vendredi 31 mai 2013

Cuba hors des idées reçues

La Havane. 22 Mai 2013


Un regard sur le modèle cubain de bien-être

Dr. Patricia Arés Muzio



À plusieurs occasions, j’ai demandé à mes étudiants quelles seraient les principales raisons de dire qu’il fait bon vivre à Cuba. La majorité des réponses étaient liées à l’accès à la santé, à l’éducation et à la sécurité sociale, qui effectivement sont les piliers de notre modèle socialiste. Cependant, pour les personnes les plus jeunes, ces réalités sont tellement intégrées à leur vie quotidienne qu’elles en deviennent trop banales ou restent figées dans un discours qui, à force d’être répété, perd de son intérêt.

J’irais jusqu’à dire qu’il existe un modèle cubain de bien-être qui a été assimilé avec une telle familiarité acritique qu’il en est devenu invisible à nos yeux mais, paradoxalement, il est présent dans le discours de nombreux Cubains qui ne vivent plus dans notre pays – précisément qui ont perdu ce mode de vie – ou dans celle de visiteurs qui vivent d’autres réalités dans leur pays d’origine. À propos de la vie quotidienne à Cuba, ce sont des difficultés dont on parle le plus souvent, notamment celles à caractère économique, alors que l’on n’entend peu parler de nos avantages et de nos forces.

Les récits entendus en consultation m’ont amenée à réfléchir longuement sur notre socialisme, vu comme une culture et une civilisation alternative. Lorsque les psychologues et autres spécialistes, nous avions participé à la bataille pour le retour d’Elian Gonzalez, l’enfant cubain retenu aux États-Unis, cette question était revenue avec force. Récemment, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec plusieurs personnes âgées rapatriées, avec des enfants qui, sur décision de leurs parents, devaient aller vivre dans d’autres pays, ou avec des jeunes gens qui sont revenus d’Espagne après avoir été jetés à la rue parce qu’ils ne pouvaient pas payer leur loyer, si bien que je me suis de nouveau posée la question du modèle cubain de bien-être, à partir de leurs expériences vécues.

Je me souviens que lorsqu’Elian était aux États-Unis, lorsque son grand-père Juanito lui disait au téléphone qu’il était en train de lui fabriquer une carriole, le lendemain l’enfant apparaissait à la télévision avec une voiture électrique qui ressemblait à une vraie voiture, lorsque les grands-parents ou son père lui disaient qu’il manquait à son petit chien, le lendemain Elian apparaissait avec un chiot labrador qu’on lui avait offert, et lorsqu’on lui disait qu’on lui avait acheté un livre d’Elpidio Valdés, il apparaissait avec un costume de Batman. Pourtant, l’affection de sa famille, l’amour de tous ceux qui l’attendaient, la solidarité de ses camarades de classe, de ses instituteurs, ont été plus forts que toutes les choses matérielles du monde.

Je discutais récemment avec un homme âgé qui a pris la décision de ne pas retourner aux États-Unis après y avoir vécu 19 ans. Il me disait : « C’est vrai, docteure, là-bas ont vit très confortablement, mais ce n’est pas tout dans la vie. Là-bas, « tu n’es personne, tu n’existes pour personne ». Il me racontait qu’il restait de longues heures tout seul chez lui, en attendant le retour de ses enfants et de ses petits enfants, qu’il restait enfermé parce qu’il ne pouvait pas sortir, sous prétexte qu’il était vieux et qu’on ne lui permettait pas de conduire, et dans la journée le quartier où il vivait « ressemblait à une maquette » : on n’y voyait personne et personne n’avait de temps à perdre pour discuter un moment.

Lors d’une visite qu’il fit à son autre fille qui vit à Cuba, il décida de ne pas repartir. Il me racontait qu’il fait de la gymnastique au parc, qu’il joue aux dominos l’après-midi, qu’il surveille les devoirs de son petit-fils et de deux de ses copains, qu’il a retrouvé quelques amis de la « vieille garde » et qu’avec les quelques sous qu’on lui envoie et l’aide de sa famille ici, il a largement pour couvrir ses frais.


Il me dit textuellement ceci : « Certains me disaient que j’allais revenir vers l’enfer, mais en réalité, docteure, je me sens au paradis. » Évidemment, son mode de vie aujourd’hui, ce n’est pas le paradis, mais il lui procure un bien-être supérieur.

Un jour, j’ai reçu en consultation l’enfant de deux diplomates, qui était venu en vacances et qui ne voulait pas repartir avec ses parents à l’ambassade où ils travaillaient. Il était « révolté », en pleine « grève » : il demandait à rester avec sa grand-mère, il ne voulait pas repartir, il n’aimait pas vivre là-bas. Quand j’ai demandé à ses parents de m’expliquer ce qu’il se passait, ils m’ont raconté que là-bas il devait vivre enfermé pour des raisons de sécurité ; il avait très peu de camarades de classe avec lesquels jouer après l’école, et ses cousins qu’il adorait, lui manquaient. « Dès qu’il revient ici, c’est comme si on lui rendait la liberté, me disaient les parents : il va au parc au coin de la rue avec les copains du quartier, il va se promener avec ses cousins, il joue au baseball et au foot en pleine rue, il passe ses journées entouré de ses grands-parents, de ses oncles et des voisins. » Au cours de l’entretien, l’enfant, m’a raconté que ses cousins lui disaient qu’il était stupide de vouloir rester à Cuba alors qu’il avait l’occasion de vivre dans un autre pays, et le garçon me disait : « Quand je suis ici, la pizza aux poivrons me manque beaucoup, mais je t’échange un million de pizzas pour rester vivre à Cuba tout de suite. »

Un jeune revenu d’Espagne me racontait qu’il avait perdu son travail et qu’évidemment il n’avait pas d’argent pour payer son loyer ; la propriétaire lui avait donné un délai de trois mois, mais comme il ne pouvait pas payer, elle l’avait jeté à la rue. Le plus triste dans ce cas, c’est que personne, pas même ses amis ne lui avaient tendu la main, car, disaient-ils, à cause de la crise chacun « devait se débrouiller comme il pouvait ». Il a dû revenir à Cuba car il n’avait qu’un seul choix : dormir dans le métro ou revenir chez ses parents. « Finalement, me disait-il, ceux qui sont prêts à t’accueillir, ce sont toujours les tiens ».

J’ai réfléchi à ces témoignages qui pourraient être bien utiles à tant des jeunes qui ne trouvent aucun avantage à vivre à Cuba, qui ne pensent qu’à une vie « de progrès » à l’étranger ou qui surestiment la vie ailleurs comme une vie de réussites et d’opportunités. Et je me demande : qu’avons-nous ici qui manque à d’autres lieux ? Qu’ont découvert l’enfant, la personne âgée et le jeune revenu d’Espagne, à partir de leurs expériences ailleurs, qu’est-ce que nous ne voyons pas ici ? Le modèle de vie que proposent les sociétés capitalistes contemporaines constitue-t-il réellement un modèle de bien-être aujourd’hui, même s’il est vendu par les médias comme « le rêve de la terre promise » ?

Parlons-nous aujourd’hui de bonne vie ou de bien vivre, de vie remplie ou de vie pleine ? Le développement économique et technologique est-il le seul moyen d’assurer le bien-être personnel et social ?

Je vais tenter de faire une synthèse, en partant de ces expériences professionnelles, dans lesquelles pourraient bien se trouver certaines des bases de notre modèle cubain de bien-être.


PAS DE SENTIMENT D’EXCLUSION, PAS D’« ANOMIE SOCIALE »

Il s’agit d’une question aux connotations spirituelles et éthiques profondes.

Quand on arrive dans un quartier à Cuba et qu’on cherche l’adresse de quelqu’un, on nous dit généralement : « Il habite dans cette maison ». Les Cubains, nous avons tous un nom et une biographie parce que nous avons tous des espaces d’appartenance (famille, école, communauté, lieu de travail) et de participation sociale. Nous avons tous assumé des responsabilités, assisté aux réunions dans le quartier, nous sommes allés à notre cabinet médical, nous votons dans le même bureau, nous achetons les produits « normés » au marché ou nous avons le même « mensajero » (coursier). Bien sûr, il nous arrive de dire : « Les mêmes têtes tous les jours ! », mais c’est justement là que réside un espace vital aux dimensions humanistes et solidaires immenses.

L’anomie sociale qui s’exprime, dans les paroles du grand-père par « tu n’existes pas », est tout le contraire de ce que nous vivons à Cuba. L’anomie sociale est le fait de vivre sans avoir de lieu, sans être reconnu ou remarqué, et il ne s’agit pas d’un lieu physique, mais d’un lieu symbolique, un lieu d’appartenance et de participation, un lieu qui donne sens à la vie. Vivre dans le « non-lieu », c’est se sentir isolé, dans une solitude existentielle, c’est se sentir étranger, et c’est un des problèmes du monde actuel. Même les lieux où cohabite aujourd’hui beaucoup de monde sont des « non-lieux » plutôt que des lieux de rencontre.

Il paraît incroyable que dans un métro bourré quotidiennement par des centaines de voyageurs, personne ne se parle et que les gens sont plus intéressés par leur téléphone portable, dans une sorte d’autisme technique, que par le contact de personne à personne. Les aéroports ou les supermarchés (cathédrales de la consommation) sont autant de « non-lieux » : beaucoup de monde autour de vous et absolument aucun contact. Si vous tombez, personne pour vous aider à vous relever, parce qu’en plus, il existe tellement de lois concernant les « droits citoyens » qui sont censées protéger les personnes d’un point de vue individualiste que personne n’osera vous toucher car il existe le risque d’être accusé de « harcèlement sexuel ». Le « non-contact » et l’indifférence sont réglementés.

