mardi 31 janvier 2012

Leçon de journalisme

Une dictature clairement affichée du gouvernement irlandais qui souhaite couper le micro d'un journaliste sur cette question tout en exigeant de ses compatriotes de contribuer à une "banque défunte"
Gold-up

Plutôt une dictature européenne qui ne dit pas son nom!  Il suffit de se tourner vers la Grèce, l'Espagne, l'Italie, la Lestonie... pour comprendre que les recettes du FMI et des agences de notations visent scandaleusement à mettre sous tutelle économique les États et à dépouiller les peuples. Marre d'être gouverné par des hommes d'affaires au service d'une économique répressive et inique! Ils ont tous des allures de bureaucrates, de PDG ou de parrains mafieux. Ils mentent comme ils respirent, s'en mettent plein les fouilles et se permettent de nous donner des leçons, de nous faire la morale. Soutenus par  des médias verrouillés, ils infantilisent et décervellent les populations qui vont aller voter pour ces croque-mitaines au sourire "dent blanches-haleine fraîche" qui n'en feront qu'une bouchée. La politique  elle-même n'est-elle pas devenue une agence de publicité internationale ? Ils confisquent nos vie, notre présent, réduisent nos droits et nos libertés, barricadent l'avenir des jeunes générations, nous ordonnent d'être soumis, de fermer notre gueule. Assez de ce cirque de damnés pour débiles mentaux!!! G.H.



Vincent Brown, journaliste irlandais, a demandé à Klaus Masuch de la BCE pourquoi le peuple irlandais doit payer les milliards d'euros de dettes d'une banque défunte (même pas garanties par l'Etat Irlandais) mais juste pour sauver les autres banques européennes, et cela "sous la menace de la BCE"... Masuch et une autre lumière de la BCE tentent de faire diversion avec un discours d'énarques... Regardez bien surtout vers la fin où les choses s'enveniment (du point de vue "réunion bancaire")...  
Source: Pierre Jovanovic





Juriste et journaliste irlandais, Vincent Browne exerce ses talents comme éditorialiste au Irish Times et au Sunday Business Post. Sur la chaine nationale TV3, il présente tous les soirs en semaine depuis 2007 « Tonight with Vincent Browne », une des émissions les plus populaires d’Irlande.

Plutôt classé à gauche, il est surtout un indépendant, très en pointe dans la lutte contre la corruption, et, depuis quelques années, très eurosceptique après avoir été un ardent partisan de la construction européenne.
Lors de la récente « troïka » emmenée par la BCE à Dublin le jeudi 19 janvier dernier, Klaus Masuch et les membres de la « troïka » ont donné une conférence de presse retransmise en direct et enregistrée. Source: LIESI

vendredi 27 janvier 2012

Masanobu Fukuoka et l'agriculture du non-agir


Masanobu Fukuoka est un  des pionniers de l'agriculture "du long terme" (sustainable). Il aime dire de lui qu'il n'a aucune connaissance hormis celle contenue dans ses livres, dont La révolution d'un seul brin de paille (Chez Trédaniel - Editions de la Maisnie, 1983) et The Natural Way of Farming, démontrant ainsi qu'il ne manque pas de sagesse.. Sa méthode d'agriculture ne nécessite pas de labour, pas de fertilisants ni de pesticides, pas de désherbage ni d'élagage ainsi que très peu de travail! Il accomplit tout cela (y compris des rendements élevés) grâce à une extrème précaution dans la détermination de la période de semis tout comme dans le choix des combinaisons de plantes (polyculture). En résumé, il a élevé l'art du travail avec la nature à un très haut degré de raffinement..

Il décrit comment on peut appliquer ses méthodes d'agriculture naturelle aux zones désertiques de la planète, et ceci sur la base de son expérience en Afrique en 1985.

Biographie
Microbiologiste de formation, il s'est spécialisé en phytopathologie, avant de commencer à douter des progrès apportés par l'agriculture scientifique. Il abandonne alors son poste de chercheur et part cultiver sa ferme familiale sur l'île de Shikoku. Dès lors, il consacre sa vie à développer une agriculture plus conforme à ses convictions, qu'il qualifiera d'agriculture naturelle. Ses recherches, inspirées de ses racines culturelles zen, taoïste, shinto, bouddhisme, vont dans le sens d'une unification spirituelle entre l'Homme et la Nature. A partir des années 1980, ses travaux rencontrent progressivement une reconnaissance mondiale, et il multiplie les conférences et rencontres internationales. Sa ferme devient un lieu d'échange sur ses pratiques pour des experts et curieux venus du monde entier.


Il est l'auteur de la Révolution d'un seul brin de paille qui raconte et théorise son expérience en agriculture naturelle. Sa pratique inspire en grande partie la permaculture de Bill Mollison et David Holmgren, malgré des différences philosophiques notables, l'agriculture naturelle étant basée sur le non-agir et le refus du savoir scientifique et rationnel.

En laissant faire la nature, et en limitant au maximum les interventions humaines nécessaires, il réalise que le rendement de sa production de riz est meilleur qu'en agriculture classique. Même sans apport extérieur, sa méthode d'agriculture a pour principal effet d'enrichir le sol plutôt que de l'épuiser.

Selon lui, l'esprit de discrimination, qui frappe l'ensemble de nos sociétés, a touché aussi l'agriculture productiviste moderne, et en explique les dérives. L'esprit de non-discrimination permet à l'homme attaché à la nature de la percevoir comme un tout non différentiable. Le sūtra du cœur, qu'il cite, essence du bouddhisme zen, résume l'esprit et la pratique de cet ancien chercheur en pathologies des plantes. Sa référence à Dieu sera plus marquée dans son dernier livre. Son premier ouvrage offre un éclairage simple et clair sur l'évolution de l'agriculture japonaise et mondiale.

En 1988 il a reçu le Ramon Magsaysay Award, souvent considéré comme équivalent au prix Nobel en Asie pour ses travaux et services rendus « à l'Humanité ».

Beaucoup de travail a été fait pour adapter la méthode Fukuoka aux conditions de l'agriculture européenne, entre autres les recherches des français Marc Bonfils et Claude Bourguignon, du travail de Emilia Hazelip, qui au cours de nombreux stages en France, en Espagne, et aux États-Unis, ont repris les fondamentaux du travail de Fukuoka.


Les quatre principes de l'agriculture naturelle (permaculture) de Masanobu Fukuoka /extrait de La révolution d'un seul brin de paille
1- NE PAS CULTIVER, c'est-à-dire ne pas labourer ou retourner la terre. Pendant des siècles les agriculteurs ont tenu pour établi que la charrue était essentielle pour faire venir des récoltes. Cependant, ne pas cultiver est le fondement de l'agriculture sauvage. La terre se cultive elle-même, naturellement, par la pénétration des racines des plantes et l'activité des microorganismes, des petits animaux et des vers de terre.


2- PAS DE FERTILISANT CHIMIQUE OU DE COMPOST PREPARE. [Pour fertiliser, M. Fukuoka fait pousser une légumineuse en couverture du sol, le trèfle blanc, remet la paille battue sur les champs et ajoute un peu de fumier de volaille (à la suite de la construction d'une route entre son poulailler et ses champs, ses volailles ne pouvaient plus se balader dans ses cultures. Il a été contraint à cet apport.] Les hommes brutalisent la nature et malgré leurs efforts ils ne peuvent pas guérir les blessures qu'ils causent. Leurs pratiques agricoles insouciantes vident le sol de ses aliments essentiels et l'épuisement annuel de la terre en est la conséquence. Laissé à lui-même, le sol entretient naturellement sa fertilité, en accord avec le cycle ordonné de la vie des plantes et des animaux.

3- NE PAS DESHERBER, NI MECANIQUEMENT, NI AUX HERBICIDES. Les mauvaises herbes jouent leur rôle dans la construction de la fertilité du sol et dans l'équilibre de la communauté biologique. C'est un principe fondamental que les mauvaises herbes doivent être contrôlées, non éliminées.

4- PAS DE DEPENDANCE ENVERS LES PRODUITS CHIMIQUES. [Mr Fukuoka fait pousser ses récoltes de céréales sans produit chimique d'aucune sorte. Sur quelques arbres du verger il a occasionellement recours à une émulsion d'huile de machine pour contrôler la cochenille (insect scales). Il n'utilise pas de poison persistant ou à large spectre, et n'a pas de « programme » pesticide] Depuis le temps que les plantes faibles se sont développées, conséquence de pratiques contre nature telles que le labour et la fertilisation, la maladie et le déséquilibre des insectes sont devenus un grand problème en agriculture. La nature, laissée seule, est en parfait équilibre. Les insectes nuisibles et les maladies des plantes sont toujours présents, mais n'atteignent pas, dans la nature, une importance qui nécessite l'utilisation de poisons chimiques. L'approche intelligente du contrôle des maladies et des insectes est de faire pousser des récoltes vigoureuses dans un environnement sain.

Pratique de l'agriculture naturelle...
« Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité du sol s'améliore à chaque saison. J'estime que la couche supérieure riche en humus, s'est enrichie sur une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a poussé dans le champ sauf le grain.» M. Fukuoka

Culture
Quand le sol est cultivé on change I'environnement naturel au point de le rendre méconnaissable. Les répercussions de tels actes ont donné des cauchemars à des générations innombrables d'agriculteurs. Par exemple quand on soumet à la charrue un territoire naturel, de très solides mauvaises herbes telles que le chiendent et I'oseille arrivent parfois à dominer la végétation. Quand ces mauvaises herbes s'installent, I'agriculteur est confronté à une tâche presque impossible, le désherbage annuel. Très souvent la terre est abandonnée.
Quand on est confronté à de tels problèmes, la seule solution de bon sens est de cesser en premier lieu les pratiques contre-nature qui ont amené cette situation. L'agriculteur a aussi la responsabilité de réparer les dommages qu'il a causé. La culture du sol devrait être arrêtée. Si des mesures douces comme de répandre de la paille et de semer du trèfle sont pratiquées, au lieu d'utiliser des machines et des produits chimiques fabriqués par I'homme pour faire une guerre d'anéantissement, I'environnement reviendra alors à son équilibre naturel et même les mauvaises herbes génantes pourront être controlées.

Fertilisant
Il m'arrive de demander en causant avec des experts de la fertilité du sol : « Si un champ est laissé à lui-même, la fertilité du sol augmentera-t-elle ou s'épuisera-t-elle? ». D'ordinaire ils hésitent et disent quelque chose comme : « Bien, voyons. Elle s'épuisera... » Non, ce n'est pas le cas si I'on se souvient que si I'on cultive le riz pendant longtemps dans le même champ sans engrais, la récolte se stabilise alors autour de 24 quintaux à I'hectare. La terre ne s'enrichit ni ne s'épuise.
Ces spécialistes de réfèrent à un champ cultivé et inondé (culture du riz - MD). Si la nature est livrée à elle-même la fertilité augmente. Les débris organiques animaux et végétaux s'accumulent et sont décomposés par les bactéries et les champignons à la surface du sol. Avec I'écoulement de I'eau de pluie les substances nutritives sont entraînées profondément dans le sol pour devenir nourriture des microorganismes, des vers de terre et autres petits animaux. Les racines des plantes atteignent les couches du sol plus profondes et ramènent les substances nutritives à la surface. Si vous voulez avoir une idée de Ia fertilité naturelle de la terre, allez un jour vous promener sur le versant sauvage de la montagne et regardez les arbres géants qui poussent sans engrais et sans être cultivés. La fertilité de la nature dépasse ce que I'on peut imaginer. C'est ainsi.

