samedi 3 mars 2012

Coup de grâce

Werner Lambersy, poète belge flamand écrivant en langue française. Il présida un temps aux destinées du Centre Culturel Belge. D'une prolixité à toute épreuve, il a non seulement enfanté un nombre considérable de recueils, mais également un nombre incalculable de recueils considérables. En dépit d'un flux poétique intarissable, il réussit l'exploit de se renouveller sans cesse, passant des formes les plus complexes aux plus simples (une simplicité qui jamais ne se fait facilité), du plus classique au plus avant-gardiste (et vice versa), en demeurant à chaque instant unique.

POÈME DU COUP DE GRÂCE (extrait)

Seigneur
on tue on  viole
on pille
on assassine des continents entiers

et le commerce de détail
ne va pas mal
non plus

l'état torture
on terrorise la rue
une balle dans la tête
est l'argument des croyants

la faim est l'arme anonyme
des multinationales
la drogue
fait plus de dégâts que la dialectique

la poésie s'enfuit
sur un vaisseau spatial et
regarde le vide

Les poètes
contemplent leur nombril
et attendent les critiques

Notre inconscient travaille
dans la pub
où il fait des affiches
et nous vendons nos enfants
à la banque qui déjà
nous possède

le monde est une vidéo
l'avenir
une info qui traîne
encore dans quelques vieux journaux

Un mort ici
en vaut dix mille ailleurs

Les chevaux de l'apocalypse
broutent en bordure
des villes

On a fait récemment
de la colle et du savon avec
des gens très ordinaires

Le bonheur n'est plus qu'une forme un
peu coûteuse de l'oubli

L'argent décide
Le reste décède selon l'usure
qu'on lui accorde

le pouvoir
demeure le plus bas degré
de l'être
et c'est pourquoi toujours
il obéit

la beauté
c'est lorsque même les rides
sont belles
et que l'œil étonné n'épuise
pas le ciel

Extrait du "Journal d'un athée provisoire" de Werner Lambersy (Éditions Phi)

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