Aujourd’hui, la réalité sociale dans d’autres pays fait que la société facilite plus l’exclusion que l’inclusion. À Cuba, même s’il existe des inégalités sociales comme conséquence des réalités économiques actuelles, notre projet politique vise à promouvoir l’inclusion sociale afin de supprimer la distance entre les genres, les couleurs de peau, les capacités physiques et l’orientation sexuelle. Le système social cubain, malgré les difficultés et les contradictions, tente de construire un monde dans lequel chacun a une place, et où la réciprocité humaine spontanée se construit à partir de ces conditions. Dans l’« autre géographie », sur la carte de la globalisation néolibérale, divisée en classe, les relations interpersonnelles sont détériorées par de multiples discriminations, si bien que les uns sont séparés des autres par des frontières invisibles, qui empêchent l’intégration et la participation.


LES DIFFÉRENTS ESPACES DE SOCIALISATION

Les espaces de socialisation tiennent une place importante dans la vie, à travers le réseau social qui est un soutien pour tout sujet car il est évident que c’est dans cet espace qu’une personne peut s’épanouir. Actuellement, les familles vivent isolées partout dans le monde, et plus le niveau de vie est élevé, plus le mode de vie cloîtré dans sa maison se développe.

Personne ne connaît son voisin, personne ne sait qui il est. Chez eux, les membres de la famille ont peu de moments en tête-à-tête, parce que l’invasion de la technologie est telle qu’un père peut être en train de « chatter » avec un collègue au Japon et ne pas avoir la moindre idée de ce que fait son fils dans la chambre d’à côté. Des études réalisées dans plusieurs pays ont révélé que le temps de conversation en tête-à-tête qu’un père consacre à ses enfants ne dépasse pas 15 minutes quotidiennes.

Le peu de temps consacré à la famille ou à d’autres espaces communautaires est une des grandes conséquences du modèle capitaliste hégémonique actuel. Pendant la semaine, la famille « n’existe plus » en tant que groupe : les horaires de travail extensifs, le pluri-emploi des parents qui doivent résoudre les exigences de plus en plus nombreuses de consommation font que les anciennes habitudes et les traditions familiales ont disparu de la vie quotidienne.

Selon des psychologues et des sociologues, la solitude de l’enfant et l’absence de relations pour la personne âgée sont la plus grande conséquence de cette réalité. De nombreux enfants de la classe moyenne ou de la classe moyenne supérieure reviennent de l’école sans qu’un adulte ne soit présent à la maison avant des heures avancées de la soirée ; certains sont gardés par une nourrice qui leur prépare les repas, mais qui ne saurait remplacer l’affection et l’attention des parents.

Les moyens technologiques apparaissent comme l’antidote de la solitude, mais sans aucune restriction de la part des adultes, au risque de produire une addiction aux jeux vidéo, d’augmenter la violence et de stimuler l’érotisation précoce. Aujourd’hui, il est rare que les enfants et les adolescents disposent de places publiques, de rues ou de parcs en plein air comme lieux de rencontre, car il n’y a pas de sécurité citoyenne. Les univers spatiaux-temporels du réseau urbain destinés à la jeunesse sont considérés comme des lieux menaçants et dangereux plutôt que comme des espaces de loisirs et de construction de liens sociaux. À Cuba, les parcs et les places restent des lieux de socialisation pour les différentes générations. La famille cubaine est liée par des réseaux sociaux d’échange, avec les voisins, avec les organisations, avec l’école, avec les parents, y compris pour les émigrés. Ce qui identifie le mode de vie des Cubains, ce sont les espaces de socialisation, un tissu social qui n’exclut personne et où tout le monde a un nom.

Je dirais que la cellule de base de la société cubaine, en dehors de la famille en tant que foyer, est constituée par un réseau social d’échange, familial ou de voisinage. Ce tissu social en réseau représente une des plus grandes forces invisibles du modèle cubain de bien-être. C’est là que réside la plus importante réussite de notre processus social : la solidarité sociale, la contention sociale et l’échange social permanent. Ce capital n’est perceptible que pour celui qui le perd et qui commence à vivre une réalité différente à l’étranger.

Malgré les difficultés économiques et les problèmes non résolus, la famille continue d’occuper une place privilégiée : une famille qui commence à vivre intensément à la sortie de l’école quand les enfants et les adolescents reprennent leur vie familiale et communautaire. La famille cubaine ne vit pas portes closes. On peut frapper à la porte d’un foyer cubain plusieurs fois dans la journée, que ce soit les agents de la fumigation contre les moustiques, les voisins, l’infirmière, les dirigeants du quartier, les vendeurs au porte à porte. Il faut sortir tous les jours pour aller au marché, aller chez les voisins chercher ses courses, jeter les ordures, aller à la pharmacie, chercher les enfants à l’école… La vie familiale est multi-générationnelle : toutes les générations interagissent, la majorité des personnes âgées ne vit pas en maison de retraite, leur véritable espace étant généralement dans la communauté.


LA SOLIDARITÉ SOCIALE À CONTRE-COURANT DE L’INDIVIDUALISME

Sur le plan international, le bien individuel est plus important que le bien social. Le modèle de développement économique place les personnes face au désir de vivre « mieux » (parfois aux dépens des autres) au dessus du vivre bien pour tous.

Aujourd’hui on a coutume de dire : « Je ne fais de mal à personne, que personne ne vienne fourrer son nez dans ma vie ; pour moi, ça va bien, c’est mon corps, c’est ma vie, c’est mon espace. » On privilégie ce qui va apporter le plus de bénéfices. Le « je » a remplacé le « nous ». Dans ce monde hégémonique, on qualifie positivement la conduite égoïste de « rationalité instrumentale » alors qu’en réalité cette rationalité dissimule une grande insensibilité sociale.

Dans notre pays, la solidarité sociale existe, même si aujourd’hui nous vivons une sorte de parallélisme entre nos comportements solidaires et l’insensibilité de certaines personnes. La socialisation du transport ou « botella » (auto-stop), par exemple, l’attitude des voisins, la famille, le partage des téléphones particuliers, les échanges d’uniformes scolaires, de certains médicaments, le prêt de sa maison comme salle de classe après le passage d’un ouragan qui a détruit l’école, sont des exemples de nos échanges solidaires.

Une jeune fille en internat à l’école Lénine me racontait que chaque semaine dans son groupe d’amies – comme dans tous les groupes – les élèves mettaient en commun tous les aliments qu’elles avaient apportés et les partageaient équitablement. Ainsi, elles mangeaient toutes la même chose, indépendamment que certaines pouvaient apporter plus de choses que d’autres. Pour elles, le plus important, c’était l’amitié et la fraternité.

LA CRÉATIVITÉ ET L’INTELLIGENCE COLLECTIVE

À Cuba, l’on peut discuter et avoir de nombreux échanges sociaux, et l’on peut aussi s’offrir le luxe d’avoir une bonne conversation avec beaucoup de gens. Nous savons tous quelque chose, nous pouvons tous donner une opinion ou avoir de bonnes idées. Nous avons une culture politique, une culture sportive et certains sont connaisseurs en art.

Nous avons un capital culturel accumulé qui fait partie de notre patrimoine social et du bien-être invisible. Nous sommes cultivés, et c’est le résultat des niveaux d’enseignement atteints. Les Cubains et les Cubaines, nous impressionnons par notre capacité à converser, à exposer des idées et des critères. Un de mes grands problèmes, en tant que psychologue clinicienne, lorsque je m’occupe de quelqu’un, c’est que les séances prennent beaucoup de temps, parce que nous sommes habitués à converser. Certains viennent avec une liste écrite pour ne rien oublier de ce qu’ils avaient à dire. Nous prenons notre temps et c’est un luxe à notre époque, alors que personne ne veut perdre son temps, et que partout dans le monde, on vit avec le syndrome de la vitesse.

Lorsque je me rends dans des pays latino-américains pour donner des cours, les étudiants présentent, dans leurs travaux sur la famille, une réalité familiale et sociale qui me laisse perplexe, à cause de la quantité de problèmes sociaux accumulés, non seulement dans les familles pauvres, mais aussi dans toutes les classes sociales.

Je me rends compte à travers ce que j’entends que nous sommes à des siècles de distance, parce que leurs problèmes ne sont pas d’ordre économique mais ils sont plutôt liées à l’ignorance, la pauvreté mentale accumulée, les stigmates sociaux, les préjugés de classe, de genre, de race, la violence contre les femmes, les solutions magiques sans fondement scientifique à des problèmes, l’abus sexuel des enfants, la polygamie, les tares génétiques dues à une sexualité irresponsable. Ce sont des problèmes quotidiens qui sont associés au chômage, à l’absence de programmes sociaux de prévention. Ce qui pour nous est l’exception est pour eux le quotidien.

En tant que professeur, je sens que notre population est cultivée et développée, et nous le vivons sans même nous en rendre compte. Même si notre quotidien semble être insignifiant, il reste la grande toile de fond de l’Histoire.

Certains jeunes émigrés se rendent compte souvent de cette réalité sociale si différente lorsqu’ils y sont confrontés.


