lundi 5 novembre 2012

En première ligne sur le 11-Septembre :


Rencontre avec Guillaume de Rouville

Posté par .Rédaction le 31/05/2012

 En guise de réponse personnalisée à la faillite des médias occidentaux, Guillaume de Rouville a choisi, voilà bientôt dix ans, de créer son propre média d'information, le site Web l’Idiot du Village sur lequel il a entrepris très tôt de publier une abondante revue de presse d'articles internationaux révélant une vision indépendante de l'actualité géopolitique ainsi qu'une série d'analyses éclairantes, en particulier sur le 11-Septembre. L'auteur de La Démocratie ambiguë répond aux questions de ReOpen911 et révèle ce qui a déterminé son point de vue précurseur sur cet événement.(*)

 
Guillaume de Rouville : « Une fois que vous entrez dans le labyrinthe
du 11-Septembre, vous voulez en trouver la sortie. »
 
Du fait de son approche audacieuse pour l'époque, l'Idiot du Village a connu un certain retentissement, particulièrement entre 2003 et 2006 (le premier site cumulera, à terme, plus d’un demi-million de visites), et plusieurs des articles de Guillaume de Rouville ont été repris dans des médias étrangers et traduits en diverses langues, dont l’anglais ou l'arabe…
 
On se souvient en fait que dès l'année 2002, la France est apparue en première ligne sur la contestation de la version officielle du 11-Septembre, avec le livre de Thierry MeyssanL’effroyable imposture. Mais cette publication déclencha une tempête médiatique telle qu'elle valut à son auteur d’être diabolisé avec une violence inouïe par les chiens de garde de la pensée atlantiste, suscitant par là même un premier réflexe d’autocensure de la part des journalistes sur le sujet du 11-Septembre.
 
A la suite de ce lynchage politico-médiatique, il est remarquable de constater qu'à de très rares exceptions près (comme la parution du livre d'Eric Laurent La face cachée du 11 Septembre), les journalistes français se sont abstenus de communiquer sur l'ampleur des anomalies concernant cet événement et sur l'enjeu qu'il représentait. Et en ce qui concerne Internet, pour la période qui précède la création de ReOpen911 en 2006, la nature bouillonnante de la toile contribue à dissoudre inexorablement dans nos esprits le souvenir des premiers internautes francophones qui se sont mobilisés pour la vérité, et à laisser penser que les éléments indispensables à la prise de conscience de chacun d'entre nous ont émergé tardivement. Pourtant dès l'été 2003, Guillaume de Rouville rassemblait sur son site la majeure partie des questions clés à propos du 11-Septembre, les sources les étayant et les analyses permettant de saisir l'essentiel des tenants et des aboutissants de cette catastrophe qui venait de bouleverser le cours de l'Histoire.
 
Journaliste indépendant, Guillaume de Rouville s'est également fait remarquer pour son travail d'investigation sur un autre sujet tabou, la complicité étroite des autorités françaises, en 1994, dans le génocide qui fit au Rwanda plus d'un million de victimes. Ainsi sa connaissance des mécanismes du pouvoir, des enjeux stratégiques mondiaux et des crimes de masse commis par les démocraties aura permis à ce franc tireur d'identifier très tôt les anomalies qui entouraient le 11-Septembre. Car, outre le fait que Guillaume de Rouville fut un des rares français à s'exprimer, peu de temps après les attentats, publiquement et en détail, sur la nature frauduleuse de cette tragédie, l'originalité de sa démarche tient aussi au fait qu'il a accompagné ses dénonciations d'une analyse géopolitique qui, avec le recul, se révèle à la fois particulièrement réaliste et perspicace. 
 
A l'occasion de la publication de son livre-choc La Démocratie ambiguë, et de la nouvelle version de son site l'Idiot du Village, Guillaume de Rouville revient pour ReOpen911 sur sa perception du 11-Septembre et sur le témoignage qu'il a livré à ce moment déterminant de l'Histoire, situé entre les attentats de 2001 et la réélection de Georges W. Bush en 2004 : un temps paradoxal, incroyablement riche en incidents révélateurs de la fragilité qui caractérise la version officielle de l'administration américaine, et cependant, un temps où cette dernière s'est enracinée profondément dans la trame médiatique des nations occidentales.

 
Dans quelles circonstances et pourquoi avez-vous créé, il y a bientôt dix ans, l’Idiot du Village ?
 
La création de l’Idiot du Village est venue d’une frustration par rapport à la sélection des informations réalisée par les principaux médias. Je trouvais – ce qui est encore le cas aujourd’hui – que les informations mises en avant n’étaient pas assez expliquées, analysées et rendues intelligibles pour le commun des mortels. Lecteur, à l’époque, du Courrier International, j’étais frustré par la généralité des propos, la vision à sens unique fournie par presque tous les articles sélectionnés. J’avais observé de près les élections américaines de l’an 2000 et je ne retrouvais pas exprimée dans les principaux médias ma compréhension de ce qui s’était passé, à savoir un coup d’État des néoconservateurs entériné par une Cour Suprême acquise à leur cause, coup d’État réalisé au vu et au su de tous sans que cette constatation ne soit faite dans les médias traditionnels. C’est à ce moment-là que je me suis dit que je devais créer un concurrent, aussi modeste soit-il, du Courrier International, pour offrir un autre « son de cloche ». J’étais sensible au caractère univoque de l’information fournie par les médias, caractère que j’attribuais et que j’attribue encore à l’idéologie atlantiste dans laquelle les principaux acteurs politico-médiatiques baignent sans demi-mesure. Sans avoir besoin de caractériser moralement l’Atlantisme, il est pour le moins énervant, inquiétant, surréaliste que l’interprétation des faits soit toujours ou presque réalisée dans un sens qui cajole cette idéologie. L’unanimisme idéologique dans les grands médias devrait être suspect pour tout un chacun. Sous couvert de diversité de pensée (droite-gauche, pour ou contre le mariage gay, la peine de mort, etc.) on nous vend une idéologie libérale-atlantiste sans nous présenter d’alternatives. Casser le carcan unanimiste, tel était l’objectif de l’Idiot à ses débuts.
 
Mon tout premier article, écrit en 2002 (Europe-Etats-Unis : la Soumission, la Fusion ou la Guerre) abordait la question de la soumission idéologique européenne à l’égard des États-Unis en soulignant le manque de pensée stratégique militaire au sein de nos élites européennes. Dix ans plus tard, je me rends compte que l’Atlantisme est encore plus fortement établi comme idéologie dominante dans notre paysage politico-médiatique. On peut être pour ou contre l’Atlantisme, mais les médias ne parlent jamais directement de ce sujet. Il n’est pas discuté, critiqué. C’est une sorte d’acquis qu’il n’est pas bon de remettre en cause. Voilà encore un tabou qu’il convient de faire tomber en expliquant, de manière pédagogique ce qu’il est, quels en sont les ressorts et ce que cela signifie pour les démocraties européennes et la souveraineté des peuples.

 
« D’une certaine manière,
le 11-Septembre n’est que le second acte
d’un coup d’État déjà en marche. »
  

Qu’est-ce qui vous a motivé pour vous investir durant plusieurs années dans cette veille critique des médias ?
 
Les choses n’ont pas vraiment évolué dans le bon sens tout au long de ces années. La situation est sans doute pire aujourd’hui, que ce soit en France ou aux États-Unis. La crispation idéologique de l’Atlantisme autour du concept paranoïaque du Choc des Civilisations et le prétexte impérialiste occidental qu’est la lutte contre le terrorisme islamique me font dire que le grand public est encore moins diversement informé qu’il ne l’était par le passé. Prenez les conflits en Libye et en Syrie et leur traitement médiatique dans la presse mainstreamoccidentale et vous vous apercevrez que vous êtes mieux informé par les médias qui n’appartiennent pas aux régimes dits démocratiques (parce que non-alignés sur la vision occidentale du monde ou parce que leurs intérêts divergent de ceux de nos oligarchies). Ça peut sembler être un paradoxe, mais c’est une réalité. Il faut donc continuer à offrir des analyses alternatives, non pas pour le plaisir de contredire la parole officielle et se donner un rôle d’opposant à moindres frais, mais parce que cette parole officielle me semble trop souvent en flagrante contradiction avec la vérité des faits et qu’elle justifie des crimes de masse commis en notre nom et en toute impunité. C’est sans doute le sentiment d’injustice par rapport à cette impunité dont jouissent les démocrates aux mains sales qui me motive le plus pour continuer.


Pourquoi au sein des contenus diffusés sur l’Idiot du Village, le 11-Septembre a-t-il pris à partir de 2003 une place si importante ?
 
Créé peu de temps après le 11-Septembre, il était tout naturel de s’intéresser à l’événement, d’autant que pour moi, le 11-Septembre arrivait après le coup d’État des néoconservateurs qui aurait déjà dû être pris en compte comme un événement majeur de la vie politique américaine et occidentale. D’une certaine manière le 11 septembre 2001 n’est que le second acte d’un coup d’État déjà en marche. Mais, encore une fois, c’est letraitement de l’événement par les médias principaux qui méritait que des voix dissonantes se fassent entendre. Je me suis plongé rapidement dans le sujet, et une fois que vous entrez dans ce labyrinthe, vous voulez en trouver la sortie.
 
En outre, mon parti-pris journalistique est le suivant : il n’est pas intéressant de répéter ce qui est dit ailleurs avec force ; il faut ajouter de la compréhension et ne pas se contenter de diffuser une information brute sans lui donner du sens ; il faut favoriser les sujets qui fâchent plutôt que ceux qui font l’unanimité, sinon pourquoi faire du journalisme ? C’est la raison pour laquelle le 11-Septembre et la responsabilité de la France dans le génocide rwandais ont occupé une place importante sur le site. Ces deux sujets sont toujours d’actualité, chacun à leur façon. Pour le 11-Septembre, il est assez évident que la guerre occidentale contre le terrorisme islamique et ses guerres associées sont le fruit du 11-Septembre, lui-même fruit d’une idéologie à visée hégémonique qu’est l’impérialisme occidental dont les États-Unis sont les principaux promoteurs. Concernant la complicité de la France dans le génocide rwandais, il me semble que cet événement en dit beaucoup sur l’identité française contemporaine, les ratés de la décolonisation, les relations de la France avec l’Afrique et, dans la mesure où les complices français appartiennent à la génération politique qui est au pouvoir en France, cela nous en dit long sur ceux qui nous dirigent et ce dont ils sont capables.

 
A terme, quel est pour vous le bénéfice de l'attention que vous avez portée à un événement tel que le 11-Septembre ?
 
Le bénéfice principal pour moi est de comprendre un peu mieux le monde dans lequel nous vivons. Je ne suis pas certain que cela présente d’ailleurs un quelconque avantage en termes de bien-être personnel. Car, en effet, pourquoi et pour quels bénéfices remuer l’eau de la mare, sinon pour en faire remonter les remugles nauséabonds ! Que peut-on faire avec les cadavres du Rwanda et ceux du 11-Septembre, sinon les entasser dans sa mémoire ? Ça finit par faire lourd à porter. Identifier les coupables sert-il à quelque chose quand il se trouve que ce sont nos dirigeants ? Peut-on arrêter une guerre avec Internet, mettre les menottes aux poignets de George Bush ou de Tony Blair avec Twitter et rendre justice aux victimes de nos dirigeants avec Facebook ?


« Le 11-Septembre s’inscrit dans
la longue histoire impériale des États-Unis. »

 
Pourquoi avez-vous décidé de lancer une nouvelle version de l’Idiot du Village en 2012 ?
 
