mercredi 17 décembre 2008

A la pointe européenne des combats


Nouvelles des amis grecs.
16 décembre 22:21

Commentaire publié sous l'article intitulé "La réalité a déjà dépassé les prévisions et les projets des organisations" sur le site de Organisation communiste Libertaire:

Aujourd’hui mardi, des lycéens ont envahi la télé nationale grecque et sont passés à la télé avec une banderole "Arrêtez de regarder la télé - Tout le monde dans les rues !", ceci en plein discours en direct du groc porc de premier ministre : http://www.youtube.com/watch ?v=xeWKwQ4iHsE

Hier lundi, les émeutiers ont raffiné leurs techniques d’attaque : http://www.youtube.com/watch ?v=oZgTekSb-0I

Chronologie du soutien mondial : http://www.non-fides.fr/spip.php ?article132

Pour savoir DE L’INTERIEUR ce qu’il se passe en Grèce : =>http://emeutes.wordpress.com/

=> A DUPLIQUER SUR VOS SITES ET A FAIRE TOURNER !!! :

Alignés au mur, fils de pute ! Nous sommes arrivés pour prendre ce qui nous appartient…

En ces jours de rage, le spectacle comme une relation de puissance, une relation qui imprime son souvenir sur les objets et les corps, est confronté à un diffus contre-pouvoir qui déterritorialise le vécu, lui permettant de s’éloigner de la tyrannie de l’image pour s’aventurer dans le domaine des sens. Les sens ont toujours été perçus comme antagonistes (ils réagissent toujours contre quelque chose), mais dans les conditions actuelles, ils se dirigent vers une polarisation de plus en plus aiguë et radicale.

Des caricatures soi-disant pacifiques des médias bourgeois ( “la violence est toujours inacceptable, partout dans le monde”), nous ne pouvons que nous gausser : leur loi, leur loi d’esprit obéissant et consentant, de dialogue et d’harmonie ne sont rien d’autre qu’un bestial plaisir bien calculé : un carnage garanti. Le régime démocratique sous son verni pacifique ne tue pas un Alex chaque jour, précisément parce qu’il tue des milliers de Ahmets, Fatimas, JorJes, Jin Tiaos et Benajirs : parce qu’il assassine systématiquement, structurellement et sans remords l’ensemble du tiers monde, qui est le prolétariat mondial. C’est de cette façon, à cause de ce quotidien massacre à froid, qu’est née l’idée de liberté : la liberté non pas comme un prétendu bienfait humain, ni comme un droit naturel pour tous, mais comme le cri de guerre des damnés, comme le principe de la guerre.

La classe bourgeoise et son histoire officielle nous lavent le cerveau avec la légende d’un progrès graduel et stable de l’humanité au sein duquel la violence n’est qu’une désolante exception découlant d’un sous-développement économique, culturel et émotionnel. Pourtant, nous tous qui avons été écrasés entre les pupitres d’école, derrière les bureaux, les usines, ne savons que trop bien que l’histoire n’est rien d’autre qu’une succession d’actes bestiaux reposant sur un système de règles mortifères. Les gardiens de la normalité déplorent que la loi ait été violée par la balle du revolver de Korkoneas le Porc (le flic tueur). Mais qui ne sait pas que la vigueur de la loi est simplement la force de la puissance ? Que c’est la loi elle-même qui permet le recours à la violence contre la violence ? La loi est vide de bout en bout, elle n’a aucun sens, ni aucun autre but que celui de déguiser la force du pouvoir.

Dans le même temps, la dialectique de la gauche tente de codifier le conflit, la bataille et la guerre, avec la logique de la synthèse des contraires. De cette manière, il construit un ordre, un état pacifié au sein duquel tout a sa propre petite place. Pourtant, le destin du conflit n’est pas la synthèse - comme le destin de la guerre n’est pas la paix. L’insurrection sociale contient la condensation et l’explosion de milliers de négations, pourtant elle ne contient en aucune de ses sous-parties, ni en aucun de ses moments, sa propre négation, sa propre fin. C’est toujours avec une certitude lourde et sombre qu’arrivent les institutions de médiation et de normalisation, de la gauche promettant le droit de vote dès 16 ans, le désarmement mais le maintien des porcs, l’État-providence, etc. En d’autres termes, en voilà qui souhaitent tirer un gain politique de nos blessures. La douceur de leur compromis suinte le sang.

