dimanche 23 octobre 2011

La vie à Fukushima

On a pu lire dans un forum que le message de Yuko NISHIYAMA était un faux. Histoire de colporter une rumeur peut-être ou de discréditer les informations provenant directement du Japon ? En tout cas cette mise en cause provenait certainement de quelqu’un qui ne connaît pas le principe de ce blog : les informations diffusées ne sont jamais des inventions. Les sources sont toujours citées, ou alors il s’agit de sources directes qui ne sont pas disponibles sur internet. Aujourd’hui, je diffuse également un autre témoignage provenant du Japon, celui de Yukiko TAKAHASHI. Si quelquefois un lecteur voulait rentrer en contact avec l’une ou l’autre des auteures de ces messages, je le mettrai volontiers en relation avec elles.
 
Yukiko, comme Yuko, s’adresse aussi aux Français. Elle raconte comment les habitants de Fukushima ignorent tout des dangers de la radioactivité, et comment ils sont autant contaminés par les radioéléments que par la désinformation…
Yukiko TAKAHASH


« J'ai vécu à Fukushima pendant mes 3 ans de collège et mes 3 ans de lycée.
Il y a quelques jours, le 8 octobre 2011, je suis allée à la ville de Fukushima.

Moi, je portais un masque mais, quand je regardais comme ça dans la ville
les gens de Fukushima, il n'y en avait aucun qui portait de masque.
J’ai vu des employés municipaux qui s'activaient à la décontamination avec des manteaux de pluie et des masques dans la rue, et j’ai vu de l'autre côté du trottoir de jeunes étudiantes qui passaient sans masque en rigolant.

C'est la réalité de la ville de Fukushima.

Ce jour-là, il y avait la grande fête régionale traditionnelle de l’automne dans les villes et villages.
Les bébés, les enfants et les jeunes aussi ne portaient pas de masque.
Il y avait plein de stands de restauration dans la rue, ils mangeaient, ils buvaient dehors sans aucun problème ni souci.

Ma copine qui vit à Fukushima m’a dit :
« Il y a des gens qui disent qu'il n'y a aucun problème de radioactivité ; maintenant, c'est le contraire du danger à Fukushima, parce que si on fait des examens de dépistage des cancers plus souvent qu’ailleurs, nous vivrons plus longtemps que les autres. Si tu es trop inquiet et que tu deviens stressée, tu deviendras malade psychologiquement. »
En fait, il n'y a pas d'exemple d'impacts à cause de la radioactivité, on ne sait pas si c'est dangereux ou pas. La radioactivité n'est pas visible. Je comprends aussi que les gens soient paralysés par la radioactivité.

Le journal mensuel de la préfecture de Fukushima (UTSUKUSHIMA YUME-DAYORI numéro d’octobre) a été distribué à toute la population locale.
Dedans, il y avait les commentaires du professeur YAMASHITA. Il a dit :
"Quand la radioactivité qui reste encore se mesure en unité de microSievert, elle ne blesse même pas les cellules."
"A Tchernobyl, il y a eu des craintes au début dans la population [parce que les gens n'avaient pas d'information correcte], mais je voudrais expliquer aux gens d'ici au fur et à mesure [qu'il n'y a pas de danger.]"

Ça regorge de fausses rumeurs dans la ville, qui disent qu'il n'y a pas de danger.
Il y a des drapeaux partout "Il ne faut pas baisser les bras contre la rumeur". En ce moment, les gens de Tokyo ne veulent pas trop acheter de produits alimentaires de Fukushima. (Ils disent que c'est une mauvaise rumeur) et des drapeaux qui disent "Bon courage, Fukushima !"

Dans le quartier de "Watari" dans la ville de Fukushima, ils ont trouvé des points chauds qui font 3 microSv/h (1). Les habitants demandent à la mairie de reconnaître ce quartier comme "hot spot" et qu'ils leur conseillent de partir. Car s’ils reconnaissaient cela, les habitants pourraient recevoir une somme d'argent par une aide gouvernementale.
Mais, à la conférence qui a été organisée par l'Etat pour expliquer la situation aux habitants du quartier, les représentants de TEPCO ne sont pas venus, ni le maire de la ville de Fukushima. Juste des employés de la mairie sont venus et ils ont dit : "D'abord, il faut décontaminer !" C'est tout.
Mais il n'y a pas eu d'amélioration. A la ville de Fukushima, il n'y a aucun projet pour évacuer des gens.

Les habitants de Fukushima sont accrochés à l'endroit où il ne faut pas rester.
Ils sont contaminés par la radioactivité, mais aussi par les mauvaises informations.
Le pays, le préfet, la ville, personne ne veut aider les habitants.
Des habitants de Fukushima vont êtres tués par l'Etat.

Je voudrais que les Français connaissent cette réalité-là.
Les gens de cette région sont très fatigués de cette histoire.
Ils ne veulent plus entendre parler de ça.
Ils ne veulent plus regarder leurs compteurs Geiger.
Ils en ont marre...

Il y a de plus en plus de mouvements pour sortir du nucléaire à Tokyo, à Fukushima, et partout maintenant au Japon.
Alors s’il vous plait, restez liés avec "Fukushima" !
Restez liés avec "le Japon" ! »

Yukiko TAKAHASHI


(traduction Yumiko)



(1) 3 microSv/h, c’est beaucoup. Cela représente 26 mSv/an. En France, la norme officielle est 1 mSv/an pour la population.



Depuis que Yukiko a écrit ce message, d’autres informations inquiétantes nous sont parvenues : plus de 20 hotspots (= points chauds, c’est-à-dire endroits radioactifs) ont été signalés à Tokyo qui, il faut le rappeler, se trouve à 250 km de la centrale accidentée (par exemple 5,82 microSv/h dans un parc d’attraction pour enfants - source : http://fukushima-diary.com/2011/10/news-spreading-fear/ )


*mise à jour du 19/10/11 : cette mesure de 5,82 microSv/h avait été réalisée le 12 octobre par les habitants. Le lendemain, le 13 octobre, les services municipaux ont fait leurs propres mesures et ont relevé 1,58 microSv/h maximum. Peut-être s’agissait-il pour les officiels de discréditer les mesures menées de manière autonome ? Quoi qu’il en soit, il a été tenu compte de cette fourchette 1,58 - 5,82 µSvh puisque la mairie a décidé de changer la terre. (Source : http://www.news24.jp/articles/2011/10/13/07192497.html)
.

De ce fait, le gouvernement japonais va bientôt émettre des directives pour aider les citoyens et les responsables locaux de détecter les zones contaminées afin de les nettoyer en toute sécurité. En effet, Masaharu Nakagawa, ministre de l'éducation et la science, a déclaré dans une interview au Wall Street Journal :

"A partir de maintenant, nous devons offrir des équipements et demander aux gens de regarder bien au-delà de Fukushima pour trouver les points chauds". Il a ajouté qu'il était très difficile de savoir comment ces taches se sont propagées. C’est à croire que ce gouvernement est très mal informé ou qu’il feint de ne pas connaître la situation ! 7 mois après la catastrophe, il serait temps que le gouvernement prenne enfin des mesures de radioprotection efficaces et que la population cesse d’être exposée stupidement à la contamination.



source : http://online.wsj.com/article/SB10001424052970204479504576638770772486378.html



Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que Tokyo continue de voir sa population baisser, comme l’indique cette information : dans le quartier de Bunkyo, les gardes d'enfants avaient une attente dans les crèches publiques, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Cela signifie que des familles ont probablement quitté la région pour mettre leurs enfants à l’abri.


source : http://business.nikkeibp.co.jp/article/topics/20110610/220678/?P=2&rt=nocnt


NB : A propos des interrogations sur l’origine de la radioactivité de Setagaya, selon le détecteur portable de recherche de source radioactive (Mirion HDS100GN) dont un journaliste a fait l’acquisition, il n'y a pas eu de pic de Cs-137 qui puisse être considéré comme un hotspot issu de la catastrophe de Fukushima. Cet appareil avait en mémoire d'autres analyses spectrales de différents endroits sur les hotspots de Chiba ou Saitama où les pics de Cs-137 sont bien visibles. Ce journaliste a comparé également ses mesures avec celles (SAM 940 3x3 Nal) des services de la mairie : les résultats concordent avec les autres analyseurs en service ce jour-là (Information Franck C.)




Source: Le blog de Fukushima

Aucun commentaire: