samedi 30 novembre 2013

Le prix Pinocchio 2013


Véolia, Auchan et Aréva, champions des pratiques douteuses et du cynisme !






La sixième édition des Prix Pinocchio organisée par Les Amis de la Terre, en partenariat avec Peuples Solidaires - ActionAid France et le Centre de Recherche et d’Information pour le Développement (CRID) s’est achevée le 19 novembre 2013 à la Java, où au terme d’un suspens qui durait depuis le lancement du vote public le 15 octobre dernier, se tenait la cérémonie de remise des Prix Pinocchio. Cette année, un nombre impressionnant d’internautes s’était mobilisés pour désigner leurs lauréats parmi les entreprises nominées : plus de 41 000 votes au total, soit plus du double des années précédentes. Veolia, Areva et Auchan sont les grands vainqueurs de l’édition 2013.

Juliette Renaud, chargée de campagne sur la Responsabilité sociale et environnementale des entreprises aux Amis de la Terre, revient sur les exploits des lauréats et des nominés et nous explique les enjeux et la portée d’une telle manifestation.

Veolia a reçu le Prix Pinocchio dans la catégorie « Une pour tous, tout pour moi »  avec 39 % des votes, pour son implication dans des projets de privatisation de l’eau en Inde, en particulier à Nagpur. Alors que la multinationale se présente en héros apportant l’eau aux pauvres, sur le terrain, les échos sont bien différents : augmentation des tarifs, opacité des contrats de partenariat public-privé, retard des travaux, conflits avec les villageois et les élus locaux. Si Veolia semble réussir à retirer des profits de ces projets, l’eau, quand elle arrive jusqu’aux populations, est toujours livrée en camion-citerne…

Dans la catégorie « Plus vert que vert », Areva remporte haut la main le Prix Pinocchio avec 59 % des votes. Il faut dire que la multinationale du nucléaire avait osé l’inimaginable : ouvrir « Urêka », un musée à la gloire des mines d’uranium, et ce, sur le site d’anciennes mines du Limousin qui ont laissé un lourd passif environnemental et sanitaire. « Entrez dans l’aventure de l’uranium », propose ainsi Areva, sans aucun complexe par rapport aux graves impacts sociaux et environnementaux que continuent d’avoir ses mines d’extraction d’uranium dans le monde entier, notamment au Niger et peut-être bientôt sur le territoire des Inuits.

Enfin, avec 50 % des votes, le Prix Pinocchio de la catégorie « Mains sales, poches pleines »  a été décerné à Auchan. Le numéro 2 de la grande distribution en France refuse de reconnaître sa responsabilité et de participer à l’indemnisation des victimes de l’effondrement des usines textiles du Rana Plaza au Bangladesh, alors que des étiquettes de ses vêtements ont été retrouvées dans les décombres de cet accident qui a fait 1133 morts et encore plus de blessés, essentiellement des femmes. Auchan a admis qu’une partie de sa production y avait été sous-traitée de manière informelle et s’en dit victime. Or les entreprises donneuses d’ordre, comme Auchan, imposent à leurs fournisseurs des conditions intenables qui favorisent le phénomène de sous-traitance informelle.

Dénonçant de nombreuses violations des droits des peuples et de l’environnement, les Prix Pinocchio ont su gagner en importance depuis leur création en 2008, et contribuer ainsi à faire pression sur les entreprises pour qu’elles changent leurs pratiques.
Ainsi, cette année, les Prix Pinocchio interviennent au moment même où une proposition de loi sur le devoir de vigilance des multinationales est déposée à l’Assemblée Nationale. C’est un premier aboutissement du combat mené de longue date par la société civile, notamment Les Amis de la Terre, Peuples Solidaires et le CRID. L’enjeu pour les parlementaires et le gouvernement c’est de savoir résister aux pressions des lobbies afin que cette loi sera votée et mise en œuvre rapidement, ouvrant enfin la voie à la reconnaissance de la responsabilité légale des maisons-mères des multinationales sur leurs filiales et sous-traitants.



jeudi 28 novembre 2013

Vertues du cannabis





5 conclusions scientifiques sur le cannabis dont les médias grand public ne parlent pas
25 nov. 2013, par Arnaud Lefebvre