Le site datait un peu. Il fallait le rajeunir ou le fermer. Les manipulations de masse auxquelles se sont livrés les médias lors du conflit libyenet syrien m’ont poussé à relancer la carrière de l’Idiot. Lors de la seconde guerre du Golfe, il y avait tout de même eu des grandes manifestations citoyennes un peu partout dans le monde occidental pour s’opposer à l’aventure impériale. Là, rien, un unanimisme comparable à ce qui s’était passé pour le coup d’État des néoconservateurs aux États-Unis et le 11-Septembre. Mais cette fois, c’est allé encore plus loin, car l’unanimisme des médias a déteint sur la psyché collective. Les médias semi-alternatifs comme Le Monde DiplomatiquePolitis, les mouvements comme Attac, la gauche radicale n’ont pas bronché et ont servi de chiens de garde au système prédateur occidental. Comme si l’Atlantisme avait gagné la partie et que toutes les résistances qui avaient pu exister auparavant s’étaient évaporées.
 
Enfin, je garde l’infime espoir que le partage d’information peut servir à quelque chose de positif, alors je continue. 

 
Selon vous, de quelle façon le 11-Septembre a-t-il le plus bouleversé le sens de l'Histoire ?
 
Pour moi le 11-Septembre s’inscrit dans la longue histoire impériale des États-Unis. Ce n’est pas un point de départ, mais un accélérateur. Le Collider ou le Grand Collisionneur ne crée pas les particules, il les accélère pour prouver la théorie : dans notre cas précis, il s’agit pour les responsables du 11-Septembre de prouver à leurs sujets américains et au reste du monde que la théorie du Choc des Civilisationsexiste, que c’est l’Occident qui représente le bien, que la menace c’est l’Islam et que seule l’armée américaine peut nous sauver de ce péril. Ainsi le 11-Septembre n’a pas vraiment changé le sens de l’histoire, il en est plutôt le révélateur et l’accélérateur. Ce n’est pas un Big Bang, mais l’extension accélérée du domaine de la lutte.
 
 
Dix ans après, quelles sont les questions concernant le 11-Septembre qui pour vous restent les plus brûlantes ? Et quelles sont celles qui sont les plus dérangeantes par rapport à votre conception intime de la démocratie ?
 
La question principale que je me pose est la suivante : comment se fait-il que des homo sapiens dotés d’un cerveau et d’un entendement croient encore à la version officielle ? L’évolution aurait-elle fait un bond en arrière ?
 
Sinon, les principales questions de fond sont résolues depuis un moment : on connaît les auteurs (la bande de néoconservateurs réunis au sein du PNAC qui a pris le pouvoir par le coup d’État de 2000 et leurs amis d’Arabie Saoudite), on connaît les armes du crime (des avions, des bombes, des médias), on connaît les motifs (la substitution de l’ennemi communiste par l’ennemi islamiste pour justifier une guerre impériale contre le terrorisme afin de consolider l’emprise occidentale sur des ressources naturelles et stratégiques en voie de raréfaction).
 
Toutes les questions que je posais en août 2003 sont encore valides vis-à-vis des médias traditionnels et des pouvoirs en place. Ils ne peuvent pas y répondre autrement qu’en vous insultant et en ayant recours à la rhétorique de disqualification. Preuve s’il en est de la justesse des positions défendues par les médias alternatifs.
 
C’est grâce au travail d’associations comme ReOpen911 ou à celui de personnalités comme David Ray GriffinWebster Tarpley ou encorePeter Dale Scott (pour n’en citer que quelques-unes) qu’on a pu répondre à presque l’ensemble des questions qu’on pouvait déjà se poser au lendemain du 11-Septembre. Le travail de vérité n’étant jamais achevé, il est important de continuer à explorer les arcanes et les méandres de cet événement pour en comprendre tous les détails.


« Le tabou concernant le 11-Septembre
n’est que le reflet d’un rapport de force entre
l’oligarchie et les dissidents intellectuels. »

 
Etant donné la profusion d'éléments de preuve susceptibles d'invalider la version officielle du 11-Septembre, comment expliquez-vous le fait que cette dernière soit restée depuis dix ans la référence convenue pour cet événement ? 
 
