mercredi 31 juillet 2013

Des monstres en Syrie (Témoignage)





Comment ne pas avoir envie de renoncer à sa nationalité quand on comprend ce qu'il en est dans les coulisses de nos démocraties bananières agonisantes sous le poids des crimes qu'elles génèrent sous le prétexte barbare d'offrir la civilisation et ses bienfaits à des pays qui vivraient  plutôt paisiblement sans ce cadeau empoisonné. L''Occident n'est que guerres et mensonges, falsifications et trahisons. En France, nous attendons encore notre E. Zinn pour en écrire "L"Histoire populaire", c'est à dire percue d'en bas, par le petit peuple et non par des représentants de la bourgeoisie dont le rôle est d'étouffer dans l'oeuf l'esprit des révolutions.  Si nous étions encore à peu près sains et lucides, il nous serait impossible de supporter de près ou de loin un gouvernement de lâches et de bonimenteurs qui ont armés et financé des monstres. Si les USA de la CIA et de NSA sont une peste pour notre planète, l'Europe qui s'est vendue à un complot international en s"associant avec les émirats, Israël et la Turquie de l'hypocrite Erdogan contre la Syrie de Bachar al Assad, mérite d'être coulée au large des utopies qui en ont fondé l'idée et les espérances. Malgré notre confort que nous envient jusqu'à ce jour les 3/4 des habitants de la planète, nous survivons égoistement dans un 'trou noir" pour oublier, pour nous renier comme ces cadres qui ont oublié que leurs grands parents étaient des paysans, des ouvriers et des va-nu-pieds et qui par leurs manières de vivre et de penser condamnent à la misère les paysans, les ouvriers et les va-nu-pieds du monde entier. C'est ainsi que vivent et pensent nos socialistes français qui au fil des ans qui (depuis 1914) ont fini par perdre le sens de l'éthique et de la justice sociale. Comme nos députés et sénateurs qui se goinfrent de primes et autres avantages inadmissibles. Ah si nos peuples voulaient bien se réveiller !!!  G. Hadey et André Chenet
 
 
 
Mercredi 31 juillet 2013
 
 
Le carnage de Khan-al-Asal : Une opération destinée à éliminer les preuves de l’usage des armes chimiques par les rebelles
 
Par Sylvia Cattori 
     
 
moskva-zestoko-osudila-pokolj-u-sirijskom-gradu-khan-al-assal-prozivaju-medunarodne-teroriste_9917_7920Des centaines de civils et de soldats gouvernementaux ont été exécutés et sauvagement torturés par les djihadistes du Front al-Nosra, après la prise d’assaut de Khan-Al-Asal, une localité près d’Alep. Cet horrible carnage, la presse occidentale l’a occulté.
Voir les vidéos diffusées par les groupes « rebelles » le 27 juillet 2013

Les images d’une insupportable dureté, filmées par les auteurs du crime eux-mêmes, montrent dans toute leur effrayante monstruosité qui sont, en vérité, ces « opposants » qui veulent renverser le gouvernement légal syrien et que l’appareil médiatique et politique occidental a toujours présenté comme des « révolutionnaires » luttant contre un « régime tyrannique ». La journaliste Anastasia Popova qui s’est rendue, plusieurs fois en Syrie à la rencontre des victimes – et non pas à l’écoute des bourreaux – apporte un peu de vérité et d’humanité là où ses consœurs Sofia Amara, Edith Bouvier, Florence Aubenas ont affiché un total mépris des victimes et du sort que des hordes d’islamistes fanatisés font subir au peuple syrien qui, à plus de 70%, soutient les forces gouvernementales qui les combattent dans des conditions difficiles.
Silvia Cattori : À fin mars vous vous étiez rendue à Khan Al-Assal  – une localité fidèle au gouvernement de Bachar el-Assad – où vous aviez rencontré des témoins de l’attaque à l’arme chimique qui, le 19 mars, avait fait de nombreuses victimes. Après plusieurs mois d’assauts, le 22 juillet, Khan al-Assal est passé sous le contrôle du front terroriste al-Nosra. Avez-vous pu entrer en contact avec les témoins que vous avez connu alors ?
Anastasia Popova : De ce que j’ai pu apprendre, les forces gouvernementales environ 100 soldats ont été pris par surprise [le 26 juillet]. Ils savaient qu’il y avait des activités suspectes autour de Khan Al-Asal mais ne se doutaient pas que cela serait aussi important. Mes sources parlent d’environ 5’000 rebelles [en majorité des mercenaires entrés via la Turquie] qui ont attaqué simultanément. Ils ont même utilisé des tanks contre ces soldats. Que pouvaient faire 100 soldats contre 5’000 assaillants ? Malgré toute leur bravoure et leur courage, il leur était impossible de s’en sortir vivant. Ainsi quand Al Nosra est entré et s’est emparé de la zone, ils ont rassemblé tous les soldats dans la rue principale, à l’entrée du quartier, sur une colline, et les ont exécutés. Quelques uns ont été trouvés plus tard avec de profondes blessures, peut-être ont-ils subi des tortures ; il y a eu aussi des décapitations.
Sur une photo diffusée par les rebelles (*) j’ai reconnu la rue et l’endroit que nous avions visité quand nous étions là bas, à la fin du mois de mars. Dans la rue devant cette maison, nous avions bu avec ces jeunes soldats un café et du maté (une infusion traditionnelle). En effet, ils ne voulaient pas nous laisser partir avant que nous ayons accepté de boire et manger avec eux, un geste de courtoisie, une façon traditionnelle chez les Syriens d’inviter et de partager tout ce qu’ils ont avec leurs invités. Ils étaient drôles, faisaient des plaisanteries, se projetaient dans le futur en parlant de paix, mariage, enfants…, de leurs familles qui leur manquaient…
Sur les images prises par Al-Nosra, ce sont ces mêmes soldats que j’avais rencontrés que l’on voit allongés sur le sol, la plupart blessés, l’un d’entre eux n’avait que 22 ans. Son corps a été retrouvé plus tard à proximité des autres dans une décharge à l’extérieur de la ville.
Al-Nosra a tué des civils, des témoins oculaires de l’attaque chimique survenue en mars. J’ai essayé désespérément de contacter mes connaissances sur place ; leurs téléphones ne répondent pas. Lorsque vous apprenez que quelqu’un que vous connaissez a été tué vous refusez de le croire, vous commencez par l’appeler et quand vous entendez cette voix glaciale et métallique répétant cette même phrase « Le numéro que vous avez demandé, n’est pas disponible actuellement » vous haïssez cette phrase… Je ne sais pas si des témoins ont réussi à s’échapper. Mais je crains que tous aient été tués. Plus de 200 personnes en un jour ont été exécutées par Al-Nosra.
Silvia Cattori : Quelles peuvent être maintenant les conséquences pour la population qui ne se trouve plus sous la protection des forces gouvernementale ?
Anastasia Popova : Que peuvent être les conséquences d’un massacre, d’un crime contre l’humanité, d’une injustice flagrante et d’un déni total de l’Occident et de l’ONU ? Des centaines de vies ruinées juste dans un petit quartier, les souffrances insupportables et inimaginables de gens ordinaires, des vies brisées, des orphelins traumatisés, l’horreur dans les rues.
Parce qu’il n’avait pas prié au bon moment, des hommes d’Al-Nosra ont coupé la langue d’un enfant de 10 ans. Essayez juste une fois de regarder un enfant dans les yeux et de répondre à sa question muette. Qu’a t-il fait de mal pour mériter une telle « démocratie de la Charia » ? Il ne connait rien à la politique ; ce qu’il veut seulement, c’est jouer avec d’autres enfants comme il le faisait avant cette guerre. Des gens s’étaient enfuis de la région de Kafr Douli pour venir se réfugier à Khan Al-Asal afin d’échapper à ces rebelles. Mais ceux-ci ont réussi à les rejoindre et ils ont eu leur « jour de revanche ». Ainsi plus de 200 personnes ont été assassinées, plus de 200 vies ont été supprimées en une seule journée. C’est vraiment horrible.
Silvia Cattori : La diplomatie Russe a remis récemment au secrétaire général de l’ONU les résultats de l’analyse des échantillons prélevés à l’endroit où où une attaque chimique avait frappé les habitants de Khan al-Assal en mars [3]. Leurs experts seront-ils encore en mesure de trouver des survivants parmi les témoins de l’attaque chimique ? Ou pensez-vous que, désormais toute enquête sera impossible et que la France et la Grande Bretagne, qui apportent leur aide aux groupes « rebelles » et attribuent ce crime au gouvernement, vont pouvoir contester les preuves apportées par la Russie ?
Anastasia Popova : Alors maintenant l’ONU a subitement accepté de se rendre à Khan Al-Asal ? Alors maintenant les experts de l’ONU veulent aller inspecter la zone ? Et ceci après presque quatre mois de demandes de la part du gouvernement syrien ?
Quelle curieuse coïncidence ! Avec qui les experts de l’ONU ont-ils l’intention de parler de l’attaque à l’arme chimique qui a fait de nombreuses victimes en mars ? Avec les âmes des témoins oculaires ? Ou peut être avec leurs dépouilles ?
Bien sûr, ils ne remarqueront même pas qu’un nouveau massacre s’est produit. Ainsi peut être que les rebelles d’Al-Nosra se confesseront et diront aux inspecteurs de l’ONU comment ils ont tiré une roquette avec du gaz sarin hautement toxique sur les habitants de Khan Al-Assal. Peut être que les rebelles leur expliqueront pourquoi ils ont tué avec du poison chimique une trentaine de civils incluant femmes et enfants ? Peut être leur diront-ils où sont enterré les témoins qui avaient parlé avec la commission de l’ONU et avaient fourni les éléments qui avaient permis à Mme Carla del Ponte d’affirmer que c’étaient les rebelles qui avaient utilisé des armes chimiques et non pas le gouvernement syrien. Ou peut être peuvent-ils remercier ces enquêteurs qui se sont comportés comme des lâches en ne mentionnant pas ces éléments de preuve dans le rapport final de la Commission d’investigation ?
Il est évident que l’assaut qui a frappé Khan Al-Assal, juste après qu’un accord ait été trouvé entre l’ONU et Damas, était planifié. Il est évident que si les enquêteurs de l’ONU visitent la zone, les témoignages qu’ils pourront obtenir sur place seront biaisés parce que les véritables témoins, s’il y en a qui sont encore en vie, ne parleront plus maintenant que les rebelles d’Al-Nosra sont sur place.
Et que diront les rebelles aux enquêteurs ? Que c’est le gouvernement de Bachar el-Assad qui a lancé l’obus qu’ils avaient eux-mêmes lancé. Que c’est le gouvernement qui a tué ses propres sympathisants et ses propres soldats dans ce quartier de Khan Al-Assal – où tous les habitants sont fidèles au gouvernement d’el-Assad – parce que le gouvernement est démoniaque… Ce qui est un non-sens pour les gens qui se donnent la peine de penser … mais une vérité cristalline pour l’ONU !
Silvia Cattori : Je vous remercie chère Anastasia Popova.
Popova_1a
(*) Dans cette photo prise par les terroristes d’Al-Nosra les soldats de l’armée gouvernementale syrienne sont étendus sur le sol, la plupart d’entre eux blessés ; l’un deux, rencontré par A. Popova, avait 22 ans.
Popova_2a