Rasez la couverture forestière naturelle et plantez des pins rouges du Japon, ou des cèdres, pendant quelques générations et le sol s'épuisera et s'ouvrira à I'érosion. Par ailleurs, prenez une montagne improductive à sol pauvre d'argile rouge et plantez-la en pins ou en cèdres avec une couverture du sol en trèfle et en luzerne. Comme I'engrais vert [note 1] allège et enrichit le sol, mauvaises herbes et buissons poussent sous les arbres, et un cycle fertile de régénération commence. Il y a des cas où le sol s'est enrichi sur une profondeur de dix centimètres en moins de dix ans.

Pour faire pousser les récoltes également, on peut arrêter d'utiliser des fertilisants préparés. Dans la plupart des cas une couverture permanente d'engrais vert et le retour de toute la paille et de la balle sur le sol seront suffisants. Pour fournir de I'engrais animal qui aide à décomposer la paille, j'avais I'habitude de laisser les canards aller en liberté dans les champs. Si on les y laisse aller quand ils sont canetons, pendant que les plantes sont encore toutes petites, les canards vont grandir en même temps que le riz. Dix canards vont pourvoir à tout le fumier nécessaire sur un are et aideront aussi à contrôler les mauvaises herbes.

J'ai fait cela de nombreuses années jusqu'à ce que la construction d'une route nationale vienne empêcher les canards de traverser pour aller aux champs et revenir à la basse-cour. Maintenant j'utilise un peu de crottes de poule pour aider à décomposer la paille. Sur d'autres terres, canards ou autre petit bétail sont encore possibles.

Ajouter trop d'engrais peut causer des problèmes. Une année, juste après le repiquage du riz, je louai un demi hectare en champs fraîchement plantés de riz pour une période d'un an. Je vidai toute I'eau des rizières et procédai sans fertilisant chimique, répandant simplement une petite quantité de crottes de poule. Quatre champs poussèrent normalement. Mais dans le cinquième, quoi que j'y fisse, les plants de riz poussèrent trop épais et furent attaqués par la brunissure (blast disease). Quand je questionnai le propriétaire à ce sujet, il dit qu'il avait utilisé ce champ tout I'hiver comme dépôt de fumier de poules.

En utilisant de la paille, de I'engrais vert et un peu de fumier de volaille, vous pouvez obtenir de hauts rendements sans ajouter de compost ni de fertilisant du commerce. Depuis plusieurs dizaines d'années maintenant, je reste tranquille à observer la démarche de la nature pour faire pousser et fertiliser. Et tout en observant, je fais de magnifiques récoltes de Iégumes, d'agrumes, de riz et de céréales d'hiver, cadeau pour ainsi dire de la fertilité naturelle de la terre.

Venir à bout des mauvaises herbes
Voici quelques points clef à se rappeler dans la manière d'agir avec les mauvaises herbes.
Dès qu'on arrête de cultiver, la quantité de mauvaises herbes décroît nettement. Les variétés de mauvaises herbes dans un champ donné vont de même changer.

Si I'on sème pendant que la moisson précédente mûrit encore, ces semences germeront avant les mauvaises herbes. Les mauvaises herbes d'hiver ne Ièvent qu'après la moisson du riz, mais à cette époque-là, les céréales d'hiver ont déjà pris une tête d'avance. Les mauvaises herbes d'été ne Ièvent qu'après la moisson de I'orge et de I'avoine, mais le riz est déjà en train de croitre avec vigueur. En calculant les semailles de sorte qu'il n'y ait pas d'intervalle entre la succession des cultures on donne aux graines semées un sérieux avantage sur les mauvaises herbes. Si I'on recouvre entièrement le champ de paille juste après la moisson, on coupe court momentanément à la germination des mauvaises herbes. Le trèfle blanc semé avec les semences, en couverture du sol, aide aussi à garder les mauvaises herbes sous contrôle.

L'habituelle voie d'action sur les mauvaises herbes est de cultiver le sol. Mais lorsque vous le cultivez, les graines enfouies profondément dans le sol qui n'auraient jamais germé autrement, sont remontées à la surface et vous leur donnez une chance de germer. De plus, dans ces conditions, vous donnez I'avantage aux variétés à germination et croîssance rapides. Ainsi pourriez-vous dire que I'agriculteur qui essaye de contrôler les mauvaises herbes par la culture du sol, sème littéralement les graines de sa propre infortune.

Contrôle des « maladies »
Il faut dire qu'il y a encore des personnes qui pensent que si elles n'utilisent pas de produits chimiques leurs arbres fruitiers et leurs champs de céréales vont dépérir sous leurs yeux. En réalité c'est en utilisant ces produits chimiques que les gens ont préparé à leur insu les conditions par lesquelles cette peur non fondée peut devenir réalité.

Récemment des pins rouges du Japon ont souffert de sérieux ravages dûs à une irruption d'hylobie de l'écorce (charançon du pin = pine bark weevils). Les forestiers utilisent maintenant des hélicoptères pour essayer d'arrêter les ravages par des pulvérisations aériennes. Je ne nie pas que ce soit efficace à court terme, mais je sais qu'il doit y avoir un autre moyen.

Les chancres de I'hylobie, selon les dernières recherches, ne sont pas une infestation directe mais continuent I'action de parasites médiats. Les parasites procréent à I'intérieur du tronc, bloquent le transport de I'eau et des éléments nutritifs, et causent éventuellement le dépérissement et la mort du pin.

La cause profonde, naturellement, n'est pas encore clairement discernée.

Les parasites se nourrissent d'un champignon qui se trouve à I'intérieur du tronc de I'arbre. Pourquoi ce champignon s'est-il mis à proliférer ainsi à I'intérieur de I'arbre? Est-ce que le champignon a commencé à se multiplier après que le parasite eût déjà fait son apparition ? Ou bien est-ce que le parasite a paru parce que le champignon était déjà Ià ? Cela se résume par la question : qui vint le premier : le champignon ou le parasite ? Qui plus est, il y a un autre microbe dont on sait très peu de chose, qui accompagne toujours le champignon, et un virus toxique pour le champignon. Les effets s'enchaînant en tous sens, la seule chose dont on soit absolument sûr est que les pins dépérissent en nombre inhabituel.

On ne peut pas savoir quelle est la cause véritable du chancre du pin, ni les conséquences profondes du « remède ». Si I'on intervient à I'aveuglette cela ne peut que semer les graines de la prochaine grande catastrophe. Non, je ne peux pas me réjouir, sachant que les ravages directs de I'hylobie ont été résolus par des vaporisations de produits chimiques. Utiliser des produits chimiques agricoles est la manière la plus absurde de traiter des problèmes tels que ceux-là, et ne conduira qu'à de plus graves problèmes dans I'avenir.

Les quatre principes de I'agriculture sauvage - (ne pas cultiver, pas d'engrais chimiques ni de compost préparé, pas de désherbage par labour ni herbicide et pas de dépendance chimique)- obéissent à I'ordre naturel et conduisent au réapprovisionnement de la richesse naturelle. Tous mes tâtonnements ont suivi cette ligne d'idée. C'est le coeur de ma méthode pour faire pousser Iégumes, céréales et agrumes.

Agriculture au milieu des mauvaises herbes
Une grande variété d'espèces de mauvaises herbes poussent avec le grain et le trèfle blanc dans ces champs. La paille de riz répandue sur le champ I'automne dernier est déjà décomposée en riche humus. La moisson atteindra environ 59 quintaux à I'hectare .

Hier, quand le Professeur Kawase, qui fait autorité sur les herbes de pâturage, et le Professeur Hiroe, qui fait des recherches sur les plantes anciennes, virent la fine couche d'engrais vert dans mes champs, ils appelèrent cela une magnifique oeuvre d'art. Un agriculteur local qui s'était attendu à voir mes champs complètement recouverts de mauvaises herbes fut surpris de voir I'orge poussant si vigoureusement parmi les nombreuses autres plantes. Des experts techniques sont également venus ici, ont vu les mauvaises herbes, vu le cresson et le trèfle qui poussent partout, et sont partis en hochant la tête d'étonnement .

Il y a vingt ans, quand j'encourageais I'utilisation d'une couverture du sol permanente dans les vergers, il n'y avait pas un brin d'herbe visible dans les champs ou les vergers dans tout le pays. En voyant des vergers comme les miens les gens arrivèrent comprendre que les arbres fruitiers pouvaient très bien pousser parmi toutes sortes d'herbes. Aujourd'hui les vergers couverts d'herbes sont communs au Japon et ceux qui ne le sont pas sont devenus rares.

C'est la même chose pour les champs de céréales. Riz, orge et avoine peuvent pousser avec succès tandis que les champs sont couverts de trèfle et de mauvaises herbes tout au long de I'année. Revoyons plus en détail le programme annuel des semailles et moissons de ces champs. Début octobre, avant la moisson, on sème à la volée du trèfle blanc et des céréales d'hiver de variété à croîssance rapide parmi les tiges du riz finissant de mûrir [note 2]. Le trèfle et I'orge, ou I'avoine, Ièvent et poussent de deux centimètres et demi à cinq centimètres pendant le temps qu'il faut au riz pour être prêt à moissoner. Pendant la moisson du riz, les semences levées sont foulées par les pieds des moissonneurs, mais récupèrent en un rien de temps. Quand le battage est accompli la paille de riz est répandue sur le champ.

Seed bomb
« En un jour il est possible de faire assez de boulettes d'argile pour ensemencer environ deux hectares. Je trouve que là où les boulettes sont couvertes de paille, les semences germent bien et ne pourissent pas même les années de pluie

Quand le riz est semé en automne et laissé découvert, les semences sont souvent mangées par les souris et les oiseaux ou bien elles pourrissent au sol et c'est pourquoi j'enferme les semences de riz dans de petites boulettes d'argile avant de semer. La semence est étalée sur un plateau ou une panière que I'on secoue dans un mouvement de va-et-vient circulaire. On la saupoudre d'argile finement pulvérisée et on ajoute de temps en temps une fine buée d'eau. Cela forme de petites boulettes d'environ un centimètre de diamètre. Il y a un autre procédé pour faire les boulettes.

- On fait d'abord tremper dans I'eau pendant plusieurs heures la semence de riz décortiqué. On la retire et on la mélange à de I'argile humecté tout en foulant des pieds ou des mains. Puis on presse I'argile à travers un tamis en grillage de cage à poule pour le séparer en petites mottes. On doit laisser sècher les mottes un jour ou deux, ou jusqu'à ce qu'on puisse aisément les rouler en boulettes entre les paumes. Idéalement il y a une graine par boulette. En un jour il est possible de faire assez de boulettes pour ensemencer environ deux hectares.

Selon les conditions j'enferme quelquefois les semences des autres céréales et des Iégumes dans des boulettes avant de semer. De mi-novembre à mi-décembre c'est le bon moment pour semer à la volée des boulettes contenant la semence de riz parmi les jeunes plants d'orge ou d'avoine, mais on peut aussi les semer à la volée au printemps . On étend sur le champ une fine couche de fumier de volaille pour aider à décomposer la paille et les semailles de I'année sont terminées.

En mai les céréales d'hiver sont moissonnées. Après le battage toute la paille est répandue sur le champ.

