mercredi 29 avril 2009

Comprendre la crise du capitalisme

Samir Amin, économiste et président du Forum Mondial des Alternatives, par ce texte invite à prendre du recul, à réfléchir sur l'avenir du capitalisme et de ses crises. Son texte très intéressant sur l'analyse avec le recul historique pour sortir des âneries du type "la fin de l'histoire" par contre est muet sur les alternatives. En tout cas le naufrage du socialisme réel du 20ème siècle ne doit pas faire croire à un capitalisme, horizon indépassable de l'histoire de notre planète.


Restaurer le système tel qu'il était ne peut conduire à terme qu'à une crise plus grave encore

Pascale Fourier :À l'occasion de la crise, on a entendu nombre de politiques et de commentateurs appeler à une refondation du capitalisme. Cela semble effectivement une nécessité, non ?
Samir Amin : Non pas du tout, justement. J'utiliserai une phrase un peu provocatrice... Le choix de stratégie d'action est le suivant : sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise. On comprend bien que les pouvoirs établis, les capitalistes et les gouvernements cherchent seulement à sortir de la crise du capitalisme, qu'ils appellent ça « refonder le capitalisme » ou autre chose ne change pas grand-chose à l'affaire. Par contre, il serait déplorable que les victimes du capitalisme qui sont quand même un peu plus nombreux que les milliardaires qui en sont les bénéficiaires acceptent eux aussi, ou s'inscrivent dans une stratégie de sortie de la crise du capitalisme et non pas de sortie du capitalisme en crise. La crise n'a pas commencé le 15 septembre 2008 avec l'effondrement financier. L'effondrement financier est seulement une nouvelle étape du développement de la crise, car, avant septembre 2008, il y avait quand même des chiffres-record de chômage à travers le monde capitaliste et beaucoup de choses qui n'allaient pas. La crise a commencé beaucoup plus tôt. La crise a commencé à mon avis en 1971, pour mettre une date, c'est-à-dire lorsque les autorités des États-Unis ont décidé d'abolir la convertibilité en or du dollar. Les années 70 qui ont suivi ont été marquées par un effondrement, et on ne s'en est jamais remis depuis 1970-75: les taux de croissance sont tombés à la moitié de ce qu'ils avaient été pendant les Trente Glorieuses qui avaient précédées, et les taux d'investissement productif dans l'expansion et l'approfondissement du système productif sont tombé aussi à la moitié de ce qu'ils étaient au cours des Trente Glorieuses. Donc la crise avait bel et bien commencé dans les années 70. La réponse du capital à cette crise aux fonds structurels a été comme toujours davantage de concentration, davantage de centralisation du capital. Et c'est au cours des années 70 et 80 que se sont constituées ou se sont renforcés les grands groupes, une poignée de grands groupes, qui contrôlent l'ensemble du système économique capitaliste. C'est la raison pour laquelle je les appelle « ploutocratie ». 500 gigantesques groupes financiers ou financiarisés contrôlent la presque totalité des décisions économiques majeures partout dans le monde Et c'est un degré de concentration du capital qui n'a pas de précédent.
Cette concentration du capital gigantesque est à l'origine de la financiarisation. La financiarisation n'est pas le produit d'une dérive intellectuelle du triomphe de l'école de Chicago et des néolibéraux, etc. Je ne crois pas que ce soit les idées, justes ou fausses, qui commandent le monde, ce sont les intérêts sociaux.
Pourquoi donc cette financiarisation ? Que signifie cette financiarisation ? La financiarisation signifie tout simplement que le groupe des oligopoles - je les appelle, tout le monde les appelle les « oligopoles »-, qui contrôlent l'économie mondiale dans les pays capitalistes développés comme dans les pays du Tiers-Monde, pompe une rente de monopole sur la masse des profits créés par les activités productives. Et cette rente de monopole est véritablement le produit de ce caractère oligopolistique: il n'est pas le produit de la financiarisation. La financiarisation est le moyen, le moyen, par lequel ces oligopoles pompent sur la plus-value( la masse des profits créés par l'économie mondiale, nationale et mondiale) leur rente de monopoles. D'où les deux taux de profit apparents, le taux de profit apparent des investissements financiers (c'est-à-dire des investissements dans la sphère financière qui visent à être autour de 15 % et qui n'y arrivent pas toujours - mais il n'est pas très loin de 15 %), et le taux de profit dans les activités directement productives, que ce soit la production d'automobiles, de chaussettes, de produits alimentaires ou de service de toute nature, tourne autour de 5 %. La différence gigantesque entre ces deux taux de profit, c'est la rente des oligopoles. Donc ces oligopoles sont donc les rentiers au sens plein du terme, c'est-à-dire qu'ils créent de l'argent avec de l'argent, sans passer par la production, et en pompant cet argent qui crée de l'argent sur les activités productives.
Cette financiarisation est voulue. Evidemment cette financiarisation entraîne des conséquences considérables, dramatiques. D'une part, elle ralentit la croissance, puisqu'il y a moins d'investissements dans les sphères directement productrices, et d'autre part elle alimente à partir de là le chômage... Elle entraîne le chômage, la précarité, la précarisation des emplois, voire même une réduction des rémunérations en termes réels, qui est inégale bien entendu selon les couches sociales, mais qui est tout à fait visible. Elle entraîne donc une inégalité grandissante. Et cette rente de monopole, ce ne sont pas les actionnaires qui en sont les bénéficiaires. On parle en leur nom, mais les actionnaires sont parfaitement manipulés, de même que ce ne sont pas les retraités, ceux qui bénéficient des fonds de pension privés, qui sont les bénéficiaires, parce que les fonds de pension sont gérés par l'oligarchie financiarisée. Cette rente de monopole, d'une part et d'autre part le chômage, la précarité, signifient simplement une inégalité sociale grandissante.