COMMENT RENFORCER NOTRE MODÈLE DE BIEN- ÊTRE ?


Le nouveau modèle économique a, entre autres objectifs, l’augmentation de la productivité. Il a pour but le renforcement de notre modèle de bien-être qui représente une alternative à l’anti-modèle dominant, une conception que partage également l’ensemble des peuples indigènes du continent et du monde, et qui tire ses racines d’une longue tradition dans les différentes manifestations religieuses.

Pour tous ces projets de société, y compris le cubain, l’objectif de développement n’est pas de posséder toujours davantage, mais d’ « être » davantage, ce n’est pas accumuler davantage de richesses, mais davantage d’humanité. Il propose de vivre bien et non pas de vivre mieux, ce qui implique solidarité, pratiques de réciprocité et volonté de parvenir à un équilibre avec l’environnement, et en même temps d’améliorer les conditions de vie de la population. Cependant, l’amélioration des conditions de vie ne pourrait à elle seule résoudre les problèmes sociaux qui se sont accumulés.

La dimension économique ne saurait être isolée des dimensions sociales, culturelles, historiques et politiques qui donnent au développement un caractère intégral et interdisciplinaire, permettant de récupérer le sens du bien-être et du bien vivre comme objectif fondamental.

Il n’y a pas besoin d’être un scientifique social pour se rendre compte que, à la marge des conditions de vie, nombreuses sont les personnes et les familles qui bien plus que dans la pauvreté matérielle se sont installées dans la pauvreté spirituelle. Certaines d’entre elles souffrent de pauvreté spirituelle, ce qui s’exprime par des modes de vie éloignés de la plus élémentaire décence, loin des réalités de notre pays. Elles se montrent avides de biens matériels superflus, avec des aspirations contraires au bien-être collectif. Une culture de la banalité et de la frivolité propre au modèle hégémonique actuel.

L’accumulation de problèmes matériels, du fait de la profonde crise économique que nous avons traversée dans les années 90, a considérablement détérioré les valeurs sur le plan social.

Les valeurs ne sont pas seulement des principes, elles doivent se traduire dans nos comportements. Si nous contredisons les principes dans notre pratique, nous sommes en fait face à une crise des valeurs. Cuba n’est pas à l’abri des influences hégémoniques du monde unipolaire. Nous devons continuer à construire un modèle alternatif de bien-être, « contre vents et marées », malgré toutes les influences de la colonisation de la subjectivité, y compris, malgré l’effet modulaire de nos politiques sociales. Sur le marché, les valeurs ne comptent pas : seule compte la possibilité de consommer. Les non consommateurs se considèrent comme des êtres humains « non reconnus », exclus de tout type de reconnaissance sociale.

Le monde d’aujourd’hui est saturé d’informations, certaines intéressantes, d’autres médiocres et superficielles. Pour augmenter les ventes, les médias de l’actuel modèle hégémonique n’hésitent pas à faire l’éloge de la banalité. Nous sommes assaillis par les divertissements, les téléfilms, les séries et les films de violence qui ont un tel pouvoir de séduction incroyable qu’elles attrapent le téléspectateur, avec le risque d’être entraîné dans l’oisiveté et l’addiction (drogue, alcool, pornographie, argent facile, jeux de hasard, jeux vidéo).

Lorsque Ghandi, prix Nobel de la Paix, signalait les sept péchés capitaux de la société contemporaine, il faisait précisément allusion au contexte mondial dans lequel nous sommes immergés : la richesse sans travailler, le plaisir sans la conscience, la connaissance inutile, le commerce injuste, la science sans humilité, l’adoration sans le sacrifice et la politique sans principes.

La publicité et le marché associent généralement le bien-être au plaisir, à l’« avoir », au succès et au statut social.

Il est certain que le manque de culture favorise la tendance à penser que le bien-être réside dans l’ «avoir », à se laisser prendre par toutes sortes d’offres de consommation qui fleurissent comme de la mauvaise herbe, et à se laisser dominer par l’ignorance. L’éthique de l’être exige une formation morale, une éducation familiale, généralement une éducation d’une plus grande envergure. C’est là le pari que nous devons faire pour notre société.


ENCOURAGER LA SOLIDARITÉ SOCIALE


Avec l’augmentation du travail indépendant, la communauté représente l’espace de vie de nombreuses familles. Les liens entre la famille, la communauté, les organisations politiques et sociales et le travail se développent. Par ailleurs, les nouveaux espaces constituent une occasion parfaite pour renforcer la vie communautaire, en même temps que le travail au bénéfice du bien-être commun. Cuba peut faire la différence en ce qui concerne le sens de la solidarité et de la solidarité sociale.

Il est important de développer une culture solidaire et une responsabilité sociale pouvant servir d’antidote à la pénétration de la culture mercantile, de conserver une éthique solidaire afin de ne pas abandonner le projet collectif, même si le nom, – et pas l’idée du travail à son compte – suggère une certaine déconnexion sociale, qui ne représente pas notre éthique solidaire.


RENFORCER L’ESPACE COMMUNAUTAIRE


Aujourd’hui, la famille et la communauté ont gagné en importance à Cuba en temps qu’espaces de vie. Lorsqu’un visiteur observe notre mode de vie communautaire, il dit parfois qu’autrefois l’on vivait ainsi dans son pays, mais qu’il y a plus de 10 ans que l’on vit « portes fermées » et que les « maisons sont vides une grande partie de la journée ». Cela est dû en grande partie à l’apparition de nouvelles technologies, aux horaires de travail de plus en plus étendus, aux changements de lieu d’habitation et de travail répétés, et aux villes toujours plus grandes et plus peuplées.

La croissance exacerbée de l’individualisme rend de plus en plus difficile le fait de ressentir un sentiment communautaire. En effet, la communauté s’est réduite au simple noyau familial, et dans ces circonstances, il est très facile de tomber dans l’isolement qui entraîne la solitude et la dépression, créant un grand collapsus social, avec des résultats aussi inquiétants que l’augmentation de la violence, de l’abus de drogues et des maladies mentales.

Lorsque les personnes de tous âges, les groupes sociaux et culturels ont le sentiment d’appartenir à une communauté, elles ont tendance à être plus heureuses et sont en meilleure santé ; le réseau social devient plus fort, plus stable et plus solidaire. Une communauté forte apporte beaucoup d’avantages, aussi bien à l’individu qu’au groupe, en favorisant l’amélioration de la société. Nous avons un grand défi devant nous : que nos portes restent ouvertes, que nous ne perdions pas la sensibilité envers les autres, envers notre quartier et son environnement, que nous continuions à nous préoccuper du bien-être collectif.

Les diverses formes d’insertion à l’économie n’ont pas détérioré le tissu social existant. Nous ne sommes pas une société stratifiée en classes sociales, mais tissée en réseaux familiaux, de voisinage et sociaux, et nous maintenons une éthique solidaire.

L’important, c’est de trouver des solutions novatrices à de nombreux problèmes qui existent dans la communauté, conçue comme espace permettant d’apporter des solutions. Pour y parvenir, il faut une plus grande dynamique de la communauté dans sa capacité d’influer sur les problèmes locaux, en maintenant l’implication des citoyens dans la vie sociale, en prenant soin de nos espaces, de nos anciens, des enfants, des femmes, des personnes handicapées, et surtout il est important de maintenir la responsabilité sociale dans l’éducation des jeunes générations.

Compte tenu de tous ces éléments, nous avons la responsabilité sociale de préserver notre modèle cubain de bien-être, car notre pays dispose de conditions sans précédent pour marquer la différence. Nous devons continuer à résister à la colonisation culturelle et à la subjectivité, car le grand défi, c’est de proposer d’autres modèles d’être humain et de collectivité qui indiquent réellement les voies d’une véritable humanisation.


Source :  Granma International via Le Grand Soir

mardi 28 mai 2013

Alerte : la biodiversité des semences en péril

Règlement Européen sur les semences : La biodiversité mise sous contrôle pour ouvrir le marché aux brevets

 
 


Le Réseau Semences Paysannes est reconnu d'intérêt général.









Réseau Semences Paysannes
Biodiversité des semences et plants dans les fermes
3, avenue de la gare
47190 Aiguillon
Tel : 05 53 84 44 05
Fax : 05 53 84 69 48
Mail: contact@semencespaysannes.org
Site internet : www.semencespaysannes.org




À Aiguillon, le 7 mai 2013


Règlement Européen sur les semences :
La biodiversité mise sous contrôle pour ouvrir le marché aux brevets

La Commission Européenne a adopté lundi 6 mai trois nouveaux règlements sur les semences, la santé des plantes et les contrôles, désormais soumis au Parlement et au Conseil européens. Au prétexte de simplification, de défense de la biodiversité, et de protection de la santé des plantes, cette proposition place toutes les semences sous le contrôle direct des titres de propriété de l'industrie : Certificat d'Obtention Végétale et brevets.

Le Réseau Semences Paysannes dénonce cette agression violente contre le droit des agriculteurs, des jardiniers, des consommateurs et des générations futures d'accéder librement à l'immense biodiversité végétale généreusement offerte par le travail de centaines de générations de paysans.

