mardi 30 octobre 2012

CAC 40 piège à cons


La preuve en chiffres de l’indécence des grands patrons

 
Juste un petit mot pour dire mon écoeurement de voir dans le JDD de dimanche, 98 grands patrons jouer les pleureuses et lancer un appel à payer moins pour gagner plus.

C’est assez comique je trouve, quand on sait que : 

• en 2012 les sociétés du CAC40 ont versé 37 milliards de dividendes à leurs actionnaires (source)

• en 2010 les sociétés du CAC 40 ont dégagé des bénéfices d’un montant de près de 83 milliards d’euros (source)

• la réduction de charges sociales dite « Fillon » coûte de 21 à 23 milliards d’euros par an à l’État (source)

• l’impôt sur les sociétés payés par les société du CAC 40 représente 8% de leurs bénéfices, loin du taux normal de 33% et alors que les PME en payent à un taux de 22% (source)

• 17 groupes du CAC 40 ne payent pas d’impôt sur les bénéfices (source)
• parmi les signataires figure le PDG de Sanofi qui voulait licencier 2500 personnes de son entreprise, ce qui sans l’intervention de Montebourg se serait fait, mais il y a encore malheureusement 900 suppressions de postes (source)

• en 2010 les allégements de charge ont atteint 30 milliards d’euros et augmenté de 55% entre 2001 et 2010 (source)

Voilà c’était juste ce petit coup de gueule avec des preuves factuelles que les grands patrons n’ont pas à se plaindre puisque ce sont eux et leurs groupes qui bénéficient le plus des largesses de 10 années de droite au pouvoir.
Car au final, cet appel est une critique des 10 années d’UMP au pouvoir puisque le PS n’a pour l’instant rien modifié.


7a6db986-0b0d-11e1-a788-3c1d385c5f26
Source : A Perdre la Raison
 
Un article de Melclalex, publié par dazibaoueb.com et relayé par SOS-planete  relayé par kannie



lundi 29 octobre 2012

Le choc de compétitivité.........

............................................................................................. dans ta gueule




bebear.jpg

Faudrait voir quand même à pas être trop dur de la comprenette depuis le temps qu’on te répète à longueur d’antenne que tu coûtes trop cher, oui toi, pas le type qui te l’assène et se palpe 50 000 fois ton smic par an, et que tu devrais quand même chier la honte à pas être hyper compétitif à ce point-là, enfoiré de canard boiteux de ta race.

Non mon ami, t’es pas hyper compétitif rapport à un péquenot chinois qui lui-même, en pleine crise bourgeoise de revendication finit par ne plus l’être non plusrapport à un esclave africain, qui lui même finit par ne plus apprécier de se faire marcher sur la gueule au fond de sa mine et qu’avec un peu de patience appauvrie et de bonne grosse soumission de larbin vu à la télé, tu devrais finir par les croiser eux dans la montée toi dans la descente au milieu de l’escalier social et alors la délocalisation finira par se relocaliser par là.

Si c’est pas bien foutu, le capitalisme.

6a00d8345167aa69e2011168394c3f970c-320wi.jpg
Mais alors bien sûr le temps que tu piges le schéma, que tu t’habitues au glissement progressif vers le bas qu’on te donne en exemple juste par souci pédagogique, tu vas pas être content tout ça, tu vas t’indigner de ci et t’exaspérer de là et que donc faudra être indulgent avec l’état policier qu’on sera obligé de te mitonner pour pas que tu mettes tes pieds sur la table des notables, un peu comme ce système totalitaire chinois que les banquiers nous envient tant.

L’important vois-tu durant ce processus de régression c’est de chouchouter la police et la payer grassement pour pas qu’elle bascule dans ton camp et qu’après c’est l’horreur le chaos l’anarchie voire le socialisme, mais comme on est un peu con et encore plus vorace que ça et qu’on taille à la hache dans les effectifs et salaires, ben on sera obligé de s’appuyer sur de la milice privée supplétive avec un peu de nazisme dedans pour faire régner l’ordre nouveau qu’est en fait comme l’ordre ancien mais en plus cadencé.

competitivite.png
Comme il n’est pas question tu t’en doutes de faire payer les responsables de la crise vu que c'est nous et qu’il faut bien que quelqu’un se dévoue, on a pensé à toi vu que t’es nombreux, abruti et tout gorgé de haine que tu pourras opportunément cracher à la gueule de plus faibles que toi.
Rassure toi, tant que ça se massacre entre vous, ça dérange pas, pour pas dire que ça distrait. Un pain au chocolat pour cent affamés c’est toujours pittoresque et formateur pour nos enfants.

Voilà en quelques mots, je t’ai expliqué en quoi consistait le choc de compétitivité dans ta gueule, mais comme la planète à priori commence à en avoir un peu marre de ces conneries d'hyper croissance, tu devrais quand même y échapper grâce à la fin du monde.
Je te dis ça c’est pour te remonter le moral, mais te réjouis pas trop vite, c’est même pas sûr.

tgb

Auteur tgb - Source : rue-affre
Article déniché sur : Daziboueb

vendredi 26 octobre 2012

jeudi 25 octobre 2012

La libye saignée à blanc


Libye : Le prix du sang libyen. Ni oubli, ni pardon (ojosparalapaz.org)



N’oublions jamais le triste rôle des "ni-nis" patentés, et de la gauche "plurielle anticapitaliste". Elle n’est ni plurielle ni anticapitaliste. Elle est complice.
Il y a un an, le 20 octobre 2011, le Colonel Kadhafi était sauvagement lynché et assassiné des mains des mercenaires de l’OTAN. Assassinée avec lui, aussi, la révolution libyenne, la Jamahiriya, qui avait obtenu des succès si manifestes que l’ONU, un mois avant de donner son feu vert pour la fameuse "zone d’exclusion aérienne", félicitait le gouvernement libyen, lui-même, pour ses grandes avancées sociales.

Depuis, la Libye est plongée dans le chaos.

Inexistante en tant qu’État, envahie par des milliers de mercenaires étrangers engagés dans une terrible chasse aux sorcières, où tortures et assassinats sont légion. Les membres-mêmes du gouvernement imposé, affichent la nationalité étasunienne, et vivent pour la majorité d’entre eux, aux USA. Les couleurs d’Al Qaeda flottent désormais sur ce territoire, le pseudo-gouvernement a instauré la charia et le président du Parlement libyen est nord-américain, un cas unique dans l’histoire. Le pays qui fut si riche et crédité d’un Indice de Développement Humain (IDH) le plus important du continent africain, n’est plus qu’un tas de décombres, avec ses banques, son pétrole et ses ressources en eau saccagés ; ses hôpitaux, écoles, ports, réseau de distribution en eau, troupeaux d’élevages, cultures et récoltes, détruits par les bombardements de l’OTAN.

Le Président du Conseil Tribal Libyen (c’est-à-dire le seul représentant légitime de ce pays) s’est adressé à Ojos para la Paz pour leur demander de dévoiler publiquement – ce que les médias occidentaux lui refusent, sauf rare exception- la réalité de la ville assiégée de Bani Walid (بني وليد ), et du bombardement, au gaz sarin et au phosphore, dont ils ont été victimes, des produits chimiques clairement interdits par la Convention de Genève, mais qui sont utilisés à profusion en Libye pour exterminer la tribu Warfala. Comme le dirait le général espagnol Enrique Ayala : "Aux tribus - qui ne se rendent pas - nous devons les convaincre politiqu…ou militairement". Dans les hôpitaux les malades et les morts s’entassent sans que personne ne lève le petit doigt pour cette ville inscrite sur la liste noire par l’autoproclamée "communauté internationale". Les photos saisies dans les hôpitaux sont hallucinantes. Le besoin de médecins et de médicaments est urgent.

Comme tous les gouvernants, à la tête des pays pétrolifères, qui ne se sont pas pliés aux diktats de l’occident, Kadhafi a du subir, lui aussi, une campagne médiatique continue. De nombreuses preuves attestent que la CIA avait même orchestré l’attentat de Lockerbie (un autre Maine [1]) en l’imputant à la Libye.

Des journalistes écossais avaient révélé que cet attentat, en 1988, dans lequel un avion de la Pan American avait explosé en plein vol au-dessus de cette localité écossaise, avait été préparé aux USA par des agents de la CIA. Après de longues recherches, le citoyen libyen Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi fut accusé et déclaré coupable de l’attentat [en 2001], condamné à la prison à vie puis libéré [huit ans plus tard, en 2009] atteint d’une maladie incurable. Nous savons depuis peu, que les témoins à charge contre l’accusé avaient été soudoyés.