On fait alors entrer I'eau qu'on laisse stagner pendant une semaine à dix jours. Ceci provoque un affaiblissement des mauvaises herbes et du trèfle et permet au riz de lever à travers la paille. Durant juin et juillet la pluie suffit ; en août on fait passer de I'eau courante à travers le champ une fois par semaine sans la laisser stagner. Maintenant la moisson d'automne approche. Tel est le cycle annuel de culture du riz/céréales d'hiver par la méthode naturelle. Les semailles et la moisson suivent de si près le modèle de la nature qu'on peut considérer qu'elles suivent leur processus naturel plutôt qu'une technique agricole.
Cela ne prend qu'une heure ou deux à un agriculteur de faire les semailles et de répandre la paille sur un are. A I'exception de la moisson on peut faire pousser seul les céréales d'hiver, et pour le riz deux ou trois personne suffisent en n'utilisant que les outils japonnais traditionnels. Il n'y a pas méthode plus facile, plus simple, pour faire pousser le grain. Elle comporte à peine plus que semer à la volée et répandre la paille, mais il m'a fallu plus de trente ans pour atteindre cette simplicité.

Cette manière de travailler la terre s'est développée conformément aux conditions naturelles des îles japonaises mais j'ai le sentiment que la méthode naturelle du travail de la terre pourrait aussi être appliquée dans d'autres régions et pour d'autres cultures indigènes. Dans les régions où I'eau n'est pas aisément disponible on pourrait faire pousser le riz des montagnes, par exemple, ou d'autres grains tels que le sarrasin, le sorgho ou le millet. Au lieu du trèfle blanc une autre variété de trèfle, la luzerne, la vesce ou le lupin peuvent se révéler meilleures couvertures du champ. L'agriculture sauvage prend une forme distincte, conformément aux conditions particulières de la région où elle est appliquée.

Pendant la transition vers cette sorte d'agriculture, un peu de désherbage, de compostage ou d'élagage peuvent être nécessaires au début mais ces mesures seront graduellement réduites chaque année. Finalement ce n'est pas la technique de culture qui est le facteur le plus important, mais plutôt I'état d'esprit de I'agriculteur.

Agriculture avec de la paille
On pourrait considérer que répandre de la paille est plutôt sans importance alors que c'est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d'hiver. C'est en relation avec tout, avec la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection contre les moineaux, I'irrigation. Concrétement et théoriquement, I'utilisation de la paille en agriculture est un point crucial. Il me semble que c'est quelque chose que je ne peux pas faire comprendre aux gens.

Répandre la paille non-hachée
Le Centre d'Essai d'Okayama est en train d'expérimenter I'ensemencement direct du riz dans quatre vingt pour cent de ses champs expérimentaux. Quand je leur suggérai d'étendre la paille non-hachée, ils pensèrent apparemment que cela ne pouvait pas être bien, et firent les expériences après I'avoir hachée dans un hachoir mécanique. Quand j'allai voir I'essai il y a quelques années, je vis que les champs avaient été divisés en ceux utilisant la paille non-hachée, hachée et pas de paille du tout. C'est exactement ce que je fis pendant longtemps et comme la non hachée marche mieux, c'est la non-hachée que j'utilise. M. Fujii, un enseignant du Collège d'Agriculture de Yasuki dans la Préfecture de Shimane, voulait essayer I'ensemencement direct et vint visiter ma ferme. Je lui suggérai de répandre de la paille non-hachée sur son champ. Il revint I'année suivante et rapporta que I'essai avait raté. Après avoir écouté attentivement son récit, je m'aperçus qu'il avait posé la paille de manière rectiligne et ordonnée comme le mulch d'un jardin japonais. Si vous faites ainsi, les semences ne germeront pas bien du tout. Les pousses du riz auront du mal à passer au travers de la paille d'orge ou d'avoine si on la répand de façon trop ordonnée. Il vaut mieux la jeter à la ronde en passant, comme si les tiges étaient tombées naturellement.

La paille de riz fait un bon mulch aux céréales d'hiver, et la paille de céréales d'hiver est encore meilleure pour le riz. Je veux que cela soit bien compris. Il y a plusieurs maladies du riz qui infesteront la récolte si on applique de la paille de riz fraîche. Toutefois ces maladies du riz n'affecteront pas les céréales d'hiver, et si la paille de riz est étendue en automne, elle sera tout à fait décomposée quand le riz germera au printemps suivant. La paille de riz fraîche est saine pour les autres céréales, de même que la paille de sarrazin, et la paille des autres espèces de céréales peut être utilisée pour le riz et le sarrazin. En général la paille fraiche des céréales d'hiver telles que le froment, I'avoine et I'orge ne doit pas être employée comme mulch pour d'autres céréales d'hiver parce que cela pourrait provoquer des dégats par maladie .
La totalité de la paille et de la balle restant après avoir battu doit retourner sur le champ.

La paille enrichit la terre.
Eparpiller la paille maintient la structure du sol et enrichit la terre au point que le fertilisant préparé devient inutile. Ceci est lié bien entendu à la non-culture. Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité du sol s'améliore à chaque saison. J'estime que la couche supérieure riche en humus, s'est enrichie sur une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a poussé dans le champ sauf le grain.

Pas besoin de préparer de compost.
II n'est pas nécessaire de préparer de compost. Je ne dirai pas que vous n'avez pas besoin de compost - seulement qu'il n'est pas nécessaire de travailler dur à le faire. Si on laisse la paille étendue à la surface du champ au printemp ou en automne et qu'on la recouvre d'une mince couche de fumier de poule ou de crottes de canard, en six mois elle se décomposera complètement. Pour faire du compost par la méthode habituelle, I'agriculteur travaille comme un fou sous le soleil brûlant, hachant la paille, ajoutant de I'eau et de la chaux, retournant le tas et le tractant jusqu'au champ. Il se donne toute cette peine parce qu'il pense que c'est une « meilleure voie ». Je préférerais voir les gens éparpiller de la paille, de la balle ou des copeaux sur leurs champs .

En voyageant sur la ligne de Tokaïdo à I'ouest du Japon, j'ai remarqué qu'on coupe la paille plus grossièrement que lorsque j'ai commencé à parler de la répandre non coupée. I1 faut que je rende justice aux agriculteurs. Mais les experts d'aujourd'hui continuent à dire qu'il est préférable de n'utiliser que tant de tonnes de paille à I'hectare. Pourquoi ne disent-ils pas de remettre toute la paille dans le champ ? En regardant par la fenêtre du train, on peut voir des agriculteurs qui ont coupé et répandu environ la moitié de la paille et laissent pourrir le reste à I'écart sous la pluie.
Si tous les agriculteurs du Japon se mettaient d'accord et commençaient à remettre toute la paille sur leurs champs, le résultat serait qu'une énorme quantité de compost reviendrait à la terre.

Germination
Pendant des centaines d'années les agriculteurs ont mis grand soin à la préparation de semis de riz pour faire pousser du plant sain et fort. Ils nettoyaient les petits semis comme s'ils avaient été I'autel des ancètres. La terre était cultivée, du sable et les cendres de balle de riz brûlée étaient répandus tout autour, et une prière était offerte pour que les plants réussissent.

Il n'est donc pas étonnant que les villageois des environs aient pensé que je n'avais plus ma tête de jeter la semence à la volée tandis que les céréales d'hiver étaient encore sur pied, avec des mauvaises herbes et des morceaux de paille en décomposition éparpillés partout.

Naturellement les semences germent bien quand elles sont semées directement sur un champ bien retourné, mais s'il pleut il devient boueux, on ne peut pas y entrer et y marcher et les semailles doivent être différées. La méthode sans culture a la sécurité sur ce point, mais par ailleurs elle a I'inconvénient des petits animaux tels que taupes, grillons, souris et limaces qui aiment manger les semences. Les boulettes d'argile enfermant les semences résolvent ce problème.

Pour semer les céréales d'hiver la méthode habituelle est de semer la semence et de la recouvrir de terre. Si la semence est mise trop profondément, elle pourrira. J'ai autrefois laissé tomber la semence dans de petits trous dans le sol, ou dans des sillons sans les recouvrir de terre, mais j'ai expérimenté beaucoup d'échecs avec les deux méthodes. Depuis peu je suis devenu paresseux et au lieu de faire des sillons ou de faire des trous dans la terre, j'enveloppe les semences dans des boulettes d'argile et je les lance directement sur le champ. La germination est meilleure à la surface où elle est exposée à I'oxygène. J'ai trouvé que Ià où les boulettes sont couvertes de paille, les semences germent bien et ne pourrissent pas, même les années de forte pluie.

La paille aide à tenir tête aux mauvaises herbes et aux moineaux
Idéalement, un hectare produit environ quatre tonnes de paille d'avoine. Si la totalité de la paille est étendue sur le champ, la surface sera entièrement recouverte. Même une mauvaise herbe génante comme le chiendent, problème le plus difficile dans la méthode d'ensemencement direct sans culture, peut être maintenue sous contrôle.

Les moineaux m'ont causé de fréquents maux de tête. L'ensemencement direct ne peut pas réussir sans moyen sûr pour venir à bout des oiseaux et il y a beaucoup d'endroits où I'ensemencement direct a été lent à se répandre pour cette seule raison. Certains d'entre vous peuvent avoir le même problème aves les moineaux et vous comprendrez ce que je veux dire. Je me souviens du temps où ces oiseaux me suivaient et dévoraient toutes les graines que j'avais semées avant même que j'aie pu finir I'autre côté du champ. J'ai essayé les épouvantails à moineaux et les filets, des boîtes de conserve cliquetant sur des ficelles, mais rien n'a vraiment bien marché. Ou s'il arrivait qu'une de ces méthodes réussît, son efficacité ne durait qu'un an ou deux.

Mon expérience a montré qu'en semant quand la récolte est encore sur pied de telle sorte que la semence soit cachée par les herbes et le trèfle et en répandant un mulch de paille de riz, d'avoine ou d'orge dès que la récolte mûre à été moissonnée, le problème des moineaux peut être résolu avec beaucoup d'efficacité.
J'ai fait quantité de fautes en expérimentant au cours des ans, j'ai fait I'expérience d'erreurs de toutes sortes. J'en connais probablement plus sur ce qui peut aller mal dans la croissance des récoltes agricoles que personne d'autre au Japon. Quand j'ai réussi pour la première fois à faire pousser du riz et des céréales d'hiver par la méthode de la non-culture, je me suis senti aussi heureux que Christophe Colomb a dû I'être quand il découvrit l'Amérique .


Fabrication de seeds bombs
Composition :

* un mix de graines
*1/3 de lombricompost
* 2/3 d'argile



Etape 1 : mélangez le 2/3 - 1/3 d'argile et de lombricompost

Etape 2 : Ajoutez y votre mélange de graines

Etape 3 : Versez de l'eau pour humidifier jusqu'à obtenir une pâte compacte et mélanger

Etape 4
: Malaxez pour former de petites boules

Etape 5 : C'est prêt, allez semer !








Sources:


http://forum.permacultureweb.fr/

www.citerre.org/fukuokamct.htm
http://www.neomansland.info/2010/03/green-guerrilla-2-fabriquer-des-bombes-de-graines/

wikipédia

lundi 23 janvier 2012

Bilan Fukushima, janvier 2012

Dans les médias, la catastrophe de Fukushima a été reléguée au rang de fait divers, alors que le drame qui se joue depuis le 11 mars 2011 ne fait que s'étendre d'autant plus sournoisement que les lobbies du nucléaires continuent de mentir et de couvrir la vérité sous une chape de plomb. Parmi les candidats à la présidentielle française, seul Mélenchon, qui n'a pas une langue de bois prévoit d'en finir avec le nucléaire. Nous assistons actuellement en direct à un "crime contre l'humanité" avec la complicité des physiciens, des spécialistes de l'environnement, des gouvernements corrompus jusqu'à la moelle. Qui parle de regarder la réalité en face? Y a t-il lieu de seulement s'indigner quand l'humanité est en train de dissiper ces dernières chances d'avenir, à tous les échelons de l'existence terrestre? IL EST TEMPS DE NOUS ENTENDRE ET D'AGIR AU PLUS VITE en refusant radicalement de continuer à avancer sur la voie qui nous est imposée. Ce qui suit est édifiant et si jamais vous disposez d'un peu de temps je vous propose d'écouter Arnie Gundersen: ICI
Suivez aussi ponctuellement les informations que dispensent quotidiennement Les Veilleurs de Fukushima. 

