lundi 31 décembre 2012

Les meilleurs voeux de Siné


Qui mieux que Siné pouvait nous donner le mot de passe avant de faire le saut de l'ange de 2012 à 2013, nous nous joignons à lui mais aussi à Julien Assange toujours retenu dans l'ambassade équatorienne de Londres pour vous souhaiter une prochaine et joyeuse révolution. 





29 décembre 2012


Putain, elle aura fait couler beaucoup d’encre (expression devenue impropre, hélas, puisque plus personne n’écrit avec un porte-plume) l’affreuse couv’ de Charlie Hebdo par Charb !
Être obligé de reconnaître auprès de tous qu’il s’est conduit comme un salaud a dû, à ma plus grande satisfaction, lui gâcher son réveillon !

S’il y a une justice, il a terminé sa soirée aux urgences pour un lavage d’estomac !


Si vous êtes à la bourre, j’ai une idée de cadeau qui ne vous coûtera pas cher et qui fera un immense plaisir à la personne à qui vous allez l’offrir : un lot d’ampoules électriques, bientôt introuvables, qui éclairent encore comme au bon vieux temps.
Ce sont les derniers jours avant d’être obligé de s’éclairer, si on peut dire, avec les nouvelles, aux formes à la con, qui valent 8 fois plus cher et qui éclairent 8 fois moins bien !
Pour ma part, j’en achète depuis quelques mois de différentes formes et voltages, avec douilles à baïonnette ou à vis, et mon stock doit s’élever à plus de 200 !



J’ai décidé de continuer, pendant mon prochain séjour à l’hosto, la rédaction de ma biographie « Ma vie, mon œuvre, mon cul ! » que beaucoup de fans me réclament et que j’avais abandonnée il y a dix ans, au septième volume.
Ne me demandez pas pourquoi, car je n’en sais pas tellement plus que vous ! Je me sentais épuisé et vidé, après ce gros effort pour me replonger dans le passé, me remémorer mes souvenirs et retrouver des docs d’époque.

Je me sentais aussi quelquefois embarrassé de devoir citer des anecdotes peu flatteuses ou embarrassantes concernant des personnes qui font encore partie de mes connaissances !


Toujours est-il que mes chimios, contre toute attente, se révélant motivantes, je vais me réatteler à la tâche pendant cette troisième si je la supporte aussi bien que les deux premières.
Je ne vous donnerai donc plus de mes nouvelles que tous les mercredis, comme avant.
Rassurez-vous, je ne vous abandonne pas, vous êtes bien trop sympas !



Mes vœux pour 2013 ?
Toujours les mêmes mais, hélas, jamais exaucés !


Voir le palais de l’Élysée en flammes, les prisons détruites, les casernes saccagées, la colonne Vendôme abattue, le Sacré-Cœur écroulé, le drapeau noir flotter sur la Tour Eiffel, les églises, les mosquées et les synagogues transformées en boxons, les armes et les munitions, la chasse, la tauromachie, le gavage des oies, l’élevage en batterie interdits, la pub proscrite partout, toutes les espèces animales protégées, les derniers bistrots déclarés patrimoine national et le beaujolais couler en permanence des fontaines Wallace.

Je crains que ce ne soit pas demain la veille !

BANZAÏ !


Siné


Source : Siné Mensuel



samedi 29 décembre 2012

Notre religion n'est pas à vendre !



par Mary Brave Bird-Crow Dog, femme sioux

Partout aux États-Unis, et quelle que soit leur tribu, les Indiens sont en colère parce que les Blancs vendent nos cérémonies comme un passe-temps à la mode qui, peut-être, leur permettra de trouver un sens à leurs vaines existences. Notre religion est donc colportée et commercialisée par de faux hommes-médecine qui s'attribuent des noms indiens fantaisistes tels que Bison-qui-broute-sur-le-flanc-de-la-montagne, Aigle-d'or-s'élevant-dans-le-ciel ou encore Âme-libre-enveloppée-de-brume-matinale. Un gamin de dix ans vivant sur la réserve de Rosebud ne s'y laisserait pas prendre, mais il y a de quoi impressionner les crédules wasichus (blancs). À cause du New Age, le nombre de ces prétendus hommes (ou femmes)-médecine est en constante augmentation ; c'est un créneau qui peut rapporter gros, d'autant que les Indiens sont à la mode. Après la macrobiotique et le Zen, c'est au tour du « pauvre Indien en voie de disparition » d'alimenter les conversations de salon.

Ainsi, une Blanche prétend posséder des pouvoirs surnaturels que lui aurait transmis une femme-médecine et organise d'importantes conférences où, pour plus de trois cents dollars par personne, elle enseigne la sagesse et la spiritualité indiennes. Imaginez l'argent que se fait cette femme ! Des individus comme elle peuvent encaisser jusqu'à un million de dollars par an en vendant notre religion.

Cette exploitation ne date pas d'hier. Dans les années 1880 et 1890, de grosses compagnies patentées lançaient sur le marché de fausses potions indiennes censées guérir tous les maux. Je pense, entre autres, à la Great Oregon Indian Medicine Company, dont « les clients se comptaient par millions et les témoignages de reconnaissance par milliers ».

La Kickapoo Indian Medicine Company était la plus importante d'entre elles et prônait l'usage de l'« huile de serpent kickapoo », potion miraculeuse contre le ver solitaire, et de la fameuse sagwa, remède à toutes les maladies humaines connues à ce jour : « Existe-t-il quoi que ce soit qui puisse retarder, peut-être de plusieurs années, ce dernier moment avant qu'une main décharnée n'écrive votre nom sur le registre froid de la mort ? Eh bien, oui, Mesdames et Messieurs ! Prenez de la SAGWA DES INDIENS KICKAPOOS. C'est un remède infaillible. »

Cette compagnie avait installé des villages indiens publicitaires composés de douzaines de wigwams (tentes) où le public pouvait assister à la préparation du breuvage magique. Ses représentants de commerce étaient tous d'anciens éclaireurs renommés pour avoir combattu les Indiens et qui, « par leur courage en temps de guerre avaient acquis un tel ascendant sur l'Homme Rouge, qu'il leur avait bien volontiers cédé toute autorité ». La plupart des « acteurs indiens » participant au spectacle n'étaient pas kickapoos, certains étaient même d'origine péruvienne. La réserve des Kickapoos, en fait désertée et d'une extrême pauvreté, y était représentée comme un « véritable jardin d’Éden habité par une race primitive, bienveillante et noble, capable de sonder les secrets de la nature ». Pendant des années, la sagwa et l'huile de serpent kickapoo ont fait gagner des millions de dollars à cette compagnie. Aujourd'hui, la situation n'est pas très différente de ce qu'elle était alors.

