mercredi 13 février 2013

Tunisie : la vérité n’est toujours pas bonne à dire


 Au matin du Mercredi 06/02/2013, l'assassinat de M. Chokri Belaïd, 49 ans, leader de l'opposition tunisienne, déchaîne la colère des Tunisiens et pourrait bien bouleverser l'échiquier politique du pays [1]. 


________________________________________________________

C'est de nos enfants qu'il s'agit !
par Mr Chokri Belaid



 
Ce sont nos enfants et ils devraient rappeler à M. Ghannouchi sa propre jeunesse. Quand on ouvre nos lieux de cultes, nos mosquées légitimement édifiées pour adorer le Dieu unique... Quand à Tunis, on «autorise des agents», à la solde de criminels US et de l'entité sioniste d'y pénétrer, dans le but d'embrigader nos jeunes gens, avant de les «envoyer se faire tuer, en Syrie», pour défendre un projet qui n'est pas le leur... Quand on laisse notre pays ouvert à ces voix venues de l'Orient ; ces voix, prétendument, pieuses, alors qu'elles n'appellent qu'à la «fitna» [sédition, révolte, émeute d'après Wikipédia] et aux illusions... Quand dans notre pays – le pays de Yadh Fadhel Ben Achour [2], le pays des réformes, du progrès, de la prestigieuse mosquée Zitouna [3] et de son université/ [4] - on laisse entrer ces tenants de la fitna et de l'ignorance... venus, aussi, des montagnes de Tora-Bora et d'ailleurs... Quand on les laisse prêcher la violence, dans les mosquées et les universités de Tunis... s'adonner à la violence... s'accaparer les prières du Vendredi... prononcer leurs discours incendiaires, pour inciter à la zizanie, aux assassinats, aux blasphèmes, à la discorde entre nous, et à la négation de notre identité tunisienne... on oublie qu'ils ne savent rien de la Tunisie !

Ils ne savent rien des valeurs de la Tunisie, vieille de 3000 ans. Ils ne savent rien de Mohammed ben Arafa al-Werghemmi [1316-1401], qui fut le premier à interdire l'esclavage. Les Américains et les Britanniques n'en savent rien ! Ils ne savent pas que cette région du monde a donné la première Constitution et la première Démocratie du temps de «Carthage». Ils ne savent pas que la première Constitution du monde musulman et de la patrie arabe date de « Ahd El-Aman» [Pacte de sécurité-1857] et que ce pays a fondé la première centrale syndicale, sous la présidence de Mohamed Fadhel Ben Achour [1946]. Ils ne savent rien de rien !

Et les voici qui nous apportent les prêcheurs de la fitna et de l'ignorance, pour nous prendre nos enfants, leur laver le cerveau, les armer, les corrompre de leur argent ; jusqu'à ce que l'on découvre que c'est «une affaire montée par des Services du renseignement», pour la mise à exécution d'un projet US-sioniste ! Oui... «Le projet qui consiste à partager la Syrie» en de multiples petits Etats divisés sur des bases ethniques : un Etat, pour les Sunnites, un Etat, pour les Alaouites, un Etat, pour les Druzes, un Etat, pour les Chrétiens... Idem, pour le Liban, etc. Où est-ce que tout cela nous mène ?

Cela nous mène à offrir une légitimité à l'entité sioniste, en tant qu'État juif. L'État n'est plus que religieux ! Nous ne pouvons plus parler, ni de patrie, ni d'union ! Nous ne sommes plus affiliés, ni à la patrie, ni à la citoyenneté, ni à l'équité ! Nous ne sommes plus fidèles à nos pays ! Nous ne pouvons plus penser «Al dine lil'Lah wal watan lil'jamih» [La religion pour Dieu et la patrie pour tous] !
Observez où tout cela nous a, déjà, mené, aujourd'hui. Observez notre jeunesse, délibérément, égarée ; le responsable de cet égarement étant «un gouvernement mêlé à certaines transactions», transactions, qui sont la cause de la transformation des maisons de Dieu, en lieux d'endoctrinement. Et, c'est notre peuple qui en paie les frais aujourd'hui ! De jeunes adolescents, sans éducation, sans savoir, et sans expérience. Il a suffi d'une «fatwa» lancée par un individu installé sous un «climatiseur», en Orient, en Arabie saoudite, ou au Qatar, capitale de la normalisation avec l'entité sioniste, pour que nos enfants, la chair de notre chair, aient à en payer les frais !

