dimanche 1 décembre 2013

Europe : le beurre et l'argent du beurre



 
 
NON AU TRAITE TRANSATLANTIQUE (TTIP ou TAFTA)
 
 

Le TTIP et la zone de libre échange UE- USA
ou comment brader notre démocratie

 



Traduit par Michèle Mialane



Vous connaissez sûrement la nouvelle mouture du vieux projet d’une zone de
libre échange entre l’UE et les USA, n’est-ce pas ? On a en a fort peu parlé dans
les médias dominants et les citoyens européens n’ont autant dire rien
su de l’accord de libre échange, un projet qui est pourtant d’une brûlante actualité.
Si l’on va un peu voir du côté des médias alternatifs et que l’on découvre les
véritables enjeux, on a de quoi se mettre en rogne.
Cet accord devrait déclencher un branle-bas de combat chez tous nos élus,
s’ils prenaient leur tâche au sérieux et possédaient la moindre ombre
d’intégrité.
Car ce « traité de libre échange » n’est rien de moins qu’une attaque
frontale contre notre démocratie, ou tout du moins ce qu’il en reste.



C’est en juillet dernier qu’ont débuté les négociations officielles relatives au « Transatlantic
 Trade and Investment Partnership » (Partenariat transatlantique de commerce et
d’investissement), en abrégé TTIP, un accord de commerce et d’investissement
européo-usaméricain. L’objectif affiché est la signature, avant la fin de l’année 2014,
d’un traité instituant une zone transatlantique de libre échange (Transatlantic Free Trade
Area, TAFTA) entre l’UE et les USA.



La propagande officielle confirme que cet accord alignera les normes des deux zones - et que
ce seront les grandes firmes et les investisseurs qui décideront de leur teneur. En langage clair,
il s’agit d’une course au moins-disant permettant aux firmes US-américaines de mettre
sur le marché européen leurs saloperies transgéniques ainsi que leurs poulets chlorés et leur porc
et bœuf aux hormones. En cas de refus de ces normes, des sanctions d’une durée illimitée
ou bien des dommages- intérêts astronomiques menacent les États rétifs. Développons.



Ce traité vise avant tout à la suppression de toutes les « entraves au commerce » qui existeraient 
encore (les droits de douane entre les USA et l’UE sont déjà abolis dans une large mesure ),
autrement dit de tout ce qui fait tant de peine aux patrons – droit du travail, lois sociales et de
protection des travailleurs, normes de sécurité alimentaire, mesures de protection de
l’environnement et du climat et de régulation des marchés financiers – bref : de tout ce qui rend
supportable la vie des travailleurs normaux.



Les négociations sont secrètes, pour empêcher le bon peuple de découvrir les véritables
enjeux. D’autre part, 600 « conseillers » officiels des grandes firmes disposent d’un accès
privilégié à ces négociations, pour y fourguer leur point de vue.



Lorri Wallach insiste : « Il y a une raison toute simple à ces cachotteries. Ce traité obligerait
les instances dirigeantes nationales et jusqu’aux conseils municipaux à adapter leur
politique intérieure actuelle et future à cette volumineuse réglementation. Le traité graverait
dans le marbre des projets de loi, négociés au niveau international, qui, pour répondre
aux vœux des entreprises, toucheraient nombre de domaines non commerciaux : par exemple
la sécurité et l’étiquetage alimentaires, les teneurs maximales en produits chimiques et toxiques,
la santé et le prix des médicaments, la protection de la vie privée sur Internet, la fourniture
d’énergie et les «  services» culturels, le brevets et les droits d’auteur, l’exploitation des
matières premières et du sol, les droits des migrants et leur accès à l’emploi, les marchés
publics et bien d’autres choses encore.(1)