Ceux qui sont contre la violence sociale ne peuvent pas être tenus pour responsables de ce qu’ils n’assument pas : ils sont destructeurs de bout en bout. Si les luttes contemporaines ont quelque chose à nous apprendre, ce n’est pas leur triste consensus sur un objet (la classe, le parti, le groupe), mais leur processus systématiquement anti-dialectique : pour eux, l’acte de destruction ne contient pas nécessairement une partie créative. En d’autres termes, la destruction de l’ancien monde et la création d’un nouveau monde sont pour eux deux processus discrets mais continus. Pour nous, la question est plutôt quelles méthodes de destruction de l’existant peuvent être développées en différents lieux et moments de l’insurrection ?

Quelles méthodes peuvent non seulement maintenir le niveau et l’ampleur de l’insurrection, mais contribuer à son amélioration qualitative ? Les attaques de commissariats, les affrontements et les barrages routiers, les barricades et les batailles de rue, sont maintenant un phénomène social quotidien dans les villes et au-delà. Et ils ont contribué à une déréglementation partielle du cycle de production et de consommation. Et pourtant, ils ne sont qu’une attaque partielle de l’ennemi ; il est évident que nous restons piégés dans une seule et unique dimension de l’attaque contre les relations sociales dominantes. Car le processus de production et de circulation des marchandises en lui-même, autrement dit le capital comme relation, n’est qu’indirectement touché par les mobilisations. Un spectre plane sur la ville embrasée : celui de la grève générale sauvage à durée indéterminée.

La crise capitaliste mondiale a ôté aux patrons leur réponse la plus énergique et la plus mensongère à l’insurrection : « Nous vous offrons tout et pour toujours, alors que tout ce qu’eux peuvent vous offrir n’est qu’un présent incertain”. Avec ses entreprises qui s’effondrent les unes après les autres, le capitalisme et son Etat ne sont plus en mesure d’offrir quoi que ce soit d’autre qu’un lendemain pire de jour en jour, une situation financière asphyxiante, des licenciements, la suspension des pensions de retraite, des coupes dans les budgets sociaux, la fin de la gratuité de l’enseignement. Au contraire, en seulement sept jours, les insurgés ont prouvé par la pratique ce qu’ils peuvent faire : transformer la ville en un champ de bataille, créer des enclaves de communes dans l’ensemble du tissu urbain, abandonner l’individualité et sa sécurité pathétique, rechercher la formation de leur force collective et la destruction totale de ce système meurtrier.

À ce moment historique de la crise, moment de rage et de rejet des institutions auquel nous sommes finalement parvenus, la seule chose qui peut transformer le système de déréglementation en une révolution sociale est le rejet total du travail. Quand les combats se dérouleront dans des rues assombries par la grève de la compagnie d’électricité, lorsque les affrontements auront lieu au milieu de tonnes de déchets non collectés, lorsque les tramways seront abandonnés au milieu des rues, bloquant les flics, lorsque l’enseignant en grève allumera le cocktail molotov de son élève révolté, nous serons enfin en mesure de dire : Camarade, “les jours de cette société sont comptés ; ses raisons et ses mérites ont été pesés, et trouvés légers”. Aujourd’hui, cela n’est plus un simple fantasme, mais une possibilité réelle dans la main de chacun : la possibilité d’agir concrètement sur le concret. La possibilité d’apercevoir les cieux.

Si tout cela, à savoir l’extension du conflit dans la sphère de la production-distribution, avec ses sabotages et ses grèves sauvages, semble prématuré, ce ne serait que parce que nous n’avons pas réalisé à quelle vitesse le pouvoir se décompose, à quelle vitesse les méthodes de confrontation et les formes de contre-povoir se diffusent socialement : des lycéens qui caillassent les commissariats aux employés municipaux et aux voisins qui occupent les mairies. La révolution ne se fait pas par la croyance et la foi en des conditions historiques à venir. Elle se fait en saisissant n’importe quelle occasion d’insurrection dans chaque aspect de la vie sociale, en transformant notre animosité envers les flics en une grève définitive aux pieds de ce système.

