samedi 7 avril 2012

L'Europe est morte

L'Europe est morte, morte dans son berceau en Grèce. Le suicide apparemment anodin d'un homme ordinaire qui nous a légué une lettre déchirante, simple comme un adieu, expliquant son acte conscient. Cet homme fut un combattant en d'autres temps. En lisant son ultime message, comment ignorer davantage que l'Europe a été trahie et spoliée par des sous-fifres technocrates qui ne sont rien d'autres que les représentants (collaborateurs) de la finance atlantiste au service des lobbies, des banquiers et des casinos  de la mort différée. Un homme nous fait part de son désespoir absolu et de sa dignité héroïque. Il nous indique clairement que si il avait été plus jeune il n'aurait pas été le dernier à s'insurger contre les occupants apatrides qui ont conçu le blocus économique qui détruit les peuples et leurs traditions. Par solidarité envers cet homme qui nous a révélé la terrible vérité de l'époque que nous traversons, unissons-nous pour mettre fin au règne ignoble de l'individualisme égoïste, de l'argent sale, soyons solidaires comme nous ne l'avons jamais été, c'est une question de vie et de mort. En ce qui concerne la France, c'est Mélenchon, porté par la vraie gauche, qui a raison, il faut de toute urgence mettre en oeuvre une assemblée constituante et refonder une République salubre, sur des bases sociales incorruptibles. Le capitalisme c'est le passé anthropophage qui ne veut pas crever. Étouffons-le avant qu'il ne nous rejette dans l'enfer vorace de ses vices et turpitudes sans avenir.  G. Hadey


 Le nom du mort





«Le gouvernement d’occupation de Tsolakoglou (*) a littéralement anéanti tous mes moyens de subsistance, qui consistaient en une retraite digne, pour laquelle j’ai cotisé pendant 35 ans, (sans aucune contribution de l'État). Mon âge, ne me permet plus d’entreprendre une action individuelle plus radicale (même si je n’exclus pas que si un grec prenait une kalachnikov je n’aurais pas été le deuxième à suivre), je ne trouve plus d’autre solution qu’une mort digne, ou sinon, faire les poubelles pour me nourrir. Je crois qu’un jour les jeunes sans avenir, prendront les armes et iront pendre les traîtres du peuple, sur la place Syntagma, comme l’ont fait en 1945 les Italiens pour Mussolini, sur la Piazzale Loreto, à Milan ».
Lettre manuscrite du pharmacien retraité âgé de 77 ans qui a mis fin à ses jours sur une pelouse de la place Syntagma le 4 avril 2012.
(source : kathimerini.gr)
[* Le général Georgios Tsolakoglou, signataire de l'armistice avec les forces allemandes, fut le premier chef de gouvernement grec sous l’Occupation, nommé par les nazis (30/04/1941-02/12/1942). Son nom en Grèce est synonyme de « collaborateur »].

Le cyprès - place de la Constitution 4 avril à midi
Le cyprès - place de la Constitution 4 avril dans l'après-midi
Rapidement durant toute la journée du 4 avril, la nouvelle du suicide sur la place de la Constitution a fait son chemin. À part les médias, la rue a été aussi un vecteur essentiel de la nouvelle et surtout de sa portée. Car c'est précisément ce vecteur essentiel qui est créateur de lien politique.
De bouche à oreille et en mouvement perpétuel. Dans la rue et en plein air fertilisant les idées et formant les consciences. C'est ainsi que nous avons pris connaissance de sa dernière lettre, tout comme nous avons aussi appris que ces dernières 24 heures, cinq autres personnes ont «opté» pour le suicide en Grèce. Inlassablement, et de la même manière, « virements automatiques définitifs », imposés par le régime bancocrate. Le dernier suicide connu, alors tard dans la soirée de ce 4 avril, fut celui d'un homme de 38 ans en Crète, un albanais vivant et travaillant chez nous depuis longtemps, père de deux enfants, chômeur de longue durée, il s'est jeté du balcon de son domicile.
À Athènes, c'est à partir de midi que le suicide du matin, a pris de l'ampleur dans le syllogisme collectif. Dans un bistrot du centre ville, un jeune homme s'est montré gêné, car « le malheureux aurait pu se suicider chez lui ». Aussitôt, une femme a répliqué en rappelant « que cet acte, est d'abord un acte politique, au-delà de son aspect tragique, car cet homme s'est suicidé pour nous et pour nous faire réagir, sur cette même place des manifestations, devant le Parlement ». Le jeune homme a compris.
Place de la Constitution 4 avril au soir
Athènes - devant la Faculté de Droit - 4 avril 2012
Soir du 4 avril




