jeudi 8 mars 2012

Le Font de Gauche, on en cause...

Le programme du Front de Gauche revisité par Causeur, ça donne ça:
Par GdC

  … un petit caca nerveux universitaire posé délicatement au coin de nos toilettes auparavant plus propres par Monsieur Rouvillois, collectionneur d’impostures. Qui en est une lui-même.


Dans un long article publié sur Causeur par Frédéric Rouvillois et intitulé Jean-Luc Mélenchon ou les libertés mises au pas, ce modeste professeur d’université en droit public dont je n’avais jamais entendu parler avant ce papier tente d’appâter le chaland (le lecteur de causeur est friand d’ anticommunisme primaire, comme en atteste la provocation non dénuée d’arières-pensées de ce bon vieux D.Goux) en faisant croire qu’une grave menace planerait sur la démocratie française.

Le programme du Front de gauche serait de nature particulièrement agressif au point d’en être attentatoire à nos libertés fondamentales, comme en atteste son sous-titre : « Demandez le programme : il fait froid dans le dos ». Diantre ! Serais-je un admirateur de Mein Kampf ?

 Non seulement combattant de la cause du peuple mais par delà soucieux du respect des droits de l’homme, je suis donc allé m’enquérir plus loin dans le texte de ce qui pouvait bien causer tant d’émois, bien mal dissimulés par des tournures lexicales et autres circonvolutions langagières au style au moins aussi fleuri que celles qu’il dénonce chez son adversaire idéologique. Jugez plutôt :
« voué à jouer les supplétifs de François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a ce qu’il appellerait peut-être, dans ce langage fleuri dont raffolent les femmes du monde, « une veine de cocu  ». Mes lecteurs apprécieront l’honnêteté intellectuelle de ce Monsieur d’emblée, dès la lisière du texte. Et ce n’est pas fini.

Plus loin, il insulte séance tenante l’ensemble des militants et sympathisants du Front de gauche – dont on dit qu’ils sont de plus en plus nombreux – en ajoutant que «  peu d’analystes semblent avoir pris la peine d’examiner de près son fameux programme, L’Humain d’abord, préférant gloser sur ses bons mots, ses coups de gueule et ses froncements de sourcils. » Autrement dit, nous adhérons à un mouvement dont nous n’avons pas lu le programme. A moins que pour cet illustre professeur d’Université, nous ne soyons pas en mesure de le comprendre, c’est cela ? Mais il est vrai qu’on ne peut que difficilement sans doute à ses yeux nous qualifier d’ »analystes », n’ayant pas voix au chapitre universitaire, manants que nous sommes.

 Mais entrons dans le vif du sujet : les arguments qui font penser à ce Monsieur que nous sommes de dangereux bolchéviks ivres de sang et de représailles envers leur droit inaliénable à entasser toujours plus. « C’est ainsi que ses attaques contre la propriété privée se trouvent exprimée par une formule délicieuse, « Encourager d’autres formes de propriété ». Nous y voilà… La propriété, les vraies richesses…

Tout ce qui fait le cœur de la droite traditionnelle. Touchez l’un de ces  gens-de droite au cœur de son porte-monnaie, et vous voilà devenu illico presto terroriste sanguinaire, plus fasciste que Mussolini et Hitler réunis. L’accusation à quatre sous du communisme aussi attentatoire aux libertés publiques et tout aussi coupable de millions de morts que le nazisme n’est pas loin, en point Godwin toujours très proche de leurs lèvres si raffinées…

Pourtant, cet amalgame facile, lieu commun des réacs bien français, si peu revisité par l’intelligence et la connaissance que l’on pourrait prêter à un professeur d’université, néglige un simple détail qui m’habite malgré le fait que je ne sois pas communiste ni véritablement très féru d’histoire : le communisme français recèle la particularité de ne jamais s’être compromis dans quelque massacre que ce soit, à ce que je sache, et fut même l’un des acteurs clé de la lutte contre le nazisme et l’occupation allemande en France.

C’en fut à un point que De Gaulle lui-même ne pouvait rien leur refuser, tant il leur reconnaissait au moins cette action. Mais passons. Monsieur Rouvillois n’est pas plus que moi professeur d’histoire. J’eusse simplement espéré qu’il ne tente pas, par la simple vertu de la probité que je prête à la science qui devrait habiter tout professeur d ‘Université, qu’il ne tente pas si artificiellement de faire peur aux citoyens qui lisent Causeur, en leur agitant sous le nez ce chiffon rouge de l’atteinte aux droits inaliénables de chacun à posséder ce qu’il veut.

Car ce n’est pas de cela dont il s’agit, dans le programme du front de gauche, sans quoi je ne signerais pas les yeux fermés, tout aussi soucieux que lui de nos libertés communes. Simplement, cette citation que m’a enseignée autrefois un vieil instituteur à la retraite comme à bien d ‘autres certainement  vient limiter sa prétention à nous laisser tondre sans réagir : « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».

Et oui, qui est aveugle au point de ne pas voir que l’appétit sans limites de toujours posséder davantage de quelques uns vient empiéter sur celle d’autres, bien plus nombreux, de vivre dignement ? C’est de cela dont il s’agit, dans notre programme, c’en est le cœur, et je le défends. L’humain d’abord, plutôt que le profit à outrance, la cupidité sans limites, est-ce un crime aux yeux de Monsieur Rouvillois ? Nous sommes, au Front de Gauche, tous de dangereux criminels mus par la volonté de voir nos biens communs, comme l’eau, les énergies (gaz, électricité, nucléaire, énergies renouvelables) se reconvertir de nouveau en propriétés communes plutôt qu’en sources indécentes et inextinguibles de profits particuliers.

Nous considérons effectivement que ce n’est pas faire preuve d’un grand sens démocratique que de ne se laisser guider que par le seul profit et la gestion exclusivement financière de moyens de production au plus grand mépris de l’être humain, comme l’histoire économique et sociale nous le prouve tous les jours par de multiples incidents qui n’étonnent plus personne tant ils sont récurrents. Des incidents qui nous laissent entrevoir qu’entre l’appât du gain et la survie d’un être humain, certains n’hésitent guère… Doit-on pour seul exemple les laisser multiplier les plans sociaux maquillés habilement en Plans de Sauvegarde de l’Emploi permettant de licencier pour des motifs économiques qui ne le sont pas des salariés dont la société fait des bénéfices, dans le seul intérêt de quelques patrons voyous, au détriment de celui de tous les autres, au nom du principe de propriété dont se prévaut ce distingué professeur de droit ?

Vient ensuite la question de la laïcité. Décidément, elle intéresse beaucoup, ces derniers temps… On se demande sous la pression de quel vent contraire. On passera sous l’habituelle référence à l’engagement maçonnique de Jean-Luc Mélenchon qu’il assume totalement, si habituellement brandi par une certaine droite, généralement plutôt extrême, par méconnaissance et pour cause : en maçonnerie, tout un chacun est libre d’adopter les positions politiques qu’il veut, une seule étant incompatible de par les discriminations qu’elle implique avec son exercice compte-tenu de l’idéal humaniste qui guide les maçons…. je la laisse deviner à votre compréhension pour ne pas risquer d’insulter ce Monsieur. Je sais simplement au travers de l’expérience de mon fils qui fait son droit qu’être vraiment de gauche en faculté de droits n’est pas une sinécure… Comme on dirait sur twitter, #jedisçajedis rien…

Mais pour arrêter de jouer au chat et à la souris avec Monsieur Rouvillois dont je me moque éperdument comme Mélenchon avoue avec le courage du politiquement incorrect son plus profond mépris pour les Le Pen, je tiens à signaler que ce qui dérange peut-être le plus ces gens de la droite dure, et de l’extrême-droite, au delà même de la notion de propriété, c’est justement celle de laïcité.

Qui en est aujourd’hui le plus farouche défenseur ? Qui a le courage, au risque de froisser des intérêts particuliers très puissants, de proposer la suppression du concordat Alsace-Moselle, cette verrue historique incongrue dans l’égalité de tous les citoyens sur le territoire envers la nécessaire laïcité ?
Qui est le plus intraitable envers les prières de rue quelle qu’en soit la confession, sans distinction ? Qui ne pratique pas une laïcité à géométrie variable de nature à stigmatiser certaines communautés qui se sentent aujourd’hui intolérablement montrées du doigt de manière un peu trop systématique sous les prétextes les plus fallacieux et ridicules ?

Brandir en outre l’argument de la laïcité en premier lieu pour évoquer ensuite le scandale qui consisterait à ne pas financer des écoles privées sous prétexte que la liberté d’enseignement devrait être garantie est particulièrement hypocrite et relève de l’argument spécieux : nous ne sommes pas pour l’interdiction de l’enseignement privé, sous réserve qu’il soit financé par des fonds privés, ce qui est autrement plus logique et cohérent que la position de ce professeur de droit bien gauche en matière de positionnement politique cohérent.