La journaliste écossaise Lucy Adams découvrit des faits frappants, soigneusement occultés : " Le Département de la Justice des USA avait généreusement payé les principaux témoins de l’accusation, Paul Gauci et Tony Gauci. Ce dernier était le patron d’un magasin à Malte, qui avait affirmé que Megrahi avait acheté du tissu qui, plus tard, devrait être retrouvé dans la valise contenant la bombe. Cette seule déclaration fut la clé de l’accusation. Nous savons maintenant, que Anthony Gauci, avant le procès, avait désespérément besoin d’argent, et qu’il reçût après sa déclaration, près de deux millions de dollars du Département de la Justice US ", selon le communiqué de la journaliste.

"En réalité, la Jamahiriya a toujours nié une quelconque responsabilité dans l’attentat, estimant qu’elle était l’objet d’un chantage des grandes puissances occidentales, mais elle accepta d’indemniser les victimes, à hauteur de 2700 millions de dollars, en échange de la levée des sanctions économiques que lui imposaient les grandes puissances. Kadhafi croyait qu’en résolvant à tout prix les différents litiges entre les USA et son pays, il parviendrait à arrêter les préparatifs de guerre de l’OTAN. L’histoire a montré que son calcul était erroné, et que l’OTAN ne manque pas d’imagination lorsqu’il s’agit d’inventer de nouveaux prétextes pour justifier les guerres qu’elle a planifié à l’avance ".

Dans un célèbre documentaire intitulé The Maltese Double Cross-Lockerbie, le journaliste étasunien Allan Francovich démontre, lui aussi, que l’attentat fut véritablement perpétré par un agent US.
La Libye était un pôle de prospérité, avec les meilleurs PIB et IDH de toute l’Afrique, selon le PNUD : scolarisation des enfants, prolongement de l’espérance de vie (78ans), répartition équitable des rentes du pétrole, haut niveau des soins de santé, universels et gratuits, un réseau de distribution en eau couvrant tout le territoire et ayant permis également la plantation de millions d’arbres et la création d’immenses zones de culture dans le désert, le logement reconnu comme un droit constitutionnel, le plein emploi avec plus de 2,5 millions de postes de travail pour les immigrants. Le gouvernement libyen avait offert, à ses habitants, de grandes avancées encore inégalées dans une majorité des pays européens.

Aujourd’hui, la Libye est en ruines et pleure ses 75.000 morts, les libyens ont perdu leur pétrole, les réserves d’or de leur Banque Centrale et les dépôts bancaires d’un montant de 200 millions de dollars (dépôts que les USA se sont empressés de voler en premier), les pensions, les soins médicaux, les bourses pour les étudiants, l’emploi… ils ont tout perdu. L’apartheid s’est instaurée et la population de couleur –principalement des immigrants- est pourchassée à mort.

Excellent travail de l’autoproclamée "communauté internationale" (tant acclamé par ces monarchies féodales qui maintiennent toujours l’esclavage. Et l’on félicite Obama et l’UE pour leur prix Nobel de la paix. Quelle ironie.

Qu’ont-ils fait pour mériter cela, les libyens ?

Ils n’ont fait que défendre leur indépendance, cherché à créer leur propre monnaie, et garder d’importantes réserves d’argent, d’or, de pétrole et de gaz fossile, convoitées par des pays sans scrupules qui, avec les services de l’OTAN, agissent comme une dangereuse bande de malfaiteurs, se destinant au terrorisme et au pillage. L’Espagne, elle, (c.a.d un consortium d’entreprises qui se disent espagnoles) a décroché le marché de construction de la ligne ferroviaire du TGV La Mecque-Médina [2], en contrepartie de son engagement dans le massacre des libyens. De grands travaux, qui comme dans toute la Libye, se réalisent au prix du sang.

Jilata Marka

Auteur
Purificación González de la Blanca est une avocate andalouse et membre du collectif International Ojos para la Paz, et de la Plateforme Mondiale contre les Guerres.

Trad. Jilata

Publié le 20 octobre 2012 par Ojo para la Paz

1- En 1898, les USA organisent un auto-attentat à l’explosif pour couler leur cuirassé "Maine" dans la rade de la Havane, et accuseront les espagnols. Ce sera le prétexte pour déclarer la guerre à l’Espagne et s’approprier de ses dernières colonies.

2- Le 25 mai 2011, la ministre des affaires étrangères d’Espagne, Trinidad Jiménez, se rend en Arabie Saoudite pour promouvoir des investissements d’entreprises espagnoles dans ce pays et contracter la construction de la ligne ferroviaire du TGV qui doit relier La Mecque à Médina (pas moins de 450 km de voie ferrée, lié avec toutes les infrastructures les plus sophistiquées. En contrepartie, l’Arabie Saoudite demande à l’Espagne de s’engager activement et militairement dans l’invasion de la Libye. Le 26 octobre 2011, l’agence EFE annonce que le contrat pour la ligne TGV La Mecque-Médina, est attribué au consortium espagnol "Al-Shoula". Le 14 janvier 2012 à Riad, les ministres du PPE, Ana Pastor et García Margallo ratifient avec le prince d’Arabie Saoudite, Mishal bin Abdul Aziz, le contrat du TGV pour 6,736 milliards d’euros, TGV la Mecque-Médina le prix du sang libyen (es).

Publication en français : Le Grand Soir




mardi 23 octobre 2012

Le meilleur des mondes est en marche ! Que fait-on alors ?



Lundi 22 octobre 2012
Par Évariste
Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org


Quel merveilleux monde nous avons ! Plus de Sarkozy, rien que du Hollande ! La gauche au pouvoir avec tous les pouvoirs dans toutes les institutions. Avec un slogan qui ne peut que nous faire plaisir : « Le Changement, c’est maintenant ! ». Il paraît qu’il y a encore des aigris, des citoyens qui n’ont pas encore compris que nous sommes dans le Nirvana. Sanofi s’allie à Coca-Cola pour lancer des boissons « beauté » dans les pharmacies françaises, vous voyez bien que nous sommes dans la félicité ! Quand je pense que des personnes sarcastiques osent encore dire que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Ces « emmerdeurs » mériteraient un traitement de type Pussy Riots à la Poutine !
D’autant que nos François, Jean-Marc et autres Harlem, Marisol et Manuel font tout ce qu’ils peuvent  pour contenter le MEDEF. Mais contenter le MEDEF pour nos socialistes, c’est lutter pour le changement. Reprendre la même position que le MEDEF sur le projet de la Métropole marseillaise, n’est-ce pas la meilleure façon d’effectuer le changement ? Reprendre l’analyse du MEDEF sur la nécessité de diminuer, voire de supprimer les cotisations sociales, n’est-ce pas le bonheur du changement ? Participer à l’agenda réactionnaire de l’église catholique avec le sémillant ministre des cultes, l’honorable Manuel, le 22 septembre dernier à Troyes pour fêter la béatification de Louis Brisson, opposant notoire à la loi de 1905 et dimanche prochain au Vatican pour assister à la canonisation du sieur Berthieu, missionnaire colonial dans les villages de Madagascar pour lutter contre le soulèvement anti-colonial du peuple, est-ce le changement espéré ?
En fait, ce gouvernement communique pour nous endormir ! Mais par derrière, c’est la politique du sabre et du goupillon qui s’applique ! Même pas le respect des luttes de la gauche dans l’histoire ! Le gouvernement de « gôche » et l’ordolibéral qui dirige la Sécu veulent maintenir mais contenir les dépassements d’honoraires ! Merci pour le maintien de la privatisation de la santé !
Et la politique du logement, où la nouvelle niche fiscale, le « Duflot », rapportera plus aux riches que le dernier avatar du « Scellier »  ?

La cotisation sociale

Sur la revendication du MEDEF d’entrer dans un processus de suppression des cotisations sociales, doit-on rappeler que l’abaissement des cotisations sociales n’aura aucun effet sur la « compétitivité » des entreprises car nos « concurrents » ne sont pas les pays les plus développés mais bien les pays émergents avec un rapport salarial de 1 à 10. Pourquoi ? Pour ce que qui reste de l’industrie française, elle relève de la gamme moyenne pratiquée par les pays émergents des BRICS (Chine, Inde, Brésil, Afrique du sud, Russie) et des pays sous influence de ces pays, et non du haut de gamme à forte valeur ajoutée des pays les plus développés !
Et que donc un abaissement des cotisations sociales est ipso facto un cadeau en termes de profit dans les entreprises. Et que cette augmentation du profit est utilisé dans la spéculation financière mondiale. Et ensuite parce que l’institution salariale de la Sécurité sociale basé sur la cotisation sociale est l’une des principales bases d’appui pour un modèle politique alternatif au modèle néolibéral en général et ordolibéral pour le cas de l’Europe. Toucher à la cotisation sociale comme l’avait souhaité Sarkozy avec la mission Yves Bur, c’est retarder la possibilité d’une transformation sociale et politique.

