jeudi 25 février 2010

IMPOSSIBLE ABSENCE

Impossible absence - Qui lancera l’alerte ?


(L’appel à signatures se trouve sous le texte)


Dès novembre 2006, nous avions lancé un appel aux candidats à l’élection présidentielle pour qu’ils considèrent avec plus de sérieux la place de l’art et de la culture dans leurs programmes politiques. Depuis, la situation est loin de s’être améliorée.

L’absence actuelle de vrai débat public sur la place de l’art et de la culture dans notre société est un symptôme historique extrêmement inquiétant.

Elle annonce, pour la première fois depuis la Libération, le risque d’abandon d’une part fondamentale de l’histoire de notre pays.

Une part de notre histoire dont est issue la valeur accordée aux choses de l’esprit, à travers notre littérature, notre théâtre, les arts et leur circulation, dans la vision du monde que nous partageons et la place que nous avons su leur donner dans notre vie réelle. Cette absence fait planer la menace d’une défaite devant l’invasion délétère de l’esprit marchand imposée par ce que l’on nomme « globalisation ».

Les politiques qui refusent l’ordre néolibéral doivent le comprendre : non seulement la culture - au sens le plus large du mot -, est un enjeu fondamental de civilisation, mais c’est aussi pour eux un atout politique majeur.

Comme le dit le grand dramaturge Edward Bond, « que nous resterait-il aujourd’hui des Grecs s’ils ne nous avaient laissé une philosophie, un théâtre, une mythologie, des temples, des statues ? » Autrement dit un immense arrière-plan artistique et culturel créé à partir d’outils symboliques : une langue, des codes, des signes qui nous relient à une mémoire commune, à une volonté d’être ensemble et de rencontrer l’autre, de se frotter à l’inconnu, qui nous constituent en tant qu’êtres pensant, rêvant, imaginant, désirant, créant, construisant l’improbable avenir.

Ce sont ces outils qui nous permettent de nous penser, de nous ressentir, autrement qu’en tant que consommateurs ou marchands…

Notre histoire récente fut traversée de soubresauts où cette aspiration - ce désir collectif, parfois confus, souvent éclatant et vibrant - s’est manifestée. Des outils ont été construits avec le Conseil National de la Résistance. C’est ce que l’on appelle « le service public de la culture ». Il ne s’agit, en réalité, de rien d’autre que la manifestation concrète, politique, d’une volonté de donner à l’esprit sa vraie valeur dans la collectivité.
Ce service public, qui en France fut incarné par un ministère de la Culture, est en passe d’être démantelé.

Deux événements peu commentés, font figure de symptôme.
Au moment précis où plusieurs études alertent sur la désaffection de la lecture parmi les jeunes Français, la direction du Livre du Ministère a été supprimée l’automne dernier ; celles du théâtre, de la musique, de la danse et des arts plastiques ont depuis subi le même sort.
Dans le cadre d’une révision générale des politiques publiques qui veut tout soumettre, y compris l’inquantifiable, à la « rationalité économique », l’ensemble des directions artistiques sont réduites à une Direction générale de la création artistique, coincée entre une Direction des patrimoines et celle des médias et des industries culturelles.
On peut craindre que l’art ne soit plus la priorité de ce ministère...

La même rationalité économique a présidé aux débats du Forum d’Avignon : « économie et culture », présenté comme un « Davos de la culture ». Le symbole est fort. Au moment où la « crise » prouve l’inanité des dogmes néolibéraux qui dominent l’Europe, la culture devient l’ultime nappe phréatique où puiser, au service d’intérêts qui lui sont totalement étrangers.

Quel crédit porter à une « économie créative » initiée par des dirigeants d’entreprises comme Nicolas Seydoux, Didier Lombard et Axel Ganz ? Que peut véhiculer une telle « culture », réduite et instrumentalisée par les impératifs d’une « économie de la connaissance ? »

Dans l’Europe néolibérale, un faisceau de signes innombrables converge vers la destruction de ce que nous appelons l’humain. Brutalité d’une main, propagande de l’autre, encouragement général à cesser de penser et échanger. Cet encerclement qui concerne tous les aspects de nos vies tend à faire de chacun un individu dénué de sens collectif. On peut s’inquiéter de ce qu’il adviendrait d’une civilisation déjà très altérée par un individualisme stérile, une fois amputée de ce qu’il lui reste de capacité à utiliser le symbole comme moyen d’échange et de construction d’une richesse culturelle commune.

À leur échelle, de nombreuses collectivités territoriales, avec des politiques qui prennent en compte différents niveaux de l’action artistique et culturelle et pallient les désengagements de l’État, tentent de résister à ce rouleau-compresseur. Comment pourront-elles agir demain, face à un gouvernement qui risque de les priver de toute marge de manœuvre en leur déniant la compétence culturelle ?

Il est temps de l’affirmer : nous avons ici des valeurs essentielles à défendre et à promouvoir.
Ces valeurs, ne doivent pas, sous peine d’effacement, se soumettre à la tyrannie du chiffre. Voici un débat public qui mérite vraiment d’être ouvert !
27 janvier 2010.


IMPOSSIBLE ABSENCE - CINE TRACT - RLHD.TV
envoyé par regardezleshommesdanser
SIGNER L’APPEL ICI


Lien: http://www.horschamp.org/spip.php?article3211&id_article=3211&debut_signatures=135#pagination_signatures


Merci encore à tous ceux qui ont déjà signé et/ou fait circuler l'appel
«Impossible absence» et merci d'avance à ceux qui le feront !
__________

Déjà plus de 11.500 signatures de citoyens de tous lieux et de toutes professions sont là pour rappeler à l'ensemble du monde politique l'importance fondamentale des enjeux culturels et artistiques pour notre société…
Continuons à le diffuser jusqu'à ce que ces paroles soient véritablement entendues !

Pourquoi nous avons lancé cet appel

CINÉ-TRACT réalisé par Alain Chêne





Pourquoi nous avons lancé cet appel


L’art est une chose commune à tous les hommes, l’une des caractéristiques de l’être humain. Dès qu’il devient rentable il perd son sens, car il se soumet alors à une loi qui n’est pas la sienne : celle du chiffre.
Il est donc très important que cette fonction soit défendue et portée par l’ensemble de la société comme un bien commun. Et non pas comme une production de marchandises. C’est très important pour vous et moi, pour nous tous. Car lorsque les marchands auront complètement réussi à tout réduire à la mécanique de la rentabilité, c’est une part de notre humanité qui aura disparu.

L’appel lancé par la revue Cassandre/Horschamp veut simplement rappeler cette vérité : il s’agit d’un enjeu de civilisation, d’un outil qui est le seul apte à nous permettre de résister à la déshumanisation générale à laquelle nous assistons dans tous les domaines. Une société de surveillance et de profit, une barbarie moderne ou l’autre ne compte plus comme être humain véritable, mais comme source de gain possible ou comme danger potentiel. C’est d’abord un appel qui s’adresse aux politiques pour qu’ils prennent conscience de l’importance de cet enjeu. Parce que nous avons besoin qu’ils en prennent conscience. C’est urgent maintenant. Ils doivent le faire.
La plupart du temps les politiques ne comprennent pas de quoi il s’agit quand on leur parle d’art et de culture : ils pensent d’abord qu’ils peuvent s’en servir pour briller, pour donner un peu de valeur ajoutée à leur région à leur département ou à leur ville.
Mais il faut aujourd’hui qu’ils comprennent qu’il s’agit là d’un enjeu infiniment plus essentiel – largement aussi essentiel que celui de l’écologie – pour notre survie à tous en tant qu’êtres humains véritables, en dehors du système marchand.
Pour l’écologie et tous les problèmes environnementaux, on a fini par le comprendre, tous, de gré ou de force, qu’il s’agit d’une question majeure pour notre survie.
Même les néolibéraux ont fini par le comprendre ou par faire semblant de le comprendre, car on ne peut plus échapper à la réalité du danger.
Mais pour l’esprit, pour l’art, pour la culture, beaucoup s’imaginent que ce n’est pas si important. Pourtant un être humain, c’est avant tout fait de symboles, ça se construit avec des idées et des émotions, et c’est de cela qu’il s’agit avec la culture : de la construction de l’humain. Simplement.
C’est ce que l’on appelle parfois l’âme, ce vieux mot qu’on n’emploie plus beaucoup, l’âme de l’humanité, qui est cause. Et en danger.
Et ce n’est pas une question seulement d’argent.
La question véritable c’est qu’il faut que la société tout entière participe de cette vie de l’art et de la culture dont nous avons tous un besoin vital.
C’est pour ça qu’il faut défendre le service public de l’art et de la culture. Parce qu’il ne faut pas que ça appartienne à quelques-uns, mais à tous.
C’est un bien commun de notre humanité.


Lien: http://www.horschamp.org/spip.php?article3088

Aucun commentaire: