lundi 25 juin 2018

Récit d'un volontaire breton au Donbass


"Nos souffrances sont très grandes, mais c'est un sentiment sensationnel d'engager ses forces dans la lutte de notre peuple pour son existence"  Walter Flex


1- Présentation

Erwan Castel, engagé volontaire au Donbass
En 2014, un "choc de l'Histoire" a frappé l'Europe dans son épicentre historique ukrainien. Les Etats-Unis via l'Union Européenne ont réalisé en Ukraine un coup d'état pour imposer une dictature pro-occidentale russophobe permettant d'avancer les bases de l'OTAN vers la Russie.
1 an après avoir orchestré la révolution du "Maïdan", cette préemption perfide menée par les USA et leurs laquais de l'Union Européenne, n'a atteint, ni ses objectifs militaires car la Crimée est retournée en Russie, ni ses objectifs économiques, car le Donbass est entré dans une rébellion indépendantiste, ni même ses objectifs politiques car l'Ukraine a plongé une crise socio-économique sans précédent.
La crise s'est rapidement effacée pour laisser la place à une véritable guerre civile asymétrique, et une agression économique violente lancée contre Moscou.
L'escalade engagée depuis mai 2014, a non seulement rouvert la fracture européenne de la guerre froide, mais menace même, chaque jour un peu plus, de se métamorphoser en confrontation militaire entre la Russie et l'OTAN.
Aujourd'hui le bras de fer se joue dans le Donbass, cette région minière au Sud Est du pays, où la population russophone en refusant de se soumettre à l'ingérence militaro-industrielle occidentale, a entamé une résistance héroïque malgré l'opération punitive meurtrière lancée contre elle par une junte kiévienne ouvertement néo-nazie...
La brutalité de cette agression , ses répercussions internationales et surtout la dictature d'une propagande de guerre occidentale complice, laissent à penser que la première phase active d'un troisième conflit mondial vient de commencer en Ukraine, ce "pivot stratégique" traditionnel de l'Europe.
En réaction à cette agression criminelle d'un Nouvel Ordre Mondial agonisant et cherchant à satisfaire sa boulimie militaro-industrielle et sauver sa domination par le chaos, nous avons décider de soutenir la rébellion du Donbass et le projet de la Novorossiya.
Car accepter le combat pour libérer la Vérité, sur le front militaire ou celui de l'information est un devoir guidé par l'Honneur et l'amour de la Liberté.

Erwan Castel, volontaire breton au Donbass  



2 – Reportage d'Eurasia Daily

Le 18 avril 2018, nous avons reçu la visite de Katia Katina de l'agence News Front et de Kristina Melnikova de l'agence russe "Eurasia Daily" venues faire des reportages sur la ligne de front de Yasinovataya. 

J'ai ensuite rencontré une deuxième fois Kristina Melnikova le 15 mai suivant à Donetsk pour un deuxième entretien en compagnie de Alex Siguida un camarade francophone de notre compagnie de "Piatnashka" qui s'est dévoué pour le difficile travail de traducteur. 

Ce 15 juin 2018, une longue interview de mézigue a été publiée sur ce média russe, reprenant des extraits de nos différents entretiens réalisés entre le front et Donetsk. Au delà des petites confusions biographiques, je tiens à remercier de tout mon cœur Kristina qui a su restituer l'essentiel de ma pensée au sujet de cet engagement réalisée dans le Donbass depuis plus de 40 mois.

Merci donc à Krsitina et Zakhar de m'avoir offert cette tribune et leur temps...