Vidéo filmée par les terroristes d’Al-Nosra, avec un commentaire en anglais qui dénonce leur barbarie 

http://www.youtube.com/watch ?v=MBnVWOI5PMM

   

mardi 30 juillet 2013

L'esprit de révolte

 Nous remercions infiniment les auteurs du blog Résistance 71 pour la très haute teneur substantielle des textes qu'ils mettent à notre disposition. G. Hadey

Résistance politique: Devant les crimes de l’oligarchie, un changement radical de société est une manœuvre de salubrité publique…

"La révolte tue les hommes alors que la révolution tue à la fois des hommes et des principes; mais pour ces mêmes raisons, on peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’Histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui serait la révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct. ‘Ceci implique la contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela pour la raison toute simple qu’il est gouvernement’ [...] S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’Histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée."
Albert Camus, "L’homme révolté", 1951

"L’anarchisme a vraiment conduit en 1936, une révolution sociale et l’ébauche la plus avancée qui fut jamais, d’un pouvoir prolétarien… Le mouvement anarchiste organisé (en Espagne) s’est montré incapable d’étendre les demies victoires de la révolution et même seulement de les défendre. Ses chefs reconnus sont devenus ministres et otages de l’État bourgeois qui détruisait la révolution pour perdre la guerre civile."
Guy Debord, "La société du spectacle", 1967

*  *  *

Une analyse de l’esprit de révolte et des révolutions par Pierre Kropotkine en 1914, texte d’une actualité stupéfiante déconcertante, preuve que rien n’a changé dans le fond depuis bien plus de cent ans et que nous publions en deux parties. A lire et diffuser sans modération.
Résistance 71






 Pierre Alexeiévitch Kropotkine
(1842-1921), aristocrate d’origine russe,
fût officier en Sibérie, explorateur,
scientifique, et l'un des plus important
théoricien et vulgarisateur de la pensée
anarchiste.


« Dans la vie des sociétés, il est des époques où la
Révolution devient une impérieuse nécessité, où elle
s'impose d'une manière absolue. Des idées nouvelles
germent de partout, elles cherchent à se faire jour, à
trouver une application dans la vie…
»

 

L’esprit de révolte, 1ère partie

Pierre Kropotkine, 1914


Dans la vie des sociétés, il est des époques où la Révolution devient une impérieuse nécessité, où elle s’impose d’une manière absolue. Des idées nouvelles germent de partout, elles cherchent à se faire jour, à trouver une application dans la vie, mais elles se heurtent continuellement à la force d’inertie de ceux qui ont intérêt à maintenir l’ancien régime, elles étouffent dans l’atmosphère suffocante des anciens préjugés et des traditions. Les idées reçues sur la constitution des Etats, sur les lois d’équilibre social, sur les relations politiques et économiques des citoyens entre eux, ne tiennent plus devant la critique sévère qui les sape chaque jour, à chaque occasion, dans le salon comme dans le cabaret, dans les ouvrages du philosophe comme dans la conversation quotidienne. Les institutions politiques, économiques et sociales tombent en ruine ; édifice devenu inhabitable, il gêne, il empêche le développement des germes qui se produisent dans ses murs lézardés et naissent autour de lui.
Un besoin de vie nouvelle se fait sentir. Le code de moralité établi, celui qui gouverne la plupart des hommes dans leur vie quotidienne ne paraît plus suffisant. On s’aperçoit que telle chose, considérée auparavant comme équitable, n’est qu’une criante injustice : la moralité d’hier est reconnue aujourd’hui comme étant d’une immoralité révoltante. Le conflit entre les idées nouvelles et les vieilles traditions éclate dans toutes les classes de la société, dans tous les milieux, jusque dans le sein de la famille. Le fils entre en lutte avec son père : il trouve révoltant ce que son père trouvait tout naturel durant toute sa vie ; la fille se révolte contre les principes que sa mère lui transmettait comme le fruit d’une longue expérience. La conscience populaire s’insurge chaque jour contre les scandales qui se produisent au sein de la classe des privilégiés et des oisifs, contre les crimes qui se commettent au nom du droit du plus fort, ou pour maintenir les privilèges. Ceux qui veulent le triomphe de la justice; ceux qui veulent mettre en pratique les idées nouvelles, sont bien forcés de reconnaître que la réalisation de leurs idées généreuses, humanitaires, régénératrices, ne peut avoir lieu dans la société, telle qu’elle est constituée : ils comprennent la nécessité d’une tourmente révolutionnaire qui balaie toute cette moisissure, vivifie de son souffle les coeurs engourdis et apporte à l’humanité le dévouement, l’abnégation, l’héroïsme, sans lesquels une société s’avilit, se dégrade, se décompose.
La machine gouvernementale, chargée de maintenir l’ordre existant, fonctionne encore. Mais, à chaque tour de ses rouages détraqués, elle se butte et s’arrête. Son fonctionnement devient de plus en plus difficile, et le mécontentement excité par ses défauts, va toujours croissant. Chaque jour fait surgir de nouvelles exigences. — «Réformez ceci, réformez cela ! » crie-t-on de tous côtés. — «Guerre, finance, impôts, trinunaux, police, tout est à remanier, à réorganiser, à établir sur de nouvelles bases.» disent les réformateurs. Et cependant, tous comprennent qu’il est impossible de refaire, de remanier quoi que ce soit, puisque tout se tient ; tout serait à refaire à la fois ; et comment refaire, lorsque la société est divisée en deux camps ouvertement hostiles ? Satisfaire les mécontents, serait en créer de nouveaux.

Incapables de se lancer dans la voie des réformes, puisque ce serait s’engager dans la Révolution ; en même temps, trop impuissants pour se jeter avec franchise dans la réaction, les gouvernements s’appliquent aux demi-mesures, qui peuvent ne satisfaire personne et ne font que susciter de nouveaux mécontentements. Les médiocrités qui se chargent à ces époques transitoires de mener la barque gouvernementale, ne songent plus d’ailleurs qu’à une seule chose : s’enrichir, en prévision de la débâcle prochaine. Attaqués de tous côtés, ils se défendent maladroitement, ils louvoient, ils font sottise sur sottise, et ils réussissent bientôt à trancher la dernière corde de salut ; ils noient le prestige gouvernemental dans le ridicule de leur incapacité. A ces époques, la Révolution s’impose. Elle devient une nécessité sociale ; la situation est une situation révolutionnaire.

Lorsque nous étudions chez nos meilleurs historiens la génèse et le développement des grandes secousses révolutionnaires, nous trouvons ordinairement sous ce titre : «Les Causes de la Révolution», un tableau saisissant de la situation à la veille des évènements. La misère du peuple, l’insécurité générale, les mesures vexatoires du gouvernement, les scandales odieux qui étalent les grands vices de la société, les idées nouvelles cherchant à se faire jour et se heurtant contre l’incapacité des suppôts de l’ancien régime, rien n’y manque. En contemplant ce tableau, on arrive à la conviction que la Révolution était inévitable en effet, qu’il n’y avait pas d’autre issue que la voie des faits insurrectionnels.

Prenons pour exemple la situation d’avant 1789, telle que nous la montrent les historiens. Vous croyez entendre le paysan se plaindre de la gabelle, de la dîme, des redevances féodales, et vouer dans son coeur une haine implacable au seigneur, au moine, à l’accapareur, à l’intendant. Il vous semble voir les bourgeois se plaindre d’avoir perdu leurs libertés municipales et accabler le roi sous le poids de leurs malédictions. Vous entendez le peuple blâmer la reine, se révolter au récit de ce que font les ministres, et se dire à chaque instant que les impôts sont intolérables et les redevances exorbitantes, que les récoltes sont mauvaises et l’hiver trop rigoureux, que les vivres sont trop chers et les accapareurs trop voraces, que les avocats de village dévorent la moisson du pâysan, que le garde champêtre veut jouer au roitelet, que la poste même est mal organisée et les employés trop paresseux… Bref, rien ne marche, tous se plaignent. «Cela ne peut plus durer, ça finira mal ! » se dit-on de tous les côtés.

Mais, de ces raisonnements paisibles à l’insurrection, à la révolte, il y a tout un abîme, — celui qui sépare, chez la plus grande partie de l’humanité, le raisonnement de l’acte, la pensée de la volonté, du besoin d’agir. Comment donc cet abîme a-t-il été franchi ? Comment ces hommes qui, hier encore, se plaignaient tout tranquillement de leur sort, en fumant leurs pipes, et qui, un moment après, saluaient humblement ce même garde champêtre et ce gendarme dont ils venaient de dire du mal, — comment, quelques jours plus tard, ces mêmes hommes ont-ils pu saisir leurs faulx et leurs bâtons ferrés et sont-ils allés attaquer dans son château le seigneur, hier encore si terrible ? Par quel enchantement, ces hommes que leurs femmes traitaient avec raison de lâches se sont-ils transformés aujourd’hui en héros, qui marchent sous les balles et sous la mitraille à la conquête de leurs droits ? Comment ces paroles, tant de fois prononcées jadis et qui se perdaient dans l’air comme le vain son des cloches, se sont-elles enfin transformées en actes ?

La réponse est facile.

C’est l’action, l’action continue, renouvelée sans cesse, des minorités, qui opère cette transformation. Le courage, le dévouement, l’esprit de sacrifice, sont aussi contagieux que la poltronnerie, la soumission et la panique.

Quelles formes prendra l’agitation ?
— Eh bien, toutes les formes, les plus variées, qui lui seront dictées par les circonstances, les moyens, les tempéraments. Tantôt lugubre, tantôt railleuse, mais toujours audacieuse, tantôt collective, tantôt purement individuelle, elle ne néglige aucun des moyens qu’elle a sous la main, aucune circonstance de la vie publique, pour tenir toujours l’esprit en éveil, pour propager et formuler le mécontentement, pour exciter la haine contre les exploiteurs, ridiculiser les gouvernants, démontrer leur faiblesse, et surtout et toujours, réveiller l’audace, l’esprit de révolte, en prêchant d’exemple.




II

Lorsqu’une situation révolutionnaire se produit dans un pays, sans que l’esprit de révolte soit encore assez éveillé dans les masses pour se traduire par des manifestations tumultueuses dans la rue, ou par des émeutes et des soulèvements, — c’est par l’action que les minorités parviennent à réveiller ce sentiment d’indépendance et ce souffle d’audace sans lesquels aucune révolution ne saurait s’accomplir.

Hommes de coeur qui ne se contentent pas de paroles, mais qui cherchent à les mettre à exécution, caractères intègres, pour qui l’acte fait un avec l’idée, pour qui la prison, l’exil et la mort sont préférables à une vie restant en désaccord avec leurs principes ; hommes intrépides qui savent qu’il faut oser pour réussir, — ce sont les sentinelles perdues qui engagent le combat, bien avant que les masses soient assez excitées pour lever ouvertement le drapeau de l’insurrection et marcher, les armes à la main, à la conquête de leurs droits.

Au milieu des plaintes, des causeries, des discussions théoriques, un acte de révolte, individuel ou collectif, se produit, résumant les aspirations dominantes. Il se peut qu’au premier abord la masse soit indifférente. Tout en admirant le courage de l’individu ou du groupe initiateur, il se peut qu’elle veuille suivre d’abord les sages, les prudents, qui s’empressent de taxer cet acte de «folie» et de dire que «les fous, les têtes brûlées vont tout compromettre.» Ils avaient si bien calculé, ces sages et ces prudents, que leur parti, en poursuivant lentement son oeuvre, parviendrait dans cent ans, dans deux cents ans, trois cents ans peut-être, à conquérir le monde entier, — et voilà que l’imprévu s’en mêle ; l’imprevu, bien entendu, c’est ce qui n’a pas été prévu par eux, les sages et les prudents. Quiconque connaît un bout d’histoire et possède un cerveau tant soit peu ordonné, sait parfaitmeent d’avance qu’une propagande théorique de la Révolution se traduire nécessairement par des actes, bien avant que les théoriciens aient décidé que le moment d’agir est venu ; néanmoins, les sages théoriciens se fâchent contre les fous, les excommunient, les vouent à l’anathème. Mais les fous trouvent des sympathies, la masse du peuple applaudit en secret à leur audace et ils trouvent des imitateurs. A mesure que les premiers d’entre eux vont peupler les géôles et les bagnes, d’autres viennent continuer leur oeuvre ; les actes de protestation illégale, de révolte et de vengeance se multiplient.

L’indifférence est désormais impossible. Ceux qui, au début, ne se demandaient même pas ce que veulent les «fous» sont forcés de s’en occuper, de discuter leurs idées, de prendre parti pour ou contre. Par les faits qui s’imposent à l’attention générale, l’idée nouvelle s’infiltre dans les cerveaux et conquiert des prosélytes. Tel acte fait en quelques jours plus de propagande que des milliers de brochures.

Surtout, il réveille l’esprit de révolte, il fait germer l’audace. —  L’ancien régime, armé de policiers, de magistrats, de gendarmes et de soldats, semblait inébranlable, comme ce vieux fort de la Bastille qui, lui aussi, paraissait imprenable aux yeux du peuple désarmé, accouru sous ses hautes murailles, garnies de canons prêts à faire feu. Mais on s’aperçoit bientôt que le régime établi n’a pas la force qu’on lui supposait. Tel acte audacieux a suffi pour bouleverser pendant quelques jours la machine gouvernementale, pour ébranler le colosse ; telle émeute a mis sens dessus-dessous toute une province, et la troupe, toujours si imposante, a reculé devant une poignée de paysans, armés de pierres et de bâtons ; le peuple s’aperçoit que le monstre n’est pas aussi terrible qu’on le croyait, il commence à entrevoir qu’il suffira de quelques efforts énergiques pour le terrasser. L’espoir naît dans les coeurs, et souvenons-nous que si l’exaspération pousse souvent aux émeutes, c’est toujours l’espoir de vaincre qui fait les révolutions.

Le gouvernement résiste : il sévit avec fureur. Mais, si jadis la répression tuait l’énergie des opprimés, maintenant, aux époques d’effervescence, elle produit l’effet contraire. Elle provoque de nouveaux faits de révolte, individuelle et collective ; elle pousse les révoltés à l’héroïsme, et de proche en proche ces actes gagnent de nouvelles couches, se généralisent, se développent. Le parti révolutionnaire se renforce d’éléments qui jusqu’alors lui étaient hostiles, ou qui croupissaient dans l’indifférence. La désagrégation gagne le gouvernement, les classes dirigeantes, les privilégiés : les uns poussent à la résistance à outrance, les autres se prononcent pour les concessions, d’autres encore vont jusqu’à se déclarer prêts à renoncer pour le moment à leurs privilèges, afin d’apaiser l’esprit de révolte, quitte à le maîtriser plus tard. La cohésion du gouvernement et des privilégiés est rompue.
Les classes dirigeantes peuvent essayer encore de recourir à une réaction furieuse. Mais ce n’est plus le moment ; la lutte n’en devient que plus aiguë, et la Révolution qui s’annonce n’en sera que plus sanglante. D’autre part, la moindre des concessions de la part des classes dirigeantes, puisqu’elle arrive trop tard, puisqu’elle est arrachée par la lutte, ne fait que réveiller davantage l’esprit révolutionnaire. Le peuple qui, auparavant, se serait contenté de cette concession, s’aperçoit que l’ennemi fléchit : il prévoit la victoire, il sent croître son audace, et ces mêmes hommes qui jadis, écrasés par la misère, se contentaient de soupirer en cachette, relèvent maintenant la tête et marchent fièrement à la conquête d’un meilleur avenir.

Enfin, la Révolution éclate, d’autant plus violente que la lutte précédente a été plus acharnée.
La direction que prendra la Révolution dépend certainement de toute la somme des circonstances variées qui ont déterminé l’arrivée du cataclysme. Mais elle peut être prévue à l’avance, d’après la force d’action révolutionnaire déployée dans la période préparatoire par les divers partis avancés.
Tel parti aura mieux élaboré les théories qu’il préconise et le programme qu’il cherche à réaliser, il l’aura beaucoup propagé par la parole et par la plume. Mais il n’a pas suffisamment affirmé ses aspirations au grand jour, dans la rue, par des actes qui soient la réalisation de la pensée qui lui est propre ; il a eu la puissance théorique, mais il n’a pas eu la puissance d’action ; ou bien il n’a pas agi contre ceux qui sont ses principaux ennemis, il n’a pas frappé les institutions qu’il vise à démolir ; il n’a pas contribué à réveiller l’esprit de révolte, ou il a négligé de le diriger contre ce qu’il cherchera surtout à frapper lors de la Révolution. Eh bien, ce parti est moins connu ; ses affirmations n’ont pas été affirmées continuellement, chaque jour, par des actes dont le retentissement atteint les cabanes les plus isolées, ne se sont pas suffisamment infiltrées dans la masse du peuple ; elles n’ont pas passé par le creuset de la foule et de la rue et n’ont pas trouvé leur énoncé simple, qui résume en un seul mot, devenu populaire. Les écrivains les plus zélés du parti sont connus par leurs lecteurs pour des penseurs de mérite, mais ils n’ont ni la réputation, ni les capacités de l’homme d’action ; et le jour où la foule descendra dans la rue, elle suivra plutôt les conseils de ceux qui ont, peut-être, des idées théoriques moins nettes et des aspirations moins larges, mais qu’elle connaît mieux, parce qu’elle les a vu agir.