"Vengeance" Place de la Constitution 4 avril au soir
J'ai senti la portée de cet acte, se transformer en fait politique majeur au fil des heures. À midi déjà, des gens étaient sur place, puis, dans l'après midi et vers le soir, des centaines de personnes redevenaient des témoins actifs du temps présent. Des manifestants lycéens et étudiants se sont rendus devant le monument du soldat inconnu (entre la place et le Parlement), tandis qu'au même moment, les premières compagnies de MAT (CRS) se précipitèrent sur la place.
Au pied du cyprès, des anonymes ont déposé des bouquets de fleurs, des cierges et des dizaines de messages manuscrits appelant notamment « Au soulèvement du peuple » « Soulevez-vous, son sort sera le sort de nous tous », « Salopards gouvernants, un jour nous vous suiciderons » , « Le sang du peuple va vous noyer », « La liberté ou la mort », « Vengeance » , pouvait-on lire sur ces messages écrits, le maître-mot n'étant plus « l'indignation » mais « la vengeance ».
Le soir la place s'est remplie davantage. Notre police prétorienne, œuvrant pour les occupants, intérieurs et extérieurs, a chargé comme d'habitude, Parmi les citoyens passés à tabac par les policiers, il y avait une jeune journaliste de la chaine ANT-1. Puis, il y a eu des interpellations, et tout cet usage de la chimie habituelle. Alchimies encore, du régime bancocrate. Les politiciens ont peur de la rue et nous le savons. Dans l'air du temps, il y a aussi les élections, d'ailleurs toujours hypothétiques, enfermant pourtant, les représentations des partis de gauche dans un carcan tristement étriqué. Un vieil homme que j'ai rencontré sur la place vers 21h, alors très ému, les larmes aux yeux, s'est adressé à un groupe de jeunes ainsi : « pour une révolution, il faut du sang, prenez les armes et tuez-les ».
Ce jeudi matin sur la place Syntagma, il y avait encore l'odeur de la chimie policière mais aussi celle de la vie, la notre. Nous étions là, autour du cyprès, porteur désormais de nos messages et surtout du sien. « Ce n'est pas un suicide, c'est un assassinat politique », puis ce nouveau graffiti sur le marbre : « Le nom du mort devait être Papandréou, le nom du mort devait être Samaras, le nom du mort devait être Karatzaferis... ».
"Le nom du mort devait être Papandréou..." - graffiti sur marbre - Place de la Constitution 5 avril 2012 au matin
Par la radio (real-FM), on apprend qu'hier également, une retraitée a mis fin à ses jours en Italie. « Je ne pouvais plus vivre, d'une retraite amputée ainsi », tel fut son ultime message.
Décidément, les messages ainsi ultimes se multiplient à travers l'Eurozone. Notre pharmacien étant un enfant des temps de l'occupation et de la famine de 1941, il a bien détecté l'odeur de l'époque et le vent mauvais. L'occupation revient, et pas seulement que dans les stéréotypes. Peu importe si c'est autrement. L'éditorialiste Trangas (real-FM), tient Madame Merkel pour responsable de cette nouvelle mauvaise Europe, mais sur la place Syntagma on se disait que c'est plutôt l'Union Européenne qu'il faut briser. « Eh Grecs, l'U.E. est en train de nous tuer », a crié un homme devant le cyprès.
"Ce n'est pas un suicide, c'est un assassinat politique" - 5 avril 2012
Autour du cyprès - place de la Constitution 5 avril au matin
Les membres d'une équipe de documentaristes venus d'Allemagne se sont confiés il y a quelques jours à un de mes amis : « cette Europe est morte, elle fait du mal à tout le monde », c'est dommage, je n'ai pas pu les rencontrer.
Jeudi midi, Athènes sous une pluie fine, douceur.
Loukanikos - place de la Constitution - 4 avril 2012







Source: Greek crisis