De la Révolution française à nos jours, une Constituante face aux crises
Qu’est-ce qu’une Constituante ? Une Constituante est une Assemblée chargée de définir les modalités de la vie politique et donc, en particulier, les institutions. Depuis son origine, le 22 septembre 1792, et dans tant de moments décisifs, l’Histoire de la République a été liée à l’idée de Constituante. 1789, 1793, 1848, 1875, 1946, à chaque fois que la République fut en suspend, à chaque fois qu’il fallut la reconstruire, une assemblée de ce type fut chargée d’en réaffirmer les principes et d’en redéfinir le fonctionnement.
J’interviens ici en tant que Président de l’Association pour une Constituante et, par ailleurs, comme un des animateurs du groupe République ! qui organise depuis plus de dix ans, le 22 septembre, un rassemblement aux Tuileries devant la plaque qui commémore la naissance de la République en 1792. Nous agissons donc pour rappeler ce lien entre République et Constituante. C’est de ce lien que je voudrais parler aujourd’hui en insistant sur sa particulière actualité.
La République n’est pas simplement un mot ou le simple fait qu’il n’y ait pas un roi. Elle est un vécu: celui de la citoyenneté pour chacune et chacun d’entre nous, celui de la souveraineté pour l’ensemble du peuple. L’idée de Constituante s’impose lorsque cette souveraineté populaire est remise en cause, lorsque la citoyenneté n’est plus qu’un mot sans conséquence sur la vie de chacun, lorsque les institutions et le régime politique ne permettent plus l’expression cohérente, efficace et légitime, de la volonté générale.
Aujourd’hui où le mot crise est employé à toutes les sauces, combien le limitent à l’idée que la crise est avant tout économique, voire parfois, mais avec prudence, un petit peu sociale ? Combien refusent de voir l’écroulement de tous les fondements mêmes de la République, de comprendre que tout est lié lorsque tant de bonnes volontés, localement ou nationalement, n’ont plus aucune prise sur la réalité ? Mais, si tant de responsables refusent de voir ce qui est une crise majeure de notre régime politique, n’est-ce pas parce que c’est leur propre légitimité qui est mise en cause au travers de cette question ? Et n’est-ce pas ce séisme historique qui justifie l’actualité du mot d’ordre de Constituante ? De plus, n’oublions pas qu’ainsi fragilisée, la République devient une proie facile pour ses ennemis traditionnels qui rêvent d’institutions autoritaires fondées sur les discriminations et les inégalités de toutes sortes.
Il faut le dire fermement : nous ne pouvons pas continuer à faire semblant de croire que la République n’est pas en perdition. Il suffit, pour le comprendre, de rappeler les déclarations, les prises de position, des uns et des autres depuis trois décennies :
- Sarkozy : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé ».
- Parti Socialiste, dans une proposition de loi du 17 mai 1984 : « Une cohésion nouvelle de la nation, fondée sur le respect du droit à la différence, doit être recherchée aujourd’hui selon la plus authentique (sic) tradition républicaine ».
- Et comment oublier la pathétique et parfois ridicule pseudo-célébration du bicentenaire de la Révolution française sous l’égide de François Mitterrand ?
Mais par-dessus tout, insistons lourdement sur les règles de la construction européenne ; celle-ci détermine, en effet, de façon plus profonde et en même temps moins visible, l’essentiel de notre vie publique.
Cette Europe est fondée sur une pensée qu’on nomme de nos jours postmoderniste, au sens où elle met à bas tous les fondements philosophiques des Lumières.
Par exemple, le document officiel de la Commission Européenne du 21 janvier 2000, intitulé « Pour une citoyenneté active », assoie la société européenne future sur une vision relativiste postulant qu' « aucune valeur ou aucun comportement ne soit a priori écarté du champ d'investigation ». Dans cette logique, la seule donnée que l'on ne pourra écarter est l'organisation libérale de l'économie. C’est ce qu’a dit avec brutalité le Commissaire européen à la concurrence Mario Monti en 2001, lorsqu’il a affirmé que la politique de concurrence constitue le cadre privilégié de la citoyenneté puisqu'elle est par excellence une « politique citoyenne » : la liberté positive, la liberté des humanistes, n'est ici plus de mise.
En revanche, les déterminations sociales qui dessinent nos sociétés et en font vivre les principes et les contradictions sont appelées à s’effacer devant les droits des groupes particuliers : dans la philosophie construite par le Conseil de l’Europe, la principale appartenance citoyenne sera l'appartenance culturelle ainsi devenue une infrastructure. « Droits culturels » doit alors se comprendre comme « droits d'une culture » qui deviennent alors facteur d'aliénation pour l'individu obligé d'intégrer les normes dites culturelles du groupe et facteur de division entre les groupes de cultures différentes. On trouve systématiquement cette logique dans les Chartes du Conseil de l'Europe (par exemple la Charte des langues régionales et minoritaires) qui inscrivent dans le champ politique l'identité « religieuse, ethnique ou culturelle ». Il s’agit alors d’une nouvelle organisation sociale. Celle-ci s’éloigne nettement des principes républicains, en particulier en s’opposant à la liberté de pensée comme à la liberté d’expression, au prétexte fallacieux de faire respecter les croyances des autres groupes.
Ce différencialisme antihumaniste, qui met l'accent sur ce qui sépare les hommes et non sur ce qui les réunit fut longtemps le fer de lance idéologique de la contre révolution, des anti-Lumières. Depuis des décennies, il est devenu la pensée dominante, y compris dans une certaine gauche qui a été le fer de lance des fameuses lois mémorielles. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des responsables politiques et non des moindres regretter que la France soit une exception, comme s’il s’agissait là d’une tare congénitale qu’il faut soigner ?
Oui, la République, au sens où les Français l’ont construite collectivement depuis 200 ans, est une exception dans l’exigence que, depuis l’origine, elle met dans l’approfondissement des libertés (ce qu’exprime bien notre laïcité et nos services publics). C’est cette globalité qui définit la république. On ne sauvera pas celle-ci en la saucissonnant, en voulant revaloriser tel ou tel aspect sans que soit rétablie la cohérence de l’ensemble. Est-ce vraiment le problème, par exemple, que de donner des cours de morale dans une République en ruine, de rappeler les devoirs sans que soient réaffirmés les droits ? Qu’on arrête donc de penser que la République n’est pas en danger, de proclamer que, même s’il y a des dérapages, l’essentiel est préservé, et que, par conséquent, la crise n’est pas telle qu’elle justifie l’appel à une Constituante. C’est celle-ci qui, seule, peut exprimer la globalité de la République.
Historiquement, la Constituante est apparue nécessaire lorsqu’une vie politique, éloignée des principes républicains, détruisait la cohérence sociale, approfondissait le fossé entre les catégories sociales ; lorsqu’il apparaissait que le système n’avait plus la capacité de reconstruire lui-même ces valeurs, quelles que soient les vertus et les aspirations de certains des responsables ; lorsque le peuple, souverain théorique, n’était plus accepté comme tel. Dans les moments de crise majeure, le peuple doit se réaffirmer comme communauté politique définissant de manière démocratique les grands principes qui régissent sa vie collective. Historiquement, les Constituantes en France ont été l’occasion de larges débats de fond où se sont affirmés de grands principes progressistes comme la séparation des pouvoirs, le suffrage universel ou les droits de l’homme, ressoudant du même coup le corps social meurtri.
D’année en année, la souveraineté populaire s’estompe, elle est même méprisée ou tournée en ridicule, par exemple lors du referendum du 29 mai 2005 dont le résultat a été bafoué et les électeurs considérés comme de dangereux ignorants. La constituante est à la fois le processus et la forme institutionnelle de réaffirmation de la souveraineté populaire ; elle est donc l’expression des peuples dans chacun des États nations et non pas une Constituante sur un espace théorique, mais sans peuple ; il ne peut y avoir de Constituante européenne, pas plus que d’Europe républicaine dans le cadre de la construction actuelle.
S’il faut donc appeler à l’élection d’une Constituante en France au suffrage universel, c’est parce que la crise politique et sociale est telle que la réforme du système devient impossible, parce que les contradictions deviennent si fortes que les tensions, la misère sociale, la violence qui en résulte montrent que la Constituante est la solution rassembleuse, démocratique et pacifique à la grave crise dans laquelle nous sommes plongés. Au lieu d’en décliner les risques ou les incertitudes, commençons par affirmer qu’elle est la forme politique que peut et doit prendre la réaffirmation de la liberté.
André Bellon
http://www.pouruneconstituante.fr/
mercredi 26 septembre 2012
mardi 25 septembre 2012
Islamophobie & Guerre OTAN / IRAN :
Par Georges Stanechy
"You cannot manage what you do not
measure"
"Vous ne pouvez gérer ce que vous ne pouvez évaluer"
(Dicton "managérial" très prisé des gourous « Businessques » anglo-saxons…)
La Comédie Humaine …
Kate Middleton,
Duchesse de
Cambridge, et son époux, un des héritiers de la couronne
britannique, ont assigné en justice, dans plusieurs pays, journaux et
magasines pour avoir publié les photos de cette éminente
personnalité : en monokini ou "topless", suivant l’expression
technique des médias « people »…
Le retour de bâton pour "crime de lèse-majesté" est immédiat.
Ainsi, Michael O'Kane, directeur du quotidien irlandais Irish Daily Star, vient d’être mis au chômage pour avoir publié les dites photos. Encore mieux : un de ses propriétaires milliardaires, Richard Desmond,
est tellement furieux qu’il vient d’annoncer à la BBC prendre toutes
les dispositions nécessaires pour fermer définitivement le
journal :
"… taking
immediate steps to close down" !
Ce seront 120 personnes, actuellement employées, qui vont se retrouver sur le pavé. Non compris le directeur, déjà viré. (1)
La France,
toujours en pointe dans la défense de "La Dignité de l’Homme et de la
Femme", vient d’interdire, par décision de justice, toute
publication des dites photos à compter du 18 septembre. Elles y
avaient, en effet, été introduites par le magasine "Closer", filiale du groupe de
presse italien Mondadori, propriété de l’ex-premier ministre Silvio Berlusconi. Qui les avait publiées en Italie dans son média à sensations intitulé
: "Chi"…
En
contrepoint de ce cabotinage burlesque, se déchaîne dans les pays
occidentaux une colossale campagne islamophobe sur fond de "films",
"caricatures", "documentaires", "débats". Propagée, amplifiée, par
tous les gouvernements et médias, unis dans une mobilisation sans
faille.