Le parti qui a le plus fait d’agitation révolutionnaire, qui a le plus manifesté de vie et d’audace, ce parti sera le plus écouté le jour où il faudra agir, où il faudra marcher de l’avant pour accomplir la Révolution. Celui qui n’a pas eu l’audace de s’affirmer par des actes révolutionnaires dans la période préparatoire, celui qui n’a pas eu une force d’impulsion assez puissante pour inspirer aux individus et aux groupes le sentiment d’abnégation, le désir irrésistible de mettre leurs idées en pratique (si ce désir avait existé, il se serait traduit par des actes, bien avant que la foule tout entière ne soit descendue dans la rue), celui qui n’a pas su rendre son drapeau populaire et palpables ses aspirations et compréhensibles, — ce parti n’aura qu’une maigre chance de réaliser la moindre part de son programme. Il sera débordé par les partis d’action.

Volà ce que nous enseigne l’histoire des périodes qui précédèrent les grandes révolutions. La bourgeoisie révolutionnaire l’a parfaitement compris : elle ne négligeait aucun moyen d’agitation pour réveiller l’esprit de révolte, lorsqu’elle cherchait à démolir le régime monarchique : le paysan français du siècle passé le comprenait aussi instinctivement lorsqu’il s’agitait pour l’abolition des droits féodaux, et l’Internationale, — du moins une partie de l’Association —, agissait d’accord avec ces mêmes principes, lorsqu’elle cherchait à réveiller l’esprit de révolte au sein des travailleurs des villes, et à le diriger contre l’ennemi naturel du salarié — l’accapareur des instruments de travail et des matières premières.

A suivre …

L’esprit de révolte, 2ème partie

Pierre Kropotkine, 1914

III

Une étude serait à faire, — intéressante au plus haut degré, attrayante, et surtout instructive — une étude sur les divers moyens d’agitation auxquels les révolutionnaires ont eu recours à diverses époques, pour accélérer l’écolosion de la révolution, pour donner aux masses la conscience des évènements qui se préparaient, pour mieux désigner au peuple ses principaux ennemis, pour réveiller l’audace et l’esprit de révolte. Nous savons tous très bien pourquoi telle révolution  est devenue nécessaire, mais ce n’est que par instinct et par tatonnements que nous parvenons à deviner comment les révolutions ont germé.

L’état-major prussien a publié dernièrement un ouvrage à l’usage de l’armée, sur l’art de vaincre les insurrections populaires, et il enseigne, dans cet ouvrage, comment l’armée doit agir pour éparpiller les forces du peuple. Aujourd’hui, on veut porter des coups sûrs, égorger le peuple selon toutes les règles de l’art. Eh bien, l’étude dont nous parlons serait une réponse à cette publication et à tant d’autres qui traitent le même sujet, quelquefois avec moins de cynisme. Elle montrerait comment on désorganise un gouvernement, comment on relève le moral d’un peuple, affaissé, déprimé par la misère et l’oppression qu’il a subies.

Jusqu’à présent, pareille étude n’a pas été faite. Les historiens nous ont bien raconté les grandes étapes, par lesquelles l’humanité a marché vers son affranchissement, mais il ont peu prêté d’attention aux périodes qui précédèrent les révolutions. Absorbés par les grands drames qu’ils essayèrent d’esquisser, ils ont glissé d’une main rapide sur le prologue, mais c’est ce prologue qui nous intéresse surtout.


Et cependant, quel tableau plus saisissant, plus sublime et plus beau que celui des efforts qui furent faits par les précurseurs des révolutions ! ! Quelle série incessante d’efforts de la part des paysans et des hommes d’action de la bourgeoisie avant 1789 ; quelle lutte persévérante de la part des républicains, depuis la restauration des Bourbons en 1815, jusqu’à leur chûte en 1830 ; quelle activité de la part des sociétés secrètes pendant le règne du gros bourgeois Louis-Philippe ! Quel tableau poignant que celui des conspirations faites par les Italiens pour secouer le joug de l’Autriche, de leurs tentatives héroïques, des souffrances inénarrables de leurs martyrs ! Quelle tragédie, lugubre et grandiose, que celle qui raconterait toutes les péripéties du travail secret entrepris par la jeunesse russe contre le gouvernement et le régime foncier et capitaliste, depuis 1880 jusqu’à nos jours !
Que de nobles figures surgiraient devant le socialiste moderne à la lecture de ces drames ; que de dévouement et d’abnégation sublimes et, en même temps, quelle instruction révolutionnaire, non plus théorique, mais pratique, toute d’exemple à suivre.

Ce n’est pas ici à entreprendre une pareille étude. La brochure ne se prête pas à un travail d’histoire. Nous devons donc nous borner à choisir quelques exemples, afin de montrer comment s’y prenaient nos pères pour faire de l’agitation révolutionnaire, et quel genre de conclusions peuvent être tirées des études en question.

Nous jetterons un coup d’oeil sur une de ces périodes, sur celle qui précéda 1789 et, laissant de côté l’analyse des circonstances qui ont créé vers la fin du siècle passé une situation révolutionnaire, nous nous bornerons à relever quelques procédés d’agitation, employés par nos pères.

Deux grands faits se dégagent comme résultat de la Révolution de 1789-1793. D’une part, l’abolition de l’autocratie royale, et l’avènement de la bourgeoisie au pouvoir ; d’autre part l’abolition définitive du servage et des redevances féodales dans les campagnes. Les deux sont intimement liés entre eux, et l’un sans l’autre n’aurait pu réussir. Et ces deux courants se retrouvent déjà dans l’agitation qui précéda la Révolution : l’agitation contre la royauté au sein de la bourgeoisie, l’agitation contre les droits des seigneurs au sein des paysans.
Jetons un coup d’oeil sur les deux.


Le journal, à cette époque, n’avait pas l’importance qu’il a acquise aujourd’hui, c’est la brochure, le pamphlet, le libelle de trois ou qutre pages qui le remplaçaient. En conséquence, le libelle, le pamphlet, la brochure pullulent. La brochure met à la portée de la grande masse les idées des précurseurs, philosophes et économistes, de la Révolution ; le pamphlet et le libelle font de l’agitation, en attaquant directement les ennemis. Ils ne font pas de théories : c’est par l’odieux et le ridicule qu’ils procèdent.

Des milliers de libelles racontent les vices de la cour, la dépouille de ses décors trompeurs, la mettent à nu avec tous ses vices, sa dissipation, sa perversité, sa stupidité. Les amours royales, les scandales de la cour, les dépenses folles, le Pacte de famine — cette alliance des puissants avec les accapareurs de blé pour s’enrichir en affamant le peuple, — voilà le sujet de ces libelles. Ils sont toujours sur la brèche et ne négligent aucune circonstance de la vie publique pour frapper l’ennemi. Pourvu qu’on parle de quelque fait, le pamphlet et le libelle sont là pour le traiter sans gêne, à leur manière. Ils se prêtent mieux que le journal à ce genre d’agitation. Le journal est toute une entreprise, et l’on y regarde de près avant de le faire sombrer ; sa chute embarrasse souvent tout un parti. Le pamphlet et le libelle ne compromettent que l’auteur et l’imprimeur, et encore, — allez cherchez l’un et l’autre !…

Il est évident que les auteurs de ces libelles et pamphlets commencent, avant tout, par s’émanciper de la censure ; car à cette époque, si on n’avait pas encore inventé ce joli petit instrument du jésuitisme contemporain, «le procès en diffamation»  qui annihile toute liberté de presse, — on avait pour mettre en prison les auteurs et les imprimeurs, «la lettre de cachet», brutale, il est vrai, mais franche en tout cas. C’est pourquoi les auteurs commencent par s’émanciper du censeur et impriment leurs libelles, soit à Amsterdam, soit n’importe où, —« à cent lieues de la Bastille, sous l’arbre de la Liberté». Aussi ne se gêneront-ils pas de frapper sur, de vilepender le roi, la reine et ses amants, les grands de la cour, les aristos. Avec la presse clandestine, la police avait beau perquisitionner chez les libraires, arrêter les colporteurs, — les auteurs inconnus échappaient aux poursuites et continuaient leur oeuvre.

La chanson, — celle qui est trop franche pour être imprimée, mais qui fait le tour de la France en se transmettant de mémoire, — a toujours été un des moyens de propagande des plus efficaces. Elle tombait sur les autorités établies, elle bafouait les têtes couronnées, elle semait jusqu’au foyer de la famille le mépris de la royauté, la haine contre le clergé et l’aristocratie, l’espérance de voir bientôt venir le jour de la Révolution.

Mais c’est surtout au placard que les agitateurs avaient recours. Le placard fait plus parler de lui, il fait plus d’agitation qu’un pamphlet ou une brochure. Aussi les placards, imprimés ou écrits à la main, paraissent chaque  fois qu’il se produit un fait qui intéresse la masse du public. Arrachés aujourd’hui, ils reparaissent demain, faisant enrager les gouvernants et leurs sbires.  «Nous avons manqué votre aïeul, nous ne vous manqueront pas !» lit aujourd’hui le roi sur une feuille collée aux murs de son palais.. Demain, c’est la reine qui pleure de rage en lisant comment on affiche sur les murs les sales détails de sa vie honteuse. C’est alors que se préparait déjà cette haine, vouée plus tard par le peuple à la femme qui aurait froidement exterminé Paris pour rester reine et autocrate. Les courtisans se proposent-ils de fêter la naissance du dauphin, les placards menacent de mettre le feu aux quatre coins de la ville, et ils sèment ainsi la panique, ils préparent les esprits à quelque chose d’extraordinaire. Ou bien, ils annoncent qu’au jour des réjouissances, «le roi et la reine seront conduits sous bonne escorte en Place de Grève, puis iront à l’Hôtel-de-Ville confesser leurs crimes et monteront sur un échafaud pour y être brûlés vifs». — Le roi convoque-t-il l’Assemblée des Notables, immédiatement les placards annoncent que «la nouvelle troupe de comédiens, levée par le sieur de Calonne (premier ministre), commencera les représentations le 29 de ce mois et donnera un ballet allégorique intitulé Le Tonneau des Danaïdes. Ou bien, devenant de plus en plus méchant, le placard pénètre jusque dans la loge de la reine, en lui annonçant que les tyrans vont bientôt être exécutés.

