lundi 21 janvier 2013

Keny Arkana à la ZAD


La ZAD accueille Keny Camille Arkana : retour sur deux jours plein de rebondissements

A.FP | 16.01.2013

Les 4, 5 et 6 janvier 2013 le Festizad de la résistance se déroulait sur la ZAD (Zone A Défendre) à Notre-Dame des Landes. A l’origine de ces trois jours festifs : quelques artistes engagés, comme Keny Arkana, avaient exprimé leur désir de mettre leur voix et leur créativité contestataire au service de la lutte anti-aéroport. Au hasard des rencontres placées sous les nécessités de la lutte, quelques potes zadistes s’activèrent pour accoucher de cet immense évènement qui attira sur trois jours quelques 30.000 participants.

L’idée collective évoluant tranquillement, c’est une grande famille qui s’est affairée à créer les conditions d’un succès : monter les chapiteaux, prévoir la nourriture, accueillir les groupes, assurer la sécurité, s’occuper du son et donner à voir l’« art de rue ». Chacun a pris sa place et assuré ses responsabilités afin que ce moment soit une réussite. De nombreux artistes ont répondu à cet appel. Pour ma part, j’ai eu la chance d’accompagner Keny Arkana et son équipe pendant deux jours épiques sur la ZAD.
Le vendredi 4 janvier en début d’après-midi, la ZAD était en pleine effervescence quand sont arrivées Keny et trois sisters bien motivées. La voiture a passé les barrages policiers sans trop de souci pour rejoindre « la Sècherie », dernier lieu de vie en dur à la ZAD. Ce corps de ferme, situé entre la Paquelais et les Ardillères, a été partiellement détruit le 26 octobre, et est désormais en cours de reconstruction de son extension avec pneus et palettes. L’endroit qui abrite entre vingt et trente  personnes est toujours en sursis par un avis d’expulsion du 27 décembre.
Au moment où arrivait l’équipe, tout le monde s’affairait à déplacer l’eau potable, les palettes, la paille jusqu’au lieu des concerts. Découverte du lieu et discussions de zadistes devant un thé, où je m’amusais à regarder les camarades étonnés d’avoir Keny à côté d’eux sur le canap. Le temps de dégoter une paire de bottes et nous étions embarqué à cinq, sur le toit d’une caisse qui transportait du matos. Grand moment, même pour un habitué des lieux, de faire ce genre de ballade à la ZAD ; alors avec Keny accrochée au toit et les sourires des gens, imaginez ! Sur le lieu du festoch, nous étions rassurés de voir que, malgré les barrages et les interdictions, tout le matériel nécessaire au bon déroulement du concert était bien arrivé. Nous avons pu continuer de déplacer des trucs et des machins, en demandant qui avait besoin de quoi.
Début de soirée, chargement de matos pour un petit concert privé de punk improvisé à la Sècherie, on en profite donc pour faire le retour de la même manière, sur le toit d’une camionnette. On se pose enfin dans la grange de la Sècherie, aménagée en atelier et petit coin « sleeping lève-tôt ». Bon moment qu’a choisi un pote pour débarquer fièrement avec un super couscous végétarien pour tout le monde. S’en est suivie une petite soirée calme dans la grange à discuter avec les zadistes du coin. Puis, le Festival commençait sous les auspices d’une nuit un peu fraîche, avec une scène techno qui n’en finissait pas d’écourter notre repos.
Samedi matin brumeux sur la ZAD, p’tit dèj tranquille avec atelier de sérigraphie des potes de EMKA, de Nancy. Café, clope et la journée commence. Nous relancions l’impression des sweats et T-shirt « Non à l’aéroport ». Le temps d’en avoir un sec pour Keny et c’était reparti, de tippies en cabanes, pour saluer la famille et les potes, venus parfois de loin.
La fin de la journée arriva très vite. Il était l’heure pour l’équipe de musiciens de se retrouver pour sélectionner et répéter les morceaux pour un format de 45min. Juste de quoi profiter, pour les personnes présentes, d’un petit concert privé. Repas sur un coin de table car il fallait désormais se rendre près de la scène.
Le trajet n’a pas été simple jusqu’au lieu du concert : la seule route pour l’atteindre était bondée d’une foule de festivaliers boueux mais visiblement ravis d’être là.
Nous déménageons donc vers la loge, les concerts ont déjà commencé et le public se fait plus dense au fil du temps. L’ambiance se chauffe de plus en plus, le public fourmille lorsque RPZ monte sur scène en annonçant l’imminence du missile. L’ambiance de résistance est à son comble pendant près d'une heure avec Keny Arkana, sur fond de fumigènes rouge et de cracheurs de feu.
Côté public nous avons mis en place une équipe de sécurité zadiste, devant la scène et près des accès. Il fallait être prudent face à l’afflux des fans et des curieux. Merci à tous ceux qui, comme moi, se sont affairés à limiter les risques possibles et n’ont donc pas pu vraiment profiter du concert ou du festival.
La foule impressionnante qui s’amassait près de la tente des artistes a ensuite un peu prématuré notre retour à la Sècherie. La fin de soirée a été plus calme et riche en discussions. L’heure nous a vite rattrapés et la nuit fut finalement courte avant que Keny et ses trois sisters ne reprennent la route pour Marseille.
Dans l’ensemble, chacun sur place, avec un peu de chance, a pu avoir son moment privilégié avec Keny et évidemment, cela a été motivant pour tous les « Camille » du coin.
Au fait, pourquoi Camille ? Parce que, si quelqu’un de louche te demande comment tu t’appelles, on s’appelle tous Camille ! Ce prénom masculin/féminin est devenu bien pratique par chez nous.
Merci à toutes les quatre d’avoir mouillé les chaussettes avec nous.
Camille


Interview de Keny Arkana: questions après son passage à la ZAD

A.FP | 16.01.2013 par Camille


1)  Comment décrirais-tu les conditions de vie à la ZAD ? 
Bon, je n'ai pas eu la chance d'aller voir tout les lieux de vie qui existe à la ZAD… Et en même temps 2 jours ne sont pas suffisants pour donner un avis pertinent…Mais je dirais qu'en général pour faire vivre un lieu et/ou campement de résistance, cela demande déjà énormément de courage et de motivation surtout quand le climat y est plutôt hostile et que la police use de toutes ses ruses et de toute sa violence pour détruire et évacuer les lieux-dits… ça demande aussi énormément de solidarité entre les gens et une certaine forme de transparence afin de rester unis… ces lieux renferment bien souvent de belles aventures humaines… J'ai été pour ma part heureuse de rencontrer plein de frangins et frangines avec qui il y a eu de vrais échanges…

2) Sur quoi ton regard et ton cœur se sont le plus portés ? Je dirais déjà sur les gens et sur le bel éventail de styles, d'âges et d'espoirs qui se rassemblent autour de cette lutte… Puis le champ des possibles, 2000 ha, c'est pas rien pour construire un tas de projets alternatifs…

3) As-tu vu des choses qui t’ont déçues ? hum, je dirais que c'est souvent le même problème qui revient, à quelques exceptions près… un certain manque d'organisation et de communication, souvent entre les différents lieux de vie… 
 J'ai pu voir des décisions individuelles prendre le pas sur le collectif et celui-ci être mis ensuite au pied du mur… 
Dans un collectif c'est important que les décisions soit collectives, sans ça on replonge dans les dérives du vieux monde… C'est important de créer des outils, qui nous permettent de nous organiser, et cela ne va pas à l'encontre de l'idée d'horizontalité… 
Par exemple, chez les zapatistes, ils choisissent 3 coordinateurs par communauté, ce qui permet aux différentes communautés de mieux s'articuler entre elles. Personne ne reste coordinateur, donc pas de prise de pouvoir ou autre… Le  but de la manœuvre au delà de la bonne organisation, est de faire passer chaque personne par ce rôle de coordinateur, même les plus timides… Tout cela soude le collectif, aide à proposer et à rassembler des idées, et pousse les individus à se dépasser et à créer, car tout devient plus fluide…

4)  As-tu été transformée par le Festizad et, si oui, de quel manière ?
  Connaissant les coulisses de l'histoire, je tiens à féliciter tout le monde, parce que malgré l'urgence, la police, la boue et le temps, ce n’était pas gagné d'avance… et tout ça sans incident, je tire mon chapeau !! 
C'est beau de voir comment chacun peut donner de sa personne dans une seule et même action commune… 
Apres je vais être sincère, et se sont des discussions qu'on a beaucoup eu à la ZAD, pour moi il y a une grande différence entre un concert de soutien de 2h (ce qui était prévu au départ) et 3 jours non stop avec techno et infra-basse. On fait pas du bien à la terre en faisant ça, ni même aux animaux qui vivent ici, je ne parlerai même pas de la consommation d'acides divers et des conséquences directes sur la nappe phréatique, déjà bien abîmée par les lacrymaux des flics… 
Je vais donc profiter de cette question pour dire que je suis contre la dictature humaine sur la nature… Je pense que les musiques urbaines que sont le rap et la techno devraient rester dans les zones urbaines… Donc oui, j’ai pris conscience qu’il faut  que je me dépêche de monter une formation acoustique pour ce genre d'évènement !

5) Quel est pour toi la relation entre l’art et la lutte ? 
Cette question a longtemps été un dilemme pour moi. Aujourd'hui j'ai compris véritablement que l'art, et pour moi la musique, étaient aussi un front. J'ai participé à beaucoup d'actions sur le terrain, assemblées populaires, occupations, etc. car je pensais que la musique ne pouvait rien faire, en tout cas que ce n'était pas suffisant… mais avec les années, je me suis bien rendue compte que ma musique avait eu bien plus de répercussions que toutes les actions que j'avais pu mener. Je ne dis pas ça pour minimiser les actions concrètes, loin de là, c'est hyper important… mais peut-être que mon front à moi, c'est ça… Faire passer des messages, faire des concerts de soutien, avoir des positions claires, mettre des coup de pied dans la fourmilière et des coups de lumière sur les projets intéressants… En même temps, on est si peu à avoir la parole… 
J'aimerais bien qu'un jour les militants m'organisent une tournée en France, et qu'avec l'argent récolté, on achète des terrains pour construire tout plein d'alternatives autour de l'autogestion…
 C'est déjà ce que j'essaye de faire avec la sape "La Rabia del Pueblo" tout comme les frangins de la ZAD avec leur marque EMKA… Non pas que je suis pour l'achat de terre à la base, mais on a besoin de construire durable, et yen a marre de tout se faire détruire et de devoir tout recommencer à chaque fois…

6)  Si tu avais quelque chose à dire, ou à crier à Jean-Marc-Ayrault ? Je n'ai rien à lui dire, comme je n'ai rien à dire à tous ces hauts placés, leur politique n'est pas la nôtre…
 Par contre, j'ai une idée que j'aimerais bien proposer aux zadistes et autres insurgés de France, histoire qu'on nous écoute une bonne fois pour toute, concernant ce projet d'aéroport… 
Pour être écouté, il faut toucher au nerfs de la guerre, l'économie…
 J'ai fait tout à l'heure un petit pamphlet contre les musiques urbaines dans la nature… Mais là elles prendraient tout leur sens… 
Si par exemple on bloquait l'économie du pays à la manières des piqueteros argentins, en bloquant les autoroutes françaises (qui appartiennent majoritairement à Vinci…) en organisant des manifs, des occupations puis des grandes teufs ou/et concerts sur quelques entrées d'autoroutes ou péages. L’action pourrait durer, le temps que Vinci recule… rien qu'une seule journée de blocage, leur ferait perdre je ne sais combien de millions… ça vous dit ?




Source : AF. P

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