Au nom de la « liberté d’expression », travestie en « liberté d’insulter » dans une totale impunité, l’incitation à la
haine religieuse se déchaîne à nouveau. Dès lors qu’il s’agit de diaboliser : l’Islam.
Rien de neuf depuis les Croisades. Le curseur de l’inconscient collectif occidental reste bloqué au X° siècle…
Illustration du Brésilien
Carlos Latuff sur les caricatures islamophobes de Charlie Hebdo
Une opération méticuleusement
planifiée
Que dissimule l’épandage de ces gaz toxiques, enfumant les opinions publiques en Occident ? Fanatisme encouragé, banalisé.
Inadmissible, au regard de l’intelligence et du sens des responsabilités.
Les enjeux ou
défis, posés par la gestion anarchique de notre planète quant à ses
perspectives de développement pour une population qui va
atteindre prochainement 9 milliards de personnes, sont plus
qu’urgents à maîtriser : alimentation, accès à l’eau potable, santé,
éducation, emplois, ressources, protection de l’environnement
en dégradation exponentielle… S’il y a information, mobilisation
d’une opinion publique et de ses relais de décision, c’est avant tout
sur ces domaines prioritaires qu’il conviendrait d’agir.
(2)
Illégal, au regard des législations dans nos différents pays.
En France, la loi n° 92-1336 du 16 décembre
1992, entrée en vigueur en 1994, renforçant les dispositions du Code
Pénal, dispose clairement, expressément, dans son article 246 (3) :
« Ceux qui, par l'un des moyens énoncés à l'article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à
l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur
origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une
nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros
d'amende ou de l'une de ces deux peines seulement. »
Mais, en
France, au vu du privilège de l’impunité dont jouissent certaines
catégories de diffamateurs et d’incitateurs à la haine : “La
Loi” n’est pas la même pour tous. En son temps, Jean de la Fontaine,
dans sa fable Les Animaux malades de la peste, dénonçait déjà l’exercice d’une Justice à
géométrie variable :
« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou
noir. »
Interdit de
blasphémer
En fait, s’agissant d’une opération de propagande, il est évident que la Fonction Judiciaire est paralysée par un Racisme d’Etat
institutionnalisé. Alors qu’elle est organisée par
la nomenklatura au pouvoir, détenant tous les médias, quel procureur
au nom de la protection de notre collectivité et de l’ordre public,
s’aventurerait à demander des comptes et l’application de
la loi aux propagateurs de la “haine islamophobe” ?
Bien sûr pour se donner bonne posture, on gommera le mot « haine », le remplaçant par « peur ». « Je ne hais pas
l’Islam », « j’ai peur de l’Islam ». Et, le tour est joué. Avec les applaudissements médiatiques.
Rien
d’étonnant dans ces conditions, pathétique fond de poubelle audiovisuel
de racisme imbécile, d’assister à la prestation d’une actrice
bas de gamme invitée sur tous les plateaux de radio et de TV,
journalistes et présentateurs complices, comme s’il s’agissait d’une
éminente théologienne ou islamologue.
A l’égal de femmes à la dimension intellectuelle et spirituelle d’une Denise Masson.
De confession chrétienne, qui a écrit des
ouvrages empreints d’un immense respect pour l’Islam, se livrant
même à une des meilleures traductions en français du Coran. Ou, encore,
d’une Eva de Vitray
Meyerovitch, convertie à l’Islam à la suite
d’années d’études et de méditations sur les textes fondamentaux de ses
plus grands penseurs, philosophes, mystiques et
poètes.
Et, l’entendre affirmer son « islamophobie ». Avec la bonne conscience de son abyssale inculture et de son infinie stupidité.
Avec, surtout, l’assurance de son
impunité. (4)
Ces
opérations méticuleusement planifiées, à partir de provocations
astucieusement agencées et mises en scène, recourent en permanence aux
mêmes ficelles, clichés et procédés. Enième répétition de ces
campagnes de propagande au
matraquage entretenu par d’énormes moyens financiers.
L’objectif premier étant de fanatiser les opinions occidentales,
tout particulièrement en France, à intervalles réguliers. (5)
La
diabolisation de l’Islam ayant pour finalité, évidemment, la
justification de toutes les prédations et violences commises par
l’Occident
dans les pays musulmans. S’ajoutant, à présent, la préparation et le
prochain déclenchement d’une guerre de grande ampleur à l’encontre de
plusieurs pays musulmans, dont l’Iran représente la
cible majeure.
Manière,
aussi, de faire comprendre aux communautés musulmanes d’Europe et
d’Amérique du nord (Canada & USA) qu’il leur sera
impitoyablement interdit de protester et d’émettre la moindre
opinion contradictoire. Quel que soit le niveau et le genre de
violences, présentes ou à venir, infligées par l’Occident aux pays
musulmans dans le monde. Libertés d’expression et de réunion,
traditionnellement garanties dans les Constitutions de nos pays
"démocratiques", ne s’appliquent pas dans ce cas précis…
L’intellectuel britannique Rodney Shakespeare
(6) nous invite à regarder au-delà de ce rideau
de fumée. Percevoir coulisses et acteurs de l’opération de
fanatisation des opinions publiques occidentales et d’intimidation des
communautés musulmanes vivant dans les pays occidentaux, du
Canada à l’Australie en passant par l’Europe (7) :
« Cela fait partie de l’assaut général de l’Occident contre l’Islam avec pour cible
d’affaiblir tous les Etats musulmans afin qu’aucun d’entre eux ne puisse se dresser contre l’expansion continuelle d’Israël.
Mais,
d'autres forces incitent l’Occident à la guerre et elles sont encore
plus puissantes que
l’habituel désir d’humilier et détruire l’Islam. Forces financières
et économiques, aux effets d’autant plus destructeurs que leur pouvoir
de décision est prédominant. »
"L’Iran est une menace pour la paix"
Un bellicisme
halluciné
Le dernier point soulevé par Rodney Shakespeare est fondamental.
Ce ne sont plus seulement les lobbies du complexe militaro-industriel
qui veulent
la guerre. Mais, encore plus virulents, implacables, dans leurs
incantations quotidiennes : les « forces financières et économiques ».
Quelques brefs exemples d’articles et
déclarations provenant, ces jours-ci, des centres de décision de ces
milieux : Londres, Tel Aviv et Washington/New York.
Signe fort, venant tout juste d’être lancé depuis la City de Londres, regroupant l’essentiel de la finance et de la spéculation
internationales, via son hebdomadaire de référence : The Economist.
C’est,
principalement, à partir de ce média que sont lancées approbations et
directives des "forces financières et économiques", reprises
dans les pays occidentaux en copié-collé, par journalistes et
chroniqueurs traitant de l’Economie. Tout spécialement en France, avec
une piteuse servilité. Soutenant avec férocité, outre les
guerres coloniales et dictatures dans les pays musulmans et
ailleurs, tous les programmes antisociaux et de démantèlement des
services publics dans nos propres pays.
Dans son édition du 15 septembre 2012, The Economist intitule ainsi son éditorial (8)
:
« Le gendarme du monde ne doit pas se retirer de la région la plus dangereuse du monde ;
au contraire, l’Amérique devrait davantage s’impliquer »
Justifiant son raisonnement, en posant comme axiome: le « Dysfonctionnement Arabe » (Arab dysfunction). Expression qui, par son nébuleux conceptuel et son racisme viscéral, évoque celle appliquée à la Chine, « l’Homme malade de
l’Asie », lors de son occupation et pillage
par les
pays occidentaux pendant un siècle. Les slogans changent cyniquement
l’emballage, mais l’hyperviolence coloniale reste identique.
S’en suit une
ode, dithyrambique, au rôle impérial et militaire des USA, aussi
nécessaire dans sa configuration actuelle qu’urgent à
développer dans les années à venir :
« … Plus que jamais nous avons besoin des Etats-Unis » (the United States is more
needed than ever).
[…] Car, sans eux la Renaissance et la Démocratie dans les pays arabes et musulmans sont impossibles : « … ils restent essentiels à tout progrès » (America will remain essential to progress).
[…] La preuve en est : la réussite de l’implantation de la démocratie en Lybie, due « … en grande partie à la puissance de feu de l’Amérique dès le départ de la campagne contre le régime de Kadhafi » (largely thanks to American firepower at
the start of the campaign against the Qaddafi regime).
[…] « … L’Amérique devrait faire davantage au Moyen-0rient, et non pas moins »
(America should do more in the Middle East, not less), et clairement
suggéré dans l’article une intervention armée et officielle en Syrie
avec, sous-entendu, un élargissement de ses actions
militaires aux pays voisins : l’Iran, en premier, pour ne pas le
nommer.
[…] Avec pour conclusion : « … L’Amérique a tout à gagner en restant au cœur de ce grand
éveil », ou Renaissance du Moyen-Orient (America has everything to gain from being at the heart of this great awakening).
Bellicisme,
piraterie, et terrorisme
Aussi fort, dans le genre « plus fanatique que moi tu meurs », une autre récente déclaration dont on doit tenir compte. Celle
d’une éminente personnalité du monde financier et économique : David Paul Goldman.
Ancien
banquier de Wall Street où il a exercé des fonctions de direction dans
les plus grands établissements de la place, en particulier le
Département de Recherches de la Bank of America, il appartient à
“l’élite” de l’extrémisme sioniste. Participant, avec le titre de Visiting Fellow,
aux travaux d’un des puissants lobbies de cette mouvance, le : Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA).