  
Les médias grand public et gouvernementaux ont la coutume de mettre en avant des études relatives aux prétendus dangers du cannabis sur la santé, et ignorent les diverses preuves scientifiques qui démontrent le contraire, écrit AlterNet.org. Alors que des études avançant les dangers potentiels du cannabis sont encouragées par le gouvernement fédéral américain et couvertes massivement par les médias grand public, des conclusions scientifiques concernant les effets de la plante de cannabis passent souvent inaperçues.
Voici cinq exemples récents de découvertes scientifiques que les médias de masse passent sous silence.
1. La consommation de cannabis est associée à un risque de mortalité plus faible chez les patients présentant des troubles psychotiques.
Alors que la fièvre de propagande anti-marihuana à caractère sensationnaliste, plus connue sous le nom de Reefer Madness, a véhiculé, pendant des dizaines d’années, l’idée que la consommation de cannabis engendrait des réactions psychotiques et des comportements agressifs chez les utilisateurs, plusieurs études scientifiques soutiennent la thèse opposée. C’est le cas de recherches de l’Université du Maryland School of Medecine aux Etats-Unis et de l’Université Inje en Corée du Sud, qui ont, toutes deux, démonrté que la consommation de cannabis est associée à un risque de mortalité plus faible chez les patients atteints de schizophrénie et de troubles psychotiques apparentés. Dans le Journal of Pyschiatric Research, des chercheurs ont étudié l’impact du cannabis sur la mortalité de 762 sujets souffrant de schizophrénie et de troubles mentaux associés. Ils ont observé une variable de risque de mortalité inférieure chez les consommateurs de cannabis par rapport aux non-consommateurs souffrant de symptômes similaires et soumis à un traitement antipsychotique. Les chercheurs supposent que cette association entre l’usage de marihuana et un risque de mortalité faible se doit peut-être au fait que « cette substance peut comporter des avantages pour la santé ». « Une découverte intéressante que les médias de masse ne se soucient guère de rapporter », précise AlterNet.
2. La promulgation de lois sur l’usage médicale de la marihuana est associée à une quantité inférieure de suicides.
La consommation de cannabis est-elle susceptible de réprimer les pensées suicidaires? Certainement pas, clament les médias grand public. Toutefois, une étude de l’Institute for the Study of Labor de Bonn en Allemagne, publiée en février dernier, a fournila preuve du contraire. Des chercheurs de l’Université d’Etat du Montana, de l’Université du Colorado et de l’Université d’Etat de San Diego ont évalué les taux de suicide avant et après l’application de lois concernant l’usage médical de la marihuana. Ils ont déterminé que le taux de suicide descend dans les Etats appliquant des lois sur l’usage thérapeutique du cannabis tandis qu’il grimpe dans les Etats n’ayant jamais appliqué une telle légalisation. Les chercheurs ont conclu également que « l’usage médical de la marihuana peut conduire à une amélioration du bien-être psychologique de jeunes adultes de sexe masculin, se traduisant par moins de suicides ».
3. Les effets de la fumée de cannabis dans les poumons sont moins problématiques que ceux du tabac.
Les effets de la fumée de cannabis dans les poumons du consommateur ne sont pas aussi nocifs que ceux du tabac. Certains médias ont déclaré le contraire comme Reuters qui affirmait que le risque de cancer provoqué par le cannabis est supérieur à celui de la cigarette. Cette information, selon laquelle la consommation d’un joint de cannabis équivaut à 20 cigarettes de tabac en termes de risque de cancer, avait été largement diffusée et prévoyait notamment une épidémie de cancers du poumon lié au cannabis dans les prochaines années.
Cependant, en janvier dernier, des chercheurs du prestigieux Journal of The American Association (JAMA), ont démontré que l’exposition à des niveaux modérés de fumée de cannabis, même à long terme, n’est pas associée à des effets néfastes sur la fonction pulmonaire. En outre, des scientifiques de l’Université de Californie à San Francisco ont également affirmé que leurs résultats suggéraient que la consommation occasionnelle de marihuana ne pouvait être associée à des conséquences néfastes sur la fonction pulmonaire. Par ailleurs, il n’y a pas non plus de corrélation entre la consommation de marihuana et l’apparition de cancers du poumon, même chez des sujets ayant consommé plus de 20.000 joints durant leur existence, font remarquer les différentes études.
4. L’usage du cannabis est très légèrement associé à une hausse des accidents de la route.
La BBC écrivait, l’année dernière, que les automobilistes consommant du cannabis au volant étaient la cause de deux fois plus d’accidents de circulation. Toutefois, une étude conjointe de l'université d'Aalborg au Danemark et de l'Institute of Transport Economics d’Oslo, a déterminé que les conducteurs sous cannabis engendrent moins d’accidents que ceux ayant consommé des substances telles que les opiacés, les tranquillisants, les antidépresseurs, la cocaïne, les amphétamines, les anxiolytiques ou l’alcool. Les risques d’engendrer un accident de la route sous cannabis sont similaires à ceux engendrés par la consommation d’antihistaminiques ou de pénicilline.
5. La classification du cannabis comme une drogue de classe 1 aux Etats-Unis est un parfait mensonge scientifique.
Au niveau fédéral, aux Etats-Unis, le cannabis est classé comme une substance de classe 1, ce qui signifie qu’il ne possède aucune vertu thérapeutique et qu’il constitue un danger pour la santé tout comme l’héroïne. C’est scientifiquement inexact et intenable, explique AlterNet.org qui précise que cette loi est totalement caduque. Telles sont les conclusions de la FDA, la Food and Drug Administration (« Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux ») et d’études menées sur douze ans par le Center for Medicinal Cannabis Research de l’Université de Californie qui ont montré les cannabinoïdes ont des effets positifs dans le traitement des douleurs neuropathiques, de la spasticité relative à la sclérose en plaque, de la migraine et du cancer.
Arnaud Lefebvre




A visionner :

Le sénat uruguayen prévoit de voter le 10 décembre un projet de loi en ce sens. S’il est ratifié ce pays sud-américain sera le premier au monde où l‘État organisera la production et la vente de cannabis. Objectif : couper l’herbe sous le pied aux narcotrafiquants et lutte contre le trafic de drogue :http://fr.news.yahoo.com/video/l-uruguay-va-bient%C3%B4t-contr%C3%B4ler-055856978.html
 

Source : Express.behttp://www.express.be/content/fr/

lundi 25 novembre 2013

Fukushima ?


Dans quel état de santé sont les gens à Fukushima ?

J'ai récemment reçu un coup de fil de Madame H, qui me priait de lui prêter de l'argent. Avant la catastrophe, elle habitait dans le village de Tōni, dépendant de la ville de Kamaishi, dans le département de Iwate et gagnait suffisamment bien sa vie, mais sa maison a été détruite par le tsunami si bien qu'elle et son mari ont perdu leur travail de pêche. Son fils souffre de troubles psychiques consécutifs au choc provoqué par le raz-de-marée. En raison de l'état de leur enfant, ils ont décidé de s'installer dans la ville de Marioka, chef-lieu du département de Iwate, pour y commencer une nouvelle vie. Mais la vie à Marioka n'est pas aussi facile qu'ils l'avaient imaginée. Son mari a commencé à travailler dans une compagnie, mais son salaire n'est pas assez élevé pour couvrir leurs dépenses. Elle aussi avait pris un travail, mais elle n'a pas pu s'intégrer à l'atelier et a dû très vite renoncer. Son fils est entré dans une école secondaire privée en 2012, mais lui non plus n'a pas réussi à bien s'adapter et à présent il ne peut plus la fréquenter. Je suppose qu'après la catastrophe les sinistrés disposaient d'une certaine épargne, mais maintenant, deux ans et huit mois plus tard, celle-ci est presque totalement épuisée, et pourtant ils ne voient luire aucun espoir d'avenir et ils sont confrontés à toujours plus de difficultés. Je traiterai aujourd'hui de l'état des victimes de Fukushima qui, du fait de l'accident nucléaire, ont une vie plus difficile. Le nombre d'enfants maltraités augmente Dans l'ensemble du pays, les cas de mauvais traitements à enfants ont atteint le nombre de 66 807 en 2012, mais leur croissance est particulièrement forte à Fukushima : 311 cas (52 de plus qu'en 2011) M. Tōno Kaoru, qui vient en aide aux mères célibataires, analyse ainsi la situation :
« Un nombre assez important de personnes ont perdu l'espoir, à cause de la catastrophe et certaines mères célibataires, occupant des logements provisoires, refusent la responsabilité de prendre soin de leurs enfants ».
M. Kanbé Shinitshi, qui s'occupe de tels enfants dans le département de Fukushima dit :
« Les parents qui maltraitent leurs enfants, vivaient déjà auparavant en désaccord ou logeaient séparément. Le stress et l'inquiétude engendrés par la catastrophe et l'accident nucléaire les pousse dans la voie de la maltraitance. Il y a certainement davantage de tels parents que ne l'indiquent les rapports. ».
(paru dans le journal Mainitshi du 28 juillet 2013) 