Ce hold-up sur les semences est soigneusement caché sous des centaines de pages de jargon réglementaire. L’office communautaire qui délivre les titres de propriété industrielle sur les variétés (Certificat d'Obtention Végétale) sera directement chargé du catalogue qui conditionne l'accès au marché des semences ; le marché sera désormais ouvert aux variétés et aux plantes brevetées ; les industriels pourront organiser eux-mêmes le contrôle de leurs semences, mais aussi de celles que les agriculteurs prélèvent dans leurs propres récoltes, pendant que des contrôles bureaucratiques insensés interdiront de fait aux agriculteurs d'utiliser et d'échanger leurs propres semences et restreindront l'accès au marché des semences traditionnelles, locales et biologiques.

Cette bureaucratie et le coût des contrôles risquent de réserver aux seules variétés et semences brevetées l'ouverture du marché à la biodiversité que constituent les nouvelles « variétés hétérogènes » et de restreindre à la portion congrue les nouvelles variétés de niche dont les semences pourront être commercialisées sans enregistrement au catalogue.

Le Réseau Semences Paysannes appelle l'ensemble des citoyens à interpeller leur gouvernement et leurs élus européens pour qu'ils révisent en profondeur ces nouveaux règlements, pour qu'ils n'abandonnent pas à la Commission mais définissent eux-mêmes leurs modalités d'application, et pour qu'ils barrent la route au vol de toutes les semences par les brevets. Le respect des droits des agriculteurs et des jardiniers d'utiliser, d'échanger et de protéger leurs semences, et d'avoir accès sur le marché à toute la biodiversité des semences paysannes disponibles, est la première condition du droit à l'alimentation et de la souveraineté alimentaire.

Contacts : Guy Kastler 06 03 94 57 21 ou Patrick De Kochko 06 17 06 62 60

cf. annexe technique en page suivante.

Annexe « technique » : Première analyse synthétique de la proposition de
règlement sur les semences de la Commission Européenne :

1) Ce paquet better regulation est d'abord un immense cadeau à l'industrie

a - Renforcement du contrôle du marché par les droits de propriété industrielle

Les semences de variétés hétérogènes brevetées pourront désormais avoir accès au marché sur la base de décisions (acte délégué) de la commission européenne. La directive 98/44 interdit le brevetage des variétés. L'Office Européen des Brevets ne refuse un brevet que s'il s'agit d'une variété homogène et stable telle que définie par l'UPOV, mais accorde des brevets sur des variétés hétérogènes. Cette proposition de règlement autorise la commercialisation des semences de ces variétés hétérogènes jusqu'à aujourd'hui interdite. Les semences de variétés paysannes hétérogènes sélectionnées et multipliées dans leurs conditions d'utilisation (le champ de production agricole) n'auront pas accès au marché. Seules les populations synthétiques ou les variétés hétérogènes brevetées de l'industrie pourront bénéficier de cet accès au marché.

Les variétés contenant des caractères ou des gènes brevetés pourront accéder beaucoup plus vite au marché sans avoir besoin de passer par les longues multiplications indispensables à l'homogénéisation et à la stabilisation des lignées dans lesquelles ont été introduits ces caractères ou gènes brevetés ;
En quelques années, l'ensemble des semences seront contaminées par des gènes brevetés ou contiendront des gènes "natifs" brevetés, propriété d'une poignée de multinationales détentrices des plus gros portefeuilles de brevets ;
L’Office Communautaire des Variétés Végétales gérera directement le catalogue selon les mêmes procédures que celles permettant d'obtenir un Certificat d'Obtention Végétale (COV), ce qui permet d'inscrire une variété protégée au catalogue sur la base des essais DHS (distinction, homogénéité et stabilité) déjà réalisés pour le COV et d'exclure du marché toute variété non protégeable par un COV, sauf les variétés hétérogènes ci-dessus.

Les obtenteurs disposeront de la liste de tous les paysans producteurs de semences de ferme , ce qui leur permettra de les poursuivre pour contrefaçon s'ils ne leur ont pas versé de royalties ou s'ils ont utilisé des semences de ferme d'espèces non dérogatoires ;

Un suivi électronique de tous les échanges de semences en Europe, détenu par l'administration au prétexte sanitaire, pourra être mis au service des détenteurs de COV et de brevet qui pourront s'en servir pour poursuivre les agriculteurs qui utilisent des semences de ferme de variétés protégées par un COV, des semences (du domaine public ou leurs propres semences paysannes) contaminées par des gènes brevetés ou contenant des caractères "natifs" brevetés ;

Opacité maintenue sur les procédés d'obtention, les brevets et l'origine des ressources génétiques utilisées. Les consommateurs et les paysans, bio ou conventionnels, qui ne veulent pas de plantes génétiquement manipulées par d'autres procédés que la transgenèse (mutagénèse dirigée, fusion cellulaire...) seront obligés d'en consommer sans le savoir. Les sélectionneurs et les paysans seront menacés de poursuite en contrefaçon de brevet sans pouvoir savoir s'ils utilisent ou non des semences brevetées achetées sur le marché ou contaminées dans les filières ou dans leurs champs par des gènes brevetés. Enfin, l'absence d'obligation d'information sur l'origine des ressources génétiques utilisées légalise de fait la biopiraterie ;

b - Les procédures d'accès au marché des semences sont allégées au profit des seuls gros opérateurs. Les auto-contrôles sous contrôle officiel et la multiplication des analyses obligatoires qu'ils entraînent sont une économie pour les gros opérateurs qui commercialisent de gros volumes, mais génèrent une bureaucratie et un coût inabordable pour les petits opérateurs. De plus, ils favorisent la fraude chez les gros opérateurs qui versent des sommes importantes aux organismes certificateurs privés chargés de contrôler leurs auto-contrôles

2) Ce paquet better regulation est une agression directe contre les semences de ferme, paysannes, biologiques, traditionnelles, locales... et les semences destinées à la culture pour l'autoconsommation (jardinage amateur)

Les semences de ferme, paysannes et amateurs, aujourd'hui hors du champ d'application des directives limité aux seules semences commercialisées "en vue d'une exploitation commerciale", seront réglementées.

a - Les paysans producteurs de semences de ferme et paysannes devront s'enregistrer sur une liste que les autorités pourront transmettre aux obtenteurs en vertu du règlement 1768/95 : ils seront de ce fait livrés aux poursuites des détenteurs de COV s'ils n'amènent pas eux-mêmes la preuve qu'ils n'ont pas fait de contrefaçon. Ils devront supporter et payer le coût des contrôles sanitaires et de biosécurité (ils ne seront exemptés que des frais connexes d'enregistrement), ce qui les incitera à abandonner leur activité pour se tourner vers les semences commerciales. Ils devront ensuite enregistrer tous leurs échanges de semences et tenir ces enregistrements à disposition de l'administration. Ils seront de ce fait livrés aux contrôles de légalité de ces échanges dont le statut n'est pas clarifié par la proposition de règlement de la Commission : ces paysans ne sont pas opérateurs au titre de l'article 1 PRM qui limite son objet à la production et à la commercialisation de semences destinées au marché. Ils devraient donc pouvoir bénéficier de l'exonération d'application du règlement au titre des "échanges en nature entre non opérateurs professionnels". Mais ils sont considérés comme des opérateurs professionnels au titre de l'article 3 qui concerne tout matériel de reproduction, qu'il soit ou non destiné au marché. Ils ne pourront donc que :

- soit échanger des semences dans le cadre "d'organisations de conservation de Ressources génétique" agrées par les autorités, sans qu'il soit précisé si la conservation à la ferme est reconnue ou non ;

- soit les commercialiser dans le cadre très restreint et très bureaucratique "des variétés de niche", sous réserve que la Commission publie les actes délégués nécessaires, ce qui risque de prendre de nombreuses années pour n'aboutir qu'à un règlement bureaucratique tout aussi inapplicable que la dernière directive "conservation". De plus, ce cadre les obligera à respecter les contraintes bureaucratiques et les autro-contrôles sous contrôle officiel, inabordables pour les petits volumes.

Ils devront aussi tenir à disposition des autorités un registre indiquant les noms de tous les agriculteurs ou autres professionnels avec lesquels ils ont échangé des semences.

b- Les artisans semenciers bénéficieront de quelques nouveautés :

- variétés de conservation. Si les limitations quantitatives et géographiques de commercialisation disparaissent (ce qui est un progrès), ces variétés devront toujours être stables, relativement homogènes et anciennes (commercialisées avant entrée en vigueur du règlement). Les variétés de conservation qui ne peuvent pas être maintenues ni reproduites dans leur région d'origine (la majorité des légumes qui viennent d'autres continents que l'Europe), ou qui n'ont pas de région d'origine déterminée, devront être enregistrées comme variété standard ou disparaître ;

- variétés hétérogènes, sous réserve que la Commission publie les actes délégués nécessaires, sans imposer des mesures bureaucratiques accessibles aux seules semences brevetées ;

- les variétés de niches peuvent constituer une réelle ouverture si la bureaucratie, les analyses et les autocontrôles sous contrôle officiel, inabordables pour les plus petits opérateurs et pour les petits volumes ne viennent pas annuler l'avantage de la non obligation d'enregistrement au catalogue. L'obligation d'enregistrer non seulement l'origine de tous leurs achats, mais aussi le nom de chaque acheteur de leurs semences parait totalement irréaliste

c- Les semences biologiques peu homogènes et peu stables seront toujours interdites, sauf évolution favorable de la fenêtre des variétés hétérogènes ?

Les citoyens européens doivent maintenant exiger de leurs élus européens et de leurs gouvernement :
- d'ouvrir largement l'enregistrement de variétés hétérogènes à toutes les espèces à condition d'y interdire l'inscription de toute variété contenant des plantes brevetées sous quelle forme que ce soit,

- ou d'obtenir dans le même temps l'interdiction de tout brevet sur les plantes, les semences, les portions de plantes...

- de rendre obligatoire lors de l'enregistrement l'information sur les procédés d'obtention et de sélection, sur tout titre de propriété industrielle et sur l'origine des ressources génétiques utilisées ;
- de garantir le droit des agriculteurs à la protection des informations à caractère privé, notamment celles concernant le choix de la semence utilisée ;

- d'ouvrir la commercialisation sans enregistrement obligatoire d'une part à toute semence non OGM commercialisée en vue d'une exploitation non commerciale (amateur...), d'autre part à toute remise directe de semences non OGM par le producteur (ou avec un intermédiaire au maximum à condition que le nom du producteur et sa région de culture soient indiqués sur chaque lot) au cultivateur final (y compris professionnel),

- ou monter le plafond de chiffre d'affaire tout en fermant l'accès aux producteurs de semences brevetées ;

- de reconnaître la sélection, la conservation et la gestion dynamique in situ à la ferme et les droits des agriculteurs qui en découlent d'utiliser et d'échanger librement leurs semences de ferme et paysannes, sans obligation d'enregistrement ni contraintes autres que celles concernant les organismes de quarantaine ;

- d'adapter les contraintes sanitaires, environnementales et de biosécurité aux semences biologiques ;

- de maintenir un service public d'enregistrement et de contrôle à la portée de tous les petits opérateurs qui en ont besoin ;

- de ne pas abandonner à la commission européenne, mais de contrôler eux-mêmes les modalités d'application de ce règlement, en toute transparence vis à vis du public.

Vous pouvez télécharger ce communiqué de presse en cliquant ici



samedi 25 mai 2013

Se soulever ou mourir

 "Ils ont des armes démentes/ des armes terribles/ pour éradiquer la vie." André Chenet in "Secret poème"

                                        


par Chris Hedges, Truthdig

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Illustration by Mr. Fish

Pour écrire notre livre « Days of Destruction, Days of Revolt. » (Jours de destruction, jours de révolte), Joe Sacco et moi avons passé deux ans à enquêter sur les endroits les plus pauvres des Etats-Unis. Nous sommes allés dans les « misérables zones sacrifiées » de notre pays – les premiers endroits obligés de s’agenouiller devant la dictature des marchés – pour montrer ce qui arrive quand le capitalisme dérégulé et l’expansion économique illimitée s’en donnent à coeur joie. Nous voulions montrer les conséquences de l’exploitation sans foi ni loi des multinationales sur les familles, les communauté et la nature. Nous voulions pourfendre l’idéologie régnante du mondialisme et du laissez-faire capitaliste en montrant ce que devient la vie quand les êtres humains et l’écosystème ne sont plus que des marchandises à exploiter jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien ni personne. Et nous avons voulu mettre en lumière l’impuissance des institutions libérales et gouvernementales officielles autrefois capables de diriger mais qui n’ont plus aujourd’hui assez de pouvoir pour contrecarrer l’assaut des multinationales.

Ce qui s’est passé dans ces zones sacrifiées – les villes post-industrielles comme Camden, N.J., et Detroit, les mines de charbon de l’ouest de la Virginie où les compagnies minières ont fait exploser le sommet des montagnes, les réserves indiennes où le projet dément de l’expansion et l’exploitation économiques sans fin a causé ses premiers dégâts et la culture intensive où les travailleurs sont traités quasiment comme des esclaves – est en train se propager au reste du pays. Ces zones sacrifiées sont tombées les premières. C’est maintenant notre tour.

Les multinationales font les lois. Elles contrôlent nos médias. Elles gèrent le théâtre politique des élections et imposent les programmes éducatifs. Le système judiciaire est à leur service. Elles ont détruit les syndicats et les autres organisations indépendantes de masse, et elles ont acheté le Parti Démocrate qui défendait autrefois les droits des travailleurs. Comme il n’y a plus de réformes au fur et à mesure des besoins – c’était le rôle principal des institutions libérales démocratiques – nous sommes laissés sans protection contre le pouvoir des multinationales.

La saisie secrète par le Département de Justice* de deux mois de conversations téléphoniques entre des reporters et des rédactions de l’Associated Press est le dernier avatar d’une série d’assauts sans précédents contre nos libertés civiles. Le Département de Justice tentait de tracer le ou les officiels du gouvernement qui avaient transmis secrètement des informations à l’AP sur un complot visant à faire sauter un avion de voyageurs qui avait été déjoué. Des informations enregistrées sur les téléphones des agences de l’AP de New York, Washington, D.C., et Hartford, Conn., ainsi que sur les portables et les téléphones fixes privés de plusieurs chefs de rédaction et reporters ont été confisquées. Cet incident, ajouté aux mesures comme l’emploi du Espionage Act contre les lanceurs d’alerte va porter un coup fatal à toutes les enquêtes indépendantes sur les abus du gouvernement et des multinationales.

La saisie des appels téléphoniques fait partie d’un effort plus large de l’état-entreprise pour faire taire tous ceux qui contestent la narrative officielle, la Novlangue étatique, et pour cacher au public le fonctionnement interne, les mensonges et les crimes de l’empire. La personne, ou les personnes, qui a transmis à l’AP de l’information classifiée sera, si elle est arrêtée, sûrement poursuivie en vertu de l’Espionage Act. Cette loi, quand elle a été promulguée en 1917, n’était absolument pas destinée à museler les lanceurs d’alerte. Et de 1917 jusqu’à la présidence d’Obama en 2009 elle a été utilisée seulement trois fois contre des lanceurs d’alerte, la première fois contre Daniel Ellsberg qui avait fait fuiter les Papiers du Pentagone en 1971. L’Espionage Act a été utilisé six fois par l’administration Obama contre des lanceurs d’alerte gouvernementaux comme Thomas Drake.

La violente persécution de la presse par le gouvernement – menée par un grand nombre d’agences gouvernementales liguées contre WikiLeaks, Bradley Manning, Julian Assange et des militants comme Jeremy Hammond – se combine avec l’emploi de la loi de 2001 autorisant à se servir de l’armée pour assassiner des citoyens étasuniens; et avec l’emploi du FISA Amendments Act, qui légalise après coup ce que notre Constitution ne permettait pas autrefois : la surveillance et la mise sur écoute sans mandat de dizaines de millions de citoyens étasuniens; et avec l’emploi de la Section 1021 du National Defense Authorization Act qui permet au gouvernement de se saisir de citoyens étasuniens, de leur retirer tous leurs droits et de les maintenir indéfiniment en détention. Toutes ces mesures prises ensemble sonnent le glas de presque toutes nos libertés civiles.

Une poignée d’oligarques internationaux du monde des affaires concentre tout – la richesse, le pouvoir et les privilèges – et le reste d’entre nous doit lutter pour survivre à l’intérieur d’une vaste classe de sous-citoyens de plus en plus pauvres et réprimés. Il y a des lois pour nous; et d’autres lois pour une puissante élite qui fonctionne comme une mafia sans frontières.

Nous assistons impuissants au désastre. Le droit de vote ne nous sert à rien contre la puissance des multinationales. Les citoyens n’ont pas les moyens d’attaquer en justice les banquiers et les financiers de Wall Street pour fraude, ni les officiels de l’armée et des services secrets pour torture et crimes de guerre, ni les officiers de surveillance et de sécurité pour atteinte aux droits de l’homme. La réserve Fédérale n’a plus pour seule fonction que d’imprimer de la monnaie qu’elle prête aux banques et aux organismes financiers à 0% d’intérêt, pour que ces entreprises privées nous la prêtent ensuite à des taux usuraires qui vont jusqu’à 30%. Je ne sais même plus quel nom donner à ce système. Ce n’est certainement pas du capitalisme. C’est plutôt de l’extorsion. L’industrie fossile pendant ce temps saccage sans relâche l’écosystème pour faire du profit. La fonte de 40% des glaces de l’Arctique est une excellente affaire pour les multinationales. Elles s’y ruent pour en extraire les derniers restes de pétrole, de gaz naturel, de minéraux et de poissons, sans se soucier des soubresauts de la planète moribonde. Ces mêmes entreprises toutes puissantes qui nous régalent de feuilletons interminables en lieu et place d’informations dignes de ce nom, du dernier procès impliquant O.J. Simpson aux croustillants détails du procès pour meurtre de Jodi Arias, ont fait monter les taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère à plus de 400 parts par million. Elles nous fascinent avec leurs hallucinations électroniques pendant que nous tombons, paralysés par la terreur à l’instar des marins d’Ulysse, de Charybdes en Scylla.

On ne trouve rien en 5000 ans d’histoire économique pour justifier la croyance que les sociétés humaines doivent adapter leur conduite aux fluctuations du marché. C’est une idéologie aussi absurde qu’utopique. Les promesses désinvoltes de l’économie de marché se sont toutes révélées mensongères. Les entreprises ont délocalisé réduisant à néant notre capacité de production. Les salaires ont baissé, appauvrissant la classe laborieuse et ravageant la classe moyenne. Des secteurs entiers de la population -y compris les étudiants – ont été obligés de contracter des emprunts qu’ils mettront des décennies à rembourser. Des paradis fiscaux se sont créés permettant à des compagnies comme General Electric de ne pas payer d’impôts. Les multinationales emploie une main d’œuvre esclavagisée au Bengladesh et en Chine et en tirent des profits obscènes. Elles aspirent les dernières ressources des communautés et du monde naturel en laissant derrière elles, comme Joe Sacco et moi avons pu le constater dans les zones sacrifiées, des humains en grande souffrance et des paysages morts. Plus la destruction est importante, plus l’appareil s’emploie à écraser la protestation.

