vendredi 25 janvier 2013

L'Amour d'Alep (Récit-témoignage)



Halap, Alep : pour ne pas oublier Alep !

Par Simone lafleuriel-Zakri



Depuis des mois  les images qui nous arrivent de toute la Syrie mais plus particulièrement celles Alep,  nous plongent dans  une insondable  tristesse, dont il est bien  difficile d’ailleurs de rendre ici l’exacte  intensité !



Douleur indicible


Mais  ce que nous ressentons en plus de cette douleur constante qui s’éveille en même temps que nous, c’est un sentiment d’impuissance extrême qui suscite en nous, profondément, une colère tenace et une grande exaspération !



Ce qui  nous attriste c’est bien sûr cette totale destruction, menée méthodiquement, de ce qui était la Syrie économique artisanale, industrielle… et du secteur privé ou public ainsi que le désarroi, la désorganisation, la souffrance quotidienne et la paupérisation si rapide de la majorité de la société syrienne.






Plus particulièrement le sort tragique, la lente agonie  d’Alep qui nous minent, de cette ville, une des plus anciennes de l’humanité avec Damas, et de sa population atteintes dans toutes  ses composantes.

Chaque nouvelle année, avant ce drame, nous constations pourtant que la Syrie allait de mieux en mieux, et surtout qu'elle entretenait de meilleurs rapports avec ses voisins. Le pays se développait régulièrement  à défaut, il est vrai, d’être dans une avancée très égalitaire. Le pays avait commencé à se  débarrasser d’une corruption récurrente, d'un de ces ces maux qui sévissent partout dans le monde. C’est malheureusement une triste évidence qui fait le titre incontournable, depuis des années, de l’un des chapitres du manuel lycéen d’Histoire-Géographie : « un monde de plus en plus…inégalitaire  !»



Les Syriens pouvaient  croire, surtout ces dernières cinq années, en un futur aussi paisible et qui verrait accourir chez eux, à la découverte des milliers de sites archéologiques, culturels et de leurs paysages et de leurs divers quartiers historiques, toujours plus de touristes  étrangers  dans  ces lieux où l'accueil    toujours très chaleureux des habitants y ai des plus raffinés. Ces lieux si variés, partout, se    multipliaient mais voyaient aussi s’y  diriger une clientèle locale ou régionale.



Mais ce que nous constations surtout, c’était la modernisation la jeunesse, cette composante très majoritaire et très active de la société syrienne. Nous voyions ces Syriens à peine sortis de l’adolescence  se  mettre  au travail  avec  tant de courage, de maturité  et  de compétences le plus souvent acquises sur le tas, y compris dans les domaines complexes de la recherches scientifique, du commerce international ou du secteur bancaire. Ces toutes jeunes filles ou jeunes garçons étaient impeccables dans leur travail, courageux et toujours souriants quand nous les surprenions par  exemple à l’oeuvre derrière les bureaux très modernes des banques, ou dans le secteur hôtelier ou de la la restauration ou des  services divers en pleine expansion.



Exaspération


La raison de notre exaspération est autre.
Elle  naît du spectacle par nos médias interposés  et  si complaisants,  de ce  déferlement sur la Syrie et surtout du  passage obligé et sans aucune légalité, dans tout le nord du pays et à Alep, de journalistes  et de photographes. Totalement étrangers à la région  et ignorants de ce qu’était et ce qu'est la Syrie,  tout juste  débarqués, ces reporters se targuent en prime de nous  expliquer ce qui s’y passe mais avec la   complicité des opposants les plus fanatisés.



Peu de ces reporters sont régulièrement encartés par un média officiel. Ils accourent d’eux-mêmes, attirés par ces malheureux  pays devenus des champs de guerre, de destruction mais champs de manoeuvres recherchés pour nos armées en manque de nouveau terrain d’expérimentation.  Les autres, journalistes patentés de longue date, pour la plupart sont à la recherche de piges alléchantes et de reconnaissance dans  la très fermée sphère des informateurs.  Tous  se sont  donc introduits dans le pays  en électrons libres,  se sont aussitôt postés aux frontières dont la  Libanaise  mais surtout la Turque, à la recherche d’appuis  logistiques par des seuls groupes armés, pour pénétrer là où leurs photos seraient les plus à même d’être retenues et bien payées ! Certains   rentrent même en Syrie pour devenir journalistes comme le titrait l’un de ces personnages pas très argentés, prêts  à tout contact,  y compris négocié,  et en mal de passage, dans un de ces  grands magazines-photos qu’on lit chez le dentiste ou le coiffeur. Tous  cherchent  d’abord la bonne affaire, que se présente l’occasion, comme l’explique clairement dans son ouvrage, Edith Bouvier exfiltrée de Homs, de devenir  de "grands reporters" de guerre, et de  réaliser enfin de un ces  reportages  dont ils  rêvent tous – c’est encore Édith Bouvier qui le souligne – et qui, chèrement négocié, les propulsera à la Une de la presse.