La capacité sportive des élèves s'est amoindrie Le département de Fukushima vient de publier les résultats d'une enquête ayant trait à la force corporelle et à la capacité sportive des élèves. Selon cette enquête, c'est surtout le niveau des garçons qui a baissé. Le professeur Ogawa Hiroshi de l'université de Fukushima a déclaré : « La diminution de la capacité sportive conduit à l'habitude de ne plus faire de sport et, par suite, à l'obésité et à la maladie. ». Dans le département, on a interdit aux enfants de jouer longtemps à l'extérieur. (paru dans le journal Fukushima-Minpō du 13 juillet 2013) Dans le jardin d'enfants de la ville de Nihonmatsu, département de Fukushima, se trouve un dosimètre mesurant la radioactivité de l'aire de jeux. Le taux actuel est de 0,166 microsieverts/h (la limite supérieure « sûre » étant de 0,23 µSv/h)), mais la ville ordonne, que les enfants ne jouent pas à l'extérieur plus de trente minutes par jour. Le directeur du jardin d'enfants dit : « Je veux que les enfants puissent librement jouer sur l'aire de jeux. » (paru dans le journal Fukushima-Minpō du 11 juillet 2013) Au cours de la réunion pédagogique qui a suivi l'accident nucléaire, un enseignant a déclaré :

« Les élèves semblent en forme, mais en fait, fréquentant une école provisoire et logeant dans une maison petite et provisoire, ils souffrent d'un grand stress. » Un autre a dit : « Les conditions permettant aux élèves un développement humain convenable ont disparu. Certains d'entre eux répètent : "Nous sommes des enfants à jeter, bons pour la poubelle !" ou bien ils s'en prennent à leurs parents en disant : " Pourquoi donc tu ne travailles pas, idiot de père ? "
(paru dans le journal Akahata du 29 juillet 2013) 

Les suicides et les "morts consécutives"se multiplient  Suicides 

2011: 10 suicides 

2012: 13 2013 de janvier à août : 15 Total : 38 (hommes : 24, femmes : 14) Par âge: de 20 à 29ans : 5 de 30 à 39 ans : 2 de 40 à 49 ans : 1 de 50 à 59 ans : 12 de 60 à 69 ans : 7 de 70 à 79 ans : 3 de 80 ans : 8
Mme Narui Kanae, psychologue, livre cette analyse :
« Plus le temps passe, plus les réfugiés souffrent psychiquement de l'accident nucléaire. Ils ont leur maison mais ne peuvent y revenir, c'est pourquoi ils ne cessent d'hésiter, ne pouvant ni y renoncer, ni commencer une nouvelle vie. En voyant leur maison pourrir, leur stress s'accroît. Les suicides pourraient se multiplier. »
Morts consécutives à l'accident nucléaire 

Dans Fukushima 1599 personnes sont mortes à cause du tsunami. Depuis, 1459 autres décès en rapport avec l'accident nucléaire se sont produits. En 2011, après la catastrophe, 761 sont morts à cause de circonstances et de conditions de vie désastreuses, or les décès actuels sont dus au désespoir. Le professeur Takagi Ryūsuke de l'université de Iwaki-Meisei affirme:
« Les victimes vivent depuis bientôt deux ans et demi hors de leur foyer, sans aucune perspective d'avenir, ce qui influe de façon néfaste sur leur corps et leur esprit. ».
Dans une telle situation, le nombre de ceux qui veulent entrer à l'hôpital se multiplie également. Sans travail, sans foyer, sans espoir beaucoup vieillissent rapidement et tombent malades. 

(paru dans le journal Fukushima-Minpō du 17 août, du 12 septembre et du 13 octobre 2013) Aux Philippines, vient de se produire une grande catastrophe. Là-bas, les gens sont beaucoup plus pauvres que les Japonais et le gouvernement n'est pas aussi bien organisé que celui du Japon, donc il y aura beaucoup de victimes qui souffriront comme celles de Fukushima. Pardon pour ce triste rapport, mais il s'agit là de faits auxquels nous devons faire face. 

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 13 novembre 2013. traduit de l'espéranto par Paul Signoret


Source : Wikistrikes

lundi 18 novembre 2013

La poésie en dit plus long que tous les experts du monde réunis




à l'attention du solferiniste Hollande et de son gang qui ont été léchés les mains couvertes de sang du va-t-en-guerre Netanyahu après avoir été balayer le pas de porte des émirats :


Un enfant de Palestine regarde sa maison brûlée
il n'a même pas eu le temps d'emporter ses joujoux
De l'autre côté des barbelés un enfant juif
qui n'a pas eu le temps non plus
d'apprendre la haine pain des grands
lui sourit
A NEW YORK LE CONSEIL DE SECURITE DISCUTE GRAVEMENT

André Laude In "vers le temps des cerises" (1976)

samedi 16 novembre 2013

Lettre à la Grèce en proie aux démons de la Troïka


Lettre à Paniagiotis Grigoriou, philosophe et sociologue, témoin à charge du déclin européen

Cher Panagiotis,

Avant tout merci pour ce travail considérable que vous accomplissez en langue française, avec les fautes exquises qui vont avec. Sans vous, presque rien ne transpirerait du climat mémorandien de la Grèce. De temps à autres, je mets en ligne un de vos articles sur mon blog d'infos "désobeissance civile" ... et depuis longtemps j'avais pour ainsi dire prévu cette situation, cancer de l'Europe otanesque géré par le FMI banquesque et tutti quanti.

Tant que les esclaves syndicats et partis politiques compris continueront à participer aux banquets des maîtres (avec lesquels tout dialogue reste vain puisqu'ils se sont faits une profession de foi diplomatico mondaine du mensonge et de la tromperie) la régression sociale continuera de plus bel au grand avantage de cette caste des milliardaires dont j'apprends aujourd'hui qu'elle a doublé ces bénéfices depuis 2009, dans le monde entier.