L'inégalité ne peut pas grandir ad vitam aeternam. Elle devient non seulement socialement et politiquement intenable, mais elle devient même sur le plan de la gestion économique intenable, parce que tandis qu'à un pôle la masse des profils captés sous la forme de rentes de monopoles grandit sans fin, à l'autre pôle la demande solvable qui est liée aux activités productrices et aux rémunérations des travailleurs de toutes nature - pas seulement des travailleurs de base, mais aussi des classes moyennes- voit sa part réduite. Toutes les statistiques le montrent. Tout cela, ce sont des banalités: la part des revenus du travail dans le PIB décroît d'une façon régulière et la part des rémunérations du capital croît. Et dans cette part des rémunérations du capital, la rente des monopoles, des oligopoles elles-mêmes est en croissance continue.
Ça devait éclater un jour ou l'autre. François Morin avait estimé, dans son livre Le Nouveau Mur de l'argent publié en 2006 que le volume de cet endettement artificiel à partir duquel la rente de monopole était pompée était de 3000 milliards de dollars, 3000 milliards de dollars en 2006. Et j'ai été tout à fait convaincu dès le départ que c'était intenable en lisant le livre de Morin. Et j'ai même dit à l'époque : « Je n'ai pas de boule de cristal, mais ce système ne peut pas durer plus d'une dizaine d'années ».
Nous étions en 2006: 2 ans après le système explosait. Donc cette explosion n'était pas du tout inattendue, pas du tout, tout au moins pour moi et pour quelques autres.
Mais elle était tout à fait imprévisible pour les économistes conventionnels, parce que, pour eux, comme l'a dit Mme Lagarde trois jours après le premier effondrement, « la sagesse des marchés va rétablir l'ordre très rapidement ». C'est une idée complètement fausse, je dirais à la limite même stupide. Mais c'est l'idée dominante. Et cette idée fausse dominante, elle est dominante non pas parce que c'est une idée que l'on croit juste, mais tout simplement parce que elle sert tout à fait les intérêts des oligopoles. À partir de là, la crise ne peut que s'approfondir.

