du fléau du racisme, du patriarcat et des inégalités criantes.

Et une véritable réconciliation nationale ne sera jamais achevée dans une société encore caractérisée par des inégalités qui vont en se creusant et par l’exploitation capitaliste.

En hommage à ce grand combattant, le SACP va intensifier la lutte contre toutes les formes d’inégalité, y compris en intensifiant la lutte pour le socialisme, seule solution politique et économique aux problèmes que rencontre l’humanité. Pour le SACP, la disparition de Madiba doit donner à tous ces Sud-africains qui n’avaient pas adhéré à une Afrique du sud démocratique, et qui toujours d’une façon ou d’autre rêvent de la période de domination blanche, une seconde chance de se faire à une Afrique du sud démocratique fondée sur le principe de la règle de la majorité.

Nous appelons tous les sud-africains à s’inspirer de son exemple de désintéressement, de sacrifice, d’engagement et de services rendus à son peuple.

Comme le SACP le dit : Hamba kahle Mkhonto ! (repose en paix, combattant de la libération).

le 6 décembre 2013


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