Collaborant à plusieurs sites et médias, il vient de publier dernièrement sous son pseudo “Spengler”, dans le très sérieux Asia Times de Hong Kong, un article daté de Tel Aviv – 18 septembre 2012,
intitulé (9) :
« Une guerre totale au Moyen-Orient serait aussi bien »
(All-out
Middle East war as good as it gets)…
Faisant
l’apologie d’un bombardement des installations nucléaires iraniennes par
Israël, qui d’après lui serait d’une grande facilité
militaire et technique, avec en toile de fond la destruction du sud
Liban et de l’Iran, il n’hésite pas à prétendre :
« En l’absence d’un leadership Américain imposant ses intérêts stratégiques dans la région,
Israël pourrait ainsi sauver les Etats-Unis »…
Le plus saisissant dans cette rhétorique est l’absolu mépris, confit de racisme, à l’égard du monde Musulman :
« A
long terme, il n’y a aucun raison d’être optimiste pour le monde
Musulman. Il contient
deux groupes de pays : ceux qui ne peuvent pas nourrir leurs enfants
comme l’Egypte, et ceux qui ont arrêté d’en avoir comme l’Iran, la
Turquie, l’Algérie et la Tunisie.
Les nations Musulmanes semblent passer directement de l’enfance à la vieillesse, sans transiter par
l’âge adulte, d’un monde prémoderne à un monde postmoderne … ».
Insinuant
ainsi, devant cet état de décomposition, sinon de faiblesse absolue :
nous avons les mains libres pour faire ce que bon nous
semble… Autre “non-dit” : l’attaque du Pakistan pour s’emparer de
son arsenal nucléaire qu’il avait édifié pour faire face aux menaces de
l’Inde. Les idéologues occidentaux de l’instauration
du chaos dans les pays Musulmans estimant qu’aucun d’entre eux ne
doit être en possession non seulement de "l’arme nucléaire", mais aussi
du "savoir nucléaire".
« Il n’y a rien à attendre de la plupart des pays Musulmans, si ce n’est de les voir
s’enfoncer calmement dans un irréversible déclin.
Une guerre totale dans la région se produira tôt ou tard. Autant l’entreprendre sans
tarder. »
Bellicisme diplomatique
Cette logique de guerre, méthodiquement déclinée par The Economist ou David Goldman,
n’est pas à prendre à la légère. D’autant plus qu’elle vient d’être
confirmée par l’ancien ambassadeur américain en Israël, occupant cette
fonction à deux reprises : Martin
Indyk.
Personnalité
plus qu’influente pour avoir exercé, et exercer, parallèlement à ses
fonctions diplomatiques officielles, les plus grandes
responsabilités dans les principaux lobbies de l’extrémisme
sioniste. Parmi les plus connus : American Israel Public Affairs
Committee(AIPAC), Washington Institute for Near East Policy, et le Brookings Institution dont il est l’actuel directeur du programme pour « les Affaires
étrangères ». Il a enseigné dans plusieurs établissements universitaires, dont le Moshe Dayan Center for Middle Eastern and African Studies, à
Tel Aviv University.
Lors d’une
table ronde organisée tout récemment par la chaîne américaine CBS, il
annonce l’engagement militaire des USA contre l’Iran d’ici
6 mois, début de l’année 2013. En fait, après l’intronisation
officielle du président élu, au mois de novembre, qui se tiendra fin
janvier prochain (10) :
« … Je crains que 2013 ne soit l’année au cours de laquelle nous aurons une confrontation
militaire avec l’Iran »
(I am afraid
that 2013 is going to be a year in which we’re going to have a military confrontation with Iran).
La prédiction de Sun
Tzu
Ce concentré de fanatisme, d’irresponsabilité, de délire guerrier,
peut laisser pantois. Le plus sidérant
étant la démesure de cette mégalomanie de dimension
intergalactique ! Emanant d’une caste, d’une oligarchie, prétendant
modeler le monde, ses peuples et nations, dans l’hyperviolence et le
mensonge.
Imbus de leurs féroces sentiments de supériorité : « Nous, Maîtres de l’Univers ».
Toutefois,
l’ambiance hystérique se dégonfle tel un ballon percé, dès que l’on
prend du recul quant à cette idéologie dominante, forgée par
des psychopathes sanguinaires. Ne serait-ce qu’en feuilletant le
Traité de Stratégie de Sun Tzu, remontant à 5 siècles avant notre ère :
“L’Art de la Guerre”. (11)
Mélange de
réflexions, stratégiques, tactiques mais, surtout, pétries d’une
profonde sagesse. Encore faut-il, dans un effort d’exégèse,
franchir le seuil du texte dont le simplisme ou l’hermétisme,
apparents, peuvent dérouter de prime abord. Les 13 courts chapitres du
Traité de Sun
Tzu, 2500 ans plus tard, sont d’une étonnante modernité. (12)
Surprenant.
Il n’est pas étudié dans les écoles militaires “OTANesques”, de nos
jours. Par contre, il est mis à toutes les sauces dans les
manuels de gestion d’entreprises et d’organisations, surtout
anglo-saxons. Où, sa pensée est vigoureusement mise en bouillie par des
théoriciens, pondant à intervalles réguliers des ouvrages de
“recettes managériales” du niveau “romans de gare”.
Il est vrai
que dans les Ecoles Militaires occidentales, on n’y enseigne,
actuellement, ni la géopolitique, ni la stratégie. Dans la rigueur
méthodologique, l’observation factuelle, historiques, géographiques,
sociologiques, culturelles, qui devraient en constituer l’essence.
Mais, uniquement : “l’idéologie”.
Celle déversée par
les Think Tanks US. Sous sa forme unique : impériale ou coloniale. Ce qui revient au même. Dans son expression unique, on
n’ose pas dire sa “pensée unique” :
« Comment s’emparer des richesses et ressources de plus faible que soit après l'avoir, au
préalable, diabolisé ».
Les USA ciblant le programme nucléaire civil de l’Iran, avec inscrit sur le pot de
peinture : "Lies" (mensonges, en anglais)
Si Sun Tzu
était lu, et surtout étudié. Encore mieux, s’il pouvait donner
conférences et
séminaires dans les Ecoles Militaires et Cercles Diplomatiques, en
lieu et place des ignares propagandistes de l’idéologie dominante... Il
déclinerait les erreurs élémentaires des nomenklaturas
au pouvoir, souhaitant la guerre.
Samuel Griffith en a extrait la
substantifique moelle, rappelant combien Sun Tzu (13):
« … considère
le facteur moral et intellectuel ainsi que les circonstances de la
guerre comme
plus importants que l’élément matériel et il recommande bien aux
rois et aux chefs d’armée de ne pas se fier à la seule puissance
militaire ».
Provoquer une guerre au Moyen-Orient serait cumuler des aberrations fondamentales, d’après Sun
Tzu. Au minimum, à 6 niveaux d’approche en interaction (14) :
i) Légitimer une guerre
« Si ce n’est dans l’intérêt de l’Etat, n’agissez pas. Si vous n’êtes pas en mesure de
réussir, n’ayez pas recours à la force armée. Si vous n’êtes pas en danger, ne vous battez pas ». (XII-17-244)
Aucun pays du
Moyen-Orient n’attaque, ne bombarde, ne massacre, n’occupe
militairement, ne spolie ou ne pille, un quelconque Etat
occidental. C’est le contraire qui se déroule, depuis des décennies.
ii) Surestimer ses moyens
« Dans la guerre le nombre seul ne procure aucun avantage. N’avancez pas en vous reposant
exclusivement sur la puissance militaire ». (IX-45-211)
En actualisant, on constate que les Etats occidentaux sont aveuglés d’arrogance par leur “puissance technologique”. L’arraisonnent électronique, par l’Iran, du drone le plus perfectionné de l’arsenal des USA en est un parfait exemple.
Avoir des
satellites de surveillance et d’écoute, ainsi que s’en vante l’OTAN :
c’est bien. Connaître la marque de bière préférée et
l’anxiolytique quotidien de chaque commandant de base de l’OTAN,
comme la Résistance Afghane le pratique : c’est encore plus performant.
iii) Sous-estimer l’adversaire
Deux principes à méditer :
« Connaissez l’ennemi et connaissez-vous vous-même ; en cent batailles, vous ne courrez
jamais aucun danger ». (III-30-150)
« […] Celui qui manque de prévoyance et sous-estime son ennemi sera certainement pris
[vaincu] par lui ». (IX-46-212)
Prenons pour exemple le désastre militaire occidental en Afghanistan.
Les pays de
l’OTAN n’ont rien compris au pays et n’ont même pas cherché à le
connaître. Murés dans leur racisme, leur fanatisme
« d’Etre supérieur ». Le mépris pour le pays et son peuple. Comme
dans toute guerre coloniale. De la propagande jusqu’aux opérations
militaires. Outre les massacres barbares de
villageois et de fêtes de mariages, ce sont des Corans brûlés
publiquement sur la base de Bagram, des cadavres de résistants sur
lesquels des soldats hilares urinent devant les caméras,
etc.
Ce peuple de
valeureux guerriers, depuis la nuit des temps, vient de donner à l’OTAN
la semaine dernière, 14 septembre 2012, une des plus
extraordinaires leçons d’opération-commandos de l’histoire
militaire. (15) Après 11 ans d’occupation atroce. Dans le silence de nos médias, bien entendu…
Là, ils ne
s’agit pas de voyous jouant les Rambo en débarquant de nuit dans des
villages pour en massacrer le responsable et sa famille
qu’on fera passer pour un “commandant”, ou encore attaquer une villa
pour y tuer un vieillard malade et reclus qu’on présentera en Grand
Méchant Loup.
Une douzaine
de Résistants Afghans ont pénétré sur une des plus grandes bases
militaires de l’OTAN dans le monde : "Camp Bastion", dans
la province de Helmand, contenant entre 20000 et 30000 hommes,
suivant les périodes.
Franchissant de nuit tous les systèmes de surveillance électronique et d’armes automatiques. Détruisant 8 chasseurs-bombardiers
Harrier, en endommageant autant. Faisant sauter
trois dépôts-stations de carburant pour avions, hélicoptères et
véhicules. Détruisant au passage camions et dépôts de munitions.