Les inégalités territoriales et sociales

Un livre vient de sortir, La crise qui vient (Seuil) de l’urbaniste Laurent Davezies. Cette étude sur les inégalités territoriales et sociales montantes au sein de notre beau pays reprend une idée du géographe Christophe Guilluy qui montrait le phénomène de « gentrification », à savoir le départ massif des couches populaires (53% de la population) en zones périurbaines et rurales en provenance des villes-centres et même des banlieues qui deviennent de plus en plus des zones de transit. Il montre que l’accroissement du chômage depuis 2007 touche principalement les communes qui se trouvent au centre des zones périurbaines et rurales avec des niveaux de chômage de 10,5 à 15,4% soit une augmentation de 33,7% à plus de 50%.
Bien sûr les « nouveaux chiens de garde » des médias n’habitent pas à Tergnier, Gien, Issoudun et autres lieux semblables. Ils n’habitent que les villes-centres et ne craignent donc que les banlieues, d’où l’obsession médiatique sur les banlieues avec un oubli total des endroits où se concentrent de plus en plus les couches populaires  !

Le modèle allemand

Et on continue de nous empoisonner avec l’idée que l’Allemagne est un modèle. Bien sûr, c’est le pays le plus puissant aujourd’hui. Mais à quel prix sur le plan des inégalités sociales ? Pire qu’en France ! C’est cela que l’on veut ?
Selon les statistiques officielles, les 10 % des Allemands les plus riches qui possédaient 45 % de la richesse privée du pays en 1995 en possédaient 53 % en 2008, alors que les 50 % du bas de l’échelle se partagent 1 % (contre 4 % en 1995). Entre les deux, les Allemands qui se situent entre le 6e et le 9e décile détiennent 46 % de ce patrimoine, contre 51 % au milieu des années 1990.
Est-ce si reluisant ?

Et si on parlait de l’Union européenne ?

Les pays européens tombent en récession les uns après les autres ? Même l’Allemagne sera à terme touché car son excédent commercial est en grande partie réalisé avec les pays européens qui entrent en récession.
Les plans d’austérité se développent partout : 100 milliards d’euros sur deux ans en Espagne (10% du PIB), 24 milliards en Grèce (12% du PIB), 50 milliards en Italie soit 3% du PIB et 30 milliards en France soit 1,5% du PIB. Ces plans contaminent toute l’Union européenne via le commerce intra-européen car toutes les économies sont aujourd’hui interdépendantes contrairement au dogme ordolibéral qui voudrait qu’une cure d’austérité dans un pays n’ait pas de conséquence ailleurs.
Les ventes de détail à l’intérieur des pays qui ont sauvé la France jusqu’à aujourd’hui, c’est comme Capri, c’est fini ! Nous allons donc suivre la Grèce (-35%), l’Espagne(-25%), le Portugal (-17%), l’Italie (-12%), l’Allemagne(0%).
La production industrielle est en baisse partout. Les commandes dans les entreprises baissent partout. La croissance de la zone euro en rythme annuel risque d’être d’environ -2%. Pour l’Italie, on en est à -3%, -1,6% en Espagne, -5,6% au Portugal, -7% en Grèce.
Le chômage croît partout à vitesse grand V ! On prévoit de 500.000 à 600.000 chômeurs en plus en France d’ici un an !
Le Mécanisme européen de stabilité et le Traité budgétaire qui ont été votés par l’UMP et le PS vont mener à une politique d’austérité sans fin car les chiffres ci-desssus entraîneront chez les ordolibéraux UMP et PS la volonté sans fin de l’austérité, seule capable de continuer à financer leur politique de mort !
Si on ajoute à cela que les 1000 milliards d’euros prêtés par la BCE aux banques privées à but lucratif pour les actionnaires au début de janvier et mars de cette année et qui n’ont pas servi principalement à l’activité économique mais à renforcer les fonds propres et les dépôts à la BCE des dites banques, on ne peut pas compter sur les bienfaits du développement privé !
Peut-être que l’honorable Manuel, ministre des cultes, a trouvé la solution ! En étant présent à la béatification et à la canonisation de deux « salopards » de l’église catholique, peut-être espère-t-il régler les problèmes économiques et sociaux de la France par la prière évangélique orchestrée partout par les amis de l’Opus dei, cette extrême droite catholique qui a pris le contrôle du Vatican !
Et ce ne sont pas les gesticulations de Montebourg qui n’ont aucun effet sur les plans sociaux qui changeront la donne !
Si on ne réussit pas à faire plier les Allemands, ce qui est probable dans les circonstances actuelles (voir les analyses de Michel Zerbato dans Respublica) , il nous restera la possibilité de nous préparer politiquement à l’implosion du système ou de désobéir comme l’ont fait l’Argentine, l’Equateur et l’Islande avant nous. Mais pour cela, il faudra bien admettre que le changement, ce n’est pas que le PS fasse voter le traité budgétaire élaboré par Sarkozy et Merkel, mais bien que la gauche fasse une autre politique que celle qu’à menée l’UMP hier et que mène le PS aujourd’hui.

PLFSS, PLF, réforme fiscale

Et si on parlait du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) en cours de discussion ? En dehors de quelques satisfactions comme la fin de la convergence privé-public dans les hôpitaux, c’est un PLFSS ordolibéral de plus qui perpétue la privatisation des profits et la socialisation des pertes en matière de santé et de protection sociale, qui ne répond pas aux besoins sociaux et sanitaires de la population et qui ne lutte pas contre la croissance des inégalités sociales de santé. D’ailleurs la CNAF et la CNAM ont émis un vote négatif sur le PLFSS.
Quant au Projet de loi de finances (PLF), disons que cela va dans le bon sens mais à dose tellement homéopathique que son insuffisance est hyper criante dès le départ. Et en tous cas c’est insuffisant pour mener la transition démocratique, laïque, sociale et écologique nécessaire.
L’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail marque un pas en avant mais pourquoi s’arrêter à une tranche à 45 % (41 % aujourd’hui), taux nettement inférieur à de nombreux pays étrangers ?
Pourquoi plafonner certaines niches fiscales au lieu de les supprimer ? Pourquoi s’arrêter à 2 000 euros pour le plafonnement du quotient familial ?
Pourquoi maintenir le gel du barème de l’IR qui va impacter des couches moyennes intermédiaires malgré l’aménagement de la décote ?
Pourquoi que le retour de l’ISF est plus avantageux pour les plus riches que l’ISF qui prévalait avant la réforme de 2011 ? Pourquoi avoir maintenu les niches fiscales de l’ISF ?
Pourquoi ne pas avoir rétabli un impôt progressif plutôt que de faire une tranche à 75 % purement symbolique qui donnera à peine 200 millions d’euros soit beaucoup moins que les gains réalisés par les riches pour l’ISF (par rapport à leur situation avant la réforme de 2011) ?
Une seule réponse à cela : il ne faut pas trop mécontenter les marchés, les riches et les couches moyennes supérieures(15 % de la population) ?
Dommage, une vraie réforme fiscale et sociale est pourtant nécessaire pour sortir de la crise. Mais peut-être que faire une politique pour les couches populaires (53 % de la population) et les couches moyennes intermédiaires (24 % de la population), c’est au-dessus des forces d’un président et d’un gouvernement dit socialiste où siège comme ministre des finances celui qui fut il y a quelques mois vice-président du Cercle de l’Industrie, principal lobby des patrons du CAC 40 ?






dimanche 21 octobre 2012

Le Japon, un pays suspendu à un fil


par Madjid Ben Chikh - Dimanche 14 octobre 2012
Madjid Ben Chikh est né à Paris en 1965 de père ouvrier algérien et de mère française. Ayant milité à l'Escargot, Act Up, Spont-Ex, au PS, mais il vit et enseigne à Tokyo depuis 2006. Il est aussi écrivain et son blog existe depuis 2004.   



Pour le curieux que je suis, vivre à l'étranger me donne une position privilégiée, celle d'être où je suis sans y être attaché par tout le fatras de liens familiaux et sentimentaux appelés souvenirs qui nous encroûtent habituellement dans cette nostalgie des racines appelée nationalisme. Je regarde le Japon, et je le pense. Entre lui et moi s'est tissée une histoire complexe, et cela depuis l'enfance. J'aime intimement ce pays, j'en aime l'histoire, la façon dont s'est créée cette langue que l'on nomme le japonais, j'y aime l'empreinte d'un religieux qu'il faut traquer pour le voir mais qui est partout à la fois. J'aime son aspect capricieux, typhons et averses torrentielles, ses séismes et tsunamis dévastateurs dont les plus récents m'attachent encore plus à son peuple. Je ne peux m'empêcher de regarder en observateur, l'esprit détaché des passions, ce qui fait le présent de l'archipel. Tout, ici, aujourd'hui, ne semble plus tenir qu'à un fil. L'économie, la géographie, la diplomatie et la politique, tout, absolument tout semble arrivé en fin de course avec des implications planétaires dont je m'étonne qu'elles ne vous préoccupent pas un plus... C'est donc si loin, le Japon?


L'économie nipponne ne tient plus qu'à un fil. On me reprochera bien des redites sur le sujet. Mais si j'insiste sur la faillite imminente de l'économie de l'archipel, c'est avant tout parce que je lis régulièrement des articles d'une vacuité sans nom sur une prétendue exception japonaise et annonçant une résurrection à venir dont le terme, sans cesse repoussé, prend les allures de légende urbaine pour comptoirs journalistiques. Rien, absolument rien n'indique une quelconque inflexion de ce qui s'annonce comme une troisième décennie de déflation avec cette fois-ci le spectre d'une faillite générale du système financier bâti sur les montagnes de dettes héritées de la gestion clientéliste d'un capitalisme corporatiste et de la bulle financière de la fin des années 80.

230%, voilà le rapport PIB/ dette du Japon, un ratio qui aurait de quoi faire rêver la Grèce ou l'Irlande.

Le succès économique du Japon après guerre fut incroyable. Les élites au pouvoir élaborèrent un modèle de développement mêlant certains aspects « keynésiens » alors en vogue en Europe de l'ouest, à savoir un état-providence, une planification destinée à orienter l'investissement des entreprises et l'investissement public en infrastructures, un enseignement de masse destiné à promouvoir une main d'œuvre hautement qualifiée.

On a souvent dépeint l'économie japonaise comme une économie « socialiste », et c'est faux. Elle est avant tout une économie corporatiste où les salariés ne décident de rien, ni individuellement ni collectivement, et où en échange d'un bonus, de l'inclusion dans le système de sécurité sociale public géré par l'entreprise, d'un certains nombre de primes et avantages, il obéira à toutes les décisions prises par la société : être muté tous les trois ans dans une ville différente de l'archipel, être transféré du jour au lendemain d'un service à un autre, faire des heures supplémentaires et finir le travail après neuf heures du soir.


Une histoire blitz du Japon moderne

De 1945 aux débuts des années 60, les salaires et les conditions de travail furent sacrifiés sur l'autel de l'économie, la police se chargeant de mater un syndicalisme très offensif au nom de la lutte contre le communisme, avec l'aide de la pègre et du gouvernement américain. Le très populaire leader du parti socialiste fut assassiné par un yakuza en 1960, à la veille d'élections qui s'annonçaient victorieuses...

Du début des années 60 au début des années 70, le PIB doubla et une puissante classe moyenne accédant à la consommation de masse émergea dans les grandes entreprises. Cette décennie marque encore profondément l'imaginaire de ce pays désormais peuplé de vieux, avec ces deux moments forts que furent les jeux olympiques de Tôkyô en 1964 et l'exposition universelle d'Ôsaka en 1970.
La fièvre étudiante qui gagna le pays dans la seconde moitié des années 60, avec l'occupation de l'université de Tôkyô et les manifestations contre la guerre du Vietnam, atteignit son paroxysme avec une prise d'otage qui s'acheva dans un bain de sang, prétexte à mater la contestation.

La décennie 70 vit émerger une mentalité consumériste ne remettant pas en cause ce qui fait le propre du salariat japonais: l'obéissance. Tôkyô, à cette époque, se mua en une mégalopole et les projets immobiliers des grandes compagnies de chemins de fer à l'ouest de la capitale poussaient comme des champignons, accélérant les investissements en infrastructures diverses et dopant une croissance économique commençant à devenir anémique dans bien d'autres pays. Parallèlement, la province japonaise se vidait de ses habitants dans un exode vers la capitale, un phénomène qui continue encore de nos jours.

Le Japon avait beaucoup misé sur la maîtrise des technologies électroniques, le transistor, et cette maîtrise lui assura sa domination dans les années 80. L'Europe, mais surtout les USA, connurent alors une déferlante de produits compacts, bien conçus, économes en énergie. JVC imposa le VHS, Sony le Walkman et Matsushita (Panasonic) ses téléviseurs. L'industrie automobile se trouva elle-même mise en concurrence avec Toyota ou Honda, l'Europe comme les USA connurent des vagues de licenciements pendant que le Japon dominait.
Les gouvernements occidentaux accusèrent alors le Japon de dumping monétaire. Avec les accords du Plaza, le yen s'envola sous l'effet d'intervention des banques centrales et d'une croissance solide tirée par les exportations. Mais après avoir augmenté les taux d'intérêts pour attirer les capitaux et renchérir le Yen, la peur qu'une trop forte appréciation ne desserve les exportations conduisit la Banque du Japon à les baisser à un niveau très bas, encouragés par les USA rentrant alors en récession suite au krach de 1987. Le Japon deviendrait une « locomotive ».

L'afflux de capitaux, les taux d'intérêt très bas facilitant l'endettement et la solidité de l'économie allaient créer une double bulle financière et immobilière inédite depuis 1929. Il était très facile d'emprunter pour investir en bourse ou pour consommer, une véritable fièvre consumériste enflamma la génération hédoniste des années 70 et la jeune génération des années 80. L'envolée du yen ne fut pas freinée, et au début de 1990, le PIB du Japon dépassa le PIB des USA. Le Japon devint la première puissance mondiale. La bourse atteignait un plus haut de 38.500 fin 1989 (moins de 10.000 fin 1985).

Les bulles éclatent sans crier gare. Le resserrement de la politique monétaire pour « refroidir » l'économie en pleine surchauffe inflationniste fin 1989 eut raison du doublement semestriel du prix des biens fonciers, et le marché commença sa descente. Les dettes contractées pour acheter des actions ou des terrains toujours à la hausse devinrent de mauvaises dettes assises sur des créances à la valeur incertaine.

Il y a quelque chose de mensonger à parler de créances douteuses, car ces dettes sont un pur produit de l'économie de marché et de l'illusion qu'il y a à parler de « vrai » marché. Emprunter 100 Euros en les gageant sur un bien valant 200 est extrêmement sûr pour le prêteur, et pourtant, que la valeur de ce bien, pour des raisons qui lui sont extérieures, une guerre, une crise économique, viennent à baisser à 90, et immédiatement l'emprunt devient un emprunt risqué, entraînant une hausse de la prime de risque, l'intérêt. Et qui dit hausse de l'intérêt dit hausse de la dette contractée et de son ratio rapporté au bien mis en garanti, dont désormais la valeur est « douteuse ».

La chute de la bourse entraîna une augmentation exponentielle des dettes privées. Pour pouvoir rembourser ces emprunts qu'ils ne pouvaient honorer, certains japonais empruntèrent à des sociétés financières à l'activité, elle, vraiment douteuse : la mafia avait profité de l'argent facile pour se lancer dans le crédit. Ces sociétés prêtaient à des taux parfois hallucinants, mais elles apportaient à leur client l'air nécessaire qui leur permettrait d'honorer une traite importante en attendant que la bourse ne remonte.
Car c'est bien connu, la bourse finit toujours par remonter...


Comprendre l'endettement nippon

La population mît 4 ou 5 ans à comprendre que la bourse ne remonterait pas. Se croyant riche, le gouvernement lança des « plans de relance », traitant par la stimulation de la demande publique une crise de la dette privée ainsi que l'insolvabilité d'un secteur financier cachant son bilan réel en utilisant des crédits dérivés de filiales à filiales... en espérant que ça remonte un jour.
L'industrie, elle, fut frappée de plein fouet par les effets cumulés de la récession mondiale du début des années 90, de la surévaluation du yen et de l'explosion de la bulle financière. Les grandes compagnies commencèrent alors une stratégie dangereuse pour un pays ayant basé son succès sur les exportations : elles se recentrèrent sur leur marché intérieur.

L'attentat au gaz sarin et le grand tremblement de terre de Hanshin, durant l'hiver 1995, adjoints à la grande instabilité politique et à des scandales politico-financiers mêlant la pègre, l'industrie et le parti au pouvoir depuis 1954 furent les symboles en négatif des Jeux Olympiques et de l'exposition universelle d'Ôsaka.

La donne a depuis incroyablement changé. Le Japon n'est plus que la troisième puissance économique mondiale, derrière la Chine. La Corée, envahie au début du 20ème siècle, regardée de haut est, elle, devenue la neuvième puissance mondiale, pas très loin de la France et de l'Italie. Le monde autour du Japon a changé, mais la crise a replié l'archipel et l'a renvoyé à son insularité. La génération d'après guerre rêvait de voyager, la génération des années 70 et 80 regardait le monde avec envie. La jeune génération est satisfaite de ce qu'elle est, pense que le Japon est ce qu'il y a de mieux.
L'économie de l'archipel, entièrement bâtie sur un modèle mercantiliste privilégiant les exportations, et dépendant de ses importations pour produire et s'alimenter, est anémiée. Avec en plus le vieillissement (un quart des Japonais a plus de 65 ans). Avec aussi l'ardoise des 17 et quelques plans de relance ayant bétonné le pays sans empêcher la déflation. Avec un commerce extérieur déficitaire, ne contribuant plus au peu de croissance de ce qui est communément appelé deux décennies perdues...


