dimanche 16 décembre 2012

Artistes grecs, le cri contre le profit

 "La crise, dont les cycles se sont accélérés jusqu’à devenir permanente, n’est plus une exception temporaire du capitalisme, mais bien son fonctionnement routinier. Le processus d’appauvrissement sans limites des populations, l’institutionnalisation du racket des États, sont devenus le moteur d’un système qui s’emballe en pillant tout ce qu’il trouve, son économie, son futur, pour sauver l’expansion des gains des truands milliardaires, dans un instant sans devenir." Lukas Stellas in Addenda à "L'invention de la crise"


En France nous devrions prendre de la graine sur les nouvelles configurations citoyennes d'une Résistance en train de s'inventer tout en nous préparant rapidement à l'offensive générale de la phynance sur l'Europe. Mr Hollande qui n'a pas une réputation de clairvoyant et dont la carrière politique évoque plutôt un parcours du combattant en pantoufles roses, claironne depuis quelques jours que la crise est derrière nous. Était-ce un trait d'humour adressé aux petits épargnants et boursicoteurs à la petite semaine ? A-t-il rêvé pour la France américanisée, otanisée, un avenir radieux ? Dans ce pays, nous entendons contester et grogner les artistes institutionnalisés seulement lorsque les pompes à subventions sont coupées. Alors, tracts et pétitions circulent comme des SOS, comme si la création artistique allait passer à l'as, comme si l'imagination était devenue lettre morte. Que n'ont-ils jamais subi les rigueurs d'une censure assassine ! Souvenons-nous, par exemple, du groupe surréaliste "La Main à Plume", composé de très jeunes hommes et femmes, pendant la seconde guerre mondiale ? La plupart d'entre eux ont été éliminés par les Nazis avec la complicité du gouvernement de Vichy. Combien de ces directeurs artistiques prennent-ils ouvertement position vis à vis des mouvements sociaux (cachez-moi ces desseins honteux que je ne saurais voir) ? Leur engagement revendiqué se résume à des déclarations de principes. Comme l'affirment les signataires de l'Appel du Conseil d'administration des artistes grecs "l’art est une arme, un mur pour briser l’exploitation, le racisme, la guerre et qui fait surgir tout sentiment humain pour la beauté et la force de la vie". Joseph Beuys (1921 - 1986) aurait eu beau jeu d'ajouter : "Nous avons besoin de ce sol sur lequel tout homme se ressent et se reconnaît comme créature créatrice, agissant sur le monde. La formule "tout homme est un artiste", qui a suscité beaucoup de colère et que l'on continue à mal comprendre, se réfère à la transformation du corps social. Tout homme peut, et même doit, prendre part à cette transformation pour que nous puissions la mener à bien aussi vite que possible." Organisons-nous dès maintenant, ne restons pas inerte du fait que nous mangeons encore à notre faim et que nous avons encore un endroit où loger. Ce qui se passe en Grèce n'est qu'un avant goût de la privatisation dictatoriale des institutions européennes, la débâcle est devant nous, n'en doutons pas. G. Hadey


Le 6 décembre 2012


Le Conseil d’administration de la Maison des Artistes plasticiens de Grèce, appelait ses membres à une assemblée générale ordinaire, le 1er décembre 2012.

Rien de bien spécial, rien de plus banal qu’une assemblée générale… Sauf, que dans les conditions actuelles que le pays traverse, cette convocation devient un cri contre la marchandisation de la vie, contre l’écrasement de tout un peuple, dans cette société du profit et de l’exploitation.

Appel du Conseil d’administration de la Maison des artistes grecs (EETE) à une assemblée…


Chers collègues

Le samedi 1er déc à 18h aura lieu l’assemblée générale ordinaire de la Maison des artistes de Grèce.
On pourrait lire ceci comme un appel formel habituel sauf que dans les conditions actuelles, au moment du pillage de nos rêves, de notre propre pain, au moment où l’on conduit nos enfants et nos frères à l’émigration, ou l’on sectionne nos salaires où l’on coupe nos retraites, nos pensions même celles des handicapés, où l’on taxe sans cesse nos revenus au travers d’une fiscalisation atroce, quand la pauvreté et le manque de travail a frappé la plus grande partie de nos camarades, la présence de tous à cette assemblée, est indispensable.

Quand on nous prive de notre liberté d’expression et on piétine notre droit de participation équitable à de concours d’installation d’œuvre en espace public, quand on dévalorise les artistes pour que les entreprises se fassent encore plus de profit, y a-t-il quelqu’un qui considère encore que notre AG n’est qu’une histoire de formalité ?

L’art est une force, et ils en ont peur. C’est la raison pour laquelle depuis des années ils conduisent les artistes vers la marge de la société. Ils nous privent des conditions essentielles de création artistique. Ils veulent qu’on soit diminués à la seule survie, ils cherchent notre aliénation.
Ils sont effrayés par une simple touche d’un pinceau, par un seul sillon d’une gouge, par un trait gravé, par une mosaïque, une icône, une vidéo, car ils connaissent la force d’une œuvre d’art.
Ils savent que nous les artistes, dans notre quotidien on ausculte attentivement la vie. On peine et on se met en colère envers les évènements qui se déroulent autour de nous et ceci sans faille, depuis l’homme des cavernes jusqu’à l’infini.

Car l’art est une arme, un mur pour briser l’exploitation, le racisme, la guerre et qui fait surgir tout sentiment humain pour la beauté et la force de la vie.

La Maison des artistes chers collègues, c’est nous-mêmes qui la constituons, à travers nos luttes petites ou grandes, dans le passé et dans le futur. C’est tout ce que nous avons acquis et nous ne céderons à personne, car c’est notre CORPS, notre TRAVAIL, notre SÉCURITE SOCIALE, notre ROUTE vers le monde, notre proposition pour l’enseignement artistique et l’esthétique de l’espace public.

Il est nécessaire chers collègues de soutenir, de revendiquer et surtout de participer. Telle est notre vision de la Maison des artistes.

Signé : Conseil d’administration EETE





Contexte :

La Maison des artistes grecs, supervisée par le ministère des affaires culturelles de Grèce, est une association qui réunit des artistes de quatre disciplines principales. En 2011, le ministère de l’environnement, décide par un décret, d’ouvrir le 1% de l’installation d’une œuvre d’art sur l’espace public, à des sociétés ou des entreprises, chose qui était jusqu’à présent réservée à des artistes, personnes physiques, qui avaient seules le droit de participer au concours et d’avoir la prise en charge entière de l’installation de l’œuvre d’art dans les lieux publics. Dans le jury participait représentant de la Maison des artistes, cette association étant jusqu’alors l’organisme garant de l’utilisation de l’argent public indépendamment de l’intérêt privé.

Au moment où cette garantie n’est plus conditionnée, des jurys, menés par des compagnies ou des entreprises privées ainsi que par n’importe quel autre patron, décideraient de la prise en charge des grandes œuvres publiques du pays et ouvriraient la concurrence aux grandes entreprises du bâtiment nationales et internationales en toute légalité.
La quête du profit orchestrée par les entreprises, dans le domaine de l’art, conduira tôt ou tard à l’altération et au détournement des valeurs culturelles du pays, auxquels le EETE résiste et se bat.

Source : Oulala.info

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