La crise ? Une supercherie des pickpockets réunis en sociétés multinationales. J'ai longtemps vécu avec les paysans et ouvriers du Péloponnèse et de la Crête, j'ai bien connu ce peuple joyeux et intrépide, courageux et sensible, avec ses vantardises mais aussi sa gravité. Je ne parle pas bien grec, mais je comprends entre les lignes. Avec eux, j'ai appris à travailler avec mes mains, à décupler mes forces. Ils riaient beaucoup de ce très jeune français idéaliste qui était venu pour apprendre la vie. Aujourd'hui, je ne vous raconterai pas mon existence dans mon pays la France où j'ai du inventer ma vie, faire mille métiers absurdes pour survivre de justesse mais pourtant je me sens mille fois plus riche que tous ces milliardaires arrivistes dont je parlais plus haut. Je vois la France suivre sa voie vers un précipice prévisible, grâce à la politique représentée bêtement par le solférinien Hollande qui était la même, à peu de choses près que celle d'un Papandréou. Sauf que nos gouvernants retardent la chute avec des alliances abominables ...

Depuis 8 ans, je "dirige" une revue de poésie à tendance libertaire, sans subventions ni aides d'aucune sorte, sinon celles de lecteurs passionnés de ... création, d'humanité et d'autonomie. J'y laisse tellement de plumes que je n'arrive même pas à vous envoyer ce petit chèque de rien du tout que j'aimerais tant vous octroyer.

 En attendant que l'argent me tombe du ciel, j'ai décidé de mettre à contribution mes lecteurs ou mieux  de les diriger vers votre site. Je sais fort bien ce qui nous attend dans cette "patrie des droits de l'homme" où l'être humain n'est plus qu'un chiffre manipulable à merci. J'aurais tant de choses à vous raconter.

Une dernière chose : ma compagne, poète, est passée à travers les fourches caudines de la dictature argentine, en tant que journaliste et femme.  D'après son expérience, j'ai pu réaliser que la situation de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal ... est bien celle qui prévalut en 2001 dans son pays. Nous vous suivrons, vous et vos compagnons de lutte, si les citoyens du monde ne se cantonnent plus dans le processus grossier  de la peur. Les règles appliquées par les organisations mondiales d'origine anglo saxonnes ne sont-elles pas celles qui furent appliquées aux pays _ ex colonies jamais vraiment décolonisées _ que nous qualifiions jadis de sous développés ?

La seule solution possible contre ce "cauchemar climatisé" (selon l'expression de cet amoureux de la Grèce que fut Henry Miller) viendra des citoyens respectueux d'eux-mêmes, dont la seule révolte épousera les mots de Kazantsakis : "La liberté ou la mort". Avec toute ma reconnaissance d'homme de la terre.

 André Chenet (qui écrit tout cela bien trop vite, parce que son temps lui est compté)

jeudi 14 novembre 2013

Les mots de la honte

A l'heure où l'intolérance remonte à un de ses plus hauts niveaux depuis les années 30 du siècle dernier, où le racisme fait les choux gras de nos vertueux éditorialistes qui n'en voient que les effets, à l'heure où le marasme économique favorise la montée des facsismes nauséabonds et des divisions citoyennes, l'article de Mr René Naba nous enseigne tout ce que nous devons à ces indigènes venus d'Afrique, voués aux gémonies de l'Histoire. La France à travers ses institutions n'a fait que trahir ceux qui lui ont porté secours. De de Gaulle à Sarkozy, en passant par Chirac, jusqu'à Vall, ce pieux Samaritain des Roms, elle peut s'enorgueillir d'avoir préparé le terrain d'une Extrême-droite à qui Mme Taubira  sert d'épouvantail de la plus ignoble manière. Cette leçon édifiante que nous transmet un journaliste d'origine libanaise qui a fait la plus grande partie de sa carrière à l'AFP, dans un temps où celle-ci n'était pas inféodée aux lobbies anglo-saxons et sionistes  G. Hadey
 

Le Bougnoule, sa signification étymologique, son évolution sémantique, sa portée symbolique

 
 
tirailleurs
  • En guise de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale  (1914-1918)
    En signe solidarité avec Christine Taubira, grande dame de la justice française, victime d’un méprisable délit de faciès
    En pièce jointe ; « Les dogues noirs de la République » selon l’expression du sénégalais Léopold Sedar Senghor, dont le sacrifice a contribué à la grandeur de la France
  • Tableau des pertes coloniales
    Nom du fichier : tableau-pertes-coloniales.pdf (249 kB)
Le contexte historique
A l’assaut des tranchées adverses, ployant sous un déluge d’obus, suffoquant sous l’effet des gaz mortels sur les champs de bataille brumeux et venteux du Nord-est de la France, sous la glaciation hivernale des nuits noires de novembre, à des milliers de kilomètres de leur tropique natal, les grandes rasades d’alcool galvanisaient leurs ardeurs combatives à défaut d’exalter leur patriotisme.
 
 
En ces temps là, «la chair à canon» carburait à la gnôle. Par un subterfuge dont la raison détient seule le secret, qui n’en révèle pas moins les présupposés d’un peuple, les ressorts psychologiques d’une nation et la complexion mentale de ses dirigeants, la revendication ultime préludant au sacrifice suprême -«Aboul Gnoul», apporte l’alcool- finira par constituer, par un dévoiement de la pensée, la marque d’une stigmatisation absolue de ceux qui auront massivement contribué, à deux reprises, au péril de leur vie, à vaincre, paradoxalement, les oppresseurs de leurs propres oppresseurs.
 
 
«Bougnoule» tire son origine de l’expression argotique de cette supplique ante mortem. Elle finira par confondre dans la même infamie tous les métèques de l’Empire, piétaille de la République, promus au rang de défenseurs occasionnels de la Patrie, défenseurs essentiels d’une patrie qui s’est toujours voulue distincte dans le concert des nations, qui se distinguera souvent d’une façon lumineuse (1), d’une façon hideuse parfois, traînant tel un boulet, Vichy, l’Algérie, la collaboration, la délation, la déportation et la torture, les pages honteuses de son histoire, peinant des décennies durant à expurger son passé, et, pour avoir tardé à purger son passif, en paiera le prix en termes de magistère moral.
 
