vendredi 30 mars 2012

Sur l’Eloge de la fuite, ou la question des stratégies de domination


Ceux que la sociologie déprime ou que la psychologie débecte s’abstiendront de lire L’éloge de la fuite, d’Henri Laborit. Les autres, prêts à accepter de connaitre "l’ennemi" – la domination sociale rampante et omniprésente - afin d’y être un peu moins soumis, trouveront ici leur bonheur. Car avec ce livre, Laborit apporte une nouvelle grille de lecture des comportements humains. Salutaire.

Sur l’Eloge de la fuite, ou la question des stratégies de domination

"Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent, et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change."
Dialogue d’Henri Laborit dans Mon oncle d’Amérique, d’Alain Resnais, film que ses théories ont inspiré et dans lequel il jouait son propre rôle. __3__
Le système nerveux. Cette chose commune à tous les animaux, leur permettant - avant tout - de survivre. Et qui, si on suit la théorie scientifique de L’éloge de la fuite, nous guide inconsciemment dans chacune de nos actions. Rend possible toutes les stratégies de domination, matrice essentielle de compréhension de notre organisation économique et sociale, du système politique et de la société de consommation. [1]
Le système nerveux, base d’une domination omniprésente
Chirurgien, biologiste, spécialiste du système nerveux, inventeur de drogues psychotropes, philosophe "vulgarisateur" des neurosciences… Multidisciplinaire, Henri Laborit a su montrer une rare capacité d’extrapolation de sa formation scientifique [2] afin de faire émerger une matrice de compréhension des comportements animaux et humains plus performante. Il fut le premier à exprimer l’idée que le système nerveux peut être responsable de tous nos actes, mais aussi, partant, du système de domination sociale. Et à construire toute une philosophie autour, faisant ainsi des liens uniques entre biologie animale et organisation sociale.
Dès le début de L’Eloge de la fuite, Laborit tape un grand coup en s’acharnant à détruire toute idée d’amour (déjà bien écornée par les déterminismes sociologiques et psychologiques) :
"Il [le mot « amour »] donne bonne conscience, sans gros efforts, ni gros risques, à tout l’inconscient biologique. Il déculpabilise, car pour que les groupes sociaux survivent, c’est-à-dire maintiennent leur structure hiérarchique, les règles de la dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes humains soient ignorées. Leur connaissance, leur mise à nu, conduirait à la révolte des dominés, à la contestation des structures hiérarchiques."
Puis il s’intéresse à l’homme et à son rapport a la mort, considérée comme le plus grand des facteurs de créativité :
"Même en écarquillant les yeux, l’homme ne voit rien. Il tâtonne en trébuchant sur la route obscure de la vie, dont il ne sait ni d’où elle vient, ni où elle va. Il est aussi angoissé qu’un enfant enfermé dans le noir. C’est la raison du succès à travers les âges des religions, des mythes, des horoscopes, des rebouteux, des prophètes, des voyants extralucides, de la magie et de la science d’aujourd’hui. Grâce à ce bric-à-brac ésotérique, l’homme peut agir. Du moins il ne demande qu’à le croire pour soulager son angoisse. Mais, dès sa naissance, la mort lui passe les menottes aux poignets. C’est parce qu’il le sait, tout en faisant l’impossible pour ne pas y penser, qu’il est habituel de considérer que lorsque des primates ont enterré leurs morts en mettant autour d’eux leurs objets familiers pour calmer leur angoisse, dès ce moment, ces primates méritent d’être appelés des Hommes."
Il développe l’idée du plaisir comme recherche fondamentale de l’être humain, contrecarrée par la tradition judéo-chrétienne au profit, une fois de plus, du système de dominance :
"Toute une idéologie de la souffrance est ainsi née au cours des siècles, qui a permis aux dominants de s’abreuver aux sources du plaisir en persuadant les dominés qu’ils avaient bien de la chance dans leur souffrance car elle leur serait remboursée au centuple dans l’autre monde."
Et ce lavage de cerveau touche également l’idée du travail :
"On aurait pu espérer que, libérés de la famine et de la pénurie, les peuples industrialisés retrouveraient l’angoisse existentielle, non pas celle du lendemain, mais celle résultant de l’interrogation concernant la condition humaine. On aurait pu espérer que celle résultant du temps libre, autorisé par l’automation, au lieu d’être utilisé à faire un peu plus de marchandises, ce qui n’aboutit qu’à mieux cristalliser les dominances, serait abandonné à l’individu pour s’évader de sa spécialisation technique et professionnelle. En réalité, il est utilisé pour faire un recyclage au sein de cette technicité en faisant miroiter à ses yeux, par l’intermédiaire de cet accroissement de connaissances techniques et de leur mise à jour, une facilitation de son ascension hiérarchique, une promotion sociale. Ou bien on lui promet une civilisation de loisirs. Pour qu’il ne puisse s’intéresser à l’établissement des structures sociales, ce qui pourrait le conduire à en discuter le mécanisme et la validité, donc à remettre en cause l’existence de ces structures, tous ceux qui en bénéficient aujourd’hui s’efforcent de mettre à la disposition du plus grand nombre des divertissements anodins, exprimant eux-mêmes l’idéologie dominante, marchandise conforme et qui rapporte."
La vision de Laborit englobe ainsi tous les domaines de la vie quotidienne, avec une rare acuité. Mais c’est quand il évoque les stratégies de domination que le scientifique se révèle le plus percutant.
Rappelons d’abord que le système nerveux permet la conservation du corps et de l’esprit de l’être vivant. Face à chaque situation, c’est lui qui nous dicte la conduite à tenir et enregistre inconsciemment l’effet positif ou négatif de la réponse apportée, grâce à sa capacité de mémorisation. Il nous pousse ainsi à toujours rechercher le plaisir ou, du moins, le minimum de déplaisir.
Une philosophie de l’action
Selon Laborit, face à une situation de tension, il existe trois possibilités.
- L’homme réagit, il "combat", et le résultat est positif. Il a su faire cesser le stress, mais est rentré dans le jeu de domination. "Jeu" qui génère constamment davantage d’angoisse, afin de conserver ou d’améliorer sa place sur l’échelle hiérarchique, incarnée par la société de consommation.
- L’homme réagit, mais le résultat est négatif. Dans ce cas le système nerveux risque, par la suite, d’inhiber l’action, d’empêcher l’individu d’agir, ce qui est la situation qui génère le plus de tension, de stress et d’angoisse.
- Ultime option, la fuite. Celle-ci s’opère grâce à la mémoire, qui "apporte de l’information a la matière", c’est-à-dire qui permet d’imaginer. L’homme évite ainsi de rentrer dans le jeu des "dominances", se préserve et construit en même temps quelque chose de typiquement humain, de totalement personnel, en "fuyant" dans l’imaginaire.
Pour Laborit, c’est là le seul palliatif acceptable et utile. Il place ainsi la création au sommet de tout, et en fait le principe le plus important qui soit, le seul qui nous permette d’avoir une chance d’évoluer dans un sens intéressant.
Problème : même dans l’imaginaire, l’homme n’est pas vraiment responsable de ce qu’il fait, puisqu’il reste guidé par le système nerveux. En revanche – et c’est tout le sens du combat du scientifique – le fait d’en être conscient représente le premier pas vers un début de "libération".
Une profonde philosophie politique.
La facette politique ? Elle s’affirme tout d’abord avec la critique des deux systèmes des années 1970, les ogres capitalistes face aux grand méchants Loups soviétiques. Les premiers ont l’argent et l’accumulation de biens matériels pour matrice principale du système de dominance ; les seconds ont vidé la société de cette dimension pour ne conserver qu’un système de domination hiérarchique d’autant plus fort. De manière scientifique, Laborit éclaire ainsi sous le jour de la domination frénétique des uns sur les autres les systèmes politiques et économiques de son temps :
"Les sociétés libérales ont réussi à convaincre l’individu que la liberté se trouvait dans l’obéissance aux règles des hiérarchies du moment et dans l’institutionnalisation des règles qu’il faut observer pour s’élever dans ces hiérarchies. Les pays socialistes ont réussi à convaincre l’individu que lorsque la propriété privée des moyens de production et d’échanges était supprimée, libéré de l’aliénation de sa force de travail au capital, il devenait libre, alors qu’il reste tout autant emprisonné dans un système hiérarchique de dominance."
Mais plus que sa critique du système soviétique, c’est lorsqu’il parle de la société capitaliste, de celle qui pousse sans cesse à la consommation, que Laborit touche au point sensible. Parce qu’il décrit un système de domination auquel personne ne peut échapper. Encore moins au niveau individuel : on ne fuit pas son propre système nerveux… On apprend à vivre avec, à la rigueur : ceux qui sont en bas de l’échelle gardent l’espoir de monter ou exercent leur domination dans d’autres domaines que le professionnel, en famille ou au café du coin, s’arrangeant avec la réalité pour qu’elle ne leur fasse pas trop mal à la tête.