La religion indienne est au centre de ma vie, elle représente le côté spirituel de mon être et fait partie intégrante de mon héritage. Elle m'a aidé à survivre. D'où ma colère lorsque je la vois profanée, exploitée, interprétée de façon erronée, vendue et achetée. Ces imposteurs trahissent nos croyances, falsifient nos traditions et donnent une représentation caricaturale et grotesque de nos rituels. Pour préserver notre foi de la souillure, on devrait interdire aux Blancs d'organiser des cérémonies indiennes. Afin de les mettre à l'abri des regards hébétés ou moqueurs, nous devrions également récupérer les sacs-médecine et autres objets sacrés qui nous ont été dérobés il y a des années et qui sont exposés aujourd'hui dans des musées ou dans des collections privées.

Avant les années trente, nous avions l'interdiction de prier dans notre langue et nos rites étaient proscrits. D'après la législation en vigueur, nous pouvions être emprisonnés pour avoir participé à l'inipi ; malgré cela, nos croyances survivaient dans la clandestinité et, dans des endroits cachés, loin du regard des missionnaires, notre peuple continuait à « danser face au soleil ».

Mais la situation actuelle est bien pire que toutes ces tentatives de destruction systématique. Les Blancs avaient essayé en vain de tuer notre foi en proclamant d'un ton triomphant la « Mort du Grand Esprit ». Mais, aujourd'hui, ils atteindront peut-être leur objectif en vendant notre religion, la pipe, la loge à sudation et en donnant au monde extérieur une fausse image de nos coutumes. Bientôt, ils vont s'imaginer pouvoir nous enseigner nos traditions et nous apprendre à utiliser le peyotl ; peut-être iront-ils jusqu'à affirmer qu'il est trop bon pour nous, stupides primitifs, et qu'ils se l'accapareront pour faire du profit en nous le revendant.

L'argent, encore l'argent, toujours l'argent ! Il n'y a pas si longtemps, on pouvait aller dans un parc national et se voir offrir gracieusement un crâne de bison pour nos cérémonies. Aujourd'hui, il faut payer car, avec le New Age, c'est devenu un objet de décoration recherché. Certains hommes-médecine bidons, dont des Indiens, vont jusqu'à demander sept cent cinquante dollars par personne pour un bain de vapeur, mille pour une quête de vision et deux mille cinq cents pour, en un week-end, transformer un Blanc crédule en homme-médecine lakota. D'autres vous déposeront en haut d'une colline, pourvu d'une pipe tape-à-l'œil et d'une plume d'aigle dans les cheveux et vous prendront jusqu'au dernier centime, alors qu'un véritable homme-médecine ne vous fera jamais rien payer. Nos cérémonies ne sont pas à vendre et, malheureusement, tous ces gens qui aiment l'argent facile portent atteinte à l'honneur de nos tribus.

Une fois, j'avais accepté de diriger une cérémonie de sudation à Santa Fe, mais j'ai aussitôt fait marche arrière lorsque l'on m'a demandé combien je prenais. Cette ignorance souille nos traditions : un bain de vapeur est bien plus qu'une simple expérience ; c'est un rite sacré qui nous relie au Créateur. Nombreuses sont les situations aberrantes auxquelles nous sommes confrontés si, à Los Angeles, vous pouvez prendre des cours collectifs de « sexualité indienne sacrée » en échange de plusieurs centaines de dollars, certains vont même jusqu'à utiliser notre médecine pour retenir un amant ou en guise d'aphrodisiaque. Ils veulent vivre de « véritables orgies indiennes ». Notre religion est alors réduite à peu de chose et devient simple objet d'échange.

Je me souviens également d'un film européen présentant la Danse du Soleil à travers le regard malade et enfiévré d'un Blanc : un seul danseur était suspendu à deux crochets de boucher avec, en guise de cache-sexe, une simple feuille de vigne. Je m'insurge contre ces profanations qui renvoient une image fausse et déformée de notre cérémonie la plus sacrée. Il n'y a là qu'exploitation par le biais du sexe et du sensationnel. Il est urgent d'y mettre un terme !

De telles situations abondent à travers le pays et chez nos voisins mexicains.

Ainsi, au Texas, une Blanche d'un certain âge est l'exemple même de la façon dont les wasichus s'immiscent dans notre médecine. Elle n'est que gentillesse et sincérité mais le fait d'avoir assisté à certaines de nos cérémonies lui est monté à la tête : elle s'imagine que Crow Dog est son grand-père et qu'« il lui a transmis un don » ; elle se croit donc habilitée à diriger des bains de vapeur, à emmener des gens en haut de la colline pour une quête de vision et à enseigner les coutumes lakotas. Avec cette éternelle rengaine : « Réservez dès maintenant. Pour cent cinquante dollars, vous pourrez, etc. Parking inclus. » Cette femme croit véritablement à ce qu'elle fait ; elle a bon cœur et fait preuve de générosité à notre égard. Mais il ne suffit pas d'avoir assisté à nos rituels pour devenir femme-médecine ou même Indienne. Des gens bien intentionnés peuvent nous faire autant de mal que nos adversaires les plus acharnés. Ce n'est pas le fait de passer quelques jours sur une réserve ou d'étudier nos traditions pendant quelques heures qui autorise qui que ce soit à organiser des simili-rites sioux.

J'ai même un ami qui, ayant assisté plusieurs fois à la Danse du Soleil, a soudain découvert son attachement à nos valeurs spirituelles et, du jour au lendemain, s'est mis à porter un nom indien. À croire que c'est une maladie contagieuse. Sans parler de ce danseur de ballet originaire de Grèce et du Proche-Orient qui se disait Indien et s'était doté d'un nom à l'avenant : pendant un temps, les Blancs l'ont considéré comme le grand porte-parole des tribus indiennes et il était devenu le chéri des médias. Lorsqu'il a fini par être dénoncé, il a simplement répondu aux journalistes qui l'interrogeaient : «Je suis indien parce que je vous le dis ! »

Tous ces gens appartiennent à la tribu des « Qui-Veulent-Être Indiens » et, souvent, ils font un mauvais usage de nos objets sacrés alors que ceux-ci doivent intervenir de façon très précise au cours de nos cérémonies.

L'hiver dernier, alors que je rendais visite à des amis californiens, j'ai fait la connaissance d'une femme blanche qui avait acheté une pipe lors d'un powwow (fête traditionnelle) et voulait s'en servir. Elle avait déjà accompli certains de nos rites mais souhaitait aller plus loin. J'ai eu l'impression qu'elle n'avait plus toute sa tête et j'ai tenté de lui expliquer combien il était important de connaître nos traditions à la perfection avant de faire usage de la pipe. Je ne voulais pas être agressive avec elle mais elle m'a fait une scène et je me suis aperçue qu'elle ignorait tout de la signification de cet objet sacré, le comparant à une espèce de cristal qui lui servirait d'intermédiaire pour communiquer avec les esprits. Je lui ai alors raconté l'origine de la pipe, ce qu'elle représentait à nos yeux et lui ai conseillé d'assister aux cérémonies en simple observatrice ; ainsi, en écoutant nos Anciens, elle apprendrait bien mieux. Je lui ai proposé de confier sa pipe à l'un d'entre eux, à qui elle pourrait parler lors de ses éventuelles visites et, finalement, elle a accepté.

