vendredi 16 novembre 2012

La Palestine massacrée

Je suis pour le terrorisme

AUTEUR:  Nizar Qabbani(1923 - 1998 )
Poète syrien
Traduit par  Fausto Giudice, illustré par Ben Heine

On nous accuse de terrorisme
Si nous prenons la  défense
D’une rose, d’une femme
Et d’un infaillible poème
D’une patrie qui n’a plus
Ni eau ni air
Ni tente ni chamelle
Ni même de  café noir.



On nous accuse de terrorisme
Si nous avons le courage de défendre
La chevelure noire de Balkis
Les lèvres de Maysoun
Hind, Daad
Ou Loubna et Rabab
Et une pluie de khôl noir
Tombant de leurs cils comme une inspiration !
Vous ne trouverez pas chez moi
De poème secret…
De langage secret
Ni de livre secret enfermé derrière portes closes
Et je ne garde pas de poème
Arpentant les rues, voilé par un hijab.
On nous accuse de terrorisme
Quand nous écrivons sur les dépouilles  de notre patrie
Foulée, démembrée, déchiquetée
Aux moignons dispersés
Une patrie cherchant son nom
Et un peuple innommé
Une patrie qui a perdu ses anciens grands poèmes
À l’exception de ceux de Khansa
Une partie qui a perdu sa liberté rouge, bleue ou jaune
Une patrie qui nous interdit
D’acheter un journal
D’écouter les informations
Une patrie où les oiseaux sont interdits de pépiement
Une patrie
Dont les écrivains écrivent
Sur le vent, par peur.
Une patrie
À l’image de notre poésie
Faite de mots abandonnés
Hors du temps
Importés
Avec une face et une langue étrangères…
Sans début
Ni fin
Sans lien avec son peuple ou son pays
Impasse de l’humanité
Une patrie
Allant aux négociations de paix
Sans dignité
Nu-pieds
Et sans aucune dignité
Une patrie
Où les hommes pris de peur se sont pissés dessus
Et où seules restent les femmes !
Le sel est dans nos yeux
Le sel est sur nos lèvres
Ou dans nos paroles
La sécheresse de nos âmes
L’avons-nous héritée des Beni Kahtane ?
Il n'y a plus de Mouaouya  dans notre nation
Ni d’Abou Sufiane
Plus personne pour dire « NON ! »
À ceux qui ont bradé nos foyers, notre terre
Et ont  fait de notre histoire radieuse
Un bazar !
Il n’est plus un seul poème dans notre vie
Qui n’ait perdu sa virginité
Dans le lit du Pouvoir
Nous nous sommes accoutumés à l’ignominie
Que reste-t-il donc d’un homme
Lorsqu'il s'est habitué au déshonneur ?
Je cherche dans le livre  de l'histoire
Oussama Ibn Munqidh
Okba Ibn Nafi
Je recherche Omar
Je recherche Hamza
Et Khalid chevauchant vers Damas
Je recherche Al Mutasim  Billah
Sauvant les femmes
De la barbarie des envahisseurs
Et des furies des flammes
Je recherche l’homme de la fin des temps
Mais ne trouve que des chats effrayés dans le noir
Craignant pour leur vie
Menacée par le règne des souris.
Sommes-nous atteints  de cécité nationale ?
Ou sommes-nous devenus daltoniens ?


On nous accuse de terrorisme
Quand nous refusons la mort
Sous les bulldozers d’Israël 
Qui dévastent  notre terre, notre histoire, nos Évangiles
Notre Coran
Les reliques de nos prophètes
Si c'est là notre crime
Que le terrorisme est beau !
On nous accuse de terrorisme
Si nous refusons notre extinction
par les Mongols, les Juifs, les Barbares
 Si nous lançons des pierres
Sur les vitres
Du Conseil de Sécurité
Aux mains des Tsars de notre temps
On nous accuse de terrorisme
Si nous refusons
De tendre notre main à
L’Amérique
Ennemie des cultures humaines
Elle-même sans culture,
Ennemie des civilisations humaines
Elle-même sans civilisation
L'Amérique, bâtisse géante
Sans murs.