La grande imposture, c’est d’avoir réussi à suffisamment laver les cerveaux pour rendre les hommes complices et acteurs de leur propre domination. D’abord en leur crevant les yeux, pour qu’ils ne puisse plus la voir. Puis, lorsqu’elle est trop évidente, en leur apprenant à la désirer et en leur faisant croire qu’ils ont intérêt à jouer le jeu. En leur figurant - surtout - que l’accumulation de biens matériels peut être suffisante pour calmer sa frustration. Jusqu’à l’organisation des loisirs - enfin - pour éviter que les hommes ne se posent trop de questions "existentielles".
Mais, à ce jeu, chacun est perdant. Même ceux qui sont en haut de l’échelle ne vivent plus qu’en fonction de cela. Peut-on encore appeler ça "vivre" ?
La matrice est donc cette accumulation de biens matériels, avec tout ce qui va avec (obsolescence programmée, pollution, abrutissement des masses…). Pour remplacer la guerre de chacun contre tous. Parce que c’est censé être mieux que de "vivre comme des bêtes". Parce que ça permet aux hommes d’oublier qu’ils restent soumis, comme tous les animaux, aux pulsions d’un système nerveux les faisant rentrer dans les échelles de domination. Tout juste : le lieu du combat a été déplacé. Sans que ça ne change rien au fond.
Ainsi, même dans la contestation, l’homme se bat toujours pour ses propres intérêts :
"Croire que l’on s’est débarrassé de l’individualisme bourgeois parce que l’on s’exprime à l’ombre protectrice des classes sociales et de leurs luttes, que l’on semble agir contre le profit, l’exploitation de l’homme par l’homme, les puissances d’argent, les pouvoirs établis, c’est faire preuve d’une parfaite ignorance de ce qui motive, dirige, oriente les actions humaines et avant tout de ce qui motive, dirige et oriente nos propres jugements, nos propres actions."
Si la défense de leurs intérêts est flagrante chez certains dominants – d’ailleurs parfois assumée [3] - , c’est moins le cas lorsqu’elles se cachent sous le fard des bons sentiments et du bien collectif, surtout quand cette culture de la "contestation" est avalisée par le système en place. Ainsi : "En pays capitalistes (…), le système, cimenté par la puissance adhésive de la marchandise, accepte, pourvu qu’elle se vende, toute idée, même révolutionnaire. Sa vente ne peut que favoriser la cohésion du système et montrer le libéralisme idéologique de la société qui l’autorise."
Même l’image des soi-disant héros, martyrs mourant pour une cause, passe à la moulinette de sa grille de lecture "déterministe" (parfois trop, même… c’en devient un peu déprimant…).
A la rigueur, seules quelques tendances libertaires gardent grâce à ses yeux, à la seule condition que l’idée du système à atteindre soit constamment remise en cause à mesure que l’homme avance dans sa direction, et que de nouveaux obstacles imprévus – montrant l’évidente et nécessaire imperfection de tout système se voulant idéal - se dressent sur le chemin infini de la perfectibilité sociale.
Surtout, le seul critère permettant de choisir une idéologie politique selon Laborit est celui de "la defense de la veuve et de l’orphelin" :
"Toute autorité imposée par la force est à combattre. Mais la force, la violence, ne sont pas toujours du côté où l’on croit les voir. La violence institutionnalisée, celle qui prétend s’appuyer sur la volonté du plus grand nombre, plus grand nombre devenu gâteux non sous l’action de la marijuana, mais sous l’intoxication des mass media et des automatismes culturels traînant leur sabre sur le sol poussiéreux de l’histoire, le violence des justes et des bien-pensants, ceux-là même qui envoyèrent le Christ en croix, toujours solidement accrochés à leur temple, leurs décorations et leurs marchandises, la violence qui s’ignore ou se croit justifiée, est fondamentalement contraire à l’évolution de l’espèce. Il faut la combattre et lui pardonner car elle ne sait pas ce qu’elle fait. On ne peut en vouloir à des êtres inconscients, même si leur prétention a quelque chose d’insupportable souvent. Prendre systématiquement le parti du plus faible est une règle qui permet pratiquement de ne jamais rien regretter. Encore faut-il ne pas se tromper dans le diagnostic permettant de savoir qui est le plus faible. (…) Et tout cela n’est valable que si vraiment vous ne pouvez pas vous faire plaisir autrement. Si, en d’autres termes, vous êtes foncièrement masochiste. Sans quoi, la fuite est encore préférable et tout aussi efficace, à condition qu’elle soit dans l’imaginaire. Aucun passeport n’est exigé."
Pas de solution toute faite ni de Grand soir, donc. Il faut chercher, seulement. Dans une direction peut-être meilleure que les autres, mais sans la considérer comme quoi que ce soit d’absolu…
Attention : cela ne signifie pas qu’il ne faille pas agir. Seulement qu’on ne peut prédire le résultat de l’action avec certitude. "Mais cela veut dire aussi que toute action fondée sur l’utopie a plus de chance de se révéler efficace que la reproduction balistique des comportements anciens. La seule chose dont nous puissions être sûrs, c’est qu’au niveau des sociétés humaines l’évolution existe."
Une piste pour sortir du marécage déterministe
Clairement, Laborit ne nous épargne pas. Ce réquisitoire implacable, démontrant notre soumission constante aux échelles de domination, peut pousser à la déprime. Pourtant, ce n’est pas du désespoir qui émerge de cette entreprise de destruction systématique, au contraire même. Partant du principe que la politique de l’autruche ne sert pas à grand chose, et considérant que la conscience éclaire, le choc est en fait salvateur :
"En réalité, ce que l’on peut appeler ’liberté’, si vraiment nous tenons à conserver ce terme, c’est l’indépendance très relative que l’homme peut acquérir en découvrant, partiellement et progressivement, les lois du déterminisme universel. Il est alors capable, mais seulement alors, d’imaginer un moyen d’utiliser ces lois au mieux de sa survie, ce qui le fait pénétrer dans un autre déterminisme, d’un autre niveau d’organisation qu’il ignorait encore."
L’acceptation et la compréhension de ces logiques ne provoquent pas l’inhibition, mais nous renforcent dans une autre dimension inexpliquée, aux ramifications infinies et aux possible impensables, ceux de la "fuite" constructive dans la création.
"L’imaginaire s’apparente ainsi à une contrée d’exil où l’on trouve refuge lorsqu’il est impossible de trouver le bonheur parce que l’action gratifiante en réponse aux pulsions ne peut être satisfaite dans le conformisme socio-culturel. C’est lui qui crée le désir d’un monde qui n’est pas de ce monde. Y pénétrer, c’est ’choisir la meilleure part, celle qui ne sera point enlevée’. Celle où les compétitions hiérarchiques pour l’obtention de la dominance disparaissent, c’est le jardin intérieur que l’on modèle à sa convenance et dans lequel on peut inviter des amis sans leur demander, à l’entrée, de parchemin, de titres ou de passeport. C’est l’Eden, le paradis perdu, où les lys des champs ne filent, ni ne tissent. On peut alors rendre à César ce qui est à César et à l’imaginaire ce qui n’appartient qu’à lui. On regarde, de là, les autres vieillir prématurément, la bouche déformée par le rictus de l’effort compétitif, épuisés par la course au bonheur imposé qu’ils n’atteindront jamais."
C’est là le seul moyen, finalement, de laisser une empreinte sur la terre. Vivre dans l’esprit des autres. Eviter les logiques de domination et l’angoisse qui en résulte. Avancer. Faire quelque chose d’utile de sa vie.
"La seule façon que nous ayons de survivre, de ne pas mourir, c’est à l’évidence de nous incruster dans les autres et, pour les autres, la seule façon de survivre c’est de s’incruster en nous. Mais cette incrustation n’est pas celle de l’image tronquée qu’un individu peut fournir de lui-même, toujours passagère et fugitive, mais celle des concepts qu’il a pu engendrer."
Reste une question : pourquoi avoir si peu entendu parler de ce livre fondamental ? Simple : tous ceux qui détiennent du poiuvoir au sein de la pyramide sociale n’ont aucun intérêt à ce que ces idées subversives [4] ne se transmettent trop.
"Ceux qui profitent de cette ignorance, sous tous les régimes, ne sont pas prêts à permettre la diffusion de cette connaissance. Surtout que le déficit informationnel, l’ignorance, sont facteurs d’angoisse et que ceux qui en souffrent sont plus tentés de faire confiance à ceux qui disent qu’ils savent, se prétendent compétents, et les paternalisent, que de faire eux-mêmes l’effort de longue haleine de s’informer."
Le seul moyen de sortir de ce bourbier serait donc de "réinventer les relations interindividuelles", au niveau mondial si possible. Sinon, ne reste que la fuite dans l’imaginaire…
"C’est le propre de la condition humaine et c’est l’éloge de la fuite, non en arrière mais en avant, que je suis en train de faire. C’est l’éloge de l’imaginaire, d’un imaginaire jamais actualisé et jamais satisfaisant. C’est la Révolution permanente, mais sans but objectif, ayant compris des mécanismes et sachant utiliser des moyens sans cesse perfectionnés et plus efficaces. Sachant utiliser des lois structurales sans jamais accepter une structure fermée, un but à atteindre."