Depuis des générations, nous versons sang, sueur et larmes pour défendre notre religion. Les Blancs veulent la découvrir à leur façon, sans écouter ce que nous pourrions avoir à leur dire.

Certains ont perdu leurs propres dieux et leurs âmes se sont égarées ; ils ont du mal à affronter la réalité et la mort et sont inquiets face à la dégradation de leurs villes remplis de sans-abri et à l'effondrement de leurs propres valeurs. Alors, devant toutes ces questions, ils attendent de nous une réponse que nous ne pouvons leur donner et désirent que nous remplissions le vide qui les habite.

J'aimerais dire à ces Blancs combien il est dangereux de jouer avec nos cérémonies : leur ignorance risque de leur faire du tort car les rites sacrés ont une force extraordinaire. L'attitude de ces wasichus prédit la fin prochaine de leur civilisation et je prie simplement pour que celle-ci ne nous entraîne pas avec elle.

Mary Brave Bird-Crow Dog, « Femme sioux envers et contre tout ».



Un proverbe cheyenne l'affirme : « Une nation n'est pas conquise tant que le cœur de ses femmes n'est pas à terre ». Mary Brave Bird-Crow Dog nous en apporte une nouvelle fois la preuve. Après la parution de Lakota Woman qui fut saluée comme un événement d'importance aux Etats-Unis, en France et dans le monde entier, Femme sioux envers et contre tout nous donne, en effet, un bel exemple de résistance. Résistance spirituelle, mais aussi résistance active d'une Indienne et de son peuple face aux dangers qui menacent les réserves dans l'Amérique d'aujourd'hui.

Reprenant le récit de sa vie au moment des événements de Wounded Knee, Mary Brave Bird-Crovv Dog raconte son militantisme au sein de l'American Indian Movement, son action en faveur de la tradition et son combat en tant que femme, mère et indienne. Elle retrace également la période de sa vie partagée avec Leonard Crow Dog, homme-médecine et traditionaliste lakota. Avec franchise, elle conte les jours heureux et les périodes difficiles d'une existence mouvementée. Mais avant tout, c'est le destin d'un peuple à la conquête de ses droits qu'elle nous dépeint — et plus encore, les constantes difficultés des femmes indiennes à se faire reconnaître. Par l'hommage qu'elle rend au courage et à la volonté de celles-ci, par sa dignité et sa force de conviction inébranlable, Mary Brave Bird-Crow Dog confirme qu'elle est porteuse d'une voix unique et majeure dans la littérature indienne.  





mardi 25 décembre 2012

Bolivie : les Guerriers de l'Arc-en-ciel

Le "Manifeste de l'Ile du Soleil" d'Evo Morales

Reportage de Jean Ortiz





Le 21 décembre, le président de l'Etat plurinational de Bolivie, Evo Morales, a choisi de célébrer le Solstice d'été sur l'Ile du Soleil. A cette occasion, il a prononcé une allocution-manifeste : "le Manifeste de l'Ile du soleil". Vue son importance, ce texte mérite d'être largement connu; nous en avons traduit quelques passages, qui nous semblent les plus représentatifs.

"Depuis l'Ile du soleil, depuis notre lac sacré Titicaca, nous voulons vous dire que nous sommes réunis ce 21 décembre, non pas pour attendre la fin du monde (...), mais pour donner de l'espoir en cette aube nouvelle pour les peuples" (...).


21 janvier 2010 (Photo AFP)

"Cette Ile est fondatrice du temps et de l'histoire des fils du Soleil. Mais ensuite est tombée l'obscurité, avec l'arrivée des envahisseurs étrangers". (...) "Aujourd'hui, de cette Ile où naquit le "Tahuantinsuyo", nous déclarons révolue l'époque de l'obscurité et du "non-temps", tandis que s'ouvre le nouveau temps de la lumière, le "Pachakuti" (légende andine traduisant la renaissance, les temps nouveaux, la régénération de l'harmonie cosmique. J.O.). "A nouveau, les peuples du monde, les mouvements sociaux, tous les marginalisés, les discriminés, les humiliés s'organisent, se mobilisent, prennent conscience et se lèvent comme au temps du "Pachakuti". Le monde est plongé dans une crise globale (...). Le temps du capitalisme et de la surconsommation illimitée, le temps d'une société où l'homme prétend être supérieur à la Mère Terre, objet de sa domination impitoyable et prédatrice, prend fin".

"D'un côté, toujours plus de capitalisme, de privatisations, de mercantilisation, d'exploitation irrationnelle et dévastatrice des ressources naturelles, et toujours plus de protection pour les entreprises et les profits privés.


De la main d'une centenaire du peuple Aymara, le président Evo Morales fut intronisé leader spirituel des indigènes de Bolivie dans l'antique cité pré-inca de Tiwanaku, un jour avant d'être officiellement reconduit dans son second mandat de président jusqu'en 2015.

De l'autre, toujours moins de droits sociaux, moins de santé publique, moins d'éducation publique et gratuite, moins de protection des droits des personnes. Aujourd'hui, les sociétés et les peuples des pays développés vivent dramatiquement la crise du capitalisme, engendrée par les lois du marché. Ces gouvernements capitalistes croient que sauver des banques, c'est plus important que sauver des êtres humains. (...) Dans ce système capitaliste, les banques ont des droits économiques privilégiés, et sont traitées en citoyens de première catégorie, de telle sorte que les banques importent plus que la vie. Dans cette jungle sauvage, les hommes et les peuples ne sont pas frères, ne sont pas citoyens (...). Ce ne sont que des débiteurs mauvais payeurs, des 'assistés', des locataires, des clients".


"Nous vivons le règne de la couleur verte: les politiques monétaires, de développement, écologiques, sont vertes comme le dollar". "Face à la nouvelle vague de crises du système capitaliste, ses idéologues prônent la privatisation de la nature à travers ce qu'ils appellent 'l'économie verte', ou 'le capitalisme vert'. Les préconisations du marché, du libéralisme, et de la privatisation, ne font que générer pauvreté, exclusion, faim et marginalisation". (...)

 "Ce 21 décembre, premier jour du "Pachakuti" (...) marque la transition de l'ère de la violence entre les êtres humains et contre la nature vers une nouvelle ère, où l'être humain et la Mère Terre ne font qu'un, et où tous les hommes vivent en harmonie et en équilibre avec l'ensemble du cosmos. (...) Nous sommes les Guerriers de l'Arc-en-ciel, les Guerriers du "vivir bien", les Insurgés du monde. Nous proposons dix recommandations pour faire face au capitalisme et construire la culture de la vie:- refonder la démocratie et la politique, en transférant le pouvoir aux pauvres et en le mettant au service du peuple :


- davantage de droits sociaux et humains, et non la marchandisation des besoins humains- décoloniser nos peuples et nos cultures pour construire le "socialisme communautaire du "buen vivir"- pour une vraie politique écologique contre tout "colonialisme environnemental de l'économie verte"- la souveraineté sur les ressources naturelles est la condition pour s'émanciper de la domination néocoloniale et œuvrer au développement intégral des peuples- atteindre la souveraineté alimentaire, et le droit humain à l'alimentation- l'alliance des peuples du sud contre l'interventionnisme, le néolibéralisme, et le colonialisme- le développement de la connaissance et des technologies pour tous- la construction d'une union institutionnelle mondiale des peuples- le développement économique ne doit pas se fixer pour objectif l'accumulation du capital et des profits, ni les bénéfices des marchés, mais doit être 'intégral', et viser le bonheur des gens et l'harmonie avec la Mère Terre.

