dimanche 27 octobre 2013

Les OGM sur la sellette






Risques sanitaires liés aux OGM: Séralini vient à la rescousse!





Catherine Rowe
Susanne Schuster سوزان شوستر


Traduit par Michèle Mialane

Pour ceux d’entre nous qui luttent pour une véritable démocratie et la souveraineté alimentaire, la visite en Grande-Bretagne, au début du mois de septembre, du professeur Gilles-Éric Séralini, qui a dirigé l’étude la plus longue jamais réalisée mondialement sur les effets des organismes génétiquement modifiés (OGM) a été fort bienvenue. Face au soutien croissant qu’apportent les gouvernements européens aux OGM dans l’alimentation, exprimé notamment par Owen Paterson, Ministre britannique de l’environnement, qui affirme faussement que « Pendant que le reste du monde fonce et jouit des avantages des nouvelles technologies, l’Europe court le risque de rester à la traîne » une série de conférences relatives aux dangers des OGM offrait, du 2 au 8 septembre l’occasion de s’informer directement des résultats de l’étude du Professeur Séralini. Celui-ci a malheureusement dû être hospitalisé le 4 septembre juste après son exposé devant un groupe transversal du Parlement, toutefois, lors de la conférence du soir à l’ University College of London, les intervenants relevèrent brillamment ce défi et nous donnèrent un aperçu des réactions hostiles qui fusèrent après la publication des résultats de l’étude.






Les risques sanitaires liés aux OGM

La première étude de Monsanto sur les rats nourris au maïs transgénique NK603 - pendant 90 jours - a été publiée en 2004 après une vaste campagne contre la vente en UE d’aliments transgéniques, portée par la base. Des rats nourris avec du maïs transgénique et traité au Roundup (herbicide fabriqué par Monsanto, dont le principe actif est le glyphosate, qui va de pair avec des variétés transgéniques de froment, maïs, soja et colza résistantes à cet herbicide - nombre de paysans disent que l’emploi du Roundup a entraîné sur leurs exploitations l’apparition de « super-mauvaises herbes » résistantes à cet herbicide) ont présenté des signes d’intoxication hépatique et rénale. Ces écarts biologiques avec des rats nourris avec du maïs non transgénique ont été déclarées « inoffensives » par l’EFSA, l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments, une démarche ahurissante, qui contredit leurs propres normes de sécurité. À l’époque, le marché US-américain des semences transgéniques produites par Monsanto et autres firmes agro-alimentaires était presque saturé - aujourd’hui plus de 80% des produits alimentaires nord-américains contiennent des OGM. Il semblait que les manipulations génétiques allaient obtenir le feu vert pour le marché européen, en dépit du moratoire conquis de haute lutte.

Face à l’empire croissant des grandes firmes de l’agrobusiness, le Professeur Séralini et son équipe décidèrent de refaire l’étude de Monsanto, mais en la faisant porter sur la vie entière des rats, soit 2 ans. On ne tarda pas à découvrir les entraves posées : il fallut traîner Monsanto en justice pour obtenir les données de l’étude originale. La deuxième étude montra que les premiers signes de toxicité hépatique et rénale s’accroissaient rapidement au-delà des 90 jours d’expérience de la première étude. En outre on vit apparaître un développement inattendu de tumeurs, en particulier des abcès aux mamelles des rates nourries au NK603 traité au Roundup. Quelques heures après la publication de l’étude de Séralini sur Internet la contre-offensive arriva. On décria l’étude, prétendue « non scientifique », bien qu’elle ait suivi la méthodologie de l’étude réalisée par Monsanto. L’argument était que le nombre de rats (10 par groupe) était insuffisant pour une étude portant sur les risques de cancer, bien que cette étude portât sur la toxicité (Séralini avait précisé qu’il ne s’attendait pas à l’augmentation du nombre de cancers). On prétendit également que Séralini avait choisi une souche de rats prédisposée au cancer. Ce dernier a réfuté toutes ces critiques et beaucoup d’autres dans un article publié sur son propre site. Pourtant beaucoup de ces affirmations sont reprises par les États, prétendument responsables de la sécurité de nos aliments.

