vendredi 30 décembre 2011

Fukushima: contamination massive


Les mères de Fukushima avaient alerté le monde dès le mois de juin : les enfants avaient des saignements de nez, des diarrhées, de la toux, des thyroïdes enflées, etc. Elles n'ont eu cesse d'informer et d'agir pour que tous les enfants soient évacués de la région de Fukushima. Encore dernièrement, elles se sont mobilisées à Tokyo pour sensibiliser la population, mais en vain pour l'instant. Pourtant, l'actualité semble leur donner raison. Un grand nombre d'informations convergentes indiquent que, suite à la catastrophe nucléaire, l'état général de la santé des Japonais vivant dans une vaste région correspondant au moins à 8% du Japon est en train de se dégrader.

Tweet d'un habitant d'Ibaraki : "Je travaille dans un hôpital d'Ibaraki. Il y a eu des patients avec des saignements de nez perpétuels en avril. Il y en a eu sans raison avec de la diarrhée et de la fièvre en juillet. Maintenant même les membres du personnel de l'hôpital souffrent de diarrhée sans raison...Ça commence à craindre." Tweet d'un habitant de Fukushima : "Mon ami vit à Iwakashi. Il vient finalement de commencer à avoir de l'hématurie (sang dans les urines, NdT). Mes petits enfants ont des saignements de nez. Ils ne peuvent évacuer parce qu'ils n'ont pas assez d'argent." (source)

Même si ces tweets n'ont aucune valeur statistique, ils se rencontrent de plus en plus souvent et sont à mettre en relation avec l'augmentation de certaines pathologies, visible sur ces graphiques mis en ligne par le gouvernement japonais : conjonctivites, pneumonies, et diverses autres maladies sont en nette augmentation en 2011.

On avait déjà remarqué chez les enfants de Fukushima que leur thyroïde avait été affectée. Un groupe de chercheurs, sous la direction du Professeur Satoshi Tashiro de l'Université de Hiroshima, avait contrôlé la glande thyroïde de 1149 enfants de la préfecture juste après l'accident, en mars, de la centrale nucléaire. De l'iode 131 avait été détecté chez environ la moitié des enfants. Les enfants, que l'on a affublés de dosimètres, semblent ainsi être devenus des sujets de recherche ! Chez les jeunes évacués, on avait aussi remarqué des dysfonctionnements de la glande thyroïde. Plus au sud, dans la préfecture de Gunma, 80% des patients atteints de problèmes thyroïdiens voient aujourd'hui leur état s'aggraver.

D'autres anomalies ont été remarquées pour ces enfants vivant en zone contaminée comme la perte de poids, le ralentissement ou l'arrêt de la croissance et même des attaques cardiaques, ce qui peut être mis en lien avec la grande toxicité du césium-137. L'ACRO, laboratoire français, a aussi fait des mises en garde à plusieurs reprises, à partir d'analyses effectuées sur l'urine des enfants de Fukushima : 100% des prélèvements révèlent la présence des césiums radioactifs. Ainsi, plus de 4 mois après les rejets massifs de radioactivité dans l'environnement, ils sont toujours contaminés alors que leurs parents font des efforts pour limiter cette contamination interne. Il est fort probable que cela soit dû à la nourriture.

Et pourtant, cette nourriture contaminée, on la vante et on en fait la promotion pour ne pas laisser tomber la région de Fukushima et son économie agricole. Mais... un présentateur vedette de la télévision japonaise, Norikazu Otsuka, qui mangeait des produits irradiés devant les caméras « pour montrer leur innocuité », a dernièrement été diagnostiqué par son médecin comme ayant contracté une leucémie aiguë.




Un autre promoteur et consommateur des légumes de Fukushima, l'empereur du Japon lui-même, vient également d'être hospitalisé, ainsi que deux autres membres de sa famille. Akihito souffre d'une pneumonie, la princesse Aiko a contracté une Mycoplasma pneumoniae, et la princesse Masako serait victime de fièvre et de toux : ils ont tous les trois des symptômes communs. Or la pneumonie, nous l'avons vu, est une maladie qui augmente fortement au Japon cette année ; Takeo Nishioka, Président de la Chambre des conseillers de la Diète du Japon est d'ailleurs décédé d'une pneumonie le 5 novembre 2011 à l'âge de 75 ans. Même si les cas de l'empereur et de sa famille n'auront pas forcément la même issue, on peut s'interroger sur ces cas à répétition. En avril, on tentait d'expliquer l'augmentation des cas de pneumonies dans la région de Tohoku par l'ingestion d'eau de mer : au moins 11 personnes étaient mortes de la pneumonie et environ 150 avaient été hospitalisés dans la préfecture de Miyagi, le nombre de patients étant de cinq à six fois plus élevé que d'habitude. Mais aujourd'hui, comment expliquer cette augmentation ? Comme pour Tchernobyl, il est probable que les radionucléides, en contamination interne, provoquent ces maladies respiratoires.

Le problème, ce sont ces idiots qui se bousculent à la télévision pour faire croire aux gens que la situation n'est pas grave. Ainsi, d'après plusieurs scientifiques médiatisés, le plutonium ne serait pas si dangereux. La radioprotection pour tous n'est pas un concept avancé au Japon. Et la population, quand elle ne s'organise pas de manière autonome, en fait les frais. Une télévision alternative, OurPlanet-TV, informe de manière indépendante en diffusant des émissions sur le sujet même de la santé. Par exemple, en juillet dernier, l'émission ContAct a invité Mika Noro, présidente de l'association " Le pont pour Tchernobyl ", qui a partagé son expérience : s'étant rendue au Bélarus en 1993 (pays le plus touché par les retombées radioactives de Tchernobyl), elle a éclairé avec lucidité et compétences les symptômes cliniques chez les enfants de Fukushima. Après la catastrophe de Fukushima, Our Planet-TV a lancé une enquête pour savoir si les retombées radioactives avaient eu des effets sur la santé de la population. Suite à cet appel, ils ont été amenés à étudier plus de 500 cas. Cette enquête met ainsi en évidence que la radioactivité, même à faible dose, a des effets réels sur la santé, ce qui était déjà connu par ailleurs avec la reconnaissance de l'augmentation du risque de cancer.

Dans cette vidéo sous-titrée en français, on voit entre autres le Dr Masamichi Nishio, chef du centre anti-cancéreux d'Hokkaïdo commenter le livre de Yablokov et Nesterenko et témoigner que la CIPR (Commission Internationale contre les rayonnements) a renoncé à étudier les effets des radiations internes car cela aurait gêné le développement de l'industrie nucléaire.




Dans les écoles le problème est identique. Dans le même esprit de se persuader que tout va bien dans le meilleur des mondes, on continue de fonctionner comme si de rien n'était. Par exemple, on demande aux enfants de nettoyer une piscine contaminée sans protection, ou on leur demande d'aller ramasser les feuilles d'automne sans précaution particulière alors que l'on sait parfaitement qu'elles sont contaminées au césium. Pire encore, on force les enfants à boire du lait contaminé. Et gare à celui qui ne veut pas. Le 29 septembre 2011, Akira Matsu du New Komeito (parti politique japonais NKP) est intervenue sur ce sujet devant les responsables gouvernementaux japonais et notamment Yoshihiko Noda, 1er Ministre, Osam Fujumina, chef de Cabinet du secrétariat et Yukio Edo, Ministre de l'industrie et de l'économie. Elle a dénoncé le cynisme et la barbarie du gouvernement envers les populations contaminées de la région de Fukushima.




Un autre grave problème qui se pose d'ores et déjà dans la région de Fukushima est la fuite du personnel médical depuis la catastrophe. C'est ainsi, les personnes les mieux informées des dangers sanitaires et qui ont les moyens de déménager s'en vont. Les autres restent, alors que de toute évidence il faudrait au moins évacuer les enfants, plus fragiles aux effets de la radioactivité. Le problème est immense mais il semble que l'on veuille à tout prix l'ignorer. 8 mois après la catastrophe, on ne pourra plus dire qu'on ne savait pas, ou qu'on n'a pas eu le temps de trouver des solutions pour évacuer la population.

La contamination est massive, le gouvernement le sait depuis les premiers jours de la catastrophe. Les premiers touchés ont été les sauveteurs qui ont opéré dans les régions dévastées par le tsunami, comme le relate ce témoignage : l'un d'entre eux qui était intervenu dans les zones sinistrées d'Iwate et Fukushima est décédé le 26 octobre 2011 d'une défaillance de la fonction rénale, trois mois après avoir appris que lui et les membres de son équipe avaient subi une contamination interne par les radionucléides. La personne qui témoigne assistait à une conférence de de Taro Yamada lors du ''Forum National des cantines scolaires'' qui s'est tenu le 6 novembre 2011 dans la ville de Sapporo. Sa déclaration a été enregistrée dans la vidéo ci-dessous (sous-titrages en français). Mais pour une personne qui parle, combien se taisent ? Quel est l'état de santé des autres membres de son équipe ?




Les personnes les plus touchées sont évidemment les « liquidateurs », ces ouvriers de la centrale de Fukushima Daiichi qui reçoivent des doses « héroïques ». Malgré l'assurance de Tepco qui affirme qu'il n'y a pas de décès liés aux travaux de décontamination et de maintenance de ce qui reste de la centrale, on constate un fort taux de mortalité pour les ouvriers de la centrale, ce qui est en contradiction avec l'espérance de vie des Japonais qui est la plus élevée au monde. En l'espace de 5 mois, 4 employés sont morts de façon anormale et rapide : le 12 mai 2011, un sexagénaire employé par la sous-traitance s'est senti mal et est décédé 2 jours plus tard. Le 16 août 2011, un employé de la centrale nucléaire est mort d'une leucémie foudroyante. Il avait travaillé pour Tepco durant une semaine, affecté à la surveillance de points chauds. Le 6 octobre 2011, un autre travailleur employé à la centrale est décédé subitement. Enfin, dernier en date, le 11 octobre 2011, un employé d'une cinquantaine d'années est mort brusquement alors qu'il se rendait à son lieu de travail, la centrale de Fukushima Daiichi.
A ces décès, il faut ajouter tous ceux dont on ne parle pas : de nombreuses personnes, employées par la sous-traitance, ont disparu ainsi des décomptes de Tepco. L'agence de sûreté nucléaire, on se souvient, avait épinglé l'entreprise en juin car celle-ci avait « égaré » des listes d'employés vacataires qui étaient intervenus sur le site, empêchant tout suivi médical de 69 personnes contaminées.