 
Curieux rapport que celui qui lie la France à sa mémoire, étrange rapport que celui qui lie ce pays à lui-même, à la fois «Patrie des lumières et des Droits de l’Homme» et patrie du «Code Noir» de l’esclavage, le code de l’abomination, de la traite de l’Ebène et du mépris de l’Indigène. Etrangement curieux le rapport qui lie ce pays à ses alliés de la période coloniale, les peuples colonisés d’Outre-mer. Par deux fois en un même siècle, phénomène rarissime dans l’histoire, ces soldats de l’avant, les avant-gardes de la mort et de la victoire, goumiers Algériens, spahis Marocains, tirailleurs Tunisiens, Sénégalais et Soudano nigériens, auront été embrigadés dans des conflits qui leur étaient, étymologiquement, totalement étrangers, avant d’être rejetés, dans une sorte de catharsis, dans les ténèbres de l’infériorité, renvoyés à leur condition subalterne, sérieusement réprimés aussitôt leur devoir accompli, comme ce fut le cas d’une manière répétitive pour ne pas être un hasard, à Sétif (Algérie), en 1945, cruellement le jour de la victoire alliée de la seconde Guerre Mondiale, au camp de Thiaroye (Sénégal) en 1946, et, à Madagascar, en 1947, sans doute à titre de rétribution pour leur concours à l’effort de guerre français.
 
 
Substituer une sujétion à une autre, se faire décimer, au choix, sur les champs de bataille ou sur le terrain de la répression au retour au pays, avant d‘être mobilisé à nouveau pour la relance de l’économie de la Métropole, que de conséquences traumatiques ils pâtiront de cette «querelle de blancs». Il n’était pas question à l’époque de «seuil de tolérance» mais de sang à verser à profusion. Beaucoup acquitteront leur tribut du sang en faisant l’apprentissage de l’ébriété, sans connaître l’ivresse de la victoire. Beaucoup survivront à l’enfer de Verdun ou de Monte Cassino avant de sombrer dans le désarroi de l’incompréhension au sein de la cohorte des alcooliques anonymes. Beaucoup en perdront la raison devant une telle aberration de comportement. Beaucoup, plus tard, bien plus tard, basculeront dans une révolte libératoire qui sonnera le glas de l’empire français.
 
 
Recru d’épreuves au terme d’une vie brève mais houleuse, Lapaye Natou, vaillant combattant de l’armée de l’Union Française, miné par les ravages de l’alcool de palme, s’effondrera un crépuscule de l’été 1961. Gisant au pied du baobab de sa ville natale de Kaolack, dans la région du Sine Salloum, au Sénégal, un des centres mondiaux de l’arachide, qui fit la fortune des comptoirs coloniaux des négociants bordelais, Lapaye Natou, -l’auteur en a été le témoin-, apostrophera dans un ultime sursaut de fierté son auditoire en ces termes: «C’est moi Lapaye Natou, l’homme de l’homme, coeur de lion, peau de panthère, l’homme qui en fait son dawar, en a Mer, en a Méditerranée, en à l’Est Baden-Baden. Celui qui me connaît ça va, celui qui ne me connaît pas tant pis». En termes policés, c’est à dire en termes moins rudimentaires mais certainement moins expressifs, cela donnerait: «C’est moi Lapaye Natou, un être humain, courageux et résistant, un homme qui a répondu à l’appel du devoir en participant, loin de son pays natal, à tous les combats de la France, de la Méditerranée jusqu’au point de jonction des forces alliées au coeur de l’Europe. Je rends grâce à ceux qui reconnaissent ma valeur et voue aux gémonies ceux qui méconnaissent ma valeur et celle de mes semblables». Que d’imprécations devant cette malédiction du destin auront ainsi été proférées en un siècle hors de portée de leurs véritables destinataires. Que de ressentiments étouffés dans l’anonymat le plus complet. Que de colères contenues devant tant de désinvolture à l’égard de ce que l’un des leurs, Frantz Fanon, qualifiera de «damnés de la terre»(2). Rares sont les populations qui auront connu pareil parcours chaotique sans jamais cultiver une idéologie victimaire, sans jamais en faire usage ultérieurement dans leur combat pour leur acceptation.
 
 
Un agrégé de grammaire de l’Université française, une discipline où les lauréats sont rarissimes, qui présidera par la suite aux plus hautes destinées de son pays, Léopold Sedar Senghor (3), gratifiera ces victimes muettes de l’Histoire de la dignité de «dogues noirs de la République». Ciselée avec soin par un orfèvre dans l’art sémantique pour affirmer sa douloureuse solidarité avec ses frères de race, cette formule passera à la postérité comme la marque de scarification morale de leurs cerbères et de leurs héritiers naturels. «Les dogues noirs de la République», anti-mémoire de la France, sa face cachée, ainsi que son prolongement conceptuel, la «Négritude», que cet enfant chéri de la Francité forgera par opposition identitaire à ses anciens maîtres, constitueront le levier d’affranchissement du continent noir, son thème mobilisateur vers son indépendance. Pur produit de la culture française, un des grands motifs internationaux de satisfaction intellectuelle de la France, théoricien du métissage culturel et de la civilisation universelle, membre de l’Académie Française, condisciple du président français Georges Pompidou au Lycée Louis-le- Grand à Paris, ministre de la République Française et un des grands animateurs de l’Internationale Socialiste, Senghor sera, inexplicablement, le grand oublié de l’énarchie française à ses obsèques à Dakar, le 20 décembre 2001, à 95 ans, qu’elle réduira à sa seule africanité, illustration symptomatique de la singularité française.

 
 

Signification étymologique

Dans les ouvrages de référence de la société savante de l’élite française, le calvaire de leur dépersonnalisation et leur combat pour la restauration de leur identité et de leur dignité se résumeront à cette définition laconique: «Le bougnoule, nom masculin apparut en 1890, signifie noir en langue Wolof (dialecte du Sénégal). Donné familièrement par des blancs du Sénégal aux noirs autochtones, ce nom deviendra au XXme siècle une appellation injurieuse donnée par les Européens d’Afrique du Nord aux Nord-Africains. Synonyme de bicot et de raton». Avare de précision, la définition, sibylline, paraît quelque peu succincte. Masque-t-elle gêne, ignorance, indifférence ou volonté d’atténuation? L’expression était-elle vraiment familière? Serait-elle le fruit d’un paternalisme blanc de bon aloi envers de braves noirs «bons sauvages»? Qui sont donc ces Européens qui proféraient de telles appellations injurieuses? Des Suédois insultant des Phéniciens, les ancêtres des Carthaginois? De quelle planète étaient-ils les habitants? En quelle ère de notre Histoire? Qui sont donc ces Nord-africains à l’identité mal définie qui faisaient -qui font- l’objet d’une telle interpellation? Le dictionnaire (4) qui donnait la définition du Bougnoule date pourtant de 1979, une époque récente de l’histoire contemporaine. Il se gardait bien d’identifier les Maghrébins, 30 ans après l’indépendance de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, une nouvelle fois englobés dans le même sac de leur ancienne dénomination coloniale.
 
 
Treize ans plus tard, en 1996, ce même dictionnaire, cédant sans doute à l’esprit du temps sous l’effet des revendications des mouvements associatifs et des succès remportés par les jeunes générations issues de l’immigration, en donnera une définition laconique en un style télégraphique qui masquait mal les connexions: «familier, péjoratif, injure raciste/ 2 maghrébins, arabes» sans qu’il soit précisé s’il s’agissait d’injures racistes proférées à l’encontre des Arabes et des Maghrébins ou des injures échangées entre eux par des Arabes et des Maghrébins.
 
 

Son évolution sémantique

 
 
Un glissement sémantique du terme bougnoule s’opérera au fil du temps pour englober, bien au delà de l’Afrique du Nord, l’ensemble de la France, tous les «mélanodermes», les «arabo-berbères et négro-africains» chers à Senghor, pour finir par s’ancrer dans le tréfonds de la conscience comme la marque indélébile d’un dédain absolu, alors que parallèlement, par extension du terme raton qui lui est synonyme, le langage courant désignait par «ratonnade» une technique de répression policière sanctionnant le délit de faciès.
 
 
Loin de relever de la casuistique, l’analyse du contenu participe d’une clarification sémantique et psychologique, d’un exercice de pistage des «non-dits» de la conscience nationale à travers un voyage dans les méandres de l’imaginaire français. Le sujet demeure largement tabou en France et le problème soigneusement occulté des manuels scolaires et débats publics. Tel un spasme, il surgit par soubresaut par suite de malencontreuses réminiscences. Craint-elle tant, la France, au point de l’exorciser, l’idée «qu’un sang impur ait abreuvé ses sillons»? Croit-elle vraiment à la réalité d’un «sang impur» si pourtant abondamment sollicité sur les champs de bataille de Champagne-Ardenne, de Bir Hakeim, de Toubrouk, de Coufra et d’ailleurs?
 
 
Loin de participer d’une hypermnésie culpabilisante, le débat ne s’en impose pas moins tant sur la contribution des «peuples basanés» à la libération du sol français, que sur leur apport au rayonnement de leur pays d’accueil. Non pas tant par appétence polémique mais pour une oeuvre de restauration de la mémoire française par la reconstitution du maillon manquant, cet assemblage des «fils visibles et invisibles qui relient les individus à leur environnement, le réel à l’Histoire» (5), une mesure de prophylaxie sociale sur les malfaisances coloniales dont l’occultation pourrait éclairer les dérives répétitives de la France, telles que -simple hypothèse d’école?- la correspondance entre l’amnésie sur les «crimes de bureau» de 1940-44 et l’impunité régalienne de la classe politico administrative sur les scandales financiers de la fin du XXme siècle, ou la corrélation entre la déroute de l’élite bureaucratique de 1940 et la déconfiture de l’énarchie contemporaine.
 
 
Réalité honteuse longtemps niée et même déniée par une sorte de péché d’orgueil, la permanence d’une posture du mépris et de l’irresponsabilité -la singulière «théorie du fusible à la française»- et d’une idéologie protofasciste inhérente à un pan de la culture française, finiront par s’imposer dans toute leur cruauté à l’occasion des élections présidentielles de 2002 en plaçant les Français devant l’infamant dilemme de choisir entre un «escroc» et un «facho» (6), entre un «super menteur» et un «superfacho» (7), deux septuagénaires vétérans politiques de l’époque de la guerre froide occupant le devant de la scène depuis près de quarante ans, les deux candidats les plus âgés, les plus fortunés et les plus décriés de la compétition, mutuellement confortés dans une campagne sécuritaire, l’héritier d’un gaullisme dévoyé dans l’affairisme le plus débridé (8) face à l’héritier d’un vichysme sublimé par un ancien tortionnaire de la Guerre d’Algérie.
 
 
Le premier, Jacques Chirac, auteur d’une formule chauvine d’une démagogie achevée sur les «bruits et les odeurs» des familles immigrées qui ponctionnent la sécurité sociale par leur prolificité génésique, le second, Jean Marie Le Pen, auteur d’une formule d’une abomination absolue sur le «Durafour crématoire (…) point de détail de l’Histoire». «Une des plus grandes bévues démocratiques de l’histoire contemporaine de la France» (9), selon l’expression de l’écrivain indo britannique Salman Rushdie, la première consultation populaire à l’échelon national du XXIme siècle révélera aux Français et au Monde médusés, le délitement moral d’un pays volontiers sentencieux et le discrédit de son élite non moins volontairement obséquieusement arrogante, incapable d’assumer au terme d’un pouvoir monopolisé tout au long de la seconde moitié du Xeu siècle, au niveau économique, la mutation postindustrielle de la société française, au niveau sociologique, sa mutation postcoloniale, au niveau de son opinion nationale, sa mutation psychologique, signe de l’échec patent de la politique d’intégration de sa composante afro musulmane.
 
 
 
 
 
 
«Si une France de 45 millions d’habitants s’ouvrait largement, sur la base de l’égalité des droits, pour admettre 25 millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon», prophétisait, déjà, en 1955, Claude Lévi-Strauss en un saisissant résumé de la problématique post-coloniale dans laquelle se débat la société française depuis un demi-siècle (10).
 
 
La France ne saurait être le dépotoir de l’Europe, mais ni les Arabes, pas plus que les Africains ne sauraient être l’exutoire à tous les maux de la société française. L’HISTOIRE est incomplète sans le témoignage des perdants. La rationalité cartésienne, transcendance symbiotique de l’intelligence athénienne et de l’ordre romain, quintessence de l’esprit critique, aura ainsi engendré des monstruosités dans ses moments d’assoupissement. Nul pays n’est à l’abri de telles dérives devant les grands bouleversements de l’histoire et l’ingratitude passe pour être une loi cardinale des peuples pour leur survie. Mais l’exception française si hautement revendiquée d’une nation qui se réclame de la grandeur est toutefois antinomique d’une culture de l’impunité et de l’amnésie, une culture érigée en un dogme de gouvernement et, à ce titre, incompatible avec la déontologie du commandement et les impératifs de l’exemplarité.
 