Il est intéressant de noter que le gouvernement français, depuis la publication du travail de Séralini, a fait faire ses propres études. L’Autorité européenne pour la sécurité des aliments, l’EFSA, a confirmé sans le dire sa méthodologie, tout en se joignant au chœur des critiques usuelles. On peut se demander qui au juste nous protège des aliments transgéniques ?

L’intervenante Claire Robinson, chercheuse à Earth Open Source et corédactrice du GMWatch a mentionné les liens étroits entre les détracteurs de Séralini (qu’il s’agisse de scientifiques ou de firmes) et l’industrie des transgènes - ainsi que la dissolution progressive de tout cadre légal. Selon elle, le lobbying des grandes firmes agro-alimentaires menace sérieusement le moratoire sur les OGM et le principe de précaution, qui doit s’appliquer à tous les risques potentiels dans l’alimentation, a été largement abandonné. Comme c’est bien souvent le cas, il faut chercher du côté des intérêts financiers.

Lisa Stokke et Paul Murphy, les fondateurs du mouvement US-américain Food Democracy Now, qui s’est récemment battu pour exiger qu’aux USA on mentionne la présence de composants transgéniques dans les aliments, nous rappellent qu’il faut combattre les OGM avec la plus grande énergie. Ils se félicitent qu’en Europe cette mention soit toujours obligatoire !

L’exposé du Dr. Michael Antoniou, spécialiste de biologie moléculaire au King’s College de Londres, a sûrement été d’une immense utilité pour nombre d’entre nous. Il remplaçait le Professeur Séralini pour nous présenter les principes scientifiques des manipulations génétiques. Cette étude et beaucoup d’autres (voir sur GMWatch les liens vers les nombreuses petites études indépendantes relatives aux OGM) ont conclu que ces manipulations transforment hautement le patrimoine génétique. L’insertion fortuite d’un gène étranger dans le génome du receveur (pour rendre le maïs NK603 tolérant au glyphosate ou l’introduction d’un gène produisant un pesticide dans le génome du coton, pour le rendre résistant à un parasite ) se produit dans de nombreuses mutations spontanées, qui engendrent des combinaisons totalement nouvelles dans le matériel génétique, ce qui entraîne d’innombrables risques sanitaires potentiels. Des études nutritionnelles portant sur la durée de vie totale des cobayes représentent un strict minimum en ce qui concerne les manipulations génétiques portant sur des aliments, et les risques potentiels d’une exposition élevée aux herbicides et pesticides exigent tout autant de rigueur.

Bien sûr, les partisans des OGM affirment faussement que ceux-ci réduisent l’emploi d’herbicides et pesticides, mais la crise environnementale montre qu’il est impossible de poursuivre dans la voie de l’agro-industrie, même en la rabotant un peu. Nombre d’entre nous, militants du mouvement en faveur de la souveraineté alimentaire savent que nous devons imposer des méthodes agro-écologiques qui travaillent avec la nature et non contre elle, si nous voulons produire nos aliments de façon réellement durable. Nous devons savoir exactement ce que nous mangeons et il nous faut pour cela exercer un contrôle démocratique, et non être soumis au vouloir pouvoir des firmes agro-industrielles. Voilà une abondante matière à réflexion !


En savoir plus :

http://umweltinstitut.org/gentechnik/allgemeines-gentechnik/allgemeines-gentechnik-174.html
http://www.weltagrarbericht.de/themen-des-weltagrarberichtes/gentechnik-und-biotechnologie.html
http://www.greenpeace.de/fileadmin/gpd/user_upload/themen/gentechnik/greenpeace__gute_gruende_gegen_gentechnik.pdf
https://www.campact.de/gentec/info/gegenarg/

NdlT: Il semblerait que l'étude du Professeur Séralini prouve surtout que les études menées par les grandes firmes de l'agrobusiness sont très peu fiables, ce qui est d'ailleurs extrêmement grave.


Source : Tlaxcala

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