On nous accuse de terrorisme
Si nous refusons une époque où l’Amérique
est devenue suffisante, riche, puissante
Traductrice assermentée
de l’hébreu.
On nous accuse de terrorisme
Si nous lançons une rose
Vers Jérusalem
Vers Al Khalil
Vers Gaza
Vers Nazareth
Si nous livrons du pain et de l’eau
Aux Troyens assiégés.
On nous accuse de terrorisme
Si nous élevons la voix
Contre les dominateurs qui veulent nous isoler
Contre tous ceux qui ont changé de selle
Et d’unionistes sont devenus laquais.


On nous accuse de terrorisme
Si nous faisons profession de culture
Si nous lisons un livre de juridiction ou de politique
Si nous en appelons à notre Dieu
Si nous la lisons la Sourate Al Fatah
Et écoutons le prêche du Vendredi
Nous commettons là un acte terroriste.
On nous accuse de terrorisme
Si nous défendons notre pays
Et la dignité de son sol
Si nous nous révoltions contre l’extorsion de notre peuple
Notre propre extorsion
Si nous protégeons le dernier palmier de notre désert
Et la dernière étoile de notre ciel
Et les dernières lettres de nos noms
Et la dernière goutte de lait du sein de notre mère
Si tel est notre crime
Que le terrorisme est magnifique !


Je suis un terroriste
Si le terrorisme peut me préserver
Des immigrants de Russie
De Roumanie, de Hongrie, de Pologne
Qui se sont installés en Palestine sur notre dos
Pour voler les minarets de Jérusalem
La porte d’Al Aqsa
Ses ors et ses dômes.
Je suis pour le terrorisme
Si nous pouvons libérer le Christ
La Vierge Marie et la Ville sainte
Des émissaires de mort et de dévastation
Hier la route nationale traversait nos terres
Triomphante comme un pur-sang arabe
Et nos parcs étaient des rivières coulant avec vigueur et fierté
Après Oslo
Nous avons perdu nos dents
Et sommes devenus un peuple frappé de surdité et de cécité.


Je suis pour le terrorisme
Si cela peut me préserver des Tsars juifs
Et des Césars romains.
Je suis pour le terrorisme
Tant que ce nouveau monde
Sera également divisé entre
Amérique et Israël.
Je suis pour le terrorisme
Tant que ce nouveau monde
Nous classera comme loups
Je suis pour le terrorisme
Tant que le Congrès américain
Fera la loi
Et décidera des récompenses et des châtiments.
Je suis pour le terrorisme
Tant que ce nouveau monde
Détestera profondément
L’odeur des Arabes.



Je suis pour le terrorisme
Tant que ce nouveau monde
Massacrera mes bébés
Et les jettera aux chiens.
Pour tout cela
Je veux crier haut et fort
Je suis pour le terrorisme
Je suis pour le terrorisme
Je suis pour le terrorisme.




Note du traducteur à l’usage des lecteurs ignorants des références arabo-musulmanes
Balkis : c’est le nom arabe de la Reine de Saba, dont la rencontre avec Salomon (Souleyman) est relatée dans la Sourate 27 (An Naml, Les Fourmis) du Coran). C'est aussi le prénom de la seconde épouse du poète (voir ci-dessous).
Maysoun, Hind, Daad, Loubna et Rabab : prénoms féminins évoquant la beauté
Khansa : « la gazelle », surnom de Tumadir Bent Amr (575-646), poétesse antéislamique célèbre pour les élégies à ses frères Sakhr et Mouaouya.
Rouge, bleu et jaune : le rouge est le feu, chaud et sec, le bleu la terre, froide et sèche et le jaune l’air, chaud et humide. Le rouge symbolise Mars, le bleu Mercure, le vert la Lune.
Beni Kahtane : fils de Kahtane, tribu originelle des Arabes,apparue après le déluge et vivant dans le Hijaz.
Mouaouya Ibn Abi Sufiane (603-680) : fils de l'un des plus farouches adversaires du prophète Mohamed : Abou Sufiane Ibn Harb. Il est le premier ommeyyade à porter le titre de calife en 661. Il prend ce titre à Ali à la suite d'un abritrage entre Ali et lui après la bataille de Siffin. Les Ommeyyade tirent leur nom d’Omayya, grand-oncle du prophète Mohamed. Ils appartenaient à la tribu des Quraychites, tribu dominante à La Mecque au temps du prophète. Après s'être opposés à celui-ci, ils l'avaient rejoint au dernier moment.
Oussama Ibn Munqidh : prince syrien, né en 1095 à Chayzar sur l’Oronte et mort à Damas en 1188. Auteur d’une autobiographie, L’Itibar, « L’expérience », dans laquelle il relate ses rapports avec les Francs : « Quand on est au fait de ce qui touche aux Francs on ne peut qu’exalter et sanctifier le Très Haut, car on voit en eux des bêtes qui ont la vertu du courage et de l’ardeur guerrière ».
Oqba Ibn Nafaa (ou Nafi) : conquérant arabe du Maghreb oriental, ce Quraychite défait les troupes  de l'exarque byzantin Grégoire en 647 à Sbeïtla et devient gouverneur de l'Ifriqiya en 663. Il a édifié la Grande mosquée de Kairouan dans l'actuelle Tunisie.
Omar Ibn Khattab : Quraychite, second calife de l’Islam après Abou Bakr.
Hamza Ibn Abdul Muttalib : oncle de Mohamed, avec lequel il a été élevé. L’un des premiers convertis à l’Islam, sa bravoure au combat lui valut les surnoms de « lion d'Allah » et de  « lion du ciel ».
Khalid Ibn Al Walid (584 – 642), aussi appelé Abou Souleyman, surnommé « l’épée d’Allah », un Quraychite, fut le principal général de Mohamed après sa conversion. Il participa après la mort du Prophète à la reconquête de la péninsule arabique et est le commandant des armées arabes lors des conquêtes de l'Irak et de l'empire byzantin (bataille de Yarmouk). Sur plus de cent batailles qu’il commanda, il n’en perdit aucune.
Al Mutasim Billah : (794-842) : troisième fils de Haroun Al Rachid, « huitième calife Abbasside qui remporta huit batailles, qui eut huit enfants mâles et huit filles, qui laissa à sa mort huit milles esclaves et qui a régné huit années huit mois et huit jours » (Jorge Luis Borges, Fictions).