Je l’explique par trois choses : un, les auteurs cachent leur crime, c’est bien normal ; deux, leurs chiens de garde, les journalistes/communicants et les dirigeants atlantistes épousent l’idéologie de leurs maîtres et en tirent des bénéfices en termes de carrière personnelle ; ils n’ont donc aucun intérêt à se poser des questions dangereuses ; trois, la population américaine, et celles qui s’identifient au destin américain (à savoir les populations occidentales dans leur ensemble), pour des raisons de défense psychologique, autrement dit, afin de ne pas sombrer dans la dépression en reconnaissant que leur idéal démocratique ne correspond pas à la réalité (un vrai déni de réalité freudien !).

 
Que dites-vous aux personnes qui valident la version officielle du 11-Septembre, en considérant sincèrement qu'il est impossible de dissimuler à grande échelle des preuves l'invalidant ? 
 
Si des musulmans en Afghanistan ont pu cacher un complot de cette ampleur pourquoi pas des chrétiens au Pentagone ? Les Allemands ont-ils su le lieu et le jour du Débarquement en Normandie, alors qu’ils avaient des espions partout ? Vous saviez que Strauss-Kahn était un pervers ? Le milieu journalistique oui, pas vous ! Avez-vous jamais entendu parler de la compartimentalisation des informations ? LeManhattan Project, ça vous dit quelque chose ? On peut continuer les exemples à l’infini.

 
Le tabou politique et médiatique sur la question du 11-Septembre peut-il tenir éternellement ?
 
Oui, le tabou peut ne pas tomber. S’il doit tomber, ce sera avec l’empire qui le porte. Le tabou n’est que le reflet d’un rapport de force entre une oligarchie qui a presque tous les pouvoirs et dont les composantes sont unanimes dans leur défense de la théorie du complot officielle et les dissidents intellectuels qui se battent avec des moyens dérisoires et dont le contrôle finira par leur échapper (je pense aux outils internet, réseaux sociaux, etc.).

 
Le « conspirationnisme » existe-t-il ?
 
Oui, sans doute. On trouve tout dans la nature humaine. Même si je ne sais pas ce que ce terme recouvre réellement.

 
Que répondez-vous aux personnes qui vous reprocheraient d'alimenter par vos propos les fantasmes de théoriciens du complot ? 
 
De quels fantasmes parle-t-on ?

 
De fantasmes qui consisteraient à percevoir un ordre caché dans tout événement qui dépasse l’entendement…
 
Les événements du 11-Septembre ne dépassent malheureusement pas l’entendement. Pas plus que la Saint-Barthélemy, le commerce triangulaire, la colonisation ou la complicité de la France dans le génocide rwandais. Les faits et leurs causes sont terriblement humains, trop humains. Ils dépassent en revanche la morale commune en ce sens que leurs auteurs, leurs inspirateurs ou leurs profiteurs agissent par delà le bien et le mal.

« Pour le moment, les théoriciens officiels
du complot sont dans les cordes ! »
 
Je comprends qu’il ne faille pas surdéterminer a priori tous les événements politiques et voir systématiquement la main des mêmes protagonistes et des mêmes intérêts derrière chacun d’eux. Mais, en même temps, et dans la mesure où les principaux centres d’influence et de pouvoir sont les mêmes depuis des décennies en Occident, et en raison de la porosité qu’il y a entre eux, on ne peut pas ignorer la continuité des agissements criminels de certaines organisations (CIA, FBI, MI5, MI6, DST, etc.), de certains lobbies (industries pharmaceutiques, agro-alimentaires, etc.) ou des oligarchies (les fameux 1%).
 
Je comprends également qu’il ne faille pas penser que toute mauvaise action de ces centres d’influence ou de pouvoir soit le résultat d’une mauvaise intention systématique. L’objectif premier de Monsanto n’est sans doute pas de tuer des gens, mais plutôt d’engranger de colossaux bénéfices pour ses actionnaires. Il n’en demeure pas moins que si la mort des ‘autres’ n’est pas son objectif, c’est la condition de son enrichissement sans mesure. C’est une condition assumée, comme pour les vendeurs de tabac et d’armes.
 
Sinon, cela ne me dérange pas que l’on me traite de théoricien du complot, j’en suis un et je l’assume : une théorie ça se prouve ; une fois prouvée elle est valide jusqu’à ce que d’autres théories viennent la contredire. Mais ces autres théories doivent être également démontrées. Ensuite on peut les comparer. Pour le moment les théoriciens officiels du complot sont dans les cordes ! Ils n’ont aucune preuve de ce qu’ils avancent. De notre côté on peut sortir du tribunal inquisitorial et dire « et pourtant ils complotent » !


Quel regard portez-vous sur la diabolisation dont a été l’objet Thierry Meyssan dès la sortie de son premier ouvrage sur le 11-Septembre, L’effroyable imposture ?
 
La diabolisation est souvent le sort réservé aux précurseurs. Le temps lui a déjà donné raison sur le 11-Septembre. Quand bien même on pourrait porter des critiques légitimes sur son ouvrage (le manque de sources publiées, certaines conclusions qui pouvaient paraître trop hâtives à l’époque) on doit lui savoir gré d’avoir ouvert la brèche dans la citadelle de l’histoire officielle sur le 11-Septembre. Les critiques de ses opposants ne sont jamais de nature argumentative, elles portent essentiellement sur sa personne ou ses supposées opinions politiques. A tout prendre, je préfère un militant qui argumente qu’un chantre de la neutralité qui diffame. Quand un juge envoie un criminel en prison, ce qui importe c’est de savoir si l’argumentation juridique suivie par le juge a été correcte et si les faits incriminés sont clairement établis, pas de savoir pour qui vote le magistrat ni s’il préfère Alexandre Soljenitsyne à Louis-Ferdinand Céline. La vérité est apolitique, même si ceux qui la révèlent ne le sont pas.
 
  
Peut-on dire que les médias, mais plus précisément encore les responsables de presse et les journalistes (dont la profession est théoriquement contrainte par une éthique), portent personnellement une part de responsabilité dans la dissimulation au public de faits majeurs invalidant la version officielle du 11-Septembre ?
 
Les médias sont une arme. Dans les événements du 11-Septembre, ils ont clairement été l’une des armes du crime. Donc, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils nous disent la vérité, même plus de 10 ans après les faits. Ensuite, il faut distinguer ici selon que l’on parle des médias principaux américains ou étrangers. Pour ce qui est des grands médias américains, leur responsabilité est celle de coauteurs des attentats. Concernant les grands médias occidentaux non américains leur responsabilité est différente : ils ont failli moralement en nous racontant une fable atlantiste.

 
« Les initiateurs du projet terroriste
ne pouvaient jouer leur destin sur
l’hypothétique aveuglement des médias. »
 

Quels sont les éléments concrets qui vous permettent de mettre ainsi en cause les médias américains ?
 
Les médias sont les porteurs de l’information. Ce n’est pas n’importe quelle responsabilité dans un régime démocratique ou supposé tel. Ne pas transmettre des informations qui pourraient incriminer des personnages parfaitement identifiés dans des attentats de cette nature, c’est déjà une forme de complicité. Je pense d’ailleurs que les familles des victimes qui ont refusé d’échanger leur silence contre des dommages-intérêts pourraient tenter cette voie judiciaire pour faire entendre leurs récriminations contre l’administration néoconservatrice de l’époque. Mais je vais plus loin en disant que, dans le cas du 11-Septembre (comme dans celui de la guerre en Irak), les grands médias américains sont coauteurs des actes criminels commis ce jour-là : l’opération (surtout du point de vue de son impact psychologique sur les foules) ne pouvait pas réussir sans l’instrumentalisation volontaire des médias comme haut-parleurs ou caisses de résonance dustorytelling officiel. Les liens tissés depuis des décennies entre les agences américaines de renseignement, notamment la CIA (voir l’ouvrage collectif Black List) et le milieu médiatique, les liens oligarchiques qui existent entre les dirigeants des grands groupes médiatiques et le milieu politique américain rendent cette instrumentalisation presque évidente et nécessaire. Les initiateurs du projet terroriste ne pouvaient jouer leur destin sur l’hypothétique aveuglement des médias. Cet aveuglement devait donc être acquis, et pour être acquis il devait être contrôlé. Et ce contrôle est le résultat direct des liens que j’ai évoqués plus haut.
 
 
Cette manière d’inférer des faits à partir de la logique des choses ne doit pas surprendre : elle est nécessaire, même en matière judiciaire. Le juge qui condamne le mari qui a assassiné sa femme a rarement assisté au meurtre ! Il pourra néanmoins conclure à la culpabilité du mari sur la base d’éléments annexes au crime lui-même : comme la réputation d’homme violent du mari, les bruits suspects entendus par les voisins le soir du meurtre, des menaces proférées par le mari contre l’ancien amant de sa femme, etc. Il faut bien comprendre que la preuve parfaite n’existe pas. Même l’aveu peut être suspect en ces temps de torture généralisée ! Un faisceau d’indices et la cohérence d’ensemble de ces indices doivent nous permettre de porter un jugement sur des événements dont aucun des protagonistes n’aura assez de remords pour tout dévoiler sur la place publique. Donc, pour moi, les liens oligarchiques que j’évoquais, l’influence des agences de renseignements sur le contenu sensible produit par les médias et la nécessité de contrôler le storytelling au moment de son déroulement, constituent un faisceau d’indices suffisant pour penser (sans néanmoins conclure définitivement, comme en toute chose) que les grands médias américains sont coauteurs des attentats du 11-Septembre. En outre, l’analyse de la retransmission télévisuelle du 11-Septembre, au moment où les événements se déroulaient, par les principales chaînes d’information, donne raison, il me semble, aux soupçons qu’on pouvait nourrir à l’égard des médias : on a un nombre élevé de témoins qui étrangement appartiennent à l’oligarchie médiatique et qui viennent très opportunément corroborer le storytelling officiel tout au long de la journée du 11-Septembre ; les images des différents journaux semblent comporter des coupures opportunes ou avoir été modifiées en quasi-temps réel pour cacher certains éléments du modus operanditechnique des attentats ; l’annonce de l’effondrement de la tour 7 avant qu’il n’ait lieu, etc.

 
En 2012, le 11-Septembre n'est-il pas déjà de l'histoire ancienne ? En quoi est-il encore essentiel de s'interroger sur cet événement et de se battre pour que la vérité voie le jour ?
 
D’une certaine manière, oui, c’est déjà de l’histoire ancienne. Même si les grands médias laissaient la vérité éclater au grand jour, je crois que cela ne changerait pas grand-chose pour les auteurs des attentats. Je n’ai pas une grande confiance dans la justice américaine pour juger les dignitaires de l’empire américain.
 
Ce serait néanmoins une victoire morale pour les familles des victimes et les milliers de personnes qui se sont battues pour que la vérité perce le rideau d’acier atlantiste. A partir de ces victoires morales, on peut espérer en gagner d’autres !
 
Et même si cela ne change pas le sort des victimes ni des bourreaux, l’exigence de vérité est inhérente à notre condition d’homme libre et pensant.

 
Même si vous n'abordez pas directement le 11-Septembre dans votre essai La Démocratie ambiguë, ce dernier apporte-t-il néanmoins un éclairage sur cette question ?
 