René Naba

Références

1-Valmy: Première victoire militaire de la République remportée par les généraux Dumouriez et Kellermann, en 1792, dans cette localité de la Marne, elle inspira à Goethe, qui a en été le témoin, cette exclamation: «D’aujourd’hui et de ce lieu date une ère nouvelle dans l’histoire du monde».
2-Psychiatre et révolutionnaire d’origine martiniquaise, spécialiste du phénomène de la dépersonnalisation liée à la situation coloniale, représentant diplomatique des indépendantistes algériens au sein des instances internationales. Auteur de «Peau noir, Masques blancs», 1952, «Les Damnés de la terre» (1961) et «Pour la Révolution Africaine» (1969).
3-Léopold Sedar Senghor, décédé à 95 ans le 20 décembre 2001, a été le premier Président de la République du Sénégal (1960-1980). Ni le président néo-gaulliste Jacques Chirac, ni le premier ministre socialiste Lionel Jospin ne se sont rendus à ses obsèques, s’attirant de violentes critiques de la presse contre ce «manquement injustifiable».
4-Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française Le Petit Robert Tome 1/ Société du nouveau Littré. 1979. page 205
5-Lise Sourbier-Pinter, chargée de mission à l’état-major de l’armée de terre française. Interview au journal Libération samedi 14-Dimanche 25 juillet 2001 «Le 14 juillet symbole d’intégration des différences».
6-«Escroc contre Facho», cf. Le Canard Enchaîné N°4252 24 avril 2002.
7-«La gauche orpheline se résigne à avaler la couleuvre Chirac», par Marie Joëlle Gros et Julie Lasterade, cf. journal Libération du 3 Mai 2002.
8-cf.«Noir Chirac» de François-Xavier Verschave, Editions les Arènes, Mars 2002, «Les Gaullistes et l’argent, un demi siècle de guerres intestines» par Philippe Madelin, Ed. l’Archipel 2001, ainsi que «Rafic Hariri, un homme d’affaires premier ministre», Ed.L’Harmattan-Novembre 2.000.
9-«En France, des illusions dangereuses», par Salman Rushdie, auteur des «Versets Sataniques» cf. journal Libération 30 Avril 2002, pages «Rebonds».
10-Claude Lévi-Strauss «tristes Tropiques». L’ouvrage de l’ethnologue français est paru en 1955, cf. «Etats d’âme» par Bertrand Poirot-Delpech, journal Le Monde 30 avril 2002.

lundi 11 novembre 2013

Coups de poignard dans le dos de la démocratie

 

L'accord transatlantique est une attaque frontale en règle contre la démocratie


Par George Monbiot

 
The Guardian, le 7 novembre 2013
article original : This transatlantic trade deal is a full-frontal assault on democracy

Bruxelles n'a rien dit à propos d'un traité qui permettra aux entreprises rapaces
de subvertir nos lois, nos droits et notre souveraineté nationale



Vous souvenez-vous de ce référendum pour décider si nous devions créer un marché unique avec les Etats-Unis ? Vous savez, celui qui demandait si les grandes entreprises devaient obtenir le pouvoir de terrasser nos lois ! Personnellement, je ne m'en souviens pas. [.] Car il aurait dû y en avoir un, n'est-ce pas ?

[À ce jour, aucun pays de l'Union Européenne n'a prévu de consulter ses citoyens sur l'accord de libre échange transatlantique. En France, seul le Front de Gauche demande la tenue d'un référendum - NdT.][1]

Après tout ce tourment pour savoir si nous [les Britanniques] devions ou non rester dans l'Union Européenne, le gouvernement [britannique] ne cèderait pas notre souveraineté à quelque institution obscure et non démocratique sans nous consulter. Le ferait-il ?

[Les Français, eux, qui avaient voté massivement contre le Traité constitutionnel, se sont fait avoir par le précédent gouvernement sous mandat sarkosyste - avec l'évidente complicité des socialistes, en particulier hollandistes - et n'ont quasiment pas bronché. Mais où va la France ? - NdT]

L'objectif de l'accord de libre-échange transatlantique [le « Partenariat transatlantique sur le commerce et l'investissement »] est de supprimer les différences de régulation entre les Etats-Unis et les nations européennes. J'en avais déjà parlé, il y a quelques semaines, mais j'avais omis la question la plus importante : la remarquable capacité qu'il accorderait aux grandes entreprises de poursuivre en justice et sans ménagement les gouvernements qui essayent de protéger leurs citoyens. Il permettrait à un groupe d'experts secret constitué de juristes des grandes entreprises d'annuler la volonté des parlements et de détruire nos protections légales. Pourtant, les défenseurs de notre souveraineté restent étrangement muets.

Le mécanisme au moyen duquel ce sera réalisé est connu sous le nom de « règlement des différends entre les investisseurs et les Etats ». Il est déjà utilisé dans de nombreuses parties du monde pour tuer les réglementations qui protègent les gens et la planète vivante. Le gouvernement australien, après des débats très étendus à l'intérieur et à l'extérieur du parlement, a décidé que les cigarettes devraient être vendues dans des paquets anonymes, marqués seulement de mises en garde sanitaires effrayantes. Cette décision a été validée par la cour suprême d'Australie. Mais en se servant d'un accord commercial que l'Australie avait passé avec Hong Kong, la compagnie de tabac Philip Morris a demandé à un tribunal offshore de lui accorder une vaste somme d'argent en compensation de la perte de ce que cette société appelle « sa propriété intellectuelle ».

Durant sa crise financière, et en réponse à la colère du public sur les charges qui montaient en flèche, l'Argentine a imposé le gel des factures d'eau et d'électricité des Argentins (cela vous rappelle-t-il quelque chose ?). Ce pays a été poursuivi par les entreprises de services internationales dont les lourdes factures avaient poussé le gouvernement à agir. Pour ce crime et d'autres, l'Argentine a été forcée de verser plus d'un milliard de dollars d'indemnités. Au Salvador, des communautés locales sont parvenues, à un coup très élevé (trois militants ont été assassinés), à persuader le gouvernement de refuser l'exploitation d'une vaste mine d'or qui menaçait de contaminer leur eau. Une victoire pour la démocratie ? Visiblement pas pour très longtemps. L'entreprise canadienne qui cherchait à creuser cette mine poursuit à présent le Salvador et réclame la somme de 315 millions de dollars - pour la perte des profits futurs anticipés.