Plus de 100 millions d’Étasuniens – un tiers de la population – vit sous le seul de pauvreté et de ce qu’on appelle « quasi-pauvreté ». Pourtant le sort de ces pauvres ou quasi-pauvres et leurs souffrances sont rarement évoqués par les médias aux mains des multinationales – Viacom, General Electric, News Corp. de Rupert Murdoch, Clear Channel et Disney. Les souffrances des sous-citoyens, tout comme les crimes de l’élite pervertie, sont passés sous silence.

Dans la réserve des Indiens Dakota à Pine Ridge, S.D., le second comté le plus pauvre des États-Unis, l’espérance de vie d’un homme est de 48 ans. C’est la plus basse espérance de vie de l’hémisphère occidental en dehors de Haïti. Près de 60% des maisons de Pine Ridge, dont la plupart sont des huttes en tourbe, n’ont pas d’électricité ni d’eau courante ni d’isolation ni d’égouts. Dans les vieux camps miniers du sud ouest de Virginie, l’eau, l’air et le sol sont si empoisonnés que le cancer y est endémique. Il n’y a pas de travail. Et les montagnes Appalaches d’où provient l’eau d’une grande partie de la côte est, sont parsemées d’énormes bassins artificiels remplis de métaux lourds et de boues toxiques. Pour pouvoir respirer les enfants vont à l’école avec des inhalateurs. Les habitants, coincés à l’intérieur de villes en ruine, souffrent d’une misère et d’une violence assortie d’emprisonnements de masse si grandes qu’ils sont brisés émotionnellement et psychologiquement. Et les travailleurs agricoles de la nation, qui n’ont droit à aucune protection légale, sont souvent obligés de travailler sans être payés, comme des serfs. Voilà comment se décline l’épouvantable domination des multinationales. C’est ce qui nous attend tous. Dans cette course accélérée vers l’abîme, nous finirons tous serfs ou esclaves.

Il faut se rebeller. Même si nous échouons, même si nous ne réussissons pas à vaincre les forces d’exploitation du capital, nous auront au moins sauvé notre dignité en tant qu’être humains. Nous aurons défendu ce qui est sacré. Se rebeller c’est entrer en résistance permanente. C’est résister comme Bradley Manning et Julian Assange, comme Mumia Abu-Jamal, le journaliste radical à qui Cornel West, James Cone et moi avons rendu visite en prison la semaine dernière à Frackville, Pa. C’est refuser de céder à la peur. C’est refuser de s’avouer vaincu, même si comme Manning et Abu-Jamal, on vous met en cage comme un animal. C’est dire non. Etre en sécurité, être « innocent » aux yeux de la loi à cette époque de l’histoire, c’est se rendre complice d’un mal diabolique. Quand il a écrit son poème de résistant, « Si nous devons mourir », Claude McKay savait que les Afro-américains qui s’opposaient à la suprématie blanche n’avaient quasiment aucune chance, mais il savait que résister à la tyrannie sauve nos âmes. Et il a écrit:

Si nous devons mourir – que ce ne soit comme porcs
Traqués parqués dans un coin déshonorant
Alors qu’autour de nous, les chiens affamés,
Se moquant de notre sort maudit, aboient de rage.
Si nous devons mourir, – oh, que ce soit dignement,
Que notre sang précieux ne soit pas versé
En vain ; car, s’ils sont obligés d’honorer
Notre mort, nous défierons même des monstres !
Oh, mes Frères ! Affrontons notre ennemi commun;
Bien que beaucoup moins nombreux, soyons courageux,
Et à leurs multiples coups répondons d’un coup fatal !
Qu’importe si devant nous s’ouvre une tombe ?
Comme des hommes, nous braverons la lâche meute meurtrière
Dos au mur, mourants, mais en se défendant !

Il est temps de construire des mouvements de masse radicaux qui s’opposent sans concessions aux centres officiels de pouvoir. Il est temps d’employer le langage brut de la rébellion ouverte et de la lutte des classes. Il est temps de marcher au son de nos propres tambours. La loi a toujours été un outil très imparfait pour obtenir justice, comme le savent les Afro-américains, mais aujourd’hui elle est toute entière au service des puissances d’argent qui nous oppriment; elle est devenue l’arme de l’injustice. Ce sont les grandes entreprises qui nous contrôlent qui ont déclaré la guerre. Pas nous. Si nous nous révoltons nous serons qualifiés de criminels. Nous serons repoussés dans l’ombre. Mais si nous ne nous révoltons pas, nous ne pourrons plus prononcer le mot « espoir ».

Dans son livre « Moby-Dick« , Herman Melville a imagé le diabolisme du capitalisme global. Nous sommes tous à bord du navire maudit, Pequod, dont le nom est celui d’une tribu indienne éradiquée par génocide, et Ahab est aux commandes. « Tous les moyens que j’emploie sont sains », dit Ahab, « mes motivations et mon but sont fous ». Nous voguons compulsivement vers l’auto-destruction et ceux qui nous dirigent même s’ils voient ce qui nous attend, n’ont plus la capacité ni la volonté de l’empêcher. Ceux, sur le Pequod, qui avaient une conscience, comme Starbuck, n’ont pas eu le courage de s’opposer à Ahab. Ce sont les habitudes, la lâcheté et l’arrogance qui ont causé la perte du bateau et de son équipage. Nous devons écouter Melville. Et nous soulever ou mourir.

Note:
*…. « Lundi l’AP a révélé que les enregistrements téléphoniques saisis par la justice pouvait impliquer 100 employés qui ont utilisé les lignes de téléphones sur lesquelles porte l’enquête -qui semble ne concerner qu’une seule information de l’AP datant du 7 mai 2012 selon laquelle la CIA avait déjoué un complot d’al Qaeda dans la péninsule arabique visant à faire exploser en vol un avion de voyageurs en route pour les Etats-Unis. Pourtant il s’est avéré plus tard que le complot était en réalité un piège monté de toutes pièces par la CIA. Comme l’a récemment confirmé le directeur de la CIA, John Brennan, « Nous avions le contrôle du complot qui n’a jamais représenté une menace pour le public étasunien. »

Alors pourquoi l’administration Obama cible-t-elle des reporters et des chefs de la rédaction qui ont travaillé sur une nouvelle qui selon l’aveu même de la CIA n’avait rien à voir avec un réel danger pour la sécurité nationale? « Il y a une guerre plus large contre [ceux qui révèlent] des informations » a répondu Radack. « Les lanceurs d’alerte, les hackers et tous les dissidents. C’est une attaque en règle contre ceux qui contrôlent l’information ».


Pour consulter l’original: suivre ce lien.

Traduction: Dominique Muselet sauf le poème traduit par Jean-Pierre Balpe.

Article relayé par : Oulala.net

mardi 21 mai 2013

La Syrie en guerre contre la terreur

 Un ensemble d'articles instructifs qui font la synthèse de la situation en Syrie. La bravoure et l'héroïsme de l'Occident se mesurent bel et bien en analysant les statistiques boursières lesquelles nous révèlent, sous des chiffres falsifiés,  une réalité de massacres et de crimes organisés, de corruption généralisée où s'enlisent nos espoirs de démocratie constitutionnelle. L'Amérique du sud et le Moyen Orient à bien des égards devraient nous tenir en alerte car ils sont actuellement les lieux stratégiques de la lutte de David (les peuples démunis) contre Goliath (l'empire capitaliste mondialisé).

G. Hadey 

Syrie : des militaires israéliens découverts parmi les rebelles


rebelles-syriens.jpgTraduction Fawkes Newsmo

"Les troupes gouvernementales syriennes ont arrêté un véhicule israélien au cours d'une opération dans la ville d'Al-Quseir, un bastion important des forces rebelles, selon les médias officiels syriens.

Selon ces sources, le véhicule de l'armée israélienne arrêté sert à surveiller les signaux de communication et interférer les liaisons sans fils. Ils insistent sur le fait que c'est une preuve claire de l'implication des militaires et des membres des services secrets israéliens dans le pays arabe. "Dans la voiture, nous avons trouvé des munitions, des uniformes et divers moyens utilisés pour communiquer», explique l'une des troupes syriennes.

Des sources de RT dans l'armée syrienne, à leur tour, ont révélé la découverte dans la région d'une unité militaire avec 4 Israéliens, dont une femme, et la découverte d'un mortier israélien dans la région d'Al-Dabaa, situé à 10 kilomètres de Al Quseir. Ils ont signalé également l'arrestation de 11 soldats armés juifs dans la ville d'Al-Quseir, dont le contrôle a été pris par le gouvernement. Deux soldats israéliens ont été blessés dans l'opération.

L'action militaire qui a repris le contrôle de la place (un point stratégique près de la frontière libanaise utilisé comme un pont par lequel l'opposition a reçu des armes et des mercenaires) par les troupes de Bachar al Assad a eu lieu en quelques heures. "Ce qui s'est passé aujourd'hui à Al Quseir démontre clairement la victoire d'une philosophie de vie et la fermeté envers les assassins sous contrats que représente les gangs armés en Syrie. On ne peut pas arrêter de parler de la réussite de l'offensive de l'armée syrienne et tout ce qui a été accompli », a déclaré Ibrahim Sair écrivain et publiciste.