Les soldats de la garnison paniqués ont passé le reste de la nuit,
avec leurs lunettes de vision nocturne, à se mitrailler entre eux au
milieu des incendies et des fumées de carburants…
J’espère qu’un jour le cinéma Afghan réalisera un film sur l’exploit de ses Résistants.
iv) Attaquer une Nation qui n’attaque personne
Une Nation
attaquée sur son territoire, injustement, illégalement au regard du
droit international, dès lors qu’elle a les moyens de se
défendre, est imbattable. Ainsi que le rappellent deux des principes
de Sun Tzu :
« Celui qui occupe le terrain le premier et attend l’ennemi est en position de
force ». (VI-1-169)
« Un terrain sur lequel l’armée ne peut survivre qu’en se battant avec l’énergie du désespoir
est dit “mortel” [pour l’assaillant ou l’envahisseur] ». (XI-10-225)
v) Se croire invulnérable
« Un terrain où l’on accède par un goulot, d’où l’on sort par des voies tortueuses, et
permettant à une force ennemie réduite de frapper la mienne plus importante est appelé “encerclé” ». (XI-9-225)
La flotte de l’OTAN jouant à L’Invincible Armada, s’entassant dans dans la nasse qu'est le Golfe Persique après
avoir franchi le Détroit d’Ormuz, loin d’être une démonstration de force, est une démonstration d’imbécillité.
vi) Ne pas anticiper l’évolution d’un contexte
« De même que l’eau n’a pas de forme stable, il n’existe pas dans la guerre de conditions
permanentes ». (VI-29-177)
Un contexte peut évoluer très vite. Une guerre dite “régionale” devenir une guerre “mondiale”.
Exemple. Lors de la Guerre de Corée
(1950-1953), les occidentaux, munis d’un mandat de l’ONU (la Russie
boycottant le Conseil de Sécurité du fait de leur refus d’y admettre la
Chine Continentale – seule l’ile de Taïwan était considérée comme
étant la Chine), pensaient occuper la Corée du nord jusqu’à la frontière
chinoise. Et même, au-delà...
Mandat de
l’ONU ou pas, menacés de la bombe atomique par le général Mc Arthur, les
Chinois qui n’avaient aucun moyen (ni aviation, ni
matériel lourd, ni bombe atomique) au sortir de la guerre contre le
Japon et la lutte contre les occidentaux, sous forme d’une guerre
civile, derrière Tchang Kaï-chek (réfugié à Taïwan après sa défaite), ont envoyé au combat 250000 hommes pour
faire entendre raison à l’Occident…
Ainsi, vous voulez une guerre ?... Y tenant, absolument !
Vous croyant
dans un restaurant, confortablement installés, serviette nouée autour du
cou, cigare dans vos pochettes en soie assorties à la
couleur de vos chaussettes… Vous avez même choisi dans le menu :
« Régionale » !...
« Régionale », dites-vous ?... Pourquoi pas ?... Ça fleure bon le terroir…
Comme vous l’annoncerait Sun Tzu :
« Vous allez être servis !... »
(1) "Topless Kate pics leave Irish Daily Star editor job hunting", RT, 18 septembre 2012, http://rt.com/art-and-culture/news/editor-kate-topless-photos-395/
(2) Voir les interorgaions alarmantes de quelques éminents chercheurs : http://video2.ted.com/talk/podcast/2011G/None/PavanSukhdev_2011G-480p-fr.mp4, ou encore : http://www.ted.com/talks/lang/en/johan_rockstrom_let_the_environment_guide_our_development.html
(3) “LOI no 92-1336 du 16 décembre 1992 relative à l'entrée en vigueur du nouveau code pénal et à la modification de certaines dispositions de droit pénal et de procédure pénale rendue nécessaire par cette entrée en vigueur”,
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000177662&categorieLien=id(4) "Véronique Genest se déclare « islamophobe » ", Voici, 18 septembre 2012, http://www.voici.fr/news-people/actu-people/veronique-genest-se-declare-islamophobe-465850
(5) Le sujet a maintes fois été abordé dans ce blog. Voir, en particulier :
=> L’islamophobie : le Cancer de l’Europe (11/02/2007)
=> L’infanticide, “preuve extrême de la violence du judéo-christianisme” ? (05/09/2010)
=> Charlie Hebdo : Pétard Mouillé (10/11/2011)
(6) Rodney Shakespeare est un économiste-chercheur-enseignant en « Binary Economics », immense domaine d’études sur une refonte du système économique actuel. A l’état embryonnaire en France, du fait du barrage médiatique et académique sur ce type de réflexion…
Admirable humaniste, il est un ardent défenseur de “La Dignité Humaine”. A ce titre, parmi toutes ses activités et responsabilités :
=> cofondateur du Global Justice Movement (www.globaljusticemovement.net)
=> membre du Christian Council for Monetary Justice (http://www.ccmj.org/members/)
=> président du Comité contre l’usage de la torture au Bahreïn (Chair of the Committee Against Torture in Bahrain)
(7) Rodney Shakespeare, "Zionists, US launch all-out war on Islam", Press TV, 18 septembre 2012, http://www.presstv.ir/detail/2012/09/17/262075/uszionists-escalate-onslaught-on-islam/
(8) “The world’s policeman must not retreat from the world’s most dangerous region; indeed America should do more”, The Economist, 15 septembre 2012, http://www.economist.com/node/21562914
(9) Spengler (David Paul Goldman), “All-out Middle East war as good as it gets”, Asia Times, 18 septembre 2012, http://www.atimes.com/atimes/Front_Page/NI18Aa01.html
(10) “US will strike in early 2013 – Former American ambassador to Israel”, RT, 17 septembre 2012, http://rt.com/usa/news/us-iran-2013-israel-361/
(11) Sun Tzu, “L’Art de la Guerre”, préface et introduction par Samuel Griffith, éditions Flammarion, Collection Champs-essais, 2008.
(12) Comme pour Homère, des historiens discutent encore pour savoir si le personnage a existé, si le Traité et ses 13 chapitres représentent une compilation de plusieurs auteurs, etc. Je m’en tiens au plus simple, laissant à Samuel Griffith le soin de présenter les différentes hypothèses, Op. Cit.
(13) Samuel Griffith, Op. Cit., p. 13.
(14) Les citations renvoient à l’ouvrage de Samuel Griffith (Op. Cit.) : le chiffre romain au chapitre, le chiffre suivant au paragraphe, le dernier à la page.
(15) “US lost eight jets in worst air loss in one day since Vietnam war”, RT, 17 septembre 2012, http://rt.com/usa/news/us-jets-attack-taliban-343/
Illustrations de Carlos Latuff. Les caricatures du talentueux Brésilien, publiées dans de nombreux pays, sont visibles sur son site : http://latuffcartoons.wordpress.com/
Source : A contre-courant
samedi 22 septembre 2012
Chemtrails & Morgellons : éléments d'enquête
Une reportage vidéo sur les "chemtrails" d'une durée de 34'53 : j'observe le ciel depuis mon enfance. Je vis une grande partie de mon existence dans la nature et j'ai pu constater, d'années en années, la recrudescence de ce phénomène qui n'a rien à voir avec les gaz émis normalement par les avions de ligne. Ces deux dernières années, j'ai beaucoup lu à ce sujet, j'ai beaucoup douté. Après avoir visionné ce film, qui pose les bonnes questions en corroborant mes conclusions provisoires, je me fais un devoir de le partager avec les lecteurs de ce blog lesquels pourront se faire une idée à propos de ces expérimentations clandestines. Elles ont ceci en commun avec l'enquête du 11 septembre 2011 que tous les experts officiels rejettent avec dédain et cynisme les rapports de scientifiques chevronnés qui demandent la réouverture du dossier. A. Chenet
Chemtrail et Morgellons : La maladie qui vient... par rikiai
jeudi 20 septembre 2012
Mémoire : Sabra et Chatilah
'Quatre heures à Chatila' de Jean Genet - L’art et l'artiste au service de la non-violence active
Non-violence culture – Sabra et Chatila - Quand l’art et la culture remplace le judiciaire honteusement défaillant : "Quatre heures à Chatila" de Jean Genêt. Retour sur les faits, l’ arrogante impunité d’un criminel de guerre Ariel Sharon.... En Grande Bretagne, une lueur d’espoir surgit pour que Justice soient rendues pour d’autres crimes de guerre commis par des généraux israéliens à Gaza.
"Des mots pour ne pas consentir" Sophocle
En septembre 1982, Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, alors présidente de l'Union des étudiants Palestiniens. Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Témoin de la tragédie, Genet qui n'écrit plus depuis longtemps reprend la plume et rédige le plus important de ses articles politiques, "Quatre heures à Chatila", publié l'année suivante dans la Revue d'Études Palestiniennes. Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l'horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila.
"Sur les six parties, deux seulement sont consacrées à la description des charniers de Chatila. Pour aller plus loin et ne pas être aspiré par cette réalité insoutenable, disparaître en elle comme l'on sombre dans un gouffre, pour réagir et comprendre, Genet se remémore ce qu'il sait des Palestiniens quand il était parmi eux encore vivants. C'est l'objet des quatre autres parties qui sont une échappée de la mémoire en Jordanie, douze ans auparavant, alors que Genet vivait dans les camps palestiniens. Le visiteur hébété de Chatila se doit, pour ne pas devenir fou au milieu des cadavres en décomposition, de mettre au clair ce qu'ont été pour lui les Palestiniens vivants, et impérativement de parler de lui pour parler d'eux" (Alain Milianti, Le fils de la honte. Éd. Solin, 1992).
" Quatre heures à Chatila" extraits
"Il se passa dix ans et je ne sus rien d’eux sauf que les fedayin étaient au Liban. La presse européenne parlait du peuple palestinien avec désinvolture, dédain même. Et soudain, Beyrouth-Ouest.
Une photographie à deux dimensions, l’écran de télévision aussi, ni l’un ni l’autre ne peuvent être parcourus. D’un mur à l’autre d’une rue, arqués ou arc-boutés, les pieds poussant un mur et la tête s’appuyant sur l’autre, les cadavres, noirs et gonflés que je devais enjamber étaient tous palestiniens ou libanais.
Pour moi comme pour ce qui restait de la population, la circulation à Chatila et à Sabra ressembla à un jeu de saute-mouton. Un enfant mort peut quelquefois bloquer les rues, elles sont si étroites, presque minces et les morts si nombreux...