Au Canada, les tribunaux ont révoqué deux brevets possédés par la firme pharmaceutique américaine Eli Lilly, au motif que cette société n'avait pas apporté suffisamment de preuves que ses médicaments avaient eu les effets bénéfiques qu'elle revendiquait. Eli Lilly poursuit à présent le gouvernement canadien pour la somme de 500 millions de dollars, et exige que les lois canadiennes sur les brevets soient modifiées.

Ces entreprises (en compagnie de centaines d'autres) se servent des règlements sur les différends entre investisseurs et Etats, qui sont insérées dans les traités commerciaux signés par les pays qu'elles poursuivent. Ce sont des groupes d'experts qui ne sont pas dotés des garde-fous que l'on attend de nos propres tribunaux qui font appliquer ces règlements. Les audiences se tiennent à huis clos. Les juges sont des juristes de grandes entreprises, dont beaucoup travaillent pour des sociétés évoluant dans le même secteur d'activité que celles dont ils jugent les affaires. Les citoyens et les communautés affectés par leurs décisions n'ont aucune situation légale. Il n'y a pas de droit d'appel sur le fond de l'affaire. Pourtant, ces règlements peuvent renverser la souveraineté des parlements et les décisions des cours suprêmes.

Vous n'y croyez pas ? Voici ce qu'un des juges de ces tribunaux dit de son travail. « Lorsque je me réveille la nuit et que je pense à l'arbitrage, je ne cesse d'être étonné que les Etats souverains aient accepté en premier lieu l'arbitrage sur les investissements [.] Trois personnes individuelles sont investies du pouvoir de révision, sans aucune restriction ou procédure d'appel, de toutes les actions du gouvernement, de toutes les décisions des tribunaux, et de toutes les lois et régulations émanant du parlement. »

Il n'y a aucun droit correspondant pour les citoyens. Nous ne pouvons utiliser ces tribunaux pour exiger de meilleures protections contre la rapacité des entreprises. Voici ce que dit le Democracy Centre : c'est « un système judiciaire privatisé pour les grandes entreprises mondiales ».

Même si ces procès ne sont pas couronnés de succès, ils peuvent exercer un puissant effet de refroidissement sur les législations. Un responsable du gouvernement canadien, s'exprimant à propos des règles introduites par l'ALENA [Accord de Libre Echange Nord-Américain], fait la remarque suivante : « Au cours des cinq dernières années, j'ai vu arriver les lettres des firmes d'avocats de New York et de Washington, adressées au gouvernement canadien sur quasiment toutes les nouvelles régulations et propositions en matière d'environnement. Elles impliquent des produits chimiques pour le nettoyage à sec, des produits pharmaceutiques, des pesticides, la loi sur les brevets. Pratiquement toutes les nouvelles initiatives étaient visées et la plupart d'entre elles n'ont jamais vu le jour ». La démocratie, en tant que proposition constructive, est impossible dans ces circonstances.

C'est le système auquel nous serons soumis si le traité transatlantique progresse. Les Etats-Unis et la Commission Européenne, ces deux entités qui ont été prises en otage par les grandes entreprises qu'elles sont censées réguler, font pression pour que la résolution des différends entre les investisseurs et les Etats soit incluse dans cet accord.

La commission justifie cette politique en prétendant que les tribunaux nationaux n'offrent pas aux grandes entreprises une protection suffisante parce qu'ils « pourraient être partiaux ou manquer d'indépendance ». De quels tribunaux s'agit-il ? Des tribunaux américains ? De ceux des Etats membres de l'Union européenne ? Elle n'en parle pas. En fait, elle ne produit aucun exemple concret démontrant le besoin d'un nouveau système extrajudiciaire. C'est précisément parce que nos tribunaux sont généralement impartiaux ou qu'il sont plutôt indépendants que les grandes entreprises veulent les contourner. La Commission européenne cherche à remplacer les tribunaux souverains, ouverts et responsables, par un système corrompu et fermé, où règnent les conflits d'intérêt et les pouvoirs arbitraires.

Les règlements des différends investisseurs/Etats pourraient être utilisés pour détruire toute tentative de sauver les services nationaux de santé du contrôle des grandes entreprises, de réguler les banques, de contenir l'avidité des compagnies d'énergie, de re-nationaliser les chemins de fer, de laisser les combustibles fossiles dans le sol. Ces règles ferment la porte à toutes les alternatives démocratiques. Elles proscrivent les politiques de gauche.

C'est la raison pour laquelle il n'y a eu aucune tentative du gouvernement britannique [et des autres gouvernements européens] d'informer ses citoyens à propos de cette attaque monstrueuse contre la démocratie, et encore moins de nous consulter. [En Grande-Bretagne] c'est la raison pour laquelle les Conservateurs qui font toute une histoire sur la souveraineté sont muets. Réveillez-vous ! Le peuple être en train de se faire baiser.

Traduit de l'anglais par [JFG-QuestionsCritiques]

note:
______________

[1] Voici la position des principaux partis politiques en France à propos du Traité transatlantique :

Front National : résolument contre, n'appelle pas à un référendum, mais leurs députés européens ont voté POUR la consultation de la société civile.
Front de Gauche : résolument contre, appelle à un référendum, a voté au parlement européen POUR la consultation de la société civile.
Parti Socialiste : enfumage du gouvernement. et aucune position précise du PS, a voté au parlement européen POUR la consultation de la société civile.
UMP : généralement très favorable, à quelques rares exceptions (par ex. Jacques Myard), a voté au parlement européen CONTRE la consultation de la société civile.
UDI + MODEM : soutien inconditionnel, a voté au parlement européen CONTRE la consultation de la société civile, à l'exception notable de Jean-Luc Benhamias (qui s'est abstenu).
EELV : généralement contre, a voté au parlement européen POUR la consultation de la société civile.
Cap21 : contre, a voté au parlement européen POUR la consultation de la société civile.

Cet article vous a intéressé ?