Je vais faire un parallèle, parce que l'histoire se répète de façon très curieuse. L'opinion publique d'une façon générale,surtout à l'heure actuelle, parce que l'opinion publique à l'heure actuelle, l'opinion des adultes et des gens un peu plus âgés que ça, c'est l'opinion de gens qui ont connus l'aprèsdeuxième guerre mondiale, qui ont connu les Trente Glorieuses et qui s'imaginent que le capitalisme est un système de croissance continue avec une répartition des revenus disons plus ou moins acceptable, avec les hauts et des bas.... à peu près un long fleuve tranquille, disons. Ce n'est pas ça du tout.
L'histoire du capitalisme, c'est au contraire histoire de très longues crises, très longues. Ce ne sont pas seulement les petites fluctuations, les deux ou trois années de croissance accélérées, suivie par deux ou trois années de croissance ralentie, ce qu'on appelle les « récessions » dans le langage économique conventionnel. C'est beaucoup plus grave que cela. Je fais le parallèle. La grande crise précédente a commencé en 1873, exactement 100 ans avant la nouvelle crise structurelle, 1971. A cette grande crise structurelle qui commence en 1873, la réponse du capital a été effectivement la création de monopole. C'est la première vague de centralisation du capital et d'émergence des grands monopoles modernes, ces grands monopoles que Hobson, Iphering et Lénine ont analysés à leur époque. Cette première centralisation des monopoles - Lénine très optimiste disait « phase suprême du capitalisme »... Il pensait que c'était déjà mûr pour s'effondrer-, a permis la première Belle Epoque. Le terme « Belle Époque » a été utilisé à l'époque entre 1890 et 1914 - presque exactement 1990-2008. Notre seconde Belle Époque est un peu plus courte que la première. Les deux Belles Époques présentent les mêmes caractéristiques, c'est-à-dire une concentration énorme du capital, mais chaque fois grandissante: cette fois, la deuxième Belle Époque a un niveau de concentration du capital sans commune mesure, je dis qualitativement différente avec ce qu'il en était au cours de la première Belle Epoque. On parle de la mondialisation comme de quelque chose de nouveau, mais si on lit ce qui a était écrit entre 1890 et 1914, c'était la mondialisation, avec le même discours: la Belle Époque, c'est la paix, c'est la démocratie - qu'on entendait probablement pas exactement de la même façon aux deux époques-. On entend le même discours. La première Belle Époque s'est terminée par la guerre de 1914. Elle a conduit justement ces oligopoles à entrer en conflit entre eux, un conflit violent qui a conduit à la première guerre mondiale. Mais la première guerre mondiale a été aussi l'occasion de la révolution russe, c'est-à-dire la première révolution au nom du socialisme et de la sortie du capitalisme - je ne discuterais pas de ce qu'elle est devenue par la suite, c'est pas notre sujet. Mais donc lors de cette première Belle Époque, on a écrit les mêmes âneries qu'aujourd'hui, c'est-à-dire « c'est la fin de l'histoire », etc. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on l'a appelé « la Belle Époque » - ceux qui en étaient les bénéficiaires, évidemment en son temps... Elle s'est conclue par la guerre et la révolution russe.
Avec cette deuxième Belle Époque, nous avons une répétition: crise structurelle qui commence en 1971, centralisation du capital qui commence en 1980 et se développe dans les années 80 et qui atteint un niveau qualitativement différent, comme je le disais, du niveau précédent, et nouvelle Belle Époque, avec le même discours, la paix, la démocratie etc. Et ça s'est terminé par le krach. Mais ça s'est terminé aussi par une nouvelle guerre, mais une guerre d'un type différent cette fois :pas une guerre inter-impérialiste entre les impérialistes concurrents comme la guerre de 1914, mais la guerre de l'impérialisme collectif de la triade États-Unis (avec ses deux provinces extérieures, rapprochée - le Canada- , éloignée - l'Australie-), l'Europe ( l'Europe de l'Union Européenne, mais même pas de toute l'Union Européenne, l'Europe à l'ouest de la Pologne disons, et au nord de la Croatie), et le Japon. Cet impérialisme collectif est rentré dans la guerre permanente contre les pays du Sud.L'agression contre l'Irak qui a été décidé, planifiée par l'establishment des États-Unis amorce simplement une nouvelle série de longues guerres, mais d'une nature différente cette fois: c'est la guerre du Nord contre le Sud. Ce n'est pas la guerre des Etats du Nord entre eux, entraînant évidemment leurs colonies et dépendances du Sud derrière eux. C'est le même développement. Alors le système, les pouvoirs en place face à cette crise, qu'est-ce qu'ils se proposent ? Ils se proposent plusieurs choses.
Un, de rétablir le système à peu près tel qu'il était avant l'effondrement financier. Je dis « à peu près » parce qu'ils prendront quelques mesures tout de même de petite régulation - enfin les gouvernements, non, les gouvernements à travers les oligopoles prendront eux-mêmes des mesures, mais des mesures mineures (certains disent « purement cosmétiques »). Peut-être qu'ils iront un peu plus loin... Peut-être... Ce n'est pas impossible...La restauration du système tel qu'il était est-elle possible ? A court terme, je dirais,ce n'est pas impossible, à deux conditions. L'une que l'injection des fonds pour rétablir la rentabilité et le fonctionnement normal, la fluidité, la rentabilité du capital, soit la hauteur des montants nécessaire, et ces montants sont gigantesques: ce sont 3000 milliards. Morin et moi avions dit « 3000 milliards » dans les années 2002-2004-2005; les grands experts du Fonds Monétaire International sont arrivés à ce chiffre il y a deux semaines... Au lendemain du 15 septembre, ils ont dit : « On a besoin de 700 milliards » et pas de 3000 milliards; ils sont arrivés à 3000 milliards en augmentant de 700 milliards progressivement. Les plans actuels, que ce soit le plan américain des États-Unis ou les plans européens (s'il y a plan européen) ne sont pas encore à la hauteur des injections nécessaires pour rétablir le système tel qu'il était. Mais je n'exclus pas qu'il le devienne, au cours de l'année, des deux années à venir disons. L'autre condition pour que cette restauration puisse fonctionner, c'est que les victimes, parce qu'il aura des victimes restent désunis. Les victimes sont les dizaines de millions de chômeurs supplémentaires, les précaires en nombre grandissant... A travers une inflation, une petite inflation, la dégradation des revenus réels non seulement de la majorité des travailleurs mais même d'une bonne partie des classes
moyennes s'est déjà amorcée.Si leurs protestations restent ce qu'elles sont jusqu'au moment actuel, c'est-à-dire largement fragmentées et largement sur la défensive - défendre les acquis du passé attaqués par le système à l'heure actuelle -, dans ce cas-là, la restauration du système tel qu'il était n'est pas possible. Mais je suis prêt à parier que si le système est rétabli tel qu'il était, même avec quelques mesures de contrôle un peu plus sérieux, dans un espace de quelques années, il y aura un deuxième krach, et encore plus grave.
Là encore, je fais le parallèle. Après la première catastrophe, la première Belle Époque du 1890 1914 débouche sur la guerre mondiale, la révolution russe. En 1920, que font les pouvoirs dominants des pays occidentaux ? Ils rétablissent le système tel qu'il était avant 1914 en abandonnant la Russie. Sauf sur ce morceau de la planète qui sort de la planète, on rétablit partout ailleurs le système tel qu'il était avant 1914, dans les métropoles et dans les colonies dominées à l'époque. Une seule personne, un seul économiste, a vu à l'époque que c'était absurde et que ça ne pouvait conduire qu'à la catastrophe: c'est Keynes. Mais bien que Keynes l'ait dit en 1920, personne ne l'a écouté, et à l'époque, ceux qu'on écoutait, c'était effectivement des économistes conventionnels analogues aux économistes libéraux et néolibéraux qu'on connaît aujourd'hui. Ça a conduit à la grande crise de 1929, qui était tout à fait prévisible elle aussi, laquelle a conduit à la deuxième guerre mondiale et à une nouvelle vague de sortie du capitalisme, ou de tentatives de sortie, même si les pays ont évolué de façon différente par la suite: la Chine, les grand mouvements de libération nationaux de l'Asie, de l'Afrique, ont abouti à l'indépendance de l'ensemble des pays des deux continents, en une dizaine, une quinzaine d'années après la deuxième guerre mondiale.
Donc nous avons une répétition et si par hasard donc le système était restauré tel qu'il était, il aboutirait à une nouvelle catastrophe.
L 'histoire se répète, mais avec des éléments nouveaux, bien entendu: on parle beaucoup de révolution technologique et scientifique, l'informatique, etc. Tout cela est vrai. On parle beaucoup de beaucoup de choses qui sont effectivement des éléments nouveaux. Mais l'élément nouveau le plus grave, le plus important à mon avis, je l'appellerais « la rareté relative » des ressources naturelles, des grandes ressources naturelles. Je ne veux pas parler nécessairement d'épuisement définitif parce que, pour le pétrole comme pour d'autres ressources naturelles, on découvre sans arrêt des réserves nouvelles même si elles sont plus coûteuses à exploiter, mais l'épuisement des ressources naturelles. Et c'est cet épuisement des ressources naturelles qui conduit effectivement le système à opter pour la guerre du Nord contre le Sud : si les sociétés du Nord - je ne dirais pas « les peuples », mais les sociétés dans un sens plus large- veulent maintenir leur mode de vie et de consommation et de gaspillage, il est nécessaire pour cela que les 15 % de la population de la planète qu'elles représentent aient accès à 100 % ou 90 % des ressources naturelles de la planète pour eux-mêmes en privant l'accès à ces ressources naturelles pour la majorité des peuples du monde, les peuples d'Asie d'Afrique et d'Amérique Latine qui additionnés représentent 85 % de la population de la planète. Ce système, donc de restauration, ne peut exiger que la militarisation et le contrôle. Et je conclus: c'est en cela que ce système est profondément antidémocratique, profondément, contrairement au discours qui soutient que « le capitaliste, c'est la démocratie ». Ce capitalisme que j'appelle pour cette raison « sénile », obsolète peut-être si l'on veut être un peu moins violent dans les termes, ce capitalisme ne peut pas continuer à avancer sur ces bases fondamentales sans aggraver à l'échelle mondiale les inégalités entre les sociétés du Nord et les sociétés du Sud. C'est ce que Marx appelait « la paupérisation » - parce que la paupérisation est gigantesques à l'échelle mondiale et elle ne commence pas en septembre 2008: le processus d'accélération de la paupérisation commence en 1971, 70 ou 75 peu importe. Et cette paupérisation se marque par cette aggravation considérable, par une marginalisation de population entières, en particulier paysanne, de l'ensemble des populations des sociétés du Sud.


samedi 25 avril 2009

PRÉCIS D’HUMILIATION


AVRIL 2009


Toujours, l’État s’innocente au nom du Bien public de la violence qu’il exerce. Et naturellement, il représente cette violence comme la garantie même de ce Bien, alors qu’elle n’est rien d’autre que la garantie de son pouvoir. Cette réalité demeure masquée d’ordinaire par l’obligation d’assurer la protection des personnes et des propriétés, c’est-à-dire leur sécurité. Tant que cette apparence est respectée, tout paraît à chacun normal et conforme à l’ordre social. La situation ne montre sa vraie nature qu’à partir d’un excès de protection qui révèle un excès de présence policière. Dès lors, chacun commence à percevoir une violence latente, qui ne simule d’être un service public que pour asservir ses usagers. Quand les choses en sont là, l’État doit bien sûr inventer de nouveaux dangers pour justifier le renforcement exagéré de sa police : le danger le plus apte aujourd’hui à servir d’excuse est le terrorisme.

Le prétexte du terrorisme a été beaucoup utilisé depuis un siècle, et d’abord par les troupes d’occupation. La fin d’une guerre met fin aux occupations de territoires qu’elle a provoquées sauf si une colonisation lui succède. Quand les colonisés se révoltent, les occupants les combattent au nom de la lutte contre le terrorisme. Tout résistant est donc qualifié de « terroriste » aussi illégitime que soit l’occupation. En cas de « libération », le terroriste jusque-là traité de « criminel » devient un « héros » ou bien un « martyr » s’il a été tué ou exécuté.