Mais c’est surtout contre les accapareurs de blé, contre les fermiers généraux, les intendants, que l’on fait usage des placards. Chaque fois qu’il y a effervescence dans le peuple, les placards annoncent la Saint-Barthélémy des intendants et des fermiers généraux. Tel marchand de blé, tel fabricant, tel intendant sont-ils détestés du peuple — les placards les condamnent à mort «au nom du Conseil du peuple», etc., et plus tard, lorsque l’occasion se présentera de faire une émeute, c’est contre ces exploiteurs, dont les noms ont été si souvent prononcés, que se portera la fureur populaire.
Si l’on pouvait seulement réunir tous les innombrables placards qui furent affichés pendant les dix, quinze années qui précédèrent la Révolution, on comprendrait quel rôle immense ce genre d’agitation a joué, pour préparer la secousse révolutionnaire. Jovial et railleur au début, de plus en plus menaçant à mesure que l’on approche du dénouement, il est toujours alerte, toujours prêt à répondre à chaque fait de la politique courante et aux dispositions d’esprit des masses ; il excite la colère, le mépris, il nomme les vrais ennemis du peuple, il réveille au sein des paysans, des ouvriers et de la bourgeoisie la haine contre leurs exploiteurs ; il annonce l’approche du jour de la libération et de la vengeance.

Pendre ou écarteler en effigie, c’était un usage très répandu au siècle passé. Aussi était-ce un des moyens d’agitation les plus populaires. Chaque fois qu’il y avait effervescence des esprits, il se formait des attroupements qui portaient une poupée, représentant l’ennemi du moment, et pendaient, brûlaient ou écartelaient cette poupée. — «Enfantillage !» diront les jeunes vieillards qui se croient si raisonnables. Eh bien, la pendaison de Réveillon pendant les élections de 1789, celle de Foulon et de Berthier, qui changèrent complètement le caractère de la Révolution qui s’annonçait, — n’ont été que l’exécution réelle de ce qui avait été préparé de longue date, par l’exécution des poupées de paille.
Voici quelques exemples sur mille.

Le peuple de Paris n’aimait pas Maupéou, un des ministres bien chers à Louis XVI. Eh bien, on s’attroupe un jour ; des voix crient dans la foule : «Arrêt du Parlement qui condamne le sieur Maupéou, chancelier de France, a être brûlé vif et les cendres jetées au vent ! » Après quoi, en effet, la foule marche vers la statue de Henri IV avec une poupée du chancelier, revêtue de tous ses insignes, et la poupée est brûlée aux acclamations de la foule. Un autre jour, on accroche à la lanterne la poupée de l’abbé Terray en costume ecclésiastique et en gants blancs. A Rouen, on écartèle en effigie le même Maupéou ; et lorsque la gendarmerie empêche un attroupement de se former, on se borne à pendre par les pieds un simulacre de l’accapareur, du blé s’échappant en pluie du nez, de la bouche et des oreilles.

Toute une propagande dans cette poupée ! et une propagande bien autrement efficace que la propagande abstraite, qui ne parle qu’au petit nombre des convaincus.
L’essentiel, c’était que le peuple s’habituât à descendre dans la rue, à manifester ses opinions sur la place publique, qu’il s’habituât à braver la police, la troupe, la cavalerie. C’est pourquoi les révolutionnaires de l’époque ne négligèrent rien pour attirer la foule dans les rues, pour provoquer ces attroupements.

Chaque circonstance de la vie publique à Paris et dans les provinces était utilisée de cette manière. L’opinion publique a-t-elle obtenu du roi le renvoi d’un ministre détesté, ce sont des réjouissances, des illuminations à n’en plus finir. Pour attirer le monde, on brûle des pétards, on lance des fusées «en telle quantité qu’à certains endroits on marchait sur le carton». Et si l’argent manque pour en acheter, on arrête les passants bien mis et on leur demande,  — «poliment mais avec fermeté», disent les contemporains, — quelques sous «pour divertir le peuple». Puis, lorsque la masse est bien compacte, des orateurs prennent la parole pour expliquer et commenter les évènements, et des clubs s’organisent en plein air. Et, si la cavalerie ou la troupe arrivent pour disperser la foule, elles hésitent à employer la violence contre des hommes et des femmes paisibles, tandis que les fusées qui éclatent devant les chevaux et les fantassins, aux acclamations et aux rires du public, arrêtent la fougue des soldats.
Dans les villes de province, ce sont quelquefois des ramoneurs qui s’en vont dans les rues, en parodiant le lit de justice du roi ; et tous éclatent de rire en voyant l’homme à la face barbouillée qui représente le roi ou sa femme. Des acrobates, des jongleurs réunissent sur la place des milliers de spectateurs, tout en décochant, au milieu de récits drôlatiques, leurs flèches à l’adresse des puissants et des riches. Un attroupement se forme, les propos deviennent de plus en plus menaçants, et alors, gare à l’aristocrate dont la voiture ferait apparition sur le lieu de la scène : il sera certainement malmené par la foule.

Que l’esprit travaille seulement dans cette voie, — que d’occasions les hommes intelligents ne trouveront-ils pas pour provoquer des attroupements, composés d’abord de rieurs, puis d’hommes prêts à agir lors d’un moment d’effervescence.

Tout cela étant donné : d’une part, la situation révolutionnaire, le mécontentement général, et d’autre part, les placards, les pamphlets, les chansons, les exécutions en effigie, tout cela enhardissait la population et bientôt les attroupements devinrent de plus en plus menaçants. Aujourd’hui, c’est l’archevêque de Paris qui est assailli dans un carrefour ; demain, c’est un duc ou un comte qui a failli être jeté à l’eau ;  un autre jour, la foule s’est amusée à huer sur leur passage les membres du gouvernement, etc. ; les faits de révolte varient à l’infini, en attendant le jour où il suffira d’une étincelle pour que l’attroupement se transforme en émeute, et l’émeute en Révolution.
— « C’est la lie du peuple, ce sont les scélérats, les fainéants qui se sont ameutés», — disent aujourd’hui nos historiens prudhommesques. — Eh bien, oui, en effet, ce n’est pas parmi la gent aisée que les révolutionnaires cherchent des alliés. Puisque celle-ci se bornait à récriminer dans les salons, c’est bien dans les caboulots mal famés de la banlieue qu’ils allaient chercher des camarades, armés de gourdins, lorsqu’il s’agissait de huer Monseigneur l’archevêque de Paris, — n’en déplaise aux Prudhommes qui sont trop bien gantés pour se compromettre en de pareilles entreprises.
Si l’action s’était bornée à attaquer les hommes et les institutions du gouvernement, la grande Révolution eût-elle jamais été ce qu’elle fût en réalité, c’est-à-dire un soulèvement général de la masse populaire, paysans et ouvriers, contre les classes privilégiées ? La Révolution eût-elle duré quatre ans ? eût-elle remué la France jusqu’aux entrailles ? eût-elle trouvé ce souffle invincible qui lui a donné la force de résister aux «rois conjurés» ?

Certainement non ! Que les historiens chantent tant qu’ils voudront les gloires des «messieurs du Tiers», de la Constituante ou de la Convention, — nous savons ce qu’il en est. Nous savons que la Révolution n’eût abouti qu’à une limitation microscopiquement constitutionnelle du pouvoir royal, sans toucher au régime féodal, si la France paysanne ne se fût soulevée et n’eût maintenu,  — quatre années durant, l’anarchie, — l’action révolutionnaire spontanée des groupes et des individus, affranchis de toute tutelle gouvernementale. Nous savons que le paysan serait resté la bête de somme du seigneur, si la jacquerie n’eût sévi depuis 1788 jusqu’à 1793 — jusqu’à l’époque où la Convention fut forcée de consacrer par une loi, ce que les paysans venaient d’accomplir en fait : l’abolition sans rachat de toutes les redevances féodales et la restitution aux Communes des biens qui leur avaient été jadis volés par les riches sous l’ancien régime. En attendre des Assemblées, si les va-nu-pieds et les sans-culottes n’avaient jeté dans la bascule parlementaire le poids de leurs gourdins et de leurs piques, eût été une duperie.

Mais ce n’est ni l’agitation dirigée contre les ministres, ni par l’affichage dans Paris des placards dirigés contre la reine, que le soulèvement des petits villages pouvait être préparé. Ce soulèvement fut certainement le résultat de la situation générale du pays, mais il fut préparé aussi par l’agitation faite au sein du peuple et dirigée contre ses ennemis immédiats : le seigneur, le prêtre-propriétaire, l’accapareur de blé, le gros bourgeois.

Ce genre d’agitation est bien moins connu que le précédent. L’histoire de France est faite, celle du village n’a jamais été commencée sérieusement : et cependant, c’est cette agitation qui a préparé la Jacquerie, sans laquelle la Révolution eût été impossible.

