samedi 21 décembre 2013

Guerre et Paix :


2014, déclaration de conflit mondial et durable

Par Bernard Dugué



 












La guerre est déclarée ! C’est cette une qu’on pouvait lire sur tous les journaux un jour d’été en 1914. Pourquoi cette formule ? Parce qu’à cette époque, la guerre se faisait avec des règles et un protocole. Les choses étaient cadrées, nettes, avec des frontières, autant spatiales que temporelles. Quand c’était la guerre, les Etats envoyaient les soldats au front et quand c’était pas la guerre, eh bien c’était la paix. Cette grande guerre fut causée par des tensions économiques, des querelles politiques et notamment la question coloniale, avec une Allemagne devenue grande puissance industrielle et affichant quelques velléités sur des régions d’Afrique. On connaît la suite. En France, cette guerre a ressoudé l’unité nationale et permis de réconcilier à peu près un pays déchiré après l’affaire Dreyfus alors qu’une portion non négligeable des élites et des populations n’avaient pas accepté la république, lorgnant vers un passé monarchique révolu.
2014. Plus aucun risque de guerre entre pays européens. De plus, la période est devenue liquide, pour reprendre une formule du sociologue Zygmunt Bauman. Il n’y a plus vraiment de guerre. On parle de conflit. Qui peuvent se déclencher entre parties dans quelques pays, genre Syrie, Mali, Centrafrique… Ces conflits n’ont pas une origine datée ni de front bien déterminés. On sait juste qu’il y a deux camps, des combattants disséminés qui s’entretuent, en faisant au passage beaucoup de victimes civiles. L’autre terme en vigueur dans le domaine géopolitique, c’est l’intervention. En ce cas, une puissance militaire conséquente intervient dans un pays à la demande de ses dirigeants, avec l’autorisation de l’ONU, pour mettre un terme à un conflit. La France n’est pas en guerre ni en conflit contre le Mali ou la Centrafrique. Elle intervient. En ce cas, cette action se situe à mi-chemin entre une guerre et une opération de police. Dans la forme, cela ressemble plus à une guerre, dans le fond et les intentions, c’est plus une opération de maintien de l’ordre et donc de police.
En 2014, le monde n’est pas en guerre mais il est traversé par de nombreux conflits. Les médias en parlent quand il y a beaucoup de mort ou alors deux morts quand ce sont nos soldats qui tombent. Les officiels prononcent la formule républicaine, morts pour la France. Le mécréant pense aussitôt, morts pour des intérêts économiques. Les conflits sérieux, on en trouve non seulement en Syrie, au Mali et en Centrafrique, sans oublier l’Afghanistan, mais aussi au Nigeria, au Soudan. Alors que nombre de pays sont miné par des factions rebelles et des conflits intercommunautaires, parfois religieux, avec souvent des facteurs économique. En Chine, des dizaines de morts chaque mois dans des régions reculées comme le Sichuan connu pour son poivre très odoriférant. Les pays émergents ne sont pas épargnés. Inde, Indonésie. Le monde est violent. Est-ce parce que l’information est plus accessible ou est-ce une réalité ? Ce qui sous-entend un monde moins violent, par exemple dans les années 1970.
L’année 2014 devrait être désignée comme année des conflits. Et la paix décrétée comme cause internationale. A la mémoire de qui vous savez. Pour les amnésiques, en 2014 sera célébré le centenaire de la mort de Jaurès. 2014, le conflit mondial n’est que la mondialisation des conflits. La propagation des informations, des marchandises, de l’argent et des armes accroît l’entropie et suscite un état global dont la règle générale est l’instabilité. Aux pays en conflits, s’ajoutent les pays en état de crise sociale et politique, parfois intense, comme en Egypte, en Libye ou Tunisie, parfois latent et masqué, avec des formes très diverses, en Turquie ou même aux Etats-Unis et en France avec des manifestations de plus en plus nombreuses mais réunissant de moins en moins de monde. Chaque camp défend ses intérêts. Quand c’est une région, ça fait quand même du monde, coiffé d’un bonnet rouge. En France, on peut parler d’une violence sociale et même d’une sorte de conflit entre la classe dirigeante et la population, comme du reste aux Etats-Unis. Avec une police pas très tendre et…
Des systèmes de surveillance. En France, une loi dite « militaire » facilite la géolocalisation et l’interception des communications. C’est justifié pour lutter contre le terrorisme. Que dire sinon que la France avec ses deux interventions visant des groupes d’obédience islamique se trouve en première ligne et que les points de passage vers le territoire sont nombreux. Ces interventions ont placé la France dans une « sale position ». Les officiels racontent des mensonges. Dans dix ans, la France sera encore en conflit avec les mêmes groupuscules ou même des nouveaux. Le monde est instable et dangereux. Ne pas oublier aussi les organisations du crime. Des mafias italiennes aux cartels sévissant au Mexique. Sans compter les nombreuses spécialités mafieuses qu’on trouve dans les pays du sud-est européen et notamment les Balkans.
2014, c’est aussi la prise de conscience que la situation ne peut pas s’améliorer, que les conflits vont perdurer, la corruption se stabiliser ou s’étendre, comme le crime organisé et les désordres sociaux. Aucune perspective pour la croissance et un chômage massif qui va perdurer avec un délitement des programmes sociaux et un accroissement des inégalités. Chacun pense sauver sa situation. Nul ne sait où vont conduire les dix ou vingt prochaines années si un changement de société n’est pas décidé rapidement. 2014, les conflits sont bien installés et sans doute, durablement. Le stoïcisme semble alors tout indiqué pour passer cette période.
Les dirigeants et les peuples ne semblent pas prendre la mesure des conséquences de leurs actes, que ce soit en économie ou dans les conflits. Il est beaucoup plus difficile de reconstruire des emplois que de les détruire. La France avec ses syndicats complices applique la politique de destruction, préférant la charrette de licenciement à une négociation pour sauver le plus d’emploi. Quant aux conflits, observons ce qui se passe au Soudan du sud. Les haines issues des conflits passés ressurgissent et le pays est dans un état de chaos. Partout où les communautés se battent, les haines s’enracinent en obérant les possibilités d’un avenir partagé. 2014 sera comme 1914, un moment où les conflits sont déclarés. Tout le monde veut la paix mais personne ne veut la faire. Passez quand même de bonnes fêtes.
Bernard Dugué
Source : Agoravox


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