jeudi 26 février 2009

VIVE LA FRANCE DES INÉGALITÉS

Nicolas Sarkozy perçoit toujours son salaire de ministre de l'Intérieur


publié le mercredi 12 décembre 2007 à 16h53



Double augmentation de Sarkozy

Après la polémique sur l'augmentation de salaire du président de la République, voici que le Canard Enchaîné nous apprend que Nicolas Sarkozy a préféré son salaire de ministre de l'Intérieur à celui de président de la République.. L’information est sure puisqu’elle a été confirmée par l'Elysée. C'est du jamais vu. Décryptage.


La double augmentation de Sarko (Le Canard Enchaîné, 12 décembre 2007)

Dans son édition du mercredi 12 décembre 2007, le Canard Enchaîné publie une brève explosive. On sait que Nicolas Sarkozy a obtenu une augmentation de salaire de 172% il y a quelques semaines en demandant l'alignement de sa rémunération sur celle du Premier ministre. Ainsi, le chef de l'Etat percevra un salaire mensuel de 19 331 euros net. Mais cette augmentation ne sera effective que le 1er janvier 2008. D'ici là, le chef de l'Etat est censé percevoir le même salaire que celui de son prédécesseur, soit 7 500 euros net. Or, Nicolas Sarkozy a demandé à continuer de percevoir son salaire de ministre l'Intérieur jusqu'au 31 décembre 2007, soit 11 500 euros net.


Salaire des ministres : la règle des 6 mois
Pour permettre à un ministre qui vient de quitter le gouvernement de retrouver un emploi, ce dernier perçoit son traitement intégral pendant les six mois qui suivent son départ du gouvernement. Nicolas Sarkozy a démissionné de son poste de ministre de l'Intérieur fin mars, pendant la campagne présidentielle. Il a donc perçu son salaire de ministre jusqu'en septembre dernier. Mais il a demandé que soit prolongé ce versement jusqu'en décembre 2007, avant l'entrée en vigueur de son augmentation de salaire au 1er janvier 2008.

Le salaire de Sarkozy depuis le 6 mai 2007 : 11 500 au lieu de 7 500

Résumons : au nom de l'équité et de la transparence, le chef de l'Etat a demandé à ce que son salaire soit aligné sur celui du Premier ministre. Dont acte. A partir du 1er janvier 2008, le président de la République percevra un salaire mensuel de 19 331 euros net.
Mais en demandant de continuer à percevoir son salaire de ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a réussi à anticiper sa hausse de salaire... dès le 6 mai 2007. Entre le 6 mai 2007, jour de son élection, et le 31 décembre 2007, Nicolas Sarkozy aura donc perçu 11 500 euros au lieu des 7 500 euros prévus.


Rectificatif du 29 décembre : Le site arretsurimages.net précise que Nicolas Sarkozy ne cumule pas son salaire de ministre de l'Intérieur et celui de président de la République. Le chef de l'Etat a "simplement" choisi de garder le salaire le plus élevé, celui de ministre de l'Intérieur.



Salaire de Sarkozy

.



*** Source
- "La double augmentation de Sarko", Le Canard Enchaîné, mercredi 12 décembre 2007, page 2

Article provenant de: http://www.politique.net/2007121201-nicolas-sarkoz-percoit-toujours-son-salaire-de-ministre-de-l-interieur.htm



dimanche 22 février 2009

LA LETTRE DE CESARE BATTISTI


(Transmise le 20 février à son comité de soutien français par Fred Vargas qui souhaite qu’elle soit diffusée). Cette lettre de Cesare a été lue en séance plénière au Sénat brésilien, par le sénateur José Nery. Elle circule à présent à travers tout le Brésil et l’Italie. Tenez compte que Cesare l’a écrite en portugais, et que ceci en est une traduction.

Brasilia, 18 février 2009-02-20

Pourquoi moi ?