(Ces dix points sont largement détaillés par Evo Morales dans le Manifeste. J.O.)

"La nouvelle époque est celle du pouvoir du travail, des 'communautés', de la solidarité des peuples, de la communion de tous les êtres vivants avec la Mère Terre, pour construire le 'socialisme communautaire du vivir bien'."

"Notre vision du socialisme communautaire du "vivre bien" repose sur les droits, et non sur le marché, sur le plein épanouissement et le bonheur des hommes".








Source de l'article : l'Humanité.fr
Photos provenant u blog Levantate






Chiapas : l'insurrection silencieuse


EZLN : "Vous avez entendu? C'est le bruit de votre monde qui s'effondre"




par Desinformémonos, 22/12/2012
Original: “¿Escucharon? Es el sonido de su mundo derrumbándose”: EZLN
 Traduction disponible : Português  


Dans une action de masse, disciplinée et simultanée, inédite depuis les premiers jours du soulèvement insurgés de 1994, des dizaines de milliers de zapatistes ont occupé pacifiquement et dans un silence assourdissant  cinq villes du Chiapas. Quelques heures plus tard, ils ont publié un bref communiqué.

Ocosingo, Chiapas. 21 décembre 2012.
PHOTO Moysés Zúñiga Santiago

Chiapas, Mexique - Des dizaines de milliers de bases d'appui de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) ont occupé dans un silence emblématique les rues de cinq localités du Chiapas, lors de la première manifestation publique zapatistes depuis le 7 mai 2011, lorsqu'ils avaient répondu à l'appel du Mouvement pour la Paix avec Justice et Dignité. Cette action simultanée et massive, la plus grande de toute leur histoire, a été précédée par l'annonce que l'organisation indigène ferait connaître sa parole, rendue publique quelques heures après la mobilisation.

"A qui de droit. Vous avez entendu? C'est le bruit de votre monde qui s'effondre. C'est celui du nôtre qui ressurgit. Le jour qui était le jour, il faisait nuit. Et le jour qui sera le jour, il fera nuit", était le message signé par le sous-commandant Marcos et diffusé quelques heures plus tard par la page ouèbe Enlace Zapatista.




Dans chacune des villes occupées (Ocosingo, Las Margaritas, Palenque, Altamirano et San Cristobal), les Tzeltals, Tzotzils, Ch'ols, Tojolabals, Zoques, Mams et métis ont défilé avec leurs bandanas et passe-montagnes traditionnels, en rangs et dans un strict silence. Hommes et femmes, jeunes pour la plupart, ont défilé sur une estrade dans chaque ville et brandi leurs poings. Cela a été l'expression la plus symbolique de toute la manifestation.
Force, discipline, ordre extraordinaire,  dignité, intégrité, cohésion. Ce n'est pas peu. Depuis 19 ans on les a donnés un nombre incalculable de fois pour morts, divisés et isolés. Encore et encore ils sont apparus pour dire "nous sommes là". Aujourd'hui, 40 000 zapatistes dans les rues ont à nouveau fait taire les rumeurs et les mensonges.
À San Cristobal de las Casas, une ville où l' EZLN manifeste traditionnellement hors de son territoire, plus de 20 000 hommes et femmes du caracol  [l'escargot, municipalité autogérée, NdT] zapatiste d' Oventik, où ils s'étaient rassemblés la veille, ont défilé sous une pluie qui a commencé à tomber à l'aube. La marche de 28 détachements (selon la numérotation figurant sur leurs passe-montagnes) a commencé à la périphérie de la ville, vers huit heures et demie, et à 12 heures l'arrière-garde était encore très loin du centre de la ville. La place centrale était trop petite pour les contenir tous.
Des habitants et des  touristes ont lancé des cris de soutien et entonné  l'hymne zapatiste chanté dans certaines sections. Les magasins ont, comme d'habitude, baissé leurs rideaux, parce que les Indiens les ont à nouveau pris par surprise. L'estrade était installée en face de la cathédrale, tandis que les blocs zapatistes ordonnés se sont placés autour du carré entral de la ville.
À Palenque, ancienne ville  ch'ol et l'un des centres touristiques les plus importants de l'État, les indigènes zapatistes sont entrés par l'avenue principale de la ville et ont brandi le poing sur l'estrade située dans le centre de la ville, en face de l'église. Puis ils ont pris la rue du Chiapas pour retourner dans leurs communautés.
À Las Margaritas, les zapatistes ont répété cette dynamique avec 7000 membres des bases d'appui, tandis qu'Ocosingo – localité elle aussi prise par les insurgés le 1er janvier 1994, où eut lieu un massacre de civils par l'armée fédérale dans les premiers jours de la guerre, plus de 6 000 membres des bases d'appui ont déclenché l'action à six heures du matin. On a appris qu'environ 8 000 zapatistes ont du rester au Caracol de La Garrucha par manque de transports vers la ville. Il n'y avait plus eu une telle concentration de  zapatistes depuis les sanglants combats du soulèvement indigène en 1994.
Il y avait une forte symbolique dans l'action, vu qu'ils ont choisi le dernier jour du cycle maya, qui pour beaucoup serait "la fin du monde" et pour d'autres le début d'une nouvelle ère, du changement de peau, du renouveau. Pendant ces 19 années, le parcours de la lutte zapatiste a été chargé de symbolisme et de prophéties, et cette occasion n'y a pas fait exception.
Depuis l'annonce que le Commandement général de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) ferait connaître sa parole, l'attente pour le contenu de son message n'a cessé de croître. Mais ce qu'on a entendu ce vendredi, c'était ses pas, sa marche silencieuse à travers cinq places, sa démarche digne et rebelle à travers les rues et son poing levé.
La dernière fois que le sous-commandant Marcos, chef militaire et porte-parole zapatiste, avait parlé, c'était dans sa correspondance avec le philosophe Luis Villoro, le 7 Décembre, 2011. Et l'initiative politique la plus récente avait été le Festival de la Rage Digne, auquel les zapatistes avaient invité des luttes et des mouvements du Mexique et du monde, en décembre 2008.
Ce vendredi les membres du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène ne sont pas apparus, comme l'avait fait son état-major en mai 2011. Ce fut la dernière fois que l'on vit Tacho, Zebedeo, Esther, Hortencia, David et le reste du commandement général, à l'exception du sous-commandant Marcos, qui est resté loin des yeux du public.






Date de parution de l'article original: 22/12/2012

lundi 24 décembre 2012

Une nouvelle victoire de Siné contre l’éditocratie

par Mathias Reymond, le 24 décembre 2012

  Charlie Hebdo a été condamné une nouvelle fois par la justice à verser des dommages et intérêts au dessinateur Siné pour rupture abusive du contrat qui le liait au journal. Si nous nous réjouissons de cette victoire pour la liberté d’expression nous n’oublions pas aussi d’apporter notre soutien à Siné.

Rappel des faits : en juillet 2008, Charlie Hebdo publie une chronique de Siné dans laquelle celui-ci dénonce le prétendu opportunisme religieux de Jean Sarkozy. Extrait : « il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! » S’en suit une véritable fronde contre le caricaturiste qui mène à son licenciement de Charlie Hebdo pour cause « d’antisémitisme ».
Une grande partie des patrons de presse, des éditocrates et des philosophes de télévision ont alors soutenu Philippe Val – directeur de l’hebdomadaire – dans sa purge anti-Siné. Ainsi, Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler, Claude Askolovitch, Pascal Bruckner, Robert et Élisabeth Badinter, Laurent Joffrin... mais aussi Dominique Voynet ou Bertrand Delanoë n’hésitent pas à prendre leur plume pour attaquer Siné. La plupart de la rédaction de Charlie Hebdo se range même derrière Val dans cette affaire [1]. Pourtant, pour qui connaît un peu Siné et son œuvre, l’accusation d’antisémitisme est dénuée de fondement et même complètement farfelue. Ainsi que nous le rappelions en 2008 dans un article de soutien à Siné [2], ce licenciement est donc une véritable atteinte à la liberté d’expression.
Depuis, que s’est-il passé ? Philippe Val quitte Charlie Hebdo en 2009 pour prendre la direction de France Inter et renvoyer quelques chroniqueurs encombrants [3]. Il laisse la gestion de l’épave satirique à Charb qui n’a pas brillé par son courage dans cette affaire comme nous l’écrivions dans notre article sur l’histoire de Charlie Hebdo. En effet, au moment du licenciement de Siné, Charb était rédacteur en chef adjoint et avait pris parti... contre le chroniqueur, dans un éditorial amphigourique dans lequel il expliquait que Siné avait porté « atteinte » aux « valeurs essentielles » de Charlie Hebdo (rires).
Siné de son côté, soutenu par des milliers de personnes, a remonté la pente et lancé un hebdomadaire (Siné Hebdo) en septembre 2008 qui s’est muté en mensuel trois ans plus tard (Siné Mensuel). Mais surtout Siné a gagné. À deux reprises. Une première fois [4], le 30 novembre 2010, quand le tribunal de grande instance (TGI) a rendu un jugement dépourvu de toute ambiguïté : « Il ne peut être prétendu que les termes de la chronique de Maurice Sinet sont antisémites, (…) ni que celui-ci a commis une faute en les écrivant (…). [De plus,] Il ne pouvait être demandé à Siné de signer et faire paraître une lettre d’excuse ». Charlie Hebdo (plus précisément la société Les Éditions Rotatives) a été condamné à verser 20 000 euros à Siné pour rupture abusive de contrat. En outre, pour le TGI, « la médiatisation de la rupture et le caractère humiliant de son annonce apprise en même temps que les lecteurs par la publication du numéro du 16 juillet 2008, ont causé à Siné un préjudice moral qu’il convient d’indemniser en lui allouant la somme de 20 000 euros ». Soit un total de 40 000 euros.
Pourtant Charlie Hebdo a préféré faire appel. Et c’est ainsi que Siné vient de remporter une deuxième victoire, avec un jugement encore plus terrible pour l’hebdomadaire :
 « Charlie Hebdo est condamné une nouvelle fois par la justice à verser des dommages et intérêts au dessinateur Siné pour rupture abusive du contrat qui le liait au journal depuis 16 années. L’hebdomadaire dirigé par Charb devra également publier sur la couverture, un communiqué judiciaire sur un bandeau de 15 centimètres de haut sur toute la largeur sous peine d’astreinte de 2000 € par semaine. La cour d’appel de Paris par un arrêt du 14 décembre 2012 confirme ainsi le jugement de tribunal de grande instance de Paris du 30 novembre 2010. La cour condamne le journal à verser 90 000 € de dommages et intérêts et 15 000 € pour les frais de justice au lieu des 40 000 € et des 5000 € attribuées lors du premier jugement. » (extrait du communiqué de presse de Siné)
Nous rappelions qu’au moment du premier jugement, les juges médiatiques de Siné (nommés plus haut) n’avaient pas fait la publicité de cette condamnation... Cette fois-ci, le silence est assourdissant.
À l’époque des faits, Laurent Joffrin, alors directeur de Libération, mais également proche de Philippe Val, s’était fendu de deux articles qui ne faisaient pas preuve d’une grande honnêteté intellectuelle. Dans le premier il n’hésitait pas à comparer la phrase de Siné aux œuvres complètes de Drumont, Maurras ou Brasillach. Dans le second, que nous avions décrypté en long et en large ici-même, il accumulait les insinuations, multipliait les omissions et surtout, réécrivait l’histoire. Maintenant que Siné a gagné deux fois, Joffrin, parti de Libération pour Le Nouvel Observateur, a choisi le silence. Quant au nouvelobs.com, il s’est contenté de reproduire le communiqué de l’AFP annonçant la victoire de Siné... sans rappeler les virulentes prises de position de Joffrin.
Les éditocrates ont la mémoire courte... ou la mémoire sélective.
Mathias Reymond

Notes

[1] Courageux, Tignous et Willem avaient publiquement soutenu Siné. Michel Polac et François Cavanna ont fait de même par la suite...
[2] Face à Philippe Val, Charlie Hebdo et BHL, Acrimed soutient Siné.
[3] Voir notre article : « Le bal des faux-culs sur France Inter ».
[4] Voir notre article ici-même.

dimanche 23 décembre 2012

trois paroles - tres palabras

"Je suis l’espace qui se déroule dans l’absolue incertitude... REVOLTEZ-VOUS, ...La pire des attitudes est l’indifférence..." Patrick Aspe






trois paroles
tres palabras
de lune  - de sang – de  soleil
le soleil donne aux soupirs
le goût brulant de l’exil
sur l’écume des regards
l’envol de l’hirondelle
laisse l’enfant à sa ruelle

ce sont les galops qui viennent
d’une rive à l’autre

les canons tranchent sur le vifs
barricades
barricades

trois paroles
de lune  - de sang – de  soleil

laisse venir à toi la nuit des sanglots
la mémoire est une balle dans le dos

                           Patrick Aspe





samedi 22 décembre 2012

Dangereuse escalade militaire : Confrontation Russie-États-Unis en Syrie?



panetta

Le 14 décembre le secrétaire à la Défense Leon Panetta a signé un décret autorisant l’envoi de 400 troupes opératrices de missiles en Turquie. Selon Washington, la sécurité de la Turquie, le poids lourd de l’OTAN, est menacée. Du personnel militaire étasunien sera déployé en Turquie dans les prochaines semaines afin de manœuvrer deux batteries de missiles étasuniennes Patriot.