Notes

[1] Nul besoin - n’est-ce pas - d’évoquer ici Bourdieu. Vous êtes lecteurs trop cultivés pour un si évident rappel…
[2] "Il y a bien Edgar Morin, Michel Serres ou d’autres scientifiques plus engagés dans la société civile ou dans la reliance disciplinaire, au-delà de la spécialisation, mais tous restent dans un humanisme bien plus classique. Penser en laboratoire et ne pas étendre à la société et à la possibilité générale d’une prise de conscience de l’homme sur son fonctionnement nerveux ou cérébral : comme s’il y avait trop d’intérêt au fond à ce que cet être humain reste prisonnier de ses habitus comportementales", souligne ainsi un certain Guillaume Bryon, sur le site Culturopoing.
[3] Ainsi du milliardaire américain Warren Buffett affirmant : "La lutte des classes existe, et c’est la mienne qui est en train de la remporter."
[4] Comme toute théorie scientifique tendant à éclairer et remettre en cause le système de domination existant. Comme toute philosophie politique allant dans ce même sens. Evidemment, une théorie qui mêle les deux…


Source: Beez

jeudi 29 mars 2012

Commentaires autour de "Sarkozy, bilan de la casse". Fondation Copernic.



René HAMM

Jamais, sous la Vème République, un Président n’aura connu d’emblée une telle érosion de sa cote de popularité, qui reste à un niveau très faible à l’issue de son mandat. En cause, essentiellement son style, ses mauvaises manières, sa morgue, son cynisme, comme par exemple le jeudi 1er mars dernier, lorsque, en visite dans la commune basque d’Itxassou, il avait rétorqué « moi, je ne suis pas propriétaire de quarante hectares, hein, okay ? » à Christine et Philippe Saint-Esteven, agriculteurs-éleveurs se plaignant de « vivoter » en dépit des innombrables heures de labeur quotidien (1).



Cet opuscule auquel soixante-quatre auteurs ont prêté leur plume liste l’ampleur des dégâts sous forme d’un abécédaire de cent vingt-huit entrées. Quelques chiffres illustrent la distorsion entre les pieux discours sur la nécessité de la rigueur pour les classes populaire et moyenne et les cadeaux consentis par le chef de l’État à sa clientèle. Les allocations logement ont été réduites de 240 millions d’euros en 2011 ; à la même période, 14400 bénéficiaires ont reçu du Trésor 591 millions d’euros au titre du « bouclier fiscal » (2), une disposition plafonnant l’assiette globale. Le gouvernement l’a supprimée, le 28 juillet 2011.

Mise à l’encan

La loi Travail, Emploi, Pouvoir d’achat du 21 août 2007 avait abaissé le seuil à 50% du revenu déclaré d’un contribuable, intégrant la contribution sociale généralisée et celle pour le remboursement de la dette sociale. Sur cinq exercices, 2,679 milliards ont été ristournés à 83473 bénéficiaires, certains d’entre eux se voyant gratifiés à plusieurs reprises d’une cagnotte croquignolette. Tout en ayant très largement profité de cette mesure (elle a engrangé 100 millions en cinq ans), Liliane Bettencourt, dont la fortune dépasserait 17 milliards, n’acquitterait, selon Thomas Piketty (3), des impôts qu’à hauteur de…6%. Le 22 novembre 2011, Mediapart a révélé que l’héritière et principale actionnaire de l’Oréal a dû régler un redressement de 77 752 139 euros pour la période de 2004 à 2010. Elle avait dissimulé l’existence de douze comptes domiciliés en Suisse et à Singapour. Les cinq cent quatre « niches » permettent d’abriter légalement beaucoup d’argent. Manque à gagner : 75 milliards au bas mot. La fraude représente 50 milliards. Une grosse part de ce magot repose dans des coffres de « paradis fiscaux ». Chaque année, les multiples dérogations à l’impôt sur les sociétés privent la collectivité de 66 milliards. Les 10% d’individus qui détiennent 48% du patrimoine national n’éprouvent que très marginalement les effets de la « crise ». La pauvreté touche 13,5% de la population de la cinquième puissance économique. Faute de moyens, 30% de nos compatriotes ne consultent plus ni médecin, ni dentiste, et n’achètent plus de remèdes. La mise à l’encan de la notion de « service public » apparaît comme une des tares d’envergure de l’ère Sarkozy and co. La loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital, relative aux patients, à la santé et aux territoires, encadre la « modernisation des établissements ». La politique en ce domaine tend surtout à réduire le volume des dépenses, en transformant progressivement les hôpitaux en des cliniques rentables et en organisant le transfert des remboursements de la Sécurité sociale vers les mutuelles et les compagnies d’assurances. L’accroissement de l’activité constitue le moyen primordial pour gonfler les recettes, conformément au principe de la tarification à l’acte. L’encouragement d’une logique inflationniste aveugle semble contradictoire avec l’impératif de réaliser des économies. Non, pas tant que cela, car les compressions impactent le budget du personnel, par le gel de postes, comme à l’Assistance publique de Paris où il manquerait six cents infirmières, ou le non-remplacement systématique des absent(-e)s. Corollaires : une qualité des soins fatalement dégradée et des charges de plus en plus lourdes infligées à des agents au bord de la rupture. Le décret du 29 mai 2008 avait, dans le cadre de la nouvelle carte judiciaire, réduit de 271 à 210 le nombre des Conseils prud’hommaux, chargés d’examiner des contentieux qui se multiplient dans des proportions énormes. Que nos dirigeants aient repoussé l’âge du départ à la retraite constitue un double scandale : lorsque la droite a repris les rênes de Matignon, le 7 mai 2002, les comptes affichaient un quasi-équilibre ; notre pays est un de ceux dans l’Union européenne où les salarié(-e)s subissent des conditions et un climat de travail globalement parmi les plus pénibles. Leur imposer une rallonge relève du sadisme

« Révolution copernicienne… »

Stress, burn-out générés par la précarité, l’obligation du chiffre, les méthodes managériales, parfois la concurrence acharnée entre collègues, dans le privé comme dans la fonction publique, affectent plus de 40% des actif(-ve)s. Alors qu’environ onze mille personnes se suicident chaque année en France, les auteurs du présent ouvrage évaluent à près de quatre cents celles qui mettent fin à leurs jours pour des motifs directement liés à l’exercice de leur profession. Le 29 février, Jérémy Buan, cadre supérieur de 28 ans, s’était défénestré du quatrième étage de la poste centrale rennaise. Le 8 mars, Jacky Goeller (58 ans), technicien d’intervention chez Orange à Schiltigheim (Bas-Rhin), s’était tiré une balle dans la tête à son domicile de Daubensand. Dans une lettre destinée à son épouse, il a imputé à la hiérarchie la responsabilité de son geste désespéré, se plaignant notamment du programme automatisé de gestion du plan de travail, « outil de coercition et de flicage », selon la CGT. « Open : votre maison connectée en un seul abonnement. La vie change avec Orange », entend-t-on dans un des derniers spots… Le 11 mars, Bruno Peuziat (42 ans), responsable des ressources, de la gestion, de la sécurité et de la sûreté à la plate-forme du courrier à Trégunc (Finistère), s’était pendu dans les locaux de son employeur. Aucun(-e) politicien(-ne) n’avait évoqué, contrairement aux réactions consécutives à la tuerie du 19 courant au collège-lycée Ozar Hattorah de Toulouse, une « tragédie nationale » ou exhorté à « la mobilisation de la République toute entière »…

« L’environnement, ça commence à bien faire ! » : cette saillie balancée, le 6 mars 2010, au Salon de l’agriculture, résume parfaitement l’approche de Nicolas Sarkozy en ce domaine. Le Grenelle, initié le 21 mai 2007, sous sa houlette et celle de Jean-Louis Borloo, avait affiché un projet plutôt ambitieux, contrastant, en théorie, avec le surplace de l’époque où des ministres verts siégeaient au cabinet (4). Lors de la restitution officielle des travaux préparatoires, en date du 25 octobre 2007, le chef de l’État avait conféré à cet événement le statut de « New deal », de « révolution copernicienne dans nos façons de penser, de décider, dans nos comportements, nos objectifs et critères » (rien que ça !). Des rencontres et consultations diverses émanèrent deux cent soixante-huit engagements que trente-quatre comités mettraient en œuvre. La loi du 3 août 2009 vise la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre, le transfert du fret routier (94%) vers d’autres modes, confirme la création d’un carnet de santé du salarié retraçant les expositions aux matières dangereuses, le renforcement du contrôle des éco-organismes... Celle du 12 juillet 2010 comprenant deux cent quarante-huit articles porte sur l’application des dispositions dans l’ensemble des secteurs couverts par les six groupes de travail. Parmi les préconisations : la construction de bâtiments plus sobres énergétiquement, la rénovation thermique du parc ancien (5), la priorité aux transports collectifs tout en recommandant le recours à des véhicules électriques ou hybrides rechargeables, l’expérimentation, puis l’élargissement de l’étiquetage environnemental sur les marchandises, la maîtrise des substances phytopharmaceutiques dans l’agriculture et l’encouragement au bio, l’instauration d’une nouvelle gouvernance écologique en désignant des associations représentatives conviées à participer au dialogue institutionnel, la lutte contre toutes sortes de nuisances, la prise en compte de risques émergents (ondes électromagnétiques, nanotechnologies...).

Aberrations et esbroufe

Si le rapport « indépendant » ( !?!) de 170 pages que la société Ernst & Young (6) avait remis le 2 novembre 2010 à ses commanditaires a évidemment dressé un tableau flatteur, douze jours auparavant, le Réseau Action Climat (7) avait émis des critiques très sévères sur ce que Fabrice Nicolino a qualifié de « pièce bouffonne » (8) ou Jean-Christophe Mathias de « bal des impostures », de « guignolade », de « kermesse lamentable » (9). Stephen Kerkhove, délégué général d’Agir pour l’environnement, parle d’un « processus hors-sol » destiné à « saturer l’agenda médiatique et verdir une politique éco-prédatrice » (10). Dans son « bilan climat-énergie » coordonné par Olivier Louchard, le RAC pointe les insuffisances criantes et les tares rédhibitoires. Ainsi, l’enterrement de la taxe carbone et le report de celle sur les camions, l’inscription des maïs transgéniques au catalogue des semences ou l’homologation d’insecticides tueurs d’abeilles dénotent non seulement l’hypocrisie du pouvoir, mais aussi sa soumission aux lobbies concernés. Parallèlement à de très rares avancées comme une meilleure isolation des logements neufs qui limiterait à un maximum de cinquante kilowatts/heure la consommation par mètre carré à l’année, le gouvernement relança de 8% (mille kilomètres supplémentaires) la construction d’autoroutes (A 63 dans les Landes, A 65 Langon-Pau, A 150 de Rouen au Havre, contournement ouest de Strasbourg), autorisa la circulation de poids lourds de quarante-quatre tonnes, préserva le transport aérien par le maintien de l’exonération de taxe pour le kérosène et l’aval octroyé à l’aéroport de Notre-Dame des Landes (11), à une vingtaine de bornes au nord-ouest de Nantes, situé de surcroît dans une zone humide. Le subventionnement et les aides fiscales aux agrocarburants ne témoignent pas une réflexion poussée sur cette aberration qui s’apparente aux yeux de Jean Ziegler à un « crime contre l’humanité » (12). Au niveau du rail, nos dirigeants s’enthousiasment essentiellement pour les lignes à grande vitesse (sept en prévision). Esbroufe également pour les énergies renouvelables que l’on prétendait promouvoir (23% d’ici 2020). Face au succès de la demande, le 30 septembre 2010, le gouvernement avait réduit, en vue de l’exercice 2011, de 50 à 25% le crédit d’impôt pour l’acquisition de panneaux photovoltaïques. Un revers de plus pour la branche déjà touchée par la baisse de 12% des tarifs d’achat du jus solaire, le 1er septembre 2010. L’intégration, annoncée solennellement par le pote de Vincent Bolloré, pour chaque opération d’envergure, des incidences sur le climat et la biodiversité, n’a pas été traduite dans la législation. Des thèmes aussi peu anodins que le nucléaire, l’eau et la sauvegarde des espèces menacées d’extinction ne figuraient même pas au programme. Neuf ONG avaient bénéficié d’une accréditation. Le Réseau Sortir du nucléaire, Agir pour l’environnement le RAC avaient été exclus. En désaccord total avec la chancelière Angela Merkel, laquelle, choquée par la catastrophe de Fukushima, avait nettement revu à la baisse la proportion du nucléaire dans le mix global (13), Nicolas Sarkozy, multipliant approximations, mensonges et contre-vérités, reste un farouche propagandiste de l’industrie atomique. Le 25 novembre 2011, à l’usine d’enrichissement de l’uranium à Pierrelatte (Drôme), une des entités du site du Tricastin, devant les employé(-e)s d’Areva et d’EDF ravi(-e)s, il avait décliné son credo sur « l’intérêt supérieur du pays », « la souveraineté nationale », menacés par la moindre velléité d’écorner ce fleuron hérité du gaullisme, n’omettant pas de saluer pour le coup François Mitterrand (14), qui assuma sans ciller l’héritage de ses prédécesseurs.

Bourbier

Ne bouleverser que d’un chouias cette donne qui reposerait sur « un consensus vieux de plus de soixante-cinq ans » équivaudrait à dilapider « inéluctablement des trésors d’intelligence et de recherches accumulés depuis sept décennies », à « revenir au Moyen-Âge », « au temps de la bougie » (sic). Ce genre de billevesées passe dans une salle acquise par avance à l’orateur. Se trémousser en lançant « Devons-nous être le seul pays à tourner le dos au progrès ? » ne l’a évidemment exposé à aucune objection. Peu importe que sa copine de Berlin ait emprunté une autre voie, que les 12 et 13 juin 2011, 94,7% des citoyen(-ne)s transalpin(-e)s aient rejeté l’implantation d’ici 2020, voulue par Silvio Berlusconi, de quatre nouveaux réacteurs, en coopération avec AREVA et EDF, que le peuple autrichien ait refusé, lors d’un référendum organisé le 5 novembre 1978, à 50,47% la mise en service de l’unique centrale de Zwetendorf (692 mégawatts nets), à cinquante kilomètres à l’ouest de Vienne (15) !... La pratique de la manipulation, de la langue de bois et de la dissimulation ne date pas d’hier. De mars 1987 à mai 1988, Nicolas Sarkozy officia comme chargé de mission au ministère de l’Intérieur pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques, sous l’autorité de Charles Pasqua, un cador ès-bidouillages. L’idée qu’il eût contribué à la désinformation sur le nuage de Tchernobyl m’effleure avec insistance…

N’ayant rien à gratter sur le plan intérieur, le mari de Carla Bruni espérait marquer des points en se profilant sur la scène internationale, par exemple comme un ami du peuple libyen. Aiguillonné par Bernard-Henri Lévy, « penseur » en treillis planqué, il avait jugé que le Raïs devenait infréquentable et qu’il convenait de le dézinguer. Saddam Hussein et Slobodan Milosevic, longtemps chouchoutés, étaient également tombés en disgrâce. Mouammar Kadhafi avait été accueilli en grandes pompes, du 10 au 12 décembre 2007. Le tyran avait planté sa tente dans les jardins de l’Hôtel Marigny, la résidence des hôtes étrangers. Il avait commandé vingt-et-un Airbus pour un montant « catalogue » de 3,2 milliards de dollars (2,432 milliards d’euros). Le réacteur nucléaire (officiellement pour dessaler l’eau de mer !), les quatorze avions de combat Rafale et les missiles Milan n’étaient que « mirages » pour appâter le Zébulon, lequel rêvait d’amasser 7,5 milliards supplémentaires. En revanche, la croisade « Harmattan », du 19 mars au 31 octobre 2011, a coûté quelque 430 millions d’euros. Autre champ d’intervention extérieure : l’Afghanistan, depuis fin 2001. Pour la présence du contingent (trois mille six cent femmes et hommes) dans ce bourbier permanent, nos gouvernants n’hésitent pas à débloquer entre 450 et 500 millions en douze mois, soit à peu près la moitié de ce qu’ils claquent pour « nos » forces hors de la métropole et surtout de quoi recruter douze mille enseignants dans le même laps de temps. Même si nul(-le) n’en parle, la question de l’investissement dans le socialement utile, le civil, ou dans des opérations guerrières, s’avère toujours aussi pertinente que dans les seventies où les écologistes militants et des mouvements alternatifs avaient initié ce type de réflexions.

Récapitulant quasi exhaustivement les méfaits du « sarkozysme » et de sa République si peu « irréprochable », cette très éclairante Note de la Fondation Copernic prétend fournir des éléments pour « inventer d’autres avenirs ». Avec qui, mesdames et messieurs ?...

Editions Syllepse à Paris, février 2012, 200 pages, 7 €.

Je vous signale le numéro hors-série de Politis (mars-avril 2012) intitulé « Ce qu’il a fait à la France », 50 pages - 4,90 euros.