Original :أنا مع الإرهاب

Poème écrit le 15/4/1997

Sur l'auteurFausto Giudiceet Ben Heine sont membres de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.

URL de cet article :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2377&lg=fr




Gaza, assassinats et désinformation

jeudi 15 novembre 2012, par Alain Gresh


Pour comprendre l’escalade à Gaza, il faut toujours rappeler quelques données sur ce territoire (360 kilomètres carrés, plus de 1,5 million d’habitants, soit plus de 4 500 personnes par kilomètre carré — ce qui en fait un des endroits de la planète où la densité de population est la plus élevée), occupé depuis 1967 par Israël. Même si l’armée s’en est retirée, ses accès avec le monde extérieur sont toujours contrôlés par Israël ; la circulation à l’intérieur même de cette mince bande de terre est limitée et le blocus mis en place depuis des années perdure : pour les Nations unies, Gaza reste un territoire occupé.
Les données qui suivent sont fournies par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires dans les territoires palestiniens (OCHA oPt), dans un document de juin 2012 intitulé : « Five Years of Blockade : The Humanitarian Situation in the Gaza Strip » :

 C’est en juin 2007 que le gouvernement israélien a décidé d’intensifier le blocus de ce territoire, qui était déjà sévèrement « contrôlé ». 
 34 % de la population (et la moitié des jeunes) est au chômage. 
 80 % de la population dépend de l’aide alimentaire. 
 Le PNB par habitant était, en 2011, 17 % en dessous de celui de 2005 (en termes constants). 
 En 2011, un camion par jour sortait de Gaza avec des produits pour l’exportation, soit moins de 3 % du chiffre de 2005. 
 35 % des terres cultivables et 85 % des eaux pour la pêche sont partiellement ou totalement inaccessibles aux Gazaouis à la suite des restrictions israéliennes. 
 85 % des écoles doivent fonctionner en « double service » — un le matin, l’autre l’après-midi —, en raison de la surpopulation.

Toute guerre s’accompagne d’une propagande intense et le gouvernement israélien est passé maître dans cet art. Déjà lors de l’offensive de décembre 2008-janvier 2009, on avait assisté à un déferlement médiatique (Marie Bénilde, « Gaza : du plomb durci dans les têtes »). Des intellectuels français, dont l’inénarrable Bernard-Henri Lévy, avaient contribué à cette désinformation.
L’homme assassiné par Israël, Ahmed Jabari, était le chef de l’aile militaire du Hamas (sur cette organisation, lire « Qu’est-ce que le Hamas ? »). Nombre de médias le présentent comme « un terroriste » responsable de toutes les attaques contre Israël. La réalité est assez éloignée de ce portrait — au-delà même de l’usage du terme « terrorisme », pour le moins ambigu. Une nouvelle fois, c’est un journaliste israélien Aluf Benn qui fait remarquer (« Israel killed its subcontractor in Gaza », Haaretz, 15 novembre) :

« Ahmed Jabari était un sous-traitant, en charge du maintien de la sécurité d’Israël dans la bande de Gaza. Cette qualification paraîtra sans aucun doute absurde pour tous ceux qui, au cours des dernières heures, ont vu Jabari décrit comme un “archi-terroriste”, “le chef du personnel de la terreur” ou “notre Ben Laden”.