Dehors les porcs ! 14 décembre 2008 - Initiative du Comité d’Occupation de l’Ecole Athénienne d’Economie et d’Affaires

http://emeutes.wordpress.com/



mardi 16 décembre 2008

Les journalistes s'étripent


ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA PRESSE: que font les journalistes dans cette galère?
Entretien de Aurélia Hillaire avec Guy Birembaum sur Haut Courant (article relayé par REZO.NET).

Réaction aux propos de Guy Barembaum:

Vous développez fort astucieusement ce qui fait aujourd’hui la faillite de presque toute la presse officielle. Conclusion : la grande majorité de ceux qui se prétendent journalistes (souvent des journaleux formés au moule de la pensée platement commune) se comportent comme des planqués en tant de guerre. Ils relaient plus qu’ils ne réfléchissent. Il s’agit aujourd’hui justement de refuser les subventions de l’état ou des grands groupes privés pour rester un minimum en contact avec une réalité très très douloureuse. Internet libère autant qu’il incarcère. Bien des petits cons se la jouent avec des commentaires foireux plus ou moins alambiqués. Mais un journalisme digne de ce nom devrait inciter à passer à l’action, devrait être un facteur de solidarité. Quant à la critique haineuse - voir plus haut - qui vous est jetée en pleine gueule comme une insulte qui se voudrait définitive, ne la relevez pas. Un homme, tel qu’il soit, a en lui une capacité d’expériences (et de conscience) formidable lui permettant de se bonifier autant que de se révolter quand il réalise la mesure de l’engagement nécessaire à la réalisation du bien commun (je pense étrangement à G. Bernanos). Je ne suis pas journaliste et répugnerais à l’être. Ils sont assez nombreux pour se dévorer entre eux. J’aime les indépendants, ceux qui tissent des liens en profondeurs, les hommes et les femmes qui élargissent en quelque sorte notre vision du monde en nous incitant à ne pas rester le cul aplati sur une chaise devant un écran d’ordi (ou de télé). Je remercie Rezo de m"avoir conduit indirectement vers votre site. Recevez donc toute ma sympathie pour cet article brûlant.

André Chenet

samedi 13 décembre 2008

J'AIME PAS LES OGM

Bonjour,

je vous invite pour le respect de vous même, des générations futures et de la nature si menacée de signer cette pétition

affectueusement

Christine Jouffroy


Objet : Réexp : Pétition OGM


Bonjour



Pour une fois que l'on peut soutenir une décision
européenne autant en profiter, à vous de choisir !

Si vous vous sentez concernés voici une info à diffuser
largement ! Paris, France, Fin octobre, le Commissaire
européen à l'Environnement,Stavros Dimas, s'est
courageusement opposé aux grandes compagnies de
l'agrobusiness en proposant l'interdiction de la culture
de deux maïs
OGM (le Bt11 et le 1507) développés par les firmes
Syngenta et Pioneer/Dow.

Des scientifiques ont en effet démontré que la
culture de ces OGM censés combattre des nsectes
nuisibles au maïs pouvait provoquer des conséquences
graves, notamment sur des insectes non nuisibles du
maïs, comme le papillon monarque ou sur des "organismes
non ciblés" comme des oiseaux. Récemment, il a également
été prouvé que les écosystèmes
aquatiques pouvaient aussi être affectés.

Si la proposition de Dimas était adoptée, il
s'agirait d'un véritable tournant. Très favorable aux
OGM, la Commission a jusqu'à présent toujours donné son
feu vert aux demandes d'autorisation d'OGM, et les
autres Commissaires européens, par peur de froisser les
puissants
intérêts pro-OGM, notamment américains, risquent de
s'opposer à l'initiative courageuse de Stavros Dimas.
Mais celui-ci vient de confirmer publiquement sa
position. « Le risque est trop élevé pour
l'environnement selon plusieurs études scientifiques
récentes, a indiqué M. Dimas à Bruxelles le 22 novembre.
J'envisage de donner un avis négatif pour la demande
d'autorisation. »

Il faut absolument soutenir la position prise par
Stravros Dimas, qui, si elle est adoptée par la
Commission européenne, sera le premier rejet d'OGM dans
l'histoire de la Commission européenne et représentera
un pas décisif pour une Europe sans OGM. Une
mobilisation
massive est nécessaire pour cette opportunité
historique !

Cap sur les 100 000 signatures !