Longue vie à tous,  G. Hadey


Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 16:28
fuku.jpgOn n’aura jamais fini de parler de la catastrophe de Fukushima, car la diffusion des radionucléides dans l’environnement est permanente, leur fixation dans les cellules vivantes est durable et la liste des victimes potentielles est longue. Bien sûr, les informations ponctuelles des médias traitent de préférence le premier point : eaux radioactives, terres contaminées, air pollué, alimentation contrôlée, mesures de taux de plutonium, de strontium, de césium, d’iode… Tout cela est visible, les sujets ne manquent pas.
 
Le deuxième point n’est quasiment jamais traité car c’est un mauvais sujet de médiatisation : ce processus de contamination interne est bel et bien invisible et n’intéresse personne. Il n’en est pas moins réel et concerne des millions de personnes en ce moment même, que ce soit autour de Tchernobyl ou au Japon. Et il est la cause du troisième point, le plus dramatique. Mais le sujet de la maladie est difficile, et c’est ce qui fait la force des promoteurs de l’énergie nucléaire car le mal survient rarement au moment de l’accident, mais plutôt plusieurs années après.
 
Les radionucléides s’installent insidieusement dans les organes : muscles, cœur, foie, reins, ovaires, glande thyroïde, peau, poumon, rate... Ceci s’explique par le fait que l’organisme remplace les éléments nécessaires à sa physiologie par les produits radioactifs. Tout ceci pourrait être rendu visible par des spectrométries gamma régulières, associées à des études statistiques. Mais une société nucléarisée est-elle intéressée par ce genre de recherches coûteuses ? Pas vraiment. Pourtant, dans un pays démocratique, il ne serait pas anormal que la population exige de ses élus de telles enquêtes, afin de mesurer le risque qu’elle est censée accepter.
 
En attendant, voici un petit récapitulatif de la situation visible à Fukushima : l’état du site nucléaire, l’exposition des personnes et la poursuite du déni. Certains estimeront que ces informations sont pessimistes, d’autres diront qu’elles sont réalistes. A vous de juger.
 
 
L’état du site
 
Réacteur 1
Il a subi un meltdown, c'est-à-dire le pire qui puisse arriver à un réacteur nucléaire. On ne sait pas où est le corium (69 tonnes maxi). Le bâtiment réacteur a été recouvert d’une structure légère protectrice. Mais ce cache-ruine n’enlève rien au danger. Le 17 janvier, une panne de transformateur a provoqué l’arrêt du refroidissement des piscines durant 3 heures… Cela met tout bonnement en évidence qu’il n’y a pas de système de secours. En fait, le système de refroidissement est fait de bric et de broc, avec des matériaux fragiles. Le moindre séisme engendre son lot de fuites. Et si les piscines ne sont plus refroidies, en 40 heures, tous les combustibles sont en fusion.
 
Réacteur 2
Il a subi un meltdown, c'est-à-dire le pire qui puisse arriver à un réacteur nucléaire. On ne sait pas où est le corium (94 tonnes maxi). Une opération d’endoscopie a eu lieu le 19 janvier pour visionner l’intérieur de l’enceinte de confinement. Résultat pas fameux, car trop de radioactivité et d’humidité. Le niveau d’eau n’a pu être observé (estimé entre 2,8 et 4 m au lieu de 5 attendus), ce qui signifie clairement que l’enceinte n’est pas étanche puisque 10 m3/h d’eau sont injectés dans l’enceinte. L’opération a en tout cas dégagé une masse importante de vapeur, ce qui contredit l’idée d’un « arrêt à froid » décrété par le gouvernement japonais en décembre 2011. Une hausse de la température dans ce réacteur avait d’ailleurs déjà été observée la semaine dernière.
 
endoscope
Coupe de la cuve de confinement
et de l’endoscope
dans le réacteur n°2
de Fukushima Daiichi
(source : The Yomiuri Shimbun)
 
 
Réacteur 3
Il a subi un meltdown, c'est-à-dire le pire qui puisse arriver à un réacteur nucléaire. On ne sait pas où est le corium (94 tonnes maxi). Pour trouver l’emplacement de ces coriums perdus, des chercheurs vont tenter de faire une image à l’aide de muons. Le projet est à l’étude, mais aucune date n’est encore fixée pour sa réalisation. En attendant, environ 300 tonnes d'eau très contaminée ‒ entre 49 000 et 69 000 Bq/l en césium ‒ ont été « découvertes » dans un tunnel situé à proximité du réacteur n°3.
 
 
Réacteur 4
En mars 2011 le bâtiment a été déstabilisé par une ou plusieurs explosions et incendies dont on n’a aucune image pour l’instant. Les inquiétudes portent sur la piscine : on ne sait pas si elle pourra résister à un nouveau séisme important. Après le tremblement de terre du 1er janvier, il se pourrait qu’une fuite ait eu lieu dans cette piscine 4 ‒ où se trouve 229 tonnes de combustible ‒ ce qui aurait fait descendre son niveau d’eau et augmenter sa température. Selon les propos d’un ouvrier rapportés par une bloggeuse, l’eau serait même entrée à nouveau en ébullition. A la suite de cet évènement, une augmentation du césium a été remarquée.
 
evacuation-tokyo.jpgDans le pire des cas, c'est-à-dire l’effondrement de la piscine 4, le gouvernement a déjà prévu d’évacuer les habitants dans un rayon de 250 km, Tokyo inclus donc. Une épée de Damoclès est suspendue au dessus de l’archipel. Mais si le Japon venait à être évacué, c’est tout l’hémisphère nord qui serait durablement contaminé, car il ne serait plus possible d’intervenir sur le site à cause d’une trop grande radioactivité, ce qui provoquerait l’abandon des systèmes de refroidissement des autres structures (cœurs et piscines), l’ensemble représentant plus de 2400 tonnes de combustible.
 
 
 
Sous-sols de la centrale
On a toujours la désagréable impression que Tepco nous mène en bateau. L’opérateur annonce « découvrir » des tunnels plein d’eau radioactive, plus de 1000 tonnes ces derniers jours, alors qu’on sait très bien que tous les sous-sols sont pleins, vu que quand on pompe l’eau, ils se remplissent aussitôt (on soupçonne un flux de 200 à 500 tonnes d’eau par jour). Quand Tepco communique sur quelque chose, l’important est ailleurs probablement, et on ne l’apprend que la semaine suivante, voire plusieurs mois après comme la fonte des cœurs.
 
 
Exposition des personnes au Japon
 
Nourriture
Certaines personnes averties font attention à ce qu’elles mangent. Les Français vivant au Japon sont en tout cas très bien informés. Mais il reste très difficile pour la majorité d’être sûr de la nourriture. On l’a vu en 2011 avec le bœuf, le riz, et même avec le lait maternisé. Faire à manger est devenu une corvée pour beaucoup, la détection et les recherches prenant beaucoup de temps.
 
Décontamination
Les gens sont obligés de faire des décontaminations au risque de leur vie, sans contrepartie. Pour preuve, cet homme qui vient de décéder à Fukushima. Malgré l’état actuel connu des régions contaminées par Tchernobyl il y a 25 ans, certains entretiennent le mythe que la décontamination rapide d’une région serait possible. Pour ce faire, on creuse de grandes fosses, on les remplit de déchets radioactifs composés de végétaux, de terres de surfaces, d’objets divers, et on rebouche pour l’éternité. On nettoie au karcher les toits et les façades, l’eau s’écoulant dans les caniveaux, puis dans les stations d’épurations ou directement dans les ruisseaux et rivières. Et que fait-on des boues des stations d’épuration ? Si on les enterre, on pollue les nappes phréatiques, si on les épand dans les champs, on pollue les terres, si on les incinère, on pollue l’atmosphère.
 
fosse-a-10-km-de-fuku-janvier-2011.jpg
Fosse à 10 km au nord de la centrale (source photo)
 
Le gouvernement encourage ce type de « solutions ». Car il souhaite voir revenir les évacués là où ils habitaient. Mais il n’est pas du tout sûr que la majorité revienne, car la confiance aux autorités publiques s’est effritée durant toute la crise nucléaire. Selon un sondage du journal Nikkei du 26 décembre, 78 % des personnes interrogées ne croient pas à « l’arrêt à froid » décrété par le gouvernement.
 
Conditions des travailleurs
Les employés de chez Tepco et les ouvriers embauchés par des entreprises intérimaires continuent d’être exposés de manière importante. A l’occasion du forage de l’enceinte de confinement du réacteur 2 le 18 janvier, plusieurs équipes d'une dizaine de travailleurs ont été mobilisées ; la dose équivalente reçue par chaque personne employée à cette tâche ne devait pas dépasser 3 mSv en théorie, mais combien chacun a-t-il reçu en pratique ? Régulièrement, des décès d’ouvriers sont annoncés, officiellement jamais à cause des radiations. Le dernier en date est mort le 9 janvier ; c’est le 7ème décès officiel d’un employé de la centrale en 10 mois.
 
Pollution
Pluie, neige, air, poussière, tous les éléments chargés de radionucléides qui se déplacent avec le vent se répandent irrémédiablement dans le pays ‒ et dans le monde ‒ aidés en cela par les communes qui ont accepté d’incinérer sur leur sol des déchets contaminés du tsunami.
A Tokyo, on mesure encore du césium dans l’air, et le sol peut être contaminé sous forme de hotspots, endroits où la radioactivité se concentre, comme devant cette porte d’école (Minami Katsushika high school) où un citoyen a pu mesurer 2,35 µSv/h.
 
Conséquence sur la santé 
Selon une étude médicale, la catastrophe de Fukushima aurait provoqué un surplus de 14 000 décès aux Etats-Unis durant les 14 semaines suivant le 11 mars 2011. Combien au Japon ? Combien en Europe ? Ces données ne semblent pas encore disponibles. Le seront-elles un jour en toute transparence ?
 
 
Fukushima folie : le déni du danger
 
 
Course radioactive pour adolescentes
La 27èmecourse de l’Ekiden a été organisée à Fukushima en novembre dernier : collégiennes et lycéennes ont couru sur un sol contaminé. Qui fera le suivi sanitaire de ces jeunes filles qui ont respiré la poussière des chemins de Fukushima ?
 
Radioactive-Ekiden-Marathon-In-Fukushima-22.jpg
 
Les radionucléides n’appartiennent pas à Tepco
La demande de décontamination d’un terrain de golf adressée par son propriétaire à Tepco lui a été refusée sous prétexte que les particules radioactives, s’étant mélangées au sol, « ne lui appartenaient plus », rapporte un article du Asahi Shimbun.
 
Gravier radioactif
Jusqu’à 16 000 tonnes de gravier peuvent avoir été distribuées à partir d’un site contaminé à Namie. C’est le locataire d’un appartement fraichement construit qui s’en est rendu compte : 1,24 microsieverts/h chez lui, il valait mieux donner l’alerte…
 
Ski radioactif pour les enfants
10 écoles primaires de Edogawa-ku, à Tokyo, ont envoyé les enfants en ''classe de neige'' pour faire du ski dans la préfecture de Fukushima. Pourtant tout le monde sait que la neige, c’est comme la pluie, elle filtre l’air en se chargeant de particules radioactives.
 