Oui, en effet, dans la mesure où j’essaie de décortiquer dans l’essai quels sont les mécanismes à l’œuvre dans les démocraties occidentales qui font qu’un jour leurs dirigeants peuvent se rendre coupable de crimes de masse sans que leurs opinions publiques ne se révoltent. Je ne voulais pas aborder directement la question du 11-Septembre parce que je l’ai fait ailleurs et pour me concentrer sur d’autres événements comme les conflits en Libye et en Syrie, qui sont néanmoins les conséquences directes du 11-Septembre.
 
 
Comment imaginez-vous les dix années à venir au regard de la façon dont le monde a évolué depuis le 11-Septembre ?
 
Je les imagine assez semblables aux dix années passées : on aura un cocktail joyeux de guerres provoquées par l’Occident et conduites pour le profit exclusif de ses oligarchies, autrement dit la transformation de nos démocraties en instrument de conquête du capitalisme prédateur ; une instrumentalisation accrue du terrorisme islamique par les puissances occidentales pour justifier ces guerres et corseter l’usage d’Internet ; des réactions de moins en moins timides de la Chine et de la Russie face aux attaques indirectes de l’Occident (ces deux pays semblent s’être légèrement rebellés dans l’affaire syrienne, même si leur réaction est encore assez mesurée quant on voit à quel point et avec quelle hargne les Occidentaux attaquent leurs intérêts géostratégiques un peu partout) ; des problèmes environnementaux grandissants mais exploités par l’Occident pour tenter de freiner l’émergence de blocs régionaux concurrents ; une Europe toujours plus atlantiste et donc toujours plus soumise à l’hégémonisme américain qui aura su lui imposer le bouclier antimissile pour réduire à néant toute souveraineté militaire européenne après avoir ruiné la doctrine de la dissuasion nucléaire française (grâce au travail de sape des Présidents atlantistes à la tête de la France, de Sarkozy, en passant par Hollande et ses successeurs) ; une islamophobie radicale, partagée par les élites et les peuples, qui fera qu’on ne pourra plus tendre la main à un musulman ni souhaiter la paix entre Israël et la Palestine sans passer pour un antisémite ; un unanimisme atlantiste qui fera qu’on ne pourra plus parler de souveraineté populaire sans être rangé dans la catégorie des extrémistes (de droite ou de gauche, selon) ; des tensions sociales au sein des sociétés européennes en raison d’un chômage endémique dû à une impossibilité du retour au plein emploi dans une économie ultralibérale, financiarisée et délocalisatrice ; des conflits ethno-religieux entre musulmans et chrétiens instrumentalisés par les élites pour désamorcer la lutte des classes entre les possédants et les possédés, et enfin, comme une insulte supplémentaire au temps qui passe, les mêmes présentateurs du journal télévisé de 20h (etc.).
 
Mais on peut imaginer autre chose : que le Vanuatu ou le Bhoutan envahissent les États-Unis et imposent leur vision du monde faite de respect des autres et de l’environnement. Imaginer l'avenir, c'est aussi rêver.


 
-- La rédaction de ReOpen911 --
Propos recueillis par Lalo Vespera, membre de ReOpen911


 
Note : (*) Dans le cadre des interviews publiées sur son site, l'association ReOpen911 propose une tribune aux auteurs et chercheurs indépendants qui étudient le 11-Septembre et dont les arguments méritent d’être entendus. Mais les propos de ces intervenants ne doivent évidemment pas être envisagés comme le reflet de la position de l’association sur les sujets traités. Le lecteur sera, comme toujours, en mesure de se forger sa propre opinion en fonction des éléments développés par les personnalités extérieures à l'association et les informations disponibles sur le site ReOpen911.info. Rappelons que depuis le 11 mars 2006, date d'ouverture du site Web de l'association nationale de loi 1901, les membres compétents de ReOpen911 se tiennent à la disposition des médias pour débattre des points de vues exposés sur ce site - en public, devant caméras et sans coupures ni effets de montage - afin d'enregistrer les points de vue des uns et des autres. L'association ReOpen911 se propose également de mettre les journalistes qui le souhaitent en contact avec les différents experts dont elle diffuse les recherches.


Source :ReOpen 911

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