Selon les détails militaires, l'opération a été basé sur une stratégie bien étudiée. Les soldats ont encerclé la ville, libérant sa périphérie et évacuant les résidents de ces zones pour éviter les effusions de sang. Malgré cela, il n'était pas possible d'éviter les affrontements, dans lesquels un certain nombre de rebelles ont été tués. Les combattants de la formation armée Front An-Nusra, faisant partie d'Al-Qaïda (NDLR: sous entendu les larbins de la CIA), ont également subi des pertes importantes et beaucoup ont été forcés de se rendre ou de fuir. «Les groupes armés qui se trouvaient dans la ville d'Al Quseir faisaient partie du Front An Nusra et autres groupes assimilés. Ils ont pris de nombreux civils en otages et les ont utilisés comme boucliers humains. Maintenant Al Quseir est sous le contrôle de l'Armée syrienne d'un point de vue militaire et c'est un grand succès," insiste l'analyste militaire Salim Jarbah.

L'analyste international Carlos Martinez, pour sa part, estime que l'implication d'Israël dans le conflit interne syrien a un objectif très précis: «Il y a une coalition de facto entre Israël, l'Occident et les monarchies du Golfe pour mettre fin à l'influence de l'Iran ". Il indique qu'une Syrie complètement détruite sans une gouvernance claire serait un grand pas vers cet objectif, et que Damas et Téhéran ont toujours été des alliés fidèles"

Source: RT



 Les “rebelles” saluent les bombardements de l’armée israélienne détruisant la Syrie !




Hassan_Rastanaoui
Hassan Rastanaoui, porte parole des “rebelles” est interviewé sur la deuxième chaîne de télévision israélienne. Il exprime sa joie d’avoir vu Israël venir frapper la Syrie, détruire des positions gouvernementales, tuer des centaines de Syriens.

Par ailleurs il avoue que l’agression de l’armée israélienne augmente les chances de faire tomber Assad à un moment où la “rébellion” est en perte de vitesse. Cela vient confirmer l’alliance contre nature entre Israël et les groupes armés qui disent lutter pour “libérer” la Syrie. Alors qu’Israël, ce n’est pas peu, s’est annexé et occupe illégalement une partie de la Syrie depuis 1967 : le plateau du Golan et ses ressources en eau.
Il faut lire pour y croire, dès 0.38 minute, le sous titrage en français (*)

Ce que dit le porte parole de cette soi-disant « opposition » syrienne est ahurissant mais instructif.

Cela montre bien, à ceux qui ne l’auraient pas encore compris, pourquoi les défenseurs inconditionnels de la domination israélienne dans la région, Laurent Fabius, Bernard Henri Lévy et Bernard Kouchner n’ont eu de cesse d’appeler à armer les « opposants » armés et financés principalement par le Qatar et l’Arabie Saoudite.

Bernard Kouchner a bien évidemment approuvé, le 7 mai au micro d’Europe 1, les bombardements de l’armée israélienne sur la Syrie. « Israël ne peut pas laisser surarmer avec des missiles qui peuvent viser son territoire des troupes qui veulent sa destruction… » a-t-il dit. Il ne se soucie pas de savoir quand il s’agit de son protégé, si Israël viole le droit international en attaquant un pays souverain qui ne l’agresse pas.

Quelle arrogance ! Quel cynisme ! Israël l’agresseur, le guerrier surarmé, né de la guerre, qui depuis 1948 a jeté le Moyen Orient dans l’instabilité et la guerre permanente, serait menacé de destruction selon Bernard Kouchner ! Et la Syrie, et l’Iran, et le Liban qu’Israël menace n’auraient eux pas le droit de s’armer ni de se défendre quand ils sont attaqués ?

Au micro d’Europe 1, Bernard Kouchner a également jeté le discrédit sur Mme Carla del Ponte, dont les révélations selon lesquelles du « gaz sarin avait été utilisé par les rebelles » ne doivent par arranger les visées d’Israël, en disant : « Carla del Ponte parle souvent un peu vite (…) mais enfin l’ONU dit qu’il n’en a pas la preuve ».
Silvia Cattori
Traduction de la vidéo en français :
Romain Bois http://knowledge-tv.com/

 Retour sur les bobards des « grands reporters de guerre » : Un cruel et terrifiant démenti à la propagande de Sofia Amara

La « grande reporter » Sofia Amara (*), est une piètre journaliste qui sait pratiquer à merveille la manipulation, faire cadrer l’information à la ligne éditoriale. Elle s’est rendue célèbre par ses reportages à la gloire des bandes armées opposées à Damas, qu’elle s’est attachée à présenter systématiquement sous les couleurs les plus avenantes.
Or, il apparaît aujourd’hui que « l’ adorable et charmant rebelle » qui avait si bien servi la propagande anti-Al Assad de Sofia Amara, n’est autre que le monstre qui vient d’être filmé en train d’arracher le cœur d’un Syrien. [Alors Sofia Amara cherche maintenant à tirer son épingle du jeu en affirmant au sujet du monstre qu’elle avait pourtant adoré : « Quand je l’ai rencontré dans le quartier de Baba Amr, à Homs, entre le 16 et le 24 décembre 2011, alors que je tournais un reportage pour Arte intitulé Syrie : Au cœur de l’armée libre (…) c’était quelqu’un de charmant, d’avenant, d’adorable ». Il aurait entre temps selon Sofia Amara perdu son humanité !


Cela n’est que manipulation. Les nombreux témoignages, que nous avons recueillis et diffusés sur les nouveaux médias, sont là pour attester que les « adorables rebelles » de Sofia Amara ont bel et bien commencé à kidnapper, égorger, couper des Alaouites en morceaux, dès mai 2011.

Sofia Amara ne pouvait pas l’ignorer. Comme elle ne pouvait pas ignorer les aveux du « rebelle », rapportés en mars 2012 par la correspondante du Spiegel à Beyrouth, Ulrike Putz. Celui-ci avait raconté avec précision comment, dans le quartier de Baba Amr occcupé par les « rebelles » – où Sofia Amara s’est rendue -, la « brigade d’interrogatoire » de l’ASL égorgeait les hommes qu’elle capturait.

Mais l’objectif de Sofia Amara n’a jamais été de rapporter honnêtement ce qui se passait véritablement en Syrie. Aller dans le sens du courant, ici démoniser Al Assad, est autrement plus gratifiant pour ce genre de journaliste sans éthique ! Pour preuve. Son premier reportage « Syrie, dans l’enfer de la répression » – acheté par Arte, diffusé le 11 octobre 2011, repris par quantité de chaînes télévisées, salué par Amnesty International qui l’a invitée à Genève, ainsi que par le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) 

Il nous parait utile de rediffuser le contre-documentaire réalisé en novembre 2011 par le site Karabalaqsa [Des médias occidentaux et arabes (notamment Al-Jazeera et Al-Arabia téléguidées respectivement par le Qatar et l’Arabie Saoudite) nous ont décrit sans discontinuer l’enfer d’une sanglante répression en Syrie : manifestants pacifiques froidement assassinés, enlèvements, tortures, mutilations de cadavres… dont les autorités syriennes, selon eux, se seraient rendu coupables. Le but de ces accusations serait-il de préparer l’opinion publique à une intervention étrangère, selon le scénario de l’offensive de l’OTAN et de ses alliés ?

Alors que j’ai pu , en Syrie , voir de mes propres yeux un des immenses rassemblements de soutien à Bachar Al Assad, j’ai été extrêmement surpris de la manière tendancieuse avec laquelle les médias français, dans leur grande majorité, rapportaient les faits.

Un reportage m’a particulièrement frappé car il reprenait et synthétisait toutes les accusations attribuées au gouvernement syrien depuis des mois. Il s’agit du reportage réalisé par la journaliste Sofia Amara, diffusé par la chaîne télévisée ARTE le 11 octobre 2011.

Estimant que le travail de Sofia Amara était totalement subjectif, j’ai décidé de faire une contre enquête. D’où les huit vidéos que je présente ici. Je tiens à préciser que ma démarche critique ne concerne pas uniquement cette journaliste mais doit être interprétée comme une opposition globale à un système médiatique néfaste, parce qu’orienté et trompeur. Le reportage de Sofia Amara en est une merveilleuse illustration.
Depuis Mars 2011, l’écrasante majorité des manifestations contre Bachar Al Assad ne réunissent que quelques centaines ou quelques milliers de personnes, alors que le peuple syrien descend régulièrement dans la rue par centaines de milliers, voire par millions, pour exprimer son soutien au Président de la République et dénoncer ce qu’il perçoit comme étant un « complot extérieur ».

Malgré leur supériorité numérique, ces rassemblements ont été à peine relayés dans les médias occidentaux, laissant ainsi le citoyen lambda croire que le gouvernement syrien ne bénéficiait que d’un très faible appui populaire.

Aujourd’hui, nous savons de manière certaine que beaucoup d’exactions dénoncées par les journalistes et certaines ONG sont totalement fausses et infondées. Il y a eu de nombreux cas qui ont été montés de toute pièce, comme celui d’Amina Abdallah Araf Al Omari, une blogueuse soi-disant kidnappée ou encore celui de Zaynab Al Hosni, retrouvée décapitée, démembrée et la peau arrachée selon Amnesty International. Après contre enquête, tous ces cas se sont avérés être de pures inventions.