Les héros et les martyrs se sont multipliés depuis que les guerres ont troqué la volonté de domination contre celle d’éradiquer le « terrorisme ». Cette dernière volonté est devenue universelle depuis les attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center : elle a même été sacralisée sous l’appellation de guerre du Bien contre le Mal. Tous les oppresseurs de la planète ont sauté sur l’occasion de considérer leurs opposants comme des suppôts du Mal, et il s’en est suivi des guerres salutaires, des tortures honorables, des prisons secrètes et des massacres démocratiques. Dans le même temps, la propagande médiatique a normalisé les actes arbitraires et les assassinats de résistants pourvu qu’ils soient « ciblés ».

Tandis que le Bien luttait ainsi contre le Mal, il a repris à ce dernier des méthodes qui le rendent pire que le mal. Conséquence : la plupart des États
— en vue de ce Bien là — ont entouré leur pouvoir de précautions si outrées qu’elles sont une menace pour les citoyens et pour leurs droits. Il est par exemple outré que le Président d’une République, qui passe encore pour démocratique, s’entoure de milliers de policiers quand il se produit en public. Et il est également outré que ces policiers, quand ils encombrent les rues, les gares et les lieux publics, traitent leurs concitoyens avec une arrogance et souvent une brutalité qui prouvent à quel point ils sont loin d’être au service de la sécurité.

Nous sommes dans la zone trouble où le rôle des institutions et de leur personnel devient douteux. Une menace est dans l’air, dont la violence potentielle est figurée par le comportement des forces de l’ordre, mais elle nous atteint pour le moment sous d’autres formes, qui semblent ne pas dépendre directement du pouvoir. Sans doute ce pouvoir n’est-il pas à l’origine de la crise économique qui violente une bonne partie de la population, mais sa manière de la gérer est si évidemment au bénéfice exclusif de ses responsables que ce comportement fait bien davantage violence qu’une franche répression. L’injustice est tout à coup flagrante entre le sort fait aux grands patrons et le désastre social généré par la gestion due à cette caste de privilégiés, un simple clan et pas même une élite.

La violence policière courante s’exerce sur la voie publique ; la violence économique brutalise la vie privée. Tant qu’on ne reçoit pas des coups de matraque, on peut croire qu’ils sont réservés à qui les mérite, alors que licenciements massifs et chômage sont ressentis comme immérités. D’autant plus immérités que l’information annonce en parallèle des bénéfices exorbitants pour certaines entreprises et des gratifications démesurées pour leurs dirigeants et leurs actionnaires. Au fond, l’exercice du pouvoir étant d’abord affaire de « com » (communication) et de séduction médiatique, l’État et ses institutions n’ont, en temps ordinaire, qu’une existence virtuelle pour la majorité des citoyens, et l’information n’a pas davantage de consistance tant qu’elle ne se transforme pas en réalité douloureuse. Alors, quand la situation devient franchement difficile, la douleur subie est décuplée par la comparaison entre le sort des privilégiés et la pauvreté générale de telle sorte que, au lieu de faire rêver, les images « people » suscitent la rage. Le spectacle ne met plus en scène qu’une différence insupportable et l’image, au lieu de fasciner, se retourne contre elle-même en exhibant ce qu’elle masquait. Brusquement, les cerveaux ne sont plus du tout disponibles !

Cette prise de conscience n’apporte pas pour autant la clarté car le pouvoir dispose des moyens de semer la confusion. Qu’est-ce qui, dans la « Crise », relève du système et qu’est-ce qui relève de l’erreur de gestion ? Son désastre est imputé à la spéculation, mais qui a spéculé sinon principalement les banques en accumulant des titres aux dividendes mirifiques soudain devenus « pourris ». Cette pourriture aurait dû ne mortifier que ses acquéreurs puisqu’elle se situait hors de l’économie réelle mais les banques ayant failli, c’est tout le système monétaire qui s’effondre et avec lui l’économie.

Le pouvoir se précipite donc au secours des banques afin de sauver l’économie et, dit-il, de préserver les emplois et la subsistance des citoyens. Pourtant, il y a peu de semaines, la ministre de l’économie assurait que la Crise épargnerait le pays, puis, brusquement, il a fallu de toute urgence donner quelques centaines de milliards à nos banques jusque-là sensées plus prudentes qu’ailleurs. Et cela fait, la Crise a commencé à balayer entreprises et emplois comme si le remède précipitait le mal.

La violence ordinaire que subissait le monde du travail avec la réduction des acquis sociaux s’est trouvée décuplée en quelques semaines par la multiplication des fermetures d’entreprises et des licenciements. En résumé, l’État aurait sauvé les banques pour écarter l’approche d’un krach et cette intervention aurait bien eu des effets bénéfiques puisque les banques affichent des bilans positifs, cependant que les industries ferment et licencient en masse. Qu’en conclure sinon soit à un échec du pouvoir, soit à un mensonge de ce même pouvoir puisque le sauvetage des banques s’est soldé par un désastre?

Faute d’une opposition politique crédible, ce sont les syndicats qui réagissent et qui, pour une fois, s’unissent pour déclencher grèves et manifestations. Le 29 janvier, plus de deux millions de gens défilent dans une centaine de villes. Le Président fixe un rendez-vous aux syndicats trois semaines plus tard et ceux-ci, en dépit du succès de leur action, acceptent ce délai et ne programment une nouvelle journée d’action que pour le 19 mars. Résultat de la négociation : le « social » recevra moins du centième de ce qu’ont reçu les banques. Résultat de la journée du 19 mars : trois millions de manifestants dans un plus grand nombre de villes et refus de la part du pouvoir de nouvelles négociations.

La crudité des rapports de force est dans la différence entre le don fait aux banques et l’obole accordée au social. La minorité gouvernementale compte sur l’impuissance de la majorité populaire et la servilité de ses représentants pour que l’Ordre perdure tel qu’en lui-même à son service. On parle ici et là de situation « prérévolutionnaire », mais cela n’empêche ni les provocations patronales ni les vulgarités vaniteuses du Président. Aux déploiements policiers s’ajoutent des humiliations qui ont le double effet d’exciter la colère et de la décourager. Une colère qui n’agit pas épuise très vite l’énergie qu’elle a suscitée.

La majorité populaire, qui fut séduite et dupée par le Président et son clan, a cessé d’être leur dupe mais sans aller au-delà d’une frustration douloureuse. Il ne suffit pas d’être la victime d’un système pour avoir la volonté de s’organiser afin de le renverser. Les jacqueries sont bien plus nombreuses dans l’histoire que les révolutions : tout porte à croire que le pouvoir les souhaite afin de les réprimer de façon exemplaire. Entre une force sûre d’elle-même et une masse inorganisée n’ayant pour elle que sa rage devant les injustices qu’elle subit, une violence va croissant qui n’a que de faux exutoires comme les séquestrations de patrons ou les sabotages. Ces actes, spontanés et sans lendemain, sont des actes désespérés.

Il existe désormais un désespoir programmé, qui est la forme nouvelle d’une violence oppressive ayant pour but de briser la volonté de résistance. Et de le faire en poussant les victimes à bout afin de leur démontrer que leur révolte ne peut rien, ce qui transforme l’impuissance en humiliation. Cette violence est systématiquement pratiquée par l’un des pays les plus représentatifs de la politique du bloc capitaliste : elle consiste à réduire la population d’un territoire au désespoir et à la maintenir interminablement dans cet état. Des incursions guerrières, des bombardements, des assassinats corsent régulièrement l’effet de l’encerclement et de l’embargo. Le propos est d’épuiser les victimes pour qu’elles fuient enfin le pays ou bien se laissent domestiquer.

L’expérimentation du désespoir est poussée là vers son paroxysme parce qu’elle est le substitut d’un désir de meurtre collectif qui n’ose pas se réaliser. Mais n’y a-t-il pas un désir semblable, qui bien sûr ne s’avouera jamais, dans la destruction mortifère des services publics, la mise à la rue de gens par milliers, la chasse aux émigrés ? Cette suggestion n’est exagérée que dans la mesure où les promoteurs de ces méfaits se gardent d’en publier clairement les conséquences. Toutefois à force de délocalisations, de pertes d’emplois, de suppressions de lits dans les hôpitaux, de remplacement du service par la rentabilité, d’éloges du travail quand il devient introuvable, une situation générale est créée qui, peu à peu, met une part toujours plus grande de la population sous le seuil du supportable et l’obligation de le supporter.

Naturellement, le pouvoir accuse la Crise pour s’innocenter, mais la Crise ne fait qu’accélérer ce que le Clan appelait des réformes. Et il ose même assurer que la poursuite des réformes pourrait avoir raison de la Crise… Les victimes de cette surenchère libérale sont évidemment aussi exaspérées qu’impuissantes, donc mûres pour le désespoir car la force de leur colère va s’épuiser entre un pouvoir qui les défie du haut de sa police, une gauche inexistante et des syndicats prenant soin de ne pas utiliser l’arme pourtant imbattable de la grève générale.

Pousser à la révolte et rendre cette révolte impossible afin de mater définitivement les classes qui doivent subir l’exploitation n’est que la partie la plus violente d’un plan déjà mis en œuvre depuis longtemps. Sans doute cette accélération opportune a-t-elle été provoquée par la Crise et ses conséquences économiques, lesquelles ont mis de la crudité dans les intérêts antipopulaires de la domination, mais la volonté d’établir une passivité générale au moyen des médias avait déjà poussé très loin son plan. Cette passivité s’est trouvée brusquement troublée par des atteintes insupportables à la vie courante si bien — comme dit plus haut — que les cerveaux ont cessé d’être massivement disponibles. Il fallait dès lors décourager la résistance pour que son mouvement rendu en lui-même impuissant devienne le lieu d’une humiliation exemplaire ne laissant pas d’autre alternative que la soumission. Ainsi le pouvoir économique, qui détient la réalité du pouvoir, dévoile sa nature totalitaire et son mépris à l’égard d’une majorité qu’il s’agit de maintenir dans la servilité en attendant qu’il soit un jour nécessaire de l’exterminer.