Il n'en a pas fallu plus pour que des rumeurs circulent sur internet sur le décès effectif de ces ouvriers intérimaires, information impossible à vérifier à ce jour bien qu'un journaliste du Shukan Asahi, M. Imanishi, ait entendu que des ambulances arrivaient 10 fois par jour à la centrale. A qui étaient destinées ces ambulances, et pourquoi ni les employés de Tepco, ni les ouvriers hospitalisés, ni les médecins n'ont-ils pas le droit de parler ? Il est évident que si un jour un journaliste arrivait à prouver ce genre d'information, l'image du nucléaire serait ternie à jamais et anéantirait tous les efforts du lobby nucléaire pour cacher la vérité. Il est incroyable que la catastrophe de Tchernobyl n'ait d'ailleurs pas eu plus d'impact sur l'énergie nucléaire dans le monde. La raison en est que l'OMS, qui était la plus à même de prendre des mesures de protection des populations, s'est tue. Condamnée au silence par un vieil accord avec l'AIEA, elle est devenue une institution criminelle, laissant tomber malade les gens vivant dans les territoires contaminés, et niant les effets des faibles doses sur la santé humaine.

Il faut en effet savoir que Tchernobyl a généré un million de victimes, comme le rappelle Janette Sherman, biologiste américaine et spécialiste en toxicologie. Dans la vidéo ci-dessous, elle présente le livre déjà cité « Chernobyl. Consequences of the catastrophe for people and environnement » d'A. Yablokov et de V. et A. Nesterenko, édité en 2009 par l'Académie des Sciences de New York avec plus de 5000 références scientifiques (et bientôt édité en français).
Les auteurs de ce livre estiment à 985 000 le nombre de décès survenus à cause de Tchernobyl dans le monde entier entre 1986 et 2001, chiffre qui a encore augmenté depuis cette date. Janette Sherman dénonce également l'accord entre l'OMS et l'AIEA, signé en 1959. L'OMS est théoriquement garante de la santé des populations dans le monde et fait autorité auprès des États membres. Elle devrait, conformément à sa Constitution, être indépendante de tout intérêt commercial. Pourtant le 28 mai 1959, elle a signé avec l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique) un accord par lequel aucune de ces deux agences de l'ONU ne peut prendre de position publique qui puisse nuire aux intérêts de l'autre (accord référencé WHA 12-40). Or, l'AIEA a été constituée en 1957 pour faire la promotion du nucléaire civil...

Cet interview a été réalisé le 6 mars 2011 soit 5 jours avant la catastrophe de Fukushima. (Sous-titrage en français)




Il faut aussi voir pour être complet la conférence de presse donnée par le Dr. Helen Caldicott, physicienne australienne, auteure et avocate anti-nucléaire qui a fondé plusieurs associations qui luttent contre l'utilisation de l'énergie nucléaire, de l'uranium appauvri pour des munitions, et des armes nucléaires en général. La conférence s'est tenue à Montréal, au Canada, le 18 mars, une semaine seulement après la catastrophe nucléaire.

Fukushima est bien pire que Tchernobyl




Il est certain que la situation ne va pas s'améliorer au Japon, l'expérience de Tchernobyl le démontre. Le fait de laisser vivre des millions de personnes dans un environnement contaminé apportera son lot de problèmes et de souffrances. Une grande sagesse a fait fuir de cette zone dangereuse beaucoup de femmes enceintes, protégeant leurs futurs enfants des radiations. Mais qu'en est-il de celles qui sont restées ? Que doit-on déduire du non-dit du milieu médical, relevé par Keiko Ichikawa ? Si les médecins japonais cachent les malformations et les enfants mort-nés, comment de réelles statistiques pourront-elles être établies ? On connaît déjà les dégâts épouvantables causés par l'uranium appauvri dus aux bombardements lors de la guerre en Irak, et on imagine avec effroi l'avenir des populations japonaises soumises à de fortes contaminations. La santé est un sujet difficile à aborder, le lobby nucléaire est très puissant dans le monde entier et cherchera à minimiser toutes les mauvaises nouvelles. Mais la santé n'a pas de prix et chacun doit se battre pour la conserver. Amis lecteurs, ce sujet est très grave, soyez vigilants et dénoncez toute désinformation, partout où vous le pouvez !



Source:
http://www.brujitafr.fr/


mardi 27 décembre 2011

Défier la marche du fascisme

Défier la marche du fascisme dans des États-Unis d'Euramérique en pleine déliquescence

« A intervalles réguliers de nouveaux décrets d'urgence apparaissaient environ tous les six mois, réduisant chaque fois, les salaires, les retraites, les acquis sociaux, et finalement, même les revenus privés et les taux d'intérêt. Chacun étant la conséquence logique du précédent, et chaque fois Bruning (chancelier allemand de 1930 à 1932), serrant les dents, imposait sa douloureuse logique. » 

Extraits de « Défier Hitler », un mémoire écrit par Sebastian Haffner en 1939. Ce manuscrit a été découvert par son fils après que Haffner soit mort et publié en 2000.
European Nazi Flag
© inconnu
Ces mots obsédants ont été écrits par Sebastian Haffner dans son mémoire de 1930 alors qu'il est un jeune avocat à Berlin qui expérimente de première main la prise de pouvoir par les nazis. 

Les circonstances économiques auxquels les Allemands furent sujets semblent être une description sinistrement pertinente de ce que nous expérimentons aujourd'hui. L'histoire semble se répéter elle-même alors que nous sommes actuellement soumis aux répétitives mesures fiscales d'urgence et l'imposition de « mesures d'austérité » jusqu'à en avoir la nausée. Si vous écoutez attentivement le langage émotionnel et fataliste des politiciens « désespérés », vous entendrez un écho pas si faible, du tristement célèbre chancelier du troisième Reich. 

A travers les agents du gouvernement que sont les médias, on nous assène « que nous devons faire des sacrifices » où alors que le monde et tout ce qu'il contient, va imploser et disparaitre en agonisant dans une mort douloureuse. Les nouveaux « décrets d'urgence » établis aujourd'hui semblent tous nécessaires vu qu'ils sont annoncés avec l'idée que « c'est notre unique radeau de survie ». Les nouvelles législations ou les amendements nous sont vendus comme des garanties de la sécurité générale, de la responsabilité fiscale ou de la stabilité financière mais, la vérité, c'est que l'implication en termes de restrictions de liberté de quelques mots ambigus soigneusement choisis sur un manuscrit législatif, sont seulement vraiment compris quand il est vraiment trop tard comme l'explique soigneusement Haffner. 

Les États-Unis semblent bien être sur la voie glissante du non-retour. Presque chaque mois qui se sont écoulés, les marchés frappés de panique ont crié pour avoir des « stimulants » économiques, des assouplissements quantitatifs ou une intervention de la Fed (banque centrale américaine) pour venir au secours des valeurs qui s'effondraient, des actions qui plongeaient et de la confiance qui s'évaporait. Geithner (secrétaire au trésor des États-Unis), Bernanke (président de la Fed) et Obama sont prêts à sauver une Amérique qui n'a pas besoin d'être sauvée en déversant des dollars depuis des hélicoptères. Les présentateurs télé de la FOX rient de la brutalité de la police équipée avec du matériel militaire, discréditent le mouvement de protestation des occupants de Wall Street et quiconque questionnant les remèdes économiques prescrits alors que de nouveaux « décrets d'urgence » de rétention permettent de détenir indéfiniment et sans procès, quiconque proteste contre la corporocratie corrompue. 

L'Eurozone a montré la voie, ou a reproduit, la marche de la mort de Wall Street ; les pays se sont fait tirer dessus, les uns après les autres par l'équipe de snipers Goldman Sachs/JP Morgan. L'hyper inflation des taux de crédit a alors engendré des crises de panique dues aux dégradations et les agences de notation venimeuses ont été de connivence pour donner des coups de pied à ces pays alors qu'ils étaient à terre. Pendant ce temps, les technocrates oubliés qui sont déjà dans la place, se cachent dans les coins d'ombre, attendant de remplir le vide laissé par les figures sortantes du corporatisme qui courent en direction des montagnes. 

Les journaux crient à l'« Eurogeddon » tandis que les experts des médias envisagent des rues désertes, jonchées de détritus de la même manière que des hommes-sandwich déclarant que la « fin » est « proche ». Sarkozy et Merkel se rencontrent derrière des portes fermées et en quelques heures élaborent de nouvelles mesures pour le Traité européen. Une telle vitesse est le révélateur que ces mesures avaient été écrites par les bureaucrates aux ordres de Wall Street il y a longtemps de cela. Ils peuvent sauver une Europe qui n'a pas besoin d'être sauvée en rapprochant les pays encore plus, en centralisant les structures de pouvoir, en dépouillant de leur souveraineté des nations droguées à la dette, et en transférant le contrôle du budget à Bruxelles. En tout cas, c'est ce qu'ils nous disent. Mais avec de telles mesures financières dictatoriales (c'est vraiment ce qu'ils proposent), les nouveaux États-Unis d'Europe seront libres d'imposer les mêmes lois tyranniques à ses états membres que celle que les États-Unis d'Amérique ont récemment légiféré dans leur budget de la « défense ». 

En Angleterre, les médias propagandistes du chancelier Osborne et du premier ministre David Cameron redéfinissent la nouvelle « urgence » en utilisant un nouvel ennemi : le secteur public pour qui les retraites sont dans la ligne de mire. Comment peuvent-ils oser défendre leurs droits ?! Comme s'il s'inspirait du personnage de Lewis Prothero, dans le film V-pour-Vendetta, Jeremy Clarkson* (qui est candidat pour être élu la personnalité publique la plus idiote de la décennie), commentateur de l'émission sur les automobiles, « Top Gear » de la BBC, a déclaré « qu'il les prendrait [les contestataires] dehors dans la rue et qu'il les descendrait devant leur famille ». Ses déclarations fascistes sur la chaine anglaise ont provoqué 30,000 plaintes et ont pour dessin de diviser encore plus une population rudoyée et dans la confusion. 

Hitler avait choisi les juifs, les tziganes et les homosexuels pour être l'ennemi commun contre qui les Allemands devraient se rassembler. Dans l'époque de Bush, après l'incendie du Reichstag qui fut l'équivalent des attaques du 11 septembre, la « guerre contre les musulmans » est devenue l'homologue nazi de « la guerre contre les juifs ». Une décennie après le 11 septembre, les musulmans sont encore persécutés et vues comme des démons par les lecteurs qui ne se remettent pas en cause, qui ne cherchent pas à réfléchir, et qui se laissent docilement manipuler par les ordures intellectuelles de l'empire de Rupert Murdoch Mais de plus en plus, l'épicentre de cette guerre contre ces gens, devient une guerre contre ce que l'on nomme « les 99% ». Des protestations, des émeutes et des « occupations » populaires se produisent partout dans le monde alors que les gens montrent leur dégoût de l'extrême corruption dans les hautes sphères publiques et les milieux privés, et pourtant, la majorité des personnes choisissent de regarder ça simplement nonchalamment à partir de leur salon qui leur procure une sécurité pourtant ténue. Pouvons-nous les blâmer ?
Après tout, je ne pense pas que l'on puisse blâmer la majorité des Allemands qui, en 1933, croyaient que l'incendie du Reichstag était l'œuvre des communistes. Ce pourquoi quelqu'un peut les blâmer, et ce qui montre clairement, pour la première fois, leur terrible faiblesse collective de caractère pendant la période nazie, est que ceci a scellé le destin. Avec une soumission penaude, le peuple allemand a accepté que, suite à cet incendie, chacun d'eux perde le peu de liberté personnelle et de dignité qui était garantie par la constitution; comme si ce déroulement était une conséquence nécessaire. Si les communistes avaient brûlé complètement le Reichstag, que le gouvernement prenne des « mesures décisives», était parfaitement dans l'ordre des choses ! ibid
Le mémoire de Haffner offre une vue saisissante sur la façon dont les gens normaux, de tous les jours, deviennent corrompus jusqu'au cœur, comment les décisions individuelles prises chaque jour ont des ramifications bien plus importantes que l'erreur initiale, semblant inoffensive, qui consiste à juste « allez avec le flot ». Nous sommes face à des choix tous les jours : où dépensons-nous notre argent, quelle est notre banque, avec qui nous passons du temps, comment nous investissons notre précieuse énergie. En parallèle de la lecture des livres sur la psychopathie et la Ponérologie, « Défier Hitler » fournit une vue sur comment nous pouvons nous protéger du fait d'être entraîné dans le, encore inexploré, territoire d'une dystopie** psychopathique globale. Alors que nous prenons conscience que notre monde d'avant est désormais mort avec ses standards de vie qui s'effondrent et ses guerres impérialistes d'agression insensées, il n'y a aucune raison pour quiconque d'être dans l'obscurité sur le fait de savoir comment « nous en sommes arrivés là ». Les explications trompeuses qui sont données pour justifier la tuerie d'innocents et la perte de notre humanité collective, semblent être très efficaces pour garder la plupart des gens apathiques. La triste constatation en la matière, est le fait que les gens soient trop effrayés à affronter la réalité est autant inquiétant que la vision du monde que les nazis avaient créé pour le peuple allemand il y a plus de 70 ans de cela. 

Quand nous regardons en arrière ce qui s'est passé en Allemagne et les conditions qui ont mené à l'avènement de Hitler et des nazis, c'est avec l'assurance douillette que ces événements terrifiants du passé ne se répéteront jamais. Je peux me rappeler de ma visite à Auschwitz il y a presque 20 ans : alors que je pouvais voir le résultat de la pathologie du nazisme avec à la fois de l'horreur et un sentiment distinct d'irréalité, il me semblait inimaginable que les gens normaux puissent autoriser, et encore moins, prendre part à de tels comportements barbares. 

Aujourd'hui, je me demande souvent ce que les générations futures, en assumant qu'il y en aura, diront à propos de la période actuelle de l'histoire ? J'ai peur que celle-ci soit vue à la fois avec le même sentiment d'horreur et une amnésie similaire consistant à penser que l'histoire n'a vraiment pas une forte tendance à se répéter. J'imagine des enfants à l'école, étudiant sur les revers de fortune apparemment bizarres de sociétés technologiquement avancées et prospères qui se sont effondrées dans leurs propres empreintes sous le poids de l'entropie d'un régime fasciste généralisé. 

Mais tout cela à-t-il besoin d'être aussi morne et distropique ? Une partie de moi espère toujours que les oligarques et la classe dirigeante pathocratique sera vaincue, d'une façon ou d'une autre, par la révolte populaire mondiale qui semble gagner en puissance. Mais il reste peu de temps aux membres « des 99 % » pour s'éveiller et changer l'histoire de notre future. 




* Jeremy Clarkson (né le 11 avril 1960), est un présentateur vedette de la BBC et un journaliste spécialisé dans l'automobile. Il présente l'émission Top Gear avec ses collègues Richard Hammond et James May et il est éditorialiste pour les quotidiens The Sunday Times et The Sun. 

Après un travail comme journaliste local dans le nord de l'Angleterre, Jeremy Clarkson est révélé au public comme présentateur de l'ancienne version de Top Gear, en 1988.Depuis le milieu des années 90, Clarkson est reconnu comme une personnalité publique, apparaissant régulierement a la Télévision britannique présentant ses propres Émission de télévision ou comme invité dans d'autres.Quant à l'Automobile, Clarkson a produit plusieurs émissions sur le sujet et écrit des livres sur l'histoire de l'Automobile et sur la technique.De 1998 a 2000, il a aussi eu sa propre émission de débat, nomméeClarkson. 

** Une dystopie - ou contre-utopie - est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur et contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde le lecteur. La dystopie s'oppose à l'utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie propose un des pires qui soit.   

mercredi 21 décembre 2011

Salah Hamouri, un homme libre

Salah Hamouri: « la liberté, c’est un sentiment extraordinaire, un droit pour chacun d’entre nous» 

20 décembre 2011 

salah hamouri pompomEn exclusivité pour Avant Garde, le jeune franco-palestinien tout juste sorti de prison revient sur son incarcération, son combat avec les prisonniers politiques palestiniens et celui de tout un peuple pour vivre dans la paix et la liberté.

envoyée spéciale
« Cette demande d’entrer aux Nations unies est une demande légitime, une demande qui doit être soutenue par tous les pays et surtout par la France. Nous, comme tous les peuples du monde, avons bien le droit de vivre en liberté, sans occupation et sans répression » 
Quel est ton état d’esprit maintenant que tu es sorti de prison ? Quels sont tes projets pour les jours et années à venir ?

J’ai le sentiment de la liberté, c’est un sentiment extraordinaire. Je ne peux pas l’exprimer avec des mots parce que c’est vraiment une chose extraordinaire. J’ai beaucoup de choses à dire aux gens qui m’ont soutenu et aussi aux jeunes communistes qui étaient avec moi pendant cette détention. La liberté est je crois un droit pour chacun d’entre nous. A chaque personne privée de liberté, je lui souhaite de recevoir le soutien que j’ai reçu.

Mes projets pour les prochains jours, c’est de rester avec ma famille et mes amis. Je n’ai pas le droit de quitter la Palestine pendant les trois prochains mois. Après cette date, je vais essayer de venir en France pour rencontrer tous les gens qui étaient avec moi pendant cette détention.
Ensuite je reviendrai pour reprendre mes études en sciences politiques à l’université et chercher du travail. J’aimerais bien que ce travail se fasse avec les Français avec qui on a lutté ensemble.

Peux-tu nous parler des conditions de détention et des combats menés par les prisonniers ?pompom 1



Les circonstances d’emprisonnement des prisonniers politiques sont appliquées par un gouvernement qui vise toute la vie Palestinienne et surtout les prisonniers. Ces dernières années, il y a eu beaucoup de restrictions sur les conditions de vie des prisonniers. Il nous était interdit de recevoir des livres pendant deux ans ou de suivre des études par correspondance. Beaucoup de prisonniers sont isolés mais il y aussi des jeunes et des enfants Palestiniens détenus dans les prisons qui ont une vie très difficile.
Alors suite à ces attaques contre nos conditions de vie, on a décidé, nous les prisonniers, de planifier une grève de la faim pour arrêter ces attaques contre nous, récupérer les droits qui nous ont été pris et surtout mettre fin à l’isolement des prisonniers politiques. Cette grève de la faim a duré 20 jours et on est arrivés à un accord avec l’administration de la prison qui a dit que cet accord serait appliqué pendant trois mois, mais pour le moment, rien n’est appliqué. Si l’administration n’applique ces accords, les prisonniers reprendront la grève de la faim.

Il y a également des restrictions sur les visites des familles. Normalement je recevais des visites tous les 15 jours, mais certains prisonniers de la Bande de Gaza n’ont pas reçu de visites depuis plus de 10 ans. Depuis 2006 (enlèvement de G.Shalit), aucune famille de la Bande de Gaza n’a pu visiter leur fils dans les prisons. Des prisonniers de Cisjordanie sont également privés de visites, toujours sous un prétexte sécuritaire alors que nos visites se déroulent derrière une vitre, avec un téléphone qu’ils écoutent. Ce n’est pas un moyen de domination sur les prisons mais c’est un moyen de destruction de la vie des prisonniers.

pompom 2Quelle est ta vision de la situation politique en Palestine, notamment dans le contexte d’adhésion à l’ONU ?


Nous sommes un peuple sous occupation, un peuple qui a le droit à la résistance, et ces droits sont reconnus au niveau international : le retour des réfugiés, un état Palestinien sur les frontières du 4 juin 1967 sont des décisions prises par les Nations Unies et qu’Israël refuse toujours d’appliquer.

En ce qui concerne la politique Palestinienne, nos dirigeants doivent en finir avec cette division politique entre les deux grands partis Palestiniens – le Fatah et le Hamas – parce que cette division-là est un cadeau pour l’occupant, pour continuer à réprimer notre peuple. Cette réconciliation doit prendre place le plus vite possible et permettre de reconstruire l’OLP  - Organisation de Libération de la Palestine qui rassemble de nombreux partis palestiniens – sur des bases démocratiques pour qu’elle puisse contenir tous les partis palestiniens nationaux et islamistes et qu’elle reste ainsi le représentant du peuple Palestinien partout dans le monde. Nous devons arriver à un programme commun de tous les partis pour avancer vers notre but, pour la liberté, l’indépendance et le retour des réfugiés.

La demande de reconnaissance de la Palestine aux Nations Unies est la réponse directe à l’échec de la compromission d’Oslo. Personnellement, j’ai toujours appelé à arrêter les négociations qui offrent le minimum au peuple Palestinien, tellement l’équilibre des forces est en faveur de l’occupation. Cette demande d’entrer aux Nations unies est une demande légitime, une demande qui doit être soutenue par tous les pays et surtout par la France. Nous, comme tous les peuples du monde, avons bien le droit de vivre en liberté, sans occupation et sans répression.

Que les jeunes communistes de France continuent là bas, moi ici avec mes camarades, notre projet collectif, notre lutte commune pour notre but et leur but humain, pour la justice sociale et la liberté. Je veux les remercier, au nom des prisonniers palestiniens, au nom de ma famille et en mon nom pour l’immense soutien que j’ai reçu de leur part. Leur soutien pendant ma détention était le pont d’espoir qui m’a soutenu moralement et psychologiquement, qui m’a aidé à continuer cette lutte contre toutes les difficultés de la prison.