Même si je n’ai jamais cru, comme l’a dit Voltaire, que nous vivons dans un monde où l’on vit ou meurt « les armes à la main », l’ironie du destin a fait qu’aujourd’hui, je me trouve condamné pour quatre homicides. Ma situation est terrible. Je suis effrayé, désarmé, devant l’hostilité, la haine pleine de rancune que manifestent mes adversaires. Je sais que je devrais combattre l’avalanche de mensonges, de faussetés historiques, mais ce qui me manque pour me lancer dans la lutte, c’est le désir de gagner. Gagner quoi ? Mes adversaires, au contraire de moi, semblent avoir quelque chose à défendre. Qui sait, leur misère, ou leur richesse ou, peut-être, comme dans le cas de quelques actuels ministres du gouvernement italien, maintenir caché leur passé en tant qu’activistes de l’extrême droite (fasciste), responsables directement ou indirectement des massacres à la bombe. Je ne sais pas exactement ce qui motive mes adversaires à entrer dans cette lutte, mais, ce n’est certainement pas la soif de justice.

De mon côté, je ne prétends pas me faire le défenseur de tout ce qui s’est passé pendant les sanglantes années 70. Nous sommes en plein XXIe siècle, je n’ai plus de vérités absolues sur la société idéale, et je ne suis pas important au point de défendre ce qu’il y avait de bon dans les rêves de ces années. Je ne peux pas me jeter dans une telle guerre. Je dirais même que je ne suis pas non plus intelligent au point de générer autant d’ennemis ; si j’ai dérangé tant de personnes importantes, cela fut sans aucun doute le résultat de mon inconscience. La vérité est que je n’ai rien fait pour éviter tant de problèmes, mais reste encore à comprendre comment je fus capable d’arriver à des résultats aussi désastreux. Reste, de toute manière, cette question : pourquoi tant de haine ? Ce n’est pas pour m’esquiver que je me déclare inapte et que je laisse la réponse à cette question à des personnes plus intelligentes, qui n’ont pas l’habitude de jouer le rôle d’« anges vengeurs ».

Cette interminable persécution et toute cette histoire des années 70 en Italie sont une longue agonie, une lamentation honteuse couchée sur le papier jauni des justiciers. C’est l’expression d’un visage rongé par une maladie nerveuse, comme un péché originel qui souille le corps politique italien. Pauvre Italie de Dante, ou celle de Beccaria, de Bobbio et d’Umberto Eco. Pauvre patrie balayée par le vent de l’orgueil, du cynisme et de la vanité, qui l’empêche de reconnaître ses propres erreurs, ses propres péchés, ne voulant pas s’abaisser au niveau de ces pays latino-américains en admettant courageusement que, elle aussi, elle a souffert à la même époque d’une guerre civile de basse intensité (lire les déclarations de l’ex-Président de la République, le sénateur Francesco Cossiga), et que, pour la combattre, elle a recouru à toutes sortes d’illégalités.

Outre des dizaines de prisonniers politiques enterrés vivants dans les prisons italiennes, il y a des centaines d’autres réfugiés dans le monde entier. Nous avons ici, au Brésil, le cas d’un extradable italien qui appartenait à une organisation nazi-fasciste et qui fut impliqué dans l’attentat de Bologne, 82 morts. Étrangement, l’Italie ne fait pas mention de ce cas, n’émet pas de protestations ni ne fait de chantage au peuple brésilien. Pourquoi ? Pourquoi l’Italie n’a-t-elle pas agi de la même manière quand Sarkozy a refusé l’extradition de Marina Petrella en France, dont la situation pénale dépasse de loin la mienne ? Pourquoi cette obstination féroce contre moi, alors qu’il n’y eut aucune protestation quand fut refusée [note : par le Brésil] l’extradition de quatre autres Italiens, également condamnés pour homicide ? Serait-ce que mon activité d’écrivain et de journaliste puisse constituer un danger pour la manipulation historique de cette Italie gouvernée par la Mafia ? Je ne sais pas.

Ce qui est sûr, c’est que, malgré tous mes efforts, je ne réussis pas à agir devant ces attaques virulentes contre moi. Je ne peux pas m’identifier à l’image de moi qu’ils me renvoient et associer ce reflet désolant à mon identité sociale. Ils peuvent continuer à dire que je suis un « terroriste », un « assassin », etc., de toute façon, je ne réussis pas à me penser comme quelqu’un capable d’au moins le centième de tout ce qu’ils m’attribuent.