Chokri Belaid
Texte original : vidéo / Truth about Syria, publiée le 06/02/2013
http://www.youtube.com/watch?v=ql4HxWHBEEU&fb_source=message
Vidéo transcrite et traduite de l'arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Notes :
[1]Tunisie : le premier ministre va dissoudre le gouvernement
http://www.lefigaro.fr/international/2013/02/06/01003-20130206ARTFIG00386-l-assassinat-d-un-opposant-attise-la-colere-en-tunisie.php



[2] Yadh Ben Achour
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yadh_Ben_Achour
[3] Université de Zitouna
http://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_Zitouna
[4] Mohammed ben Arafa al-Werghemmi
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Arafa

BASTA! Journal de marche zapatiste يكفي ! جريدة المسيرة الزاباتية 



 Nadia Daoud témoigne :

L'avocat Chokri Belaïd, coordinateur général du Parti des Patriotes Démocrates unifié et leader du Front populaire tunisien, a été victime ce mercredi matin 6 février d'un attentat en sortant de son domicile à El Menzah. Atteint de quatre balles, il a succombé à ses blessures à la clinique Ennasr. Selon ses proches, il était sous surveillance policière depuis 3 mois. L'assassin a néanmoins pu commettre son crime en toute tranquillité. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant la clinique, scandant : "Ministère de l'Intérieur, ministère du terrorisme".

Lundi, Chokri Belaïd avait dénoncé la décision de prolonger l'état d'urgence jusqu'au 3 mars. Il est difficile de ne pas établir un lien entre cette déclaration et l'assassinat.

Le Premier ministre Hamadi Jebali (Ennahdha) a déjà annoncé que les enquêteurs disposent de certains éléments pouvant identifier l’assassin. Intervenant sur Shems FM, Mongi Khadhraoui, secrétaire général du Syndicat National des Journalistes Tunisiens, a déclaré que Chokri Belaid avait reçu plusieurs menaces de mort et avait déjà été victime d’une tentative d’assassinat dans un café à Tunis.

Le frère et la femme de Chokri Belaïd ont accusé Ennahdha et Rachid Ghannouchi d'avoir ordonné le meurtre.

 Jebali a de son côté dénoncé un «acte de terrorisme» contre la Tunisie, promettant de tout faire pour que le tueur soit arrêté rapidement. «Le meurtre de Belaïd est un assassinat politique et l'assassinat de la révolution tunisienne. En le tuant, ils ont voulu le faire taire», a ajouté Jebali. 

Le président Moncef Marzouki a écourté une visite en France, où il s'était rendu pour une réunion au Parlement européen, et annulé sa présence au sommet de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) jeudi dans la capitale égyptienne pour rentrer d'urgence à Tunis.

Le témoignage de Nadia Daoud, témoin oculaire de l'assassinat :

Ce matin à 8 heures moins le quart, j'étais au balcon et j'ai vu une voiture en face de chez lui, je n'ai pas fait attention, une voiture de location pour M. Chokri, qui était en bas de son immeuble, avec un chauffeur. Mon balcon était en position de profil par rapport à la voiture, donc je pouvais voir le chauffeur. Je n'ai pas vu ce qu'il avait comme vêtements, j'ai pas prêté attention à ce qui se passait, à un certain moment j'ai vu quelqu'un qui discutait avec le chauffeur, qui est venu le saluer, je ne sais pas ce qu'il lui disait. j'ai l'impression qu'il lui a passé un message - 5 ou 10 secondes - et il est reparti.


C'est une impression, pas une accusation, un constat. Il était arrivé par une rue et il est reparti par une autre. Après, comme me l'a dit une fille qui travaille dans l'immeuble, pour entrer tu as besoin d'un code, et elle n'avait pas le code, c'est Choukri qui lui a ouvert. Elle est rentrée et lui est sorti et le concierge est rentré aussi dans l'immeuble. La fille l'a vu rentrer dans sa loge et il a refermé sa porte à clé. Entremps, j'ai vu M. Chokri qui sortait de l'immeuble, il a ouvert la porte de la voiture et il a voulu la refermer, elle est restée à moitié ouverte, et quelqu'un est arrivé vers lui, il ne venait pas de loin, il n'avait pas une démarche naturelle, il avait juste une marche hâtive, une démarche pressée et les mains abaissées. Je n'avais pas remarqué l'arme. Je regardais tout ça sans faire attention. M. Chokri, j'ai l'habitude de le voir monter dans la voiture avec chauffeur, les gens font des allers-retours, 8 h. du matin c'est pas très tôt, il y a du mouvement dans la rue, le mouvement ne m'a pas dérangée. A un certain moment, le type s'est arrêté devant lui, il a plongé sa main et il a sorti son arme. Il a tiré en premier lieu sur la vitre de la voiture...

- Qui était fermée...
- Oui, elle était fermée. D'ailleurs les experts pourront déterminer si la balle a été tirée de l'intérieur ou de l'extérieur. il a tiré le premier coup sur la vitre. Le premier coup, c'était uen seule balle, le deuxième coup, c'était une sorte de rafale, quatre balles, c'est pas une arme automatique, c'est une arme normale, mais le deuxième coup, c'était plusieurs fois, avec un intervalle très court...

- Le premier coup, c'était pour briser la vitre, les suivants pour tuer...
- Exactement, le premier coup pour casser la vitre, les autres étaient dirigés vers la victime (...) C'est alors que j'ai commencé à regarder attentivement le chauffeur et l'assassin. Le chauffeur n'a pas bougé d'un centimètre, il n'a pas été touché, il n'avait pas l'air gêné. Le réflexe humain de base aurait été de sortir de la voiture, de courir chercher du secours, mais il n'a eu aucune réaction, il n'a pas bougé d'un centimètre. Puis j'ai vu une Vespa, ce n,'était pas une 103 comme on a dit, mais une moto du genre Vespa, couleur bleue ou noire, mais très foncée, qui l'attendait depuis le début, à l'arrêt, je l'avais remarquée, elle était arrêté au bout de l'immeuble qui est perpendiculaire au nôtre...D'après le bruit de démarrage du moteur, elle était en marche, quand l'autre est arrivé et il a enfourché la moto, elle est partie immédiatement. Elle n'est pas partie par la même rue, elle est sortie par la route qui traverse le bloc en face de chez nous, qui est cachée par des arbres. Il a fait le tour et il a disparu. Je ne pouvais plus le voir. Je n'ai pas pu voir vers où il est parti.

-Tu étais sous le choc...
- Quand l'horreur s'est produite, je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit, ni d'appeler ni autre, j'étais paralysée. La première réaction que j'ai eue, ça a été quand les gens ont commencé à crier, après les coups de feu, la sortie des voisins et les cris de terreur. Les voisins ont commencé à pousser des cris, les hommes criiaient, les femmes criaient.  J'ai commencé à paniquer, je ne savais pas par quoi commencer, appeler la police, les médias ou ma famille ? J'ai préféré d'abord ne rien dire à mes parents. Mon père s'était levé pour regarder quand il a entendu les coups de feu, comme tout le monde, parce que personne n'a vu la scène depuis le début...