Selon le porte-parole du Pentagone, George Little :
« Les États-Unis ont aidé la Turquie à se défendre [contre la Syrie].
Je ne pourrai pas être précis pour l’instant, a-t-il ajouté, mais je voulais vous aviser […] que nous avons signé ce décret et que nous sommes prêts à appuyer la défense de la Turquie sous les auspices de l’OTAN pour une période indéterminée.

Le but de ce déploiement est de signaler clairement que les États-Unis, en collaborant étroitement avec nos alliés de l’OTAN, défendront la Turquie, surtout en raison des menaces potentielles émanant de la Syrie. » (US Air Force News, 14 décembre 2012.)

Les intercepteurs sol-air Patriot sont déployés pour faire face « aux menaces provenant de la Syrie ». D’après le secrétaire à la Défense des États-Unis Leon Panetta, ces menaces « comprennent des frappes syriennes en Turquie et les combats entre le gouvernement et les rebelles s’étendant sur le territoire turc (CNN, 14 décembre 2012) :

« On ne peut pas perdre trop de temps à se demander si ça emmerde  [pisses off] la Syrie » a déclaré Panetta après avoir signé le décret vendredi. (Ibid., c’est l’auteur qui souligne)
En plus du déploiement de missiles étasuniens, l’Allemagne et les Pays-Bas ont confirmé qu’ils déploieront également des missiles Patriot en Turquie visant la Syrie.

La déclaration officielle du Pentagone ne mentionne pas que cette accumulation de batteries de missiles Patriot ne cible pas uniquement la Syrie, elle vise aussi à confronter la présence militaire russe en Syrie et son appui au développement du système de défense aérien syrien.


L’insurrection menée par les États-Unis et l’OTAN

L’initiative du Pentagone en Turquie fait partie de l’insurrection menée par les États-Unis, l’OTAN et Israël contre la Syrie. Au cours des dernier mois, l’insurrection s’est développée en invasion alliée non officielle (quoique de facto) caractérisée par la présence en Syrie de Forces spéciales françaises, britanniques, turques et qataries.

Ces Forces spéciales sont « intégrées » aux rangs rebelles. Elles ne font pas que participer à l’entraînement des forces rebelles, elles sont dans les faits également impliqués dans le commandement paramilitaire et la coordination, en liaison avec l’OTAN.

Autrement dit, par le biais de leurs Forces spéciales et agents de renseignement sur le terrain, des États membres de l’Alliance atlantique déterminent largement la nature et les avancées des actions rebelles. Fait significatif, le Front Al-Nosra (voir l’image à droite), une milice affiliée à Al-Qaïda et impliquée dans d’innombrables actes terroristes contre les civils, constitue la principale force combattante, directement recrutée et entraînée par les États-Unis, l’OTAN, l’Arabie Saoudite et le Qatar.


La guerre élargie du Moyen-Orient

Le déploiement de missiles Patriot étasuniens en Turquie fait partie d’un processus régional de militarisation comportant l’établissement de postes de commandement des États-Unis et le stationnement de troupes étasuniennes en Jordanie et en Israël. Ce déploiement militaire régional menace aussi l’Iran.

De plus, les préparatifs de guerre des États-Unis et de l’OTAN concernant la Syrie sont coordonnés à ceux reliés à l’Iran. Les postes de commandement en Israël, lesquels supervisent environ 1000 troupes étasuniennes, en coordination avec les Forces de défense d’Israël (FDI), sont sous la juridiction du Commandement européen des États-Unis (Eucom).

Le chef d’état-major iranien a prévenu récemment que le stationnement de batteries antimissiles aux frontières entre la Turquie et la Syrie équivalait à « préparer le terrain pour une guerre mondiale ».
Il est important de signaler qu’en plus des missiles Patriot en Turquie, des batteries Patriot ciblant l’Iran ont aussi été déployées au Koweït, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Bahreïn (2010).

Missile Patriot étasunien


Les systèmes russes de défense antiaérienne en Syrie

En réaction au déploiement de missiles des États-Unis et de leurs alliés, la Russie a livré à la Syrie des missiles Iskander perfectionnés, désormais pleinement opérationnels, sans compter le système russe de défense sol-air Pechora 2M.

On décrit l’Iskander comme un système de missile surface-surface « qu’aucun système de défense antimissile ne peut suivre ou détruire ».

Le dernier Iskander peut voyager à une vitesse hypersonique dépassant 1,3 miles (2,09 km)par seconde (Mach 6-7) et sa portée d’une extrême précision excède 280 miles (450,62 km). Il détruit les cibles avec son ogive de 1500 livres (680 kg), un cauchemar pour n’importe quel système de défense antimissile.
 
Iskander Mach 6-7

Par ailleurs, la Syrie est équipée de du système de défense antiaérienne moderne Pechora-2M et des sources militaires étasuniennes ont admis qu’il constituerait « une menace », à savoir un obstacle advenant l’implantation d’une « zone d’exclusion aérienne » concernant la Syrie.

Le Pechora-2M est un système multicibles sophistiqué pouvant être utilisé également contre des missiles de croisière.

Pechora-2M S-125 SA-3 surface-to-air defense missile system technical data sheet specifications information description pictures photos images video intelligence identification intelligence Russia Russian army defence industry military technology

Description
Le Pechora-2M est un système de défense antiaérienne équipé de missiles sol-air à courte portée conçu pour détruire des avions, des missiles de croisière, des hélicoptères d’assaut et d’autres cibles au sol ou à basse et moyenne altitude.
Ci-dessus : Système de défense sol-air russe Pechora 2M déployé en Syrie.


La Russie appuie fermement la Syrie

Contrairement à ce qu’affirment de récents reportages, la Russie appuie le gouvernement de Bachar Al-Assad.

Le 14 décembre, le ministère russe des Affaires étrangères a démenti les rumeurs, semées surtout par les agences de presse occidentales et le New York Times, et selon lesquelles Moscou avait changé sa position sur la Syrie. Le battage médiatique étalé à la une des journaux était basé sur une déclaration spontanée non officielle du ministre adjoint des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov :

« Nous devons faire face à la réalité : la tendance actuelle démontre que le gouvernement perd progressivement le contrôle d’une partie accrue du territoire » a déclaré Bogdanov à la Chambre publique. « Une victoire de l’opposition ne peut pas être exclue. »

La déclaration n’avait rien à voir avec la position de la Russie envers la Syrie. C’est plutôt le contraire. Moscou a renforcé sa collaboration militaire avec Damas en réaction aux menaces occidentales.
« [N]ous n’avons jamais changé d’avis et ne le ferons jamais », a affirmé le porte-parole des Affaires étrangères Lukashevich lors d’une conférence de presse à Moscou.