René HAMM
Bischoffsheim (Bas-Rhin)
Le 25 mars 2012


(1) Vidéo visible sur Dailymotion.
(2) Dans « Le président des riches » (chez Zones, septembre 2010, 228 pages, 14 euros), Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon détaillent les magouilles que favorise ce dispositif.
(3) Libération du 13 juillet 2010.
(4) Dominique Voynet, du 4 juin 1997 au 9 juillet 2001, puis Yves Cochet, du 10 juillet 2001 au 5 mai 2002.
(5) Dans le droit fil du « diagnostic de performance énergétique » applicable depuis le 1er novembre 2006 à la vente de maisons et d’appartements ainsi qu’à partir du 1er juillet 2007 pour les habitations louées tout comme pour la cession de bâtiments neufs ? Cette expertise, qui n’a toujours qu’un caractère informatif, n’impose aucune obligation de travaux.
(6) Les « experts » : Alain Grimfeld, président du Comité national d’éthique, le climatologue Jean Jouzel, Nicole Notat, ex-patronne de la CFDT et Présidente-directrice générale de l’agence de notation Vigeo, ou encore l’avocat Philippe Pelletier. Pas davantage que pour l’étude du Boston Consulting Group, publiée le 16 juin 2009, nous n’en apprendrons le prix.
(7) Il fédère dix-huit mouvements nationaux (Agir pour l’Environnement, Les Amis de la terre, Greenpeace, le World Wide Fund for nature, la Ligue de protection des oiseaux, Le Réseau Sortir du nucléaire…) et onze associations locales.
(8) « Qui a tué l’écologie ? », Éditions Les liens qui libèrent, Paris, mars 2011, 303 pages, 20,50 euros. Le collaborateur au magazine Terre Sauvage réserve essentiellement ses piques implacables à quatre des principales associations environnementalistes, coupables, selon lui, d’arrangements, voire de franches complicités, avec les saccageurs des écosystèmes. Il pointe les compromission de la Fondation Hulot, du World Wide Fund for Nature, de France Nature Environnement et de Greenpeace France à l’occasion du Grenelle de l’Environnement.
(9) Cf. son essai d’excellente facture, à haute teneur philosophique et poétique « Politique de Cassandre. Manifeste républicain pour une écologie radicale », Éditions Sang de la Terre, 1er trimestre 2009, 256 pages, 18,90 euros. Le chercheur, artiste et paysan charentais consacre notamment quelques pages au « concept schizophrénique » de « développement durable », une de ces coquecigrues conçues pour consolider, sous une terminologie light, les schèmes du productivisme effréné.
(10) « Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec », Éditions Yves Michel, octobre 2010, 128 pages, 10 euros.
(11) Le 24 mars, une manifestation a réuni environ dix mille opposant(-e)s dans les rues de Nantes dont le maire, Jean-Marc Ayrault (PS) est favorable au projet.
(12) Dans « Destruction massive. Géopolitique de la faim », Le Seuil, octobre 2011, 352 pages, 20 €.
(13) 22% avant la tragédie au Japon. Le 30 juin 2011, le Bundestag avait approuvé à une très large majorité la décision de la coalition CDU/CSU/FDP d’arrêter les sept complexes les plus anciens, plus celui de Krümmel, constamment perclus de pannes. Les neuf unités restantes seront déconnectées au plus tard en 2022.
(14) Notre pays avait loupé à l’été 1981 le coche de l’indispensable mutation, parce que l’alliance socialo-communiste avait jeté à bas toutes les promesses de moratoire, de vaste consultation, de diversification des sources, de lutte contre les gaspillages. Je vous renvoie à mes nombreux articles afférents aux « atomes très crochus », lisibles sur divers sites web, mon papier au sommaire d’À contre-courant syndical et politique d’août 2011, mon long courrier inséré dans Politis du 22 décembre 2011 et celui, un peu plus concis, paru dans le mensuel Alternatives économiques de ce mois-ci.
(15) Le 13 août 1999, entra en vigueur la loi constitutionnelle pour une Autriche sans atome, interdisant la fabrication, le stockage, les tests, le transport d’armes nucléaires de même que l’édification de centrales.


URL de cet article 16209
http://www.legrandsoir.info/commentaires-autour-de-sarkozy-bilan-de-la-casse-fondation-copernic.html

lundi 26 mars 2012

La ville de Homs "sous un déluge de feu" le 23 mars ?

par Silvia Cattori

 
homs.jpg 

Selon le journaliste Jérôme Bastion la ville de Homs a été bombardée le 23 mars 2012 ; et elle serait assiégée, coupée du monde, privée de communication avec l’extérieur, depuis début février. Selon un témoin interrogé par Silvia Cattori il n’y aurait eu aucun bombardement à Homs le 23 mars. Qui dit vrai ? A chacun de juger.

Au journal de 18 heures du 23 mars de radio France culture [1] nous avons appris que, la ville de Homs avait été bombardée par les troupes gouvernementales le jour même. Ceci se fondant sur ce que rapportait Jérôme Bastion d’un habitant de Homs interrogé le jour même par communication satellite.
 
Nous avons tout de suite contacté l’un de nos correspondants qui habite dans le quartier Akrama à Homs. Premier constat. La ville de Homs ne serait pas encerclée ni privée de communication avec l’extérieur. Elle est atteignable par un simple téléphone. Deuxième constat. Homs n’aurait pas été bombardée par l’armée nationale le 23 mars ni les jours précédents.
Un habitant de Homs [non associé à la rébellion] répond à Silvia Cattori le 23 mars à 19 heures.

« Nous n’avons entendu aucun bruit. Il n’y a eu aucun bombardement aujourd’hui. Tout est calme. Je suis sorti voir des amis. Homs n’est pas encerclée, toutes les routes sont ouvertes. Les gens peuvent quitter Homs sans problème. Ma mère est allée à Damas il y a une semaine. Depuis plusieurs semaines nous vivons en sécurité. L’armée ne bombarde pas. Ce sont les milices de la soi-disant « Armée syrienne libre » (ASL) qui continuent de tuer des militaires et des civils. Encore aujourd’hui un soldat a été tué. Je le sais car il habitait mon quartier ».

« Depuis que notre armée a réussi à déloger les milices et à reprendre les choses en main, les gens reviennent chez eux dans les quartiers qui étaient presque vides. L’insécurité demeure dans trois quartiers, notamment à Khaldiyeh, où l’armée nationale continue de pourchasser les milices qui maintiennent en otage de nombreuses familles. Mon oncle qui avait été kidnappé il y a deux mois est revenu hier à la maison très mal en point, très éprouvé, mais s’estimant très chanceux. Il est à l’hôpital. De nombreuses autres personnes enlevées ne sont pas revenues et les familles sont sans nouvelles d’elles . »

Compte rendu de France culture retranscrit par nos soins

« Homs, toujours bombardée depuis des semaines car il s’agit de l’épicentre de la contestation. Jérôme Bastion a recueilli le témoignage d’un habitant qui habite aux abords de Khaldiyeh au nord de la ville où l’armée concentre ses attaques. Comme beaucoup cet homme cherche à fuir la ville. Depuis les semaines de l’assaut lancé contre Baba Amro, la ville de Homs a été coupée du reste du monde, privée de communication. Juste ce matin grâce à une communication satellite cet habitant dit que l’armée continue de pilonner la ville près de chez lui ».

La traduction du témoignage de l’habitant interrogé par Jérôme Bastion :
« La situation est pire qu’auparavant. Les bombardements aujourd’hui sont d’une intensité incroyable, ça tombe de partout ; ils utilisent toute sorte d’artillerie, la plupart du temps des chars modèle T72, mais aussi souvent des roquettes. On manque de tout, la ville est encerclée...il n’y a aucun moyen de sortir d’ici…Les bombardements continuent de faire des blessés par dizaines… » [2]

Conclusion

La presse internationale depuis le début des troubles en Syrie ne s’appuie que sur des sources liées à l’opposition islamiste, notamment l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et les Comités locaux de coordination (LCC). Elle ne vérifie pas l’authenticité des informations qu’ils livrent ; elle ne prend jamais en compte le point de vue des victimes des exactions commises par les opposants islamistes armés. En n’attribuant les exactions qu’aux forces de Bachar el-Assad les journalistes participent d’une propagande -comme on l’a vu en Irak et en Libye- qui conditionne l’opinion publique de manière à justifier une intervention extérieure.  [3]

Silvia Cattori,  journaliste


[1] France Culture, 23 mars. Retranscrit plus bas par nos soins. 
Voir également l’article de Jérôme Bastion paru le lendemain, 24 mars, reprenant ce qu’il a été rapporté sur France culture : « En Syrie, Homs, coupée du monde, reste sous un déluge de feu », RFI, 24 mars 2012. 

[2] Un habitant de Homs (situé dans un quartier contrôlé par les rebelles) joint par communication satellite le 23 mars matin, répond à Jérôme Bastion.
Le Monde n’est pas en reste. Le 23 mars 2012 il rapporte, sans le mettre au conditionnel, ce que dit une source non fiable : «  Homs, autre place forte des rebelles, deux civils ont été tués par des tirs de roquette de l’armée sur le quartier de Bab Sbaa, selon l’OSDH ».

[3] Selon le politologue Pierre Piccinin « Les événements de Syrie constituent un cas d’école extrême de désinformation médiatique, peut-être plus encore que la guerre du Golfe de 1991, voire même que la guerre de Yougoslavie, dans les années 1990’, ou celle d’Irak de 2003, ou que l’intervention atlantique en Libye en 2011. » 

Silvia Cattori est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Silvia Cattori publiés par Mondialisation.ca

mercredi 21 mars 2012

Campagne électorale: un citoyen-président pas ordinaire

21.03.2012

Affaire Nicolas SARKÖZY de NAGY-BOCSA dit Nicolas SARKOZY. Opposition à sa réélection présidentielle. Plainte du 9 février 2012

Communiqué de  Sos Justice et Droits de l'Homme
à diffuser largement autour de vous. Merci.

Parce qu’il arrive un moment où les escroqueries dirigées à l’encontre du Peuple Français,  que les crimes commis contre la nation et les crimes commis contre l’Humanité doivent cesser ! Nous tenions à vous informer qu’en date du 9 février 2012 Sos Justice et Droits de l’Homme a déposé plainte auprès du Parquet de Monsieur le Procureur de Nice, à l’encontre de Monsieur Nicolas SARKÖZY de NAGY-BOCSA dit Nicolas SARKOZY et de ses complices du Conseil Constitutionnel pour l’avoir laissé usurper durant 5 ans,  les titres de Président de la République et de Chef des Armées, alors que celui-ci, s'est présenté aux élections présidentielles de 2007 sous le nom d'usage de « Nicolas SARKOZY » qui n'existe dans aucune mairie des arrondissements de Paris.

Ce qui ne lui confère aucune immunité présidentielle, Nicolas SARKÖZY de NAGY-BOSCA n’ayant jamais été élu par le Peuple Français et Nicolas SARKOZY étant inconnu de l’état Civil des mairies de tous les arrondissements de Paris.

En effet, comment le Conseil Constitutionnel peut-il proclamer les résultats d’une élection présidentielle et faire publier les résultats de cette élection au Journal Officiel de la République, lorsqu’il s’agit d’une personne inconnue de l’état civil  et d’un sans papiers, sans que cette personne ne puisse bénéficier de complicités au sein du Conseil Constitutionnel qui produit des faux en écritures publiques ?
Nous nous trouvons donc à la tête de l’Etat, avec un Nicolas SARKÖZY de NAGY-BOCSA et un Nicolas SARKOZY, un sans papiers qui occupent illégalement le Palais de l’Elysée à grands frais pour le Peuple Français depuis mai 2007.

