dimanche 24 janvier 2010

i.m. Toussaint Louverture



Si l'on ne peut empêcher la terre de trembler
on pourrait en revanche contrer la pauvreté
qui n'a rien d' irrémédiable mais provient toujours de la consternante et dévastatrice cupidité des possédants. Les plus petits d'entre eux se retranchent derrière les lois et le droit, en servant les plus voraces. Du Bengladesh à Haïti, une histoire sinistre se répète, ricochant sur nos écrans, une histoire où chacun d'entre nous se dédommage avec des larmes de crocodiles et des mots, des milliers de mots d'amour grimaçant. Ce n'est pas d'argent qu'ont besoin ces peuples précipités dans la tourmente d'un système qui les écrase, ni-même de pitié. Ils ont besoin d'autonomie, de décider par eux-mêmes. Les grandes associations humanitaires (leurs membres les plus en vue) se gavent du désespoir de ces peuples décimés. Les marchands de bétons attendent leur heure. Et nous, nous écrivons des poèmes qui ne remettent rien en question. Nous faisons l'aumône de bonnes intentions, et nous continuons à manger, boire, festoyer, faire nos courses dans les grandes surfaces après avoir distribué des miettes de notre compassion. Nous nous faisons croire que nous vivons, parce que, jusqu'à un certain point, le confort nous berce, nous entretient dans l'illusion et la justification de ce que nous éprouvons. Laissons les Haïtiens se reconstruire, sans l'armée US ni toutes ces hyènes de bénitiers qui attendent l'heure de la curée. Je pense à Toussaint Louverture, le si bien nommé. Je pense à la souffrance d'un peuple que mon pays la France a étouffé, je pense à tous les déshérités, les sans-abris qui se traînent sur les trottoirs de nos métropoles. Je pense à notre lâcheté quand il s'agit de décider, d'agir, de prendre les choses en main. Je pense à ses visages distordus par la douleur, à ses mains boueuses ou crevassées qui se tendent, je pense et j'ai tant de mal de ne pouvoir panser les plaies de mes soeurs et de mes frères humains. Pardonnez-moi de dé-chanter.

André Chenet

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