« La » piscine qui ne tient que par un fil...

Pour satisfaire cet immense outil de production qui a tant fait rêver nos élites développementistes, le Japon a fait le même choix que la France. L'énergie nucléaire. Ce qui, pour un pays recensant pas moins de dix pour cent de l'activité sismique mondiale, a quelque chose de surréaliste (nos élites ont fait le choix de mettre les nôtres dans la vallée du Rhône, sur des failles actives...).

Et il en faut, de l'énergie, pour faire tourner le Japon. Néons dans les villes jusqu'à plus d'heure, air conditionné à vous enrhumer en plein été, éclairages et sur-éclairages dans les magasins, dans le métro, à la maison. Lire Éloge de l'ombre de l'écrivain junichirô Tanizaki est presque comique. Il y parle de ce goût tout japonais pour le sombre, l'éclairage indirect qu'il oppose au lampadaire occidental. Or, rien, il ne reste rien de ce lieu mystérieux, « oku », où tapie dans l'ombre attendait l'épouse ou la domestique. Madame se vautre désormais dans un fauteuil, sous un grand lustre, devant la télévision, avec l'air conditionné à plein régime, après avoir acheté le repas du soir dans la lumière blanche surpuissante des magasins baignant d'air réfrigéré. La consommation d'électricité des japonais était, avant le séisme, supérieure de 15% à celle des français.

La crise économique que traverse le pays a, elle, fait de l'industrie nucléaire un puissant lobby : le rétrécissement du marché publicitaire a par exemple rendu la presse et la télévision toujours plus dépendantes des compagnies d'électricité, tandis que les grandes compagnies, affamées d'énergie, ont poussé les gouvernements à développer cette énergie quand elles ne concevaient pas elle-même des centrales.

Le séisme du 11 mars et ses conséquences à Fukushima ont révélé les dysfonctionnements de l'appareil d'état sensé contrôler la sécurité, ses liens avec les compagnies électriques, mais également la puissance d'un lobby contrôlant les médias et l'information ainsi que les partis politiques et les syndicats ou les collectivités locales. Alors que les sites américains, dès le 13 mars, révélaient la détection de gaz radioactifs, alors que partout dans le monde circulaient des mesures de radioactivité conduisant les USA a évacuer leurs bases à plus de 200 kilomètres et Areva envoyer son personnel à Ôsaka, la télévision berçait le peuple de messages rassurants.

Il faut l'avoir vu.

La NHK expliquant que mettre une serviette mouillée sur le visage, porter des gants en plastique, des bottes en caoutchouc et utiliser un parapluie permettrait de se protéger des radiations si « à tout hasard » il y en avait, les présentateurs et les comédiens mangeant des fraises et des concombres du département de Fukushima en commentant à quel point c'était bon quand, au même moment, dans le secret des cabinets ministériels, le premier ministre Kan Naoto envisageait l'évacuation des 40 millions d'habitants de la région car la situation était simplement hors de contrôle.

C'est dans ces circonstances que l'on mesure la puissance d'un lobby, et ce ne furent donc que plusieurs mois plus tard que commença à être reconnue l'ampleur de la catastrophe, comme une surprise et presque avec étonnement quand, pourtant, depuis le 13 mars les informations étaient là, disponibles.

C'est dans ces circonstances que l'on mesure à quel point ici l'information est verrouillée et protégée par la triple insularité, celle de la géographie, celle de la langue. Et celle du nationalisme.


Un Fukushima... et puis plus rien

Tout désormais semble revenu à la normale. Les médias ne parlent du 11 mars 2011 que pour commémorer l'anniversaire du tsunami, avec force apitoiement. Ils reviennent dessus pour insister sur la nécessité de stocker les centaines de milliers de tonnes de déchets, «par solidarité », dans tout l'archipel, survolant parfois les oppositions locales dues, on s'en doute, à la crainte que suscite une possible contamination radioactive. Ils commentent parfois ces manifestations hebdomadaires devant la Diète. De temps en temps, par un presque miracle, une information, une vraie, surgit dans le ronron ambiant. Le confort prend alors l'espace de quelques minutes les allures d'une horreur annoncée que l'on ne veut pas trop regarder.

La structure de chacun des quatre réacteurs est en effet incroyablement endommagée et il ne fait aucun doute qu'un nouveau séisme aurait des conséquences dramatiques. Particulièrement pour le réacteur numéro 4. Celui-ci était pourtant à l'arrêt quand survint le tsunami, mais du fait de cet arrêt, on y entreposait des barres de combustible hautement radioactif.

Une poubelle. À environ trente mètres de hauteur. Dans une piscine.

Celle-ci est toujours en place, « par miracle », comme l'affirme le professeur Koide de l'université de Kyôto. Des tonnes de combustible dans une piscine à l'air libre dans un bâtiment ravagé, éventré. Qu'une nouvelle secousse un peu plus forte survienne, qu'un typhon un peu plus fort ne vienne à passer par là, la probabilité que la piscine s'effondre est très élevée. L'exposition à l'air libre des barres de combustible entraînerait immédiatement leur combustion, et donc l'évacuation du personnel. Rien, alors, ne serait possible pour garder le contrôle des trois autres réacteurs. Il serait alors impossible d'empêcher ceux-ci de brûler à leur tour. La proximité de la mer, la présence de nappes phréatiques rendrait quasi-inévitable une explosion due à des dégagements d'hydrogène, au dire d'une majorité de scientifiques. La pulvérisation radioactive pourrait alors s'étendre immédiatement sur une centaine de kilomètres avant, bien entendu, de contaminer plus loin, essentiellement la partie est du Japon, mais également tout l'hémisphère nord. Quelques scientifiques ont même envisagé que là, l'explosion pourrait à elle seule provoquer un séisme et détacher un morceau de la côte. Autant dire, si on veut résumer la situation en gardant la tête froide, que la chute de la piscine numéro 4 aurait des conséquences jusqu'alors inconnues pour l'espèce humaine, à commencer par une évacuation d'urgence de plusieurs dizaines de millions d'habitants...


Un système politique qui ne tient qu'à un fil

La fantastique reconstruction du Japon au lendemain de la guerre fut l'œuvre de la même élite que celle qui le plongea dans la guerre. La gauche communiste et socialiste sortit renforcée du conflit et celle-ci appuya la démocratisation poussée par les USA. Une sorte de légende urbaine fabriquée par les nationalistes voudrait que le Japon soit différent des autres pays développés, et pourtant, il connut des luttes sociales violentes comme toutes les nations industrielles. Il y eu dès le début du 20ème siècle des féministes japonaises, des anarchistes, des syndicalistes, des communistes, car le Japon avalait goulûment tout ce qui venait de l'Occident et aussi parce que l'industrialisation provoquait le même arrachement et la même exploitation.

Si le régime autoritaire de Meiji, inspiré sur le modèle Prussien, ne permit pas une réelle expression de tous ces courants, l'ère Taishô (du nom de l'empereur qui régna de 1912 à 1926) vit les élites du pays se diviser sur le cours politique à donner au pays et il y eut alors une période d'intense activité intellectuelle qui rompit avec le mimétisme occidentalisant de la période précédente pour conduire à des synthèses beaucoup plus « japonaises ». Taishô, c'est le kimono avec un chapeau et une cravate. C'est la « moga » (Modern Girl), la garçonne japonaise, qui se promène sur Ginza avec sa copine en kimono. C'est un moment extrêmement créatif, et très mal connu des Japonais qui n'y voient, propagande postérieure oblige, qu'une période de désordre dominée par un empereur faible.

Et c'est vrai que l'empereur était faible. Si cette faiblesse encouragea la démocratisation, elle poussa l'armée à aller toujours plus loin. Quand l'empereur Shôwa prit le pouvoir, la voie était déjà toute tracée pour l'aventure nationaliste qui allait conduire à l'invasion de la Chine et de toute l'Asie, puis à la guerre du Pacifique, à l'assassinat de ministres opposés à cet expansionnisme et à la suspension des libertés politiques et syndicales et la répression politique.

Autant dire que l'après-guerre fut donc vécu pour les opposants au régime nationaliste comme une libération, et jusqu'aujourd'hui, la gauche et l'extreme gauche japonaises sont attachées à la constitution votée par référendum en 1946, en particulier ce très original article 9 qui fait du pays un pays sans armée, pacifiste.

