lundi 8 avril 2013

La dame de fer avait un coeur


J'ai appris ce soir la mort de M. Tatcher et je m'en réjouis quitte à choquer quelques uns de mes lecteurs. J'étais in England au tout début des années 80, j'y travaillais pour presque rien (j'assurais parfois jusqu'à 3 boulots en une seule journée), et surtout  j'ai été employé AU NOIR (décorateur, jardinier, homme à tout faire) par l'époux de la secrétaire de Tatcher à Hammersmith (Londres), à Worthing (Sussex) et dans une petite bourgade du Kent dont je ne me souviens pas le nom. Trois années consécutives durant je partageais mon existence errante ente l'Angleterre et la Grèce. J'ai traversé, en tant que "Froggy" très curieux des moeurs de la société britannique, aussi bien les milieux aristocratiques, conservateurs mais surtout bien évidemment les ouvriers, les déclassés, les immigrés. A cette époque les socialistes (représentés par les travaillistes) avaient encore de la gueule et n'étaient pas complètement récupérés par l'establishment. Un certain Mr Blair vint avec sa troisième voie en faveur de l'économie de marché , avec vingt ans d'avance sur nos Jospin et Hollande. Je pourrais disserter des heures sur cette période où j'avais déjà compris ce que de Gaulle appelait "le destin de la France". J'ai débouché ce soir une bouteille de bon vin rouge COMME LE SANG DES OUVRIERS DE LA COMMUNE que je bois à la santé de tous ceux qui ne s'aviliront jamais. J'ai payé le prix fort. 
André Chenet


Margaret Thatcher est morte à 87 ans. La paix vient (enfin) à son âme. La Dame de Fer qui a dirigé le Royaume Uni de 1979 à 1990 fût un exemple pour nombre d’ultra conservateurs de part le monde.

Nicolas Sarkozy n’hésitait pas à la citer en privé. Elle fut la cause de la disparition des bassins miniers anglais au début des années 80. De la destruction progressive de la Sécu britannique, et de la guerre des Malouines. Aussi.

Personne, ou presque, ne s’en souvient, mais au cœur du conflit qui agitait les puits de charbon en lutte pour leur survie elle avait proféré à la télévision : « il faut éradiquer les pauvres, car ils n’ont aucune utilité pour le pays ».

Dans le pub où j’étais, médusé devant cette déclaration, les bières avaient fusé sur le pauvre téléviseur. Même le barman et propriétaire y était allé de son jet de chope… Les Bobbies chargeaient les grévistes à cheval et à coups de matraques plombées. Je couvrais, tout jeune, l’évènement.

Malouines : « Réjouissons-nous »

En avril 1982, alors que les troupes britanniques ont à peine débarqué en Géorgie du Sud, qui dépend des Malouines elle déboule radieuse sur le perron du 10 Downing Street devant les caméras : « Réjouissons-nous », clame-t-elle alors. Le conflit avec cette terre argentine, à 13.000 kilomètres de Londres se soldera par 255 morts britanniques et 650 argentins.

Intraitable aussi avec les grévistes de la faim sous bannière de l’IRA. Bobby Sands* y laissera sa peau et, avec lui, neuf de ses camarades. Ce mouvement durera plus de 170 jours dans des conditions effroyables et l’IRA essaiera de se venger par une bombe qui manquera sa cible.

Elle fût l’artisan des privatisations au-delà du Channel et aura la réputation d’avoir stoppé le chômage en Angleterre. De fait, elle fera baisser les chiffres par une radiation draconienne des demandeurs d’emploi et l’entrée dans les statistiques de l’emploi les petits boulots de quelques heures. Les légendes tiennent à peu de choses...

Elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer et est morte d’une crise cardiaque. Elle avait donc un cœur. Finalement.

Denis Thomas


*Bobby Sand : Robert Gerard Sands, communément appelé Bobby Sands (né le 9 mars 1954 et mort le 5 mai 1981), était un républicain irlandais, membre de l’IRA provisoire et député à la Chambre des Communes du Royaume Uni du 9 avril au 5 mai 1981, mort après une grève de la faim de 66 jours dans la prison de Maze en Irlande du Nord. Il est considéré en Irlande et parfois même au-delà des frontières comme un héros de la cause républicaine mais également de la défense de la liberté et de la dignité des prisonniers politiques.


Source : Le Grand Soir
À lire (en français) : Iron Maiden commentary

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