3 - Un combattant français en République Populaire du Donbass

l'Europe ne peut être sauvée que par le monde russe”


Erwan Castel et Kristina Melnikova
Erwan Castel (indicatif "Alavata") est un volontaire français servant dans les rangs des forces armées de la RPD, ayant rencontré personnellement Ernst Junger et Alain de Benoist (Note de Erwan Castel: pour AdB j'ai assisté à 2 de ses conférences et l'ai contacté concernant le Donbass) Le tireur d'élite de la brigade internationale "Pyatnashka", demeurant presque constamment au front de la guerre, dans ses temps libres écrit des articles et des livres sur le Donbass. Mais ce n'est qu'une de ses vies. Dans le passé, il a été capitaine de l'armée française et a servi au fameux 13ème Régiment de Dragons Parachutistes (Note de Erwan Castel : 2ème des 3 régiments où j'ai servi dans le renseignement militaire), qui pendant de nombreuses années espionnait les bases soviétiques en Europe de l'Est, a défendu les intérêts de la France en Afrique, pour former des légionnaires français en Corse (Note de Erwan Castel: concernant la légion, en Corse j'étais stagiaire, c'est en Guyane que j'étais instructeur en tant que Chef de mission en forêt équatoriale), qui a combattu dans la Birmanie (Myanmar) du côté de la milice locale (la milice karen KNU). Puis - lutteur (lutte traditionnelle bretonne le Gouren), artiste breton chansons populaires et combattant pour l'indépendance de la Bretagne celtique. Suivant sa vie - la vie d'un ermite (euh pas vraiment) dans le village d'une petite tribu indienne wayana en Guyane française. Ici, il a organisé les expéditions scientifiques et touristiques de l'Amazonie pendant plus de dix ans, jusqu'à ce qu'il décide enfin de venir au Donbass. Comme il le dit « Alavata » (son nom de combattant est connecté à la période Guyane de la vie - ce qu'on appelle des singes rouges amazoniennes, qui, selon Erwan, « vivent dans l'arbre et chante en permanence »), il est venu ici dans un but de métapolitique. A cette fin, nous avons parlé avec Erwan, de la guerre dans la région du Donbass, le rôle de la Russie dans le monde et beaucoup d'autres choses lorsque nous l'avons rencontré et commencé directement notre conversation dans zone industrielle Avdiivka, où se déroulent de lourds combats et où le combattant français peut s'engager encore plus que partout que partout ailleurs.
Kristina Melnikova / EADaily




Combattant français en RPD - Photo: Kristina Melnikova

Entretien, première partie


Parlez nous de vous. Qu'avez-vous fait avant de venir au Donbass?

J'ai vécu plusieurs vies. L'un d'entre eux est la vie d'un officier français dans l'armée de l'OTAN ... Je suis né en France, dans une famille militaire il y a 55 ans. Fait connaissance très tôt avec le métier de son père et se dirigea ses pas, a terminé le plus haut du bras militaire école Inter appartenant à l'école de Saint-Cyr (diplômé de Saint-Cyr était, en particulier, le Charles de Gaulle -. environ EADaily ) à « officier du renseignement » (ndlr : en fait il y a ici une confusion logique plusieurs écoles d'officiers se trouvant aussi sur le site de l'Ecole Spéciale militaire Interarmes de Saint Cyr, c'est l'illustre nom de cette dernière (dont je ne suis pas issu) qui est retenu souvent à l'étranger). Ensuite, je suis devenu parachutiste au 13ème parachutistes-dragons. C'est les forces spéciales françaises. Pendant longtemps servi dans l'intelligence, a participé à l'observation des bases soviétiques en Tchécoslovaquie, en Pologne et en Allemagne de l'Est ...


Oh, c'est très curieux, pourrions-nous en parler plus en détail?

