dimanche 29 avril 2012

"Salaire grande misère" de Jack Hirschman




    SALAIRE GRANDE MISÈRE


1.

Nous, en orange
hommes et femmes, on est là, dehors
on balaie les rues
nos bouches ressemblent à des mots
rayés sur une page,
nos yeux condamnés à regarder
par terre.

Le salaire du travail? nulle part, seulement
le guet-apens du travail et le silence de nos cris
quand on est seul dans une pièce
et qu'ils exigent de nous : on doit...
on est né pour... on est destiné à
bosser, sans défiler et sans carotter,
Bon voyage, Monsieur Dumollet...

Ils ont un slogan :
"Arbeit se Fout de la Liberté"
c'est vraiment ça que veulent dire les négrier du salariat.
Scélérariat. Vampires. Vous réalisez ce que c'est
que de nettoyer les caniveaux pour que les talons de ces messieurs
des grandes entreprises glissent pas sous les crottes de chiens quand
ils traversent la rue pour aller d'un grand patron
à l'autre traiter une affaire ?

2.

Salaire égale misère ;
Indignité, instabilité, insanité
Un dingue du travail devient hargneux.
Cassez les théories, prenez les outils,
ouvrez les bouches à eau, montez à l'assaut !
Sortez de votre défroque : arrêter de courber
le dos, faites voir que vous avez du sang

dans les veines et remettez-vous
à porter fièrement le rouge dans les rues.
Le salaire du travail exige d'autres guenilles que
l'orange de l'état des négriers ou
le drapeau blanc de la reddition.

3.

Victimes, assez ! C'est la victoire qu'il nous faut !
Le martyre, ça suffit, les toits du
racket industriel
nous ont passé la camisole de force,
mais dans nos nouvelles chemises de force,
mais dans nos nouvelles chemises rouge sang
pour le coup de balai de la révolution
regardez : les silencieux majordomes
de la rue flanquent le feu
à la pourriture des profits, les démolissent, sou
par sou, jusqu'à ce que le salaire devienne
honnêtement payé et que chacun
reçoive une part de l'action nommée
"Avenir"


            Jack Hirschman


In "Je suis né assassiné" (2004)
Traduit de l'américain par Gilles B. Vachon
Le TEMPS des Cerises Éd.
Maison de la Poésie Rhône-Alpes
(2008, pour la version française) )


Jack Hirschman, un des plus grands poètes américains vivants, icône d’une génération de révoltés et légende de la dissidence à San Francisco, a franchi depuis 15 ans les limites du domaine de ses fans californiens. Tout ce qui reste, est le bilan d’une vie, testament provisoire de ce poète résistant, qui mêle mystique, lyrisme, politique, érotisme, introspection, dans le prolongement des célèbres Arcanes.
Co-édition avec la Maison de la Poésie Rhône-Alpes

La presse en parle: [...] Le choix de poèmes rend compte de cette poésie appelant à la révolution permanente et qui, dans tous les combats, choisit son camp, le plus souvent contre son propre pays [...]La poésie d’Hirschman parie pour le pouvoir des mots, pour cette semence de dissidence que chaque poète indigné ou révolté porte en soi, parfois jusqu’à l’imprécation martelée que le plus grand nombre refuse d’entendre… [...]Les chemins du poème entrecroisent constamment ceux de l’intime à ceux de la violence du monde. La poésie d’Hirschman cultive l’éruption lyrique jusqu’à l’éructation grossière et provocatrice. Nulle imagerie ornementale dans ce fracas des mots du refus du monde comme il va. Boxeur ou flingueur à voix nue, le poète tente de retourner son désespoir présent en espérance future, son écriture prophétique en dynamite hurlante…

Michel Ménaché, Revue Europe, septembre 2011.
http://www.letempsdescerises.net/noyau/index.php?menu_id=20&type=livre&idLivre=812&PHPSESSID=b8a858e3a7791876e64ca4b5088b2b8c

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