Le pamphlet, le libelle ne pénétrait pas dans le village : le paysan à cette époque ne lisait presque pas. Eh bien, c’est par l’image imprimée, souvent barbouillée à la main, simple et compréhensible, que se faisait la propagande. Quelques mots tracés à côté, et tout un roman se forgeait avec ces estampes secrètes et ces enluminures populaires concernant le roi, la reine, le comte d’Artopis, Madame de Lamballe, le pacte de famine, les seigneurs, «vampires suçant le sang du peuple» ; il courait les villages et préparait les esprits. Là, c’était un placard fait à la main, affiché sur un arbre, qui excitait à la révolte, promettant l’approche des temps meilleurs et racontant les émeutes qui avaient éclaté dans d’autres provinces, à l’autre bout de la France.

Sous le nom des «Jacques», il se constituait des groupes secrets dans les villages, soit pour mettre le feu à la grange du seigneur, soit pour détruire ses récoltes, ou son gibier, soit pour l’exécuter ; et, que de fois ne trouvait-on pas dans le château un cadavre percé d’un couteau, qui portait cette inscription : De la part des Jacques ! Un lourd équipage descendait le long d’une côte ravinée, amenant le seigneur dans son domaine. Mais deux passants, aidés du postillon, le garottaient et le roulaient au fond du ravin, et dans sa poche on trouvait un papier disant : De la part des Jacques ! Ou bien, un jour, au croisement de deux routes, on apercevait une potence portant cette inscription : Si le seigneur ose percevoir les redevances, il sera pendu à cette potence. Quiconque osera les payer au seigneur, aura le même sort ! et le paysan ne payait plus, à moins d’y être contraint par la maréchaussée, heureux, au fond, d’avoir trouvé un prétexte pour ne rien payer. Il sentait qu’il y avait une force occulte qui le soutenait, il s’habituait à l’idée de ne rien payer, de se révolter contre le seigneur, et bientôt, en effet, il ne payait plus et il arrachait au seigneur, par la menace, la renonciation à toutes les redevances.
Continuellement, on voyait dans les villages des placards annonçant que désormais, il n’y aura plus de redevances à payer ; qu’il faut brûler les châteaux et les terriers (cahiers de redevances), que le Conseil du Peuple vient de lancer un arrêt dans ce sens, etc., etc. — «Du Pain ! Plus de redevances ni de taxes !» voilà le mot d’ordre que l’on faisait courir dans les campagnes. Mot d’ordre compréhensibles pour tous, allant droit au coeur de la mère, dont les enfants n’avaient pas mangé depuis trois jours, allant droit au cerveau du paysan harcelé par la maréchaussée, qui lui arrachait les arriérés des taxes. — «A bas l’accapareur !» — et ses magasins étaient forcés, ses convois de blé arrêtés, et l’émeute se déchaînait en province. — «A bas l’octroi !» et les barrières étaient brûlées, les commis assommés, et les villes, manquant d’argent, se révoltaient à leur tour contre le pouvoir central qui leur en demandait. — «Au feu les registres d’impôts, les livres de comptes, les archives des municipalités ! » et la paperasse brûlait en juillet 1789, le pouvoir se désorganisait, les seigneurs émigraient, et la Révolution étendait toujours davantage son cercle de feu.

Tout ce qui se jouait sur la grande scène de Paris n’était qu’un reflet de ce qui se passait en province, de la Révolution qui, pendant quatre ans, gronda dans chaque ville, dans chaque hameau, et dans laquelle le peuple s’intéressa bien moins aux menées de la cour qu’à ses ennemis les plus proches : aux exploiteurs, aux sangsues de l’endroit.

Résumons. — La Révolution de 1788-1793, qui nous présente sur une grande échelle la désorganisation de l’Etat PAR la Révolution populaire (éminemment économique, comme toute Révolution vraiment populaire), — nous sert ainsi d’enseignement précieux.
Bien avant 1789, la France présentait déjà une situation révolutionnaire. Mais l’esprit de révolte n’avait pas encore suffisamment mûri pour que la Révolution éclatât. C’est donc sur le développement de cet esprit d’insubordination, d’audace, de haine contre l’ordre social, que se dirigèrent les efforts des révolutionnaires. Tandis que les révolutionnaires de la bourgeoisie dirigeaient leurs attaques contre le gouvernement, les révolutionnaires populaires, — ceux dont l’histoire ne nous a même pas conservé les noms,  — les hommes du peuple préparaient leur soulèvement, leur Révolution, par des actes de révolte dirigés contre les seigneurs, les agents du fisc et les exploiteurs de tout acabit.

En 1788, lorsque l’approche de la Révolution s’annonça par des émeutes sérieuses de la masse du peuple, la royauté et la bourgeoisie cherchèrent à la maîtriser par quelques concessions ; mais, pouvait-on apaiser la vague populaire par les Etats Généraux, par le simulacre de concessions jésuitiques du 4 août, ou par les actes misérables de la Législative ? — On apaise ainsi une émeute politique, mais avec si peu de choses on n’a pas raison d’une révolte populaire. Et la vague montait toujours. Mais en s’attaquant à la propriété, en même temps elle désorganisait l’Etat. Elle rendait tout gouvernement absolument impossible, et la révolte du peuple, dirigée contre les seigneurs et les riches en général, a finit, comme on le sait, au bout de quatre ans, par balayer la royauté et l’absolutisme.

Cette marche, c’est la marche de toutes les grandes Révolutions. Ce sera le développement et la marche de la prochaine Révolution, si elle doit être,  —  comme nous en sommes persuadés, — non un simple changement de gouvernement, mais une vraie Révolution populaire, un cataclysme qui transformera de fond en comble le régime de la propriété


Source : http://resistance71.wordpress.com/

dimanche 28 juillet 2013

Fable pour les temps modernes

 

Les Pauvres, les Bourgeois et les Silencieux - et ce que nous pouvons faire.

Une erreur s’est glissée dans cette photo - saurez-vous la reconnaître ?
 
Je connais mon facteur depuis plus de 20 ans. Consciencieux et de caractère affable, il est l’incarnation du service public dans ce qu’il a de meilleur. L’autre jour, je lui ai demandé, « pourquoi vous tenez-vous devant chaque porte comme un soldat à la parade ? »
« Nouveau système », me répondit-il. « Je ne dois plus simplement glisser les lettres dans la fente de la porte, mais je dois approcher chaque porte d’une certaine façon et glisser les lettres d’une certaine manière. »
 
« Pouquoi ? »
« Demandez-lui. »
 
De l’autre côté de la rue se tenait un jeune homme aux airs sérieux, un écritoire à la main, dont le travail consiste à surveiller les facteurs et vérifier s’ils respectent les nouvelles règles, sans doute en prévision d’une prochaine privatisation. J’ai dit à ce garde-chiourme que mon facteur était formidable. Son visage est resté de marbre, sauf pendant un bref moment d’incompréhension.
 
Dans « Retour au meilleur des mondes », Aldous Huxley décrit une nouvelle classe conditionnée à une normalité qui n’est pas normale « parce qu’ils sont tellement bien adaptés à leur mode d’existence, parce que leur voix humaine a été réduite au silence dés leur plus jeune age, ils ne luttent plus, ne souffrent plus et ne développent même pas de symptômes comme le ferait un névrosé. ».
 
La Surveillance dans cet Age de Régression, c’est normal – comme l’a révélé Edward Snowden. La restriction des libertés, c’est normal. La dissidence publique est désormais contrôlée par la police, dont les actes d’intimidation sont normaux.
 
La souillure de mots nobles tels que « démocratie », « réforme », « protection sociale » et « service public », c’est normal. Des premiers ministres qui mentent ouvertement sur les lobbies et les objectifs de guerre, c’est normal. Exporter £4 milliards d’armes britanniques, dont des munitions anti-émeutes, à l’état médiéval de l’Arabie Saoudite, où l’apostasie [l’acte de renier publiquement sa foi – NdT] est un crime punissable de la peine de mort, c’est normal.
 
La destruction volontaire d’institutions efficaces et populaires telles que la Poste, c’est normal. Un facteur n’est plus un facteur, qui fait un travail respectable ; il est devenu un automate qu’il faut surveiller, une case à cocher. Huxley a décrit cette régression comme de la folie et notre « adaptation parfaite à cette société anormale » comme un signe de folie.
 
Sommes-nous « parfaitement adaptés » à ça ? Non, pas encore. Il y des gens qui s’opposent à la fermeture d’hôpitaux, UK Uncut (organisation britannique opposée aux restrictions budgétaires – NdT) force des agences bancaires à fermer et six femmes courageuses ont escaladé le plus haut immeuble d’Europe pour protester contres les ravages provoqués par les compagnies pétrolières dans l’Arctique. A part ça, il n’y a pas grand chose.
 
Au festival de Manchester cette année, la pièce historique de Percy Bysshe Shelley, Masque of Anarchy – la totalité de ses 91 vers ont été rédigés sous l’emprise de la rage devant le massacre de la population de Lancashire qui manifestait contre la misère en 1819 – est une pièce de théâtre acclamée, et totalement déconnectée du monde extérieur. En janvier dernier, la Commission sur la Pauvreté de la communauté urbaine de Manchestet a révélé que 600.000 habitants de la ville vivaient dans des conditions de « pauvreté extrême » et que 1,6 millions, soit près de la moitié de la population, étaient en train de « s’enfoncer vers une plus grande pauvreté ».
 
La pauvreté a été embourgeoisée. Le Parkhill Estate à Sheffield était jadis un ensemble d’habitations sociales – peu apprécié pour la brutalité de son style Le Corbusier, le manque d’entretien et de services. Après le nouveau plan urbain, il été rénové et privatisé. Deux tiers des anciens appartements ont été rénovés en appartements modernes vendus aux « professionnels », dont des décorateurs, des architectes et un historien. Au bureau de vente on peut acheter des tasses et des coussins "design". La façade ne donne aucun indice qu’à Sheffield, dévastée par les mesures « d’austérité » du gouvernement, la liste d’attente pour des appartements sociaux est de 60.000 personnes.
 