Et pour finir, qui parle encore de Fukushima ?
Au Japon, tout le monde, tous les medias, toute la classe politique en parle. Le gouvernement envisage de nationaliser Tepco car l’entreprise n’est plus en mesure de payer les indemnités de dommages. Comme d’habitude en cas de défaillance du secteur privé, l’état vient à la rescousse. Quand il y a des bénéfices, on privatise, quand le bateau prend l’eau, on nationalise. Avec l’énergie nucléaire, étant donné les enjeux et les risques, ce secteur devrait être interdit au secteur privé.
Et puis, surtout, les Japonais se rendent compte qu’il est possible de se passer du nucléaire. Actuellement, il ne reste que 5 réacteurs en activité, et d’ici l’été, ils devraient tous être arrêtés. Une sortie en un an serait-elle donc possible ?
 
 
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En France, on ne parle plus beaucoup de la catastrophe de Fukushima.
A signaler, pour ceux qui ne connaissent pas encore cet outil, le blog des veilleurs de Fukushima qui propose des liens mis à jour vers des infos francophones indépendantes.
 
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dimanche 22 janvier 2012

Résistance politique: Soyons ces graines sous la neige…

“C’est le refus d’abandonner que le pouvoir pourri craint par dessus tout, car il sait que c’est la graine plantée sous la neige.” ~John Pilger~

Nous avons traduit ici le dernier (et superbe) article en date de John Pilger. Un des tous derniers grand reporters indépendants nous démontre s’il en était encore besoin, la futilité et l’illusion d’un système politique corrompu et totalement déliquescent. Il nous sensibilise à la descente aux enfers totalitaires de l’occident dans sa folie dominatrice et hégémonique.
Au sujet de l’histoire de Lisette et des habitants expulsés des îles Chagos dans les années 1960 (afin d’établir la base militaire américaine sur l’îlede Diego Garcia), Pilger a réalisé en 2004, un superbe reportage: “The Stealing of a Nation”  (“Le vol d’une nation”) que l’on peut visionner sur son site internet, comme la quasi totalité de ses reportages du reste, disponibles gratuitement sur son site.
John Pilger est un grand monsieur du vrai journalisme documentaire, un journalisme qui n’existe plus. Son discours lors de la réception du prix de la paix dans sa ville de Sydney en 2009 est d’anthologie et devrait être traduit en toute les langues.
C’est toujours avec grand plaisir et émotion que nous traduisons ses textes simples, nobles et percutants.
Merci Mr Pilger !

La guerre mondiale contre la démocratie

Par John Pilger

Le 19 Janvier 2012,

url de l’article original:
http://www.johnpilger.com/articles/the-world-war-on-democracy

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~


Lisette Talate est décédée l’autre jour. Je me rappelle d’une fine femme à l’intelligence aiguisée qui masquait sa peine avec une détermination qui était une présence en elle-même. Elle était la personnification de la résistance des peuples à la guerre contre la démocratie. Je l’ai d’abord entr’aperçu dans un film du bureau des colonies datant des années 1950, à propos des gens des îles Chagos, une petite nation créole vivant à mi-chemin entre l’Afrique et l’Asie dans l’Océan Indien. La caméra se déplaçait dans des villages fourmillant, une église, une école, un hôpital, construits dans un endroit phénoménal de beauté naturelle et de paix. Lisette se rappelle du producteur du film lui disant à elle et ses amies adolescentes: “Continuez à sourire les filles !”

Assise dans sa cuisine de l’île Maurice plusieurs années plus tard, elle dit: “On n’avait pas besoin de me demander de sourire. J’étais une enfant heureuse, parce que mes racines descendaient profondément dans ces îles, mon paradis. Mon arrière grand-mère était née là-bas, j’ai fait 6 enfants là-bas. Voilà pourquoi ils ne pouvaient pas nous jeter légalement en dehors de nos maisons; ils devaient nous terrifier pour que nous partions ou nous forcer à partir. Au début, ils ont essayé de nous affamer. Les vaisseaux de ravitaillement cessèrent de venir, ensuite ils ont répandu les rumeurs que nous serions bombardés, puis ils se sont retournés contre nos chiens.”

Au début des années 1960, le gouvernement travailliste (NdT: les “socialistes” britanniques) d’Harold Wilson acquiesça secrètement à une demande de Washington pour que l’archipel des Chagos, une colonie britannique, soit “nettoyée” et “aseptisée” de ses 2 500 habitants afin qu’une base militaire puisse être construite sur l’île principale de l’archipel, l’île de Diego Garcia. “Ils savaient que nous étions inséparables de nos animaux domestiques”, dit Lisette, “quand les soldats américains sont arrivés pour construire la base, ils firent reculer leurs gros camions jusqu’aux baraques de briques dont nous nous servions pour préparer les noix de cocos; des centaines de nos chiens avaient été emprisonnés dedans. Ils les ont gazé avec des raccords fait à leur pots d’échappement. On pouvait les entendre hurler.”

Lisette, sa famille et des centaines d’insulaires furent mis de force sur un vieux bateau à vapeur rouillé à destination de l’île Maurice, distante de 4 000 km. Ils devaient dormir dans les cales contenant du fertilisant: de la merde d’oiseaux. La météo était dure, tout le monde était malade; deux femmes firent des fausses-couches. Larguée sur les quais de Port Louis, les deux plus jeunes enfants de Lisette Jollice et Régis, moururent à une semaine d’intervalle. “Ils sont morts de tristesse”, dit-elle. “Ils avaient tout entendu et ont vu l’horreur du gazage de nos chiens. Ils savaient qu’ils quittaient leur maison pour toujours. Le médecin de Maurice nous a dit qu’il ne pouvait pas guérir la tristesse.”

Cet acte fut fait dans le plus grand des secrets. Dans un document d’archive officiel, sous le titre de “Maintenir la fiction”, le conseiller juridique du ministère des affaires étrangères exorte ses collègues de camoufler leurs actions en “reclassifiant” la population comme étant une population “flottante, nomade” et de “refaire les règles au fur et à mesure”. L’article 7 des statuts du TPI dit que “la déportation ou le transfert forcé de populations” est un crime contre l’humanité. Que la Grande-Bretagne ait commis un tel crime en échange d’une ristourne de 14 millions de dollars sur un sous-marin nucléaire américain Polaris, n’était pas dans l’agenda d’un groupe de correspondants de la “défense” qui furent envoyés aux îles Chagos par le ministère de la défense lorsque les travaux de la base américaine furent terminés. “Il n’y a rien dans nos dossiers”, dit un officiel du ministère, “à propos des habitants ou à propos d’une évacuation.”

Aujourd’hui, l’île de Diego Garcia est cruciale à la guerre contre la démocratie menée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les plus gros bombardements qui ont eu lieu en Afghanistan et en Irak ont été lancés de cette base, au delà de laquelle le cimetière et l’église abandonnés par les insulaires se dressent comme des ruines archéologiques. Le jardin en terrasse d’où Lisette souriait à la caméra est maintenant un dépôt pour des bombes anti-bunkers transportées sur leurs lieux de bombardements sur deux continents par des bombardiers B-2 furtifs aux allures de chauve-souris. Une attaque sur l’Iran commencera de là. Comme pour compléter le blason du pouvoir criminel omni-présent, la CIA y a ajouté une prison du style de Guantanamo pour les victimes de son programme de “rendition”, appelé “Camp Justice”.

Ce qui fut fait au paradis de Lisette a une signification forte et universelle dans la mesure où cela représente la nature violente et sans pitié d’un système entier derrière sa façade démocratique et la mesure de notre propre endoctrination avec ses suppositions messianiques, décrites par Harold Pinter comme “de brillants numéros d’hypnose, spirituels même, qui fonctionnent”. Plus longue et plus sanglante que toute guerre depuis 1945, faite avec des armes démoniaques et un gangstérisme déguisé en politique économique, parfois connu sous le nom de mondialisme, la guerre contre la démocratie n’est pas mentionable dans les cercles de l’élite. Comme l’a écrit Pinter: “Cela ne s’est jamais produit et dans le même temps cela se produisait”. En Juillet dernier, l’historien américain William Blum a publié son sommaire mis à jour des statistiques de la politique étrangère américaine. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont:

1. Tenté de renverser plus de 50 gouvernements la plupart d’entr’eux démocratiquement élus.
2. Tenté de supprimer un mouvement populiste ou national dans 20 pays.
3. Interféré éhontement dans des élections démocratiques dans au moins 30 pays.
4. Bombardé les populations de plus de 30 pays.
5. Tenté d’assassiner plus de 50 leaders politiques étrangers.

Au total, les Etats-Unis ont commis une ou plus de ces actions dans 69 pays. Dans la plupart des cas, la Grande-Bretagne a été la complice et la collaboratrice. L’”ennemi” change de nom, de communisme à islamisme, mais le plus souvent c’est la montée de mouvement démocratique indépendant du pouvoir occidental ou une société occupant un territoire stratégiquement utile, jugée aléatoire, comme les îles Chagos.

La véritable échelle de la souffrance, sans parler de celle de la criminalité impliquée, n’est pas connue en occident, malgré la présence des systèmes de communication les plus avancés au monde, nominalement le journalisme le plus libre et l’académie la plus admirée. Que le plus grand nombre de victimes du terrorisme, du terrorisme occidental, soient les musulmans est quelque chose qu’on ne peut pas dire, si cela est seulement su. La mort d’un demi million d’enfants irakiens dans les années 90 suite à l’embargo imposé par la Grande-Bretagne et l’Amérique n’a absolument aucun intérêt. Que le djihadisme extrême, celui qui mena aux attentats du 11 Septembre, fut couvé et développé comme une arme par la politique occidentale (“Opération Cyclone”) est une information connue des spécialistes mais autrement complètement supprimée.

Alors que la culture populaire en Grande-Bretagne et en Amérique immerge la seconde guerre mondiale dans un bain éthique pour les vainqueurs, les holocaustes qui émergent de la domination anglo-américaine des régions riches en ressources naturelles sont consignés dans le tiroir de l’oubli. Sous le tyrant indonésien Suharto, adoubé “notre homme” par Thatcher, plus d’un million de personnes furent massacrées. Décrit par la CIA comme “le pire massacre de masse de la seconde partie du XXème siècle”, les estimations ne prennent même pas en compte le tiers de la population du Timor oriental qui fut affamé ou massacré avec la complicité de l’occident, des avions et des mitrailleuses britanniques.

Ces histoires vraies sont racontées dans des documents déclassifiés et archivés dans les archives publiques, néanmoins elles représentent une dimension entière de la politique et de l’exercice du pouvoir complètement exclu de la vie publique et de la considération du public. Ceci fut réalisé par un régime non-coercitif de contrôle de l’information, depuis le mantra évangélique de la publicité consumériste aux informations de la BBC en passant par les médias sociaux éphémères.

C’est comme si les écrivains faisant fonction de rempart n’étaient plus ou sont sous l’emprise d’un zeitgeist sociopathe, convaincus qu’ils sont trop intelligents pour être dupés. Voyez la ruée des sycophants en mal de déifier Christopher Hitchens (NdT: journaliste anglo-américain grand supporteur de la guerre d’Irak), un amoureux de la guerre qui s’est languit d’être autorisé à justifier les crimes du pouvoir prédateur. “Pour presque la première fois depuis deux siècles”, écrivit Terry Eagleton, “il n’y a pas de poète britannique éminent, de dramaturge ou de romancier, préparés à questionner les fondations même du mode de vie occidental”. Plus d’Orwell pour nous dire que nous ne devons pas nécessairement vivre en société totalitaire pour être corrompu par le totalitarisme. Plus de Shelley pour parler pour les pauvres, plus de Blake proférant une vision, plus d’Oscar Wilde pour nous rappeler que “la désobéissance, aux yeux de tous ceux qui ont lu l’histoire, est la vertu originelle de l’Homme.”

Et plus de Pinter rageant contre la machine de guerre comme dans American Football:
Hallelujah.
Praise the Lord for all good things … [Rendons grâce à Dieu pour toutes les bonnes choses...]
We blew their balls into shards of dust, [Nous leur avons explosé les couilles en débris de poussière,]
Into shards of fucking dust … [En débris de putain de poussière...]

En débris de putain de poussière s’en vont toutes les vies détruites là par Barack Obama l’Auguste du changement et de l’espoir de la violence occidentale. Quand un des drones d’Obama élimine une famille complète dans une région tribale lointaine du Pakistan, de Somalie, ou du Yémen, les contrôleurs du jeu américains devant leurs écrans de jeu vidéo, tapent sur leur clavier “insecte écrabouillé” (NdT: “bugsplat” en anglais). Obama aime les drones et a fait des plaisanteries à ce sujet avec les journalistes. Une de ses premières actions comme président des Etats-Unis fut d’ordonner une vague d’attaques de drones Predator sur le Pakistan, qui tua 74 personnes. Il a depuis tué des milliers de personnes, pour la plupart des civils. Les drones Predator tirent des missiles Hellfire “feu de l’enfer” qui vide les poumons des enfants de leur air et laissent des lambeaux de chair humaine sur le terrain.

Rappelez-vous des manchettes de journaux noyées de larmes lorsque la “marque” Obama fut élue: “Monumental, donne la chair de poule”, titra le Guardian. “Le futur américain”, écrivit Simon Schama “est fait de vision, sacré, léger…” Le chroniqueur du San Francisco Chronicle y vît “un éclairagiste spirituel qui peut pousser pour une nouvelle façon d’être sur la planète”. Au delà de ce radotage, comme l’avait prédit le grand lanceur d’alerte Daniel Ellsberg, un coup d’état militaire se déroulait à Washington et Obama était leur homme. Après avoir séduit le mouvement anti-guerre jusqu’à un silence virtuel, il donna à la classe des officiers militaires corrompue américaine des pouvoirs d’état et d’engagement sans précédent. Ceci inclut la possibilité de guerres en Afrique et des opportunités de provocations contre la Chine, le plus grand créditeur de l’Amérique et nouvel “ennemi” d’Asie. Sous le régime Obama, la vieille source de paranoïa officielle, la Russie, a été encerclée par un rideau de missiles ballistiques et l’opposition russe a été infiltrée. Des équipes d’assassins de la CIA et de l’armée ont été déplacées dans 120 pays, les attaques planifiées de longue date sur la Syrie et l’Iran laissent présager d’une guerre mondiale. Israël, le clone américain de la violence et de l’illégalité par proxy vient juste de recevoir son argent de poche annuel de 3 milliards de dollars avec la bénédiction d’Obama pour voler toujours plus de territoires palestiniens.

La réussite la plus “historique” d’Obama a été d’amener la guerre contre la démocratie sur le sol de l’Amérique. Au réveillon du nouvel an, il signa la loi du National Defense Authorization Act (NDAA), une loi qui donne le droit au Pentagone de kidnapper à la fois des étrangers et des citoyens américains, de les détenir de manière indéfinie, de les interroger, de les torturer et même de les tuer. Les victimes n’ont seulement besoin que d’être “associées” avec ceux qui sont en guerre contre les Etats-Unis. Il n’y aura aucune protection légale, aucun procès, aucune représentation légale. Ceci est la première législation qui abolit le Habeas Corpus (le droit a une procédure judiciaire légale) et réfute de facto les droits civiques de 1789.

Le 5 Janvier, dans un discours incroyable au Pentagone, Obama a dit que l’armée devra non seulement être prête “à sécuriser territoires et populations” à l’étranger, mais également à se battre ™à domicile” et “donner du soutien aux autorités civiles”. En d’autres termes, les troupes américaines seront déployées dans les rues des villes des Etats-Unis lorsque les troubles sociaux inévitables se déclencheront.

L’Amérique est aujourd’hui un pays de la pauvreté épidémique et de prisons barbares: la conséquence d’un extrémisme de marché, qui sous Obama, a favorisé le transfert de 14 000 milliards de dollars d’argent public aux entreprises criminelles de Wall Street. Les victimes en sont le plus souvent les jeunes chômeurs, sans abri, incarcérés afro-américains, qui ont été trahis par le premier président noir américain. Le corollaire historique d’un état de guerre perpétuel, ceci n’est pas le fascisme, pas encore du moins, mais cela n’est pas non plus la démocratie dans une forme reconnaissable, indépendemment de la politique placebo qui se déroulera juqu’à Novembre. La campagne présidentielle, dit le Washington Post va “mettre en scène le choc des philosophies enracinées dans des vues différentes de l’économie.” Ceci est faux. La tâche qui incombe au journalisme des deux côtés de l’Atlantique est de créer l’illusion d’un choix politique là où il n’y en a aucun.

La même ombre plane sur la Grande-Bretagne et la plupart de l’Europe où la social-démocratie, un article de foi il y a encore deux générations, a capitulé devant les dictateurs des banques centrales. Dans la “grande société” de David Cameron, le vol de 84 milliards de Livres en emplois et en services dépasse même le montant des impôts “légalement” évités par les entreprises pirates. Le blâme demeure non pas avec l’extrême-droite, mais avec une culture politique libérale couarde qui a permis à tout cela de se produire, ce qui, écrivit Hywel Williams juste après les attentats du 11 septembre 2001, “peut devenir en soi une forme de fanatisme de l’auto-satisfaction”. Tony Blair est un de ces fanatiques.. Dans sa gestion indifférente des libertés qu’il clame pourtant être chères, la Grande-Bretagne bourgeoise blairienne a créé un état policier avec plus de 3000 lois et actes délictuels nouveaux: plus que pour l’ensemble du siècle précédent. La police croit de manière évidente qu’elle a l’impunité totale de tuer. A la demande de la CIA, des cas juridiques comme celui de Binyam Mohamed, un citoyen britannique innocent, torturé puis emprisonné pour cinq ans à Guantanamo, seront traités dans des cours de justice spéciales et secrètes en Grande-Bretagne afin de “protéger les agences de renseignement”, les bourreaux.

L’état invisible a permis au gouvernement de Blair de lutter contre les habitants des îles Chagos alors qu’ils se levaient de désespoir depuis leur exil pour demander justice dans les rues de Port Louis et de Londres. “Seulement quand vous menez une action directe, face à face, et même que vous enfreignez la loi, alors on vous remarque”, a dit Lisette. “Et plus vous êtes petit, le plus grand est l’exemple pour les autres.” Une telle réponse éloquente donne de quoi réfléchir à ceux qui demandent toujours: “Que puis-je faire ?”

J’ai vu pour la dernière fois la fine silhouette de Lisette debout sous une pluie battante, aux côtés de ses camarades devant le parlement. Ce qui me frappa par dessus tout fut le courage endurant de leur résistance. C’est le refus d’abandonner que le pouvoir pourri craint par dessus tout, car il sait que c’est la graine plantée sous la neige.

For more information on John Pilger visit his website at www.johnpilger.com


Source de cet article: http://resistance71.wordpress.com/

vendredi 20 janvier 2012

Le répugnant baromètre de l’économie



L’économie, qui sans les humains n’existerait pas, est pourtant devenue bien plus importante que le devenir des personnes, que la Vie même.

Cette « météo » quotidienne de la finance, de la crise, des dettes, des plans de rigueur, d’austérité, commence sérieusement à me dégoûter, me répugner, me révolter, me déshumaniser…

Tous ces pouvoirs d’achat, ces restrictions budgétaires, ces faillites, ces actionnaires, ces bénéfices, ces pertes, ces courbes, ces valeurs, ces chiffres, cette frénésie quotidienne, ce bal permanent ou valse une ribambelle de schémas, de graphiques, d’équations…

Une véritable météo, des marchés frileux  à la fièvre des achats … le thermomètre observé attentivement, attendu comme la promulgation d’un oracle quotidien… déterminant le moral des acheteurs, des états, des gens. Braves gens…

Mais en soi, n’est-ce pas là, quelque chose de tout à fait idiot?
Quant on y pense? Non? Vous ne trouvez pas ça, comment dire, sans réel sens?

Ne vous demandez-vous jamais, « mais après tout c’est quoi le sens de la vie »? Une vie, une seule, sur Terre, à un moment donné, précis, pour ça?

Cette aliénation au travail, au profit, à la concurrence, à l’exploitation?

Sommes-nous en train de donner un sens sans but à l’histoire de l’humanité, comme Nietzsche l’a si bien décrit avec l’avènement du Surhomme?

L’économie est devenue le sang dans nos veines, l’air que l’on respire, l’eau que l’on boit.
De la feuille de papier toilette, au diamant d’Afrique du Sud, des légumes aux composants électroniques, de la réussite à la ruine, qu’est-ce que l’économie n’a pas pollué? L’eau est polluée, l’air est pollué, la nourriture aussi, l’amour est pollué, nos esprits sont pollués…

Tous s’achète, tous se paye. L’argent c’est du temps, et le temps c’est de l’argent.
Et pourtant…

Notre asservissement, notre dépendance sont extrêmes. Et o combien il nous est difficile de s’imaginer un autre système garant de notre confort, de notre sécurité physique et matériel?

S’imaginer un autre système revient quasiment à s’imaginer l’étendue  de l’univers, c’est réel et irréel en même temps, impalpable.

N’est-il pas totalement mesquin de pleurer sur la perte de cette chose que l’on nomme « triple A », cet sorte d’ethnocentrisme économico-médiatique? Serions-nous tous des aveugles? Serions-nous tous à ce point nombrilistes et égoïstes?

Mon économie va bien, ouf, ça veut dire que mon pays va bien, donc ma situation, je n’ai plus qu’à dormir sur mes deux oreilles… les autres après tout, c’est leur problème, c’est leur pays, ce sont leurs oreilles…

Qu’attendons-nous pour arrêter ce massacre, cette folie?

Nous ressemblons à des pies, sautant sur tout ce qui brille. Tout ce fast, cette abondance, cette notoriété à atteindre.

Nous devrions ne pas accepter tout ça tant que la misère ne sera pas éradiquée.

Dans un sens le monde tourne à l’envers oui. Les Hommes ont eu la possibilité de se protéger de la nature alors qu’elle a  été son premier prédateur. Et maintenant qu’ils arrivent se protéger de la nature et presque même la dominer, ils ont fait apparaître un prédateur tout aussi puissant que les catastrophes naturelles, l’économie.

La nature a fait peur à l’homme avec ses orages, ses tempêtes, ses séismes, ses éclairs, … et maintenant c’est l’économie qui nous fait peur avec ses hauts, ses bas, ses valeurs négatives, positives.

Va t-on devoir réinventer des sortes de girouettes spéciale économie, pour prévoir longtemps à l’avance d’où viennent les nuages, les vents et autre tsunamis financiers?

Fera t-on évacué des pays, protégera-t-on les populations contre les dégâts immatériels de l’économie?
Y aura-t-il un « déluge économique »?

A toutes ces questions je n’ai pas de réponses, tout ce que je sais, c’est que je ne veux pas finir déshumanisé, je ne veux pas être un chiffre parmi des chiffres.

L’espèce humaine a une chance incroyable d’être ce qu’elle est, mais elle ne s’en rend pas vraiment compte, et ne sait toujours pas s’en servir correctement.

J’espère qu’un jour l’économie ne sera plus notre pain quotidien…




Source: 5ème vitesse

Syrie: témoignage d'une femme de lettre

Résister aux milices armées soutenues par l’étranger est une question de survie pour le peuple syrien
Témoignage d’une femme de lettre syrienne sur ce qui se passe dans son pays





    Victime de milices islamistes violentes qui terrorisent les gens, la population syrienne craint ces opposants armés qui sèment la peur et le chaos. L’écrivaine syrienne Nadia Khost — auteur de nombreux ouvrages d’essais et de nouvelles portant sur l’histoire, l’architecture, la conservation et la protection du patrimoine de la Civilisation Arabe — vit à Damas. Ce qu’elle nous dit ici, sur ce qui se passe véritablement en Syrie, doit être pris très au sérieux. Son témoignage ne correspond en rien à la version des faits qui nous est rapportée par de prétendus « grands reporters » français.


Il n’y a plus de fioul à Alep… les vendeurs ne peuvent que crier leur détresse aux observateurs délégués par la Ligue Arabe : « Nous sommes des travailleurs démunis, les bandes armées coupent les routes, volent le fioul, dérobent ou détruisent nos véhicules… quand ils ne nous tuent pas ! ». Telles sont les vraies raisons de la pénurie qui empêche actuellement les pauvres gens de gagner leur vie.

 
Les bandes armées sévissent là où elles peuvent… Les observateurs écoutent les témoignages des blessés, entendent les pleurs des enfants réclamant leurs pères kidnappés, constatent les blessures portées post mortem, notent les identités, les récits, les lieux, les horaires…

Pendant ce temps, les télévisions syriennes filment à distance et restituent des images d’horreurs, de massacres, que les Syriens ne pouvaient imaginer se produire sur leur sol. Des images qu’ils n’ont jamais connues au cours de leur histoire contemporaine : cadavres mutilés, membres coupés, cœurs arrachés, corps brûlés et manifestement torturés.

Ainsi, le 8 janvier, nous avons tous partagé le malheur et la tristesse d’un groupe d’habitants de la ville de Homs à peine éclairés par les bougies encore allumées et qui, en pleine veillée funèbre en hommage à leurs victimes, se sont vus attaqués par des bandes armées faisant sur leur passage de nouvelles victimes…des morts et des blessés. Toujours à Homs, le 10 janvier nous avons déploré un ingénieur assassiné, son collègue blessé, un enseignant kidnappé. Finalement, ces bandes assassines en sont arrivées à interdire la fréquentation des établissements scolaires dont environ un millier de bâtiments sont désormais en ruines !

Par conséquent, le problème actuel en Syrie n’a rien à voir avec ce qu’affirment les médias occidentaux ; à savoir, un conflit entre une opposition politique qui demande des réformes et un gouvernement qui les refuse. Le problème en Syrie est celui de bandes armées et de groupes de criminels qui sèment le chaos en s’attaquant à une société habituée depuis des décennies à vivre en sécurité. Lorsqu’une infirmière déclare aux observateurs envoyés par la Ligue arabe : « Alors qu’avant nous rentrions chez nous à une heure du matin en toute confiance, à présent nous n’osons plus sortir à la tombée de la nuit », elle résume une réalité inédite en Syrie.

En effet, l’un des buts de l’assassinat de soldats et de policiers est justement la généralisation du chaos. Ce même chaos que Georges Bush a installé en Irak avec comme conséquence prévisible, le démantèlement de l’État et la domination de gangs violents. Dans sa guerre contre la Syrie, l’Occident a adopté ce même projet. La preuve en est que lorsque le gouvernement syrien a annoncé une amnistie générale pour tous ceux qui déposeraient leurs armes, Madame Clinton a interpellé les rebelles en ces termes : « ne rendez pas vos armes ! ».

Toute personne qui voudrait honnêtement s’enquérir de la vérité ne pourrait nier que des tueurs, et d’ignobles criminels, sont utilisés pour répandre la terreur dans le but d’exécuter un projet politique visant l’autorité de l’État, la partition de la Syrie et par là, l’anéantissement de l’un des bastions de la résistance au projet sioniste. En cas de doute, souvenons-nous toujours du projet de l’Organisation Sioniste mondiale : « La désintégration de la Syrie et de l’Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes… est l’une des priorités d’Israël… le premier pas vers ce but passe par la dissolution de leurs armées ».

Ce but a été atteint en Irak où l’une des premières décisions de Paul Bremer [administrateur civil de l’Irak-2003- Ndt] a consisté à dissoudre l’armée irakienne. C’est aussi ce qui a été prévu pour la Syrie où l’armée est la cible des attaques des bandes armées. Plus de mille soldats et officiers syriens ont été tués ; et pendant que des médias occidentaux et arabes appellent nos soldats à la désertion des officiers ont déclaré dans nos journaux et sont venus nous dire à la télévision syrienne qu’ils avaient été kidnappés, filmés et torturés de manière à fournir les faux témoignages de désertion diffusés par Al-Jazira.

Les méthodes les plus viles sont utilisées pour faire plier le peuple syrien. Ainsi, dans la banlieue de Damas, les bandes armées ont imposé la fermeture des boutiques dans les quartiers de Harasta et de Darayya, sous prétexte de faire respecter ce qu’ils ont présenté comme une consigne de « grève générale », tout en avertissant que celui qui n’obéirait pas serait tué, ou verrait ses enfants kidnappés et tués ! A Deraa, un homme qui a osé refuser a été tué et sa femme a été blessée. A Homs, un commerçant m’a confié qu’après des dizaines d’ordres reçus par téléphone, il a été obligé de fermer boutique.

Après ce genre de mises en scène, les « spécialistes en communication », en collusion avec ces bandes armées, filment les commerces fermés, envoient leurs images à la chaine qatari Al-Jazira qui s’empresse d’annoncer que le peuple syrien a répondu à l’appel à la grève générale, ou encore que les villes ont été vidées de leurs habitants par crainte du régime ! Une autre fois, trois jeunes frères ont été tués dans le seul but de discréditer le service de sécurité syrien et l’armée.

Les Syriens sont douloureusement consternés quand ils entendent ces criminels raconter leurs crimes comme on raconterait une histoire banale et reconnaitre, sans états d’âme, avoir touché de l’argent pour abattre un manifestant. Tout cela pour offrir aux médias occidentaux la confirmation de leur version falsifiée disant que les services de sécurité tuent des manifestants pacifiques !

Cette cruauté et cette sauvagerie est contraire à toutes les traditions syriennes d’amour, de solidarité, de pardon, et de tolérance de ses concitoyens.

Pour le peuple syrien, ce n’est donc plus une question d’opposition politique, mais une question d’existence ! C’est ce qui explique l’ampleur des manifestations spontanées à Damas au soirde la décision de la Ligue Arabe de suspendre la Syrie en tant qu’État membre. C’est ce qui explique également les manifestations spontanées dans toute la Syrie suite à la grande explosion de Kafarsouseh [1] .

Tenant compte de ces réalités, celui qui comprend l’Histoire ne peut pas ne pas comprendre que c’est le peuple syrien qui est en train de sauver son pays. Sa voix est désormais plus forte que celle des politiciens. Les femmes qu’elles soient voilées ou non, les jeunes, les vieux, les enfants… tous expriment avec passion leur refus de l’ingérence sous toutes ses formes, condamnent le rôle du Qatar, critiquent la Ligue Arabe, sans épargner Sarkozy, Clinton et Obama.

Aujourd’hui, il est indéniable qu’il y a un peuple syrien dont la conscience politique est aiguisée. Un peuple qui sait qu’il affronte des forces expansionnistes américano-sionistes qui organisent contre lui une guerre diplomatique, militaire, économique et médiatique. Une guerre dirigée par la France et à laquelle participent la Turquie et les pays du Golfe menés par le Qatar. Une guerre dont l’outil militaire est l’organisation d’Al-Qaïda et l’outil politique, quelques opposants syriens de l’extérieur !

Et ce peuple conteste la politique économique, la corruption, et les responsables de pays dont il a été un protectorat. Ce peuple a développé un sens aigu du danger et a parfaitement compris que l’Occident n’intervient certainement pas pour l’avènement de la démocratie et l’avancement des réformes, mais plutôt pour briser la volonté syrienne opposée aux projets occidentaux et sionistes.

Ce peuple magnifique se dresse telle une épée dans une bataille décisive. Il ne cesse de réinventer ses messages en réponse au projet de partition américano-européo-sioniste qui voudrait mettre à profit sa mosaïque ethnique et religieuse, pour arriver à le diviser. Division qu’il refuse ! Ainsi, les kurdes et arabes, réunis en congrès national, ont rejeté à l’unisson toute intervention étrangère. Les musulmans et les chrétiens ont prié main dans la main dans les mêmes églises, des délégations de femmes musulmanes se sont déplacées pour rendre visite au Patriarche maronite du Liban et se porter garantes de la protection des chrétiens d’Orient.

Nous n’ignorons pas que toutes sortes de pressions continueront à s’abattre sur nous pour briser notre volonté, notre dignité, et notre fierté de Syriens. Les sanctions économiques et les bandes armées font partie de ces pressions. Bandes armées qui, pour rendre la vie encore plus pénible à notre peuple, coupent la route aux camions de fioul ; font exploser les pipelines et les conduites de gaz qui alimentent les centrales électriques ; brûlent les établissements publics, les mairies et les postes de police, attaquent les transports de ravitaillement chargés de sucre et de riz à destination des différentes régions du pays, font sauter les chemins de fer…

Du coup, l’électricité est rationnée et ce sont donc les pauvres et la classe moyenne qui souffrent le plus de l’inflation qui en résulte. Pour autant, cette souffrance ne rapproche pas les Syriens patriotes de ces opposants qui soutiennent le projet occidental expansionniste et appellent à des sanctions contre la Syrie. Au contraire, leur souffrance renforce leur sentence : « Un tel comportement est celui d’un traitre responsable du sang versé et de l’atteinte à la sécurité de la patrie ! ».

Est-il difficile de comprendre que les meurtres, les assassinats de professeurs d’universités et d’ingénieurs, les rapts d’enfants, les viols, visent aussi à briser la vie économique, sociale et culturelle ?
De fait, les crimes des milices armées ont paralysé l’activité culturelle dont tous les centres se sont vidés, même ceux des villages les plus reculés. Les galeries d’art et les musées sont désertés, bien qu’en Syrie le tarif des billets d’entrée aux théâtres et concerts reste symbolique.

Dans ces conditions, comment imaginer que des Syriens puissent s’autoriser de telles activités alors que des cérémonies funèbres pleurent les nombreuses victimes tombées dans plus d’une région, et que même les églises se sont interdites les célébrations coutumières de Noël et du Nouvel An ? Comment s’intéresser à la culture alors que des bandes armées infligent au pays d’importantes pertes économiques en brûlant ses instituts, en faisant exploser ses oléoducs et gazoducs, en paralysant son réseau commercial et social par les barrages de l’horreur sur la route internationale entre Damas et Alep ? Alep, où un habitant qui a vu son usine incendiée, deux fois de suite, est mort de chagrin !

C’est ainsi que l’on brise la vie des citoyens. C’est ainsi que chacun, chez soi, ne parle plus que des événements tandis que les sujets d’ordre culturel deviennent inopportuns !

C’est pour toutes ces raisons que les habitants demandent la protection de l’armée. Mais la Ligue Arabe persiste à exiger son retrait des villes alors qu’il est évident que les forces de sécurité intérieure ne disposent pas des moyens susceptibles de lutter contre les opérations terroristes. L’État syrien n’avait aucune raison de les armer à outrance puisqu’il est clair que l’ennemi vient d’Israël, et non pas du peuple syrien.

Il était impératif que l’armée intervienne. D’ailleurs, une fois qu’elle a dû se retirer, les bandes armées s’en sont données à cœur joie. La maman du petit Sari Saoud tombé sous leurs balles à Homs n’a rien dit d’autre en hurlant sa douleur : « Si l’armée avait été présente, mon fils ne serait pas mort ! ». C’est donc parce que l’armée s’est retirée que ces gangs peuvent passer d’une banlieue de Damas à une autre (de Moadamieh à Doumar, Qudsaya), appuyant furieusement sur leurs gâchettes crachant balles et roquettes pour obliger les habitants à se calfeutrer chez eux avant même la tombée de la nuit.

Il faut que le monde sache que ce sont ces criminels que la « communauté internationale » protège et que les médias clientélistes occidentaux et arabes, tels qu’Al-Jazira et Al-Arabia, ont choisi de défendre !
Ces bandes armées ne sont pas tombées du ciel ! C’est le néo-libéralisme et l’économie de marché adoptée ces dix dernières années qui les ont marginalisées. Tout un système parrainé par des corrompus qui ont pillé le secteur public, couvert la contrebande d’armes vers la Syrie, exacerbé les ressentiments d’injustice sociale et économique d’une classe pauvre ; elle-même négligée par une classe politique qui n’a pas pris les décisions nécessaires pour redresser la situation en misant sur l’éducation et la culture. Ce faisant, elle a abandonné certains des ces marginaux aux contrebandiers et aux prêcheurs des mosquées wahhabites qui les ont intégrés dans leurs groupes armés.

C’est donc sur cette frange de la population embrigadée par de notoires obscurantistes que se fondent les espoirs de ceux qui appellent à une intervention étrangère !

Bien avant ces événements sanglants et ce qu’il a été convenu de désigner par « le printemps arabe », les ouvriers, paysans, écrivains…, ont discuté de la situation politique et économique au sein de leurs congrès respectifs et ont réclamé les réformes nécessaires. À cette époque, nous n’avons pas entendu les voix de ceux qui exigent aujourd’hui la chute du régime !?

Nous disons donc que c’est nous, Syriens de l’intérieur, qui avons demandé à changer notre réalité et que c’est plutôt l’Occident colonialiste, dont le but est de vaincre notre résistance, qui ne veut pas de nos réformes ! De ce fait, nous nous devons de défendre notre patrie avant tout le reste ; le peuple syrien refusant nettement et clairement la tutelle étrangère qu’elle soit arabe ou occidentale.

Sarkozy et Clinton peuvent répéter à l’envi : « Al-Assad doit démissionner ! », le peuple syrien leur répond : « C’est à nous de choisir notre président, pas à vous ! ».

Telle est la transition qualitative majeure vécue par le peuple syrien qui, après avoir livré son sort aux partis politiques avant les événements, envahit toutes les places publiques, retrouve sa voix et sa langue, exprime sa volonté et, en bref, s’adresse à l’Occident colonialiste en lui disant : « Dégage ! ».

Ce peuple syrien qui manifeste ne le fait ni sur ordre de ses autorités, ni sur ordre d’un quelconque parti politique. Il s’implique dans cette vie politique en des moments décisifs pour son pays, et contre la partition il brandit sa cohésion. Une cohésion soutenue passionnément par les femmes. En effet, qu’elles aient une activité professionnelle ou non, elles sont désormais nombreuses à s’avancer devant les caméras de télévision pour exprimer leurs opinions sur la situation.

Contre vents et marées, les Syriens condamnent le communautarisme sectaire à la base du projet qui vise à vider le pays de ses chrétiens. Les chrétiens parfaitement conscients du danger sont montés en première ligne pour prendre la défense de notre pays. Nous n’avons jamais su distinguer un chrétien d’un musulman, et il nous est difficile de classer nos amis sur des bases religieuses ou ethniques, car la Syrie est une terre d’Histoire et l’héritière de civilisations anciennes dont elle a thésaurisé les croyances et les confessions.

Ceci explique la réponse civilisée de son peuple au démantèlement ourdi par le projet de partition colonialiste. Les religieux musulmans et chrétiens se réunissent dans les églises et les salons pour prier ensemble. Le dignitaire musulman commence par la lecture d’un texte de l’Évangile que le prêtre chrétien termine par la lecture d’un verset du Coran. Leur dernière union dans la prière s’est déroulée le 9 janvier 2012 dans les salons de l’hôtel Dedeman en présence de journalistes occidentaux ; alors qu’au même moment était célébrée une messe en hommage aux âmes des martyrs, en l’Eglise de la Croix de Damas et en présence du Mufti de la République et des Évêques des églises.

Ceux qui projettent de vider la région de ses chrétiens n’ont pas pu ne pas recevoir ce message éloquent !

Que faire ?

La Syrie qui célèbre les fêtes musulmanes et chrétiennes, la Syrie qui a envoyé son armée pour protéger les chrétiens du Liban lors de la guerre civile puis a sacrifié dix mille de ses soldats pour le protéger de l’invasion israélienne, la Syrie qui a accueilli un million et demi d’Irakiens suite à l’invasion de l’Irak est aujourd’hui confrontée à une coalition armée et fait face à une Europe en perte de valeurs où des personnalités de la stature de Charles de Gaulle n’existent plus.

Elle endure une guerre à la fois médiatique, diplomatique et économique, prise entre la contrebande d’armes sophistiquées et des criminels infiltrés à partir de la Turquie et du Liban. Mais l’Histoire a enseigné à son peuple la patience devant l’adversité ; il reste convaincu qu’il remportera la victoire face à la coalition et au projet occidental et sioniste.

D’où notre conviction que, dans ce contexte particulier, prendre à cœur la défense du peuple syrien revient aussi à défendre la dignité, ce qu’il y a de noble en l’humanité. Et l’intelligence de chacun d’entre nous impunément bafouée par les médias internationaux.

Il est du devoir des hommes libres et des sages de ce monde de soutenir ce peuple en dénonçant les crimes couverts par les politiques et les médias de l’Occident colonialiste.

Nadia Khost
10 Janvier 2012
Traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Commentaires de la traductrice

« Prendre à cœur la défense du peuple syrien revient aussi à défendre la dignité, ce qu’il y a de noble en l’humanité, et l’intelligence de chacun d’entre nous impunément bafouée par les médias internationaux » nous dit Nadia Khost.

En quoi les médias bafouent-ils « l’intelligence de chacun d’entre nous » ? Pouvons-nous répondre à cette question en quelques lignes, alors qu’au sein des médias officiels une Armada de journalistes affirme depuis des mois que notre « humanité » exige une intervention militaire pour justement aller « défendre la dignité du peuple syrien » ? Cette question est essentielle puisqu’il est désormais très clair que si l’OTAN et ses alliés avaient pu intervenir rapidement en Syrie à « la mode libyenne », ils y seraient déjà, avec ou sans l’accord de l’ONU comme ils n’ont pas hésité à le faire lors de l’invasion de l’Irak en 2003. Ceci dit, il ne semble pas qu’ils aient abandonné leur projet, mais plutôt que la partie est remise jusqu’au jour où le peuple syrien et les infrastructures du pays seront suffisamment éreintés, pour leur assurer « la mise en scène » compatible avec leurs prétendus idéaux de démocratie, de progrès, et d’auto-détermination des peuples.

D’ici-là, le « rôle militaire » est dévolu aux médias car si les citoyens savaient… ils refuseraient d’être les complices de tous ceux pour qui le « veau d’or » est désormais le seul dieu digne de foi, et la base de la « Nouvelle Alliance » entre les néoconservateurs occidentaux et les intégristes et takfiristes orientaux, formés, dirigés, et soutenus par la fine fleur de nos envoyés spéciaux [2] et… de nos vaillants philosophes. Est- ce là un excès de langage ? Ou bien, est-ce la conclusion logique des déclarations et agissements des amis de Bernard-Henri Lévy (BHL), plutôt manipulés que manipulateurs ? BHL en a trop fait ou trop dit… Il s’est trahi ? [3] Qu’à cela ne tienne, écoutons un argument choc tel celui de Caroline Fourest qui nous explique, sur France 2, qu’ « il faut défendre les intégristes et même les jihadistes parce que nos principes d’universalisme nous font refuser la dictature » !  [4] C’est le monde à l’envers !

Mais le mainstream médiatique et ses spécialistes de la propagande et de l’intox, même religieuse, sont là pour tenter de laver le cerveau du citoyen et le convaincre, par matraquage, que les terroristes d’hier sont en réalité la promesse d’un avenir radieux après le printemps… arabe. C’est ainsi que des bandes armées, téléguidées de l’extérieur pour semer le chaos en Syrie, deviennent des révolutionnaires luttant pour la démocratie au sein d’une prétendue « Armée Syrienne Libre » (ASL) ! Dixit : Sofia Amara désormais très « grande reporter » grâce à ce mensonge, Manon Loizeau, Martine Laroche Joubert… inutile d’en rajouter !

Pourtant, après tant d’autres témoignages, Nadia Khost n’invente rien, surtout pas lorsqu’elle rappelle : « La désintégration de la Syrie et de l’Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes, comme au Liban, est l’objectif d’Israël, à long terme, sur son front Est ; à court terme, l’objectif est la dissolution militaire de ces États ». Les références abondent pour celui qui se donne la peine de se renseigner sur un pays dans la tourmente avant de se vanter d’y être entré clandestinement [5], mais c’est sans doute politiquement incorrect de s’y référer, voire même de les lire !

Prenez la peine d’écouter les déclarations publiques de Joe Biden avant celles de Barack Obama : « Le lien indissociable entre la culture, la religion et l’ethnicité que les gens ne comprennent pas vraiment… qui est unique… qui est si fort avec les juifs du monde entier… si j’étais un juif je serais un sioniste… je suis un sioniste » [6]. Ajoutez celle d’Ariel Sharon : « A chaque fois que nous faisons quelque chose, vous me dites l’Amérique fera ceci ou cela. Je vous dis clairement… Ne vous inquiétez pas des pressions américaines sur Israël. Nous, le peuple juif, contrôlons l’Amérique, les Américains le savent » [7].
Vous comprendrez alors trois choses essentielles à propos des Syriens :

- Leur résistance devant le projet américano-sioniste pour un Nouveau Moyen-Orient dépecé sur des bases ethniques et religieuses est une question d’existence et, par conséquent, les médias ne défendent pas leur dignité mais la dislocation de leur société.

- Ils sont antisionistes dans un sens anti expansionniste puisque cela ne peut se faire qu’aux dépens de leur vie, de leur patrie, et de leur région.


- Les circonstances font que leur Président, qu’ils soutiennent majoritairement, ne peut pas démissionner, car il ne peut se dérober devant sa responsabilité historique.

Mouna Alno-Nakhal, Biologiste
15 janvier 2012.

Sources:

Mondialisation.ca, Le 17 janvier 2012