Le plus grand nombre possible d'Européens doivent
interpeller la Commission européenne pour que la santé
publique et l'environnement priment sur les intérêts de
quelques multinationales et que les maïs Bt11 et 1507 ne
soient pas autorisés.

Signez et faites signer la pétition à destination de
Manuel Barroso, Président de la Commission européenne,
et aux Commissaires Dimas, Kyprianou (consommateurs),
Fischer-Boel agriculture) et Barrot (transports). Plus
de 75 000 européens l'ont déjà signée en quelques
semaines, dont 10 000 en France... La pétition
française s'adresse également à Jacques Barrot,
Commissaire européen aux transports, car il votera
également sur la proposition de Stravros Dimas et doit
tenir compte de l'avis des citoyens français et de la
nouvelle ligne
politique française sur les OGM à l'issue du Grenelle
de l'environnement.

Signez la pétition :

http://write-a-letter.greenpeace.org/332


et transmettez-la à votre réseau de connaissances !

Merci !

jeudi 11 décembre 2008

"Qui prétend encore que c’est arrivé du frais matin ?"

Le coup de colère d’Anne-Marie Garat




En 1933, depuis près de trois ans, le Reichstag avalise sans broncher ; les décisions se prennent sans débats ni votes. Von Hindenburg gouverne un coude sur l’épaule des SPD, tétanisés, un coude sur celle des nazis, bons bougres. Hitler n’a plus qu’à sauter sur l’estrade, grand clown des atrocités, impayable dans son frac tout neuf.

Qui prétend encore que c’est arrivé du frais matin ?

Le sommeil a bon dos, où naissent les songes, et les cauchemars. Mais on ne se réveille pas dans le pire, stupeur, au saut du lit : le pire s’est installé, insidieux, dans le paysage, banalisé par l’apathie ou l’incrédulité des uns, la bénédiction des autres.

Des gendarmes brutaux, grossiers, débarquent impunément avec leurs chiens dans les classes d’un collège du Gers, pour une fouille musclée ; le proviseur entérine, bonasse. Et le ministre de l’Education, qu’en dit-il ? Que dit-il de l’enlèvement d’enfants dans une école de Grenoble, d’eux et de leur famille expulsés en vingt-quatre heures, après combien d’autres ? Qui tient la comptabilité de ces exactions ordinaires ?

Un journaliste est interpellé chez lui, insulté, menotté, fouillé au corps, pour une suspicion de diffamation, qui reste encore à démontrer en justice… Qu’en dit la Garde des Sceaux ? Elle approuve (mutine bague Cartier au doigt, n’en déplaise au Figaro).

Nos enfants, nos journalistes, ce sont encore catégories sensibles à l’opinion.

Celle-ci s’émeut-elle ? Mollement. Elle somnole.

Mais les réfugiés de Sangatte, chassés comme bêtes, affamés dans les bois ; les miséreux du bois de Vincennes menacés de « ratissage », les gueux de nos trottoirs au vent d’hiver ? Les sans-papiers raflés, entassés dans des lieux de non-droit, décharges d’une société qui détourne le regard ignoble de son indifférence ? Et la masse des anonymes, traités mêmement comme rebut par une administration servile ? Au secours, Hugo !

Il y a de jeunes marginaux qualifiés par la ministre de l’Intérieur d’« ultra gauche » – spectre opportun des bonnes vieilles terreurs –, jusqu’ici, pure pétition communicationnelle… Sa police veille, arme à la hanche, elle arpente, virile, les couloirs du métro, des gares. Sommes-nous en Etat de siège ? A quand l’armée en ville ?

Il y a le malade mental incriminé à vie par anticipation ; l’étranger criminalisé de l’être ; le jeune de banlieue stigmatisé pour dissidence du salut au drapeau : danger public ; le prisonnier encagé dans des taudis surpeuplés – à 12 ans, bientôt ; le sans-travail accusé d’être un profiteur, le pauvre d’être pauvre et de coûter cher aux riches ; le militant associatif qui le défend condamné, lourdement, pour entrave à la voie publique. Il y a le fonctionnaire taxé de fainéantise (vieille antienne) ; l’élu réduit au godillot ; le juge sous menace de rétorsion ; le parlementariste assimilé au petit pois ; la télé publique bradée aux bons amis du Président, qui fixent le tarif ; son PDG berlusconisé et des pubs d’Etat pour nous informer – à quand un ministre de la Propagande ? On en a bien un de l’Identité nationale. Et le bon ami de Corse, l’escroc notoire, amuseurs sinistres, protégés par décret du prince…

Criminalisation systématique de qui s’insurge, dénis de justice, inhumanité érigés en principe de gouvernement. Presse paillasson, muselée par ses patrons, industriels des armes. Intimidations, contrôles au faciès, humiliations, brutalités, violences et leurs dérapages – quelques précipités du balcon, quelques morts de tabassage accidentel –, sitôt providentiellement dilués dans le brouhaha des crises bancaires, de l’affairisme et du sensationnel saignant, bienvenue au JT : touristes égarés, intempéries, embouteillages du soir… Carla et Tapie en vedettes.

Ces faits sont-ils vraiment divers, ou bien signent-ils un état de fait ? En réalité, un état de droite. Extrême. Dire que Le Pen nous faisait peur…

Cela rampe, s’insinue et s’impose, cela s’installe : ma foi, jour après jour, cela devient tout naturel. Normal : c’est, d’ores et déjà, le lot quotidien d’une France défigurée, demain matin effarée de sa nudité, livrée aux menées d’une dictature qui ne dit pas son nom. Ah ! le gros mot ! N’exagérons pas, s’offusquent les mal réveillés. Tout va bien : M. Hortefeux est, paraît-il, bon bougre dans sa vie privée.

“Tout est possible”, avait pourtant promis le candidat. Entendons-le bien. Entendons ce qu’il y a de totalitaire dans cette promesse cynique qui, d’avance, annonce le pire. Sous son agitation pathologique, un instant comique – au secours, Chaplin ! –, sous ses discours de tréteaux, ses déclarations à tous vents, contradictoires, paradoxales, sous son improvisation politique (oripeau du pragmatisme), sous sa face de tic et toc s’avance le mufle des suicideurs de république, des assassins de la morale publique. La tête grossit, elle fixe et sidère.

Continuerons-nous à dormir ? Ou à piquer la marionnette de banderilles de Noël ? »

Anne-Marie Garat
A tous (sauf les bandits & cie) : vive la colère !

Texte original :

mercredi 3 décembre 2008

Révolution en pantoufles


Dans son nouvel album Écoutez d’où ma peine vient, Alain Souchon voit rouge contre Che Guevara. « (...) Le pistolet sur la tête/Du fonctionnaire bête/Du paysan analphabète/Le héros romantique aimait le petit déclic/De l’efficacité des armes automatiques (...) » écrit-il dans Popopopo sur une musique de Laurent Voulzy.



A Alain SOUCHON

Monsieur,

Le fait que vous, qui n’avez consacré votre vie qu’à votre propre carrière, vous vous permettiez de cracher sur Ernesto « Che » Guevara est proprement scandaleux. Et pour justifier ce fait, quels arguments avancez‐vous ? Vous avez trouvé sur internet des témoignages de compagnons du Che qui parlent de sa cruauté. Comme vous le savez, on trouve tout sur internet, le vrai et le faux. Vous êtes‐vous penché sur la vie d’Ernesto Guevara ? Lui aussi aurait pu consacrer sa vie à devenir quelqu’un de « respectable ». Issu d’une famille bourgeoise, le meilleur avenir s’offrait à lui : il pouvait devenir un médecin reconnu, estimé, faire fortune en soignant les riches argentins. Au lieu de quoi il est parti à la découverte du monde, à la découverte de la pauvreté, des injustices sociales, de la misère. Il a soigné les gens dans les endroits où personne n’allait, commençant par la léproserie de San Pablo mais il les a soignés aussi tout au long de sa vie et c’est parce qu’il s’occupait d’un camarade blessé qu’il a été pris et assassiné. Vous parlez de « sa cruauté ». Croyez‐vous que quelqu’un de cruel ferait ainsi passer la vie des autres avant la sienne ? Dans la Sierra Maestra, lorsqu’un ennemi était pris et qu’on savait qu’il avait été cause de la mort de nombreux guérilleros, les hommes qui combattaient avec le Che voulaient l’abattre. Mais lui ne voulait pas : « On n’est pas comme eux » disait‐il et chacun exprimait son avis en votant. Le Che, lui, ne votait jamais la mort car, disait‐il, il ne pouvait pas être juge et parti. Cette voix de moins, celle du Che, a sauvé de nombreux prisonniers...

Vous parlez, naturellement de la photo de Korda « une belle photo », dites‐vous. Savez‐vous seulement dans quelles circonstances a été prise cette photo ? Elle a été prise le jour des obsèques des victimes de l’explosion dans le port de La Havane du bateau « Le Coubre » qui fit plus de cent morts et des centaines de blessés. Et qui fut le premier à porter secours aux victimes lorsque retentit l’explosion (la première, qui sera suivie de deux autres) ? Che Guevara... Les témoins de cet attentat sont encore nombreux à se souvenir de cela. Est‐ce leur témoignage que vous avez lu sur les sites internet que vous avez visités ? Est‐ce le témoignage de ceux qui ont combattu à ses côtés ? Je veux dire de ceux qui ont vraiment combattu, pas de ceux qui se sont donné des airs, à un moment donné, et dont les véritables intérêts étaient à l’opposé de la cause défendue par le Che... J’ai rencontré récemment à La Havane des compagnons du Che qui ont combattu à ses côtés au Congo ou en Bolivie. Aucun d’entre eux ne parlait de « sa cruauté » mais tous se souvenaient avec émotion de son humanité, de sa gentillesse, de son écoute des autres. J’ai bien connu aussi le docteur Freddy Ilunga qui fut, à l’âge de 16 ans, son traducteur de swahili au Congo et croyez‐moi, lui non plus ne parlait pas de « sa cruauté ». Jusqu’à sa mort il nous a parlé du Che avec un infini respect, une infinie reconnaissance, il nous disait qu’il lui avait appris la vie, à consacrer sa vie aux autres. Jusqu’à sa mort, il n’a eu de cesse de célébrer la mémoire du Che et le dernier texte qu’il a écrit « Nos héros ne sont pas des modèles idéalisés », quelques jours seulement avant sa mort, à l’occasion du 38° anniversaire de l’assassinat du Che en Bolivie témoigne encore de ces sentiments. Vous pourrez, si le coeur vous en dit, le consulter sur notre site.

Mais je ne crois pas que ces témoignages‐là vous intéressent. Vous voulez seulement attirer l’attention sur vous. Car vous savez que 2009 verra la commémoration du 50° anniversaire du triomphe de la Révolution cubaine et qu’à cette occasion, on parlera beaucoup du Che. Vous pensez prendre le contre‐pied de la pensée dominante en crachant sur le Che mais là, vous vous trompez car on dit beaucoup plus, dans nos pays « développés », de mal que de bien du Che. Ceux qui disent du bien du Che, ce sont les pauvres de la terre, les exploités, les opprimés, ceux qui lui doivent tant parce qu’il a été le premier à défendre leurs droits, à leur rendre leur dignité, à se battre pour eux et non pas pour lui‐même.

Chez nous par contre, les patrons, de presse et les autres, les riches, les dominants, les capitalistes, tous ceux qui tiennent le haut du pavé, disent du mal du Che. Vous hurlez donc avec les loups et vous vous croyez original...

Françoise Lopez
Présidente de Cuba Si France Provence

30 novembre 2008


Liens:
- http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=3756


Il est certainement vrai qu'aujourd'hui Ernesto Che Guevara serait qualifié de terroriste, parce qu'il ne se plierait vraisemblablement pas à la dictature de cette pensée unique, globalisante, qui représente, avec ses codes mensongers, le mode de fonctionnement de l'économie mondiale qu'imposent une petite secte de détrousseurs de cadavres et propagateurs de vermines. Che Guevara, en tant que médecin, ne pouvait qu'éprouver la radicalité du remède pour guérir les sociétés humaines corrompues du haut vers le bas.
Alain Souchon, chanteur populaire français et souvent gentil poète à ses heures, s'est mis dans un joli traquenard en se voulant l'icônoclaste d'une légende toujours bien vivante dans le coeur des opprimés. Il a cru bien faire! La naïveté à ce point là, j'appelle cela de la connerie, ou de l'irresponsabilité. Le Che fut un bourreau, au dire de Monsieur Souchon, au même titre que Mai 68 fut Paris transformée en cour de récré... Il y a certaines chansons qui n'auraient jamais du être "pensées". André Chenet