dimanche 12 février 2012

Quand l’Islande réinvente la démocratie

Crise économique ou escroquerie globale? A chacun de tirer les conclusions qui s'imposent après avoir réalisé que, indépendamment des critères démocratiques à la sauce FMI, seuls les pays qui résistent aux banksters et aux directives des institutions financières anglo-saxonnes  s'en tirent jusque là plutôt bien au niveau économique, (Vénézuéla, Bolivie, Brésil, Équateur, Chine, Iran... et c'était le cas de la Libye avant l'invasion de l'OTAN). Comme par hasard, ces pays accusés d'appartenir à "l'axe du mal" se trouvent sous le coup d'une excommunication _ version catholique de la fatwa _ sans appel de la part du clergé du Nouvel Ordre Mondial.  Les experts officiels recrutés pour les besoin de la cause par les oligarchies régnantes  ont  beau jeu  de nous rabattre les oreilles à longueurs d'antennes que l'austérité (coupes budgétaires, diminution des salaires et des prestations sociales...) est un passage obligé: ils se mentent à eux-mêmes ou nous prennent pour des imbéciles invétérés. Voyez ce qu'il en est de la Grèce (article précédent), du Portugal, de l'Irlande, de l'Espagne ou de l'Italie. Sous le prétexte fallacieux de sauver l'Europe, ils permettent à des organismes prédateurs étrangers (les banques américaines et leurs agences de notations) de s'emparer du pouvoir en plaçant à la tête des États et de l'Europe leurs hommes de main non élus. Après la confiscation du référendum de 2005, quelque chose a changé en France, dans le sens du pire! En refusant la sanction citoyenne, il ne fait aucun doute que le gouvernement s'est mis hors-la loi. Le déni flagrant de la démocratie a été en quelque sorte hypocritement imposé,  permettant de faire accepter l'inacceptable. Ces temps-ci, la France est découpée en morceaux, bradée aux plus offrants (les émirs du Quatar, les multinationales, par exemple), ses institutions dégradées et ses services publics privatisés. Au plus haut niveau de l'état la gabegie continue de plus bel, il n'est pour s'en convaincre que de considérer le coût de fonctionnement de l'Élysée, les émoluments accumulés par nos représentants. Niches et paradis fiscaux, zones franches, parachutes dorés, chambres de compensation, avantages immobiliers... tout est agencé en sorte que les plus riches profitent, par détournements de fonds légalisés, de la manne financière qui leur est généreusement octroyée et accroissent leur patrimoine dans des proportions inimaginables pendant que le petit peuple ostracisé se voit confisqué ses droits citoyens les plus élémentaires et que,  comble de l'ironie,le chef de l'État propose un référendum que personne n'a réclamé, pour contraindre les chômeurs aux travaux forcés. Les Islandais, eux, ne se sont pas laissés rouler dans la farine et ont repris leur destin en main, en bottant le cul des maîtres-chanteurs. Comme eux, exigeons un référendum sur la dette ainsi qu'un changement de constitution.  G. Hadey


Quand l’Islande réinvente la démocratie

16 décembre 2010 par Jean Tosti


Depuis le samedi 27 novembre, l’Islande dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.



Depuis cette crise dont elle est loin d’être remise, l’Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C’était une première pour l’Islande, tout comme la nomination d’une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.


Très vite, le nouveau gouvernement se trouve face à un problème épineux : le règlement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’une dette de 3,5 milliards d’euros suite à la faillite d’Icesave, banque en ligne dont les opérations étaient tournées principalement vers ces deux pays. Sous la pression de l’Union européenne, à laquelle les sociaux-démocrates souhaiteraient adhérer, le gouvernement fait voter en janvier 2010 une loi autorisant ce remboursement, ce qui reviendrait, pour chaque Islandais, à débourser pendant huit ans une somme d’environ 100 euros par mois. Mais le président de la République refuse de ratifier la loi, dont le texte est alors soumis à un référendum. À plus de 93%, les Islandais votent contre le remboursement de la dette (6 mars), et depuis le problème reste en suspens.


C’est dans ce contexte que l’Islande décide de modifier sa constitution, qui en fait n’a jamais été vraiment rédigée : lorsqu’en 1944 la république avait été proclamée, on s’était contenté de recopier dans les grandes lignes la constitution du Danemark, pays dont l’Islande dépendait depuis plusieurs décennies, en remplaçant simplement le terme de “roi” par celui de “président de la République”. C’est donc une nouvelle constitution qu’il s’agit d’écrire entièrement, et pour cela on a décidé de faire confiance au peuple souverain. Il y a eu d’abord un appel à candidatures (tout le monde pouvait se présenter à l’exception des élus nationaux, à condition d’avoir dix-huit ans révolus et d’être soutenu par au moins trente personnes) auquel ont répondu 522 citoyennes et citoyens. C’est parmi eux qu’ont été élus les 25 constituants.


Ces derniers commenceront à se réunir à la mi-février et rendront leur copie avant l’été. Parmi les propositions qui reviennent le plus souvent, on peut noter la séparation de l’Église et de l’État, la nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles et une séparation claire des pouvoirs exécutif et législatif.

Certes, l’Islande n’est qu’un petit pays d’environ 320 000 habitants. Elle donne cependant là une belle leçon de démocratie aux grands États dont la France : songeons que, dans notre pays, la réforme constitutionnelle de 2008 a été entièrement rédigée à l’Élysée, et que les parlementaires ne l’ont adoptée qu’à deux voix près après avoir été soumis pendant des semaines à des pressions intolérables de la part du chef de l’État.

Source: CADTM

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