Néanmoins, ce fut une jolie manière pour le Conseil Constitutionnel de lui fournir les moyens en utilisant un nom d’emprunt :
1 - de se soustraire à la Justice, aux enquêtes judiciaires, aux poursuites judiciaires et au fisc,
2 – de l’autoriser à ruiner la France,
3 – de procéder à des mutations de magistrats au gré de sa fantaisie et en fonction de ses propres besoins politiques,
4 - de détruire l’armée française,
 5  - de lancer des guerres criminelles à l’encontre de peuples innocents,
6 - de modifier la Constitution,
7 - de violer la Souveraineté Nationale et les droits élémentaires des français pour les contraindre contre leur gré à accepter par la force, le Traité Liberticide de Lisbonne, et
8 – de fabriquer des faux en écritures publiques qui n’ont aucune valeur juridique, car signés d’une signature « Nicolas SARKOZY » qui n’existe dans aucune des mairies des arrondissements de Paris. Et faux en écritures publiques que le Conseil Constitutionnel et le Journal Officiel de la République continuent de valider.

Cette escroquerie dirigée à l’encontre du peuple Français perdure depuis que Nicolas SARKÖZY de NAGY-BOCSA est entré en politique, soit depuis 1977 en utilisant le nom d’emprunt de Nicolas SARKOZY pour cacher son véritable patronyme au Peuple Français et signer des actes qui n’ont aucune valeur juridique.

En effet,
sa signature n'a aucune valeur juridique pour lui permettre d'engager la France et les Pays Européens dans des conflits armés, d’entraîner vers la ruine les Peuples Français et Européens, de donner des ordres aux militaires afin qu’ils aillent massacrer des innocents dans leurs pays respectifs, sans qu’ils ne représentent un quelconque danger pour les Français, et ce sans droits ni titre. 

Afin de l'empêcher de se représenter aux prochaines élections présidentielles de 2012 et de l'empêcher de continuer à ruiner la France et les pays Européens, ainsi que de poursuivre le massacre d’innocents dans les pays étrangers. Nous avons mis opposition à sa candidature en déposant plainte à son encontre et à celle de ses complices, notamment les membres du Conseil Constitutionnel qui lui auront fourni les moyens durant 5 ans  pour le faire au détriment des Peuples Français, Européens et étrangers.

Le Conseil Constitutionnel vient de récidiver aujourd’hui, le 20 mars 2012, en acceptant la candidature de « Nicolas SARKOZY » aux élections présidentielles de 2012, sous son nom d’emprunt, tel que vous pourrez le constater sur le site de la Commission Nationale de Contrôle de la Campagne des élections présidentielles de 2012 à la rubrique candidats :http://www.cnccep.fr/les-candidats/
Les candidats

Liste des candidats arrêtée par le Conseil constitutionnel
  • Madame Eva JOLY
  • Madame Marine LE PEN
  • Monsieur Nicolas SARKOZY
  • Monsieur Jean-Luc MÉLENCHON
  • Monsieur Philippe POUTOU
  • Madame Nathalie ARTHAUD
  • Monsieur Jacques CHEMINADE
  • Monsieur François BAYROU
  • Monsieur Nicolas DUPONT-AIGNAN
  • Monsieur François HOLLANDE
Liste des candidats retenue par le Conseil Constitutionnel.jpg

Pour arrêter ces massacres, le 9 février 2012, nous avons saisi le Parquet de Nice, d'une plainte déposée à l'encontre de Nicolas SARKÖZY de NAGY-BOCSA dit Nicolas SARKOZY et de ses complices, aux motifs de :

Faux en écritures publiques
Usage de faux en écritures publiques et complicités

Escroqueries dirigées contre le Peuple Français
Crimes commis contre la Nation
Crimes commis contre l’Humanité
Génocide financier de la France

Pour votre bonne information, vous trouverez  les copies : de la plainte, des courriers d'accompagnement de nos actes et des 2 mémoires de pièces que nous avons été amenés à communiquer au Parquet de Nice, depuis le 9 février 2012.
Le dernier mémoire date du 15 mars 2012 et la dernière lettre RAR adressée au Parquet de Nice, date du 20 mars 2012.
Ces documents sont au format PDF et vous pourrez aisément les télécharger dans votre ordinateur pour en prendre connaissance et en conserver les traces officielles.
Afin de permettre à celles et ceux qui souhaitent participer à cette action salvatrice pour la France, en saisissant le Parquet de leur ville ou de leur juridiction, d’une plainte. Ils trouveront dans les pièces ci-dessous, un modèle de plainte à laquelle ils pourront joindre les copies de tous nos actes et des deux mémoires de pièces ainsi que les pièces annexes qui constitueront un précédent judiciaire.
Ces documents sont au format PDF et vous pourrez aisément les télécharger dans votre ordinateur pour en conserver les traces officielles et les imprimer.

Pour celles et ceux qui souhaitent participer à cette action salvatrice pour la France, en saisissant le Parquet de leur ville ou de leur juridiction.Ils trouveront un modèle de plainte à laquelle ils pourront joindre les copies de tous nos actes et des deux mémoires de pièces ainsi que les pièces annexes qui constitueront un précédent judiciaire.
Les actes et pièces à télécharger ci-dessous :

MODELE DE PLAINTE A TELECHARGER POUR CEUX QUI SOUHAITENT SAISIR LE PARQUET DE LEUR VILLE OU DE LEUR JURIDICTION
Modèle de Plainte - Election illégale de Sarkozy.doc

Vous pourrez joindre à votre plainte les pièces suivantes :
L
ES ACTES
Plainte Parquet de Nice du 9 février 2012 - Election illégale de Sarkozy.pdf
Lettre RAR Parquet de Nice du 14-02-2011 - demande de jonctions des instances.pdf
Election illégale de Sarkozy - Mémoire de Pièces du 16 février 2012- Lois et preuves.pdf
Lettre d'accompagnement du mémoire du 16 février 2012.pdf
Complément au mémoire du 16 février 2012 - du 15 mars 2012.pdf
Lettre d'accompagnement du 2ème mémoire du 15 mars 2012.pdf

LES PIECES COMPLEMENTAIRES
Nicolas SARKOZY inconnu des Mairies de Paris.pdf
DECLARATIONS MENSONGERES ET FAUX EN ECRITURES PUBLIQUES DE NICOLAS SARKOZY et DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL - PUBLICATIONS AU JOURNAL OFFICIEL
Déclaration patrimoniale de Nicolas SARKOZY du 17 mars 2007.pdf
Proclamation du Conseil Constitutionnel de l'élection de Sarkozy du 11 mai 2007.pdf
Modification de la Constitution - Traité de Lisbonne.pdf
Extrait de la Publication au JO du Traité de Lisbonne sous Sarkozy le 2 décembre 2009.pdf

MEMENTO DES CANDIDATS AUX ELECTIONS LEGISLATIVES, CANTONALES ET SENATORIALES- Mémentos fournis par le Conseil Constitutionnel qui autorise les candidats et leurs remplaçants à se présenter aux élections sous un nom d'usage.
Extrait du mémento élections législatives de 2007.pdf
Extrait mémento des candidats - Elections cantonales mars 2011.pdf
Extrait mémento des candidats - Elections sénatoriales 25 septembre 2011.pdf

Nous vous demandons de prendre attentivement connaissance de nos actes et notamment de nos deux mémoires qui nous ont demandé un travail considérable en recherches et en mise en forme.

De nombreuses images parsèment les mémoires afin que les magistrats qui seront saisis de ces affaires dans différentes juridictions, ne puissent pas ignorer ces pièces qui nous semblent capitales pour étayer notre plainte et les vôtres.
Cette affaire devant être connue du public avant les prochaines élections présidentielles. Nous vous remercions de largement diffuser ce communiqué autour de vous, afin que ceux et celles qui souhaitent déposer plainte puissent le faire avant les prochaines élections présidentielles, les mémoires de pièces étant très volumineux et devant être imprimés et reliés pour une bonne cohésion de l'ensemble.
Pour ceux et celles qui souhaitent s'informer sur la véracité de nos différentes saisines du Parquet de Nice depuis le 9 février 2012.
Nous vous communiquons le numéro de téléphone du Parquet, afin qu'ils puissent prendre leurs renseignements auprès de Monsieur le Procureur de la République de Nice au numéro suivant : 04 92 17 72 01.
Nous vous remercions par avance pour votre attention et pour votre entière participation à ce combat qui vise, comme l'aurez compris, à libérer la France des corrompus qui nous gouvernent et qui nous ruinent depuis trop longtemps.
Bonne lecture et à bientôt.
Bien cordialement.