Le massacre de Chatila se fit-il dans les murmures ou le silence total, si les Israéliens, soldats et officiers, prétendent n’avoir rien entendu, ne s’être doutés de rien alors qu’ils occupaient ce bâtiment (Ambassade du Koweït), depuis le mercredi après-midi ?
La photographie ne saisit pas les mouches ni l’odeur blanche et épaisse de la mort. Elle ne dit pas non plus les sauts qu’il faut faire quand on va d’un cadavre à l’autre....
Sans doute j’étais seul, je veux dire seul Européen avec quelques vieilles femmes palestiniennes s’accrochant encore à un chiffon blanc déchiré, avec quelques jeunes feddayin sans armes. Mais si ces cinq ou six êtres humains n’avaient pas été là et que j’aie découvert cette ville abattue, les Palestiniens horizontaux, noirs et gonflés, je serais devenu fou.
Ou l’ai-je été ? Cette ville en miettes, et par terre que j’ai vue ou cru voir, parcourue, soulevée, portée par la puissante odeur de la mort, tout cela avait-il eu lieu ?...
Trois jeunes gens m’entraînaient dans une ruelle.
Entrez, monsieur, nous on vous attend dehors....
Jean Genet
Non-violence culture – Sabra et Chatila - Quand l’art et la culture remplace le judiciaire honteusement défaillant : "Quatre heures à Chatila" de Jean Genêt. Retour sur les faits, l’ arrogante impunité d’un criminel de guerre Ariel Sharon.... En Grande Bretagne, une lueur d’espoir surgit pour que Justice soient rendues pour d’autres crimes de guerre commis par des généraux israéliens à Gaza.
"Des mots pour ne pas consentir" Sophocle
En septembre 1982, Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, alors présidente de l'Union des étudiants Palestiniens. Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Témoin de la tragédie, Genet qui n'écrit plus depuis longtemps reprend la plume et rédige le plus important de ses articles politiques, "Quatre heures à Chatila", publié l'année suivante dans la Revue d'Études Palestiniennes. Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l'horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila.
"Sur les six parties, deux seulement sont consacrées à la description des charniers de Chatila. Pour aller plus loin et ne pas être aspiré par cette réalité insoutenable, disparaître en elle comme l'on sombre dans un gouffre, pour réagir et comprendre, Genet se remémore ce qu'il sait des Palestiniens quand il était parmi eux encore vivants. C'est l'objet des quatre autres parties qui sont une échappée de la mémoire en Jordanie, douze ans auparavant, alors que Genet vivait dans les camps palestiniens. Le visiteur hébété de Chatila se doit, pour ne pas devenir fou au milieu des cadavres en décomposition, de mettre au clair ce qu'ont été pour lui les Palestiniens vivants, et impérativement de parler de lui pour parler d'eux" (Alain Milianti, Le fils de la honte. Éd. Solin, 1992).
" Quatre heures à Chatila" extraits
"Il se passa dix ans et je ne sus rien d’eux sauf que les fedayin étaient au Liban. La presse européenne parlait du peuple palestinien avec désinvolture, dédain même. Et soudain, Beyrouth-Ouest.
Une photographie à deux dimensions, l’écran de télévision aussi, ni l’un ni l’autre ne peuvent être parcourus. D’un mur à l’autre d’une rue, arqués ou arc-boutés, les pieds poussant un mur et la tête s’appuyant sur l’autre, les cadavres, noirs et gonflés que je devais enjamber étaient tous palestiniens ou libanais.
Pour moi comme pour ce qui restait de la population, la circulation à Chatila et à Sabra ressembla à un jeu de saute-mouton. Un enfant mort peut quelquefois bloquer les rues, elles sont si étroites, presque minces et les morts si nombreux...
Le massacre de Chatila se fit-il dans les murmures ou le silence total, si les Israéliens, soldats et officiers, prétendent n’avoir rien entendu, ne s’être doutés de rien alors qu’ils occupaient ce bâtiment (Ambassade du Koweït), depuis le mercredi après-midi ?
La photographie ne saisit pas les mouches ni l’odeur blanche et épaisse de la mort. Elle ne dit pas non plus les sauts qu’il faut faire quand on va d’un cadavre à l’autre....
Sans doute j’étais seul, je veux dire seul Européen avec quelques vieilles femmes palestiniennes s’accrochant encore à un chiffon blanc déchiré, avec quelques jeunes feddayin sans armes. Mais si ces cinq ou six êtres humains n’avaient pas été là et que j’aie découvert cette ville abattue, les Palestiniens horizontaux, noirs et gonflés, je serais devenu fou.
Ou l’ai-je été ? Cette ville en miettes, et par terre que j’ai vue ou cru voir, parcourue, soulevée, portée par la puissante odeur de la mort, tout cela avait-il eu lieu ?...
Trois jeunes gens m’entraînaient dans une ruelle.
Entrez, monsieur, nous on vous attend dehors....
Jean Genet
Source : Guerre à la guerre
Genet à Chatila
Entretiens avec Leïla Shahid
Propos recueillis par Jérôme Hankins
Entretiens avec Leïla Shahid
Propos recueillis par Jérôme Hankins
Nous sommes arrivés à Beyrouth, ce dimanche-là, après le départ des combattants et juste dans les premiers jours d'accalmie. Ma mère habite un grand immeuble devant la mer : nous sommes arrivés, ma mère n'était pas là, mais une jeune fille libanaise dont la maison avait été détruite par les bombardements habitait chez nous. Nous sommes montés au huitième étage et on s'est installés.
Le lendemain matin (c'était un lundi, le 13 septembre, je ne l'oublierai jamais), on s'est levés tôt, on est allés prendre le café sur le balcon qui surplombe la mer et d'où l'on voit toute la baie de Beyrouth. Trois navires militaires sortaient du port et prenaient le large. Jean me dit : "Qu'est-ce que c'est ?" Et je lui dis : "Je ne sais pas. C'est très curieux." Je suis allée prendre des jumelles. En fait c'était le contingent français des forces multinationales qui partait. Et Jean me dit (je ne l'oublierai jamais) : "C'est mauvais signe. Pourquoi partent-ils avant la date prévue ?" Car ils devaient rester encore un mois, pour assurer la "protection" des civils palestiniens dans les camps. On les a regardés partir.
Moi j'étais si heureuse d'être revenue dans cette ville, où je suis née, que je voulais sortir tout de suite. J'ai appelé Jacqueline, une amie journaliste, qui est venue nous prendre en voiture. Nous avons parcouru toute la ville pour voir l'étendue des dégâts après trois mois de siège et de bombardements. Nous avons tourné absolument partout, y compris dans le camp de Chatila, qui avait été bombardé aussi mais ni plus ni moins que les autres secteurs de la ville. Nous avons vu surtout l'effet des bombardements sur les immeubles et c'était très impressionnant à voir. On n'imagine pas ce que c'est, car on oublie la densité du tissu urbain à l'intérieur d'une ville qui est très petite et où tous les immeubles ont en moyenne dix étages.
Ce lundi-là, nous sommes rentrés à la maison vers 18 heures. Jean s'est retiré dans sa chambre, moi dans la mienne. J'ai pris les journaux pour lire la presse du matin et je ne pensais pas le revoir avant le lendemain. Au bout d'un moment, il sort de sa chambre, je le vois entrer dans la mienne, à moitié assommé par le Nembutal, avec son pantalon à moitié défait, hirsute, avec les cheveux debout, il vient sans un mot s'installer dans un fauteuil près de mon lit. Il me regarde (je ne disais pas un mot, j'attendais de comprendre pourquoi il n'était pas couché) et il me dit : "Je les aime." Je dis : "Mais qui ?" Et il me répond : "Les Palestiniens." Alors, je ris et je lui dis : "Oui, je comprends, je crois." Il rit, se lève et rentre dans sa chambre pour se coucher.
Là, j'ai senti qu'il était vraiment heureux d'être revenu à Beyrouth. Et moi, j'étais soulagée de voir que c'était une bonne décision de l'avoir amené.
Le lendemain, il m'a dit : "Ne t'occupe pas de moi, fais tes visites comme tu veux." Cet après-midi-là, j'étais chez un ami en ville. Jean était à la maison en compagnie de la jeune Libanaise, et j'ai appris qu'il y avait eu une énorme explosion au siège des phalangistes. J'ai tout de suite appelé Jean pour le rassurer et le prévenir que j'allais rentrer car la situation était très tendue en ville. Je suis revenue à la maison, on entendait des coups de feu partout. Nous avons eu confirmation plusieurs heures plus tard que le siège du parti phalangiste venait d'être dynamité et qu'il y avait plusieurs morts. Au début, ils ont commencé par dire que le président de la République, Béchir Gemayel, était vivant et qu'il aidait à évacuer les blessés. Puis ils ont fini par admettre qu'il était mort dans l'explosion, et toute la ville a été traversée comme par un choc électrique, car il venait juste d'être élu et tout le monde avait cru que son élection signifiait la fin de la guerre. Et cet assassinat, avec son côté spectaculaire car le siège du parti phalangiste était très bien gardé, a beaucoup choqué la population.
C'était donc le mardi soir. Le 14 septembre.
Le mercredi, vers 5 heures du matin (je n'ai pas dormi cette nuit-là, car je sentais que quelque chose de terrible venait d'avoir lieu), je vois arriver le vendeur de journaux en moto, très excité et je lui dis : "Qu'est-ce qu'il y a ?" Il me répond : "Les Israéliens arrivent, les Israéliens arrivent !", il jette les journaux et s'en va très vite. Je dégringole les escaliers de l'immeuble et de l'entrée je vois arriver les chars et les jeunes soldats israéliens, avec leur sac à dos et leurs antennes (car ils avaient des petits postes émetteurs), gravir la pente qui mène de la mer vers le centre de la ville, en passant devant notre appartement. Je suis remontée très vite. Bien sûr, tous les habitants de l'immeuble étaient paniqués, car les chars tiraient des obus à blanc pour terroriser la ville. Jean était surexcité, il voulait tout voir de près. Les voisins avaient verrouillé la grille de l'entrée de l'immeuble, et Jean protestait qu'il voulait aller regarder. Alors, les dames de l'immeuble l'ont engueulé et lui ont dit qu'il fallait que tout le monde descende dans l'abri, et qu'il était en train de mettre tout le monde en danger à force de vouloir rester dehors.