C’était pourtant la réalité durant ces cinq années et demi. Israël a exigé du Hamas qu’il observe la trêve dans le sud et la fasse appliquer par les nombreuses organisations armées dans la bande de Gaza. L’homme à qui avait été confiée cette tâche était Ahmed Jabari. »

Il suffit de regarder les graphiques publiés par le ministère des affaires étrangères israélien lui-même sur les tirs de roquettes (« Palestinian ceasefire violations since the end of Operation Cast Lead », 14 novembre 2012), pour se rendre compte que, de manière générale, la trêve a bien été observée. Elle a été rompue par des raids de l’armée israélienne les 7 et 8 octobre 2012, puis les 13 et 14 octobre.
Chaque escalade fait suite à des assassinats ciblés de militants palestiniens à Gaza. Ces exécutions extra-judiciaires sont une pratique ancienne du gouvernement israélien (à laquelle les Etats-Unis se sont ralliés depuis longtemps). Vous avez dit « terrorisme » ? (lire « De Gaza à Madrid, l’assassinat ciblé de Salah Shehadeh », par Sharon Weill, Le Monde diplomatique, septembre 2009).

Le scénario avait été exactement le même en 2008. Alors que la trêve était respectée du côté palestinien depuis juin 2008 (« List of Palestinian rocket attacks on Israel, 2008 », Wikipedia), c’est l’assassinat de sept militants palestiniens en novembre qui devait déboucher sur une escalade et l’opération « Plomb durci ».

Sur les violations par Israël des cessez-le-feu au cours des dernières années, on pourra lire Adam Horowitz, « Two new resources : Timeline of Israeli escalation in Gaza and Israel’s history of breaking ceasefires » (Mondoweiss, 14 novembre 2012).

D’autre part, il est difficile de parler d’un affrontement entre deux parties : les F-16 israéliens et les roquettes palestiniennes ne sont pas des armes équivalentes. Le bilan humain, depuis la trêve de janvier 2009 qui a suivi l’opération « Plomb durci », le confirme.
L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem dresse le compte des Palestiniens et des Israéliens tués à Gaza depuis le 19 janvier 2009 jusqu’au 30 septembre 2012 (« Fatalities after operation “Cast Lead” ») :

271 Palestiniens (dont 30 mineurs) contre 4 Israéliens.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes...

Alain Gresh
Source : http://blog.mondediplo.net/



Il y a des boussoles qui se perdent.


Naviguer en mer avec une boussole qui indique le sud n’est pas si compliqué que ça : pour retrouver le nord, il suffit de prendre la direction inverse !
13 novembre 2012 : « (dire que) "Israël n’existe que par la guerre" est une diabolisation ignominieuse. » - Richard Prasquier, président du CRIF (1)
14 Novembre 2012  : Israël attaque (encore) Gaza - ou ce qu’il en reste.
Naviguer en politique avec les analyses d’un sioniste n’est pas compliqué : pour retrouver la vérité, il suffit de prendre la direction inverse !

Théophraste R. 
Il y a des paroles qui ne sont que du vent. De force 6.

(1) http://www.crif.org/fr/leditorialdupresident/la-france-honor...
Source : Le Grand Soir 

Bain de sang à Gaza. Qui a commencé ? (Counterpunch)


par Patrick Higgins


La réponse à la question de savoir si Israël a le droit d’exister est aussi facile que la réponse à la question de savoir si un colonialisme d’implantation meurtrier a le droit d’exister.
Depuis plusieurs jours, Israël lance des attaques aériennes sur Gaza, provoquant de nombreux morts et blessés. Les attaques font partie d’un tableau plus large et éminemment déprimant d’une colonie usurpatrice qui enferme une population entre les murs d’un ghetto et les bombarde au nom du Judaïsme et des Juifs.

