vendredi 2 mars 2012

L’OTAN est responsable du chaos qui règne en Libye

par Ramzy Baroud


Le Foreign Office britannique et le Département d’Etat américain sont sérieusement préoccupés. Les responsables des agences de défense des Droits de l’Homme dans l’Organisation des Nations Unies sont en colère.

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Il y a près de 8000 prisonniers en Libye, donc un nombre important d’immigrés africains maltraités et absurdement accusés d’être des partisans de l’ancien régime. L’OTAN n’a que faire du racisme qui se donne libre cours aujourd’hui en Libye. Intérêts pétroliers et financiers d’abord !

Le Canada, pour une raison particulière, semble particulièrement furieux. La cible de toute cette fureur est le Conseil national de transition (CNT) libyen, qui est réprimandé pour ne pas s’opposer aux violations généralisées des Droits de l’Homme à travers le pays.

Tout cela a un air de déjà vu. Des groupes de surveillance des Droits tirent la sonnette d’alarme au sujet des violations dans certains pays du tiers monde. Des puissances occidentales réagissent en exigeant que des comptes soient rendus. Les médias en parlent jusqu’à ce qu’éventuellement ils passent à autre chose.
Cependant, cette fois-ci la situation exige plus qu’une simple accusé de réception dans une approche purement utilitaire des violations des Droits de l’Homme. Les accusateurs sont les chefs de file des Nations Unies et de l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN). C’est la formulation et l’interprétation sélective de la Résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU qui a mené à une guerre dévastatrice contre la Libye. La guerre a détruit un régime brutal et l’a remplacé par une autre - avec un coût qui se chiffre en dizaines de milliers de vies libyennes.

En ce qui concerne l’accusé, il n’est autre que le CNT, lui-même une construction politique de l’OTAN dont le rôle était d’assurer une transition politique en Libye qui serve les intérêts occidentaux.
L’affaire libyenne a été chorégraphiée d’une manière qui ressemble réellement à la façon dont l’Irak a été gérée après l’invasion de mars 2003. Les puissances occidentales prétendent agir pour assurer l’application du droit international, dans le but altruiste de débarrasser le monde de ses ignobles dictateurs « qui tuent leur propre peuple ». Mais la situation en Libye est apparemment moins gérable que prévu.

La mésaventure irakienne

Il s’est avéré que « mission accomplie » en Libye n’était encore qu’un autre canular. Le résultat n’est pas moins dévastateur que ce qui s’est produit en Irak.

L’actuelle situation en Libye promet un conflit à plusieurs niveaux impliquant de nombreuses milices, tribus et factions, toutes organisés autour d’objectifs idéologiques, familiaux et politiques qui sont uniques à la Libye.

La guerre contre la Libye a renforcé certains clans et leur a donné l’occasion de régler des comptes. Cela est souligné par la violence actuelle dans Bani Walid, qui a vu la généralisation des meurtres et des tortures contre ceux qui sont accusés d’être des loyalistes de Mouammar Kadhafi.

Tout ce qu’il faut à une milice pour justifier ses agressions contre n’importe quelle ville en Libye, c’est de déclarer qu’elle héberge des loyalistes de Kadhafi. Ce fut le cas à Bani Walid, une des dernières villes à se rendre. La dénonciation [de soi-disant « loyalistes »] est suffisante pour rendre tout acte d’agression et de torture en quelque sorte acceptable par les médias arabes comme occidentaux. Le CNT choisit simplement son camp de façon à que les nouvelles et puissantes milices lui restent fidèles, même si ce n’est que verbalement.

Tout cela va à l’encontre des calculs initiaux de l’OTAN. L’OTAN avait espéré qu’un CNT fort, et des milices bien contrôlées qui le soutiennent finiraient par se transformer en un prochain gouvernement du pays et en une armée nationale. Ce n’est pas le cas. La CNT a été mis en place au hasard, sans un réel mandat populaire, tandis que les milices sont encore dans leurs tranchées pour assurer que l’avenir de la Libye ne se fera pas au détriment des intérêts de leurs tribus, villes et factions. C’est un vrai cocktail pour une guerre civile.

La situation s’est aggravée après que les groupes de défense des Droits de l’Homme aient émis une critique cinglante de la situation désastreuse qui règne dans les prisons libyennes. Amnesty International a parlé de détenus qui meurent sous la torture. A Davos, le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme, Navi Pillay, a déclaré à l’Associated Press que diverses milices retiennent jusqu’à 8000 prisonniers dans 60 centres de détention à travers le pays. Dans ces centres, « il y a la torture, les exécutions sommaires, des viols d’hommes et de femmes ».

Les alliés de l’OTAN sont soucieux, bien sûr. Si le modèle libyen - un changement de régime imposé par une campagne de bombardements aériens - a complètement échoué, leur aventurisme militaire au Moyen-Orient souffrira encore d’autres revers. De plus, la poursuite de la mascarade libyenne continuera à susciter des accusations de crimes de guerre particulièrement graves commis par l’OTAN elle-même, qui prétend avoir déclenché la guerre contre la Libye « pour protéger les civils et les zones habitées par des civils sous la menace d’attaques ».

La guerre de l’OTAN contre la Libye a été commandée par un Canadien, le lieutenant-général Charles Bouchard. En juin dernier, le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird a déclaré que la Libye ne devrait pas s’attendre à passer de « Kadhafi à Thomas Jefferson ». Il a omis de préciser quel était le genre de démocratie que l’OTAN visait à instaurer avec ses 9600 frappes aériennes...

Fustiger les Libyens pour avoir omis de respecter les Droits de l’Homme, c’est de l’hypocrisie éhontée, d’autant que beaucoup de victimes de l’OTAN ne sont toujours pas recensées. Le comportement des milices et un CNT sans représentativité sont simplement une continuité de la violence de ces mêmes pays de l’OTAN qui se veulent aujourd’hui très exigeants sur la responsabilité, la démocratie et la primauté du droit.


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*Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com.
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