C’est curieux d’observer la réaction des personnes qui, pour une raison ou une autre, sont en contact avec moi : les agents pénitentiaires, d’autres prisonniers, des visiteurs et même mes avocats. Dans les premières minutes de la conversation, je lis dans leurs expressions un « brin » de déception, comme s’ils pensaient : « Alors, c’est celui-là, le dangereux terroriste ? » C’est exactement ce que les gens s’exclament quand je me trouve dans des situations similaires, n’ayant pas réussi à éviter le bombardement médiatique, principalement de la « presse marron », qui fait tout pour tenter d’intervenir négativement dans les décisions judiciaires.

Je reste perplexe, surpris et gêné par tout ce que je provoque et, sans aucun doute, je finis par sembler un peu idiot, avec un air distrait, voire incrédule, de voir que c’est moi le sujet concerné. Cela parce que je n’ai jamais eu le sentiment, quand il s’est agi de contester les accusations, d’agir pour ma propre défense. J’ai toujours l’impression que, en rétablissant la vérité historique, les faits, je ne fais qu’accomplir un devoir civique.

J’aimerais crier la vérité au peuple italien, mais comment le faire ? Car la foule manipulée est devenue lyncheuse et résolue à notre perte. Le fauve qui se cache derrière la masse, derrière un sourire de circonstance, derrière des mots vides, et qui n’attend que l’occasion de se révéler, je le connais bien. Déjà avant qu’ils ne me désignent, en particulier, je savais qu’à un moment ou un autre, mon heure arriverait. Et j’ai laissé parler. Je me suis laissé traiter d’assassin, de voleur, de dépravé, et de beaucoup d’autres choses. J’ai laissé faire tout cela par imprudence ou par supériorité, ou encore parce que je me sentais invulnérable à ces insultes, ou par goût qu’on parle de moi, que ce soit en bien ou en mal. Si je n’ai pas protesté vigoureusement contre de telles obscénités, ce n’est pas seulement parce que, d’une certaine manière, je reste un optimiste. Inutile d’être conscient que, quand la multitude se rassemble, elle le fait toujours contre quelqu’un, celui-là même qui l’avait mise d’accord, au début. Ce quelqu’un est le rejet d’une molécule de cette multitude qui, en règle générale, l’avait idolâtré un jour. Même si dans mes pensées je me soulève, avec raison, contre les bas instincts de la multitude manipulée, je n’ai toujours pas perdu l’espoir qu’une lumière puisse soudain s’allumer au milieu de ces gens, pour les ramener au monde des êtres pensants et des esprits libres. Mon attitude peut sembler suicidaire, au moins contradictoire, mais elle est partie intégrante de l’idée que je me fais des raisons qui me lancèrent dans l’aventure de l’écriture. Car c’est bien vrai que, avant d’être transformé en monstre, j’ai été un écrivain.

Enfin, les autorités italiennes d’aujourd’hui me poursuivent, comment expliquer cela, comment expliquer cette Italie, la même qui me transmit un jour l’amour des mots écrits, ce rêve de liberté et de justice sociale, qui fit de moi un homme, et à présent un pestiféré ? Comment expliquer cette Italie qui a oublié sa récente pauvreté, ses émigrants traités comme des chiens qui mouraient dans les mines belges, allemandes et françaises. Qui a oublié ses fascismes jamais enterrés, ses tentatives de coup d’état, la Mafia au pouvoir, la stratégie de la tension, Gladio, les bombes des services secrets sur les places publiques, les tortures des militants communistes, ces mêmes qui, en dépit de leurs erreurs, ont déchiré leur vie pour contribuer à faire de l’Italie un pays à la hauteur de l’Europe et qui aujourd’hui, 35 ans après, sont traités de terroristes, et dont certains pourrissent encore dans les « prisons spéciales ».

Ce serait cette Italie, dont le chef du gouvernement fut un excellent membre de la célèbre Loge P2, et qui aujourd’hui promulgue des lois racistes ? Est-ce l’Italie qui se refuse à laver son linge sale en public ? De toute façon, l’histoire ne se juge pas dans les tribunaux, nos seuls juges ne peuvent être que ceux, encore à venir, combattant pour une société juste. Car ceux-là seulement nous jugeront impartialement. La vérité fait mal, mais elle éclaircit. Notre histoire récente nous a montré l’erreur et la tromperie de l’inquisition, et que des cicatrices jamais oubliées doivent être réparées pour que soient ainsi reconnus les excès commis face à la vérité unique imposée. Il ne sert à rien de cacher la saleté sous le tapis. Tôt ou tard la saleté apparaît. Je reconnais avoir fait partie d’une page de l’histoire qui a été écrite avec du sang, de la sueur et des larmes ; et j’espère qu’aujourd’hui mes adversaires reconnaissent que jamais les bourreaux ne touchent pas leur dû. L’histoire s’est toujours montrée implacable avec ceux qui essaient de supplanter et cacher leurs erreurs.