Les Israéliens se sont éparpillés à l'intérieur de la ville. Ils ont divisé la ville en secteurs. Et ils ont très vite encerclé les camps palestiniens qui sont au sud de la ville de Beyrouth.
Mercredi, tout le monde est resté terré chez soi. Quelques Libanais ont créé des poches de résistance, mais très peu, puisque la majorité des combattants libanais et palestiniens avaient remis leurs armes à des postes de ramassage, selon l'accord signé entre Arafat et Habib, et personne ne s'attendait à une nouvelle invasion de Beyrouth-Ouest.
Cette nuit-là, nous avons passé la soirée à regarder le ciel illuminé par d'énormes fusées éclairantes, au sud de la ville, c'est-à-dire où sont les camps. Et on ne comprenait pas ce qui se passait. Pourquoi sur cette partie-là de la ville ? D'autant plus qu'on n'entendait ni canon, ni mitraillettes. Le calme total. Pas d'électricité, pas une voiture dans les rues. Un silence total, c'était effrayant, presque surréaliste.
Le jeudi, je suis sortie un peu pour aller voir dans le quartier ce qui se passait. Je suis allée chez des amis qui avaient tenu un centre d'informations pendant le siège de Beyrouth, devant l'université américaine.
Jean était venu avec moi ce jour-là. Nous avons vu que les gens s'organisaient déjà en comité d'informations et ils parlaient de patrouilles israéliennes des services de renseignements qui circulaient dans des voitures civiles, avec des cartes d'état-major comportant des inscriptions très précises de rues où ils voulaient faire des rafles de militants palestiniens et libanais. Ils étaient à la recherche de caches d'armes en ville. On m'a dit : "Toi, tu peux circuler, car comme tu n'étais pas là pendant le siège de la ville, les mouchards qui sont en train de dénoncer les Palestiniens parmi les habitants de Beyrouth-Ouest ne te connaissent pas." J'avais une petite voiture, donc je pouvais circuler facilement, pour voir si je pouvais aider les gens d'une manière ou d'une autre.
Le vendredi soir, nous étions Jean et moi chez des voisins quand, vers 18 heures, quelqu'un a sonné à l'interphone en bas : "Descendez vite, c'est très important." J'ai dégringolé les escaliers (il n'y avait toujours pas d'électricité) et c'était mon amie journaliste qui nous avait promenés le premier jour. Elle m'a dit : "Je te présente une infirmière norvégienne, qui arrive de l'hôpital d'Akka, au camp de Chatila. Elle a des choses terribles à dire. Il faut à tout prix que tu arrives à faire passer un message à l'OLP : il y a un massacre dans le camp." J'ai invité l'infirmière en question à monter chez nous. Elle nous a raconté qu'elle travaillait depuis le début du siège de Beyrouth à l'hôpital d'Akka, avec une équipe de médecins et d'infirmiers scandinaves et palestiniens, et qu'elle était une volontaire venue aider le Croissant-Rouge palestinien. Depuis trois jours ils accueillaient des blessés avec des blessures très bizarres : de couteau, de hache. Ces blessés étaient paniqués et disaient qu'ils ne comprenaient pas ce qui se passait, qu'un massacre horrible avait lieu à l'intérieur du camp. Très vite il y avait tellement de blessés qu'on ne pouvait plus les traiter ; à peine soignés, ils repartaient comme des fous chercher le reste de leur famille. Or, justement ce soir, des hommes en tenue léopard étaient entrés dans l'hôpital, avaient rassemblé tout le monde et les avaient emmenés au poste israélien, installé en face du camp de Chatila dans trois immeubles qui appartiennent à l'armée libanaise. En chemin, ces hommes armés avaient sorti le médecin palestinien du rang et l'avaient abattu, malgré leurs protestations. Le reste du groupe était composé d'étrangers qui furent emmenés au poste d'observation israélien, où on les avertit que les phalangistes opéraient un massacre dans le camp et qu'il fallait à tout prix qu'ils rentrent chez eux.
Nous avons décidé, l'infirmière et moi, d'alerter aussitôt les chancelleries étrangères de Beyrouth-Ouest, puisque normalement les forces multinationales étaient responsables des civils palestiniens.
J'ai dit à Jean : "On va commencer par aller au consulat de France, qui est juste en face de la maison." Jean me dit : "Absolument pas." Je lui dis : "Il est 10 heures du soir. On va aller, toutes les deux, seules dans la nuit ; la ville est dans l'obscurité. Nous ne savons pas qui circule en ville, avec tous ces miliciens armés. Tu vas nous laisser aller toutes seules à l'ambassade de France ?" Il m'a dit : "Ce n'est pas mon travail d'aller, moi, au consulat de France." J'étais furieuse contre lui. Nous sommes parties toutes les deux et je n'oublierai jamais, parce que le consul a eu le courage de nous recevoir immédiatement (car la ville était dans un état de folie totale, personne ne pouvait faire confiance à personne). Il a pris note de ce que lui disait l'infirmière et nous a promis de faire quelque chose. Nous étions tellement affolées que nous n'avons même pas pu remettre la voiture en marche. Nous sommes rentrées à pied, je crois qu'on n'a jamais couru aussi vite de notre vie.
Nous sommes allées ensuite chez mon voisin, représentant aux Nations unies. Il a répondu qu'il ne pouvait pas nous aider, car il craignait d'être pris dans des tirs. Je lui ai dit : "Et le fanion des Nations unies que vous pouvez mettre sur votre voiture ?" Mais il n'a pas voulu s'aventurer.
Le lendemain, très tôt, nous sommes allées à l'AFP, qui avait été le centre de presse le plus actif à Beyrouth pendant le siège, pour convaincre les journalistes d'aller voir sur place. On était à peine arrivées que le consul de France est entré, blême, il me regarde en disant : "Madame Shahid, ce que vous m'avez raconté est un dixième de ce que j'ai vu ce matin à Chatila." Je lui demande : "Pourquoi, qu'est-ce que vous avez vu ?" Il me répond : "J'ai vu des amoncellements de cadavres, j'ai vu des familles entières assassinées devant leur télévision, je n'ai pu traverser certaines rues car elles sont jonchées de cadavres." Il a insisté pour que les journalistes partent tout de suite. Puis il a aperçu le représentant de la Croix-Rouge internationale, il s'est emporté et lui a dit : "Qu'est-ce que vous attendez pour lancer un appel international ? Un massacre vient d'avoir lieu, il y a des centaines de cadavres qui pourrissent déjà au soleil et vous n'avez encore rien fait." Alors le représentant de la Croix-Rouge s'est installé à une table devant lui, et il a rédigé le premier appel international que la Croix-Rouge ait lancé. Les journalistes se sont rendus sur place et la nouvelle a commencé à circuler.
Je suis repassée à la maison et, avec Jean et deux journalistes américains, nous avons essayé de nous approcher du camp. Pour se donner plus de chances, nous nous sommes séparés et Jean est resté avec les Américains. Malheureusement, les soldats israéliens les ont refoulés. De mon côté je suis allée vers l'hôpital de Gaza où le reste de l'équipe d'infirmiers et de médecins étrangers aidaient encore le Croissant-Rouge. On ne m'a pas laissée arriver à Gaza, car samedi, en fait, les massacres continuaient.
Le dimanche matin, nous avons essayé de nouveau et là, vers 10 heures, nous avons pu enfin pénétrer dans le camp. Jean est entré d'un côté avec les journalistes et moi je suis allée à l'hôpital de Gaza où les médecins qui restaient étaient évacués par l'armée israélienne. C'est là qu'on a découvert la taille, l'ampleur du massacre. Et on a compris que cela durait depuis trois jours, sous la surveillance de l'armée israélienne qui lançait des fusées éclairantes toute la nuit. Les armes utilisées étaient la plupart du temps des poignards, des canifs, des haches et c'est pour ça que personne ne s'était aperçu de rien, car on n'entendait pas de tirs. Les gens se terraient ; ils restaient sur place et se cachaient dans des abris. Ils n'ont pas pu se prévenir les uns les autres, puisque la stratégie était de diviser le camp en quartiers, de regrouper les tueurs en équipes indépendantes, chacune étant menée par un dirigeant local des forces libanaises et du parti phalangiste. Donc, les quartiers étaient isolés les uns des autres et c'est pour cela que la plupart des habitants sont morts sur place.
Ed. Solin, Actes Sud Babel n°105, avril 1994
Le lendemain matin (c'était un lundi, le 13 septembre, je ne l'oublierai jamais), on s'est levés tôt, on est allés prendre le café sur le balcon qui surplombe la mer et d'où l'on voit toute la baie de Beyrouth. Trois navires militaires sortaient du port et prenaient le large. Jean me dit : "Qu'est-ce que c'est ?" Et je lui dis : "Je ne sais pas. C'est très curieux." Je suis allée prendre des jumelles. En fait c'était le contingent français des forces multinationales qui partait. Et Jean me dit (je ne l'oublierai jamais) : "C'est mauvais signe. Pourquoi partent-ils avant la date prévue ?" Car ils devaient rester encore un mois, pour assurer la "protection" des civils palestiniens dans les camps. On les a regardés partir.
Moi j'étais si heureuse d'être revenue dans cette ville, où je suis née, que je voulais sortir tout de suite. J'ai appelé Jacqueline, une amie journaliste, qui est venue nous prendre en voiture. Nous avons parcouru toute la ville pour voir l'étendue des dégâts après trois mois de siège et de bombardements. Nous avons tourné absolument partout, y compris dans le camp de Chatila, qui avait été bombardé aussi mais ni plus ni moins que les autres secteurs de la ville. Nous avons vu surtout l'effet des bombardements sur les immeubles et c'était très impressionnant à voir. On n'imagine pas ce que c'est, car on oublie la densité du tissu urbain à l'intérieur d'une ville qui est très petite et où tous les immeubles ont en moyenne dix étages.