Un article du New York Times, du 14 novembre, nous informe sur la mort du commandant militaire du Hamas, Ahmed Jabari, tué par une des récentes frappes « chirurgicales » (« chirurgicale », selon l’article). Bien entendu, l’article prend soin de ne pas mentionner les autres – dont des enfants – tués lors de la frappe. Une phrase dans l’article reflète la logique du gouvernement israélien en la matière : « la férocité des frappes aériennes, en réponse à ce qu’Israël appelle des attaques répétées par roquettes par des militants palestiniens basés à Gaza... »

L’article se poursuit en renforçant cette logique lorsqu’il aborde le fragile cessez-le-feu entre le Hamas, au pouvoir à Gaza, et Israël :

« Depuis (2008-2009), le Hamas pour une grande partie respecté le cessez-le-feu informel, sinon vacillant, et a parfois tenté de le faire respecter par des groupes militants plus petits. Mais au cours des derniers mois, sous la pression d’une partie de la population de Gaza qui voulait venger les frappes meurtrières aériennes israéliennes, le Hamas a revendiqué des tirs de roquettes. »

Alors se pose la question : qui a commencé ? Lorsqu’on lit le texte ci-dessus, on a l’impression que le « commencement » de « tout ça » est un phénomène récent et que la réponse se trouve dans les événements récents de la semaine écoulée. La logique défendue par le gouvernement israélien et le « journal de référence » US est défendu aussi par – et je m’excuse par avance à l’absence de toute surprise ici – le gouvernement des Etats-Unis.

A la fin de son mandat, George W. Bush a justifié l’opération Plomb Endurci – le massacre par Israël d’environ 1400 Palestiniens – en disant que c’est le Hamas qui avait commencé en violant le cessez-le-feu avec des tirs de roquette.

D’abord, c’est faux. Israël a violé le cessez-le-feu le 4 novembre 2008, lorsqu’il a envahi la bande de Gaza et tué six membres du Hamas. Le raid fut mentionné à l’époque par le quotidien The Guardian. L’incident ne fut pas vraiment mentionné dans la grande presse US, ce qui est révélateur de l’attitude de la presse dominante US envers Israël et Gaza.

Les défenseurs d’Israël vantent souvent comment Israël s’est « retiré » de Gaza, comme si la transformation de Gaza d’un territoire formellement occupé en une prison à ciel ouvert constituait un geste de paix de la part d’Israël. Mais Israël viole le territoire de Gaza comme il l’entend et s’offusque lorsqu’il rencontre une résistance. Ceci n’a rien d’exceptionnel. Le parrain d’Israël, les Etats-Unis, pense aussi que tout lui appartient et qu’il peut faire ce qu’il veut où il veut. Pensez à ce vaste réseaux de drones, toujours occupé à assassiner des civils au Pakistan, au Yémen ou ailleurs.

Techniquement, le Hamas et d’autres factions palestiniennes à Gaza avaient offert une trêve à Israël, pas plus tard que le 12 novembre. Mais posons une question plus profonde : qui a commencé ?
La réponse est facile, mais la question doit être posée avec plus de précision : qui a commencé le colonialisme d’implantation meurtrier ? (« colonialisme d’implantation meurtrier » est un pléonasme, mais j’emploierai cette expression pour bien me faire comprendre).

C’est Israël, bien sûr. La question du colonialisme d’implantation est importante. Ca clarifie les choses. Après tout, le colonialisme d’implantation est un processus. En Palestine, c’est un processus en cours. Et chose plus importante encore à souligner, c’est un processus qui est toujours violent.

Au cœur du projet colonialiste d’implantation se trouve le plan de séparer les membres du peuple visé, de couper les individus de leurs communautés. Pour y parvenir, le présent de la population visée doit devenir son passé et son passé doit être effacé. Ce qui s’obtient par le vol et la destruction.

La destruction est un art qu’Israël a particulièrement bien apprise de son parrain, les Etats-Unis. Une des tâches entreprises par les colonisateurs US fut l’extermination massive des bisons (et, chose méconnue par la majorité, se poursuit encore de nos jours), et la modification radicale de la terre que les Amérindiens connaissaient si bien. De la même manière, Israël a depuis des années entrepris l’extermination en masse des oliviers, modifiant radicalement la terre que les Palestiniens connaissaient si bien.

Oui, les Etats-Unis et Israël partagent des valeurs. Ils partagent aussi des tactiques. Leur relation privilégiée est forgée dans une iconographie commune : l’image de la mort, illustrée par les innombrables cadavres de buffalos et d’oliviers, sans parler des innombrables cadavres de gens.
Le blocus contre Gaza est une des formes d’expression de la violence du colonialisme d’implantation. Aux Etats-Unis, ceci n’est généralement pas considéré comme une forme de violence. Après tout, les partisans de sanctions US contre l’Iran considèrent le plus souvent que les sanctions sont des alternatives à la violence.

En réalité, les sanctions sont d’une violence inouïe. Les 500.000 enfants irakiens assassinés par les sanctions de Bill Clinton dans les années 90 témoignent que ceux qui cherchent à « briser » des économies cherchent à affamer des enfants.

Il en va de même à Gaza. Un rapport de l’ONU a déclaré que l’endroit sera « invivable » d’ici 2020 si les conditions actuelles persistent. Dans ces conditions, des roquettes répétitives et féroces – fabriquées avec le peu de matériel disponible – constituent des actes de résistance, des déclarations de lutte, des promesses que la violence d’Israël ne sera pas acceptée à Gaza, malgré la puissance militaire des forces ligués contre lui.

En résumé, ceux qui voient la violence en Palestine et se sentent dans l’obligation de hurler aux Palestiniens qu’ils doivent reconnaître le droit à l’existence d’Israël sont soit incapables, soit refusent, de reconnaître un colonialisme d’implantation meurtrier.

Et cette autre question : Israël a-t-il le droit d’exister ?

Typiquement, il n’est jamais bon de répondre à une question par une autre, mais parce que cette question-ci est un piège, je n’aurai pas d’état d’âme. Alors voilà : Est-ce que « Israël » peut être dissocié du colonialisme d’implantation meurtrier auquel il se livre depuis sa fondation ?

Admettons que la réponse soit non. Je veux dire par là que le droit au retour des Palestiniens leur soit toujours refusé et que le système raciste israélien construit sur une paranoïa démographique persiste dans sa violence. Dans ce cas, la réponse à la question de savoir si Israël a le droit d’exister est aussi facile que la réponse à la question de savoir si un colonialisme d’implantation meurtrier a le droit d’exister.

La réponse est non.
Non.
En aucun cas.

Patrick Higgins
http://www.counterpunch.org/2012/11/15/bloodbath-in-gaza/

Traduction "en attendant de ré-ré-ré entendre tous les discours sionistes justificateurs dans tous les médias" par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles.

Source : Le Grand Soir

A lire :


Crimes coloniaux et impérialistes: Nouvelle attaque d’Israël sur Gaza à des fins électorales…

par Alan Hart


 sur : Résistance 71


HALTE AU TERRORISME ISRAÉLIEN !

.../...
Et depuis samedi dernier, Israël continue, sans qu’aucune sanction soit prise, à terroriser une population sans défense, prise au piège d’un blocus révoltant, en lâchant des missiles un peu partout et en y ajoutant de faux bombardements créés par des avions qui tournoient en permanence dans le ciel de Gaza en franchissant le mur du son pour affoler hommes, femmes et enfants.
Depuis 4 jours maintenant les écoles sont fermées dans le Nord comme dans le Sud de la bande de Gaza. Les centres de vie comme les terrains nus sont visés.
Les bombes à fragmentation ne se contentent pas de tuer les enfants sur les terrains de foot ou résistants. Elles les déchiquettent en mille morceaux pour que les visions d’horreur restent imprégnées à tout jamais dans la mémoire de la population.

.../...
Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’Israël se défend contre les roquettes envoyées par des Gazaouis. Ce ne sont pas les Palestiniens qui occupent Israël. Ce ne sont pas eux qui exterminent, expulsent, emmurent, emprisonnent, colonisent depuis plus de 60 ans ceux auxquels ils ne cessent de voler les terres et toutes les ressources.
Israël ne parvient pas à chasser massivement les Palestiniens de leurs maisons, de leurs villages, alors il faut la terreur, toujours plus de terreur, plus de morts, plus d’horreur.
C’est un génocide qui se prépare aux yeux de tous, une nouvelle Nuit de Cristal comme vient de l’écrire Lynn Gottlieb, rabbin américaine, qui demande si nous allons nous comporter comme il y a 74 ans, c’est à dire laisser faire.
.../...

Sur EUROPALESTINE

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