Nous vivons une ère démocratique. Des barrières et des murs ont été renversés, les concepts ont été révisés. L’heure n’est-elle pas arrivée pour l’Italie de montrer son côté chrétien ? Car le pardon est un acte de noblesse. Si je suis considéré comme un ennemi de l’Italie, même les ennemis font la trêve et se pardonnent. L’histoire a fait sa part et a donné à l’Italie une ère de progrès et de développement. On s’attend à ce que l’importance de ceux qui ont fait de l’Italie, l’Italie de tous, soit reconnue, et que le rôle fondamental qu’ils ont eu pour le rétablissement de l’État Démocratique de Droit, bien que non compris, fut essentiel. Italie, Italie, qui tue le rêve de tes fils et ferme les yeux sur ceux qui t’ont défendue, il n’est jamais trop tard pour un geste de noblesse, à l’exemple du Vatican qui reconnut ses activités pendant l’Inquisition. La chasse aux sorcières est finie. « Que justice soit faite, non pas après que périsse le monde, mais justement pour qu’il ne périsse pas ». La société souffre davantage de l’emprisonnement d’un innocent que de l’absolution d’un coupable.

Amitiés aux Brésiliens et aux Brésiliennes,

Cesare Battisti (Trad. Dorothée de Bruchard).


Source: http://www.legrandsoir.info/

samedi 14 février 2009

COMMUNIQUÉ DE LA BRIGADE DES SIFFLETS



Puisque nos dirigeants n'apprécient pas les sifflets nous demandons à tous ceux qui s'opposent à leur politique de se constituer en BRIGADES DES SIFFLETS. Cela ne coûte pas grand'chose de s'en procurer. Nous proposons à tous ceux qui se reconnaissent dans l'Opposition au gouvernement de s'organiser en groupe et de siffler durant un quart d'heure dans tout le pays, à une date et une heure qui sera indiquée dès que nous serons assez nombreux pour agir.
Ce type de manifestation offre l'avantage de se faire entendre et ne nécessite pas de gros effort. Sur place, personnes âgées, handicapés, enfants, employés, travailleurs, par milliers et ensuite par millions nous pouvons faire entendre notre protestation à travers tout le pays. TOUS UNIS il est possible de manifester de cette façon efficace notre Opposition au gouvernement, à condition que nous agissions unanimement au même moment.
Pour l'instant ce n'est que le début. Nous en sommes au stade de l'organisation. Vous pouvez dès à présent vous inscrire en indiquant votre e-mail afin que vous soyez tenu au courant. Pour démarrer prévenir : gerald.bloncourt@club-internet.fr
Mobilisez vos amis. Faites fonctionner vos face-book et faites parvenir vos suggestions. Dès que nous serons assez nombreux nous agirons. Il faudra déterminer le jour, la date et l'heure. Egalement la fréquence de ces actions. Par exemple une fois par semaine.

Amicalement à tous,
LA BRIGADE DES SIFFLETS.