Le plus scandaleux dans cet accord, c’est qu’un tribunal dominé par une petite clique
d’avocats d’affaires pourra jeter l’anathème sur des États ou des instances qui enfreindraient
ses dispositions. Les firmes seront en droit d’exiger de ces États ou instances des dommages
et intérêts si certaines mesures (environnementales ou sociales) risquent d’entraîner pour elles
un « manque à gagner». Les accords de libre échange conclus par les USA ont déjà rapporté
plus de 400 millions de dollars à diverses firmes qui ont porté plainte contre l’interdiction de
 substances toxiques, contre des régimes de licences, des lois protégeant l’eau potable ou la
forêt et autres réglementations « gênant les investissements » (2). Par exemple, au sein
de l’ALENA (NAFTA, Accord de libre-échange d’Amérique du Nord, entre USA, Canada et
Mexique), le fabricant d’un additif cancérigène contenu dans l’essence, a exigé du Canada,
pour avoir interdit cet additif, 250 millions de dollars pour « pertes de ventes et entrave au
commerce ». Craignant de perdre le procès, le Canada a autorisé cet additif et versé un
dédommagement de 10 millions de dollars au fabricant.(3)



Si cet accord voit le jour, il est clair que les droits des investisseurs primeront sur les lois
protégeant notre santé, l’environnement et les droits sociaux. La souveraineté des États
passera après les droits des entreprises. Autrement dit : les derniers restes de démocratie seront
abolis.



Michael Parenti le résume parfaitement en se référant aux traités déjà en vigueur : « Il faut encore
le répéter : ce que l’on abolit en même temps, c’est le droit d’avoir de telles lois. C’est le
point le plus important et celui que les politiciens de tous bords ignorent le plus souvent. Les
traités de libre échange garantissent aux investisseurs entrepreneuriaux une suprématie de type
impérial qui leur permet de faire passer leurs droits avant tous les autres, dont ceux à un
environnement sain et offrant une qualité de vie convenable et à des services publics à un
coût accessible ainsi qu’au moindre recoin de démocratie politique et économique.
Le « libre échange» subordonne tous les droits démocratiques au droit de propriété des
entreprises.



Et dans quel but ? Ce qui prétend justifier la création d’une zone de libre échange, c’est
l’éternel mantra, toujours non démontré, de la croissance économique et de la création
d’emplois ainsi que du bien-être pour tous. Mais l’avantage économique que nous devons
en retirer est ridiculement faible. En se fondant sur les estimations de la Commission
européenne- optimistes et sans doute inventées de toutes pièces – le ménage européen moyen y
gagnerait 500 euros par an, soit 42 euros par mois, sûrement vite dévorés par l’augmentation
du coût de la vie. La bonne blague !



Ce sont d’autres intérêts qui fondent ce traité. Pour bien des produits et services fournis par
les entreprises privées, les marchés sont saturés. Par exemple, le marché US-américain
n’offre plus de débouchés supplémentaires au soja et au maïs transgéniques de Monsanto.
Comment augmenter sans cesse les profits attendus par des actionnaires avides de rendement? 
En trouvant de nouveaux marchés, bien sûr, et en vendant toujours plus. Le capital doit se chercher
sans cesse de nouvelles possibilités d’investissement jusqu’à pénétrer les derniers recoins du
monde pour les marchandiser. Pour la grande masse de la population humaine et pour
l’environnement, ce serait une catastrophe de proportions démesurées. Nous ne pouvons
stopper cette évolution qu’en prenant totalement conscience de la catastrophe qui
nous menace – pour ainsi dire en nous dés-illusionnant - et en lui opposant une résistance
énergique et résolue. Il nous faut estimer à leur juste valeur l’espace ainsi que les biens et
services que nous détenons encore et les défendre bec et ongles. C’est une question de vie ou
de mort, donc protestons et luttons.


Notes :
 
 
(1) Lori Wallach, TAFTA – die große Unterwerfung, Le Monde Diplomatique, 8.11.2013.
Version française : Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens
(2) Lori Wallach, TAFTA – die große Unterwerfung
(3) Michael Parenti, The Face of Imperialism, Paradigm 2011, p. 64
(4) Ibid. , p.71
(5) Silvia Liebrich, Es geht um mehr als nur Zölle, (Il ne s‘agit pas seulement de

droits de douane), Süddeutsche Zeitung, 11.11.2013

 







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Source : Tlaxcala

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