mardi 29 mars 2011

Élections et citoyenneté...

Élections et citoyenneté en démocratie représentative : une démission de la conscience politique.
par: Samuel MOLEAUD



affiche politique, Paris, 1969



Tiens, il paraît que nous vivons en démocratie, et que celle-ci s’exprime par le vote et la liberté d’expression. C’est même écrit dans la constitution et les livres scolaires que nous sommes des citoyens libres et égaux en droit, que nous pouvons choisir nos représentants au suffrage universel direct. Le papier ne refuse pas l’encre.

L’école, lieu d’apprentissage des codes institutionnels, formatage des cerveaux pour le pouvoir de quelques uns.

On m’avait dit à l’école qu’il était important de voter, car l’exercice de la citoyenneté reviendrait au peuple, et que l’abstention représente un danger pour la démocratie, un acte passif favorisant la montée des extrêmes. C’est plutôt pour consentir à la légitimité d’une petite poignée d’Hommes qui font la loi pour 90% de la population, que nous votons. Et bien j’ai sans vergogne délibérément déserté les urnes lors de ces deux rendez-vous électoraux. Même pas abstentionniste, je suis, pour les politologues éclairés, une espèce de passager clandestin sans conscience politique, doté de capitaux économiques et sociaux si faibles que je ne prends même pas la peine de me déplacer pour m’inscrire et exercer mon droit de vote. Un citoyen dépolitisé et socialement dominé n’ayant pas eu l’éducation politique suffisante pour exercer mon pouvoir démocratique. Enfin ce n’est qu’une analyse sociologique…Est-ce à dire que la non-inscription ou l’abstention dénotent automatiquement un manque d’intérêt pour la politique ? Je suis comme des milliers de personnes, pourtant politisées, qui refusent de participer à ce jeu électoral, car quoi que l’on fasse, il n’œuvre que pour les franges dominantes favorisées de la population. L’abstention n’est pas unanimement un état de flemme passagère et de faiblesse cognitive face à la politique, c’est aussi un combat politique, une forme de résistance ferme à cette myriade de mensonges et de croyances collectives les plus malsaines que l’on veut nous faire rentrer dans le crâne depuis l’enfance pour mieux nous rendre dociles et obéissants aux chiens de garde.

Le système d’enseignement français est magnifiquement organisé dans le but que les jeunes têtes à remplir intériorisent sans broncher les règles du jeu républicain. Ainsi, l’on met dans le même moule éducatif toutes sortes d’individus différents, soumis, à la hiérarchie entre l’autorité du professeur et l’obéissance de l’élève qui courbe l’échine, au contrôle et à la compétition entre élèves, à la torture stressante des devoirs à effectuer sous peine de punition s’il y a manquement. Non seulement ils sont placés sous l’égide du formatage scolaire, mais en plus les jeunes socialisés apprennent la dureté du processus de reproduction des inégalités sociales. Une même classe scolaire peut réunir des fils d’agriculteurs, de petits commerçants-artisans, de médecins ou d’enseignants. Dès l’enfance la plus neutre et dénuée de l’avidité entraînant jalousie, convoitise, conflits, on apprend la guerre des classes aux bambins. For de ces disparités, considérées comme naturelles voire biologiques, vient ensuite le formidable apprentissage de la démocratie. Il faut que les êtres formés à la chaîne industrielle votent « bien », et s’informent en conformité sur les médias considérés comme les prophètes de cette démocratie. C’est un tableau raccourci et noirci, mais voilà que vingt ans plus tard, la non-inscription sur les listes paraît choquante aux électeurs conformes.

Voter en démocratie représentative libérale…

De nos jours, voter en démocratie représentative d’inspiration néolibérale revient à vider le vase républicain de sa substance. Ce que nous appelons démocratie représente la prise du pouvoir des élites bourgeoises et leur sauvegarde pour éviter que la révolution de 1789 ne profite au peuple. Le choix de ce mode de suffrage a été institué pour contenir les révoltes, dans une optique justement profondément antidémocratique. Que l’on n’aille pas me raconter que des gens se sont battus pour que nous ayons ce droit de vote, et que je suis redevable de ces luttes. Les communards de 1871 se battaient contre la monarchie, pour la démocratie directe en république de communes socialistes fédérées, les résistants de 1939-1945 se battaient pour la démocratie sociale…non uniquement pour le vote. Aujourd’hui, l’on considère que le vote est l’exercice le plus fort de la démocratie. Alors, on vote pour celui qu’on veut au premier tour, puis pour le moins pire en second tour. Voila qui montre bien que le pouvoir de l’individu se trouve bien ailleurs puisque le sens du vote est complètement vicié. Celui qui remporte les élections est le parti qui aura investi le plus d’argent dans sa campagne de communication en forme d’échantillons de séduction à vendre.

Les médias, en ce 28 mars 2011, se félicitent que la gauche ait remporté les cantonales à hauteur de 35%, en évitant que la France cantonale ne se dore du front de la haine. La gauche, dites-vous ? La rose caviar qui s’oppose à Fillon-Sarkozy tout en étant d’accord sur les reculs successifs de l’âge à la retraite, sans proposer de taxer le capital et d’interdire les défiscalisations des gros actionnaires pour désarmer les marchés financiers ? La gauche néolibérale qui dirige le FMI et l’OMC ? La gauche sécuritaire qui fait campagne commune avec l’UMP sur l’identité nationale, la sécurité et la défense ? La gauche militariste qui est d’accord avec l’impérialisme français pour aller bombarder les méchants partisans de Kadhafi et des civils innocents avec des bombes gentilles ? Ou parle-t-on de la gauche oligarchique qui a le plus privatisé de toute l’histoire économique et sociale de la France, et qui ne s’oppose pas à la constitution européenne ? Loin s’en faut, une carte rose ou bleue à l’issue des élections ne change rien, mais je suis quand-même mine de rien rassuré que ce ne soit pas le camp de la haine nationaliste et agressive qui ait mobilisé les électeurs…Espoir aussi, que les gens ait compris que nous sommes dirigés depuis 2007 par une droite extrême xénophobe ayant institué son fascisme institutionnel pour récupérer les voix du FN...

Bon, je considère que les dissensions idéologiques qui partagent les Hommes de pouvoir ne sont que l’écran de fumée qui cache le gouvernement économique et oligarchique du monde, de telle manière que les ploutocrates qui dirigent financent leurs amis pour qu’ils soient leurs vassaux, au pouvoir politique. De cette idée, nous avons une alternance UMP/PS qui reproduit en permanence le même cap et interdit toute formation politique alternative : enrichir les riches à coups de privatisations et de coupes franches dans les dépenses publiques de santé, d’éducation, de transport, d’hygiène, de sécurité, de réduction des coûts de production pour satisfaire les actionnaires, rendre la population, celle qui doit travailler pour vivre au lieu de l’inverse, à l’état de servage et surtout conserver le pouvoir bien au chaud. Et refuser l’afflux d’immigrés du Sud tout en continuant à coloniser-piller l’Afrique avec nos entreprises. Voilà pourquoi je pense que toute autorité du pouvoir est malsaine, et que dans les grands partis, l’on s’accorde sur un point : prendre le pouvoir. Donc dominer, écraser les plus faibles en politique, manipuler les foules, jouer au théâtre de la séduction, cacher les réalités. Le reste, les programmes électoraux et discours, ne sont que la robe dorée en fleur de lys que le roi enfile. Impossible, donc, que ce soit des humanistes et des gens respectueux qui soient appelés à gouverner. Pire, même avec seulement 20% de participation au vote, donc moins de dix millions d’électeurs, les nouveaux responsables politiques se diraient toujours légitimement élus devant le peuple.

D’une certaine manière, voter constitue l’un des pires consentements à sa propre déresponsabilisation, en déléguant la gestion de sa vie (d’une manière indirecte) à des gens dont on ne peut faire confiance. Le citoyen qui dépose un suffrage dans l’urne a le sentiment d’avoir exercé sa citoyenneté, dans un élan de pensée conforme, là où il contribue à la reproduction institutionnalisée d’élites arrogantes, quasi-autoritaires et opportunistes dont l’avidité du pouvoir rémunéré leur a fait perdre toute notion d’humanisme et d’intérêt général. La démocratie, c’est un peu la nouvelle religion, le nouvel absolutisme dans lequel une autorité, sorte de Clergé, tente de réunir tout acteur social sous sa coupe. Avec cette bannière démocratique, les grandes puissances de ce monde partent alors en guerre impérialiste contre tous ceux qui refusent d’importer notre modèle, tel une armée catholique partait au 12ème siècle en croisade contre les arabes. Notre sinistre de l’Intérieur Claude Guéant précisait d’ailleurs récemment que la France mène actuellement une croisade en Libye…

De nos jours, le gouvernement n’est plus qu’un conseil d’administration, mélangeant des avocats d’affaires, des anciens militants du FN, des ex-PDG de multinationales, ou des ex-directeurs d’institutions financières internationales, et il faudrait que j’aille cautionner ce jeu de chaises tournantes des classes riches possédantes et dirigeantes ? Des milliers de gens travaillent toute leur vie, sont sous-payés pendant 42 ans et usent leur vie pour des objectifs de production, sans pouvoir bénéficier d’une retraite décente, et il faudrait que je crois encore au vote en tant qu’acte citoyen pour choisir celui qui pourra prendre des mesures sociales ?