- Parle-nous de l'intervention des forces de sécurité: est-ce qu'elle a été rapide ? Est-ce qu'ils ont sécurisé la scène du crime ? Est-ce qu'ils ont fait leur travail ?
- Heureusement, on a la chance d'avoir un service d'ambulances juste à côté. Les ambulanciers et brancardiers sont arrivés immédiatement, ça a été rapide. La police a mis 20-25 minutes pour arriver, ils ont délimité la scène de crime, il y avait les experts, ils ont examiné la voiture, la direction du sang, si la cartouche était venue de l'intérieur ou de l'extérieur. Les experts ont fait leur travail, peut-être qu'ils ont tardé parce que l'information a tardé à leur arriver.

-Tu as été interrogée à Gorjani, comment ça s'est passé ? Il y a des choses que tu peux dire, d'autres que tu ne peux pas dire ?
-Effectivement, j'ai été interrogée, j'ai fait ma déposition...

- Quand est-ce que tu es sortie de l'interrogatoire à Gorjani ?
- Très tard, à 10 heures et demie du soir.

- Qu'est-ce que tu peux dire, qu'est-ce que tu ne peux pas dire ?
- Ce n'était pas que des paroles, c'était du sérieux, un interrogatoire formel/officiel (rasmi). Toutes mes paroles étaient notées et prises en compte. Il fallait que je fasse attention, je voulais apporter de la lumière sur l'assassinat de M. Choukri mais je ne voulais pas porter de tort à des innocents. Déjà, avant de commencer à dire ce que j'ai vu, j'ai voulu dire que je ne reviendrais pas sur mes déclarations et que je n'ai dit que ce que j'ai vu, je suis absolument sûre et archi-sûre de ce que j'ai vu. 

La première chose que j'ai fait le matin, ça a été de parler aux médias, avant de parler à la police, parce que je ne voulais pas d'une affaire Lotfi Naghed bis. Il est mort d'une crise cardiaque etc.

 Deuxièmement, pendant l'interrogatoire, j'ai été confrontée au concierge de l'immeuble - moi je suis au quatrième étage, M. Chokri au premier - et au chauffeur. Ils ont essayé de le questioner et de détourner les questions parce qu'ils connaissaient déjà les réponses. Ils avaient les relevés de ses appels téléphoniques, ils savaient pertinemment qui l'a appelé et qui il a appelé, et ce qu'il lui a dit. Quand ils l'ont interrogé, il a menti, sur les appels qu'il a reçus. Ils l'ont questionné sur l'homme qui était venu parler avec lui le matin, il a nié, il a dit je ne sais pas, je ne suis pas au courant. Puis il a dit qu'est-ce qui se passe, je ne sais plus ce que j'ai dit. Il ne pouvait pas avoir oublié, ça s'était passé le matin même, pas l'année dernière. "Est-ce que tu te souviens de quelqu'un qui t'a parlé ce matin, quand tu attendais dans la voiture ?"

- Est-ce que tu sais quelque chose sur lui ? Est-ce que tu l'avais vu avant, venir chercher M. Chokri le matin ?
-D'après lui, il appelait M. Chokri "camarade", ils étaient du même parti. ça n'a pas été vérifié, je n'ai pas été informée que l'histoire est vraie, non...

- L'événement auquel tu as assisté, c'est un assassinat politique ? Qu'est-ce que tu peux dire de ton vécu, entre les interviews aux médias et l'interrogatoire policier ? Ton impression, ton analyse ? Quel est le message de Nadia la personne ? 
- Tout ce que je peux dire, c'est que Nadia la journaliste était complètemenht absente. Mon comportement de ce matin n'a pas du tout été celui d'une journaliste. Une journaliste n'aurait pas réagi comme ça, elle aurait plutôt cherché à connaître la vérité, à se saisir d'une caméra et à descendre filmer, au moins la première scène que j'ai filmée, ça a été la scène de l'ambulance, mes mains ne pouvaient rien saisir avant ça. Je ne pouvais même pas parler, j'étais tétanisée, M. Chokri étant un ami...(ici la vidéo s'interrompt)


Source : Emine Mtiraoui, Nawaat, 6/2/2013. Traduit par Tafsut Ait Baamrane, Tlaxcala

Aucun commentaire: