lundi 14 mai 2012

Irak : le comble de l'horreur

L'horreur, le mot n'est pas assez fort pour tous ceux qui ont encore assez de cran pour ne pas fermer les yeux ni se boucher les oreilles devant les conséquences des guerres récentes, soit disant humanitaires, que subissent les nations qui ne se conforment pas aux desiderata de l'empire occidental. Si nous écartons les voiles de la propagande savamment déployés par les médias détenus par le complexe militaro-industriel, nous comprendrons sans aucun doute possible que la vie sur terre est en train de se transformer en un véritable enfer au milieu duquel quelques nababs sans scrupules épris de puissance, préservent des îlots paradisiaques pour leur jouissance personnelle et celle de leur famille. Le reportage de Robert Fisk (sur les nouveaux-nés affectés par l'uranium enrichi), que j'ai longtemps hésité à publier tellement il m'a bouleversé, anéanti, ne peux que pulvériser toutes nos dernières illusions quant aux prétendues avancées de notre civilisation. Personne ne devrait sortir indemne de cette lecture, d'autant plus que la situation à Fallujah n'est qu'une "bavure" parmi tant d'autres dans la guerre mondiale en cours qui n'est qu'une tentative féroce des seigneurs de la haute finance d'asservir l'humanité entière, quitte à l'exterminer.  La solution finale à l'échelle planétaire. Je n'ai plus assez de larmes pour pleurer la vie qui se délite un peu partout sur la terre. Témoigner ne suffit plus pour briser les carapaces insensibles de l'impuissance qui nous rendent complices de crimes que nous ne dénonçons que pour soulager nos consciences gonflées aux amphétamines de l'information. Pendant ce temps-là les  nouvelles du monde défilent, les images effaçant les images, les mots chassant les mots. Nos mémoires sont devenues des estomacs surchargés d'une bouillie indigeste que nous dégueulons à gauche et à droite lorsque nous sommes sur le point d'éclater. Nous vivons, nous mangeons, nous spéculons, nous commentons l'information, nous nous cultivons, nous achetons, nous vendons, nous faisons l'amour entre les lignes de démarcations, parfois nous lisons des livres, nous sommes contents si nous avons encore assez de travail pour nous projeter dans des rêves d'avenir petits bourgeois qui ne sont plus que des voies sans issues. Que sont nos différences de standing égoïstes par rapport aux cadavres qui s'empilent derrière nous afin que nous ayons le privilège de survivre et de continuer le grand jeu des apparences. Sentez-vous la puanteur mêlée de parfums synthétiques des brises contemporaines ? Subirons-nous   sans broncher le "cauchemar climatisé" que prédisait dès les années 50 l'écrivain nord-américain Henry Miller ? L'anesthésie du mode de vie occidental permet toutes les ignominies et dérives assassines et si nous persistons à ne pas nous sentir partie prenante de la souffrance terrible que nous générons et gérons à notre insu, ce qui est aujourd'hui le quotidien des palestiniens, des afghans, des libyens, des maliens ...etc...  semblera un sort enviable à nos enfants à moins qu'ils ne soient réduits à l'état de zombies. A part ça, tout va bien, les compétitions sportives et les jeux romains mobilisent toujours les masses, Hollywood se porte bien, les religions ont de beaux restes, les Stars se font bâtir des résidences en Suisse ou au Quatar, et les prolétaires ne sont plus qu'un mauvais souvenir stalinien ou maoïste. Ah ! J'oubliais Fukushima ! N'y pensez plus, nous contrôlons totalement la situation, laissez-vous bercer par le chant des sirènes, faites-nous confiance. Au secours ! 

G. Hadey


Les enfants de Fallujah - l’hôpital des horreurs (The Independent)



par Robert FISK
Reportage spécial : Deuxième jour : Mort-nés, invalidités, difformités trop bouleversantes pour être décrites - ce qui se cache derrière la souffrance à l’Hôpital Général de Fallujah.



Les images s’affichent sur l’écran du premier étage de l’Hôpital Général de Fallujah. Et aussitôt le bureau de l’administrateur Nadhem Shokr al-Hadidi devient l’antichambre des horreurs. Un bébé avec une énorme bouche difforme. Un enfant dont une partie de la colonne vertébrale jaillit hors du corps. Un bébé qui a un énorme et horrible oeil de Cyclope. Un autre bébé qui n’a qu’une demi-tête, mort-né comme les autres, le 12 juin 2009. Encore une autre image apparaît sur l’écran : date de naissance 6 juin 2009, c’est un tout petit bébé qui n’a que la moitié d’un bras, pas de jambe gauche et pas de parties génitales.

"Il y en a tout le temps désormais" dit Al-Hadidi et une doctoresse entre dans la pièce et jette un coup d’oeil à l’écran. Elle a mis au monde certains de ces bébés mort-nés. "Je n’ai jamais rien vu de pareil dans toutes mes années de pratique" dit-elle à voix basse. Al-Hadidi parle au téléphone, accueille de nouveaux visiteurs dans son bureau, nous offre du thé et des biscuits pendant que les horribles images continuent de défiler sur l’écran. J’ai demandé à voir ces photos pour m’assurer que les bébés mort-nés, les difformités étaient réels. Car il y a toujours un lecteur ou un spectateur pour dire que c’est de la "propagande"."

Mais ces photos épouvantables en sont la preuve accablante. Le 7 janvier 2010, un bébé avec une peau jaune et fanée et des bras difformes. Le 26 avril 2010, un bébé avec une masse grise sur le côté de la tête. Un docteur près de moi parle de "tétralogie de Fallot", un déplacement des gros vaisseaux sanguins. Le 3 mai 2010 : une créature qui ressemble à une grenouille et dont - selon le docteur de Fallujah qui vient d’entrer dans la pièce - tous les organes essaient de sortir du corps".

C’en est trop. Ces photos sont trop horribles. On ne peut pas garder les yeux dessus tant on est submergé par la peine et l’émotion - et que dire des pauvres parents ! On ne peut tout simplement pas les publier.

Les docteurs de Fallujah ont une attitude très digne. Ils savent que nous savons ce qui est arrivé. En vérité nous ne faisons pas une découverte. D’autres correspondants - dont mon collègue Patrick Cockburn - ont déjà fait des reportages sur la tragédie des enfants difformes de Fallujah. Ce qui est honteux, c’est qu’il n’y ait pas d’enquête sur les causes de ces difformités. Une doctoresse de Fallujah, une obstétricienne formée en Angleterre - qu’elle a quitté il y a 5 mois - qui a acheté à ses propres frais un scanner de £79000 pour sa clinique privée pour détecter les anomalies congénitales avant la naissance, se présente et me demande pourquoi le ministère de la Santé à Baghdad ne diligente pas une enquête approfondie sur les bébés difformes de Fallujah.

"Je suis allée voir le ministre" me dit-elle. "Ils m’ont répondu qu’il allait y avoir une commission. Je suis allée parler à la commission. Mais ils n’ont rien fait. Je n’arrive même pas à obtenir une réponse." Puis 24 heures plus tard, la même jeune femme a envoyé un message à un de mes amis, un docteur irakien, pour lui demander de ne pas mentionner son nom.

Si le nombre de bébés mort-nés à Fallujah est une honte, le personnel médical de l’Hôpital Général de Fallujah prouve son honnêteté en demandant sans arrêt aux gens de ne pas sauter aux conclusions.

"J’ai mis ce bébé au monde" dit l’obstétricienne en montrant une photo sur l’écran. "Je ne crois que cela ait un rapport avec les armes étasuniennes. Les parents étaient consanguins. Les mariages tribaux consanguins sont courants ici. Mais il faut se rappeler que si des femmes accouchent chez elles de bébés mort-nés, elles ne nous le disent pas et les bébés sont enterrés sans que nous connaissions leur nombre".
Les photos continuent à défiler sur l’écran. Le 19 janvier 2010, un bébé aux membres atrophiés, mort-né. Le 30 octobre 2010, un bébé avec la lèvre et le palais fendus, encore vivant, un trou dans le coeur, un défaut sur le visage, qui a besoin d’échocardiographie. "Un palais et une lèvre fendus sont des anomalies congénitales courantes", dit la doctoresse Samira Allani tout bas. "Mais c’est leur augmentation qui est alarmante". La doctoresse Allani a écrit un article scientifique sur "L’augmentation des anomalies à la naissance". Selon l’étude, les anomalies cardiaques congénitales, "ont atteint un niveau record" en 2010.
Les chiffres continuent d’augmenter. D’ailleurs pendant que nous parlons une infirmière apporte un message au Dr Allani. Nous nous dirigeons immédiatement vers un incubateur près de la salle d’accouchement. Dans l’incubateur il y a un petit bébé de 24 jours. Zeid Mohamed est encore trop petit pour sourire mais il dort et sa mère le regarde à travers la vitre. Elle m’a autorisé à voir son bébé. Son père est une agent de sécurité et le couple est marié depuis trois ans. Il n’y pas d’antécédents familiaux de malformations congénitales. Mais Zeid n’a que quatre doigts à chaque main.

Dans les dossiers informatiques du Dr Allani il y a des centaines de Zeid. Elle demande à un autre docteur d’appeler d’autres parents. Accepteraient-ils de parler à un journaliste ? "Ils veulent savoir ce qui est arrivé à leurs enfants" me dit-elle. "Ils méritent qu’on le leur dise". Elle a raison. Mais ni les autorités irakiennes, ni les Etasuniens, ni les Anglais - qui étaient aussi impliqués dans le second combat de Fallujah où ils ont perdu quatre hommes - ni aucune des principales ONG ne semble capable ou désireuse de les aider.

Quand les docteurs réussissent à obtenir des fonds pour ouvrir une enquête, ils se tournent parfois vers des organisations qui ont clairement leur propre agenda politique. Pour ses recherches, le Dr Allani par exemple a reçu des fonds de "la Fondation du Kuala Lumpur pour criminaliser la guerre" un organisme qui a peu de chance d’innocenter les armes étasuniennes utilisées à Fallujah. Ceci aussi fait partie de la tragédie de Fallujah.

L’obstétricienne qui a demandé l’anonymat parle du manque d’équipement et de formation. « Les anomalies chromosomiques -comme le syndrome de Down- ne peuvent pas être corrigées avant la naissance. Mais une infection foetale, on pourrait la traiter et la guérir en prélevant un échantillon de sang au bébé et à la mère. Malheureusement il n’y a pas de laboratoire équipé pour cela ici. Une transfusion de sang suffirait pour régler ce problème. Bien sûr cela ne répondra pas à toutes nos questions : Pourquoi y a-t-il une augmentation de fausses couches ici, pourquoi de plus en plus de bébés mort-nés, pourquoi de plus en plus de prématurés ? »

Le docteur Chris Busby, professeur associé à l’Université d’Ulster qui a étudié plus de 5000 cas à Fallujah reconnaît qu’on ne sait pas exactement ce qui a causé les malformations et les cancers. "Des gens ont dû être exposés à quelque chose qui a provoqué des mutations génétiques en 2004 quand les attaques ont eu lieu," a-t-il écrit il y a deux ans. Le rapport du Dr Busby auquel ont contribué Malak Hamdan et Entesar Ariabi, montre que le taux de mortalité des bébés à Fallujah est de 80 pour mille alors qu’il est de 19 en Egypte, de 17 en Jordanie et de seulement 9,7 au Koweït.

Un autre docteur de Fallujah me dit que la seule aide qu’ils aient reçue d’Angleterre est celle du docteur Kypros Nicolaides, le responsable du département des soins néonatals de King’s College Hospital. Il dirige une oeuvre de charité, la Foetal Medicine Foundation, qui a déjà formé un docteur de Fallujah. Je l’appelle. Il est fou de rage.

« Pour moi, le plus criminel dans tout ça, - dans toute cette guerre - c’est que les gouvernements anglais et étasuniens n’ont pas été fichus d’aller à Woolworths (enseigne de supermarchés - NdR) acheter des ordinateurs pour recenser les victimes de la guerre d’Irak. Un article publié dans le Lancet estime que leur nombre s’élève à 600 000. Mais la puissance occupante n’a pas eu la décence de mettre 500 dollars dans un ordinateur pour pouvoir dire "ce corps a été apporté aujourd’hui et son nom est untel".
Aujourd’hui on a un pays arabe où le nombre de malformation et de cancers est supérieur à celui d’Europe et on a besoin d’une étude épidémiologique sérieuse. Je suis sûr que les Etasuniens ont utilisé des armes qui ont causé ces malformations. Mais le gouvernement actuel de l’Irak n’est pas à la hauteur et il n’y a pas d’étude. C’est très facile de ne rien faire - et il n’y a qu’un professeur fou et compatissant comme moi à Londres pour essayer de faire quelque chose. »

Dans le bureau de al-Hadidi, les photos continuent de défiler, indescriptibles. Comment décrire un nourrisson mort qui n’a qu’une jambe et dont la une tête est quatre fois plus grosse que le corps ?

Robert Fisk


Pour consulter l’original : http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/rober...
Traduction : Dominique Muselet


Lien pour visionner lesphotos & vidéos :
http://www.internationalnews.fr/article-irak-les-enfants-de-fallujah-l-hopital-des-horreurs-105008976.html 

Trouvé sur : Le Grand Soir


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