Pourtant, quand en 1947 les USA firent de la lutte contre le communisme leur nouvelle priorité, c'est sur l'élite en place durant la guerre qu'ils s'appuyèrent. La gauche fut de plus en plus intimidée, et la droite revint aux affaires. Si les nouveaux dirigeants conservateurs furent d'abord de hauts fonctionnaires, ils furent vite rejoints par des « criminels de classe A » libérés par les USA entre 1947 et 1949, la droite s'unifiante en 1954 pour former le PLD, transformant le modèle économique démocratique de 1946 en une organisation corporatiste dédiée aux besoins des entreprises. Ce parti réclame désormais l'abrogation de l'article 9 et la restauration de l'armée japonaise. Chaque année, ces politiciens poussent plus loin les interdictions d'aborder les crimes du Japon dans les manuels scolaires, obligent les enseignants à se lever en inclinant la tête quand résonne l'ambigu hymne national sous peine d'amende voire de licenciement.

Leur nationalisme ne peut cacher leur collusion avec les élites financières et industrielles du pays, les mêmes qui, comme Mitsubishi, avaient poussé le pays dans la voie d'un expansionnisme et d'une guerre leur permettant de constituer de monumentales fortunes. C'est cette collusion qui explique cette capacité à exporter dans le monde entier tout en maintenant des barrières douanières limitant les importations ou les investissements directs étrangers dans l'archipel.


Un gouvernement tous les ans...
et l'extrême droite populiste qui revient 
comme en Europe

La détérioration de l'économie a toutefois amené ce système à sa fin, et de nos jours, les gouvernements changent en moyenne une fois par an, le long règne de la droite conservatrice PLD a pris fin, et l'échec du Parti Démocrate DPJ à réformer la société japonaise a comme sellé l'impasse politique et économique dans lequel le pays est englué depuis le début des années 90.

Dans ce climat politique où le clientélisme et le nationalisme l'emportent, où l'économie décline face à la Corée (innovation), la Chine (production) et Singapour (finance), où dès que l'on sort de la capitale on perçoit les ravages de la dépression dans la dénuement visible de la population des campagnes, où dès que l'on sort des quartiers proprets ultra-modernes que les guides vous invitent à visiter pour avoir un frisson de modernité on aperçoit des SDF aussi seuls, aussi sales, aussi nombreux que ceux qui hantent les villes de l'Occident depuis près de trente ans, où la gauche semble comme inexistante tant les médias l'ignorent et tant la pression sociale s'exerce contre toute forme de contestation politique (il suffit de voir la relative indifférence aux mobilisations anti-nucléaires rassemblant pourtant chaque fois plus d'une centaine de milliers de personnes), où les minorités sont simplement reléguées à l'invisibilité et aux stéréotypes, où l'Amérique continue de pousser ses intérêts sans tenir compte de l'exaspération grandissante des population dans ce qui est un véritable néo-colonialisme, il y a de la place pour un populisme d'extrême droite, puisque le nationalisme est banalisé depuis des décennies.

Tant que l'extrême droite ressemblait à ces braillards hurlant à la sortie des gares, il n'y avait rien à craindre. Mais la donne vient de changer, et le Japon rejoint l'Europe dans l'émergence d'une nouvelle extrême-droite populiste, ultra-libérale, anti-élites. Et dans ce pays où la bureaucratie s'incarne dans un pouvoir ultra centralisé à Tôkyô, ce nouveau populisme émerge de la province, de l'ancienne rivale de Tôkyô, Ôsaka.

L'ancien préfet du département d'Ôsaka, Tôru Hashimoto a gagné l'an dernier la mairie de la ville d'Ôsaka, parvenant à placer un allié à la tête du département, avec un mot d'ordre, transformer Ôsaka en métropole, sur le modèle de Tôkyô. Son succès et celui de son parti, « groupe pour le renouveau d'Ôsaka », lui ont donné des ailes et l'ont conduit récemment à lancer son parti au niveau national, le « groupe pour le renouveau du Japon ». Les médias se sont précipités sur cette personnalité originale, ancien avocat et célébrité médiatique s'exprimant comme un voyou, d'origine sociale trouble avec un père plus ou moins lié à la pègre.

Avec lui, tout y passe. Trop de bureaucrates, trop de députés, trop de dépenses, il faut rendre aux régions l'argent de la TVA plutôt que l'envoyer à l'état qui le dilapide, obliger de chanter l'hymne national, déréguler l'économie et signer le traité de libre échange trans-pacifique, réarmer le pays... Son programme est un fourre-tout qui n'est pas sans rappeler celui des nouvelles extrêmes droites européennes. Il casse avec le consensus poli qui règne et qui fait se ressembler chaque politicien à son prédécesseur.

Mi-septembre, alors qu'il ne faisait toujours que commencer à créer son parti, il était d'ores et déjà crédité de 17% dans les sondages pour les futures élections l'an prochain. Devant le parti au pouvoir en pleine déconfiture. Et juste derrière le principal parti d'opposition de droite ultra-conservatrice. Les appels du pieds de ce derniers se succèdent et c'est ainsi que l'ultra-conservateur et ancien premier ministre Abe vient d'être nommé leader le la droite conservatrice : il s'est prononcé pour une collaboration avec Teru Hashimoto. Ce type d'alliance, au Japon, ne soulève aucune protestation.

Il faut peut être ajouter que le maire de Tôkyô lui-même, Ishihara, quand il tient des propos racistes, homophobes, qu'il fait la chasse aux discothèques gays, ne soulève pas le tollé que ce type de discours provoquerait dans bien des capitales de pays développés. C'est admis, banal, dans ce qui s'apparente avant tout à une démocratie de façade monopolisée par quelques grands groupes et quelques grandes familles et où règne une résignation passive teintée d'un ressentiment grandissant qui ne demande qu'à s'exprimer.

Les élites nationalistes ont persuadé la population que la démocratie était un produit d'importation. Les larges mobilisations antinucléaires démontrent qu'il n'en est rien...


La paix suspendue à un fil...

Car il faut bien reconnaître que cet échouage économique, social, politique et écologique au moment où la Chine et la Corée colonisées au 20ème siècle accèdent au rang de grande puissances ne va pas sans poser de problème. Surtout si la Chine se montre plus agressive pour faire valoir ce qu'elle estime son droit.

Régulièrement, la tension monte entre les deux puissances, toujours elle finit par redescendre, mais de façon toute asiatique, par nécessité, sans jamais avoir mis une bonne fois pour toute les questions en suspens. Et il y en a, des questions.

Dans les années 1850, le Japon fut terrorisé par l'idée d'être colonisé quand les navires militaires américains, britanniques puis français le forcèrent à ouvrir ses ports et son commerce. S'ensuivirent quinze années de troubles politiques qui se soldèrent par un changement de régime puis une modernisation à marche forcée derrière le slogan « technique occidentale, esprit japonais ». Un joli malentendu...

Car c'est là que tout démarre, toutes ces contradictions qui assaillent aujourd'hui l'archipel, explique ce nationalisme exacerbé dans un pays à la mentalité si rurale, au peuple bon enfant (je veux dire, vraiment), rieur, nonchalant et pacifique, un peu porté sur l'alcool, qui ignore le tabou du sexe et sait se montrer également laborieux, studieux et incroyablement digne, honnête. Il faut traverser la campagne, entrer dans un bistrot ou croiser une fête populaire pour saisir cette incroyable simplicité paysanne qui y existe encore.

Le pays se lança donc dans une frénétique copie de l'Occident aussi fidèle que possible à l'original, il tenta d'oublier l'Asie pour devenir un étrange hybride occidental sans racine. On interdit les bains publics mixtes et on cacha la nudité pour ne pas passer pour « des sauvages » aux yeux de l'Angleterre victorienne. On bannit le kimono que l'on confina de plus en plus à une sorte de folklore pour le peuple quand les élites portaient moustaches et corsets. On mima, on singea l'Occident dont on prit ici un modèle de constitution, là l'organisation militaire, le système éducatif, l'organisation administrative. Plus tard, quand la seconde guerre ne fut plus qu'un souvenir, on se fit « ouvrir » les yeux, on copia les banlieues américaines, ses centres commerciaux, on voua un culte à Mickey. Quand tout ce qui pouvait rappeler l'Asie fut refoulé, on distribua au peuple une américanisation forcenée. On envoya les disques de shamisen, de kabuki ou de koto au rayon des « musiques du monde » et l'on institua des brass band dans les écoles ainsi que des orchestres amateurs destinés à jouer Mozart ou la neuvième symphonie de Beethoven. On ne garda de la si riche culture du pays que des caricatures principalement nationalistes, à commencer par ce cliché de « pays des samurai ». Imaginez, faire de la France un « pays des chevaliers ».

Or, le crépuscule occidental laisse la place au réveil de toute l'Asie. La Corée inonde le monde de ses voitures et de sa musique et Samsung a désormais remplacé Sony au rayon du cool. La Chine, Taïwan, fabriquent les dalles plasma du monde entier, Hong Kong et Singapour se disputent le rôle de hub financier pour l'Asie sous le regard discret de l'Inde qui, elle, attire les activités tertiaires de toute la région. L'Europe, les USA, tout le monde est bien conscient que désormais l'Asie a émergé de sa torpeur post-coloniale. Tout le monde, sauf le Japon, car il a oublié sa propre position géographique, et encore plus, tout ce qui le lie à cette région du monde, que ce soit la culture du riz, l'écriture chinoise, le bouddhisme, le confucianisme, la plupart de ses contes pour enfants, l'architecture et l'urbanisme de ses capitales anciennes, la peinture et sa littérature classique.

Alors que le retour de l'Asie pouvait enfin alléger le fardeau de cette modernisation involontaire en sortant le Japon de son face-à-face solitaire avec un Occident tout aussi craint qu'admiré, il en révèle les ravages culturels accomplis ces 150 dernières années, un phénomène accentué par l'aventure coloniale de la « sphère de coprosperité asiatique », avec ses massacres et ses crimes contre l'humanité, un épisode où le Japon pût révéler au monde qu'il avait désormais atteint le même degré de violence que l'Occident.

Le Japon est incapable de regarder l'Asie comme son égal. Le Japon a intériorisé l'occidentalo-centrisme. Partout, les publicités vous montrent des blancs, des blanches. Parce que c'est sensé être beau. De l'Asie, le Japon ne voit que l'exotisme ou le danger, exactement comme l'Occident avec les pays musulmans. Or, l'Asie est de plus en plus riche. Et au cœur de l'Asie, au milieu, la Chine tente de retrouver sa place, d'être le cœur battant vers lequel tout converge ou diverge. La Chine est le pays du milieu. Même en japonais.

Le Japon est, lui, isolé.

Alors, quand la Chine exprime une revendication territoriale, les hommes politiques ne savent pas gérer la situation. Leur seule réponse est une réponse nationaliste, solitaire, du même niveau que la dictature nationaliste chinoise. Régulièrement, des bateaux chinois attaquent des bateaux de pêcheurs thaïlandais, vietnamiens et les gouvernements de ces petits pays encore trop faibles ne parviennent pas à défendre leur droit.

Si le Japon regardait les autres états comme ses égaux, il se ferait leader en Asie, défendant le droit et l'intégrité territoriale pour tous contre une Chine de plus en plus impérialiste. S'il se sentait partie prenante de l'Asie, il chercherait à mettre sa relation à plat avec la Corée, car la Corée du sud craint la Corée du nord, ce régime totalitaire qui ne tient que grâce à Pékin.

Mais non, le Japon cultive l'isolement splendide, ne voyant pas la géopolitique bouleversée non seulement en Asie, mais aussi dans le monde. Le Japon n'a pas compris que les USA ne le défendront pas car la Chine finance sa dette et la Corée est la clé du contrôle des voies maritimes dans cette région, bien plus qu'un Japon qui, de toute façon, de fait, est annexé et déclinant.

Alors depuis plusieurs semaines, la tension monte entre la Chine et le Japon, et comme le Japon est isolé, la Corée elle-même exprime ses propres revendications territoriales, et comme la Chine et la Corée sont de la partie, voilà Taïwan qui s'y met. Mais rien ne change la politique japonaise qui ne voit pas d'alternative à l'isolement, et donc à une surenchère verbale dans le nationalisme.

Les violences anti-japonaises ont un effet dévastateur sur une opinion publique pourtant pacifiste, mais exaspérée car l'enlisement de la situation cristallise tout le ressentiment envers des élites incapables de faire tourner l'économie, dissimulatrices, corrompues, incompétentes face à la Chine désormais incompréhensible, mais s'aplatissant face aux USA quand ceux-ci utilisent leurs bases comme bon leur semble...



Ici, la population n'en peut plus. Elle assiste, avec un calme qui commence à me faire peur, à l'échouage du pays, dominée par une élite qui continue sa partie comme si de rien n'était. Nous étions nombreux à penser que le pays changerait après le séisme, mais rien n'a changé.

Je regarde ce pays suspendu à un fil au dessus du vide, à l'image de cette piscine du réacteur numéro 4 de l'unité un de la centrale de Fukushima, et une incroyable tristesse m'envahit dans la contemplation de paysages autrefois magnifiques et que l'activité des hommes a à ce point abîmés. Je regarde ces enfants dont l'avenir ne ressemble à rien, ces vieux dans mon quartier de Asakusa, ils rigolent après avoir un peu trop picolé, ils l'ont bien mérité, après tout, ils ont bien travaillé, je regarde ces jeunes le cul à moitié à l'air et le sourire qui jaillit, beaux comme des dieux quand vient la saison des matsuri, quand ils portent le mikoshi...

Quel gâchis.




Notes
Quelques liens ici ou là. Il y en a beaucoup, je vous offre une sélection rapide mais non exhaustive et forcément très incomplète.

Dette japonaise, la crainte d'une hyper bulle créée par la surabondance de liquidité au Japon, sur CNBC, juin 2012 : http://www.cnbc.com/id/47990564/Japan_s_Debt_Addiction_Creating_Mother_of_All_Bubbles

Sur la perspective d'un défaut interne (la dette Japonaise est détenue par les Japonais, un défaut concerne donc les japonais eux mêmes), sur Bloomberg 15 juin 2012 : http://www.bloomberg.com/news/2012-06-15/ex-soros-adviser-fujimaki-says-japan-to-probably-default-by-2017.html

Une analyse des mécanisme de la bulle japonaise, université de San José, Christopher Wood http://www.sjsu.edu/faculty/watkins/bubble.htm

Une autre étude universitaire sur « la bulle », très détaillée : http://www.imes.boj.or.jp/research/papers/english/me19-s1-14.pdf

Sur les banques japonaises exposées à la dégradation de la dette du Japon, dans Le Monde 20 juillet 2012 : http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/07/20/fitch-degrade-la-note-des-trois-geants-bancaires-japonais_1736488_3234.html

Sur le réacteur 4 de l'unité un de la centrale de Fukushima, dans L'ObsTempsRéel, août 2012 : http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20120822.OBS0162/enquete-fukushima-et-si-le-pire-etait-a-venir.html

Akio Matsumura, ancien diplomate, sur le danger lié au réacteur 4, une vidéo YouTube, mars 2012 : http://www.youtube.com/watch?v=0cIt0Qfc8UA

TVAsahi, un rare moment de vérité sur la piscine numéro 4, mars 2012 : http://www.youtube.com/watch?v=nwXyDUwLpyY&feature=related

Manifestation antinucléaire à Tokyo, comme il y en a chaque semaine, sur Euronews : http://www.youtube.com/watch?v=62ClZm39QlE

Sur le maire d'Osaka, Tôru Hashimoto, sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tōru_Hashimoto

Sur son parti, Yomiuri 13 septembre 2012 : http://www.yomiuri.co.jp/dy/national/T120913004085.htm

Sur son programme politique, The Japan Times 15 septembre 2012 : http://www.japantimes.co.jp/text/ed20120915a1.html

Sur la nouvelle extrême droite européenne et sa haine des élites, l'article de Laurent Chambon pour Minorités : http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/730-wilders-les-musulmans-les-juifs-et-la-meritocratie.html

Le maire de Tôkyô, Shintarô Ishihara sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Shintarō_Ishihara

Sur l'homophobie de Shintarô Ishihara, sur Human Right Watch : http://www.hrw.org/news/2011/02/01/japan-governor-should-retract-homophobic-comments

Sur le contrôle de plus en plus strict de l'activité dans le quartier gay de Nichôme, The Independant : http://www.independent.co.uk/news/world/asia/the-boys-of-shinjuku-is-tokyos-gay-district-doomed-1888527.html

Sur le même sujet, sur un média subculture : http://www.japansubculture.com/tokyo-lgbt-community-and-supporters-protest-ishiharas-homophobic-comments/

Sur l'interdiction de danser dans les bars gays du quartier gay de Nichôme depuis l'été 2012 : http://no1.fccj.ne.jp/index.php?option=com_content&view=article&id=728:why-is-tokyo-trying-to-stamp-out-dancing&catid=85:2012-sep&Itemid=118

Comment l'Occident a « ouvert » le Japon et la crise politique que cela a entraîné, sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bakumatsu

Pour votre curiosité, les garçonnes japonaises, les moga, sur Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Modern_girl

Sur l'ère Taishô, sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ère_Taishō

Sur les tensions sino-japonaise et l'expansionnisme maritime chinois Le Point, 25 septembre 2012 : http://www.lepoint.fr/monde/la-tension-monte-autour-des-iles-senkaku-25-09-2012-1509761_24.php

The Telegraph, 12 août 2012 : http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/china/9548059/China-sends-1000-boats-armada-to-disputed-island-chain.html

The New York Times, 12 août 2012 : http://www.nytimes.com/2012/08/12/world/asia/beijing-reasserts-its-claims-in-south-china-sea.html?_r=1&pagewanted=all

Déploiement de nouveaux aérocoptères Osprey par les USA et contestation locale dans Mainichi, 01 octobre 2012 (anglais) : http://mainichi.jp/english/english/newsselect/news/20121001p2a00m0na017000c.html

samedi 20 octobre 2012

Maroc : mort de Paco de Nass El Ghiwane



Paco, de son vrai nom Abderrahman Kirouche, ancien chanteur de Nass El Ghiwane, qui enflammait les scènes à travers le monde avec son "Hajhouj", est mort dimanche à Essaouira, à l’âge de 64 ans, après une longue lutte contre la maladie.