Il convient de noter que le 5 décembre, le ministre adjoint des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a accusé des pays occidentaux de violer l’embargo des armes en transférant « de vastes provisions d’armes à l’« opposition » syrienne, essentiellement composée de milices affiliées à Al-Qaïda,


Dangereux carrefour des relations entre la Russie et les États-Unis

Washington et ses alliés ont soutenu sans relâche les diverses entités terroristes formant les forces rebelles de l’« opposition ».

Récemment, l’Armée syrienne libre (ASL) a menacé d’exécuter une journaliste ukrainienne (voir la photo ci-dessous) et annoncé qu’elle « tuerait les Russes et les Ukrainiens » en Syrie.

Les membres de l’ASL sont les fantassins de l’alliance militaire occidentale. Sans l’appui de l’Occident, ils ne pourraient pas confronter les forces gouvernementales syriennes.


La décision de menacer et cibler des Russes n’émane pas des forces rebelles de l’« opposition », mais directement de Washington.

Ces menaces constituent des actes de provocation délibérés à l’endroit du gouvernement russe, lequel offre un soutien militaire à la Syrie. Les forces de l’« opposition » en consultation avec les États-Unis et l’OTAN menacent désormais la Russie, un allié de la Syrie.
Nous nous trouvons à un carrefour dangereux : alors que des missiles Patriot sont installés en Turquie, des missiles russes Iskander sont déployés en Syrie.

Анхар Кочнева сирия хомс 2012 октябрь коллажDes forces spéciales françaises, britanniques, turques et qataries sont impliquées dans le recrutement et la formation des rebelles de l’ASL, dont la plupart sont des mercenaires. L’ASL cible maintenant des citoyens russes en Syrie sur ordre de Washington, ce qui pourrait mener à l’effondrement de la diplomatie internationale.
Moscou considère ces menaces comme « des déclarations de guerre » en disant que « les insurgés armés en Syrie [appuyés par l’Occident] ont tellement été encouragés qu’ils ont atteint un stade où ils sont au-dessus des lois ».

La menace contre les Russes en Syrie est-elle le prélude d’un processus plus vaste de confrontation entre l’alliance États-Unis-OTAN et la Russie?

Michel Chossudovsky

Article original en anglais : Military Escalation, Dangerous Crossroads: Russia-US Confrontation in Syria? Publié le 15 décembre 2012.
Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).


Source : Mondialisation.ca

jeudi 20 décembre 2012

Fukushima, l'enfer du nucléaire


Fukushima : l’équivalent d’une région française devenue radioactive



PAR AGNÈS ROUSSEAUX (7 DÉCEMBRE 2011)


Les conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima sur la population commencent à montrer leur étendue. Pneumonies, leucémies ou problèmes hormonaux semblent se multiplier chez les deux millions d’habitants de la région. Les enfants sont en première ligne, alors que les terres, les eaux et certains aliments sont fortement contaminés. De son côté, Tepco, l’exploitant de la centrale, sombre dans le cynisme : les éléments radioactifs qui se sont échappés des réacteurs ne lui appartiennent plus…


« La santé de nos enfants est maintenant en danger. Nous constatons des symptômes tels que thyroïdes enflées, saignements de nez, diarrhées, toux, asthme… » C’est l’appel lancé par un groupe de femmes de la région de Fukushima. Depuis mars, ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser pour alerter sur les dangers sanitaires de la radioactivité, dans la zone concernée par la catastrophe nucléaire, comme ailleurs dans le pays.

Des graphiques mis en ligne par Centre de surveillance des maladies infectieuses font apparaître d’inquiétants pics pour certaines maladies au Japon, comme les pneumonies, ou les conjonctivites aiguës hémorragiques.

Des écoliers plus irradiés que les travailleurs du nucléaire

Des prélèvements d’urine effectués par un laboratoire indépendant français (l’Acro, agréé par l’Autorité de sûreté du nucléaire), auprès d’une vingtaine d’enfants de la région de Fukushima ont montré que 100 % d’entre eux sont contaminés par du césium radioactif.

Dans cette région, un enfant examiné sur 13 aurait des problèmes hormonaux et un dysfonctionnement de la thyroïde, selon une étude japonaise. Face à l’angoisse des parents, la préfecture de Fukushima a lancé en octobre une grande étude médicale auprès de 360 000 enfants.Les habitants de la région de Fukushima restent soumis à un important taux de radiation. En avril, le gouvernement japonais a relevé la norme de radioprotection de la préfecture de Fukushima de 1 millisievert/an à 20 millisieverts/an. Ce taux est le seuil maximal d’irradiation en France pour les travailleurs du nucléaire.

Alors que la sensibilité des enfants aux radiations est plus importante que celle des adultes, le ministère de l’Éducation considère pourtant comme « sans danger » les écoles où le taux de radiation approche les 20 millisieverts/an. 20 %des écoles de la préfecture de Fukushima dépasseraient ce taux. Dans ces établissements, les activités de plein air sont limitées : les enfants ne sont pas autorisés à rester plus d’une heure dans les cours de récréation et les parcs, ni à jouer dans les bacs à sable. Parallèlement, du césium a même été détecté dans du lait en poudre destiné aux enfants.

Les autorités confirment la vente de riz contaminé

Cette situation est« extrêmement dangereuse », s’indigne le réseau Sortir du nucléaire, qui rappelle qu’« aucune dose de radioactivité n’est inoffensive » :« Les normes d’exposition ne correspondent en aucun cas à des seuils d’innocuité scientifiquement fondés ; elles définissent seulement des niveaux de “risque admissible”. »
Dans la ville de Fukushima, située à 60 km de la centrale, la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) a mesuré une contamination de 370 000 Bq/kg de la terre prélevée sous les balançoires d’une école primaire. Une radioactivité énorme.« Ce sol est devenu un déchet radioactif qui devrait être stocké dans les meilleurs délais sur un site approprié », déclarait alors l’organisation.La nourriture est aussi un vecteur de contamination radioactive. Les autorités japonaises ont étendu le 29 novembre l’interdiction de vente de riz, notamment dans la région de Date, où des milliers d’agriculteurs ont dû suspendre leurs livraisons.

Les dernières mesures effectuées montraient une teneur supérieure à la limite légale provisoire, fixée par le gouvernement à 500 becquerels/kg. Neuf kg de riz« excédant les standards de sécurité internationaux »ont par ailleurs été vendus à des consommateurs, ont déclaré les autorités de la préfecture de Fukushima, qui se sont excusées pour« les désagréments causés aux personnes qui ont acheté ce riz »(sic). C’est la première fois depuis la catastrophe que les autorités confirment la vente de riz contaminé. Le présentateur de télévision Norikazu Otsuka, qui consommait en direct des produits de la région de Fukushima pour en montrer l’innocuité, a récemment été hospitalisé pour une leucémie aigüe. Ce qui n’a pas rassuré les deux millions d’habitants de la zone.

