lundi 14 septembre 2009

Une presse faite par tous

Extrait de "La Fabrication de l’information. Les journalistes de l’idéologie et de la communication", de Michel Bensayag et Florence Aubenas, La Découverte, 1999, pp. 9:


"La transparence s’est imposée comme la norme centrale de notre société. La figure du bien passe par le fait de pouvoir être montré. Plus généralement, pour qu’une situation puisse être exposée, il faut qu’elle soit avant tout représentable, qu’elle puisse apparaître. La presse s’est fait le gendarme de cette norme. Par là, elle contribue à construire et à reconstruire chaque jour le monde.
Le travail d’un journaliste ne consiste souvent plus à rendre compte de la réalité, mais à faire rentrer celle-ci dans le monde de la représentation. Ce phénomène nous a conduit à vouloir envisager la presse non plus comme une des pièces de notre système, mais comme un univers en soi, autonome, avec ses codes, ses images, son langage, ses vérités. En prenant ce chemin le but n’est pas de désigner en coupable idéal et universel, une presse omnipotente : le monde de la communication est devenu trop complexe pour n’impliquer qu’une catégorie socioprofessionnelle. Nous participons tous aujourd’hui au monde de la communication.
Les journaux se retrouvent en effet dans une étrange posture. Ils n’ont jamais été autant sollicités qu’au moment même où les critiques les plus dures s’accumulent sur leurs têtes. Quelle que soit son opinion des journalistes, la plus microscopique association se donne généralement pour premier objectif de décrocher une « couverture médiatique ». Bref, tout le monde sait aujourd’hui que les journaux reflètent moins la réalité que la représentation qu’ils en ont créée, mais chacun, mais chacun veut pourtant y être présent. « passer à la télé » est devenu une étape acceptée pour qui veut aujourd’hui « exister ». Donner naissance à une autre presse est aujourd’hui l’affaire de tout le monde, ceux qui la font, ceux qui y paraissent et ceux qui la lisent."

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