En réalité tous s’abattent comme des vautours, avides de clichés sinistres. Ils achètent au prix fort leur passage clandestin en Syrie du nord et Alep par la Turquie. Ce passage – comme le dévoilait encore cet « apprenti journaliste -  est taxé au minimum deux mille euros pour un seul aller par les plus fanatiques de ces bandes de djihadistes qui ont fondu en masse sur ce malheureux pays !  S’y ajoutent  les frais de leurs guides, les véhicules et le prix de leurs quelques jours et nuits de séjour. Une maison  volée proche d’Alep, est réservée à ces reporters étrangers dont des Européens _ précise un autre ! Aucun ne manifeste jamais de gêne à s’installer  chez des habitants syriens chassés de chez eux, de leur intime et  précieux  domicile ! Ces habitants s’ils veulent  récupérer leur  bien devront  s’acquitter à ces  occupants mercenaires, d’une somme  qui en général s’élève à cent mille dollars  ( !!! )



Ces voyeurs  sont  doublement étrangers à la Syrie et ils n’avaient auparavant, pour la plupart, jamais mis les pieds dans ce pays que nous, nous avions appris à aimer depuis si longtemps. Ils n’avaient jamais exprimé, par exemple,  aucun intérêt ni pour les sites  antiques ni la vie quotidienne et actuelle du peuple   syrien, qu’il  soit citadin  ou paysan  ou  bédouin descendant  d’une de ces tribus célèbres  qui parcouraient depuis toujours la steppe ou « badia » syrienne, mais aujourd'hui en bien moins grand nombre qu’autrefois.  Pourtant l’existence  de ces tribus itinérantes ou semi sédentaires  qui foulent le sol syrien  depuis des millénaires et qui mènent leurs troupeaux  du  grand Sud et des profondeurs  de l’Arabie jusqu’aux confins de l’Anatolie au nord. Depuis trois siècles au moins, et avant tout autres  multiples et si riches  intérêts  de ce pays, ces Syriens de la steppe  attiraient d’innombrables voyageurs européens, archéologues, historiens,  marchands ou aventuriers.


D’ailleurs ce bédouin, témoin incontournable d’un authentique Bilad ash Sham, et tellement enraciné  dans  la terre de ses parcours ancestraux, accueillait depuis toujours  tout étranger parcourant sa région en solitaire, ou en groupes ! Il lui ouvrait très  chaleureusement sa tente orientée vers le sud d'où il était très facile de contempler les premiers rayons du soleil levant. Elle est le plus souvent installée dans un champ ouvert sur l’horizon, sans arbres ni buissons, et planté  de  luzernes, de lentilles, de coriandre ou de fèves récemment  récoltées  comme des  céréales. Comme il etait odorant ce blé qui venait d’être entassé sur le pré, brûlé-grillé pour le « friké ». En quelques pas sur une terre hérissée d’épisras et encore drus, piquetant les sillons de terre rouge, très rapidement entouré d'un groupe d’enfants, le visiteur ravi atteignait  la campement. Non loin, assises en cercle à même le sol, après les travaux de la matinée, les femmes à foulards bariolés et larges robes qui tenaient conseil, s’empressaient de l'inviter,  alors qu'il étair en train de saluer les hommes. Dans la steppe, le thé de l’hospitalité était aussitôt offert à ce visiteur toujours bienvenu. Celui-ci, de cet accueil syrien,  gardait des images hautes en couleurs et le souvenir ému de toute une famille accourue à sa rencontre, toujours  souriante et volubile, comme si elle avait attendu sa visite impromptue depuis toujours lors d'un hivernage près de Palmyre ou dans les environs de Homs, ou encore durant leur estivage obligatoire, dès le printemps installé, déjà bien ensoleillé et chaud, près des vergers d’agrumes et les étroites plaines bien cultivées qui s’étirent jusqu’aux rives paisibles de la Méditerranée.



Sans qu’on l’en prie, ce flegmatique syrien, fortement racé, annonçait immanquablement l’origine de  son clan, faisait remonter son histoire jusqu’aux  premiers  temps de  sa tribu, de celles qui sont toujours   sur la route des sables du grand  désert - le farouche Quart Vide - qui  lèche de ses dunes mouvantes, la  « Mer du Bas » - Mer d’Oman - et  Océan indien – vers les  pâturages  verdoyants et  bien  arrosés du  nord lointain, aux premières pentes de l’Anatolie, et sur les rives des fleuves de la Mésopotamie  mythique,  entre Tigre et Euphrate !



Ces  campements du monde bédouin syrien ne sont jamais  loin de ces routes bien asphaltées qui les  mènent  aux marchés ou aux administrations  de la ville proche où vivent ses frères citadins. Elles relient le touriste venu du bout du monde à ces multiples sites anciens de la commune aventure humaine, aux musées des villes qui en gardent les témoignages, et  à la foule mouvante de ces capitales  qui n’ont jamais cessé d’être  les actrices  de l’enrichissement de notre patrimoine universel.



