lundi 6 août 2012

L’exemple autogestionnaire espagnol…

Résistance politique: L’exemple autogestionnaire espagnol… Inspiration pour une nouvelle société ?…






Conclusion du livre “The Anarchist Collectives, workers self-management in the spanish revolution 1936-39” (éditions Black Rose Books, Montreal, 1974)

Par Sam Dolgoff

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Note: Le titre du livre (jamais traduit en français, même s’il reprend pas mal des analyses de Gaston Leval qui écrivit une excellente historiographie analytique de la révolution espagnole) serait: “Les collectifs anarchistes, l’autogestion des travailleurs dans la révolution espagnole de 1936-39”

** Dans nos remarques d’introduction à cet ouvrage, nous avons indiqué de manière schématique, quelques choses importantes que les radicaux modernes et particulièrement ceux impliqués dans le mouvement mondial de l’autogestion de l’industrie par les ouvriers (une terme plus précis que “contrôle ouvrier”…), pourraient apprendee de l’expérience très riche émanant de la révolution espagnole.
En essayant de donner aux lecteurs une information de source la plus précise possible afin que le lecteur puisse se faire sa propre idée sur la question, nous nous sommes efforcés de ne pas trop entrer en détail dans une discussion sur les leçons à tirer de la révolution espagnole. Ceci du moins a le mérite d’être clair: les ouvriers et les paysans espagnols combattant ont su appliquer les principes libertaires d’autogestion dans des réalisations de terrain très concrètes. Ceci ne fut pas fait dans quelques communes expérimentales isolées, constituées d’individus sélectionnés, mais cela fut fait à une très grande échelle, impliquant la vie quotidienne de millions de personnes ordinaires, hommes, femmes et enfants. Ceci fut la “conscience populaire” de la révolution espagnole. Dans le dernier chapitre de son livre “Né Franco, né Stalin”, Gaston Leval résume la nature de ce mouvement de contrôle populaire par la base.

“La révolution s’est développée dans des circonstances très compliquées. Des attaques ont du être repoussées de l’intérieur comme de l’extérieur. Cela a demandé des efforts exceptionnels pour pouvoir mettre les principes anarchistes en pratique. Mais cela fut fait dans un nombre très important d’endroits.

 Les organisateurs ont trouvé des solutions aux problèmes émergent. Je le répète: cela fut possible parce que nous avions l’intelligence humaine de notre côté. C’est ce qui résoud les problèmes et subvient aux besoins de milliers et de milliers de vie et ceux de la révolution. Ceci a permis d’organiser les milices et de vaincre le fascisme dès la première phase de la guerre. Ceci a fonctionné instantannément, aidant à la fabrication de véhicules blindés, de fusils et d’armes diverses. L’initiative est venus des gens, par dessus tout de ceux influencés par les anarchistes. Par exemple les collectifs d’Aragon: parmi leurs organisateurs, je n’ai trouvé que deux avocats à Alcorina. Ils n’étaient pas à proprement parler des intellectuels, mais si ce qu’ils firent avec leurs camarades paysans, fut bien fait, ce ne fut pas meilleur que ce que l’on pouvait voir à Esplus, Binefar ou Calanda, dans les autres collectifs. Ce qui était surprenant de constater, est que la vaste majorité de ces paysans étaient illétrés, mais ils avaient la foi dans le système, un bon sens pratique, l’esprit de sacrifice et surtout la volonté de créer un nouveau monde…. La culture spirituelle ne vient pas toujours des livres et moins du monde académique. Elle peut émerger des conditions même de la vie et quand cela se produit, cela est bien plus dynamique [...]

En Espagne, ce ne fut pas par le travail de nos intellectuels, qui sont plus théoriques que sociologiques, plus agitateurs que guides pratiques, que le futur fut illuminé. Les paysans, qu’ils aient été libertaires ou non, de l’Aragon, du Levant, de Castille, d’Andalousie et les ouvriers de Catalogne, l’ont bien compris et ont agi seuls.

Les intellectuels, en vertu de leur ineptitude dans le travail pratique, furent inférieurs aux paysans et aux ouvriers, qui ne firent pas de discours politiques, mais surent parfaitement comment organiser la nouvelle vie. Pas même les auteurs de l’organisation syndicaliste de la santé de Catalogne étaient des intellectuels. Un médecin basque à la volonté de fer, ensemble avec quelques camarades travaillant dans les hôpitaux, firent tout [...] “

En évaluant l’impact profond de la révolution espagnole, les critiques anarchistes et non-anarchistes de la conduite des évènements par nos camarades, ne doivent jamais perdre de vue que ces résultats très constructifs se sont déroulés dans les pires circonstances possibles. Ils devraient se rappeler ces mots de Bakounine, qui, bien qu’écrits au sujet des communards de la Commune de 1871, sont toujours d’actualité en regard des types de problèmes auxquels les travailleurs espagnols ont dû faire face:

“Je sais que beaucoup de socialistes, très logiques dans leur théorie, blâment nos camarades parisiens de n’avoir pas agit suffisamment de manière socialiste dans leur pratique révolutionnaire. La clique aboyante de la presse bourgeoise au contraire, les accuse d’avoir suivi leur programme trop à la lettre… Je veux ici attirer l’attention des théoriciens de l’émancipation prolétarienne les plus stricts, sur le fait qu’ils sont injustes envers nos frères parisiens, car il y a entre les théories les plus correctes et leur application pratique, des fossés qui ne peuvent être comblés en quelques jours… Ils ont dû mener la lutte quotidienne contre une majorité jacobine. Au milieu d’un conflit armé, ils ont dû subvenir aux besoins alimentaires et de travail de plusieurs milliers de travailleurs, les organiser, les armer, et continuer à surveiller à chaque instant ce que faisait les réactionnaires. Tout cela dans la grande ville de Paris, assiégée, faisant face à la menace de la famine et en proie aux turpitudes de l’ombre de la réaction.”

Nous ne voulons pas passer de jugement sur ce que les anarchistes espagnols auraient du faire ou ne pas faire, jouant ainsi le jeu du “et si…” Nous sommes en revanche concernés par les prérequis pour la réalisation d’une société libertaire fondée sur l’autogestion des travailleurs dans l’industrie urbaine et rurale. Nous sommes préoccupés par les principes fondamentaux qui ne doivent pas seulement souligner une telle société, mais qui doivent également déterminer le caractère et la direction que doit prendre la lutte pour la réalisation pratique d’une société libre. En l’occurence, nous avons trouvé la justesse de l’anarchisme espagnol. Il exprime de manière plus claire et intelligente que tout autre mouvement espagnol, la résistance offerte par le peuple espagnol à la tyrannie et à l’âge de la servitude à la machine moderne. Il accepte les bénéfices qui peuvent être glanés de la production mécanique, mais il insiste que rien ne peut ni ne doit obturer le droit de tout Homme à mener une vie dans la dignité.
Quels sont les principes de l’autogestion ? Faisons un inventaire rapide.

Par définition, l’autogestion est l’auto-régulation, ce qui veut dire que cela exclut complètement le règle de l’un sur l’autre, la domination de l’Homme par l’Homme. Cela exclut de manière permanente non seulement l’autorité légalement sanctionnée de l’État au travers de ses institutions coercitives, mais demande également l’extirpation même des principes de l’État des associations non officielles (états miniatures) comme par exemple des syndicats, des lieux de travail et de toutes les associations et groupes qui font que la société existe.

Par définition, l’autogestion est l’idée que les travailleurs (tous les travailleurs, ceci incluant les techniciens, les ingénieurs, les scientifiques, les planificateurs, les coordinateurs. TOUS !) impliqués à la fourniture de biens de consommation et de services, peuvent parfaitement administrer et coordonner eux-mêmes de manière très efficace, la vie économique de la société. Ceci est basé sur trois principes inséparables:

1-   La foi dans la capacité créatrice et constructrice de l’individu de base plutôt qu’en une classe élitiste “d’êtres supérieurs”
2-   L’autonomie, l’autogestion
3-   La décentralisation et la coordination par l’association libre fédérée

Par définition, l’autogestion veut dire que les travailleurs sont des partenaires égaux dans un vaste réseau d’associations libres coopérantes entr’elles et etroitement imbriquées, englobant l’ensemble du réseau de production et de distribution de biens de consommation et de prestations de services. Cela doit être fondé sur le principe fondamental du communisme libre, ce qui veut dire, un accès et un partage équitables des biens et des services en rapport avec ses besoins.

L’importance contemporaine de la révolution espagnole ne réside pas seulement dans les mesures spécifiques improvisées par les industries urbaines socialisées et les collectifs agraires (la plupart d’entr’eux étant aujourd’hui archaïques en regard de la révolution technologique cybernétique), mais dans l’application des principes constructifs fondamentaux de l’anarchisme et du socalisme libre aux problèmes pratiques quotidiens de la révolution sociale espagnole. Ces principes commencent à être de plus en plus compris de nos jours. Nous espérons que la compilation de cet ouvrage permette de contribuer à une meilleure compréhension de ces principes. **


Source : Résistance

A lire sur Alter autogestion :
( Cet article est paru sous la signature de Richard Neuville in collectif Lucien Collonges, coordinateur de l'ouvrage "Autogestion hier, aujourd'hui, demain", paru aux Editions Syllepse, mai 2010. )

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