L’artiste né à Essaouira dans un milieu gnaoui, a été initié très jeune à cet art. Il devient maâlem gnaoui à l’âge de 16 ans, avant de rejoindre au début des années ’70 le groupe musical Jil Jilala, qu’il quitte pour Nass El Ghiwane.

Abderrahman Kirouche a introduit l’art gnaoui dans le répertoire musical de Jil Jilala et de Nass El Ghiwane, deux groupes ayant marqué plusieurs générations de Marocains.

Paco avait recommandé aux membres de son groupe d’arrêter de chanter après la mort de Larbi Batma, pour sauvegarder intacte la légende Nass El Ghiwane, mais Omar Essayed, l’un des fondateurs du groupe, avait réfusé. L’image de Nass El Ghiwane avait pâti de cette situation et le groupe avait été contraint d’adopter un genre musical plus commercial pour survivre.

Après Boujemâa H’gour, décédé dans les années ’70, et Larbi Batma, mort en 1997, c’est l’une des figures mythiques de Nass El Ghiwane qui vient de s’éteindre.







Par Bouliq

Pleurez avec moi ghiwanis (fans de Nass El Ghiwane) du Maroc et du Maghreb, Paco est mort. Le maitre de la musique gnaoui qui expulsait les démons et purifiait l'organisme grâce à de longs et hypnotiques motifs rythmiques et des chants incantatoires, Paco de Nass El Guiwane s’est éteint le 14/10/2012. Il a rejoint les deux autres membres du groupe : Boujmii mort 1974 et de Larbi Batma diparu en 1997.


Mort dans l’oubli, lui qui était une figure emblématique du groupe Nass El Ghiwane, Abderrahman Kirouche, alias Paco, a introduit l’art gnaoui au sein de cette formation mythique par ses expressions et ses notes qui sont le résultat de longues années d’expérience musicale ayant savamment contribué a conférer à ce groupe sa dimension africaine.

Il est décrit comme « un symbole éclatant du phénomene ghiwani », et avec son instrument de prédilection le hajhouj « il a marqué de son seau le parcours créatif de ce groupe, à travers un riche répertoire de chansons qui ne cessent de faire vibrer des maghrébins de tous les âges ». Il a « su faire du hajhouj un instrument monumental et inventer des notes inédites »,

Né à Essaouira en 1948, Paco grandit en milieu gnaoui. Il a été initié par de grands maalems (maitres) avant de devenir lui-même maâlem (maitre) en 1964. C’est dans les années 1970 que Paco rejoint le groupe Nass El Ghiwan et apporta sa touche gnaoui qui va propulser le groupe au sommet de son art.

 En effet au tout début des années soixante-dix, cinq jeunes chanteurs créèrent dans un bidonville du Hay Mohammadi, à Casablanca, un groupe musical qui a déclenche immédiatement l'enthousiasme et très vite la ferveur, pour devenir, presque à son insu, le porte-voix des sans voix dans le pays.Ce groupe composé de Omar Sayyed, Larbi Batma, Boujmaa, (dit Boujmii), Alal Yaala, Abderhmane Paco vient de fêter ses quarante ans de musique. Et après avoir perdu des membres illustres ; Boujmaa mort en 1974 et Larbi Batma disparu en 1997, le groupe vient de perdre Abderrahmane Paco.

Sur la pratique des ghiwane il faut rappeler qu’il s’agit d’ une coutume ancestrale qui conférait à des gens connus pour leur probité et leur modestie la faculté de décrire par le chant et la parole la vie quotidienne, les problèmes et entraves de leurs semblables. Ces troubadours, de douars en douars, transmettaient leur savoir par l'entremise de la poésie, du chant et du jeu théâtral.

 Bien que la formation mythique continue à se produire, ce sont les succès des années 70 et 80 qui font  vibrer et  danser le Maghreb. Le succès musical de Nass El Ghiwane réside dans l'association de textes engagés, inspirés de préoccupations sociétales et l'utilisation de styles musicaux comme le Malhoun, (musique d’inspiration mauresque andalouse), la musique  traditionnelle marocaine et de Gnaoui (musique d’inspiration africaine) et aussi et surtout du El Hal (état de Transe) dont la meilleure illustration est leur film  Transes.

  Nass El Ghiwane n’utilisent, ni guitare électrique, ni batterie ni synthétiseur. Ils ont réintroduits les instruments de musique traditionnels comme le  Guembri le Hajhouj et Bendir. Ils ont inspiré des groupes en Algérie et en Tunisie qui n'ont pas connu le même succès. Seuls les Groupes Jil Jilala et  Lamchaheb au Maroc ont eu du succès et un rayonnement régional. Voir les trois groupes réunis .Sous le règne d’Hassan 2, ils étaient juste tolérés mais ignorés par les autorités marocaines en dépit de leur popularité. En 1972, après avoir chanté Sabhane Allah Sifna Oula Chtoua, ils ont été interrompus en plein concert et embarqué par la police qui leur demanda sur PV de préciser les « insinuations » des paroles de leur chanson :

 Mon dieu pourquoi notre été est devenu hiver ;
Que notre printemps est devenu automne ;
Que la justice n’est pas rendue ;
Que nos dirigeants sont absolutistes et corrompus
Dites à celui-ci et à celui la, s’il n’a pas encore compris les jours (le temps) le lui feront comprendre
Comprend le sens des mots, réveille-toi…


 Ils ont écrit d’autres chansons engagés sur le même thème notamment Wach Hna Houma Hna ou « Sommes nous nous même » Fine Ghadi Biya Khouya « Ou m’emmène tu mon frangin »ou bien encore Mahmouma ou Zad Al Ham entre autres.Toutefois Mahamouni reste une chanson culte. En effet pendant les premières années de règne Hassan 2 appelées « années de plomb » avec leur lots d’enlèvements, ils ont témoigné avec cette chanson de cette époque :

 Ce qui m’attriste c’est la disparition des hommes ;
Ce qui m’attriste c’est les enfants qui sont malades et ont faim ;
Car :
 -si les habitations sont détruites les gens reconstruiront leur maisons ;
 -les champs détruits refleuriront.


 Ce n’est que bien plus tard en 2007 que le groupe a été officiellement « réhabilité » avec un geste du Roi Mohammed VI qui a accordé des pensions à vie aux membres du groupe et aux ayant droits des deux membres décédés.Le 10 mars 2010 ils ont été décorés à Fès par la France des insignes de Chavalers des Arts et des Lettres. A cette occasion Frédéric Mitterand a déclaré : "Vous représentez des années de création artistique pour plusieurs générations de Marocains que vous continuez à émouvoir. L'histoire de Nass El Ghiwane est l'histoire d'une musique qui trouve ses origines dans les racines de la musique marocaine mais aussi de la musique africaine et du rock. De tout cela vous avez inventé quelque chose qui est vraiment le symbole du Maroc d'aujourd'hui et là je reprends les paroles du grand cinéaste américain Martin Scorsese qui vous a décrits comme les Rolling Stones de l'Afrique. En vous décorant, la France vous montre qu'elle vous écoute, qu'elle est attentive à ce que vous faites... et elle se fait honneur ».

 Leur musique a dépassé les frontières du Maroc et du Maghreb. Une de leurs chansons a été utilisée par le réalisateur Martin Scorsese pour la bande originale du film "la dernière tentation du Christ". Ceux que le réalisateur américain Martin Scorsese a qualifiés de « Rolling Stones de l'Afrique » auraient inspiré des stars de la musique comme Jimmy Hendrix, Bob Marley, les Rolling Stones, Robert Plant et bien d'autres. Voici l'hommage rendu par Martin Scorsese.
 Joignant le geste à la parole, Martin Scorsese a décidé de faire réhabiliter leur film culte "Transes" de 1981 : voir l'article du New York Times à sujet.

Tahar Benjelloun avait écrit à leur propos  : « Ils sont aimés parce qu'ils ont su capter et chanter la parole de la terre, celle du douar, celle des quartiers spontanés dans la banlieue des villes. En cela, ils ont marqué une rupture radicale dans l'histoire de la chanson maghrébine de groupe, laquelle a souvent manqué d'authenticité. » Un livre de 400 pages retraçant enfin leur itinéraire musical vient enfin d’être édité.





Source : Agoravox