Des journalistes en terre syrienne massacrée


Non, ces actuels étrangers à la Syrie vraie, authentique, enracinée dans sa terre millénaire ne sont jamais venus, eux, en  touristes  et  la rencontre de son  peuple   !  Leur arrivée en terre syrienne, aujourd’hui massacrée, se multiplient  à l’envi ces derniers temps. Avec pour but de ramener des reportages bien    rémunérés par  leurs commanditaires et  orientés selon  la  demande des bandes très armées qui les guident, les promènent là où elles le veulent exactement sans qu'il soit question pour eux  de s’écarter et d’aller librement demander leur avis aux Alepins, eux depuis des jours et des jours, terrorisés !



Leurs « témoignages »  ne font donc que présenter sur les écrans  ou  dans les  pages des  magazines, les seuls faits et gestes de ces « opposants » en brigades, sans aucune nuance ni objectivité. Ils ne relateront donc rien des exactions contre la population syrienne, commises par de plus  en plus de combattants mercenaires accourus en grand nombres d’Afghanistan, de Libye, de Tunisie, de Tchétchénie, d’Europe même, et d’ailleurs ou plus directement de la frontière turque toute proche, au nord.



Ces "publicités"à la gloire de ces rebelles qui les ont commandées, ne sont pas anodines. Les photographies étalées sur deux pages d'un quotidien que je lis, représentent des rues d’un quartier populaire d’Alep que je connais bien,  près de la citadelle, en hiver et par un  jour de pluie, ont été à dessein rendues plus sombres encore qu'elles ne le sont réellement à cette époque! Elles sont destinées à nous mettre  en condition, nous les  citoyens de France, pour la plupart ignorants de ce que sont les vraies  raisons de la complexe  géopolitique de la région, des avatars d’une histoire toujours tragique et qui toujours témoigne  d’une ingérence  étrangère permanente. Il  leur fallait donc  ces mises  en scène très orientées, montées avec la plus grande partialité, pour ne retenir que le  spectacle horrible de  ce qu’est  devenu l’ensemble du pays, et cette ville : notre Alep, si particulière, si attachante où nous résidions  avec bonheur depuis  tant d’années. ET  non ! Ils ne se sont pas empressés  en Syrie  pour témoigner de la détresse d’une population désormais  en survie, de ses sentiments  amers  ou de ses questionnements angoissés  sur ce que lui réserve l’avenir, ni  sur l’immense et lente  tragédie que tous les Syriens, sans exception, vivent à tous les niveaux, sans exception, de leur société.


Alep  et l’incrédulité


C’est  aussi, et d’abord, un sentiment d’incrédulité qui s’ajoute à notre peine quand, sans cesse, Alep se rappelle à nos innombrables souvenirs.  Un doute nous réveille encore et taraude nos esprits à peine  éveillés et  c’est cette phrase qui aussitôt  s’installe et tourne en boucle  dans notre esprit :.
« Non ce n’est pas possible, Alep ce n’est pas cela ! »



Ces reportages gravent, dans notre mémoire stupéfaite, et contre notre volonté révoltée, leurs clichés pris par ces étrangers qui ont pris possession, un jour récent, de mon quartier et des quartiers de la  Vieille ville,  et  tout  récemment,  d’une Alep  à terre !



Les images se superposent désormais et en permanence  sur nos souvenirs de  l’Alep que nous connaissions si intimement mais qui, aujourd’hui, est devenue, pour tant d'entre nous qui l'aimons,  complètement inaccessible, interdite ! Oui, interdite jusque dans ces quartiers qualifiés de "libérés" par ces  journalistes qui les ont parcourus grâce à l'aide d'opposants très  intolérants et bien décidés  à y faire régner uniquement leurs lois  ! Les visiteurs pour leurs médias ont instaurés un tribunal appliquant la charia  – il fonctionne  ou fonctionnait en effet  près de la citadelle -   et une  salle de classe  aux fillettes très voilées surveillées par une institutrice dont on ne voyait que les yeux - Le  journaliste   étranger   ajoutait  que les opposants  lui avaient bien précisé  que  ces enseignantes étaient  enfin libres puisque,  avant, elles devaient exercer comme en France, dévoilées !



« Non ce n’est pas possible, Alep ne peut  être  cela !  Cela ne peut pas être ces ruelles  alépines que j'ai connues  !  Non impossible ! Elles ne sont pas d’Alep ces chaussées dévastées du souk où je me rendais  quotidiennement, ni ces artères que bordaient, il y a encore un an, ces innombrables magasins où s’exposaient souvent dans un sympathique entassement mais avec beaucoup de goût, tant de marchandises variées.  On nous montre aujourd’hui des  trous béants, aux fils  pendants, aux rideaux de fer défoncés. Il nous faut  découvrir, atterrés, ces avenues  d’habitude si animées  et  aujourd’hui  vidées  de passants, jonchées de détritus, encombrées de monceaux de pierre et de béton et devenues  impraticables ; ces immeubles effondrés aux façades criblées et noircies, ravagés par le feu, dévastés et pillés. Non ! Ce ne sont pas les Alepins toujours affairés  que nous  croisions,  toujours en mouvement, qu’ils ont photographiés, eux ces voyeurs étrangers, en files pitoyables d’hommes aux visages si fatigués. Sous la glaçante pluie d’hiver, ils attendent d’introuvables bouteilles de gaz ou, pire encore, la distribution d’un ou deux rifs de pain chèrement payé  !

Dans les quartiers de l’est d’Alep où les  guides- gardiens de leurs déplacements  les ont  entraînés,  ces reporters  ont  fixé pour leurs vidéos, ces carcasses pitoyables de voitures, ces truck suzuki auparavant toujours  surchargés, ces autobus qui, achetés en Chine, à mon dernier séjour, étaientencore neufs et   confortables. Ils desservaient  très  régulièrement tous les quartiers d’Alep. Je les voyais en grand nombre, s’alignant derrière la Mosquée aux palmiers pour  débarquer ou reprendre, non loin de la citadelle, une foule  de travailleurs ou des familiers  des souks et des fabriques proches.





Il y a aussi ces ambulances de la Croix rouge syrienne, que j’aperçois sur  mon écran, criblées d’impacts de balles et laissées, épaves pitoyables, abandonnées, en travers de la chaussée.

Que sont devenus les gens  de Jdaidé ?



Une photographie  que je reçois d’Alep montre la nef de cette  église arménienne  devant laquelle je passais toujours en remontant à pied, des rues si passantes d’Azizié vers les hauts du quartier où se trouvait la caserne des pompiers. Je ne l’identifie pas tout d’abord. L’édifice est dévasté, vandalisé, brûlé !




C’est avec la  même incrédule et douloureuse  interrogation  que je découvre  le cliché de ce qui reste d’un des premiers restaurants et hôtels installés dans d’anciennes demeures artistiquement  restaurées proches de la place de Jdaidé, depuis toujours bordée de boutiques d’antiquaires et de bijoutiers arméniens, experts dans le travail  de l’argent ! Le Dar Zamaria et sa spacieuse terrasse, autrefois soigneusement décorée et  au  mobilier raffiné est méconnaissable !


Je ne reconnais pas non plus, dans une autre photographie, la salle célèbre du restaurant Sissi.  En scrutant le cliché  je sais enfin que c’est bien là, l’intérieur de ce chaleureux restaurant. Du rez-de-chaussée, seul visible, il ne reste rien d’autre que des amas de débris  qui encombrent le sol. Mais oui, ces quelques  détails du haut de la façade intérieure à peu près intacte, me confirme que c’est bien tout ce qui  témoigne encore du raffinement de l’endroit, il y a un an encore si convivial. S’y rendaient dès le printemps des groupes de touristes de toutes nationalités. Mais tout au long de l’année, les résidents étrangers d’Alep : étudiants ou chercheurs, archéologues ou gens d’affaires y côtoyaient régulièrement des  artistes et des  passants des deux sexes. C’était aussi le lieu de rencontre, les veilles et jours de congés  de familles chrétiennes souvent arméniennes du quartier  ou les jeudis soirs et vendredis  des  familles musulmanes  et de  toutes les confessions, en toute fraternité. Et chaque nuit s’y attablaient  de bandes d’amis alépins  !



Un soir  pas tout à fait comme tant d’autres soirs, une  quarantaine de  joyeux convives d’un mariage  décontracté  avait occupé tout l’espace de ce rez-de-chaussée. Mes filles et moi, nous y étions venues pour des vacances très ensoleillées et moi, l’habituée aux trois saisons agréables de l’année, j'ai difficilement pu trouvé une place alors que, considérées comme de  très  fidèles  clientes, le joli coin un peu sombre,  et bordé d’une courte  balustrade en bois  nous était pratiquement réservé !

Nous y étions installées non loin du bar établi à l’entrée côté « place » opposé au  côté « ruelle ».
 

Les habitués du Sissi situeront l’endroit. De là nous avions la meilleure vue sur tous les convives.    Casés quand même à notre table habituelle, nous observions l’assemblée entourant le jeune  couple : une assemblée mixte, hommes et femmes ensemble bien sûr, et comme il est normal dans ces familles chrétiennes. De notre poste  un peu surélevé, nous admirions les élégantes toilettes féminines ! Très vite mais comme il est  courant en cette Syrie, réputée pour son ouverture d’esprit et sa générosité, nous étions invitées à participer aux toasts. Le  champagne était offert à tous, y compris à ces étrangères   débarquées par hasard dans ce joyeux dîner de fête. Nous entonnions avec entrain les chansons proposées par le jeune  DJ.

Nous avons gardé de cette très joyeuse et très décontractée soirée de mariage, un très vivant  souvenir et c’est à cette soirée que je pense atterrée.


En découvrant avec horreur le lieu affreusement mutilé qui nous était si familier, je me demande ce qui reste de cette petite place qui se transformait sans cesse, ouvrait des boutiques de plus en plus coquettes  et accueillait chaque soir, sur les bancs installés en son centre, sous les arbres, les familles des  demeures proches venues observer le va-et-vient des groupes de touristes. Les enfants  y jouaient tard le soir et en toute  sécurité.