Bernard Noël (Poète)

Source: http://www.formes-vives.org/precis-d-humiliation

Illustration:
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Une image de Gérard Paris-Clavel parmi celles présentes dans le Manière de voir n°99 (juin-juillet 2008, L'international des riches).
- http://www.monde-diplomatique.fr/mav/99/
- http://www.formes-vives.org/blog/

samedi 18 avril 2009

Obama vit dans une bulle d’ignorance...

par Kathleen et Bill Christison [1]
on Counterpunch.org, 15 avril 2009
traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

.../...
« Nous devons nous attendre », a dit M. Abunimah, « à ce que l’appareil officiel de l’industrie du processus de paix – les Hillary Clinton, les Quartette, les Tony Blair, les Javier Solana, les Ban Ki-Moon, bref, toute la panoplie des boîtes à idées officielles et officieuses de Washington – vont continuer leur business as usual, en s’efforçant de faire croire que, grâce à leurs diligences, un Etat palestinien verra le jour ». « Mais, dans le monde réel, cet Etat n’existera pas », a-t-il poursuivi, « et le temps est venu de parler franchement de ce qui est en train de se passer ».

Jusqu’ici, après trois mois d’administration Obama, rien n’indique vraiment que celui-ci y voie clair ou soit prêt à parler franchement. Un autre commentateur politique et militant palestinien très avisé, M. Haidar Eid, qui vit et subit les incessants châtiments collectifs d’Israël à Gaza, a dit récemment, lors d’une interview, que la réaction internationale à l’agression israélienne contre Gaza s’apparentait à une réaction à une quelconque catastrophe naturelle, à croire qu’aucun être humain n’aurait eu de rôle dans la destruction et que les seules choses dont ont aurait besoin pour résoudre le problème étaient du fric et des aides. Comme si, a-t-il dit, le désastre n’avait pas été « créé par l’Etat d’Israël afin d’anéantir à la fois la résistance et la société palestiniennes ? »

[1] Depuis plusieurs années maintenant, Kathleen and Bill Christison rédigent des analyses sur le Moyen-Orient. Ils sont les coauteurs d’un livre, à paraître au mois de juin aux éditions Pluto Press, consacré à l’occupation israélienne et à son impact sur les Palestiniens. Il y a une trentaine d’années de cela, ils étaient analystes à la CIA.

mercredi 15 avril 2009

La Toile contre la politique ?

Tribune libre & Opinions

REPRISE d’ARTICLE

Un point de vue de Cédric Biagini – extraits…

Les milieux contestataires ont imposé l’idée que pianoter derrière un écran pour diffuser sur Internet était une pratique subversive. Les mouvements conservateurs tendant à reconquérir ce terrain, il est temps de mettre à bas ce mythe de la communication. Et de savoir construire (aussi) des rapports de force sociaux ou politiques dans le monde réel. Saurons nous encore le faire ?

Cette promesse d’un monde meilleur a été portée par les pionniers d’Internet.

L’émergence du mouvement alter mondialiste est concomitante de l’éclosion de ces nouveaux médias, la lutte se mène désormais à l’échelle planétaire et prend le réseau comme modèle.

Mais cette illusion d’avoir dépassé le capitalisme vermoulu, ancré dans le réel, pesant, hiérarchisé, bref, associé à l’ancien monde du XXème siècle, n’a duré que quelques années, le temps que celui-ci se redéploie dans l’univers virtuel et en tire des bénéfices immenses, en terme financiers bien sûr, mais surtout idéologiques. Le basculement numérique lui offre, au contraire un nouveau territoire à conquérir et lui permet de se moderniser en se parant de valeurs issues de la tradition émancipatrice et de mots comme révolution, liberté, gratuité, horizontalité, participation, nomadisme, échange, etc…

Bien que toutes les forces sociales dominantes, de l’Etat aux multinationales, en passant par les industries culturelles, participent au déferlement technologique et tentent de mettre l’ensemble de l’humanité devant tel ou tel écran, les mouvements contestataires, passé l’euphorie des débuts, sont anesthésiés, incapables de formuler un discours un tant soit peu critique. Seules quelques technologies comme les puces RFID et celles associées aux contrôles policiers éveillent leur méfiance.