Parkhill est un symbole de la société des deux tiers que la Grande Bretagne est devenue. Le tiers embourgeoisé qui s’en sort bien, certains très bien même. Un autre tiers qui lutte pour s’en sortir en s’endettant. Le reste s’enfonce dans la misère.
 
Bien que la majorité des Britanniques appartiennent à la classe ouvrière – qu’ils se considèrent comme tels ou pas – c’est une minorité bourgeoise qui domine au parlement, à la tête des entreprises et dans les médias. David Cameron, Nick et Ed Milliband sont leurs véritables représentants, avec quelques différences mineures d’ordre purement technique entre leurs partis. Ils fixent les limites de la vie politique et du débat, aidés par un journalisme bourgeois et l’industrie de « l’identité ». Le plus grand transfert de richesses vers le haut jamais accompli est un fait acquis. La justice sociale a été remplacée par le terme creux de « équité ».
 
Tout en faisant la promotion de cette normalité, la BBC récompense un haut fonctionnaire pour près de £1 million. Bien qu’elle se considère comme l’équivalent médiatique de l’Eglise d’Angleterre, la BBC a maintenant une éthique comparable à celle des sociétés de « sécurité » comme GS4 et Serco qui, dit le gouvernement, ont « surfacturé » les administrations à hauteur de dizaines de millions de livres sterling. Dans d’autres pays, ça s’appelle de la corruption.
 
Comme pour le bradage de l’électricité, de l’eau et des chemins de fer, celui de la Poste se fera à coups de pots de vin et avec la collaboration des dirigeants syndicaux, sans considération pour les protestations. Dans les premières scènes de son documentaire « Questions of Leadership » de 1983, Ken Loach montre des dirigeants syndicaux en train de haranguer les masses. On voit ensuite les mêmes, plus vieux et avec un embonpoint, portant l’hermine de la Chambre des Lords. Au cours des récentes commémorations de l’anniversaire de la Reine, on a vu le secrétaire général du TUC (principal syndicat « travailliste » - NdT) Brendan Barber, se faire anoblir.
 
Pendant combien de temps les Britanniques vont-ils assister aux soulèvements à travers le monde et ne pas faire grand chose à part porter le deuil du regretté Parti Travailliste ? Les révélations d’Edward Snowden montrent l’émergence en Europe d’une infrastructure d’état policier, particulièrement en Grande-Bretagne. Pourtant, les gens n’ont jamais été aussi conscients ; et les gouvernements ont peur de la résistance populaire – raison pour laquelle les lanceurs d’alerte sont isolés, calomniés et réprimés.
 
Le changement décisif démarre presque toujours avec le courage de gens qui décident de reprendre le contrôle de leurs destins malgré l’adversité. Il n’y a pas d’autre voie pour s’en sortir. L’Action directe. La désobéissance civile. C’est infaillible. Lisez Percy Shelly - « Vous êtes nombreux ; ils sont peu ». Et passez à l’action.

John Pilger


http://johnpilger.com/articles/how-we-are-impoverished-gentrified-and-...
Traduction « j’suis bien placé pour dire qu’on passe trop temps devant nos écrans » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles
 
Source :

samedi 27 juillet 2013

"Les parfums amers des révolutions"

Egypte : Coup d’Etat, Acte II

 
mardi,  9 juillet 2013

 




 
Depuis près de deux ans, on me questionnait sur les raisons de mon refus de me rendre en Egypte dont j’ai été banni depuis 18 ans. Je répétais inlassablement que les informations croisées qui étaient en ma possession (et que me confirmaient même des officiels suisses et européens) mettaient en évidence le fait que l’Armée égyptienne contrôlait la situation et n’avait, dans les faits, jamais disparu de la scène politique.
 
Je n’ai jamais partagé l’euphorie « révolutionnaire » générale, ni cru que ce qui advenait en Egypte, ni même en Tunisie, était le fruit d’un bouleversement historique soudain. Les peuples étaient maltraités - subissaient la dictature et la crise sociale – et ils se sont soulevés pour la dignité, la justice sociale et la liberté. Il faut saluer ce réveil, cette « révolution intellectuelle », et le courage des peuples. Cela ne peut néanmoins être accompagné, ou justifié, par une lecture naïve et simpliste des faits et des données des enjeux politiques, géostratégiques et économiques. Il y a près de trois ans, dans un livre puis une série d’articles, j’alertais mes lecteurs sur un certain nombre de faits troublants et de considérations géostratégiques et économiques très souvent absents des analyses politiques et médiatiques, lesquels apportaient quelques nuances à l’euphorie accompagnant le « printemps arabe ».
 
L’armée égyptienne n’est pas revenue dans le jeu politique, elle ne l’a jamais quitté. La chute de Moubarak fut un premier « coup d’Etat » militaire interne qui a permis à une nouvelle génération de militaires de se positionner de nouvelle façon sur l’échiquier politique, derrière l’écran d’un gouvernement civil. Dans un article du 29 juin 2012, je rappelais les propos du Commandement armé affirmant que les élections présidentielles étaient temporaires, pour une période de 6 mois à un an (le titre de l’article explicitait la prémonition : « Une élection pour rien ? »). L’Administration américaine a suivi l’ensemble du processus : l’allié objectif de l’Administration US en Egypte est clairement l’Armée et ce depuis plus de cinquante ans, et non pas les Frères Musulmans. Les révélations se multiplient désormais (International Herald Tribune du 5 juillet, Le Monde du 6 juillet 2013) : la décision de renverser Muhammad Morsi a été prise bien avant le 30 juin et une conversation entre le Président Morsi et le Général al-Sissi révèle que ce dernier avait planifié le renversement et l’emprisonnement du Président Morsi des semaines avant le soulèvement populaire qui allait justifier le coup d’Etat militaire « au nom de la volonté du peuple ». Tiens donc : orchestrer des manifestations de plusieurs millions d’individus pour faire croire que l’Armée se soucie essentiellement du peuple ! Coup d’Etat, acte second.
 
Comment analyser la réaction immédiate de l’Administration américaine qui justement ne parle pas de « Coup d’Etat » (si elle le reconnaissait, elle ne pourrait soutenir financièrement le nouveau régime) ? Etrange situation d’une Administration qui, soi-disant surprise, dit exactement ce qu’il faut pour se donner les moyens politiques, économiques et légaux de soutenir les protagonistes du renversement. Les Administrations européennes vont leur emboiter le pas : l’Armée aurait simplement suivi le peuple et répondu, « démocratiquement », à son appel. La belle affaire ! Les coupures d’électricité que subissait le peuple depuis des mois, les pénuries d’essence et de gaz cessent étonnamment après la destitution. Tout se passe comme si on avait voulu priver le peuple des biens de première nécessité pour le pousser à se mobiliser. Amnesty International a même relevé l’étrange attitude des forces de l’ordre égyptiennes qui n’intervenaient pas dans certaines manifestations (alors qu’elles étaient à proximité et observaient les faits) et laissaient la violence empirer, comme à dessein. L’Armée va ensuite accompagner son intervention d’une opération de communication de grande envergure : c’est elle qui transmet aux agences de presse internationales les images prises de ses hélicoptères, montrant la population égyptienne criant et célébrant son rôle salvateur, comme nous en informe, entre autres, Le Monde.
 
Nous serions donc dans la poursuite du « printemps arabe » et de la « révolution » égyptienne… accompagnée et protégée par l’armée du Général Abdul Fatah Al-Sissi. Formé par l’Armée américaine, celui-ci n’a jamais cessé d’être en lien avec l’Administration US. Le International Herald Tribune (6 - 7 juillet 2013) nous révèle d’ailleurs que celui-ci est bien connu des Américains mais également du gouvernement israélien avec lequel lui et son cabinet, nous dit-on, continuaient « de communiquer et de coordonner » leurs actions alors même que Morsi était en charge de la présidence. Al-Sissi travaillait auparavant dans les Services de renseignement militaire au Nord du Sinaï et était le contact des deux Administrations américaine et israélienne. Les Israéliens, comme les Américains, ne pouvaient voir que d’un bon œil le déroulement des événements en Egypte. Voire davantage donc.
Ce qui surprend, a posteriori, c’est la naïveté, le manque d’expérience et la nature des erreurs de Muhammad Morsi, de ses alliés et de l’organisation des Frères Musulmans. Depuis 3 ans, je n’ai eu de cesse de faire la critique de la pensée, de l’action et de la stratégie du parti « Justice et Liberté » autant que des leaders des Frères Musulmans (par ailleurs depuis 25 ans, mes analyses et commentaires, en tant qu’observateur, ont été, et demeurent, sévères). En sus, le piège paraissait si évident et l’ensemble de mes écrits (livre et articles de mars à décembre 2012) relevait ces graves manquements. On ne peut reprocher au Président Morsi de ne pas avoir essayé d’établir des relations avec l’opposition et de les inviter soit au Gouvernement soit à un large dialogue national : ses initiatives ont toutes été rejetées et l’opposition n’a eu de cesse de s’opposer à toutes ses initiatives. Il demeure que la critique de sa gestion des affaires de l’Etat, de sa relation exclusiviste avec la direction de l’organisation des Frères Musulmans, de sa surdité envers le peuple et certains de ses conseillers, que ses décisions intempestives (dont il a admis que certaines étaient des erreurs après coup) doivent faire l’objet d’une critique sans concession. Plus fondamentalement, c’est l’absence de vision politique et de gestion des priorités quant à la politique économique, à la lutte contre la corruption et la pauvreté, à la gestion des affaires sociales et éducatives, qui fut le plus grave manquement. Les exigences du Fonds Monétaire International (et les atermoiements de ce dernier de la même façon) mettaient le pouvoir dans une situation intenable : le gouvernement de Morsi pariait naïvement sur un soutien de cette institution. Ce n’est pourtant qu’aujourd’hui, une fois le Président Morsi parti, que le FMI semble vouloir débloquer la situation (seulement trois jours après la chute du gouvernement démocratiquement élu).
 
On reste effectivement atterré par la naïveté du Président, de son gouvernement et des Frères Musulmans. Après plus de soixante ans d’opposition et de répression de l’Armée à l’encontre des membres de la Confrérie (avec la bénédiction directe et indirecte de l’Administration US et de l’Occident), comment ceux-ci ont-ils pu penser que ceux-là allaient soutenir leur accession au pouvoir, au nom de la démocratie ? N’ont-ils rien retenu de leur histoire, de l’Algérie et de la Palestine plus récemment ? J’ai été, et je demeure critique, quant au contenu (superficiel) du programme et à la stratégie politique discutable du Président Morsi et des Frères Musulmans (compromis avec l’Armée et l’Administration américaine, compromission sur le plan économique et jusqu’à la question palestinienne, etc.) mais c’est bien cette inconscience politique qui suscite la stupeur. Entendre le Président Morsi dire au Général al-Sissi, dix jours avant son renversement, qu’il pourrait, lui le Président, le révoquer (puisqu’il l’a nommé) et que les Américains ne « permettront pas ce coup d’Etat » est simplement sidérant, et simplement surréaliste.
 
D’aucuns furent également surpris de la position des salafis, notamment du parti an-Nur, qui a rejoint les militaires et se sont présentés dans le clans des « démocrates » anti-Morsi. Nous ne sommes pas loin d’une belle farce, et pourtant. Les agences de presse occidentales ont présenté les salafis « islamistes » comme les alliés des Frères Musulmans alors que dans les faits, ils ont été les vrais alliés des régimes des pays du Golfe, alliés régionaux des Américains. Il s’agissait de mettre à mal la crédibilité religieuse des Frères Musulmans et de les pousser à une surenchère. Au moment du renversement de Morsi, ils ne le trahissent pas mais révèlent leur stratégie et leur véritable alliance. Il n’est pas étonnant que les premiers pays à reconnaître le nouveau régime issu du coup d’Etat militaire soient les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et le Qatar dont les organisations finançaient, et financent encore, directement ou indirectement, les salafis égyptiens (comme tunisiens d’ailleurs). La lecture politique superficielle tendrait à faire croire que l’Arabie Saoudite ou le Qatar soutiennent les Frères Musulmans alors qu’ils sont essentiellement les garants d’une politique américaine dans la région : il s’agit de diviser les diverses tendances de l’islam politique et les pousser à des confrontations déstabilisant les différents pays de la région. Cette stratégie est double et fonctionne entre les organisations politiques sunnites comme par l’entretien de la fracture entre shiites et sunnites. Les Etats-Unis comme l’Europe n’ont aucun problème avec l’islam politique des salafis littéralistes des Etats du Golfe (avec leur refus de la démocratie, leur non respect des minorités, la discrimination des femmes, l’application d’un strict code pénal « islamique » qualifié de « shari’a ») : ils protègent leurs intérêts géostratégiques et économiques régionaux et leurs politiques répressives et rétrogrades s’appliquent surtout sur le plan intérieur dont l’Occident n’a cure.
 
Restera à préserver les apparences. Des millions d’Egyptiens ont soutenu la « deuxième révolution » et ont appelé l’armée qui s’est exécutée. Celle-ci va remettre le pouvoir aux civils : le chef de l’opposition, Mohammed El-Baradei, a joué un rôle central dans le processus et sa visibilité n’a eu de cesse d’augmenter. Il est en lien avec les jeunes ciber-dissidents et le mouvement du 6 avril depuis 2008 et des documents du Département d’Etat américain (que je cite précisément dans mon ouvrage) mettent en évidence ses relations avec l’Administration américaine. Sa visibilité s’est accrue selon une stratégie intelligente, et même s’il a refusé le poste de Premier Ministre (et annoncé qu’il ne se présenterait pas aux élections présidentielles - ce qui reste à vérifier), il est devenu un pion central de l’échiquier politique égyptien. Il a étonnamment – en démocrate – défendu et justifié les arrestations des Frères Musulmans, la fermeture de leurs télévisions et l’ensemble des mesures répressives à l’ encontre des citoyens pro-Morsi qui ne sont pas tous des Frères Musulmans (certains défendaient la légalité démocratique). Les semaines à venir révéleront encore davantage les différents scenarii envisagés pour faire accepter le caractère civil de cet Etat militaire : il faut rappeler que depuis des décennies l’Armée gère près de 40% du secteur économique et elle est le premier récipiendaire de la manne américaine annuelle de 1,5 milliard de dollars.
 
Le Président élu est tombé au gré d’un Coup d’Etat militaire. Il faut appeler les choses par leur nom. Le peuple, dans son désir légitime de vie et de survie, de justice et de dignité, a participé à une belle opération médiatico-militaire. La situation est grave et le silence des administrations occidentales est révélateur. Il n’y a pas de printemps arabe et les révolutions ont des parfums amers. Au demeurant, il est fréquent désormais, quand on ne partage pas les analyses consensuelles, ou l’effervescence populaire et médiatique, de se voir traiter de « conspirationniste » et de voir son analyse rejetée avant même d’avoir étudié les faits et les intérêts en présence. Ainsi donc à l’heure de la globalisation, des politiques de sécurité généralisées, des nouveaux moyens de communications, il n’y aurait plus de conspirations politiques, plus de stratégies malsaines et malveillantes, plus de mensonges politiques, plus de manipulations de l’information et des peuples ? « Conspirationniste », « complotiste » seraient les nouvelles insultes lancées à ceux qui pensent mal, et contre l’air du temps : des esprits un peu paranoïaques, qui prêteraient des pouvoirs occultes à des Etats (les Etats-Unis, les Etats européens, Israël, les dictatures africaines ou arabes, etc.) qui n’en auraient pas vraiment. On devrait donc oublier les manipulations et les conspirations caractérisées en Amérique du Sud ou en Afrique (de l’assassinat d’Allende à l’élimination de Sankara) ; négliger les mensonges de l’Irak aux massacres de Gaza (présentés comme de la légitime défense) ; omettre les alliances et soutiens occidentaux aux salafis littéralistes, et souvent rétrogrades, des pays du Golfe ; rester aveugles aux avantages qu’Israël tire de cette instabilité régionale et de ce dernier coup d’Etat en Egypte. Il faudrait même que nous restions naïfs et crédules en ne voyant pas que les Etats-Unis et l’Europe d’une part, et la Chine et la Russie d’autre part, se sont mis d’accord pour ne pas être d’accord en Syrie et qu’au fond la mort de 170 Syriens par jour ne vaut rien devant les intérêts stratégiques et économiques que ces puissance en tirent respectivement.
 
Il faut analyser les faits et cesser les simplifications dangereuses. Le contraire de la lecture simplificatrice des faits n’est pas la posture « conspirationniste » mais bien celle de l’intelligence qui veut convoquer l’histoire, les faits et l’analyse circonstanciée des intérêts en présence. L’interprétation proposée ici peut être erronée ou inexacte mais de nombreux faits concordants en ont confirmé la pertinence au gré des mois, et sous de nombreux aspects. De ceux qui la critiquent ou la contestent, il est attendu des analyses fondées sur des faits, des mises en perspective qui ne se contentent pas de dénigrements ou de slogans faciles. Quand on refuse d’appeler un coup d’Etat militaire « un coup d’Etat militaire » et qu’une majorité de medias font mine de n’en plus savoir la définition, il est l’heure de réveiller son sens critique.

Tariq Ramadan


 
 
Tariq Ramadan est Professeur d’Etudes islamiques contemporaines à l’université d’Oxford (Oriental Institute, St Antony’s College)et enseigne également à la Faculté de Théologie d’Oxford. Il est Professeur invité à la Faculté d’Etudes islamiques(Qatar), à l’Université Mundiapolis (Maroc), où il enseigne la philosophie, et à l’Université Perlis de Malaisie. Il est par ailleurs Senior Research Fellow à l’université de Doshisha (Kyoto, Japon), et directeur du Centre de Recherche sur la Législation Islamique et l’Ethique à Doha (Qatar).
Il possède une maîtrise en philosophie et littérature françaises, et un doctorat en islamologie arabe de l’Université de Genève. Il a suivi une formation intensive en études islamiques classiques avec des savants de l’Université Al Azhar du Caire, et obtenu 7 ijazat dans sept disciplines différentes. Il contribue par ses écrits et ses interventions au débat sur la question des musulmans d’Occident, ainsi qu’au renouveau du monde musulman. Expert consultant dans diverses commissions attachées au Parlement de Bruxelles. Il participe activement au travail associatif aussi bien qu’académique dans les domaines de la théologie, l’éthique, la justice sociale, l’écologie et le dialogue interreligieux. Il est également Président de l’organisation (groupe de réflexion et d’action) European Muslim Network (EMN) à Bruxelles.
Derniers livres parus en français : "Islam, la Réforme Radicale, Ethique et Libération", Presses du Châtelet, Septembre 2008, "L’Autre en Nous, Pour une philosophie du pluralisme", Presses du Châtelet, Avril 2009, "Mon Intime Conviction", Presses du Châtelet, Septembre 2009, « L’Islam et le Réveil arabe », Presses du Châtelet, Novembre 2011.
 


 
Source : Site de Tariq Ramadan