Alep d’avant le chaos et la vie  interrompue


A vrai dire, pendant toutes ces années  heureuses et paisibles où je retrouvais Alep, la petite place  de Jdaidé n’était jamais exactement la même. Elle s’animait. Dans les ruelles adjacentes, de nouveaux restaurants s’ouvraient mais on y allait toujours, pour déguster le meilleur foul d’Alep, dans une minuscule gargote où les places aux quelques tables disponibles étaient, dès le vendredi matin,  très  disputées ! Comme dans d’autres quartiers anciens ou plus modernes d’ Alep, Jdaidé  était en peine expansion ! La place s’apprêtait même à être très visitée. Comme dans toutes les autres parties de la ville modernes, sa fréquentation devenait familière à toute cette population alépine des  quartiers anciens  et des classes  les  plus  modestes qui aimaient tant sortir, s’installer  en famille  ou en couple ou entre amis et amies, partout où il était  possible de  passer  tranquillement la soirée. Mais les abords de la citadelle dont une partie dégagée de chaque côté de la grande Porte et aux pieds de la volée de marches, étaient devenues zone piétonnière, avaient connu les plus grands changements, ces temps passés.  Jusque très tard dans la nuit, une foule y convergeait désormais, venue de tous les quartiers y compris des plus excentrés et des plus  populaires, ceux de l’est et du sud-est de la forteresse. Elle   pouvait y côtoyer  enfin et, en été, jusqu’au  milieu de la nuit, les Alepins arrivés  mais en  souvent avec de grosses cylindrées, des quartiers  les plus huppés : ceux de l’ouest  encore  aujourd’hui assez épargnés. Ils gagnaient dans  leurs plus beaux atours, les tables très  chics des nouveaux cafés et de plusieurs restaurants qui faisaient juste face à l’entrée de la citadelle.






A vrai dire, ces Alepins et ces Alepines surtout ignoraient superbement la foule dense qui occupait  tranquillement le pavé !  Ce pavé, ils ne le foulaient jamais et descendaient de leurs véhicules que pour s‘engouffrer dans ces  si jolis et tout nouveaux établissements. C’était cela aussi Alep ! Un pavé qui se voulait avec son haut tout en ignorant ignorait le bas, pour essentiellement des raisons de bas de laine bien ou pas assez bien ou pas rempli.



Pourtant leurs parents  souvent  devaient leur  aisance  au  travail qui depuis des générations se  faisait à proximité ! Je savais très  bien  aussi que  ces visiteurs  souvent plus qu’aisés n’avaient aucune envie de partager quoique ce soit de l’ambiance ni même d’un peu de l’air si paisible  de cet  antique site  qui, depuis tant d’années  voyait surtout des   étrangers   venir le découvrir et parmi eux, des touristes sous le charme et qui l’exprimaient.



Certains Alepins   mais très peu, s’installaient pourtant pour y vivre, aux côtés de la  population  la plus authentiquement alepine !



Les habitants et artisans du Khan Chouné  m’avaient raconté que leurs grands parents avaient été  chassés des maisons installées dans la citadelle à l’époque mandataire.  Quand la restauration de l’édifice avait été décidée, re-installées aux alentours  proches des murailles, leurs familles avaient  alors été considérées, elles aussi, comme des étrangères ! Elle étaient souvent encore désignées par ce nom né de leur éviction de l’enceinte !



Le plaisir de vivre  d’antan  a fui

Ce sont les Alepins de toutes origines qui aimaient venir profiter de la fraîcheur dans les parties les plus boisées de la métropole  ou les plus à la mode. En couple ou en groupe,  laissant les enfants jouer librement dans ces espaces  sans voiture qui se multipliaient, ils bavardaient ou se reposaient en buvant un thé ou une boisson achetée dans le kiosque  rapidement installé tout près et  observaient des heures durant   les va et vient de toutes sortes de promeneurs.


Qui est donc cette syrienne  qui avait choisi  de vivre aux Etats unis et n’avait depuis longtemps semble-t-il, pas eu envie ou l’occasion de visiter sa ville d’origine  et qui  racontait dans une sorte de poème  prétentieux traduit  en français que la ville multi millénaire était immuable, qu’Alep n’avait  pas  changé pas d’un iota, ne changerait jamais !  Alep, au contraire  n’arrêtait jamais de s’adapter non seulement aux changements économiques et à la mondialisation galopante, mais encore aux nouveaux besoins d’une  population entraînée par ses très nombreux jeunes peut-être,  qui voulait  vivre sans trop de ces  entraves du passé,  et profiter aussi agréablement que possible et comme partout, de ce qu’elle croyait  être les plaisirs  de la vie d’ailleurs : la vie d’un monde  occidental, hélas, si souvent factice mais effectivement plus décontractée. Tous en découvraient les aspects  sur les incontournables écrans des télévisions internationales.



Pour, chez moi, ne pas oublier De Bab Qinesserin, mais à quand de nouvelles retrouvailles ?