Mirella CARBONATTO




Source: SOS Justice & Droits de l'Homme

mardi 20 mars 2012

Dans les cris du volcan ! (Discours de J.L. Mélenchon à la Bastille)

Un leader politique citant les poètes (Victor Hugo, Nerval, Machado...) cela mérite d'être mis en avant, car la poésie a toujours inspirée clandestinement les luttes sociales pour la justice et la dignité inviolable des peuples. Mr Mélenchon en tant que porte-parole du parti de Gauche réactive le rouge des drapeaux révolutionnaires. Non pas le rouge sanglant d'un Staline dictateur mais le rouge du peuple socialiste originel, celui de Louise Michel, de Marx, de Bakounine... La poésie est une arme chargée de futur disait Machado. Nous y sommes. Mélenchon exige le pouvoir pour le peuple à qui il rend sa fierté et son courage. La solidarité ne se calcule pas, elle se révèle et s'éprouve dans l'ardeur des combats pour la délivrance et la liberté. G. Hadey.




« Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie… »

Ce sont ces vers d’El Desdichado de Nerval qui me viennent, je ne sais pourquoi, en pensant à ce triomphe que la France, ce jour, 18 mars 2012, a offert, de Nation à Bastille, au Front de Gauche et a M. Mélenchon.
Ou plutôt si, je sais pourquoi.

Dans le tombeau de nos vies privées d’espoir, face à ces dirigeants dont chaque parole, chaque traité est une pelletée de terre jetée sur la tête d’hommes, de femmes et d’enfants, il a su nous donner à nouveau, l’espoir et la lumière d’un avenir lié au brillant passé de nos ancêtres. Nous sommes l’Europe des cathédrales et des révolutions.

Comment les observateurs de la vie politique, on ne peut plus les appeler journalistes et ce qu’ils observent ce sont surtout les notes qu’un sombre pouvoir glisse dans leur poche, comment peuvent-ils encore mentir, trafiquer, trifouiller pour ne pas reconnaître l’évènement historique qui est en train de se produire sous leurs yeux ? La naissance d’un grand moment. La naissance d’un grand homme politique qui le porte de toute son exceptionnelle stature. Est-ce si fréquent ? Y en a-t-il tant d’autres autour de nous ?

Mais n’est-ce pas l’importance même de cet évènement qui les rend faux et frileux ?
« Il y avait quelques dizaines de milliers de manifestants », nous disent France 2 et « Le Monde » ! Pauvres ploucs.
Règlons ce problème. Combien ?
La réponse est simple. Dès seize heures, la Bastille était noire de monde alors que certains n’étaient pas encore partis de Nation.

Vous avez beau torturer les chiffres, torturer les itinéraires et les rues, cela fait beaucoup.
On espérait 10 à 20 000 manifestants, le peuple en a jeté cent mille de plus. Très généreux. Et à ses frais. On n’est pas venu le chercher dans ses campagnes et dans ses villes ! On ne lui a pas payé le voyage !
Vivre ces instants mettait les larmes aux yeux, je l’avoue. Par l’excitation du moment. L’impression, tout à coup, d’une foule immensément dense. Cela est venu d’un coup. On pouvait se promener, aller d’un groupe à l’autre et tout à coup, la foule était telle que remonter une rue à contre courant était impossible. Il y avait eu tant d’efforts, tant de préparatifs, tant de petites mains pour décorer les rues et les places, tant d’organisation, « qui va où ? qui prend qui ? » , tant de questions sur le temps, sur l’échec, sur la réussite de ce jour et soudain ce jour était là sans une ombre car même le soleil était au rendez-vous, sans bousculade, sans provocation, sans haine, sans doute aucun.

On avait gagné ! Tous ceux qui y avaient cru avaient gagné. On le savait. Quelle légèreté tout à coup !
C’était un défilé populaire.
 Ce mot « peuple » est plutôt péjoratif. De quelque côté qu’on le tourne, c’est la masse dont on veut s’extirper.
Prenons en ce beau jour une leçon de vocabulaire.
Comme il est plaisant au contraire de se perdre dans ce peuple, de ne voir que des visages non pas figés, perdus dans le défilé de la vie ordinaire, mais au contraire, joyeux, incrédules, inventifs, multiples, divers, identiques, créatifs, nobles !

Car d’où vient la noblesse si ce n’est du peuple ? C’est de lui que naissent les grandes idées, les grands courages. C’est de cette foule et de son union que les tyrans apprennent leurs limites.
Le soir même M. Juncker faisait une déclaration. Il trouve que l’austérité promise aux peuples est trop grande. Lui aussi, il copie Mélenchon ?

La campagne de M. Mélenchon sera pour toujours un modèle.
Celle d’une stratégie et d’une histoire qui s’inscrivent dans l’Histoire de France. 
Commencée avec quelques hommes, débordant toutes les positions, volant de ville en ville, engageant sans cesse de nouvelles recrues, elle monte jusqu’à la capitale qui s’offre à lui passionnément.
La passion Mélenchon.
Qui va la nier à présent ?
M. Mélenchon ne veut pas que l’on clame son nom. Il hait le culte de la personnalité. Il en connaît les les dangers. Il reste discret sur sa vie privée. C’est un homme simple qui vit simplement et porte une parole noble qu’il lit dans les cœurs de notre noble humanité.
Sa réussite nous renseigne sur ce qu’est un « Chef » et sur ce que l’on peut en attendre.
Ce mot, beaucoup le redoutent. Le pouvoir dit-on est malsain. Pourtant ce qu’il arrive aux Anonymous ou aux Indignés nous montrent que la présence d’une « tête » est indispensable à tout corps qui avance et qui vit.

Qu’il n’y a pas de grande réussite sans grand nom qui l’incarne. Que la chair est indispensable à la bataille, la voix, le regard, comme est indispensable, chef d’œuvre des chefs-d’œuvre, le corps et le regard du David de Michelange, réveil des peuples défaits face aux monstres.
L’existence d’un chef d’orchestre est indispensable à la musique. Sinon qui saurait quand commencer, comment s’unir, comment faire jaillir d’une partition née d’un cœur nourri de tous, les accents, le rythme, l’harmonie. 
Confucius l’affirmait, soucieux de donner aux mots leur vrai sens, le prince, le « princeps », le premier n’est pas premier pour jouir mais au contraire pour servir.
Le vrai chef est celui qui sert son peuple, use ses forces à ce combat et n’en tire que le bénéfice de la gloire immortelle.

 Les autres sont des faibles. Des opportunistes. Des carriéristes. Des menteurs. Des voleurs. Des mafieux, des traîtres qu’il faut juger et punir. 
Au nom de notre honneur, de notre histoire, de notre conscience morale, levons-nous !

M. Mélenchon, par sa réserve, par sa modestie, par son courage jetant à la face de tous les propositions les plus audacieuses, les plus inattendues parce que les plus généreuses, le moins démagogue qui soit, explosant les phobies les plus difformes du peuple, a conquis hier, à la Bastille, un peuple qui lui a dit son amour.
Malgré sa défense.
Mélenchon, président ! Née doucement, la rumeur est montée jusqu’au génie de la Bastille, non pas encens du peuple, mais encens de Justice et d’Honneur.

Le discours de M. Mélenchon que j’ai retranscrit dans son intégralité et que je vous offre, cadeau de cette journée unique, vous montrera bien mieux que tout ce que je pourrai écrire, la grandeur de cet homme et le destin vers lequel il dirige, non seulement notre pays, mais encore l’Europe et toute notre planète martyre.
Le lire vous permettra de juger et de comparer avec ce qu’il a en face de lui. Ces journalistes bouffons qui n’écoutent et rien et ne savent que psalmodier édentés, car on les veut sans mordant :
-Appelerez-vous à voter pour M. Hollande au second tour ?

Allez-vous finir par comprendre que M. Mélenchon, si sa victoire ne lui est pas volée par des machines à voter dont il faut poser le problème et le régler, sera non seulement au second tour mais encore élu ?
Il y a encore quelques jours cette phrase faisait rire. Commencez-vous à l’entendre ?

Comment se fait-il que M. Mélenchon , à 11% d’intentions de vote, réunisse à la Bastille plus de partisans que des hommes à 30% pourraient le faire ? Quelle est cette magie ou plutôt cette sorcellerie dont il nous faut défaire le crime ?

Barbier, un de ces petits marquis sans substance , demandait récemment « Comment se débarraser de Mélenchon ? »
Alors ? Qu’en pensez-vous M ? Barbier ? La nouvelle question est « Comment se débarrasser de 120 000 personnes réunies de Bastille à Nation » !
Plus dur, là.
Et la grande bataille n’est pas encore commencée !
Victoire à l’humain !
Humains, unissez-vous contre les inhumains !
Mélenchon, président de la France !

Discours du 18 mars 2012:

Nous sommes rassemblés parce que nous allons faire de cette élection une insurrection civique ! Se se donnant rendez-vous dans les urnes, elle va commencer la révolution citoyenne qu’il est nécessaire d’accomplir pour changer en profondeur la vie du peuple qui pâtis, ouvrir la brèche qu’attend toute l’Europe de son volcan français !

Oui, ça se voit, ça se sent, ça se sait, le printemps est là dans trois jours et chaque matin qui se lève, la lumière étend son domaine et la nuit se replie.

Viennent le temps des cerises et des jours heureux !
Tel est notre premier message pour tous ceux qui nous entendent et nous écoutent sur cette place, dans les rues où l’on ne peut avancer et dans chaque foyer où l’on nous regarde, ici, en France métropolitaine et d’Outre-mer, partout où l’on parle où l’on rêve français, en Europe et dans le monde !
Ce grand mouvement ne libèrera pas seulement ce que nous sommes mais tous ceux qui subissent des servitudes. Nous adressons notre salut fraternel et notre solidarité au peuple grec, aux Espagnols, aux Portugais, aux Italiens, à tous ceux qui ont, pour l’instant, sur leur tête le plomb de l’oppression venu de l’abjecte troïka ! Elle a décidé, dorénavant, de contrôler chaque peuple et il faudrait, paraît-il, lui demander l’autorisation de disposer librement de nous !