Bref, l’on pourrait écrire des pages de lamentation sur fond de crise sociale qui paupérise des milliers de personnes, au milieu d’un paysage industriel qui dévaste l’environnement et qui risque de faire exploser le nombre de cancers d’ici peu, une fois que la santé publique aura été privatisée et sera rendue inabordable pour ces nouveaux malades nourris aux OGM et aux radiations nucléaires…on peut se lamenter d’un système politique ploutocratique qui reproduit ses élites, il faut tout de même proposer autre chose, des alternatives.

Je ne jette pas la pierre à ceux qui votent encore, bien évidemment, mais cela ne me paraît pas être un acte de citoyenneté suffisant. Le véritable changement ne peut passer que par le regroupement d’individus en associations et petits syndicats de luttes, pour fédérer les espaces de combat politique et rétribuer à la population sa pleine capacité de pensée critique. L’on n’enrichit pas une démocratie en demandant l’avis au peuple seulement un jour ou deux tous les cinq-six ans. L’acte citoyen le plus démocratique reste la réflexion sur la manière de s’organiser en collectivité, donc cela passe plus à mon sens par la pensée critique et la ré-acquisition de la liberté de penser par soi-même plutôt que de se fier aux médias ou croire ce qu’il est écrit sur les tracts des partis politiques afin de décider pour qui l’on va voter. Ces dernières élections cantonales ne mobilisent évidemment pas les mêmes enjeux que la prochaine échéance de 2012. Surtout que les conseillers généraux et régionaux seront supprimés en 2014 au profit d’une centralisation territoriale sarkozyste, mais la démission de notre propre pouvoir sur les choses qu’entraîne le vote, reste de mise lorsqu’il faut élire un président de la république. A mon sens, agir au lieu d’élire, militer et contribuer au débat public serait donc plus efficace que de déléguer à d’autres le pouvoir de changer les choses que chaque individu pourrait avoir. Le débat est ouvert à qui voudra entendre mon message.

Samuel Moleaud


Source: http://sam-articles.over-blog.com

mardi 22 mars 2011

LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE

par
Sylvie Simon



Page d'origine :
http://www.next-up.org/pdf/Sylvie_Simon_La_Lettre_La_desobeissance_cvile_30_01_2011.pdf
dans Next-up news :
http://www.next-up.org/Newsoftheworld/2011.php#1

Il y a quelques années, André Glücksmann prônait la désobéissance civile au sujet du scandale du sang contaminé, qui « n’aurait peut-être jamais existé si, quand il était encore temps, quelqu’un avait civilement désobéi. »

Il  est  certain  que  le  sang  contaminé  n’est  qu’un  exemple  parmi  bien d’autres :  le  nuage  de Tchernobyl,  le  distilbène,  l’amiante,  l’encéphalopathie spongiforme bovine, l’hormone de croissance, les hormones dans la nourriture des   animaux,   les   produits   chimiques   dans   l’agriculture,   les centaines   de médicaments retirés parce qu’ils avaient tué, alors qu’ils avaient été mis sur le marché après  de  « longues  études  sur  leur  innocuité  absolue ».  Aucun  des véritables  responsables  de  ces  délits  n’a  été  sanctionné,  excepté,  parfois, quelques rares boucs émissaires.

La liste les tueurs potentiels toujours en liberté s’allonge tous les jours mais la  plupart  des consommateurs  de  médicaments  chimiques  l’ignorent  la  plupart du temps, comme le dernier « petit » scandale de l’Avandia®, qui a été occulté ou presque par les médias alors qu’il pourrait être responsable de plus de 4 000 attaques cardiovasculaires et de 9 000 défaillances cardiaques annuellement aux États-Unis. Selon l'EMA, l'Avandia® ne devrait plus être vendu en Europe d'ici « quelques mois ». Pourquoi ces délais ?

En  janvier  2010,  l'Afssaps  a  enfin  supprimé  le  Sibutral®,  utilisé  pour  le traitement  de  l'obésité car  il  réduit  l'appétit,  mais  génère  de  nombreux  effets secondaires graves comme l’hypertension artérielle et même des décès en raison de  l'absence  d'un  suivi  cardiovasculaire.  Ces  effets indésirables étaient  connus depuis longtemps, parfois dès la mise sur le marché, ou prévisibles à cause de sa parenté chimique  avec  d’autres  médicaments  aux  effets  indésirables  graves avérés. L'Italie a retiré le Sibutral® de ses pharmacies il y a 8 ans.

Ces « petits » scandales n’ont pas autant mobilisé les médias que celui du Vioxx®, qui était utilisé par environ deux millions de patients dans le monde, il était  retiré  du  marché,  car  on  estimait  alors qu’il était  responsable  d’environ 28 000 attaques cardiaques et décès depuis sa mise en vente en 1999. A présent, nous savons que le nombre d’accidents cardiaques, attaques ou décès, pourrait s’élever à près de 140 000, rien qu’aux États-Unis. Les décès concerneraient 30 à 40 % d’entre eux. Or, nous ne devons pas oublier que ce poison a été choisi en 2003 comme « médicament de l’année » par plus de 6 000 généralistes dans le cadre  du  Medec  qui  récompense  le  médicament  le  plus  « performant »  de l’année sur le plan de la santé.

Tout   cela   pourrait   être   imputé   à   des   erreurs   involontaires,   donc pardonnables,  si  on  n’avait pas  appris  que  le  laboratoire  avait  donné  à  ses visiteurs  médicaux  des  renseignements mensongers.  Les  résultats  d’un  procès qui a eu lieu en 2000 ont bien prouvé la collusion de Merck et de la FDA qui connaissaient  l’existence  des  attaques  cardiaques,  alors  que  le  laboratoire poursuivait la publicité pour son produit le soir à la télévision. Mais en France, où  les  laboratoires  ont  continué  à  le vendre  et  les  médecins  à  le  prescrire, l'Afssaps   a   déclaré :   « Le   risque   de   complication cardiovasculaire   reste cependant  faible  et  n'apparaît  qu'à  long  terme. »  Jusqu’à  combien  de  morts le risque  reste-t-il  « faible » ?  Nous  sommes  habitués  à  ce  genre  de  protection depuis le désastre de Tchernobyl.

En outre, les effets secondaires des médicaments sont souvent décelés avec de  gros  retards,  et  la  liste initiale  de  ces  effets  étant  rarement  exhaustive,  elle peut être remise en cause à tout moment, même des dizaines d’années plus tard. Ainsi,  en  mai  2006,  un  rapport  édifiant  signalait  que  le  Distilbène dont  le scandale est oublié depuis longtemps serait aussi à l’origine d’une véritable série de suicides. La justice a alors demandé une expertise scientifique, car « aucune recherche  approfondie  n’avait  été lancée  sur  ce  sujet ».  Que  faisait  l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) à l’époque ?

Actuellement, c’est le Médiator® qui est sur la sellette, mais il n’est que la partie  visible  de  l’iceberg car l’omerta,  cette  loi  du  silence  imposée  par  une mafia,  concerne  également  la  vaccination  contre l’hépatite  B  dont  on  refuse d’admettre  les  milliers  de  victimes,  celle  contre  le  papillomavirus,  qui a  pris comme  cobayes  des  milliers  de  jeunes  filles,  ou  l’autisme  généré  par  certains vaccins  mais qui  n’intéresse  guère  nos  députés.  Sans  compter  la  « grippette » porcine qui représente un scandale international mais n’a pas fini de faire parler d’elle car les accidents vaccinaux (et non grippaux) se manifesteront peu à peu et pendant longtemps.


Qui  est  ou  sera  responsable  des  accidents ?  Personne  évidemment.  Parfois, certains fabricants sont mis en examen, mais ils s’en tirent toujours à leur grand avantage  et,  surtout,  aucun  des  responsables de  la  santé  publique  qui  laissent faire sans jamais intervenir n’a été inquiété, ni les ministres de la Santé, ni les organismes   chargés   d’évaluer   les   risques   sanitaires   présentés   par   les médicaments, alors qu’ils sont tous grandement complices de la désinformation et des mensonges propagés par les fabricants et les médias.

Il  ne  nous  reste  plus  qu’à  espérer  que  le  grand  public  va  enfin  cesser d’écouter les nombreux experts, juge et partie, qui sont à la solde d’une industrie aussi  aveugle  que criminelle  et  sortira de son autisme  avant  que  de  nouvelles catastrophes ne se manifestent, comme c’est devenu une habitude dans notre pays et même dans le monde.

Tous ces scandales ont de nombreux points communs et une même origine : l’appât  du  gain  au  détriment  de  la  santé.  Cependant,  après  chaque  scandale, d’éminents « spécialistes » nantis de l’absolution générale nous expliquent avec des trémolos dans la voix que les décisions incriminées étaient justifiées par les « données  actuelles  de  la  science »,  d’autant  qu’à  présent,  à  la notion  de « responsable  mais  pas  coupable »   s’est  ajoutée  celle  de  « coupable  mais  pas condamnable ».

Au fil des ans, dans tous les pays, les catastrophes sanitaires connaissent les mêmes  phases de déroulement. L’industrie nous abreuve d’informations  venant de scientifiques corrompus qui produisent des contre-expertises truquées et, alors que  les  rapports  de maladies  et  de  décès  se  multiplient,  nos gouvernants persistent  à  se  référer  aux expertises  sécurisantes,  à  nier  toute  relation  entre  le produit  et  ses  effets  délétères, et  interdisent  aux  scientifiques  contestataires  de s’exprimer en public, n’hésitant pas à discréditer leurs travaux.

De  toute  manière,  tant  que  les  rares  responsables  condamnés  ne  le  seront qu’à  des  amendes,  si importantes  soient-elles,  ils  récidiveront  car  le  risque  est loin  d’égaler  le  bénéfice.  Le  seul  moyen de  les  empêcher  de  nuire  est  de  les emprisonner avec des condamnés de droit commun, comme toute personne ayant commis un crime.

Dans  son  "Carnet  d’un  biologiste",  Jean  Rostand  constatait :  « Je  croyais qu’un savant était un homme qui cherche la  vérité, alors que c’est souvent un homme qui vise une place ». Il est certain que tout scientifique consciencieux se pose des questions d’éthique à chaque moment, mais le consensus scientifique privilégie plutôt les recherches qui ne le perturbent pas trop, alors que le propre de la science devrait être de pouvoir sans cesse remettre en question des idées reçues.  De  la  sorte,  si notre société est loin  d’être  informée,  les  scientifiques eux-mêmes  ne  le  sont  pas  de  manière systématique. D’abord parce  qu’ils ignorent  souvent  ce  qui  ne  relève  pas  de  leur  strict  domaine d’investigation, ensuite parce  qu’ils  n’ont  pas  toujours,  dans  ce  même  domaine,  une  vision univoque de la réalité.

Si une grande partie des scientifiques et des professionnels de santé a perdu toute conscience c’est parce que notre époque est celle de la compétition et de la surconsommation  dans  laquelle  le  profit  règne  à tous  les  niveaux,  et  qu’ils  se sentent  à  l’abri  de  toute  critique  grâce  au  lavage  de  cerveau  infligé  à la population générale.

Il ne faut donc pas compter sur eux pour faire changer les choses, seuls les consommateurs  peuvent agir.  Or,  dans  son  ouvrage  "Le  Meilleur  des  mondes", écrit en 1932,  Aldous Huxley prédisait l'avènement d'une  dictature scientifique dont   les   sujets   en   viendraient   à   abandonner   l'idée même   de   révolution. Visionnaire de génie, il décrivait une dictature parfaite qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader  et  un système de  dépendance  où  les  esclaves,  anesthésiés  par  la consommation  et  les  divertissements, ne se poseraient  aucune  question  et « aimeraient leur servitude ».

En 1961,  lors d’une conférence donnée à Santa Barbara, en Californie, au sujet du contrôle du comportement humain, Aldous Huxley confirmait ses propos et   anticipait :   « Il   existera,   dans   la prochaine   génération,   une   méthode pharmacologique  pour  que  les  gens  chérissent  leur  servitude et  génèrent,  pour ainsi  dire  sans  plaintes,  une  sorte  de  camp  de  concentration  pour  des  sociétés entières,  alors  que  les  peuples   verront  leur  liberté  confisquée,  mais  s’en réjouiront  plutôt,  car  ils seront  dépouillés  de  tout  désir  de  révolte  par  la propagande et le lavage de cerveau prodigué par des méthodes pharmaceutiques. Et cela sera la révolution finale. »

Ne sommes-nous pas, aujourd’hui, dans ce « meilleur des mondes », où les informations   frisent la propagande   et   le   lavage   de   cerveau,   où   nos « gouvernants »  s’érigent  en   maîtres   à  penser et ne  supportent  guère  la contestation, et où le « bon peuple » est ravi de ne plus avoir à réfléchir puisque d’autres, évidemment « plus savants », le font pour lui.

Les citoyens ignorent encore que les grandes écoles et les Académies nous enseignent  le  savoir,  mais pas  la  connaissance  qui  est  un  don  rare  et  inné  et encore moins le simple bon sens, qui semble disparaître peu à peu au cours du parcours  universitaire  pour  laisser  la  place  au  même enseignement  stéréotypé dans toutes les disciplines.

La  religion  et  la  politique  sont  considérées  comme  les  deux  principaux foyers d’endoctrinement, mais  on  peut  leur  ajouter  la  médecine  moderne,  qui n’est  plus  ni  un  art  ni  une science,  comme  elle  le  fut  longtemps,  mais  une véritable religion car la confiance accordée de nos jours au corps médical relève plus du domaine de la foi et parfois même du fanatisme. On ne réfléchit plus, on « croit ».   On   écoute   les   diktats   des   « experts »,   la   plupart   du   temps autoproclames, sans  faire  la  moindre  réserve  quant  à  leur  validité,  oubliant souvent combien  ceux-ci  ont  pu  être démentis  et  ont  même  été  au  centre  de certains scandales au cours des dernières années.

De surcroît, tous les pouvoirs utilisent la peur pour mieux dominer, et ceux qui   font   profession   de   « savoir »   pratiquent   savamment   cette   stratégie parfaitement efficace qui permet d’obtenir la dépendance des citoyens. Comme le disait Machiavel : « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes ».

Cet  instrument  de  manipulation,  qui  permet  d’abolir  tout  sens  critique  et d’exploiter la crédulité des populations en les maintenant dans l’ignorance des faits essentiels de l’existence, a toujours été utilisé, mais à présent il opère sur une plus grande échelle grâce aux multiples moyens de diffusion. Les religions
nous  ont  appris  à  croire  aux  dogmes  sans  chercher  à  les  comprendre.  Nous persistons  à appliquer cette  règle  bien  établie  en  écoutant  les  injonctions  de despotes,   non   plus   religieux  certes,   mais tout   aussi   tyranniques.   Et   le dogmatisme médical actuel pourrait être comparé aux pratiques de l’Inquisition qui  brûlait  tout  ce  qui  dépassait  son  entendement  ou  pouvait  mettre  en  péril l’hégémonie de l’Église catholique.

Le meilleur exemple et le plus récent est celui de la « pandémie » d’hystérie générée  par  la  peur, savamment  orchestrée,  du  modeste  virus  H1N1.  Fort heureusement, nombreux sont ceux qui ont refusé d’être entraînés par cette folie collective,  mais  certains  n’ont  pas  eu  cette  indépendance d’esprit  que  chacun d’entre  nous  devrait  posséder  et  qui  fait  tellement  défaut  au  commun  des mortels.

Alors  que  la  majorité  des  populations  mondiales  a  résisté  aux  menaces gouvernementales et médiatiques, des centaines de milliers de gens se sont tout de même précipités sur les centres de vaccinations, tendant le bras vers l’aiguille vénérée comme s’il s’agissait du Saint-Sacrement, sans se poser aucune question sur la sainteté du rite, se fiant seulement aux  grands prêtres de la religion des vaccins  qui  voulaient  les  protéger  des  atteintes  du  diable,  en  l’occurrence  le virus  de  la  grippe. Les  rites  et  les  dogmes  perdurent,  seuls  les  dieux  que  l’on adore et le diable que l’on redoute ont changé de visage.

Évidemment personne n’a dit que le diable était fabriqué de toute pièce par des  pontifes  à  la  solde  de  l’industrie  qui  nous  menaçaient  depuis  plusieurs années d’une « pandémie » grippale, sans bien savoir laquelle.  Il  est  surprenant  de  voir  que  dans  notre  pays  où  Voltaire  et  Diderot  ont théoriquement détrôné la superstition et le fanatisme, la sagesse n’est guère de mise et les lavages de cerveaux qui vont bon train chez nous causent des dégâts irréparables.

Comme  l’avait  remarqué  le  Dr  Gustave  Le  Bon  dans  son  ouvrage  "Les opinions et les croyances" : « L’immense majorité des hommes ne possède guère que  des  opinions  collectives.  Les  plus  indépendants  eux-mêmes  professent généralement  celles  des  groupes  sociaux  auxquels  ils  appartiennent. »  À  ses yeux,  l'homme  descend  de  plusieurs  degrés  sur  l'échelle  de  la  civilisation  et
devient  un  barbare  dès  qu'il  fait  partie  d'une  foule  organisée.  Il  se  laisse impressionner par des mots, des images qui n’auraient aucun impact sur chacun des individus isolés, mais en foule, il commet des actes contraires à ses intérêts les plus évidents et à ses habitudes les plus connues. Combien d’entre nous ont vraiment des opinions personnelles sur ces sujets et, dans ces cas, combien osent les exprimer ?

Et  le  Dr  Le  Bon  ajoutait :  « L'individu  en  foule  est  un  grain  de  sable  au milieu  d'autres  grains  de sable  que  le  vent  soulève  à  son  gré. »  Nous  sommes comme ces grains de sable soulevés au gré des courants d’« informations » qui tourbillonnent autour de nous et balaient nos idées personnelles.

Or   dans   "De   la   désobéissance   et   autres   essais",   paru   en   1982,   le psychanalyste humaniste Erich Fromm nous prévenait : « L’homme qui ne peut qu’obéir est un esclave [...]. L’obéissance pourrait très bien être la cause de la fin de l’histoire humaine ». Nombreux sont ceux qui pensent de cette manière et s’inquiètent de l’obéissance passive de nos contemporains bien-pensants.

Mais  pour  être  libre,  il  faut  être  informé,  et  la  véritable  information  ne circule, à vrai dire, que dans certains magazines à tirage limité, et sur Internet où elle  est  noyée  dans un  fourre-tout  parfois inextricable.  Aussi,  devons-nous apprendre  à  devenir responsable,  à  ne  pas  céder  à  la  crainte  du jugement  des autres,  à  la  peur habilement  distillée  par  des  pouvoirs  qui  refusent  de  prévoir comment  et  pourquoi leurs  brillantes  inventions  actuelles  deviendront  les calamités de demain, car la simple logique leur échappe.

Quant aux technocrates, à l’instar des cartels de l’industrie, ils ne raisonnent qu’à  court terme  et  refusent  de  prendre  en  compte  les  effets  pernicieux engendrés par leurs décisions actuelles, mais qui n’apparaîtront qu’à long terme. Tous ces profiteurs semblent oublier leurs descendants qui risquent de payer très cher cette inconséquence et ce manque de conscience.

Pourtant, comme le disait Sénèque au IVe siècle avant J.C. : « La sagesse ne demande pas beaucoup d’instruction », et il faut espérer que le bon sens n’a pas totalement  déserté  la  planète,  bien  que, parfois,  il  soit  légitime  de  se  poser  la question.


Heureusement une partie de la population commence à prendre conscience que  tous ceux qui détiennent  un  pouvoir  en  profitent  impunément  et  que  la plupart  des  hommes politiques  sont,  de gré  ou  de  force,  les  otages  des compagnies industrielles qui pourraient influencer leurs carrières.

Toutefois,  la  majorité,  non  seulement  des  Français  mais  aussi  des  populations mondiales,  est ravie de ne pas être informée et ne cherche surtout pas à l’être. Cela  lui poserait  de  nombreux  problèmes, l’obligerait  à  réfléchir  alors  qu’elle n’en a pas la moindre envie, et installerait chez elle des états d’âme, des peurs, des culpabilités et, surtout, risquerait de provoquer la remise en question de tout un système de vie et de pensée.

Comme  l’explique  Noam  Chomsky,  philosophe  radical  de  réputation internationale   et   professeur pendant   plus   de   cinquante   ans   au   MIT (Massachussets Institute of Technology)  : « Les  médias ne représentent qu'une toute  petite  partie  de  la  vaste  machine  de  propagande.  Il  existe  un  système d'endoctrinement  et  de  contrôle  beaucoup  plus  vaste,  dont  les  médias  ne  sont qu'un  rouage : l'école,  l'intelligentsia,  toute  une panoplie  d'institutions  qui cherchent à influencer et à contrôler les opinions et les comportements, et dans une large mesure à maintenir les gens dans l'ignorance. »

Pour sa part, Georges Bernanos avait, lui aussi, prévu ce qui nous attend si nous  acceptons  l’esclavage qu’on  cherche  à  nous  imposer.  « Je  pense  depuis longtemps que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté,  ni  même  les  représailles  et  la  vengeance  qu’elle  s’attire,  mais  la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. Les horreurs auxquelles nous avons assisté, les horreurs encore plus abominables auxquelles nous allons maintenant assister, ne signalent pas que les rebelles, les insubordonnés, les réfractaires sont de plus en plus  nombreux  dans  le  monde,  mais  plutôt  qu’il  y  a  de  plus  en  plus d’hommes  obéissants  et dociles ».  Bernanos  avait  un  don  de  prophéties  car,  à cette époque, la situation était loin d’être aussi préoccupante que de nos jours.

Devant la puissance  financière des  fabricants de  médicaments, pesticides, herbicides,  OGM  et  autres poisons,  et  la  persistance  méprisante  de  leur mainmise sur l’économie et la politique de santé, nous risquons d’être contraints à  développer  la  désobéissance  qui  est  une  arme  que  n’apprécient  ni  les laboratoires  ni  les  gouvernements  qui  les  cautionnent.  Dans  notre  lutte  contre Goliath, le refus d’obéir aux ordres peut être la seule arme efficace.

Toutefois, comme l’avait aussi constaté Gandhi, il est plus facile de croire ce qu’on nous affirme officiellement, de source « sûre », que de s’aventurer dans l’indépendance  intellectuelle.  En  fait,  le conformisme  et  l’inertie  ont  de  tout temps été les plus sérieux obstacles à l’évolution de l’humanité.

Ils sont nombreux à prôner une certaine désobéissance civique si elle peut contribuer  à  sauver  la  Terre et  ses  habitants.  Déjà,  au  milieu  du  XIXe  siècle, David  Henry  Thoreau,  enseignant,  philosophe, poète  américain  et  écologiste avant l’heure prônait la résistance individuelle à un gouvernement qu’il jugeait injuste,  qui  tolérait  l’esclavagisme  et  menait  une  guerre  de  conquête  au Mexique,  contre tous  les  droits  individuels  et  contre  toute  morale.  Il  est considéré  comme  à  l'origine  du  concept contemporain  de  non-violence.  Dans son essai "La Désobéissance civile", Thoreau affirmait ses  positions politiques et idéologiques  et  proposait  une  philosophie  de  résistance  non  violente  qui influença des figures politiques, spirituelles ou littéraires telles que Léon Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King.

Olivier  Clerc,  écrivain  et  philosophe,  s’est  servi  de  la  « métaphore  de  la grenouille » pour démontrer  la  situation  actuelle.  « Imaginez  une  marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé  sous  la  marmite,  l'eau  chauffe  doucement.  Elle  est bientôt  tiède.  La grenouille  trouve  cela  plutôt  agréable  et  continue  à  nager.  La  température continue  à  grimper.  L'eau  est  maintenant  chaude.

C'est  un  peu  plus  que n'apprécie  la  grenouille,  ça  la  fatigue  un  peu,  mais  elle  ne  s'affole  pas  pour autant. L’eau est cette fois vraiment chaude. La  grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors  elle supporte et ne fait rien. La température  continue  à  monter  jusqu'au moment  où  la  grenouille  va  tout simplement  finir par cuire et  mourir. Si la même  grenouille avait été  plongée directement dans l'eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de  patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite.  Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une  manière suffisamment lente, il échappe à la  conscience  et  ne  suscite  la  plupart  du temps aucune  réaction,  aucune opposition, aucune révolte ».

Olivier  Clerc  compare  l’humanité  actuelle  à  cette  grenouille.  Il  est  exact que les prédateurs ne manquent pas, mais les victimes sont consentantes, soit par ignorance,  soit  par  négligence.  Et  il  pose la  question :  « Sommes-nous  déjà  à moitié  cuits ? »,  puis  il  conseille :  « Alors  si  vous  n'êtes  pas, comme  la grenouille, déjà à moitié cuits, donnez le coup de patte salutaire avant qu'il ne soit trop tard. »

Seule une petite minorité de personnes dont la conscience est bien éveillée est capable de donner le coup de patte salutaire. D’autres, bien que partisans de ce changement d’un monde qui n’est plus supportable, pratiquent la politique de l’autruche  car  ils  estiment  qu’il  est déjà  trop  tard, que  de  toute  façon,  ils sont trop  peu  nombreux  pour  avoir  un  impact  quelconque,  et  qu’il  faudrait une majorité de gens impliqués dans ce processus pour faire pencher la balance.

Ils  ignorent  sans  doute  que  toutes  les  révolutions  sont  nées  de  petits groupes  de citoyens déterminés,  ce  qui  est  logique,  puisque  selon  la  physique quantique nous sommes tous reliés.

Nous  n’avons  ainsi  plus  beaucoup  de  choix :  ou  bien  nous  pratiquons  la désobéissance  civile  ou bien  nous  rejoignons  les  esclaves  qui  chérissent  leurs bourreaux, annoncés par Aldous Huxley.



Sylvie SIMON

Pour développer son info :

Site Officiel de SYLVIE SIMON : Journaliste/ Ecrivain :
 http://www.sylviesimonrevelations.com/

La Nouvelle Conscience Planétaire, Des Révélations Sur Les Silences Médiatiques & Les Scandales Sanitaires

L'interview de Sylvie Simon :
http://www.sectes-infos.net/Sylvie_Simon.htm
Sylvie Simon est écrivain et journaliste, auteur de plusieurs ouvrages sur la vaccination et les médecines alternatives. Elle consacre son temps à la diffusion de vérités dérangeantes au sujet des liens entre les intérêts financiers, la santé publique et la politique. Dans cette interview, elle exprime sa révolte devant une politique d'état liberticide.


Articles de Sylvie Simon  sur AgoraVox :
http://www.agoravox.fr/auteur/sylvie-simon

LA « PANDÉMIE » ACTUELLE par Sylvie SIMON :
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/67/15/03/Sylvie-Simon-La-pandemie-actuelle.pdf
« Il n'existe aucune preuve que le vaccin contre la grippe soit capable de prévenir ou de diminuer la maladie. Ses fabricants savent bien qu'il ne sert à rien, mais continuent néanmoins à le vendre », estime le Dr Anthony Morris, virologiste qui fut chef du contrôle des vaccins à la FDA. Nombreux sont ceux qui en sont avertis, aussi l'industrie pharmaceutique doit-elle trouver de nouveaux moyens de vendre ses vaccins à tout le monde.
Le plus efficace est la peur. Mais la peur doit s'appuyer sur quelque base et une « pandémie » est le meilleur support de la frayeur mondiale. Aussi, depuis plusieurs années, on nous répète que nous sommes menacés de mort par une « pandémie » de grippe aviaire, ce qui fait vendre les vaccins de la grippe saisonnière. Or, actuellement, c'est la grippe porcine qui a déclenché une véritable « pandémie », non de grippe mais d'hystérie.

A mentionner pour le pluralisme de l'info, entre autres, un site de détracteur :
[un "peu" détraqué par le néolibéralisme d'ailleurs et très sourcilleux sur l'antisémitisme... avis de J-J] :
http://www.conspiracywatch.info/Qui-sont-vraiment-les-conspirationnistes-anti-vaccination_a472.html

Un petit tour sur le versant politique
[et on peut trouver d'autres éléments pour aiguiser son sens critique...]  :
Sylvie Simon et le Dr Gardénal candidates aux législatives :
http://www.votresante.org/news.php?dateedit=1179214471&page=
La France en action
:
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_France_en_action

samedi 12 mars 2011

La crise financière européenne expliquée à Paulo

By kitetoa

Source:
Reflets





Exercice difficile : vulgariser une tempête financière profonde. Mieux… Faire de la prospective pour expliquer la suite de cette crise. Ses implications et son évolution. Paulo  est loin d’être con. D’ailleurs, il a pour lui le bon sens près de chez vous qui fait tant défaut aux politiques qui le gouvernent. Paulo, je le croise tous les matins au Bar des Amis. Il me raconte les dernières nouvelles du monde et du village. Nouvelles qu’il passe dans un filtre très personnel, ce qui les pimente. Petit souci toutefois, Paulo n’a jamais fait d’économie et en plus, rien que pour l’emmerder, les gens qui trempent dans ce secteur, les financiers et les politiques, ont mis en place un jargon que Paulo ne comprends pas. Ce n’est pas un hasard, c’est fait pour. Essayons tout de même.

Mon cher Paulo, je vais te résumer en 2000 signes l’origine de la « crise de l’euro » dont tu suis l’évolution dans les pages éco du Parisien. Ce qui représente un feuillet et demi. C’est à dire un court, très court article dans un journal. Attention, top départ :

Les ménages s’endettent terriblement. Les banques inventent des produits financiers improbables, prêtent comme des folles. Les taux baissent, les banques se sentent mal. Elles ne se prêtent plus en entre elles. Certaines ont fait des folies. Du coup, elles invoquent l’incantation magique qui leur permet de gagner même quand elles perdent : « risque systémique ». Les Etats renflouent les banques. Comme la récession est déjà là, les Etats n’ont plus d’argent. du coup ils s’endettent. Terriblement. In fine, les marchés trouvent que les emprunts d’états ne sont plus si sûrs que ça. Il y a un vague risque de défaillance. Ou de rééchelonnement. Bilan, les Etats sont obligés d’emprunter à des taux de plus en plus élevés. La dette s’envole. Plus personne ne veut des titres des pays les plus endettés et dont l’économie est la plus bancale. D’abord la Grèce, puis l’Irlande. Les prochains, dans un ordre indifférent, sont le Portugal, l’Espagne, la Belgique, l’Italie, la France, la Grande-Bretagne, etc. Pour sauver ces deux pays, l’Europe met en place un fonds de soutien assez vaste avec le FMI. Mais ça ne suffit pas. Et les agences de notation s’inquiètent à juste titre (elles ne sont pas parfaites, mais cette fois, elles ont raison) de la situation. Le plan de soutien n’a pas suffi. Pas plus que les plans d’austérité mis en place par ces pays. Du coup, elles baissent ou menacent de baisser la notation de leur dette. Genre : « on a pas confiance ». Le cercle vicieux est en place. A ce stade, on en est au constat suivant : « les plans d’austérité et de soutien ne sont pas suffisants ». Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire ? se disent les politiques.  Lumière : la Banque centrale européenne va racheter la dette de ces pays faibles. Ca redonnera confiance aux marchés (« les marchés » ça n’existe pas et l’on ne peut donc pas « redonner confiance aux marchés », mais c’est une autre histoire).
Et voilà mon Paulo. C’est là que l’on en est aujourd’hui. Et c’est à partir de ce point que je vais t’expliquer la suite, qui n’est pas encore écrite (par la presse).

Faillite, planche à billets et guerre civile
Restons dans le registre de la vulgarisation. Que peut faire un état lorsqu’il est dans une situation financière grave ? Connait-on un exemple d’état qui aurait fait faillite et aurait, comme une entreprise, disparu de la carte ? Non. Il lui faut donc trouver des solutions. La première consiste à faire tourner la planche à billets. Créer de la monnaie. C’est son privilège. Sauf que dans le cas de l’Europe, ce n’est pas possible. Les Etats en créant une monnaie unique ont perdu cette prérogative.
- Et la Banque centrale européenne, elle ne pourrait pas le faire ?
Et bien non, mon cher Paulo, elle ne peut pas. Premier point, les banques centrales ont un rôle évident : maintenir la stabilité des prix. Elle rechignent à faire marcher la planche à billets, ce qui crée de l’inflation. Mais pas de panique, c’est un crédo qui passe généralement à la trape lorsque la situation devient trop grave. Reste que dans le cas précis de l’Europe, le traité de Lisbone interdit à la BCE de prêter aux états pour qu’ils renflouent leurs finances défaillantes.
« Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales des instruments de leur dette est également interdite »
- Mais alors, que faire ?
Il n’y a pas cinquante solutions mon bon Paulo. La BCE est déjà engagée dans cette voie. Elle rachète la dette des pays en difficulté comme la Grèce ou l’Irlande. Mais ça pose un problème. Cette dette vient grossir ce que l’on appelle dans son bilan les « actifs ». En fait, le mot est trompeur. Bien sûr ce sont des actifs. Des choses qu’elle détient (à classer à son actif donc). Mais dans l’esprit du commun des mortels, c’est plutôt des « engagements ». Reprenons : la BCE se retrouve avec dans ses comptes des montants importants de dette. Le but est de« rassurer les marchés ». Dans les faits, cela ne les rassure pas du tout car il y a d’autres « fondamentaux », c’est à dire des points macro-économiques (macro-économie : économie d’un pays, par opposition à celle des entreprises, la micro-économie) importants qui sont inquiétants. Une fois qu’elle détient ces montants, la BCE les inscrit à son passif. Au prix de cette dette. Mais à y regarder de plus près, on comprend que cette dette ne peut être écoulée à ce prix sur les marchés. Elle est donc forcée de porter ces montants jusqu’à que la situation soit réglée, sans quoi, ces montants seront fortement dépréciés.
L’autre solution, que l’Europe est en train de mettre en place à marche forcée, est d’adopter à l’échèle des pays, des plans d’austérité drastiques. Je n’ai plus d’argent ? J’en dépense moins. Et c’est là que ça devient dangereux. Toutes ces méthodes ont été éprouvées par le passé et ont produit les mêmes effets. Ca n’a visiblement pas servi d’exemple.
Les projets en ce sens en Grèce ont déclenché des manifestations tendues. En Irlande également, la tension monte.


Mais c’est en Grande Bretagne que l’on a eu le meilleur exemple de ce qui se profile.
Lors de manifestations d’étudiants contre la hausse drastique des frais universitaires, des manifestants s’en sont pris à la Rolls du prince Charles et de sa femme. Pour mémoire, bien que la Grande Bretagne soit une monarchie, le monarque ou son fils n’ont aucun pouvoir. Ils sont en revanche un symbole fort du pays. La presse a trouvé cet acte choquant.
Mais si les étudiants s’en prennent à un symbole du système, du contrat social, c’est probablement qu’ils ont été poussé à bout. Il ne s’agit pas de tenter d’excuser les actes. Mais de comprendre comment des gens ordinaires, qui jusqu’ici auraient défendu becs et ongles leur futur roi, en viennent à enfariner sa belle voiture.
Trop d’austérité génère une baisse très importante du pouvoir d’achat. Un tel problème se transforme rapidement en manifestations, en actes de violence, parfois en guerre civile ou en révolution.
Tu vois Paulo, si ça se trouve dans deux ans, tu seras dans la rue, avec des piques. Les politiques d’austérité que mettent en place les dirigeants reviennent finalement à faire payer la population pour les risques inconsidérés pris par le secteur financier et les gouvernements.
Une situation qui peut s’avérer explosive si le secteur financier et les politiques ne donnent pas l’exemple.
Or à quoi assiste-t-on ?
- A l’inverse ?
Mais oui, Paulo, tu l’as bien compris.

Too big to jail ?

Les bonus continuent de pleuvoir. Ce n’est pas très grave parce que même si les traders et autres directeurs de banques faisaient don de ces bonus aux pays en crise, cela ne les sauverait pas. En revanche, le high frequency trading continue de marcher à plein tube (sur la tête), préparant la prochaine crise qui risque, elle, d’être bien plus grave que celle que nous connaissons. Mieux… Depuis un moment, les institutions financières pleurnichent dans les jupons des gouvernements : ouin-ouin, ça va mal, si vous ne nous donnez pas des sous, on va faire faillite et là, le risque systémique est évident.
- C’est quoi ce risque systémique ?
Alors là, ça c’est très simple mon Paulo. Tellement simple, que même un président ne comprenant rien à l’économie peut le comprendre. Nicolas Sarkozy a beau dire : « inutile de réinventer le fil à couper le beurre. Toutes ces théories économiques… moi-même, parfois je suis un peu perdu. Ce que je veux c’est que les choses marchent » , il comprend très bien le sens de l’expression « risque systémique ». Cela veut dire que, comme les banques se prêtent entre elles, si l’une d’entre elles, assez grosse, fait faillite, les autres tomberont comme des dominos. D’où l’expression « too big to fail » (trop grosses pour qu’on les laisse tomber). Celles qui sont TBF, doivent être sauvées coute que coute. Un peu comme un pays en faillite. Sans quoi, on aurait droit à un chômage massif, une récession profonde, des insurrections, des révolutions. Bref, toutes sortes de choses qui sont mauvaises pour le business et pour les politiques.

Tu me suis toujours ?
Bref, les institutions financières obtiennent des sous de l’état (donc de ton portefeuille à toi) pour être sauvées d’une faillite tout à fait méritée (connais-tu un secteur où les entreprises sont régulièrement sauvées de la faillite après de mauvaises décisions ?). Ensuite, elles vont se financer à un taux proche de zéro pour cent (les banques centrales ont baissé leurs taux pour relancer l’économie et redonner des liquidités aux banques. Cet argent, elles le prêtent autour de quatre pour cent. Tout bénéfice. L’argent quasi gratuit peut ensuite être réinvesti sur les marchés via des algorithmes qui engrangent de confortables bénéfices sur les acteurs plus lents, c’est à dire toi, mon Paulo, à qui les mêmes banques proposent de faire« fructifier » ton argent sur lesdits marchés.
Que l’on soit clairs, entre nous, mon Paulo, quand le banquier te dit qu’il va faire fructifier ton argent sur les marchés, ce n’est pas à toi qu’il pense, mais à lui. Plus il y a de particuliers escargots, plus ses algos pourront se goinfrer.
Mais revenons à la crise. Elle va s’accentuer dans les mois à venir. 2011 ne va pas être de tout repos. Tout le monde a beau répéter que tout va bien, que l’euro ne sera jamais abandonné, pas plus que les pays membres de la zone, les pays faibles seront obligés de faire appel aux autres. Ceux qui peuvent encore les aider.
L’Europe sera donc forcée d’augmenter son fonds de soutien. Elle vient déjà de le pérenniser après avoir dit que le premier, devant durer jusqu’en 2013 était suffisant. Ce n’est pas fini, il va falloir lui donner plus de force.
Elle peut aussi décider de changer les règles et de faire tourner la planche à billets. Dans ce cas, l’euro plongera probablement face au dollar. Mais c’est une autre histoire. Et elle n’est pas certaine, si l’on se penche sur la situation économique réelle des Etats-Unis.
Autre petit souci mon Paulo, la confiance. Ce n’est pas encore le cas en France, mais si tu regardes la Grèce ou l’Irlande, les dépôts (l’argent que les gens ou les entreprises mettent en banque) fondent. Logique. Il n’y a pas de raisons pour que les particuliers ou les entreprises aient plus confiance en leurs banques en quasi-faillite que « les marchés ». Du coup, elle s’affaiblissent encore plus. Et ça, c’est mauvais pour l’économie.

C’est qui « les marchés » ?

Je sais, Le Parisien t’assène à longueur de temps que « les marchés n’ont plus confiance », qu’il faut les « rassurer ». C’est troublant. C’est qui ces marchés ? Les marchés, c’est personne. Ca n’existe pas. Pour commencer il y a autant de types de marchés que de bulles dans la bouteille de champagne du trader fêtant son bonus. Des marchés d’actions, des marchés d’obligations, de matières premières, de taux, de futures, des marchés ouverts, des marchés fermés, des marchés gris, des marchés opaques,… Bref…
Maintenant, la confiance desdits marchés… Les politiques se plient aux diktats des marchés. C’est du moins ce que l’on peut lire ici ou là. Il faut leur « redonner confiance ».
Ca se traduit par plus de libéralisme, de dérégulation, plus d’austérité, de privatisations. Tout le monde (surtout les clients) ont compris comment ça finissait. Les retraites américaines (par capitalisation) fondent comme neige au soleil avec l’évolution de la crise, les trains britanniques ont plus d’accidents que ceux de la SNCF, mais pourquoi conserver des règles aussi contraignantes alors que l’on peut « déréguler » pour « fluidifier ». Regarde mon Paulo, la dérégulation du secteur de l’électricité en France comme ça a bien marché. Tes copains qui sont passés chez Poweo, ils sont content comme tout. Ceux qui ont choisi le dégroupage total pour leur ligne téléphonique, ils sont pas heureux ? Quand il y a un problème, FT et leur fournisseur se renvoient la balle dans un jeu de ping pong infini.
Mais les marchés, ils n’ont pas confiance. Et ils ne n’en auront jamais.
- Ah ?
Ben oui mon Paulo, personne ne peut « rassurer les marchés ». Les marchés carburent au risque. Pas de risque, pas de bénéfices. Lorsque qu’on ne l’annonce pas, les marchés réclament de la rigueur. Lorsqu’elle est annoncée, les marchés craignent une récession.
Regarde le plan de soutien à la Grèce. C’est un bon exemple. Tu me diras, cet exemple, les pages éco du Parisien ne te l’on pas communiqué. Je sais, c’est normal. C’est un peu iconoclaste.
Pour t’en parler, je dois avant tout t’expliquer ce que sont les CDS.

C’est une sorte d’assurance que « les marchés » achètent pour se prémunir en cas de faillite. Ca marche pour les entreprises, les banques, les états…
Attention mon Paulo, c’est un marché très spéculatif et il faut le lire avec précaution. Pour autant, ce que tu dois retenir, c’est qu’il reflète la véritable confiance des « marchés » dans un pays, dans une entreprise.
Du coup, si tu vois que les CDS de la France s’envolent, c’est que « les marchés » pensent que le risque de faillite  augmente. Dans le cas d’un pays, on ne peut pas parler de faillite. Défaut serait plus juste. Un pays arrête de payer le remboursement de sa dette. Il fait défaut. Dans ce cas, tout le monde se réunit, le FMI, ses créanciers, la banque mondiale, le club de Paris, etc. On s’assoit autour d’une table et un an plus tard, on annonce un rééchelonnement de la dette. Certains investisseurs en sont de leur poche, mais les choses rentrent dans rang.
Bref, les CDS… Avant l’annonce du plan de soutien à la Grèce, les CDS de ce pays étaient à 954 points de base. Ils viennent d’atteindre aujourd’hui 1008.69 points de base. Et ce, en dépit des milliards largués par l’Europe et le FMI pour « redonner confiance aux marchés ». En dépit également des multiples déclarations des politiques sur la solidarité européenne sans failles.
Pour ton information personnelle, je rajouterai que les CDS de la France ont crevé leur plafond ces derniers jours.
Pas très bon signe pour la suite. Mais l’année 2011 sera radieuse. J’en veux pour preuve le volontarisme forcené de notre président. L’homme qui a annoncé la refondation du capitalisme mondial, la fin des paradis fiscaux, des bonus indécents et on en oublie forcément.
Pour finir, mon bon Paulo, je vais citer Henry Ford (tu sais, les voitures…) : « It is well enough that people of the nation do not understand our banking and monetary system, for if they did, I believe there would be a revolution before tomorrow morning ».

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jeudi 10 mars 2011

Privilèges

Hervé Kempf : « Il est vital pour l’oligarchie de maintenir la fiction d’une démocratie »


Par Linda Maziz (10 mars 2011)
Les puissances d’argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entravées. Pour Hervé Kempf, journaliste et essayiste, si nous voulons répondre aux défis du 21e siècle, il est impératif de revenir en démocratie. Et mettre fin à l’oligarchie, régime actuel qui maintient les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques.

Basta ! : Pourquoi affirmez-vous que nous ne sommes plus en démocratie, et pas encore en dictature, mais dans une « oligarchie » ?
Hervé Kempf : Dans les pays occidentaux, l’évolution du capitalisme ces 30 dernières années a provoqué une considérable augmentation des inégalités. Elle a conduit à détacher encore plus le groupe des très riches du reste de la société. Ce groupe a acquis un pouvoir énorme, qui lui permet de contrôler les grands choix collectifs. Derrière l’apparence d’une démocratie représentative, le destin de la collectivité est déterminé par un petit groupe de gens, la classe oligarchique.
Le régime oligarchique actuel se caractérise par une extension du pouvoir des acteurs économiques, bancaires et financiers. Et par un affaiblissement du pouvoir relatif de l’État. L’histoire récente l’illustre clairement, avec les exemples de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande : ce sont désormais les spéculateurs, les banques, les fonds de pension qui décident des politiques économiques de ces pays. Le dénouement de la crise financière montre également la disproportion entre le pouvoir des États et celui des agents privés. Le système financier est sauvé fin 2008 par l’engagement des crédits et de l’épargne publics. Éviter l’effondrement du système était nécessaire. Mais on est en droit d’attendre que la puissance publique reprenne le contrôle des agents financiers qui avaient conduit à la crise par leur comportement irresponsable. Cela n’a absolument pas été le cas. L’autonomie de décision du secteur bancaire a été largement préservée. Les tentatives de régulation ne corrigent qu’à la marge les dysfonctionnements et les comportements spéculatifs.

L’oligarchie désigne à la fois une réalité sociologique et un système politique. Comment fonctionne cette élite puissante et fortunée ?
Une des caractéristiques du régime oligarchique est l’imbrication étroite entre les cercles dirigeants politiques et économiques. Alors que l’un des principes fondamental de la démocratie est la séparation : d’un côté les élus, les hauts-fonctionnaires, les membres des cabinets ministériels et de l’autre les dirigeants des banques et des grandes entreprises. Ils ne doivent pas être adversaires, au contraire, c’est important qu’une société démocratique ait une activité économique prospère. Mais en démocratie, les affaires privées relèvent d’une autre logique que les affaires publiques. Or on observe aujourd’hui une fusion des deux systèmes de gestion. Ceux qui sont en charge des affaires publiques ont beaucoup moins le souci de l’intérêt public. Ou plutôt, ils ont le souci que la gestion des intérêts publics n’entre pas en contradiction avec la préservation des grands intérêts privés. On observe aussi un constant va-et-vient, du point de vue des acteurs, entre les milieux de la haute décision publique et ceux des grandes entreprises ou de la banque.

Le glissement de la démocratie vers l’oligarchie ne s’est pas fait brutalement, mais plutôt de manière insidieuse...
Cela s’est opéré avec le creusement progressif des inégalités – dont on a véritablement pris la mesure ces dernières années. Tout le discours de l’oligarchie consiste à préserver la fiction de la démocratie. Il est vital pour le maintien d’un système inégalitaire que le peuple continue à croire qu’il est en démocratie, que c’est lui qui décide. Aujourd’hui, une partie de la classe dirigeante est cependant en train d’abandonner l’idéal démocratique et aspire plus ou moins ouvertement à un régime totalitaire. Il n’y a qu’à voir le nombre de capitalistes en admiration devant le régime chinois, parce qu’il atteint des taux de croissance économique records grâce à un gouvernement autoritaire.

L’oligarchie témoigne d’une conscience de classe aiguisée, d’une communauté sociologique solidaire. Mais, face à l’oligarchie, pourquoi une telle passivité, une telle apathie collective ? Pourquoi ne se rebelle-t-on pas ?
L’évolution du capitalisme s’est accompagnée d’une transformation majeure de la culture collective. L’individualisme s’est exacerbé à un point sans doute jamais vu. Il forme aujourd’hui le fond de notre culture, de notre conscience collective, de notre façon d’être. C’est ce qui cause notre faiblesse et notre incapacité à nous rebeller. L’individualisme fragmente la société. Il nous paralyse et nous handicape face à des gens qui, même s’ils sont peu nombreux, « jouent collectif » et sont très cohérents.
Pour dépasser cela, il faut nous affranchir d’un conditionnement extrêmement fort des médias, et particulièrement de la télévision. Elle est devenue si quotidienne et banale, on ne se rend même plus compte à quel point elle modèle et diffuse la culture collective. Le système de valeurs qu’elle projette, avec la publicité, est individualiste, axé sur la consommation, et n’invite pas à intervenir dans la sphère publique.

Sommes-nous indifférents à ce qui est en train de se passer ?
Il y a, dans une large part des classes moyennes, un conservatisme fondé sur la crainte. Elles savent que les mécanismes de la démocratie sont très affaiblis, que la situation générale se délite, que les institutions de solidarité collective sont mises à mal. Mais elles estiment que le capitalisme finissant et l’oligarchie leur garantissent une certaine sécurité face à l’ébranlement du monde. Après tout, cet ordre existant, bien que très critiquable, nous assure un confort qui pourrait être perdu en cas de changement majeur. Mais la situation ne peut pas rester stable. La sécurité actuelle est une fausse sécurité. Si l’on n’agit pas, si le sentiment d’indignation exprimé par les lecteurs de Stéphane Hessel ne se transforme pas en engagement, les oligarques, face à la montée de la crise sociale et écologique, nous entraîneront dans un régime de plus en plus autoritaire. Un régime qui affaiblira le confort, mais aussi la liberté et la dignité de chacun.

L’enjeu politique le plus immédiat est-il de « dé-financiariser » l’économie et de reprendre le contrôle du système bancaire ?
Oui. L’un des leviers essentiels pour revenir en démocratie – et pour donner des capacités d’action au politique – est d’affaiblir cette puissance financière. Il faut reprendre le contrôle, par des règles que les spécialistes de la finance connaissent bien : séparation des activités spéculatives et des activités de dépôt, gestion collective du crédit, taux de réserve obligatoire pour les banques… On peut aussi envisager la socialisation d’une partie du secteur bancaire.
Autre enjeu crucial : réduire drastiquement les inégalités. Cela est indispensable pour que notre société ait les moyens de se transformer, de s’orienter vers une politique écologique de la ville, de l’énergie, des transports. Il faut développer des activités moins destructrices de l’environnement, et moins tournées vers la production matérielle, comme l’éducation, la santé, la culture. Des activités qui ont un impact écologique plus faible, mais qui sont beaucoup plus riches en termes de lien social et de création d’emplois. Et la démocratie est fondée sur un principe d’égalité. Or aujourd’hui, certains sont dans une telle position de richesse qu’ils peuvent influencer très largement la décision collective. Par des activités de lobbying, par le financement des campagnes des candidats, par le contrôle des médias, autant d’actions qui conditionnent les esprits.

Comment réagit l’oligarchie face à la crise écologique ?
La crise écologique crée une contrainte historique tout à fait nouvelle et impose une véritable transformation de nos sociétés occidentales, de nos modes de vies. Notre économie repose sur un accroissement continu de la consommation, et nous savons pertinemment que cette course à l’enrichissement matériel ne peut se poursuivre indéfiniment. En termes de prélèvement des matières premières ou de recyclage, nous avons atteint les limites de la biosphère. Et les pays émergents revendiquent légitimement d’être traités sur un pied d’égalité avec les pays occidentaux, en terme d’accès aux ressources et de consommation. Historiquement, nous allons vers une convergence des niveaux de vie. La situation écologique ne permet pas que cette convergence se fasse par un alignement sur le niveau de vie occidental. Celui-ci doit changer, ce qui se traduira par une baisse du niveau de vie matériel. C’est le défi majeur de nos sociétés. L’oligarchie ne peut pas le relever.

Pourquoi en est-elle incapable ?
Pour l’oligarchie, il est vital que croissance économique et promesse d’augmentation de la consommation matérielle soient considérées comme un objectif absolu. C’est la condition pour que les inégalités actuelles restent acceptables : la croissance du PIB est censée permettre l’élévation du niveau de vie de tous. La question écologique est donc toujours minorée et la critique de la croissance considérée comme absurde. Il est essentiel que la délibération collective porte sur ces questions, qui sont la clé d’un avenir pacifique. La démocratie est le seul moyen de parvenir à cette transition, qui doit être réfléchie et choisie collectivement, dans une logique de réduction des inégalités.

Propos recueillis par Linda Maziz


À lire : Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Éditions du Seuil, 2007 et Pour sauver la planète, sortez du capitaliste, Éditions du Seuil, 2009.

Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Éditions du Seuil, 14 euros.
Site d’Hervé Kempf : www.reporterre.net

mardi 1 mars 2011

Salah Hamouri : l’Elysée ne tient pas ses promesses !



Le 29 juin dernier, Jean-David Levitte, Conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, recevait Denise Hamouri rue de l’Elysée. J’accompagnais cette dernière. Suite à l’entretien où des propos nouveaux étaient tenus, un communiqué (ci-joint) était publié et mis en ligne sur le site de Salah Hamouri. Jean-David Levitte devait me téléphoner aussitôt pour me demander de retirer celui-ci du site, compte tenu (sic) de la réaction de l’Ambassadeur d’Israël en France et, que s’il confirmait ses dires, c’était dans l’intérêt de Salah que de le retirer. Aussitôt demandé, aussitôt fait. Mais, comme vous le verrez, cet engagement n’a plus lieu d’être : il tenait des propos "nouveaux" sur le cas de Salah et l’attitude de la France à l’égard de notre compatriote. Il prenait des engagements. Aucun n’a été tenu. C’est pourquoi nous rendons public ce communiqué. Bonne lecture ! Et continuons plus que jamais, pour Salah. Bientôt opération "Attaque Facebook"... Cordialement.
Jean-Claude Lefort.


Communiqué
:

Madame Denise Hamouri, la mère de Salah, accompagnée de Jean-Claude Lefort, a rencontré hier lundi 28 juin, rue de l’Elysée, Jean-David Levitte, Conseiller diplomatique du Président de la République, en présence de Nicolas Galey, Conseiller technique sur le Proche et le Moyen-Orient.

Le Conseiller diplomatique a indiqué d’emblée que le Président Nicolas Sarkozy aurait une égale attention et une même détermination pour obtenir la libération de Gilad Shalit et de Salah Hamouri. Pour le Président, les deux jeunes sont des Français et il les défendait également.

S’agissant de Salah Hamouri il a été noté par le Conseiller que l’acte d’accusation du tribunal militaire israélien ne mentionne aucun fait ni acte répréhensibles mais une simple « intention », notion qui relève d’un pur arbitraire.

C’est pourquoi, selon le Conseiller, parmi les 2.000 Français détenus à l’étranger, le Président concentre son attention sur les cas les plus patents d’iniquité et donc qu’il serait mobilisé en cela pour obtenir la libération de Salah Hamouri qu’il a déjà, selon le Conseiller, demandé à plusieurs reprises auprès des actuelles autorités israéliennes.

Il a été fait observer au Conseiller que ses paroles dénotaient assez nettement de ce qui avait été dit jusqu’ici sur Salah Hamouri et que si les deux cas signalés étaient traités sur un pied d’égalité il était alors difficilement compréhensible que, par exemple, le Président n’ait toujours pas encore reçu la famille de Salah Hamouri à la différence notable de la famille Shalit.

Il a également été relevé que Salah Hamouri n’a pas été jugé par un « Etat de droit » mais par un Etat en guerre qui condamne par ses tribunaux militaires ceux-là mêmes qu’il occupe quand bien même ils étaient innocents des charges accusatrices qui pesaient sur eux ou bien qui procédaient de l’arbitraire pur et simple. Il a été redit que de ne pas avoir pris en compte et d’emblée ce fait majeur constituait une faute grave.

De même il a été signalé que ce même Etat ne libère jamais, quand il y a échange de prisonniers, de Palestiniens originaires de Jérusalem.

Il a été rappelé la demande de remise de peine déposée par Salah, au 2/3 tiers de sa peine accomplie, s’est soldée par un net refus de la Commission ad hoc et par une aggravation des charges portées contre lui.

L’idée israélienne selon laquelle Salah, qui est innocent, devrait en plus présenter des « excuses » étant une humiliation inacceptable ajoutée à l’injustice lourde qui le frappe depuis plus de 5 ans.

De même il a été redit hautement que l’expulsion de Salah ou son extradition en France était clairement refusée. Salah a le droit comme tout être humain de vivre là où il le souhaite.

Le Conseiller a insisté sur le fait que rien ne sera de nature à faire cesser la demande de libération de Salah alors qu’il a déjà passé plus de 5 ans en prison pour une « intention » supposée. Il a indiqué aussi que de nouvelles initiatives seront prises auprès des autorités israéliennes. L’entretien a duré ¾ d’heure.

Commentaires

Le changement de ton et d’approche énoncés verbalement au cours de cet entretien sont, sans aucun doute possible, à mettre au compte des multiples initiatives prises dans un esprit de large rassemblement pour demander la libération de Salah. Malgré les affirmations du Conseiller, on peine à voir une même volonté pour libérer Salah Hamouri et Gilad Shalit.

Le Président de la république vient d’écrire aux parents de Gilad à l’occasion du 4ème « anniversaire » de sa capture.

Quand donc écrira-t-il à Monsieur et Madame Hamouriune lettre se terminant, ainsi que celle envoyée aux parents de Giladle 25 juin dernier, par ces mots : « Je mesure la lassitude, la colère ou l’incompréhension que, jour à après jour, depuis le 25 juin 2006, vous ressentez. La dignité dont vous avez fait preuve, votre courage et votre action de tous les instants ont été exemplaires. Vous pouvez être fiers de vous et de votre fils, comme nous le sommes de Gilad et de ses parents. »

Pour l’heure pas une seule lettre n’a été envoyée à la famille Hamouri qui n’ont pas été reçus à l’Elysée et jamais le nom de Salah n’a été cité publiquement par le Président. Et si les demandes de libération ont été faite de manière répétée il est difficile de dire qu’elles aient été efficaces.

Il peut être tiré clairement une conclusion de cette rencontre : l’écho grandissant de l’exigence de la libération de Salah ne peut plus être ignoré en haut-lieu. C’est dire si notre mobilisation rassembleuse, jour après jour, a été utile. Elle doit être poursuivie. Salah est victime et non coupable.

Aucun fait ne lui est reproché – une intention supposée n’étant pas un fait – et donc certainement pas d’avoir voulu faire exploser la voiture du rabbin Yossef Ovadia et d’avoir lancé un cocktail Molotov contre un véhicule de l’armée israélienne comme on a pu le lire dans une dépêche mensongère d’« Associated Press » publiée hier soir, à 21 h 17, par « Yahoo ».

Salah a déjà passé plus de 5 ans en prison pour rien. Sa libération ne dépend pas de lui mais de ses geôliers. Pour Gilad Shalit, le Président a demandé à de multiples occasions sa libération sans condition. Pourquoi devrait-il en aller autrement pour Salah ?

Salah a encore 16 mois de prison à faire. Nous ne nous résignons pas à l’idée qu’il ne soit pas libéré bien avant. Chaque jour qui passe, après ces plus de 5 ans en prison, est donc un jour de trop qui voit Salah embastillé. A la différence notable de Gilad Shalit, et ce n’est pas de notre fait, le sort de Salah n’est pas lié à des négociations obscures.

Sa libération dépend uniquement des autorités israéliennes.

C’est la seule certitude que nous ayons – nous, mais aussi les autorités françaises.

Nous n’avons pas à nous substituer à ces dernières ni à leur manière de faire mais il nous revient de l’exiger auprès d’elles comme nous n’avons cessé de le faire. Nous avons quelques raisons de continuer et de ne pas relâcher la pression.

Les propos nouveaux tenus par le Conseiller du Président, le fait que pour la première fois le site Internet de la Présidence évoque publiquement, à sa façon, le cas de Salah montrent que notre mobilisation ne laisse plus indifférent et qu’elle n’est pas vaine.

Salah a déjà bien lourdement et très injustement « payé » l’occupation de Jérusalem et de son pays natal. Il est plus que temps que Salah rentre à la maison.

Les nouveaux mots entendus n’endormiront pas notre volonté et notre action. Tout au contraire puisqu’ils témoignent que nos efforts ne sont pas vains.

C’est pourquoi notre exigence – qui est la seule garantie tangible qui existe de manière certaine pour obtenir sa libération – demeure plus forte que jamais :

Libération de Salah Hamouri ! Et vite !

Paris, le 29 juin 2010