Mais il est vrai que le financement de l’enseignement privé posait beaucoup moins de problèmes quand l’Eglise était davantage fréquentée par des fidèles pratiquant plus volontiers la foi du charbonnier. Maintenant qu’elles sont désertées, il faudrait donc que les athées et autres incroyants compensent ce manque à gagner en  finançant ces écoles que les gens de droite conçoivent de plus en plus comme une prestation destinées à leurs seuls enfants, qui répondent de plus en plus à des démarches de normalisation qualitative directement importées du milieu de la production technique ? On croit rêver.

Vient ensuite le quatrième pilier de la cathédrale rhétorique de Monsieur Rouvillois, puisque nous avons balayé tous les autres (droit de propriété, liberté d’entreprendre, liberté scolaire, liberté religieuse) : la liberté d’expression. Je ne me vois même pas étonné qu’il apparaisse pour clore le portrait de ce merveilleux procès en sorcellerie et en étouffement de nos libertés communes que nous dresse si aimablement, l’air de ne pas y toucher,  notre cher petit professeur de droit qui se croit bien adroit, mais se révèle finalement sans surprise bien à droite.

Qui d ‘autre en effet aurait pu tenter d’attaquer si frontalement Monsieur Mélenchon, sinon l’un des dépositaires de cette confrérie des mangeurs de viande non halal ? Il faut savoir en effet que je sais et je sens qu’invariablement, les sympathisants du Front national, de la droite dite populaire (qui l’est de moins en moins et c’est tant mieux) et du sarkozysme pitoyable qui s’étale dans les tribunes du Figaro et de Causeur en ce moment, revendiquent infatigablement leur liberté d’expression pour nous faire subir les pires avanies. Ainsi, sous prétexte de liberté d’expression, il serait attentatoire aux libertés fondamentales (fondamentalistes?) de protester avec énergie contre cette haine de l’autre, cette stigmatisation permanente de nos concitoyens supposés se rendre à la Mosquée de par leur seul patronyme à consonance extra-européenne…

Il serait inadmissible de traduire des Zemmour et autres Hortefeux devant la justice en application d’une loi contre les discriminations au seul motif que la liberté d’expression devrait être inviolable. Se moquer de ce qu’ils nomment entre eux les “droits de l’hommiste” est du dernier chic.   Il m’est opportun d’avouer ici que j’ai de la liberté d’expression une conception plus noble que celle de dire tout et n’importe quoi et surtout, en l’occurrence, le pire, tout ce qui nous tire vers le bas, tout ce qui flatte les bas instincts, tout ce qui entretient la méfiance, la suspicion généralisée, l’intoxication relationnelle du bien vivre ensemble érigée en loi universelle,  sous l’effet d’une paranoïa caractérisée par le fantasme de l’invasion arabe.

Alors que notre pays ne fait que changer, s’adapter, se diversifier, s’aérer les gênes, se mélanger pour former de plus bâtards que nous sommes tous et c’est tant mieux.  Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de notre pays, et c’est l’un des points qui fait notre force.  Et contrairement aux suisses recroquevillés sur eux-mêmes, j’espère que les français sauront se montrer plus ouverts et plus assimilants, et laisseront construire les lieux de prière nécessaires. Quoi de plus logique quand on est soucieux de la dignité humaine de nos concitoyens ? Mais je suis confiant : là où les politiques mettent des murs couverts de barbelés dans tous leurs discours,  mes concitoyens répondent en majorité par le plus fort taux de mariages mixtes en Europe, et je me vante de m’en enorgueillir : quelle plus grande preuve d’intégration et de générosité ? Quelle plus grande preuve indubitable d’échec des discours convenus relevant de la théorie des chocs de civilisation qui n’a rien de très humain, ni de très humaniste?

 Pourtant, malgré l’évidence de ces phénomènes de discriminations, Monsieur Rouvillois choisit de s’en moquer, les niant, raillant notre volonté de vouloir rétablir la Halde, et d’en décentraliser l’action, y voyant des miradors établis sur tout le territoire dans une incroyable folie relevant de l’inversion rhétorique. Effectivement, lutter contre le racisme, la xénophobie, l’homophobie, le machisme, le sexisme, je conçois que cela puisse paraître  intolérable, pour un tel individu. Parler d’ « amoindrissement des libertés » pour un point de notre programme de nature à justement garantir celles des femmes, par exemple, à être traitées de manière égalitaire, voilà qui est particulièrement significatif d’un certain état d’esprit…

 Qu’on me permette ici, dans cet espace de liberté personnel, mais néanmoins public, de ne point le partager.

Auteur : GdC - Source : Les échos de la gauchosphère  via: Dazibaoueb

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