Lisant il y a peu de temps, avec attention, un de ces textes de journalistes dont celui encore étalé là, sous mes yeux, en deux pages d’un quotidien qui l’a voulu illustré de photographies très lugubres, j’imaginais  avec colère cette  inconnue des habitants de mon  quartier  qui venait d’en parcourir les ruelles, en compagnie de ces hommes armés et si contents semble–t-il d’exhiber leurs batterie d’engins de mort très sophistiqués : de ces  guides obligés, tous barbus  et aux mines des plus patibulaires.
Elle avait dû, en particulier, remonter  cette rue aux pavés centenaires qui m’était si familière, et qui en trois coudes brusques,  va de Bab Quinesrin  à la citadelle. Cette rue  me ramenait régulièrement  et en toute sécurité,  à toute heure du jour ou de la nuit, chez  moi, dans  notre demeure aujourd’hui occupée  par un groupe de djihadistes libyens et qui l’ont sans doute vandalisée,   pillée, défigurée. En en chassant par la force  la personne de notre famille qui s’y était réfugiée avec les siens, en s’emparant des clefs  sous la menace et en cassant  les portes intérieures,  ils l’ont en tout cas  violée !
Même sans avoir besoin de  fermer les yeux, depuis des jours, sans cesse, je m’obligeais à  retrouver très précisément tous les détails  de ce  chemin vers ma maison   afin de ne  rien oublier ! Mais je   découvrais, par quelques informations  donnés en toute  méconnaissance des lieux, que sans aucun doute  cette journaliste sous influence, avait  suivi ce même  itinéraire.


Souk, avant la guerre



Un photographe  était là  aussi qui pris   sur leur  route  le cliché pitoyable de la chaleureuse petite boutique  de mon  voisin coiffeur, à l’entrée du souk du coton. Assis à l’intérieur, un pauvre  homme  âgé – un de mes voisins d’avant - pleurait  en racontant  sa maison, elle  aussi  perdue.  Que lui restait-il pour protéger  ces années  qui lui restent à vivre : rien ! il est ruiné ! Il n’a plus rien ! Le coiffeur  et sa famille dormaient, eux,  désormais dans la petite pièce où l’artisan  continuait pourtant  à travailler !
Cette étrangère allait, ainsi, chez nous, là où nous étions si tranquilles et vivant tous ensemble en toute confiance. Elle  y allait  en aveugle soigneusement encadrée par ces hommes qu’elle avait  payés mais pour qu’elle raconte en France, ce que eux, ils voulaient qu’elle  écrive sous leur contrôle !


Souk en feu




Sans doute encore était-elle passée, cette femme, devant ma demeure désormais interdite, mais, elle,  en ignorante complète et totalement indifférente de ce qui se cache de raffinement  derrière les hauts murs  de pierre de ces antiques maisons d’Alep.



Ces gens  qui  racontent   notre ville,  veulent pourtant  se faire passer  dans leurs journaux ou à la télévision, pour des habitués et de  fins  connaisseurs des  lieux qu’ils ne  furent jamais, pas plus que de  nos ruelles  familières, aujourd’hui méconnaissables et elles aussi, profondément salies, et dévastées !



Sans   doute   sont-ils  passés sans même un regard apitoyé, devant ma  maison et devant d’autres de ces anciennes  demeures des siècles passés, aujourd’hui  vandalisées ou plus simplement occupées par ces soudards sans foi ni loi qui n’ont  aucun respect  pour l’intimité de ces  maisons arabes qui savaient  autrefois si bien la préserver.



Violées donc, nos belles demeures à cour ombragée de vignes, de plantes en pots au parfum de menthe, de basilic, de géraniums odorants et même de bougainvilliers récemment installés et qui partout, au soleil syrien, croissaient avec une  vitalité remarquable. Aujourd’hui, partout ils sont complètement  desséchés ! Occupées donc, nos maisons rafraîchies d’un antique  bassin de simples pierres soigneusement ajustées, ou taillé dans le marbre et flanqué d’une fontaine toujours bruissante :  une  mélodieuse salsabil !



Que pouvait-elle cette  visiteuse étrangère connaître de leurs  beautés d’avant le séisme, elle pour qui ces maisons n’avaient jamais daigné aux temps paisibles, ouvrir leur  basse, étroite et unique petite porte    pour qu’elle puisse  découvrir tout leur charme  !



Inconsciente  déjà des outrages  subies ces temps par tous ces murs témoins d’une histoire si ancienne,   que savait–t-elle  cette  passagère d'un temps très bref en passant par l'étroit couloir qui y mène  presque en secret, de la quiétude de la cour où il débouchait soudain ? Elle qui ne voulait raconter  que le désespoir et la misère, pouvait-elle  expliquer  à la France, que, spacieuses ou juste réduites à un mouchoir de poche, ces cours  étaient  toujours  bruissantes de l’eau jaillissante de l’incontournable  « berké » ; que pour les plus vastes, elles étaient ombragées de jasmins denses, de citronniers, d’orangers ou de bigaradiers chargés aux premiers mois de l’hiver de fruits par centaines et que des familles y vivaient en toute tranquillité et en toute sécurité.



Mais ne sont-ils pas, tous ces arbres, par  ces jours de grand froid et de chaos, abattus et détaillés, pour servir de combustible à des chauffages improvisés pour des Alepins désormais transis. Abattus et sacrifiés  mais comme tous les arbres des jardins publics, les grands eucalyptus ou les centaines de pins d’Alep de la  coulée verte qui  sépare la large chaussée d’un double boulevard : la ceinture, l’Alep des années plus lointaines de celles  plus récentes, et les diverses strates de l’Alep de toujours, de ces  nouveaux quartiers : certains enfouis dans la verdure dont ceux de l’Alep Nouvelle, ou  d’Al Za’ara.  Eux aussi  de   temps à autre, sont au cœur  maintenant  de violents  combats ou d’attentats  aveugles et atrocement meurtriers.







Refaire  sans cesse mon parcours  pour ne jamais oublier !


Ce parcours esquissé  par la journaliste est celui  que je m’obstine le plus souvent  à refaire en pensée à toute heure de la journée, comme pour reconstituer obstinément le lien que nous avions construit ensemble, ma rue et moi.



Mon cheminement à moi  vers mes retrouvailles journalières avec ma maison n’avait  rien d’une aventure dangereuse ! Bien au contraire !
J’étais arrivée chez moi quand  je descendais d’un  du taxi  qui devait  sur le terre-plain devant la Porte de Quinessrin, et faute de  pouvoir poursuivre dans la vieille ville son périple, se délester de ces passagers.



Passée la haute  porte fortifiée et l’habituel coude voûté  franchi, le jeune handicapé sur son fauteuil roulant  proposant au passant des boîtes de mouchoirs et le vendeur de fruits, dûment  salués – ce dernier  souvent voulait que son fils m’aide à porter mes paquets ! J’allais, un peu en boitillant ou en choisissant où  poser  mes pieds à cause des anciens pavés disjoints et irréguliers. Je connaissais chacune des boutiques ouvertes à toute heure : celle, toute odorante des pâtisseries fraîchement  sorties du four. A la devanture  ouverte sur la rue, l’artisan  avait déjà aligné sur les plateaux ronds, des croissants bien dorés et tout gonflés de  thym ou de chocolat ! Plus loin, à gauche la boutique  des narguilés vendait aussi les  sacs de charbon de bois et les tabacs parfumés, à la pomme par exemple. Il y avait celles  plus nombreuses des rouleaux de tissus et celles à peu plus loin, des épices et des fruits légumes frais. Je passais l’entrée de l’impasse à trois coudes au fond de laquelle se cache la grande maison d’un musicien connu.  Sa porte est mitoyenne de celle d’un khan où séchaient des  tonnes d’herbes médicinales et aromatiques prêtes  à être expédiées, enfermées dans de grands  sacs de jute bien renflés  ! J’allais  souvent  rendre visite  aux jeunes qui s’activaient  dans l’ancienne demeure assez délabrée mais aux senteurs d’un grenier à foin en été. C’était juste histoire de tirer d’un de ces sacs  une poignée de verveine ou de thym, des fleurs de camomille, du fenouil…
j’étais toujours autorisée à en fourrer une grosse poignée dans mon sac et plus  si je voulais !



Revenue dans la ruelle   juste en face, un étroit couloir  à marches, descendait, à gauche, vers  la porte  minuscule du vaste et luxueux hôtel Mansouria. De la rue, la porte rarement ouverte laissait entrevoir un luxueux et très grand bassin ! Ces deux très belles et luxueuses demeures aujourd’hui sans doute, sont  occupées ou vandalisées. J’ai reconnu un jour dans un autre cliché, le salon aux parois de bois peintes, dans lequel posait avec leurs armes un groupe de mercenaires à têtes ceintes du bandeau noir de rigueur !
Un  peu avant l’entrée du bimaristan à ma droite et à gauche de la petite porte du grand vantail de la   savonnerie, je devais prendre à angle droit  la rue qui, en ondulant, allait  ensuite en une centaine de mètres me ramener  chez moi.



Au passage, bien sûr, je guettais, un peu plus l’ouverture de la toute petite  échoppe du vendeur de la meilleure  poudre de thym et sa minuscule entrée flanquée d’une  ancienne colonne de basalte plantée là en ne  sait pourquoi, elle appartenait  à une longue lignée de vendeurs alepins de l’indispensable zaatar, de celui qui se déguste sur un rif de pain arrosé de bonne huile d’olive !  Mais  tout Alep savait qu’on trouvait là et là seulement  la meilleure qualité de l’épice composée!



Si le vendeur  était là, je faisais provision de sachets que je livrais plus  tard chez mes amies des quartiers plus chics ! J’ai appris, il y a quelques mois, que son père âgé (ou lui-même) avait été agressé  par des voleurs ou des hommes armés et qu’il était mort !



Bien vite j’atteignais le niveau de la menuiserie très encombrée d’outils et de planches taillées et de bois  à dégrossir. Un vieil homme qui  semblait vivre sur un amas de copeaux, assis sur une chaise paillée  surveillait en permanence la rue qui, à son niveau, se faisait fourche, à dent droite plus large et montante.  Un léger coude vers la gauche puis un virage à angle droit, et la haute façade de ma maison s’imposait  aux regards et semblait barrer le passage.