Pourtant la question numérique est éminemment politique. Nos rapports au temps, à l’espace, aux autres et à nos environnements s’en trouvent profondément modifiés. L’essence même de la technologie est en train de transformer le monde. Son emprise croissante sur nos vies ne fait que renforcer le libéralisme : marché autorégulé, disparition des intermédiaires, accélération des échanges, déterritorialisation, individualisation, destruction des modes de vie traditionnels, culte de la performance et de la nouveauté. Que les béni-oui-oui du progrès applaudissent à toutes les innovations, persuadés que chaque problème trouvera sa solution technique, paraît logique. Plus étonnante est la permanence du discours sur la neutralité de la technique – tout dépend de ce qu’on fait… – ou sur l’illusion de pouvoir la maîtriser – c’est bien pratique et efficace…

L’obsession de l’information. Peu à peu, une frénésie informationnelle s’est emparée de la société, le monde la contestation ayant parfaitement intégré que tout n’était qu’information et que si les gens savaient, tout changerait !…. Puisque les grands médias sont responsables de tous les maux, leur critique devient obsessionnelle et rétablir la vérité devient le coeur des nouvelles pratiques militantes. Se multiplient alors forums, listes, sites, blogs, etc…

Le temps n’étant pas extensible, les moments de rencontre se raréfient et plus personne ne devient disponible pour organiser de vraies réunions ou penser des mobilisations ou des alternatives collectives. Cette réduction utilitariste de l’agir politique empêche de questionner le sens de nos pratiques, alors que nous devrions avoir compris, après les multiples échecs des mouvements du XXème siècle, que le chemin importe plus que le but. Faire un journal militant, par exemple, n’a pas uniquement pour objectif de diffuser des idées ; le support en lui-même crée du collectif et amorce une prise sur le réel. Les militants passent un temps croissant vissés devant leur ordinateur à faire circuler des informations et à s’écharper sur les forums avec une violence que l’absence de liens véritables permet. Une information chasse l’autre dans un ballet sans fin qui donne le tournis… et de nouvelles raisons de s’inquiéter et de s’indigner. Plus le temps de prendre du recul pour mettre en perspective, de conceptualiser ou de débattre.

Il faut se connecter aux évènements les plus récents et rester vigilants pour être sûrs de ne rien manquer ! Cette dictature de l’instant empêche de chercher des réponses philosophiques et politiques.

L‘homo communicans. Cette obsession de l’information libératrice postule qu’il suffirait d’être au courant des horreurs du monde pour les combattre. Ce peut être une condition nécessaire mais jamais suffisante, et il n’y a pas de lien direct entre information et action – si l’on entend bien sûr par « action » actes et engagement, et non un simple réflexe émotionnel ou compassionnel.

Le rapport de force politique ne se crée pas devant un écran. Car scoops et révélations n’entraînement pas mobilisations. Car ces informations et cette masse de connaissances accessibles, aussi critiques soient-elles, si elles n’entrent pas dans la « réalité de nos situations », c’est-à-dire dans un ordre constitué de croyances, de valeurs, de repères et de pratiques, ne produisent aucune puissance politique. Or la société communicationnelle nous condamne à n’être que des émetteurs-récepteurs d’informations, perpétuellement plongés dans l’univers des machines, extérieurs au monde.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de refuser toute forme de communication, d’échanges d’informations et d’analyses. Mais plutôt, de cesser de nous bercer d’illusions que l’instantanéité et la profusion de données nous permettent de maîtriser le monde. En évitant d’être happé par ces flux, un double processus peut s’enclencher : prendre le recul nécessaire à la réflexion, à la construction de soi et à la production de sens. Et, en même temps, nous réinscrire dans une histoire, dans un environnement social, dans la nature et dans la durée.

Du journal « La Décroissance » – Avril 2009 N°58

dimanche 12 avril 2009

Grèves





Les séquestrations de patrons, une méthode de lutte qui se révèle payante
Par Ivan du Roy (9 avril 2009)

Sony, 3M, Caterpillar, Scapa… Quatre séquestrations de dirigeants se sont déroulées en un mois. Elles s’inscrivent dans un rapport de force radical et psychologiquement brutal, pour les dirigeants retenus dans l’usine comme pour les salariés. Mais ces actions se révèlent efficaces pour peser sur les négociations. À chaque fois, les revendications sont écoutées, les indemnités de départ augmentées et les congés pour reconversion allongés. C’est peut-être pour cela que près d’une moitié des Français juge cette pratique de lutte « acceptable ».
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vendredi 3 avril 2009

Retour dans le giron de l'Empire

L’épisode seul suffit à prouver combien notre démocratie n’en est plus une. Non content de décider que nous serions désormais vassaux des intérêts américains, Nicolas Sarkozy s’est aussi débrouillé pour enterrer tout débat sur la question. Une forfaiture démocratique que le président a tenté de justifier par des mensonges patents et d’évidentes injures à la réalité. La routine, en pire.

Retour dans l’OTAN :
la forfaiture de Sarkozy, les mensonges de Nicolas

Il a beau dire. Expliquer, comme lors de ce discours donné lors du Colloque de la Fondation pour la recherche stratégique, le 11 mars dernier, qu’il n’a que "le souci d’éclairer l’opinion et d’en débattre". Marteler que sa seule "rupture" est "celle de ce Gouvernement, dans la transparence des décisions qu’il assume". Baratiner à grands renforts de mots ronflants : "La démocratie a son exigence et cette exigence c’est la vérité."
C’est beau comme l’antique. Mais ça ne trompe personne....

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