Ce lundi-là, nous sommes rentrés à la maison vers 18 heures. Jean s'est retiré dans sa chambre, moi dans la mienne. J'ai pris les journaux pour lire la presse du matin et je ne pensais pas le revoir avant le lendemain. Au bout d'un moment, il sort de sa chambre, je le vois entrer dans la mienne, à moitié assommé par le Nembutal, avec son pantalon à moitié défait, hirsute, avec les cheveux debout, il vient sans un mot s'installer dans un fauteuil près de mon lit. Il me regarde (je ne disais pas un mot, j'attendais de comprendre pourquoi il n'était pas couché) et il me dit : "Je les aime." Je dis : "Mais qui ?" Et il me répond : "Les Palestiniens." Alors, je ris et je lui dis : "Oui, je comprends, je crois." Il rit, se lève et rentre dans sa chambre pour se coucher.
Là, j'ai senti qu'il était vraiment heureux d'être revenu à Beyrouth. Et moi, j'étais soulagée de voir que c'était une bonne décision de l'avoir amené.
Le lendemain, il m'a dit : "Ne t'occupe pas de moi, fais tes visites comme tu veux." Cet après-midi-là, j'étais chez un ami en ville. Jean était à la maison en compagnie de la jeune Libanaise, et j'ai appris qu'il y avait eu une énorme explosion au siège des phalangistes. J'ai tout de suite appelé Jean pour le rassurer et le prévenir que j'allais rentrer car la situation était très tendue en ville. Je suis revenue à la maison, on entendait des coups de feu partout. Nous avons eu confirmation plusieurs heures plus tard que le siège du parti phalangiste venait d'être dynamité et qu'il y avait plusieurs morts. Au début, ils ont commencé par dire que le président de la République, Béchir Gemayel, était vivant et qu'il aidait à évacuer les blessés. Puis ils ont fini par admettre qu'il était mort dans l'explosion, et toute la ville a été traversée comme par un choc électrique, car il venait juste d'être élu et tout le monde avait cru que son élection signifiait la fin de la guerre. Et cet assassinat, avec son côté spectaculaire car le siège du parti phalangiste était très bien gardé, a beaucoup choqué la population.
C'était donc le mardi soir. Le 14 septembre.
Le mercredi, vers 5 heures du matin (je n'ai pas dormi cette nuit-là, car je sentais que quelque chose de terrible venait d'avoir lieu), je vois arriver le vendeur de journaux en moto, très excité et je lui dis : "Qu'est-ce qu'il y a ?" Il me répond : "Les Israéliens arrivent, les Israéliens arrivent !", il jette les journaux et s'en va très vite. Je dégringole les escaliers de l'immeuble et de l'entrée je vois arriver les chars et les jeunes soldats israéliens, avec leur sac à dos et leurs antennes (car ils avaient des petits postes émetteurs), gravir la pente qui mène de la mer vers le centre de la ville, en passant devant notre appartement. Je suis remontée très vite. Bien sûr, tous les habitants de l'immeuble étaient paniqués, car les chars tiraient des obus à blanc pour terroriser la ville. Jean était surexcité, il voulait tout voir de près. Les voisins avaient verrouillé la grille de l'entrée de l'immeuble, et Jean protestait qu'il voulait aller regarder. Alors, les dames de l'immeuble l'ont engueulé et lui ont dit qu'il fallait que tout le monde descende dans l'abri, et qu'il était en train de mettre tout le monde en danger à force de vouloir rester dehors.
Les Israéliens se sont éparpillés à l'intérieur de la ville. Ils ont divisé la ville en secteurs. Et ils ont très vite encerclé les camps palestiniens qui sont au sud de la ville de Beyrouth.
Mercredi, tout le monde est resté terré chez soi. Quelques Libanais ont créé des poches de résistance, mais très peu, puisque la majorité des combattants libanais et palestiniens avaient remis leurs armes à des postes de ramassage, selon l'accord signé entre Arafat et Habib, et personne ne s'attendait à une nouvelle invasion de Beyrouth-Ouest.
Cette nuit-là, nous avons passé la soirée à regarder le ciel illuminé par d'énormes fusées éclairantes, au sud de la ville, c'est-à-dire où sont les camps. Et on ne comprenait pas ce qui se passait. Pourquoi sur cette partie-là de la ville ? D'autant plus qu'on n'entendait ni canon, ni mitraillettes. Le calme total. Pas d'électricité, pas une voiture dans les rues. Un silence total, c'était effrayant, presque surréaliste.
Le jeudi, je suis sortie un peu pour aller voir dans le quartier ce qui se passait. Je suis allée chez des amis qui avaient tenu un centre d'informations pendant le siège de Beyrouth, devant l'université américaine.
Jean était venu avec moi ce jour-là. Nous avons vu que les gens s'organisaient déjà en comité d'informations et ils parlaient de patrouilles israéliennes des services de renseignements qui circulaient dans des voitures civiles, avec des cartes d'état-major comportant des inscriptions très précises de rues où ils voulaient faire des rafles de militants palestiniens et libanais. Ils étaient à la recherche de caches d'armes en ville. On m'a dit : "Toi, tu peux circuler, car comme tu n'étais pas là pendant le siège de la ville, les mouchards qui sont en train de dénoncer les Palestiniens parmi les habitants de Beyrouth-Ouest ne te connaissent pas." J'avais une petite voiture, donc je pouvais circuler facilement, pour voir si je pouvais aider les gens d'une manière ou d'une autre.
Le vendredi soir, nous étions Jean et moi chez des voisins quand, vers 18 heures, quelqu'un a sonné à l'interphone en bas : "Descendez vite, c'est très important." J'ai dégringolé les escaliers (il n'y avait toujours pas d'électricité) et c'était mon amie journaliste qui nous avait promenés le premier jour. Elle m'a dit : "Je te présente une infirmière norvégienne, qui arrive de l'hôpital d'Akka, au camp de Chatila. Elle a des choses terribles à dire. Il faut à tout prix que tu arrives à faire passer un message à l'OLP : il y a un massacre dans le camp." J'ai invité l'infirmière en question à monter chez nous. Elle nous a raconté qu'elle travaillait depuis le début du siège de Beyrouth à l'hôpital d'Akka, avec une équipe de médecins et d'infirmiers scandinaves et palestiniens, et qu'elle était une volontaire venue aider le Croissant-Rouge palestinien. Depuis trois jours ils accueillaient des blessés avec des blessures très bizarres : de couteau, de hache. Ces blessés étaient paniqués et disaient qu'ils ne comprenaient pas ce qui se passait, qu'un massacre horrible avait lieu à l'intérieur du camp. Très vite il y avait tellement de blessés qu'on ne pouvait plus les traiter ; à peine soignés, ils repartaient comme des fous chercher le reste de leur famille. Or, justement ce soir, des hommes en tenue léopard étaient entrés dans l'hôpital, avaient rassemblé tout le monde et les avaient emmenés au poste israélien, installé en face du camp de Chatila dans trois immeubles qui appartiennent à l'armée libanaise. En chemin, ces hommes armés avaient sorti le médecin palestinien du rang et l'avaient abattu, malgré leurs protestations. Le reste du groupe était composé d'étrangers qui furent emmenés au poste d'observation israélien, où on les avertit que les phalangistes opéraient un massacre dans le camp et qu'il fallait à tout prix qu'ils rentrent chez eux.
Nous avons décidé, l'infirmière et moi, d'alerter aussitôt les chancelleries étrangères de Beyrouth-Ouest, puisque normalement les forces multinationales étaient responsables des civils palestiniens.
J'ai dit à Jean : "On va commencer par aller au consulat de France, qui est juste en face de la maison." Jean me dit : "Absolument pas." Je lui dis : "Il est 10 heures du soir. On va aller, toutes les deux, seules dans la nuit ; la ville est dans l'obscurité. Nous ne savons pas qui circule en ville, avec tous ces miliciens armés. Tu vas nous laisser aller toutes seules à l'ambassade de France ?" Il m'a dit : "Ce n'est pas mon travail d'aller, moi, au consulat de France." J'étais furieuse contre lui. Nous sommes parties toutes les deux et je n'oublierai jamais, parce que le consul a eu le courage de nous recevoir immédiatement (car la ville était dans un état de folie totale, personne ne pouvait faire confiance à personne). Il a pris note de ce que lui disait l'infirmière et nous a promis de faire quelque chose. Nous étions tellement affolées que nous n'avons même pas pu remettre la voiture en marche. Nous sommes rentrées à pied, je crois qu'on n'a jamais couru aussi vite de notre vie.
Nous sommes allées ensuite chez mon voisin, représentant aux Nations unies. Il a répondu qu'il ne pouvait pas nous aider, car il craignait d'être pris dans des tirs. Je lui ai dit : "Et le fanion des Nations unies que vous pouvez mettre sur votre voiture ?" Mais il n'a pas voulu s'aventurer.
Le lendemain, très tôt, nous sommes allées à l'AFP, qui avait été le centre de presse le plus actif à Beyrouth pendant le siège, pour convaincre les journalistes d'aller voir sur place. On était à peine arrivées que le consul de France est entré, blême, il me regarde en disant : "Madame Shahid, ce que vous m'avez raconté est un dixième de ce que j'ai vu ce matin à Chatila." Je lui demande : "Pourquoi, qu'est-ce que vous avez vu ?" Il me répond : "J'ai vu des amoncellements de cadavres, j'ai vu des familles entières assassinées devant leur télévision, je n'ai pu traverser certaines rues car elles sont jonchées de cadavres." Il a insisté pour que les journalistes partent tout de suite. Puis il a aperçu le représentant de la Croix-Rouge internationale, il s'est emporté et lui a dit : "Qu'est-ce que vous attendez pour lancer un appel international ? Un massacre vient d'avoir lieu, il y a des centaines de cadavres qui pourrissent déjà au soleil et vous n'avez encore rien fait." Alors le représentant de la Croix-Rouge s'est installé à une table devant lui, et il a rédigé le premier appel international que la Croix-Rouge ait lancé. Les journalistes se sont rendus sur place et la nouvelle a commencé à circuler.
Je suis repassée à la maison et, avec Jean et deux journalistes américains, nous avons essayé de nous approcher du camp. Pour se donner plus de chances, nous nous sommes séparés et Jean est resté avec les Américains. Malheureusement, les soldats israéliens les ont refoulés. De mon côté je suis allée vers l'hôpital de Gaza où le reste de l'équipe d'infirmiers et de médecins étrangers aidaient encore le Croissant-Rouge. On ne m'a pas laissée arriver à Gaza, car samedi, en fait, les massacres continuaient.
Le dimanche matin, nous avons essayé de nouveau et là, vers 10 heures, nous avons pu enfin pénétrer dans le camp. Jean est entré d'un côté avec les journalistes et moi je suis allée à l'hôpital de Gaza où les médecins qui restaient étaient évacués par l'armée israélienne. C'est là qu'on a découvert la taille, l'ampleur du massacre. Et on a compris que cela durait depuis trois jours, sous la surveillance de l'armée israélienne qui lançait des fusées éclairantes toute la nuit. Les armes utilisées étaient la plupart du temps des poignards, des canifs, des haches et c'est pour ça que personne ne s'était aperçu de rien, car on n'entendait pas de tirs. Les gens se terraient ; ils restaient sur place et se cachaient dans des abris. Ils n'ont pas pu se prévenir les uns les autres, puisque la stratégie était de diviser le camp en quartiers, de regrouper les tueurs en équipes indépendantes, chacune étant menée par un dirigeant local des forces libanaises et du parti phalangiste. Donc, les quartiers étaient isolés les uns des autres et c'est pour cela que la plupart des habitants sont morts sur place.
Ed. Solin, Actes Sud Babel n°105, avril 1994
Source : Positions
Sharon : "Quelques terroristes de plus seront peut-être tués. Ce sera une bonne chose pour nous tous."
Les mêmes dynamiques volatiles - Sabra-Shatila 1982 ; Iran 2012 ?
Barry Lando, Counterpunch, 17 sept 2012
L’explosion anti-étasunienne qui secoue une grande partie du monde arabe a été provoquée par la diffusion d’un film informel qui insultait Mohammed, mais l’indignation profonde qu’il a soulevée s’enracine dans des décennies de ressentiment contre les Etats-Unis et leurs alliés
Rien n’a davantage alimenté cette colère que le massacre d’au moins 800 réfugiés Palestiniens à Beyrouth le 16 septembre 1982 dans les camps de Sabra et Shatila.
Il faut absolument lire l’article d’opinion paru aujourd’hui dans le New York Times qui parle de la complicité des Etats-Unis dans ce massacre si on veut comprendre les dynamiques à l’oeuvre entre les dirigeants israéliens et étasuniens. Il est hélas opportun de faire le rapprochement avec les pressions virulentes actuelles du premier ministre israélien Netanyahu pour que les Etats-Unis soutiennent une attaque contre les installations nucléaires iraniennes.
Des dossiers récemment déclassifiés et analysés par Seth Anziska, un étudiant en doctorat de l’Université Columbia, révèlent les violentes discussions qui ont opposé les leaders étasuniens et israéliens il y a trente ans, et comment les officiels étasuniens furent globalement contraints et forcés par leurs homologues israéliens de les laisser massacrer les Palestiniens, presque tous des vieilles personnes et des enfants qui furent assassinés, violés et démembrés. Le massacre a duré du 16 septembre au 18 septembre, les troupes israéliennes encerclant les camps et leur phares éclairant les misérables ruelles étroites et les. maisons
La tuerie elle-même a été perpétrée par des milices phalangistes de chrétiens fanatiques d’extrême droite, alliées aux Israéliens qui avaient envahi le Liban en juin 1982. le but d’Israël était d’éradiquer l’OLP (Organisation libre de Palestine) qui avait établi un état dans l’état au Liban et de faire en sorte que le pays reste aux mains des alliés libanais chrétiens d’Israël.
Après l’invasion israélienne, le président Reagan avait envoyé plusieurs centaines de Marines étasuniens à Beyrouth pour aider à mettre en place un cessez-le-feu et pour superviser l’évacuation de milliers de combattants palestiniens vers d’autres pays arabes.
Mais quand, leur allié, Bashir Gemayel, a été assassiné, les Israéliens ont violé la trêve et occupé Beyrouth Ouest où vivaient des centaines de milliers de civils palestiniens.
Les dirigeants israéliens soutenaient que la présence des forces israéliennes de défense (IDF) était nécessaire parce qu’il y avait des milliers de "terroristes palestiniens" dans Beyrouth Ouest. Mais les officiels étasuniens avaient aidé à l’évacuation de milliers de combattants palestiniens un mois plus tôt. Ils savaient que ce que disait Israël était faux et ils craignaient un massacre si on laissait les Phalangistes pénétrer dans les camps palestiniens. Beaucoup d’officiels israéliens de haut niveau avaient les mêmes craintes.
Le 17 septembre 1982, l’envoyé étasunien, Moris Draper, et l’ambassadeur, Samuel Lewis, ont rencontré le général Ariel Sharon et d’autres officiels israéliens pour essayer d’imposer le retrait des forces israéliennes de l’ouest de Beyrouth.
Selon Anziska :
"Le compte-rendu de la réunion du 17 septembre montre que les Etasuniens ont été démontés par Sharon et ses affirmations mensongères selon lesquelles il fallait "nettoyer" l’endroit des "terroristes". Il montre aussi que le refus d’Israël d’évacuer les endroits sous son contrôle et sa lenteur à contacter l’Armée Nationale Libanais pour qu’elle intervienne comme les Etasuniens le souhaitaient ont prolongé le massacre.
"Monsieur Draper a ouvert la réunion en demandant à l’I.D.F (armée de défense israélienne) de se retirer tout de suite. Monsieur Sharon a explosé : "Je ne comprends pas, que cherchez-vous ? Voulez-vous que les terroristes restent ici ? Avez-vous peur que quelqu’un pense que vous nous soutenez ? Nous l’avons démenti...
"Monsieur Draper, sans s’émouvoir, a continué à insister pour que le retrait s’effectue. Monsieur Sharon, qui savait que les forces phalangistes étaient déjà entrées dans le camp, lui a dit cyniquement : "Il ne se passera rien de grave. Quelques terroristes de plus seront peut-être tués. Ce sera une bonne chose pour nous tous."
"Monsieur Draper, qui persistait à demander le retrait israélien a indiqué que des voix critiques allaient s’élever pour dire " Et voilà, l’I.D.F. va rester à Beyrouth Ouest et ils vont laisser les Libanais tuer les Palestiniens des camps."
"Monsieur Sharon a répondu : "Oui, nous les tuerons. Il n’en restera pas. Vous n’allez pas les sauver. Vous ne sauverez pas ces groupes de terroristes internationaux..."
" Et Monsieur Sharon a explosé à nouveau : "Quand il s’agit de notre sécurité nous n’avons pas voix au chapitre. Notre existence et notre sécurité doivent être sous notre propre responsabilité et nous ne laisserons jamais personne en décider à notre place."
"Monsieur Draper, en laissant prévaloir la volonté de Monsieur Sharon et donc en laissant les combattants phalangistes rester dans les camps, a, dans les faits, couvert Israël.
Quand on a commencé à connaître l’étendue des massacres, les officiels étasuniens, du président Reagan jusqu’en bas de l’échelle, ont exprimé leur indignation, mais, selon Anziska,
"l’expression tardive de choc et d’horreur entrait en contradiction avec l’échec des efforts diplomatiques des Etasuniens lors du massacre. Le compte-rendu de la rencontre de Monsieur Draper avec les Israéliens prouvait que les Etats-Unis avaient été, à leur corps défendant, complices de la tragédie de Sabra et Shatila.
"Le massacre de Sabra et Shatila a sapé l’influence des Etats-Unis au Moyen Orient et son autorité morale a été ruinée. Après le massacre, les autorités étasuniennes se sont senties obligées sous l’effet de la "culpabilité" de redéployer les Marines, sans toutefois leur donner une mission claire, au coeur de la guerre civile.
"Le 23 octobre 1983, la base des Marines à Beyrouth a été bombardée et 241 Marines ont été tués. L’attaque a déclenché une guerre ouverte avec les forces soutenues par la Syrie qui s’est soldée par le rapide retrait, peu après, des Marines sur leur navires. Comme me l’a dit Monsieur Lewis, les Etats-Unis ont quitté le Liban "la queue entre les jambes."
"Les archives révèlent toute l’étendue du mensonge qui a saboté les efforts étasuniens pour éviter un bain de sang. Les Etasuniens qui n’avaient qu’une connaissante imparfaite de la réalité du terrain se sont laissés bernés par des arguments fallacieux et des tactiques manipulatoires qui ont permis à un massacre en cours de se poursuivre.
"La leçon de la tragédie de Sabra et Shatila est claire. Parfois des alliés privilégiés des Etats-Unis agissent contre les intérêts et les valeurs des Etats-Unis. Ne pas utiliser la puissance des Etats-Unis pour faire respecter ces valeurs et ces intérêts peut avoir des conséquences désastreuses : pour nos alliés, pour notre autorité morale et plus important que tout, pour les innocents qui paient le prix le plus élevé."
Ce que Seth Anziska ne dit pas dans son article, c’est qu’à l’influence exercée sur les dirigeants étasuniens par les fanatiques dirigeants israéliens s’ajoutait celle du très puissant lobby pro-israélien de Washington. On peut raisonnablement parier que l’AIPAC et ses alliés, publiquement ou en coulisses, faisaient pression pour que les Etats-Unis laissent Israël agir à sa guise.
Ces mêmes dynamiques volatiles sont à l’oeuvre aujourd’hui, 30 ans plus tard, au moment où de craintifs officiels étasuniens affrontent l’ire d’un premier ministre israélien qui exige que les Etats-Unis attaquent l’Iran avec lui.
Barry M. Lando, est diplômé de Harvard et Columbia University ; il a été pendant 25 ans le directeur d’enquêtes de 60 Minutes. Son dernier livre est “Web of Deceit : The History of Western Complicity in Iraq, from Churchill to Kennedy to George W. Bush.” Lando est en train de mettre la dernière main à un roman “The Watchman’s File”, qui concerne Israël et ses secrets les mieux gardés (il ne s’agit pas de la bombe).
Pour compléter l’original :http ://www.counterpunch.org/2012/09/17/sabra-shatila-1982-iran-2012...
Traduction : Dominique Muselet
Source : Le Grand Soir
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