France 24 est allée jusqu’à diffuser un entretien téléphonique durant lequel une personne présentée comme étant Lamia Chakkour, ambassadrice de Syrie à Paris, annonçait sa démission en signe de protestation contre les violences dans son pays. L’ambassadrice a immédiatement démenti et France 24 s’est trouvée contrainte de porter plainte contre X pour usurpation d’identité !

Toutes ces accusations portées contre le gouvernement syrien ne sont que très rarement prouvées par les médias. Elles proviennent de sources invérifiables, pour la plupart. Cependant le climat qu’elles installent demeure, même quand les accusations s’effondrent. Ce qui est grave, c’est que la fiabilité de ces journalistes qui , volontairement ou non , trompent l’opinion publique n’en est pas pour autant remise en question.

Il devient de plus en plus évident que l’appareil médiatique dominant a eu et a toujours pour objectif caché de préparer les peuples à accepter des interventions militaires extérieures, comme cela s’est passé pour l’Irak et la Libye.

Après les mensonges au sujet des « armes de destructions massives », l’intervention militaire américaine en Irak a laissé place à 10 années de chaos et détruit un pays entier. Et en Libye, la presse si prompte à dénoncer la « barbarie » des forces gouvernementales a clairement révélé son parti pris lors du lynchage sauvage de Kadhafi. Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, il existe une barbarie « logique », « compréhensible » et « non condamnable » aux yeux de la presse et des milieux politiques, lorsque cette barbarie est commise par des milices alliées de l’OTAN.

Le rôle des médias dans la déstabilisation de ces pays tient une place essentielle car ce sont eux qui légitiment les interventions militaires auprès de l’opinion publique. Les journalistes qui remplissent cette tâche, consciemment ou non, portent donc une lourde responsabilité, malheureusement très rarement reconnue. En effet, s’il arrive assez souvent que les institutions militaires soient critiquées et prises à partie après coup, très rares sont les journalistes visés pour de fausses informations qu’ils auraient relayées ou inventées.

Faut-il attendre un nouveau drame pour réagir ?

Conscients du fait que ce genre de documentaire jette de l’huile sur le feu et génère des conséquences désastreuses pour les peuples qui en sont victimes, il convient désormais que nous puissions désigner chaque journaliste qui relaie des informations mensongères, chaque rédaction qui diffuse des nouvelles ou des vidéos sans en vérifier l’authenticité 

L’erreur est humaine, mais ces comportements sont des fautes. Chacun doit assumer ses fautes face au public. C’est pourquoi nous demandons à ceux des journalistes qui se sont trompés de reconnaitre leurs manquements et de cesser de vouloir décider au nom des autres de ce que doit être leur avenir.



Réponse au reportage de Sofia Amara « Syrie, dans l’enfer de la répression », diffusé par la chaîne télévisée ARTE le 11 octobre 2011 :

8/8 – Syrie – Erreur ou manipulation d’Arte… par Karbalaqsa

(*) Amara, correspendante de la chaîne étatique France 24, dotée de 1000 correspondants « pour vous offrir la meilleure actualité », lors de ses interviews appelait à soutenir l’ « Armée libre », à lui fournir des armes, et à ce que la « communauté internationale » lui garantisse une « zone sécurisée », « une zone d’exclusion aérienne ».

Source :http://karbalaqsa.blogspot.com/



La fin de partie en Syrie arrive à grands pas

israelus

La cadence des événements en Syrie s’est accélérée ces dernières semaines. Les forces gouvernementales ont remporté contre les rebelles des victoires importantes sur le terrain, et cette situation a provoqué un mélange de provocations guerrières et de propositions de paix de la part des U.S. et de ses alliés anti-Assad.

Avec la bénédiction d’Obama, les avions de combat d’Israël ont mené récemment et à trois reprises une offensive contre la Syrie ; lors d’une de ces frappes aériennes massives contre des objectifs militaires à Damas, 42 soldats syriens ont été tués. Peu de temps après, Obama finissait par accepter d’entamer des pourparlers de paix avec la Russie, qui le réclamait depuis des mois.

Obama aborde ces discussions en position affaiblie ; le gouvernement syrien est en train de gagner la guerre contre les rebelles soutenus pas les US, et l’avantage sur le terrain est l’atout majeur dans tous les pourparlers de paix. Obama et les rebelles ne sont pas en position d’exiger quoi que ce soit en Syrie en ce moment.

Il est possible qu’Obama veuille éviter de subir une autre humiliation dans son ingérence en Syrie en acceptant des accords de “paix” de dernière minute pour sauver la face.

Il est également vraisemblable, cependant, que ces négociations de paix soient une manœuvre diplomatique habile qui a pour véritable objectif la guerre. Il n’est pas rare que des négociations de paix échouent et que cet échec soit utilisé comme motif pour relancer la guerre, puisque “les tentatives de paix ont échoué”.

Et Obama a de nombreuses raisons de poursuivre la guerre : il apparaitrait comme incroyablement faible et ridicule si le président syrien devait rester au pouvoir alors que l’administration Obama a déjà annoncé que le régime d’Assad était fini et qu’elle a soigneusement sélectionné un gouvernement alternatif composé d’exilés syriens que les Etats-Unis – et leurs alliés – considèrent comme étant le “gouvernement légitime syrien”.

Voici comment la BBC présente le gouvernement fantoche syrien d’Obama :

“… les dirigeants politiques de l’opposition syrienne – qui font le tour des capitales du monde et se livrent à de grands discours – ne dirigent personne. Ils ont déjà du mal à contrôler les délégués dans la même salle qu’eux, à plus forte raison les combattants sur le terrain”.

Si, contre toute attente, des accords de paix sont conclus, ces exilés syriens — qui ne sont véritablement écoutés que par une infime minorité des rebelles — seront ceux qui signeront ces accords.

Il y a de nombreux responsables politiques aux Etats-Unis qui réclament encore à grands cris la guerre en Syrie, en la justifiant par l’accusation non établie que le gouvernement syrien aurait utilisé des ADM contre les rebelles.

En réalité, cependant, à ce jour, l’ONU a seulement dit que c’était le contraire qui était vrai : il y a des preuves indiquant que ce sont les rebelles soutenus par les US qui auraient utilisé des ADM contre le gouvernement syrien.

Bien sûr, ces faits ont été relégués en dernière page des journaux U.S. – quand ils ont été publiés. De la même façon, les mauvaises nouvelles annonçant que les rebelles se livraient à un nettoyage ethnique et religieux à grande échelle et commettaient de nombreuses violations des droits humains n’ont pas non plus été publiés à la une.

Et les nombreux attentats terroristes commis par les rebelles soutenus par les U.S. qui ont tué des civils inconsidérément ont été pareillement largement ignorés par les responsables politiques et par les médias.
La position des États-Unis est également affaiblie par le fait que la majorité des combattants rebelles sont des islamistes extrémistes, qui se battent pour le jihad et la charia, et non pas pour la démocratie.


“la principale force d’opposition armée en Syrie, l’Armée Syrienne Libre, perd des combattants et du potentiel au profit de Jabhat al-Nusra, une organisation islamiste liée à Al-Qaïda qui s’avère être la force la mieux équipée, financée et motivée pour combattre le régime de Bachar al-Assad”.


“Il n’y a nulle part sur le territoire syrien contrôlé par les rebelles de force armée laïque de quelque importance”.

Mais, même avec tous ces obstacles qui empêchent les États-Unis d’imposer leurs conditions au gouvernement syrien, Obama a en main des atouts importants : l’armée U.S. et l’armée israélienne.
Il est possible que les frappes israéliennes contre la Syrie aient été utilisées comme outil de marchandage pour la conférence internationale sur la Syrie proposée en Russie. Si Obama menaçait de ramener la Syrie à l’âge de pierre, il ne manque pas de preuves – Afghanistan, Irak, Libye — pour qu’on prenne ces menaces au sérieux.

Mettre ce genre de menaces à exécution est, en fait, considéré comme une politique étrangère intelligente par de nombreux responsables politiques aux États-Unis dans la mesure où un pays non aligné aura été affaibli et démantelé en tant que force d’opposition, ce qui ferait tomber le dernier obstacle à la guerre contre l’Iran.
La politique étrangère des États-Unis repose entièrement de nos jours sur l’usage de la menace d’anéantissement. La puissance économique des États-Unis étant en déclin par rapport à la Chine et à d’autres pays, la carotte de l’économie a été écartée au profit du bâton de l’armée. Des tas d’”experts” en politique étrangère demandent instamment qu’Obama sorte à nouveau le bâton, de peur que ce fondement de la politique étrangère des États-Unis ne s’avère n’être que du vent.

C’est l’essence de l’engagement des Etats-Unis en Syrie, qui est de risquer de déclencher une guerre régionale qui pourrait comprendre des pays comme le Liban, la Turquie, l’Irak, Israël, l’Iran, la Jordanie et l’Arabie Saoudite, avec la probabilité d’entraîner de force les grandes puissances liées à ces pays, les U.S. et l’Europe, d’une part, la Russie et la Chine, d’autre part.

Le sort du Moyen-Orient, déjà très éprouvé, est en suspens.

Shamus Cooke

Article original en anglais :

Unholy Alliance Forming Against Syria

Endgame Approaching Fast, 13 mai 2013



 Source française :  mondialisation ca