L’équivalent de la Bretagne contaminé au Césium

Autre sujet d’inquiétude : le taux de contamination en césium des rivières de la région de Fukushima. Une étude universitaire évalue le niveau de contamination à l’embouchure de l’Abukumagawa à environ 50 milliards de becquerels répandus dans la mer chaque jour. L’équivalent, au quotidien, du césium déversé dans la mer pour tout le mois d’avril, par les eaux « faiblement contaminées » relâchées par Tepco depuis les réacteurs.Un rapport publié fin novembre par les autorités japonaises souligne que 8 % du territoire du Japon est fortement contaminé par du césium radioactif. Soit 30 000 km². L’équivalent de la superficie de la Bretagne ou de la région Paca. Le césium s’est diffusé à plus de 250 km vers l’ouest, et jusqu’à la préfecture d’Okinawa, à 1 700 km de la centrale, selon le ministère des Sciences [1]. Une zone de 20 km autour de la centrale a été évacuée en mars, et à 30 km les habitants avaient pour consigne de se calfeutrer chez eux, prêts pour une évacuation. Les dernières cartes publiées par le ministère montrent que la zone à risque est beaucoup plus étendue. 300 000 personnes vivent dans la ville de Fukushima, où la radioactivité cumulée atteignait en mai plus de 20 foisla limite légale.



 Source :The Asahi Shimbun

À qui appartient la radioactivité ?

À Hitachinaka, à une centaine de km de la centrale, le taux de radiation est de 40 000 becquerels/m², près d’un million de fois supérieur à la radioactivité naturelle locale, avant la catastrophe [2]. Après l’accident de Tchernobyl, les zones où les niveaux de radioactivité dépassaient 37 000 becquerels/m² étaient considérées comme « contaminées », rappelle le journal Asahi, principal quotidien du Japon. Dans le quartier Shinjuku de Tokyo, le taux est toujours de 17 000 becquerels/m² [3]. Dans certaines régions montagneuses, à 180 km de Fukushima, la radioactivitése situe entre 100 000 et 300 000 becquerels/m². Une contamination qui aura des conséquences durables, car la demie-vie du césium 137 est de 30 ans.Le gouvernement se veut pourtant rassurant. Beaucoup d’habitants n’ont de toute façon pas les moyens de quitter les zones contaminées. La plupart des 160 000 Japonais évacués après la catastrophe attendent toujours des indemnités de la part de Tepco.

Le propriétaire de la centrale est de plus en plus critiqué pour sa gestion de l’après-catastrophe. Lors d’un procès concernant la décontamination d’un terrain de golf au Japon, Tepco a sidéré les avocats en se dédouanant de ses responsabilités, affirmant que« les matériaux radioactifs (comme le césium) qui ont été disséminés par le réacteur n° 1 de la centrale de Fukushima et sont retombés appartiennent aux propriétaires des terres et non plus à Tepco » !

Cynisme et manque de transparence

Un argument rejeté par le tribunal, qui a cependant décidé de confier les opérations de décontamination aux autorités locales et nationales. Tepco va jusqu’à contester la fiabilité des mesures effectuées et affirme qu’un taux de 10 millisieverts/heure n’était après tout pas un problème et ne justifiait pas de maintenir des terrains de golf fermés. Les mesures effectuées sur ces terrains mi-novembre ont pourtant détecté un taux de césium de 235 000 becquerels par kg d’herbe : à ce niveau, la zone devrait être classée comme interdite selon les standards mis en place après l’accident de Tchernobyl, souligne Tomohiro Iwata, journaliste du Asahi Shimbun.Au cynisme de Tepco s’ajoute le manque de transparence.

Le 28 novembre, l’entreprise a annoncé que Masao Yoshida, 56 ans, directeur de la centrale de Fukushima au moment de la catastrophe, a dû quitter son poste pour des raisons de santé. Il a été hospitalisé en urgence. Tepco refuse de donner davantage de précisions. Par ailleurs, un projet du gouvernement d’organiser un monitoring en temps réel des radiations dans 600 lieux publics de la préfecture de Fukushima, notamment les écoles, devait démarrer en octobre. Il a été reportéà février 2012. Argument évoqué : l’entreprise qui devait fournir les équipements n’a pas pu tenir les délais.

Le béton des réacteurs rongé par le combustible

Les experts estiment que les efforts de décontamination devraient coûter au Japon 130 milliards de dollars. À cela risquent de s’ajouter des coûts sanitaires et environnementaux encore difficiles à comptabiliser, tant le risque sanitaire semble être aujourd’hui minimisé. D’après Tepco, la situation de la centrale est aujourd’hui stabilisée [4]. La température des réacteurs 1, 2 et 3 – qui ont subi une perte totale du système de refroidissement en mars – serait maintenue en dessous de 100 degrés. Le risque sismique n’est pourtant pas écarté, qui pourrait de nouveau aggraver la situation. Dans un rapport rendu public le 30 novembre, Tepco explique que le combustible du réacteur 1 aurait entièrement fondu, percé la cuve et rongé une partie du béton de l’enceinte de confinement, sur 65 cm de profondeur. Le combustible fondu serait à 37 cm de la coque en acier.

Mais ces analyses reposent sur des estimations et simulations informatiques. Impossible d’avoir des informations plus précises.Pendant ce temps, la vie continue dans les régions contaminées. Le 13 novembre, dans la ville de Fukushima, était organisé le marathon annuel, Ekiden. Des jeunes femmes ont couru 40 km, sans aucune protection, dans une des zones les plus contaminées du Japon. Un journaliste japonais y a relevé des taux de 1,4 microsieverts/h (soit plus de 12 fois la limite d’exposition aux rayonnements autorisée pour la population civile en temps normal). L’organisateur de la course a fait signer aux participants un formulaire stipulant qu’ils ne pourraient le poursuivre en justice s’ils avaient des problèmes de santé. À Fukushima, la vie ressemble à un jeu de roulette russe où les victimes ne sont pas ceux qui appuient sur la gâchette. Eux jouissent, pour le moment, d’une impunité totale.

Agnès Rousseaux
Photo :Home of chaos 


Notes

[1] La présence de césium 134, à la durée de mi-vie de 2 ans, est la preuve que la source de cette radioactivité est bien l’explosion de la centrale de Fukushima.[2] 970 000 fois le niveau de 2009, qui était de 0,042 becquerels/m² de « densité cumulée de césium 134 et 137 », d’aprèsThe Asahi Shimbun[3] De grandes quantités de poussières radioactives sont tombées sur Tokyo, mais une autre étude montre une faible accumulation de césium dans le sol. L’explication ?« Tokyo a de plus petites surfaces de sol que les autres préfectures, mais les routes et les surfaces en béton ont moins tendance à fixer le dépôt de césium, qui a probablement été lessivé par le vent et la pluie », affirme un membre du ministère.[445 tonnes d’eau radioactive se sont pourtant de nouveau échappées du réacteur n°1 début décembre.

Source: Bastamag
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