Nous avions flanqué la modeste entrée de deux grands bidons remplis de terre. Des lierres chétifs s’efforçaient d’y  croître,  même de se lancer à l’ assaut de mes deux étages pour recouvrir peut-être un  jour les pierres du très haut mur.  Ces « tanakés » étaient là pour décourager  de se garer  juste devant porte, au point de nous empêcher d’entrer, les innombrables voitures des habitués  des souks  ! Nos ruelles étaient toujours encombrées mais au soir, à peine le souk  vidé de ses occupants, elles étaient     livrées aux ébats nocturnes de dizaines de chats. Très sûres de jour comme de nuit, bien éclairées, j’ y  croisais  toujours des passants. Très souvent, ils me saluaient. Je ne les reconnaissaient pas tous mais eux savaient !



Ma maison volée, interdite  !


Je  veux retrouver  aussi la profonde complicité qui s’était établie entre ma demeure alepine et moi.

A  notre première visite, elle avait dù rester  totalement indifférente à ces Français soupçonneux qui se permettaient de lui faire passer un examen en règle et sans chaleur  de son intimité. Elle avait même manifesté son mécontentement d’être ainsi dérangée après tant d’agréables années de solitude. Ses tourterelles s’étaient levées, dans un claquement très sec de leurs ailes, de leurs nids de deux légers rameaux croisés et posés en équilibre instable sur le rebord d’une fenêtre aux volets délabrés.  Des dizaines de passereaux habitués à se brancher au crépuscule dans les branches denses de deux hauts et très âgés pamplemoussiers, s’étaient bruyamment envolés. Devenue nôtre, enfin, et lentement et soigneusement restaurée, la grande maison dont la terrasse fait  face aux hautes murailles de la citadelle, s’était  très vite accommodée de nos arrivées devenues de plus en plus fréquentes.

Il est vrai   qu’elles  correspondaient à une rigoureuse  remise en beauté d’où elle ressortait toute fraîche, parfumée, parée !  Rassurés, les pauvres jasmins aux tiges si grêles, s’étaient même jetés, pleins de sève,  à l’assaut des étages élevés et avaient en peu de temps, étendu  leur voile verdoyant et bien fourni en étoiles jaunes ou blanches, au-dessus de tout l’espace de la cour.


Très vite, ils avaient atteint la terrasse et avaient croisé dans leur vigoureuse ascension,  les branches   noueuses d’une vigne qui auparavant s’était contenté de végéter.  Mais en peu d’années la vigne, elle aussi demeurée si malingre, avait soudain pris son envol. Elle s’en était allée à une vingtaine de mètres plus haut pour devenir treille installée sur un berceau de roseaux d’où elle avait enfin décidé de laisser pendre, à  l’été finissant, de grosses grappes bleutées !

Cette dernière année s’était, pour cette belle demeure paisible passée en combats de plus en plus rapprochés, aux bruits très insolites, de jour en jour plus gênants et enfin très inquiétants et dangereux. Sa vigne avait quand même offert à un proche qui s’était  réfugié là, entre les mûrs si larges, avec toute sa famille, plusieurs   kilos de raisins très noirs et délicieux !


Mais la grande demeure  avait  déjà été séparée de nous qui ne pouvions plus la rejoindre. Et puis il y avait eu en même temps que le malheur qui fondait sur tout le quartier, sur la ville et sur tout le pays, ce viol par cette quinzaine d’hommes armés étrangers : des fanatiques libyens  sans loi ni  morale, qui s’y étaient installés ! lls y sont toujours, sans doute.



Alep ! Il ne se passe pas de jours où nous nous interrogeons sur ce que va devenir notre ville !



Nous  sommes désormais  malades de l’impuissance qui nous habite de ne pouvoir  aller la soutenir dans cet incroyable malheur, d’aller secourir nos voisins,  malades de savoir  nos proches terrorisés,  affolés, menacés, agressés, affamés. Nous ne pouvons même pas savoir ce que sont devenus les gens de notre quartier de la citadelle, toujours coupés du monde.


J’imagine ma maison abandonnée et aux mains de ces truands qui la possèdent et la défigurent. Je regarde les clichés de ces quartiers  dévastés, des ruelles du souk aux boutiques  béantes. Des commerçants très modestes nous disent au téléphone leurs  biens  pillés.  Même les étagères vides, où un ami autrefois disposait des produits de maison ou de toilette ont été arrachées !  Les entrepôts  qui regorgeaient de marchandises entreposées sous les immeubles des avenues proches de la Grande  Mosquée ont été les premiers dévalisés…


Et il y a enfin ces étrangers de tout poil, de toute origine qui disposent de la ville, la martyrisent, la pillent, e la ruinent et l’enlèvent cyniquement à ses habitants de toujours et en toute impunité.



Et il y ces voyeurs envahissants qui s’arrogent le  droit de nous raconter l'infinie détresse, complices des implacables bourreaux !



Alep suppliciée comme  au temps  des Mongols



Et c’est  de nouveau le chaos





Source : La Voix de la Syrie

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