Ici, sur cette place, nous faisons le serment que si c’est nous qui sommes appelés à reconstituer la règle du jeu de notre pays en convoquant la constituante qui est nécessaire, alors plus jamais une seule délégation de souveraineté du peuple ne sera accordée sans qu’il ait été consulté par voie de référendum !
La souveraineté du peuple !
Telle est la grande question qui dorénavant va occuper toute l’Europe, une nouvelle fois engagée dans une entreprise qui commet la même erreur qu’aux précédentes saisons de l’histoire ! On la construit sans les peuples et sans la démocratie.
Alors, pour commencer cet immense chantier tout d’abord chez nous, en France, nous sommes venus au bon endroit à la bonne date !
Le bon endroit, ici, où a été juré une première fois le serment de se rassembler pour empêcher par tous les moyens dont nous disposons que les fascistes s’emparent de la patrie.
Cette place où a été, en 1935, rassemblée cette manifestation féministe qui déjà voulait briser les chaînes du patriarcat, en demandant que le suffrage soit réellement universel !
Cette place où a été brûlé le dernier trône des Rois.
Cette place où tout commence toujours et qui est le point de départ de toutes les révolutions.
Et d’abord de la première : celle qui se fit en 1789, abattant la citadelle des tyrans, celle qui se fit avec des mots et des principes si grands qu’ils rendaient possible d’être Français où que l’on soit dans le monde et ici même en France, que ses parents l’aient été ou non, du moment que l’on s’accorde pour dire et reconnaître comme égal quiconque qui dit comme nous : « Liberté , égalité, fraternité ! »

Nous sommes à la bonne date, le 18 mars, commencement de la grande et glorieuse Commune de Paris.
Voici parmi nous l’ombre d’une femme, Louise Michel, à qui nous nous dédions. Voici que nous répondons à notre tour, à l’appel de Jules Vallès et de celui du peuple qui conduit la première insurrection par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! »
Et nous ne disons rien d’autre aujourd’hui !

A la bonne date, cinquante ans à la fin des combats en Algérie ! Je déclare au nom du peuple ici rassemblé que la guerre est finie et que nous ne permettrons pas qu’on la recommence ici. Nous sommes une même famille, peuples du Maghreb, une même nation, peuples arabes, berbères et nous, peuple français !

Après le silence des armes, nous devons à nos enfants la paix des coeurs.
Peuple français, médite à cette occasion la terrible leçon de ton histoire !
Là où n’a plus cours la liberté totale des consciences politiques, là où n’a pas cours la fraternité, alors la France n’est plus possible !
C’est pourquoi il nous faut, aujourd’hui, dans cette France défigurée par les inégalités sociales, territoriales, culturelles, tourner la page, une nouvelle fois, de l’ancien régime, commencer un nouveau chapitre, comme c’est notre tradition, divers que nous sommes, en refondant la république fraternelle et égale !

Et nous commencerons par où il nous faut commencer. En convoquant cette constituante, nous commencerons par la première de toutes les égalités qu’il est indispensable de constituer : la parité !
Cette constituante devra être strictement égalitaire et ainsi commencera la marche de l’égalité . L’égalité par quoi tout commence en France, nous conduira à proclamer la fin des privilèges du capital, l’établissement de la citoyenneté en entreprise, corrigeant ce qui n’a pas été achevé, car comme l’a dit Jean Jaurès, la grande révolution a rendu les Français rois de la cité mais serfs dans leur entreprise !
Les droits nouveaux des travailleurs, le droit de veto, le droit de préemption sur la propriété du capital pour les travailleurs qui se constitueraient en coopérative ouvrière, le droit de réquisition par la patrie lorsqu’un bien est réputé commun.

C’est nous qui inscrirons ce droit nouveau d’une propriété collective humaine des biens de base tels l’eau et l’énergie.

C’est nous qui donnerons toute sa place à la dignité de l’amour humain en étendant à tous les couples les droits qui s’attachent aujourd’hui aux couples hetéro-sexuels.

Liberté !

C’est elle que nous voulons faire cheminer sur la route de l’égalité !

Liberté !

Il faut que les droits fondamentaux de la personne humaine entrent dans la constitution.
Et le premier d’entre tous, le droit de disposer de soi sans entrave aucune.

C’est nous qui mettrons dans notre constitution, pour que personne ne soit tenté d’y toucher quand les menaces s’accumulent, le droit à l’avortement qui reconnaît à chacune le droit de disposer d’elle-même, son corps n’étant la propriété de personne.

C’est nous qui mettrons dans notre constitution le droit de décider de sa propre fin et d’être assisté lorsqu’on en décide.

C’est nous qui installerons la liberté de conscience la plus absolue, et qui, pour cela, déciderons que la laïcité qui est inscrite dans la constitution sera étendue à tous les territoires de la République.

C’est nous qui dirons que la liberté sur la Toile est inaliénable et qu’il ne sera jamais permis de faire Hadopi !

C’est nous qui interdirons, fondant en cela un principe nouveau, une fois et pour toujours, que le vivant soit breveté et qu’il y ait une propriété privée de l’existence elle-même !

C’est nous qui libèrerons, une bonne fois, la justice en faisant en sorte que son indépendance , dorénavant, ne soit plus garantie par un homme, surtout après avoir vu à l’usage, ce qu’il avait été fait de cette garantie par le passé.
Dorénavant, nous placerons l’indépendance de la justice sous la protection et l’indépendance du parlement lui-même.

France d’égalité, de liberté, tu te dois d’être la patrie de la fraternité et des devoirs humains totalement accomplis.

Nous, dans notre constitution, nous regarderons tous les enfants qui nous sont donnés d’un même œil ! En France, dorénavant, nés sur la Terre de France, Français !
Droit du sol intégral !
Tel est le premier devoir de la fraternité humaine.

Et en voici un autre, nouveau, qu’il s’agit d’assumer.
Nous sommes, nous, coresponsables de l’écosystème dans lequel vivent tous les êtres humains et sans lequel pas un seul d’entre eux ne peut vivre ni mener quelque querelle politique que ce soit. C’est pourquoi nous accomplirons notre devoir à l’égard de l’humanité universelle.
Nous proclamerons que les Français s’obligeront par leur constituante à s’acquitter de leur devoir en éteignant la dette écologique.
Et que plutôt que leur fichue règle d’or qui ne concerne que leur portefeuille, nous appliquerons la règle verte qui ne concerne que la planète !

Oui, notre rassemblement commence une insurrection !

Le peuple qui s’était dissous dans l’abstention, dans le refus d’obtempérer aux injonctions « des petits je sais tout », aux mauvais qui leur donnaient des conseils et qui, quand c’est leur honneur et leur devoir de porter les parles des Français, quand les Français disent « non » , disent que nous aurions dit « oui » !
Ceux qui nous ont trahi, notre premier devoir, pour commencer notre chemin, est de nous en débarrasser!
Telle est la première tâche que doit accomplir notre insurrection citoyenne si elle veut pouvoir ensuite se donner le grand rendez-vous de la révolution citoyenne !

Machado, le poète a dit que « le chemin se fait en marchant ». Cette marche nous l’avons commencée depuis la Nation et nous nous sommes retrouvés ici à Bastille pour une étape dont nous continuerons la trajectoire bientôt, de la Bastille des Révolutions jusqu’à la place de la sixième république.
Nous sommes le cri du peuple ! Des ouvrières et des ouvriers précarisés, humiliés, méprisés, abandonnés!

Nous sommes le cri du peuple ! Celui de la femme qui met au monde un enfant dans un camp de rétention.

Nous sommes le cri du peuple ! Celui de l’enfant qui n’a pas de toit et qui n’a pas d’instituteur quand il va à l’école !

Nous sommes le cri du peuple ! De tous ceux qui, prêts à apporter le concours de leur intelligence et de leur créativité, qui parfois mèneraient bonne vie, refusent d’appliquer la morale de l’égoïsme qui dit : « Profite et tais-toi ! »

Je vous appelle à commencer ces privilèges des peuples !

Ouvrez en France la brèche par laquelle ensuite passera le vote des Grecs, puis en octobre prochain celui des Allemands qui souffrent des merveilles du prétendu modèle libéral !

Voici le printemps !

Faites votre devoir en accourant à la rescousse partout où les luttes ouvrières vous appellent !
Faites votre devoir en vous découvrant les uns les autres ! Mettez à la mode la couleur rouge !
Prenez les places et les rues de la République comme vous le pouvez dans chaque ville et dans chaque village de France !

Et vous autres, à Toulouse, sur le Capitole, à Marseille au Prado, organisez la réplique du 18 mars à la Bastille !

Assemblez-vous par milliers vous souvenant de l’appel sacré que vous ont adressé ceux qui vous ont précédé dans cette lutte, inscrivant dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 :
« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré et le plus indispensable des devoirs ! »

Vive l’humanité universelle !
Vive la France !
Vive la République !
Vive la Sociale !
L’Internationale. La marseillaise.



L'article est signé : Ariane WALTER - Source : Agoravox