Entretien réalisé par Elsa Lefort


Source: Avant Garde

Comme des poulets sans tête

En 2010, on descendait dans la rue. En 2011, on nous y jette.

Ce qui est fascinant, si l'on jette un regard en arrière, c'est que nous venons de passer 10 ans sous le régime de la terreur. Ça a l'air tellement énorme, lâché comme cela, au détour d'une petite phrase sans conséquence.
Mais s'il y a bien quelque chose à retenir de la décennie écoulée, c'est que notre pire ennemi, c'est nous-mêmes et notre indépassable capacité à accepter tout et n'importe quoi à partir du moment où l'on a suffisamment peur pour que le premier guignol venu puisse passer pour notre sauveur.

Cela fait maintenant 10 ans que nous sommes plongés en permanence dans une sorte d'ambiance de fin du monde, dansune crise de panique sans fin dont la principale conséquence, et non des moindres, est d'oblitérer chez nous toute capacité cognitive un tant soit peu rationnelle. Depuis le spectacle terrible et joué en boucle de la chute des deux tours, nous expérimentons dans nos corps et nos esprits la fameuse stratégie du choc décrite par Naomi Klein. Et le plus fabuleux dans tout cela, c'est que même informés de cet état de choses, car ce n'est pas l'information qui nous fait défaut, loin de là, même conscients de cette culture permanente de notre état de sidération, nous n'en continuons pas moins de paniquer et de gesticuler en tous sens, comme des poulets sans tête.

Si nous parvenons à secouer quelques minutes notre joug de peur, il peut nous être donné de visualiser l'ensemble du schéma. Voici comment l'on nous assène le grand coup de massue des attentats de 2001, complaisamment mis en scène par les médias du monde entier, presque immédiatement suivis de l'emballement des états d'alerte, de la nécessité de la guerre perpétuelle contre l'ennemi le plus effrayant qui soit : celui qui n'a ni visage ni nom, celui qui a mille têtes, mille haines, mille colères, l'ennemi innommable, l'ennemi intérieur. Voici comment l'on justifie, comment même on en appelle à des hommes en armes dans nos villes, nos gares, nos centres commerciaux. Voici comment on légitime la fuite en avant sécuritaire, notre nécessaire protection contre le danger multiforme, confus, insaisissable.
Tous les amateurs de films qui font peur vous le diront : rien n'est plus effrayant que le danger qu'on ne voit pas, rien n'est plus efficace qu'un cri derrière une porte qui se referme, rien n'est plus flippant que le hors-champ, ce non-lieu même où nos imaginaires paniqués tricotent des visions terribles et angoissantes.

Vous ne vous souvenez déjà plus de la météo terroriste (dans tous les sens du terme) qui rythmait la vie des États-Uniens au début du millénaire ? Pourtant, c'était énorme : chaque matin, à l'heure du petit déjeuner, on annonçait aux familles qui mastiquaient placidement leurs croquettes pour humains macérées dans du lait au pus, l'état de risque d'attentats terroristes du jour, avec des gradations, du vert, très rare, des journées qui s'écoulent tranquillement dans des démocraties avancées, au rouge, voire au noir de la panique, quand l'ennemi, the guy next door, s'apprête à t'exploser le mall.
Ben non, oublié le plan Vigipirate, d'ailleurs toujours en vigueur pour autant que je sache, depuis nous avons eu d'autres peurs à gérer, depuis nous nous sommes habitués à être nous-mêmes traités comme des terroristes à chaque aéroport sous prétexte de nous en protéger. Vertigineux retournement de situation, non ?

Le régime de la terreur, jusqu'au sein des plus grandes institutions internationales : qui se souvient encore de la grande prise d'otage de l'ONU par un général va-t-en-guerre muni d'une simple petite fiole de sucre ou de farine, de quelques photos truquées et schémas foireux et qui a réussi à suffisamment terroriser la docte assemblée pour qu'elle s'empresse de dissoudre définitivement tout embryon de droit international dans ce qui est tout de même une longue série de guerres d'invasion, à visée confiscatoire des ressources naturelles ?

Le régime de la terreur mondiale, enfin, la guerre financière totale contre les peuples, sur fond de crise écologique, morale et démocratique


Depuis la déclaration de guerre financière contre tous, la stratégie du choc prend toute son ampleur et la panique institutionnalisée justifie en elle-même toutes les bassesses, toutes les régressions. L'état de sidération des peuples est tel que nous avons même perdu la capacité de rire du ridicule le plus achevé. De sommets de la dernière chance, en plans de rigueur qui s'enfilent comme des perles, présentés comme des lavements nécessaires et des saignées vitales pour sauver le malade qui se portait bien jusque-là, la crise perpétuelle justifie absolument tout depuis quelques années.
Il a suffi de déclarer l'état de crise financière pour pouvoir braquer, dans la plus totale impunité, les ressources des États souverains. Et il suffit d'une simple annonce aujourd'hui pour remplacer un chef d'État démocratiquement élu par un bankdit, pour revenir sur un vote, y renoncer, décider de s'en passer, juste pour un temps, enfin pour le moment.

Nous sommes tellement englués dans cette atmosphère de terreur et de panique que nous en avons perdu tout sens critique, toute capacité à faire un pas de côté et juste déclarer en éclatant de rire : mais putain, regardez : le roi est nu !

Nous ne rions même plus à leur gesticulations ridicules et pathétiques, la dernière en date, et non des moindres, étant celle des notations. Prenez le temps d'expliquer à vos enfants qu'il y a de moins en moins d'argent à consacrer à les éduquer, les nourrir, les soigner, les loger, les vêtir parce que, quelque part ailleurs, dans une haute tour de verre, de béton et de métal, il y a 1 ou 2 gus qui s'apprêtent, qui s'apprêtent juste, parce qu'ils ne sont pas encore totalement décidés, à nous retirer un A.
Oui, il faut expliquer à nos enfants qu'on est en train de renoncer à l'ensemble de nos droits sociaux, salariaux et citoyens sous prétexte que des gens vont filer une mauvaise note à notre pays, un peu comme un charcutier qui se ferait rétrograder de l'andouillette.
Quelque chose du genre : Pas de A, pas de chocolat.

Il faut expliquer à nos enfants que la classe moyenne grecque est en train de disparaître parce que les chefs des Grecs ont pris une mauvaise note. Il faut expliquer à nos enfants qu'il y a des petits Grecs qui s'évanouissent à l'école de faim, parce que leur pays a pris une mauvaise note et que la même chose est en cours chez les petits Espagnols, les petits Portugais, les petits Italiens, et qu'après Noël, dans 4 ou 5 mois, au plus, ce sera notre tour.

Il y en aura bien un pour nous rire au nez et nous expliquer que l'on est bien cons de continuer à marcher dans la combine.


Auteur : Agnès Maillard - Source : le Monolecte

dimanche 18 décembre 2011

«L'expression printemps syrien est une pure fiction»

Thierry Meyssan, journaliste et fondateur du Réseau Voltaire
 

                                                                     

ImageThierry Meyssan est un journaliste français et président du Réseau Voltaire. Il est connu pour ses articles et positions polémiques sur les questions internationales et les conflits armés. Il a été un des journalistes à avoir ouvert la polémique sur les attentats du 11 septembre 2001 avec son livre intitulé l'Effroyable imposture. Un livre qui a dénoncé cet attentat en le qualifiant de «complot», attribuant la responsabilité à «une faction du complexe militaro-industriel». Il est très présent dans les médias russes, latino-américains et moyen-orientaux, où il est présenté comme un «dissident» ou un «révolutionnaire». Fondateur du Réseau Voltaire, dont le principal objectif est celui de la «défense de la liberté d'expression et de la laïcité», le journaliste Thierry Meyssan, répond dans cet entretien à plusieurs questions en rapport avec la situation de la Syrie, pays où il effectue, actuellement, une enquête sur les derniers évènements politiques.


Le Temps d'Algérie : Vous êtes un des rares journalistes à être présent en Syrie et à apporter un témoignage décalé sur la situation sur le terrain. Qui croire, M. Meyssan, et quelles sont, selon vous, les raisons du décalage entre la version dominante sur les événements en Syrie et celle de témoins neutres, dont vous faites partie, dont la voix ne porte pas et semble frappée de soupçons de complaisance, y compris au sein même de la corporation des journalistes ?

Thierry Meyssan : Les Occidentaux dominent l'information. Dans les années 1970, l'Unesco a remis en cause cette domination provoquant la furie des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Cette tentative a échoué et, au fil du temps, la situation a empiré : aux agences de presse se sont ajoutées des chaînes satellitaires. Désormais, AP, Reuters, AFP, BBC, CNN, France24, Al-Jazeera, Al-Arabiya ont une telle puissance qu'ils peuvent intoxiquer l'ensemble du public.
Ces médias se citent et se répondent, donnant l'impression fallacieuse d'une information recoupée, confirmée.
La situation en Syrie est simple : les puissances occidentales et leurs alliés ont décidé de renverser le gouvernement de Bachar El-Assad et de détruire son pays.
Ils livrent, actuellement, une guerre non-conventionnelle avec des combattants infiltrés qui tentent de provoquer une guerre civile confessionnelle de manière à ouvrir la voie à une intervention militaire conventionnelle. Durant cette période, les Occidentaux montent un dossier juridique contre la Syrie pour légaliser la guerre qu'ils veulent entreprendre. A cette fin, leurs médias inventent une histoire effrayante de révolution et de répression de masse.
Il n'y a aucun rapport entre la fiction développée par les médias impérialistes et la réalité sur le terrain. Ce n'est pas que ces médias ont exagéré des faits, c'est qu'ils les ont inventés.

Comment analysez-vous la situation actuelle de la crise syrienne ? Estimez-vous que les revendications de la population sont d'ordre démocratique où social ?

Il y a en Syrie une opposition intérieure qui milite pour des changements profonds et une alternance démocratique après des décennies de pouvoir du parti Baas. Cette opposition, qui a été réprimée par le passé, participe aujourd'hui au «Dialogue national» : des tables rondes avec le gouvernement qui sont retransmises en direct à la télévision. Les deux parties profitent de la crise pour éliminer l'influence de la vieille garde : pour les leaders de l'opposition comme pour le président El-Assad, c'est le moment des réformes.
Il y a, également, en Syrie un courant takfiriste, très marginal, mais très violent. Il exige que le pays soit gouverné par des sunnites orthodoxes. A l'appel de prédicateurs saoudiens, il entend égorger les «usurpateurs alaouites». Il affirme que, s'il le faut, un tiers des Syriens doit mourir (les chiites, alaouites, druzes, ismaélites, chrétiens…) pour que les deux autres tiers gouvernent sans partage.
Il est probable que s'ils arrivaient au pouvoir après avoir massacré les autres confessions, ils poursuivraient leur épuration en jetant l'anathème sur les autres écoles théologiques sunnites.
Il existe, enfin, une opposition  fabriquée à l'étranger et sponsorisée par les Occidentaux pour habiller un «changement de régime». Ces gens ne font pas mystère de leurs ambitions ni de leurs stratégie. Ainsi Abdelhakim Khaddam a déclaré à la presse israélienne qu'il rentrerait en Syrie «sur la tourelle d'un char américain» (sic).

La Ligue arabe a initié une voie de dialogue avec le gouvernement syrien, mais elle a échoué, selon certaines parties, en raison du refus de Damas à appliquer les principes de cette démarche. Quelles sont, selon vous, les raisons qui ont empêché la réussite de la démarche entreprise par la Ligue arabe ?

La Ligue arabe est aux mains de ceux qui la financent : les Etats du Conseil de coopération du Golfe. Elle agit ici comme elle avait commencé à le faire avec la Libye. Elle ouvre la voie à la recolonisation de la région. Si la Ligue arabe avait voulu sincèrement le dialogue, elle n'aurait pas suspendu la Syrie  de son organisation avant la fin de la période convenue pour la mise en application des engagements mutuels. La chronologie est indiscutable : ce n'est pas la Syrie qui a rompu le dialogue, c'est la Ligue qui a violé ses propres engagements, puis ses propres statuts.

Quelles seront, d'après vous, les conséquences des sanctions prises par l'Organisation panarabe sur la Syrie. Le peuple syrien sera-t-il touché et à quel degré ?

Ce qui est appelé «sanctions» ne sanctionne rien du tout. C'est un ensemble de mesures pour assiéger la Syrie et l'affaiblir avant de l'attaquer. Elles ne ressortent pas de la diplomatie, mais de l'action militaire préalable.
Les Occidentaux ne peuvent réaliser ce siège seuls.
Ils ont besoin de l'aide des Etats riverains et ils l'ont en partie obtenue. Les mesures de la Ligue arabe s'ajoutent à celles de l'Union européenne et des Etats-Unis. D'ores et déjà, on assiste à un effondrement du niveau de vie, mais à aucune pénurie. En effet, l'import-export est devenu presque impossible avec l'Europe et l'Amérique du Nord, mais la Syrie est autosuffisante en de nombreux domaines, dont l'alimentation. En réponse, la Syrie est en train de créer de nouvelles voies commerciales avec la Chine.
Compte tenu de l'interdiction bancaire, ces échanges ont lieu sous forme de troc. Les besoins des deux pays ne correspondant pas tout à fait, l'Iran joue le rôle de troisième partenaire dans ce troc. Le choc du siège devrait donc être en grande partie amortie dans les prochains mois, seul le tourisme restera sinistré.

Selon vous, pourquoi certains partis d'opposition n'ont pas voulu s'inscrire dans la démarche de réforme entreprise par le gouvernement syrien ? S'agit-il d'un manque de confiance ?
     
La seule force d'opposition représentative, qui ne milite pas pour une alternance politique, mais pour un «changement de régime»,
ce sont les Frères musulmans. La branche syrienne de la confrérie marche sur les pas de la branche libyenne : dans sa quête du pouvoir, elle a noué une alliance objective avec l'impérialisme. Son programme vise prioritairement à l'établissement d'un régime islamique, tandis qu'elle remet à plus tard la libération du Moyen-Orient, en général, et de la Palestine, en particulier.

Des analystes n'hésitent pas à remettre en cause le «printemps syrien» estimant que le problème syrien, d'ordre interne, est amplifié par des pays connus pour leur volonté de nuire à la stabilité de la Syrie. Quel est votre avisà ce sujet ? 

L'expression «printemps syrien» vise à faire croire en l'existence d'un mouvement populaire révolutionnaire. C'est une pure fiction. Il n'y a eu aucune manifestation importante en Syrie contre le «régime». On assiste, par contre, à de petites manifestations de quelques centaines de personnes au cri de «A mort Bachar !». Elles ne sont pas le fait de démocrates, mais de takfiristes. Et elles ne sont pas réprimées. 

Les médias étrangers, notamment les chaînes satellitaires, sont accusés par le gouvernement syrien d'être à l'origine de l'amplification de la révolte populaire. Peut-on croire à cette accusation ? Quelle est justement la part de responsabilité des médias dans la crise syrienne ?

Ce n'est pas exactement cela. Le gouvernement n'accuse pas les médias pro-impérialistes de pousser le peuple à la révolte. Il les accuse de mettre une fiction en image. La plupart des vidéos de téléphones cellulaires qui sont diffusées par ces médias sont des images de fiction.
Souvenez-vous que lors de la guerre contre la Libye, j'avais révélé à l'avance qu'Al-Jazeera avait fait construire un studio à ciel ouvert pour reproduire la Place Verte. Lors de la bataille de Tripoli, Al-Jazeera a effectivement diffusé des images de fiction, tournées dans ce studio, pour faire croire que les «rebelles» étaient entrés dans la ville, alors qu'on en était à la phase de bombardements intensifs et que les «rebelles» ne sont arrivés que trois jours plus tard.
Et vous vous souvenez qu'entre les images de propagande d'Al-Jazeera et la chute de la capitale, Seif el-Islam a été acclamé sur cette place par ses partisans qui ne l'avaient jamais quittée.
Dans cette affaire, les médias pro-impérialistes – dont Al-Jazeera – ont acquis un savoir-faire technique pour créer des mensonges. Et ils ne s'en privent pas.

Selon certaines analyses, les deux véritables révolutions dans le monde arabe sont celles de la Tunisie et de l'Egypte. Dans ces deux cas, les pays occidentaux n'ont pas appelé au départ de Ben Ali et de Moubarak, encore moins à l'intervention étrangère. Les communiqués et les déclarations des officiels occidentaux étaient tellement prudents que des médias ont dénoncé, sinon leur complicité, au moins leur attentisme. A ce propos, il y a lieu de rappeler les déclarations de l'ex-ministre française des Affaires étrangères Michel Alliot-Marie de soutien au régime de Ben Ali dans la répression des manifestants, jusqu'à vouloir dépêcher des avions pleins de bombes lacrymogènes et autres moyens de répression. Qu’en pensez-vous ?

Les Etats-Unis souhaitaient se débarrasser de Ben Ali et de Moubarak qui n'étaient plus assez dociles. Ils ont donc créé les conditions de ces révolutions. Mais lorsqu'elles ont eu lieu, ils ont été dépassés par la colère populaire. Ils ont essayé par tous les moyens de la canaliser, mais les événements leur ont échappé.
Le déclencheur profond de ces révolutions, c'est la spéculation sur les denrées alimentaires organisée par Washington dans les années précédentes jusqu'à provoquer des famines localisées dans ces deux pays. A ce moment, tous les commentateurs politiques ont pronostiqué une révolution. Pourtant, tout le monde a été surpris quand cela a eu lieu parce que personne n'avait anticipé la manière dont les gens réagiraient. La CIA a immédiatement envoyé ses équipes de «révolutions colorées» pour reprendre en main la situation, mais tout cela était plaqué, improvisé, et a échoué.

Dans ce contexte, peut-on dire que les révoltes tunisienne et égyptienne, d'essence populaire, ont été exploitées pour renverser le gouvernement libyen et tenter de reproduire le même scénario en Syrie ?

Oui, les médias occidentaux font croire à leurs spectateurs que le monde arabe est un bloc homogène. S'il y a une révolution dans deux pays, il doit y en avoir partout. Ils nous expliquent que les Européens ont eu tort de ne pas soutenir les Tunisiens et les Egyptiens et voulu se rattraper en soutenant les Libyens et les Syriens.
Mais la vérité, c'est qu'ils ont tout fait pour écraser les révoltes en Tunisie et en Egypte dès qu'ils ont vu qu'elles menaçaient leur domination, et qu'ils font tout en Libye et en Syrie pour imposer leur domination.

Quel est également le poids de la Russie et de la Chine dans le règlement de la crise syrienne ? Pensez-vous que les deux puissances seront capables de faire face à la pression des pays occidentaux exercée sur le gouvernement syrien, d'autant plus que Moscou s'est dit favorable à la solution proposée par les pays du Golfe au président Saleh du Yémen ?
 
Les intérêts de la Russie sont directement menacés par l'agression occidentale contre la Syrie. Pas du tout parce que Moscou se sentirait concerné par la lutte contre le sionisme, mais pour deux raisons fondamentales.
Premièrement, Moscou ne dispose que d'une seule base navale en Méditerranée : le port de Tartous. Si la Russie perd cette facilité, elle perd toute liberté dans cette mer et sa flotte de la mer Noire, bloquée derrière les détroits, sera l'otage de la Turquie.
Deuxièmement, si les Occidentaux contrôlent la Syrie, ils y feront passer un gazoduc qui permettra aux Européens d'acheter le gaz du Golfe et d'Asie centrale au lieu du gaz russe. Ce sera l'effondrement de Gazprom et de l'économie russe.

Qu'est-ce qui empêche, selon vous, le président Al Assad d'organiser une élection présidentielle anticipée dans laquelle il sera candidat au même titre que les autres opposants ?

Pour le moment, le pays affronte une guerre non conventionnelle. Des milliers de combattants, principalement étrangers, tentent de le déstabiliser. Ce n'est guère propice à un scrutin démocratique. Le président el-Assad a été élu sous l'emprise de l'ancienne constitution. Je suis certain qu'il remettra son mandat en jeu lors d'une élection présidentielle anticipée ou lors d'un référendum, dès que la situation sera stabilisée.

Quel est justement le poids des figures de l'opposition syrienne ? Sont-elles capables de diriger le pays et de sauvegarder leur indépendance, sachant que la Syrie a été toujours secouée par des tentatives de déstabilisation ?

Il est tout à fait possible que l'opposition syrienne intérieure dispose de leaders capables de diriger le pays et d'assumer une alternance politique, il est trop tôt pour en juger. Par contre, quand ils ont été reçus à Moscou le mois dernier, ces leaders ont d'abord remercié les Russes pour avoir usé de leur veto au Conseil de sécurité et fait échec à la guerre conventionnelle. Ils ont donc fait preuve de leur patriotisme.

Comment analysez-vous également le rôle de la Turquie dans la gestion de ce conflit ? Pour certains spécialistes, la Turquie est devenue le porte-parole des Etats-Unis d'Amérique dans la région. Les Américains considèrent d'ailleurs le mouvement d'autonomie du Kurdistan comme une organisation terroriste au même titre qu'Ankara...

Une altercation à Davos et quelques phrases à propos de la Flottille de la Liberté ont suffi à faire oublier que la Turquie est membre de l'OTAN. L'élimination du réseau Ergenekon n'a rien changé à la domination en sous-main des Etats-Unis dans ce pays. La preuve : la Turquie vient d'accepter le transfert sur son sol des bases militaires que l'OTAN entretenait en Espagne.
De plus, elle laisse construire sur son sol de nouvelles installations radars dirigées contre l'Iran.
Quand aux organisations kurdes, tout le monde joue avec elles. L'Armée turque garde Öcallan sur une de ses bases et l'agite dès que le pouvoir civil lui tient tête. Des écoutes téléphoniques dans l'affaire Ergenekon ont largement illustré les complicités secrètes entre l'état-major turc et le PKK. Les Israéliens utilisent aussi les Kurdes.
Je vous rappelle par exemple que Netanyahu avait pu donner l'ordre d'attaquer simultanément la Flottille par Tsahal et une base navale turque par le PKK. Ankara n'a toujours pas compris que ses alliés historiques, Washington et Tel-Aviv, ont besoin d'une Turquie solide pour défendre leurs intérêts au Proche-Orient, mais ne veulent pas qu'elle soit forte.

Si on devait mettre en perspective les événements qui secouent le monde arabe et musulman, quelle lecture en faites-vous ? Faut-il penser qu'il y a une stratégie derrière tout cela ? Si tel est le cas, pourquoi ? L'habillage de ces mouvements est qu'il répond à un désir de démocratie. Dans ces conditions, comment expliquez-vous que des pays comme les monarchies du Golfe soient épargnées ?

Où est la liberté ? En Europe avec la bureaucratie bruxelloise anonyme, la pensée unique et le musellement des médias ? Aux Etats-Unis avec le Patriot Act, la torture et Guantanamo ? Non.
Nous sommes sous le joug d'un système de domination globale et les seules révolutions authentiques sont celles qui luttent d'abord pour la souveraineté nationale. La démocratie, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui en Occident, n'a plus grand rapport avec le projet des penseurs du XVIIIe siècle. Elle est corrompue par les lobbys et les ingérences de toutes sortes. Elle n'est plus qu'un leurre. L'Occident n'est plus un modèle démocratique et assoie sa domination sur le reste du monde en combattant la démocratie partout où des peuples lui tiennent tête.
Les révolutions en Tunisie et en Egypte ont été des mouvements à la fois sociaux et politiques. Les Tunisiens et les Egyptiens s'en sont d'abord pris aux présidents Ben Ali et Moubarak, mais ils ont parfaitement intégré que ce n'étaient que des fantoches et que rien ne changera tant que les structures de dépendance ne seront pas renversées.
Les monarchies du Golfe sont hétérogènes. Cependant, les plus puissantes tirent exclusivement leur fortune du commerce d'hydrocarbures qu'elles entretiennent avec l'Occident. Elles n'ont donc pas besoin d'être occupées militairement pour être vassalisées, il suffit qu'elles préfèrent le confort à la liberté. Là encore, le système de domination privilégie les gouvernements les plus impopulaires (Arabie saoudite, Bahreïn…) parce qu'ils sont les plus dépendants.             
F. B.


 
                                                                      

jeudi 15 décembre 2011

Dire la vérité au monde

Mordechaï Vanunu, l’homme qui a pris 18 ans de prison pour avoir révélé qu’Israël posséde plus de 200 bombes atomiques, déclare que L’Iran ne représente aucun danger.
Après avoir passé 18 ans en prison, pour avoir révélé en 1986 qu’Israël possédait secrètement deux cent bombes atomiques, Mordechaï Vanunu n’est toujours pas autorisé à quitter Israël comme il le souhaite. Soumis à des restrictions, il ne peut rencontrer des étrangers ou parler à des journalistes. Ce qu’il nous disait dans ce remarquable entretien datant de 2005 au sujet de l’Iran, demeure d’actualité.

Mordechaï Vanunu, avec en arrière-plan l’image satellite du centre de production de plutonium militaire de Dimona, en Israël

Silvia Cattori : Quel était votre travail en Israël, avant votre enlèvement par des agents du Mossad à Rome, en octobre 1986 ?
 
Mordechaï Vanunu : Depuis neuf ans, je travaillais au centre de recherches en armements de Dimona, dans la région de Beer Sheva. Juste avant de quitter ce travail, en 1986, j’avais pris des photos à l’intérieur de l’usine, afin de montrer au monde qu’Israël cachait un secret nucléaire. Mon travail, à Dimona, consistait à produire des éléments radioactifs utilisables pour la fabrication de bombes atomiques. Je savais exactement quelles quantités de matières fissiles étaient produites, quels matériaux étaient utilisés et quelles sortes de bombes étaient fabriquées.
 
Silvia Cattori : Révéler au monde – seul – que votre pays était secrètement détenteur de l’arme nucléaire…, n’était-ce pas là prendre un très grand risque ?
 
Mordechaï Vanunu : Si j’ai décidé de le faire, c’est parce que les autorités israéliennes mentaient. Elles se répandaient, répétant que les responsables politiques israéliens n’avaient nullement l’intention de se doter d’armes nucléaires. Mais, en réalité, ils produisaient beaucoup de substances radioactives ne pouvant servir qu’à cette seule fin : confectionner des bombes nucléaires. Des quantités importantes : j’ai calculé qu’ils avaient déjà, à l’époque – en 1986 ! – plus de deux cents bombes atomiques. Ils avaient aussi commencé à fabriquer des bombes à hydrogène, très puissantes. Aussi ai-je décidé de faire savoir au monde entier ce qu’ils tramaient dans le plus grand secret. Et puis, aussi, je voulais empêcher les Israéliens d’utiliser des bombes atomiques, afin d’éviter une guerre nucléaire au Moyen-Orient. Je voulais contribuer à apporter la paix dans cette région. Israël, détenant déjà des armes surpuissantes, pouvait faire la paix : il n’avait plus à redouter une quelconque menace palestinienne, ni même arabe, car il possédait tout l’armement nécessaire à sa survie.
 
Silvia Cattori : Vous étiez préoccupé par la sécurité de toute la région ?
 
Mordechaï Vanunu : Oui. Absolument. Bien entendu, ce n’est pas pour le peuple israélien que j’ai fait ce que j’ai fait. Les Israéliens avaient élu ce gouvernement, et ce gouvernement avait décidé de les doter d’armes nucléaires. Vous savez, tous les Israéliens suivent de très près la politique du gouvernement israélien… Mais, en ce qui me concerne, je réfléchissais à partir du point de vue de l’humanité, du point de vue d’un être humain, de tous les êtres humains vivant au Moyen-Orient, et aussi de tous les êtres humains, dans le monde entier. Parce que ce qu’Israël avait fait, beaucoup d’autres pays pourraient le faire.

JPG - 10.2 ko
Une du quotidien britannique « The Sunday Times » du 5 octobre 1986 : « Révélation : les secrets de l’arsenal nucléaire israélien »
 
Aussi ai-je décidé, dans l’intérêt de l’humanité, de faire connaître au monde entier le danger que représentaient les armes nucléaires secrètes d’Israël. En 1986, on était en pleine Guerre froide et les armes nucléaires proliféraient. Elles étaient en train de se répandre dans plusieurs pays encore non-nucléaires, comme l’Afrique du Sud, et d’autres. Le danger représenté par les armes nucléaires était réel. De nos jours, ce danger a diminué.
 
Silvia Cattori : Saviez-vous à quoi vous vous exposiez ? Pourquoi était-ce vous, en particulier, qui deviez prendre un si grand risque, et personne d’autre ?
 
Mordechaï Vanunu : Bien entendu, je savais ce que je risquais. Mais ce que je pouvais faire, personne d’autre que moi n’aurait pu le faire. Je savais que j’aurais eu affaire au gouvernement israélien. Ce n’est pas comme si j’avais été quelqu’un qui s’en serait pris à des intérêts privés ; je savais que je m’en prenais directement au gouvernement israélien et à l’État juif israélien. Je savais donc qu’ils pouvaient me châtier, qu’ils pouvaient me tuer, qu’ils pouvaient faire de moi absolument tout ce qu’ils voulaient. Mais j’avais la responsabilité de dire la vérité au monde. Personne d’autre que moi n’était en mesure de le faire : il était donc de mon devoir de le faire. Quels qu’aient été les risques.
 
Silvia Cattori : Votre famille vous a-t-elle, alors, soutenu ?
 
Mordechaï Vanunu : Les membres de ma famille ont été incapables de comprendre ma décision. Pour eux, le plus dérangeant fut de découvrir que je m’étais converti au christianisme. Pour eux : c’était plus dommageable, plus douloureux que le fait que j’ai révélé les secrets nucléaires d’Israël… Je les respecte, ils respectent ma vie. Nous sommes restés en bons termes, mais nous ne nous fréquentons plus.
 
Silvia Cattori : Vous sentez-vous seul ?
 
Mordechaï Vanunu : Oui. Bien sûr, je suis seul, ici, à la cathédrale Saint-Georges. Mais j’ai beaucoup d’amis, qui me soutiennent.
 
Silvia Cattori : Dans quelles conditions avez-vous été jugé et emprisonné ?
 
Mordechaï Vanunu : Mon procès a été tenu dans le secret le plus absolu. J’étais seul, avec mon avocat. J’ai été condamné pour espionnage et trahison. Les autorités israéliennes se sont vengées sur moi en me maintenant en isolement cellulaire durant toute la durée du procès. Elles n’autorisaient personne à me voir ni à me parler, et m’interdisaient de m’adresser aux médias. Elles ont publié beaucoup de désinformation à mon sujet. Le gouvernement israélien a utilisé tout son pouvoir médiatique pour faire un lavage de cerveau de l’opinion publique. Pour laver le cerveau des juges, aussi, au point de les convaincre de la nécessité de me mettre en prison. Ainsi, mon procès a été tenu secret et les médias n’ont pas pu accéder à la vérité ; ils n’ont pas pu m’entendre.
Les gens étaient convaincus que j’étais un traître, un espion, un criminel. Il n’y eut pas un atome de justice, dans ce jugement. Mais il n’y avait pas que le procès : le plus cruel fut de m’isoler, en prison. Ils m’ont puni non seulement par l’emprisonnement, mais aussi en m’isolant totalement, en m’épiant en permanence, au moyen de mauvais traitements particulièrement vicieux et cruels : ils ont essayé de me faire mettre en colère, ils ont essayé de me faire regretter ce que j’avais fait. J’ai été maintenu au secret, dix-huit années durant, dont onze années et demie en isolement total. La première année, ils ont mis des caméras dans ma cellule. Ils ont laissé la lumière allumée trois années d’affilée ! Leurs espions me battaient sans cesse, ils m’empêchaient de dormir. J’ai été soumis à un traitement barbare ; ils ont tenté de me briser. Mon objectif était de tenir, de survivre. Et j’ai réussi !…
 
Silvia Cattori : Par chance, on ne vous a pas pendu haut et court, comme le voulait pourtant le ministre de la Justice d’alors, Tommy Lapid. Vous avez tenu bon, et vous avez été relâché le 21 avril 2004. Vous aviez tout juste 50 ans !
Mordechaï Vanunu : S’ils m’ont relâché, c’est parce que j’avais purgé les dix-huit ans de prison auxquels ils m’avaient condamné. Ils voulaient me tuer. Mais, en fin de compte, le gouvernement israélien a décidé de n’en rien faire.
Silvia Cattori : En avril 2004, les télévisions ont montré votre sortie de prison. Le monde a alors découvert ce qui vous était arrivé. Vous êtes apparu heureux, déterminé, combatif : tout le contraire d’un homme brisé…
 
Mordechaï Vanunu : Sortir de prison, aller parler au monde entier, fêter ça… après dix-huit ans de captivité, d’interdiction de tout :… ce fut un grand moment…
 
Silvia Cattori : Vos geôliers n’ont donc pas réussi à vous briser mentalement ?
 
Mordechaï Vanunu : Non ; absolument pas. Mon objectif était de sortir, et de parler au monde entier, de faire comprendre aux autorités israéliennes qu’elles avaient échoué. Mon but était de survivre, et cela a été ma plus grande victoire sur toutes ces organisations d’espionnage. Ils ont réussi à me kidnapper, à me traîner devant leur tribunal, à me maintenir en prison, au secret, pendant dix-huit ans… et j’ai survécu à tout ça. J’ai souffert, certes ; mais j’ai survécu. Malgré tous leurs crimes, je suis toujours vivant, et je suis même en excellente santé ! Je suis de forte constitution ; c’est sans doute grâce à çà, que j’ai surmonté l’épreuve.
 
Silvia Cattori : Qu’est-ce qui vous a aidé à tenir ?
 
Mordechaï Vanunu : Ma fermeté. Le fait de continuer à être convaincu que j’avais eu raison de faire ce que j’avais fait. La volonté de leur faire comprendre que, quoi qu’ils fassent pour me châtier, je continuerais à rester en vie.
 
Silvia Cattori : Quel est le plus grand obstacle auquel vous ayez à faire face, actuellement ?
 
Mordechaï Vanunu : On m’interdit de quitter Israël. J’ai été libéré de prison, mais ici, en Israël, je suis dans une grande prison. Je voudrais quitter ce pays, aller jouir de la liberté dans le vaste monde. J’en ai marre du pouvoir israélien. L’armée peut venir m’arrêter à tout instant, me punir. Je sens que je suis à leur merci. J’aimerais tellement vivre loin, très loin d’ici…
 
Silvia Cattori : Quand Israël vous laissera-t-il quitter le pays ?
 
Mordechaï Vanunu : Je n’en sais rien. Ils m’ont interdit de quitter Israël pendant une année. Un an ayant passé, ils ont renouvelé l’interdiction pour une nouvelle année, qui prendra fin en avril prochain. Mais ils peuvent encore prolonger l’interdiction, aussi longtemps qu’il leur plaira…
 
Silvia Cattori : Quel regard portez-vous sur le Traité de non-prolifération nucléaire quand, dans le cas d’Israël, on tolère « l’ambiguïté nucléaire », alors qu’on met constamment sous pression l’Iran – un pays qui, lui, se soumet aux inspections ?
 
Mordechaï Vanunu : Tous les pays devraient être ouverts aux inspections internationales et dire la vérité sur ce qu’ils sont en train de faire, secrètement, dans toutes les installations nucléaires dont ils disposent. Israël n’a pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire. Ce sont près de cent quatre-vingt pays qui l’ont fait, dont tous les pays arabes. L’Égypte, la Syrie, le Liban, l’Irak, la Jordanie… : tous les pays voisins d’Israël ont ouvert leurs frontières aux inspections de l’AIEA. Israël est le pire exemple. C’est le seul pays qui ait refusé de signer le Traité de non-prolifération nucléaire. Les États-Unis et l’Europe devraient commencer par régler le cas d’Israël ; Israël doit être considéré à l’instar de n’importe quel autre pays. Nous devons en finir avec l’hypocrisie, et obliger Israël à signer le Traité de non-prolifération nucléaire. Il faut imposer à Israël le libre accès des inspecteurs de l’AIEA au centre de Dimona.
 
Silvia Cattori : L’Iran, qui remplit ses obligations et accepte les inspections de l’ONU, est pourtant menacé de sanctions. Israël, qui est doté de l’arme nucléaire et refuse toute inspection de l’AIEA, ne fait l’objet d’aucune poursuite. Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » de la part des États-Unis, mais aussi de l’Europe ?
 
Mordechaï Vanunu : Oui ; c’est même encore pire que ce que vous dites : non seulement on ne s’en prend pas à Israël, mais on aide même ce pays en secret. Il y a une coopération secrète entre Israël et la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis. Ces pays ont décidé de contribuer à la puissance nucléaire d’Israël afin de faire de ce pays un État colonial, dans le monde arabe. Ils aident Israël, parce qu’ils veulent que ce pays soit à leur service, en tant que pays colonialiste contrôlant le Moyen-Orient, ce qui leur permet de s’emparer des revenus pétroliers et de maintenir les Arabes dans le sous-développement et les conflits fratricides. Telle est la principale raison de cette coopération.
 
Silvia Cattori : L’Iran n’est-il pas, comme l’affirment Israël et les États-Unis, une menace ?
 
Mordechaï Vanunu : Étant sous le contrôle des inspecteurs de l’AIEA, l’Iran ne représente aucun danger. Les experts occidentaux savent parfaitement quelle est la nature du programme nucléaire iranien. Contrairement à Israël, qui ne laisse personne accéder à ses installations nucléaires. C’est la raison pour laquelle l’Iran a décidé d’aller de l’avant et de dire au monde entier : « Vous ne pouvez pas exiger de nous plus de transparence, alors que vous continuez à fermer les yeux sur ce qui se passe en Israël ! » Tous les Arabes voient, depuis quarante ans, qu’Israël a des bombes atomiques et que personne ne fait rien contre ça. Tant que le monde continuera à ignorer les armes atomiques d’Israël, il ne pourra pas se permettre de dire quoi que ce soit à l’Iran. Si le monde est vraiment préoccupé, et s’il veut sincèrement mettre un terme à la prolifération nucléaire, qu’il commence donc par le commencement, c’est-à-dire : Israël !…
 
Silvia Cattori : Vous devez être agacé, quand vous entendez Israël, qui n’est pas en règle, dire qu’il est prêt à bombarder l’Iran, qui, à ce stade, n’a enfreint absolument aucune règle !
 
Mordechaï Vanunu : Oui ; cela me met hors de moi. Nous n’avons rien à reprocher à l’Iran : avant de faire quoi que ce soit contre un quelconque autre pays, il faut s’occuper du cas israélien. Si quelqu’un veut s’en prendre à l’Iran, il doit, préalablement, s’en prendre à Israël. Le monde ne peut ignorer ce qu’Israël fait, en la matière, depuis plus de quarante ans… Les États-Unis devraient obliger Israël à signer le Traité de non-prolifération nucléaire. Et il est grand temps, aussi, pour l’Europe, de reconnaître officiellement qu’Israël possède des bombes atomiques. L’ensemble du monde arabe devrait être extrêmement inquiet en entendant tous ces discours qui incriminent l’Iran, qui ne possède aucune arme atomique, et qui continuent à ignorer Israël.
 

JPG - 19.9 ko
Lors d’un transfert, suite à son son emprisonnement en 1986, Mordechaï Vanunu transmet les détails de son enlèvement par le Mossad, à Rome, aux journalistes à travers la vitre du fourgon de la police israélienne
 
Silvia Cattori : Quels sont les États qui ont coopéré avec Israël ?
 
Mordechaï Vanunu : Israël a aidé la France et la Grande-Bretagne dans leur campagne contre l’Égypte, en 1956. Après l’opération de Suez, la France et la Grande-Bretagne ont commencé à coopérer au programme nucléaire israélien, afin de remercier Israël pour le soutien qu’il leur a apporté, durant cette guerre.
 
Silvia Cattori : L’Afrique du Sud n’a-t-elle pas aidé Israël, jusqu’en 1991 ?
 
Mordechaï Vanunu : C’est effectivement en Afrique du Sud, dans le désert, qu’Israël a procédé à ses essais nucléaires…
 
Silvia Cattori : Dans les années soixante, le président Kennedy aurait, semble-t-il, demandé qu’il y ait des inspections à Dimona, en Israël. Voyez-vous un lien entre cette demande et son assassinat ?
 
Mordechaï Vanunu : Je pense qu’à l’époque de Kennedy, les États-Unis étaient opposés au programme nucléaire israélien. Kennedy a tenté d’arrêter Israël, en la matière, mais son assassinat ne lui en a pas laissé le temps… Pour moi, le mobile de l’assassinat de Kennedy est lié à la diffusion d’armes nucléaires en Israël et dans d’autres pays. Ceux qui l’ont assassiné étaient des gens qui étaient favorables à la dissémination nucléaire. Grâce à l’élimination du gêneur Kennedy, la prolifération a pu continuer. De fait, les présidents Johnson et Nixon [qui ont succédé à Kennedy, ndt] n’y voyaient aucun inconvénient : ils ont laissé faire Israël. Constatons simplement que c’est bien un changement allant en ce sens qui s’est manifesté, après l’assassinat de Kennedy…
 
Silvia Cattori : Votre dénonciation n’a pas empêché Israël de maintenir taboue cette question : il a réussi à ne pas se mettre les grandes puissances à dos. Sa stratégie de l’opacité se serait-elle donc avérée efficace ?
 
Mordechaï Vanunu : Force est bien de reconnaître que oui. Israël est un cas d’école. Comment un petit pays peut-il défier le monde entier et poursuivre une politique agressive, sans le moins du monde se préoccuper des autres ? Les Israéliens ont réussi à le faire, à l’époque, oui… Mais aujourd’hui, le monde a changé. La Guerre froide est terminée, le communisme est défait, le monde s’oriente vers la paix : on le voit, des armes nucléaires n’aideront Israël en rien. Maintenant qu’Israël doit montrer qu’il désire la paix, et de quelle manière il entend y contribuer, pour ce pays, de quelle utilité pourraient bien être des armes nucléaires ? La politique nucléaire israélienne était possible, dans le contexte de la Guerre froide. Mais aujourd’hui, nous devons obtenir d’Israël qu’il adopte une nouvelle politique, qu’il démontre au monde entier qu’il veut la paix et qu’il reconnaisse qu’il n’a nul besoin d’armes atomiques.
 
Silvia Cattori : Dans les années cinquante, Israël disposait déjà d’un armement considérable. Quelle raison avait-il alors de se doter de l’arme nucléaire ?
 
Mordechaï Vanunu : Un pays aussi petit qu’Israël n’a aucune raison valable de détenir un nombre aussi énorme d’armes atomiques. C’est un peu comme si le programme d’armement nucléaire d’Israël lui était monté à la tête. On ne peut en aucun cas utiliser d’arme atomique dans la région : toute bombe atomique qui serait utilisée contre la Syrie, l’Égypte ou la Jordanie aurait des effets radioactifs et rendrait la vie impossible en Israël également. Toute bombe endommagerait Israël même. Jusqu’ici, les Israéliens n’ont pas même le droit de discuter de cette question entre eux. Néanmoins, ce problème occupe tous les esprits. Nous attendons la réponse d’Israël sur cette question.
 
Silvia Cattori : Pour Israël, ne s’agit-il pas d’une arme qui lui permet de maintenir le statu quo ? D’un instrument de chantage politique ? Pour pouvoir discuter d’égal à égal avec les grands – États-Unis en tête – et ne rien concéder aux Arabes, qu’Israël a spoliés et qui sont faibles militairement ?
 
Mordechaï Vanunu : Oui. C’est tout à fait cela. Israël utilise la puissance des armes nucléaires afin d’asséner ses politiques. Israël a beaucoup de pouvoir, il écrase l’ensemble de ses voisins de son arrogance. Les États-Unis – même eux ! – ne sont pas en mesure de dire aux Israéliens ce qu’ils doivent faire. Aujourd’hui, l’Europe voit à quel point Israël est puissant. Même sans utiliser la bombe atomique, même sans brandir la menace qu’ils le feraient, les Israéliens peuvent imposer leur pouvoir, ils peuvent faire absolument tout ce qu’ils veulent : ils peuvent ériger leur muraille, ils peuvent édifier des colonies en Palestine…, personne n’est en mesure de leur dire qu’ils n’ont pas le droit de le faire, parce qu’ils sont extrêmement puissants.
 
 
JPG - 8.7 ko
Photo prise secrètement par Mordechaï Vanunu à l’intérieur de la centrale de Dimona
 
C’est là le résultat de leur utilisation des armes atomiques à des fins de chantage politique. Ils peuvent utiliser des bombes atomiques contre tout pays qui voudrait stopper leur politique agressive à l’encontre des Palestiniens. Telle est la situation, aujourd’hui. Le monde entier le sait, tout le monde le sait. Et il y une autre raison, pour laquelle ni les États-Unis ni l’Europe ne font strictement rien : c’est qu’ils savent à quel point Israël est puissant. Par conséquent, la meilleure manière de contrer Israël consiste à faire savoir la vérité au monde et à étudier ce qui s’y passe, dans le domaine de l’armement atomique, jusqu’à ce qu’il y renonce.
 
Silvia Cattori : Israël a-t-il envisagé de recourir à l’arme nucléaire contre ses voisins arabes, en 1973 ?
 
Mordechaï Vanunu : Oui. En 1973, Israël était prêt à utiliser des armes atomiques contre la Syrie. Et contre l’Égypte.
 
Silvia Cattori : Pour avoir révélé un secret d’État, vous avez énormément souffert. Finalement ; pour quel résultat ?
 
Mordechaï Vanunu : Tout d’abord, le monde a maintenant la preuve qu’Israël possède des armes atomiques. Personne, désormais, ne peut plus ignorer la vérité en ce qui concerne le projet nucléaire d’Israël. Après ça, Israël s’est trouvé dans l’impossibilité totale d’avoir recours à ces armes. Un autre résultat de mon action, c’est le fait que le monde a pris conscience de ce que ce petit État juif a fait, dans le plus grand secret. Et le monde a découvert, aussi, sur quels mensonges et sur quelle désinformation cet État a été édifié. Le fait de savoir qu’un si petit pays ait été capable de fabriquer secrètement deux cents bombes atomiques a contribué à alerter l’opinion publique mondiale sur son comportement. La peur qu’un autre petit pays puisse faire la même chose et fabriquer des armes atomiques a incité le monde à se mettre à réfléchir à la manière de stopper la prolifération nucléaire et d’empêcher Israël d’aider d’autres pays à utiliser ces armes, à l’avenir. Quand le monde a découvert ce qu’Israël a fait dans le plus grand secret, la peur de la prolifération nucléaire s’est manifestée. Le monde a pris conscience du pouvoir d’Israël et il a commencé à exercer des pressions sur ce pays afin de le contraindre à faire la paix avec les Palestiniens et avec le monde arabe. Israël n’avait plus aucune raison d’affirmer qu’il redoutait ses voisins arabes, dès lors qu’il disposait, depuis la fin des années cinquante, de suffisamment d’armes pour assurer sa sécurité.
 
Silvia Cattori : Pour quelles raisons Israël continue-t-il de vous persécuter ?
 
Mordechaï Vanunu : Ce que j’ai fait contrarie tellement toutes les attitudes politiques israéliennes ! Les Israéliens ont dû changer leurs plans. La politique nucléaire secrète d’Israël est l’œuvre de Shimon Pérès. Et voilà que cette politique consistant à fabriquer des armes atomiques clandestinement s’est effondrée ! À cause de cette révélation, Israël a dû emprunter une nouvelle direction, définir de nouveaux plans et ce à quoi nous assistons aujourd’hui est la conséquence de mes révélations. Ils ont dû inventer de nouvelles sortes d’armes. Aujourd’hui, ils construisent leur muraille, leurs check-points, leurs colonies et ils se sont arrangés pour rendre la société juive plus religieuse, plus nationaliste, plus raciste. Au lieu d’aller dans une autre direction, au lieu de comprendre qu’il n’y a pas d’autre solution que la paix, au lieu de reconnaître aux Palestiniens des droits égaux et de mettre un terme au conflit. Israël ne veut pas mettre fin au conflit. Ce qu’Israël veut, c’est continuer à construire sa muraille et ses colonies !…
 
Silvia Cattori : Vous avez accompli un véritable exploit !
 
Mordechaï Vanunu : En tant qu’être humain, j’ai fait quelque chose pour la sécurité et le respect de l’humanité. Tout pays a le devoir de nous respecter, tous, en tant qu’êtres humains, quelle que soit notre religion, que l’on soit juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes… Israël a un gros problème : ce pays ne respecte pas les êtres humains. Ce que ce pays a pu faire, parce qu’il ne considère pas les autres humains comme des égaux, est absolument terrible. Le résultat est dévastateur, pour l’image d’Israël ; l’État d’Israël n’est en aucun cas une démocratie. L’État juif est raciste. Le monde devrait savoir qu’Israël met en pratique une politique d’apartheid : si vous êtes juif, vous avez le droit d’aller où vous voulez et de faire ce que bon vous semble ; si vous n’êtes pas juif, vous n’avez aucun droit. Ce racisme est le véritable problème auquel Israël est confronté. Israël est bien incapable de prouver qu’il est une démocratie. Personne ne peut accepter cet État raciste ; ni les États-Unis, ni les pays européens. Les armes nucléaires israéliennes, ils pourraient, à la rigueur, les accepter… Mais comment pourraient-ils justifier cet État d’apartheid fasciste ?
 
Silvia Cattori : Vous semblez refuser de reconnaître la légitimité de cet État ?
 
Mordechaï Vanunu : Bien sûr. C’est ce que j’ai dit, à ma sortie de prison : nous ne devons pas accepter cet État juif. L’État juif d’Israël est le contraire de la démocratie ; nous avons besoin d’un État pour tous ses citoyens, sans égard pour leurs croyances religieuses. La solution, c’est un État unique, pour tous ses habitants, de toutes les religions, comme c’est le cas dans des démocraties comme la France ou la Suisse, et non pas seulement un État pour les juifs. Un État juif n’a absolument aucune raison d’être. Les juifs n’ont pas besoin d’un régime fondamentaliste comme celui qui règne en Iran. Les gens ont besoin d’une véritable démocratie, qui respecte les êtres humains. Aujourd’hui, dans la région du Moyen-Orient, nous avons deux États fondamentalistes : l’Iran, et Israël. Mais Israël est très en avance, en matière de fondamentalisme, même sur l’Iran !…
 
Silvia Cattori : À vos yeux, Israël est-il donc une plus grande menace que l’Iran ?…
 
Mordechaï Vanunu : Bien entendu : nous savons ce que les Israéliens font subir au peuple palestinien, depuis plus de cinquante ans ! Il est grand temps, pour le monde, de s’en souvenir et de se préoccuper de l’holocauste palestinien. Les Palestiniens ont tellement souffert, et depuis tellement longtemps, à cause de toute cette oppression ! Les juifs ne les respectent absolument pas, ils ne les considèrent pas comme des êtres humains ; ils ne leur accordent aucun droit, et ils continuent à les persécuter, à mettre en danger la vie présente des Palestiniens, et par conséquent leur propre avenir, aussi.
 
Silvia Cattori : Que dites vous à mon pays, la Suisse, qui est dépositaire des Conventions de Genève ?
 
Mordechaï Vanunu : La Suisse devrait condamner très clairement et à haute voix la politique raciste d’Israël, c’est-à-dire toutes les violations des droits des Palestiniens, tant musulmans que chrétiens. Tous les pays doivent exiger du gouvernement israélien qu’il respecte les non-juifs, en tant qu’êtres humains. De fait, je n’ai pas le droit de vous parler, je ne suis pas autorisé à parler à des étrangers ; si je m’exprime quand même, c’est à mes risque et périls. Israël a utilisé des dédommagements de l’Holocauste pour fabriquer des armes, pour détruire des maisons et des biens palestiniens. Je serai très satisfait si votre pays me donne un passeport et m’aide à quitter ce pays, Israël. La vie est très dure, ici. Si vous êtes juif, vous n’avez aucun problème ; si vous ne l’êtes pas [ou plus], on vous traite sans le moindre respect.
 
Silvia Cattori
 
(*) Entretien réalisé en anglais par Silvia Cattori, en octobre 2005.
Traduction : Marcel Charbonnier 
 
 
Blog Mordechai Vanunu :
http://www.vanunu.com/
 
Source : Silviacattori.net