Allez voir: http://bloncourt.over-blog.net/

jeudi 5 février 2009

Un trou béant à la place dun coeur


Rien, absolument rien à redire qui n’ait déjà été dit sur la prestation de notre ex-futur prétendant à l'Élysée, toujours égal à lui-même, jamais à court d'arguments les plus vils avec un trou à la place du coeur, un trou béant, qu'il a bouché avec un mot, juste un mot prononcé avec un rictus effroyable: "compassion". Un mot qu'il a avoué ne pas se sentir autorisé à" utiliser" dans le cadre de la fonction prestigieuse qui est la sienne. Comme ils se sont donné des sueurs froides les conseillers de communications qui tentent de redorer son blason bassement populiste dévoyé, siglé UMP., signifiant à quelque chose près: l'ultra libéralisme à l'usage des populations en voie d'être décervelées. Même un Le Pen, à qui Sarkozy doit somme toute beaucoup plus qu’il ne voudrait le croire, aurait fait mieux fait dans cet exercice spectaculaire qui consiste à ramener les moutons affolés au bercail. Après dix minutes fastidieuses, j'avais envie de lui dire: « pète un coup mon gars, t'es tout pâle ». Rien, rien de neuf, ce soir, sinon une peur insidieuse qu'il n’arrivait plus à dissimuler, inscrite telle une malédiction, une contamination pernicieuse qui pourrait rendre notre conducator « vulgaris » extrêmement dangereux dans les mois à venir. Les Français ne sont plus dupes des vicieux tours de passe-passe auxquels s’adonne une gouvernance entrepreneuriale qui n'a de cesse d'écraser les gens d'en bas, selon la formule odieuse de l'éminence grise Raffarin, tandis qu'elle accorde de royaux privilèges à ceux qui, s'ils étaient bons joueurs, devraient redistribuer les plus-values colossales qu'ils ont détourné, au détriment du bien public, et conséquemment des plus démunis. Je n'ai entendu que justifications grossières, étayées par des mensonges de sale gosse pris en flagrant délit de masturbation. Et pour finir, j'ai surtout été choqué par les fautes de français, coutumièrement inadmissibles dès la classe de sixième, du plus haut représentant du pays de la philosophie des Lumières. Au bout de vingt minutes, j'ai éteint mon poste.

André Chenet

mardi 3 février 2009

Quand l'Obeissance est devenue Impossible




Emmanuelle K.
:








L’ARMÉE DES OMBRES



Nous ne sommes pas quelqu’un, nous sommes la nausée du monde.

N’être connus, ni reconnus
Disparaître dans le souterrain réseau des égaux
Être le un à l’autre analogue
et non semblable
C’est dévoiler la multiplicité des richesses.

Le fait social est tel qu’être en vie c’est être invisible.
Le monde s’est saisi de tout ce qui se donne à voir
nous laissant seuls et séparés.

Vie-ersatz réduite, exsangue, à son seul spectacle, ersatz du merveilleux.

Et nous sommes fous d’être l’occulte d’un tel renversement.

Face au règne de l’ersatz brille, par intermittence, la lueur aveuglante
plantée dans le cerveau des fous.
Lumière noire,
Car le Fou n’est pas seulement celui ou celle que la société suicide
C’est aussi ceux, celles que l’on ne voit pas,
transparents,
au coeur du palais de cristal,
hanté par la mémoire du monde.


Ceux-là prennent conscience
de ce que le monde les étouffe et pourquoi
de ce que cet étouffement établit lui-même les normes de sa contestation
où il n’est encore question que de prendre un pouvoir
ou de se mettre “au service de...”
Nous ne voulons pas être “au service de...”
être ainsi séparés de nous-mêmes
par une fin qui nous dépasse.

Nous en donner les moyens
passe par la conscience de la cohérence de la répression
partout dans le monde.
Passe par la conscience de ce que toutes les guerres, toutes les prisons,
sont les pièces d’un même jeu de pouvoirs.
Et que, si l’on refuse de jouer le rôle qui nous est assigné :
se taire et obtempérer,
Si l’on désire l’aventure quotidienne
C’est la mort lente de l’impuissance qui nous attend
ou l’abdication de conscience.


Il faut donc commencer par nier.
Nier que nous soyions nés pour autre chose qu’être nous-mêmes.
Ce qui en soi suppose beaucoup à découvrir
Et il nous faut savoir
que c’est ici et tout de suite que cela commence.

C’est en quoi nous sommes tous analogues,
Nous qui partons dès maintenant à la conquête de nos vies
Mais non semblables.

Car, si la répression n’utilise pas partout les même armes,
Si elle est géographiquement différenciée
et hiérarchisée
si elle est inégale,
Sa fin est partout la même :
maintenir les privilèges de quelques uns.

Et cette fin a besoin de ces inégalités de développement
pour entretenir un ordre
que certains peuples paient de leur peau
et un spectacle destiné
à nous faire oublier,
dans de vaines discussions
dans de stériles échauffements passionnels
que tout commence ici.
Et que ce qui se passe ailleurs
partout où l’on torture, humilie, blesse, méprise, affame et tue
ne se produit ainsi que parce que les arrières de toutes les répressions sont assurées ici et que,
chaque flic usant ici d’un pouvoir discrétionnaire
chaque politicien enrichi ici par la bêtise et l’irresponsabilité
chaque technocrate justifié ici par la servilité et par la peur
permet que soit une bombe de plus, un avion de plus, une armée de plus
et justifie ce quadrillage insensé
auquel on réduit les pays du tiers monde et les nôtres
Sous des dehors de bonhommie rassurante pour les imbéciles.

Car, quand ce n’est pas la guerre-terre-brûlée-génocide
l’aide technique n’est jamais qu’une verrue de plus sur la face dérisoire
des pleutres
placés là par les groupes de pression des pays “développés”.

Nous sommes tous colonisés.

Et l’alarmante raréfaction de l’air respirable
continue
Et les flons-flons grotesques de l’orchestre des morts-vivants
le sourire figé dans le masque
et les yeux glacés
ne couvrent plus le claquement des coups de feu, des coups de poing
et des tortures
ne masquent plus la cruauté mentale que nous font subir
à nous rendre complices, de fait
ceux qui nous “dirigent”.

Ce dont ils s’excusent
dérisoirement
en quelques discours puant le mensonge libéral
en goutte-à-goutte de subventions qui ne servent qu’à régler la pression
de la chaudière sociale
afin qu’elle n’explose pas.




In « Quand l’Obeissance est devenue Impossible »
Éditions : La Différence et Le Krill _ 2008





2008… 1968 : les années riment et ne se ressemblent pas. Les unes sont celles du joli mai, les autres celles d’un décembre laissant présager le pire (ou un mieux, c’est selon), qui tend à donner raison à Paul Virilio et à ses théories de l’accélération et de la catastrophe. Évitable ou inéluctable, 2009 et la suite le diront. En attendant, en cadeau de fin d’année, un coffret reçu au début du mois. Rouge et noir l’extérieur, au titre qui frappe comme une évidence : Quand l’obéissance est devenue impossible. Rouge et noir le cœur, fait de quatre minces volumes imprimés sur du papier qui ressemble à du papier. De ces livres qui trouvent tout naturellement leur place au chevet, comme s’ils y avaient toujours été.

Chaque opuscule a son titre et recèle un ou plusieurs poèmes, tranches de vie et de vérité vécue. Vertiges de l’écart commence par cette phrase : « Paris, à l’aube, voir courir ceux qui vont quelque part pour y être à l’heure. » Viennent ensuite les Brutes, où le travail est réduit à ce qu’il est, l’alinéation dont il faut se défaire. Puis l’Indépendance du sourire, qui nous dit que « le désir d’être sans nom est propre à tous ceux qui, jour après jour et opiniâtrement, cherchent à repérer les espaces de leur peur, à en dessiner les limites, écartelés qu’ils sont entre tous les pouvoirs qui cherchent à absorber leur vie». Qu’« on a plus de santé que ça, plus de force et de folie dans nos désirs et dans nos rêves ! » Qu’« il existe encore en nous une désobéissance, une liberté d’être, un imaginaire insoumis, un sens du possible et du jeu, de l’aventure et de sa dignité qui nous rendent à la vie ».

La dérive s’achève par les Chemins du désir. « On ne nous offrirait que de subir, de contempler, d’être à la fois complices et victimes, en payant, s’il vous plaît, notre place. » À cette question qui n’en est pas une, une réponse en forme de voie de sortie : « Malgré le poids du monde et les mensonges de la réalité, un chemin est possible, à qui entre en résistance comme on part à l’aventure. Un chemin est possible à qui s’aime, se respecte et joue à ne plus mentir. »

L’auteur se nomme Emmanuelle K. Elle a connu Nanterre, les Enragés, les Situationnistes, la maladie, la solitude. Elle est libre, incroyablement vivante, et je vous souhaite de la rencontrer, au détour d’une de ses pages. Ou à travers son site.

Christine Tréguier
In "LA PAROLE À EMMANUELLE K." Politis 24/12/09


Le site d'Emmanuelle K. : http://emmanuelle.k.club.fr/index.html