C'est la période des années 80, la fin de la guerre froide. Mon régiment était un régiment de renseignement stratégique. Les militaires russe nous espionnaient, et nous espionnions le Pacte militaire de Varsovie (ndlr : le verbe "espionner" est ci erroné car c'est de missions militaires d'observations en uniforme qu'il s'agissait et non de missions d'infiltrations en milieu civil comme le mot le suggère). A la guerre, les meilleures armes sont données aux meilleures unités. Et les meilleures unités sont positionnées sur les axes majeures de l'attaque dans les premiers jours de la confrontation. Si vous savez où sont les meilleures armes, les meilleurs approvisionnements militaires, munitions, alors vous savez où se trouve l'unité d' élite, qui ira en premier dans l'attaque. La spécialisation de mon régiment était à la recherche et la détection des matériaux militaires d'élite des pays du Pacte de Varsovie (nous parlons de renseignement militaire de sources ouvertes, notamment la détermination de la présence des unités d'élite de l'ennemi potentiel sur la base des données sur le support matériel d'une armée étrangère -. Environ EADaily). En cas de guerre, mon régiment devait être parachuté loin à l'arrière d'un ennemi potentiel.


Y avait-il une volonté psychologique de se battre contre les Russes, compte tenu de l'expérience négative précédente?

Un militaire est une personne qui obéit aux ordres de son commandement. Les questions historiques existentielles s'avèrent secondaires. Bien sûr, je veux dire dans le moment du combat lui-même.

Si nous parlons des missions de l'armée française actuelle, elles ont à mon avis, gardé les caractéristiques du patrimoine colonial africain. La France était un empire, l'armée française a défendu avant tout le territoire de l'empire. L'armée française est presque partout présente en Afrique. Mais elle ne protège plus l'empire, elle protège les intérêts industriels. C'est-à-dire qu'aujourd'hui l'armée française est devenue une arme entre les mains des commerçants. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai quitté le service.


Cela vient immédiatement à l'esprit en Libye ... Quels étaient les objectifs de la France?

La France est maintenant un bataillon avancé de mondialisme (idéologie et projet pour la création d'un gouvernement mondial unique - EADaily ), pour lequel la Libye représentait un grand danger. Bien sûr, les intérêts pétroliers étaient ici en jeu, mais pas seulement. Mouammar Kadhafi avait des projets ambitieux pour établir sa propre monnaie, soutenu par l'or pour l'ensemble de l' Afrique.

Il est intéressant de noter que le pouvoir colonial français a disparu politiquement du point mais il reste encore dans le domaine économique. Et bien que la France ait reconnu l'indépendance des pays africains, elle les a laissés dans le système du franc (le franc CFA). Ces francs sont imprimés en France, et l'économie du continent du continent qui en dépend est ainsi contrôlée. Kadhafi voulait que l'Afrique possède ses propres réserves d'or et de devises, ce qui détruirait le système colonial européen. Kadhafi a gouverné le pays de la position de la politique de non-alignement, d'une existence en dehors de la zone du pétro-dollar. Plusieurs acteurs puissants ont été intéressés par sa chute. Les Etats-Unis - à cause du pétrole, la  France - pour des raisons financières et Israël - pour des raisons idéologiques. Et par conséquent, la France a envoyé ses soldats contre Kadhafi au service de l'impérialisme.

Connaissez-vous l'histoire du Golem ou de Frankenstein? Celle du scientifique qui crée un monstre, lequel se retourne ensuite contre son créateur ? Lorsque les pays occidentaux jouent avec le terrorisme international, il leur revient, tout comme il était avec le Golem de Prague ou le monstre de Frankenstein. Pour renverser Kadhafi, la France a armé les djihadistes. Après le renversement de Kadhafi, ces mêmes rebelles ont attaqué le nord du Mali et depuis sont en guerre contre les français.

En Afrique sub-saharienne il y a un problème commun à Ukraine. C'est le problème de frontières. Les limites ont été définies par zones d'intérêts économiques ou par des conquêtes militaires. Ces frontières n'ont pas pris en compte les caractéristiques linguistiques ou ethniques. Les insurgés touaregs, armés par les français en Libye, ont envahi le Mali. La guerre en Libye était sous Sarkozy, et la guerre au Mali commençait déjà avec Hollande. Hollande a déclaré que la France intervenait au Mali pour sauver les femmes qui étaient battues par les musulmans. C'était un mensonge. Bien sûr, des cas de violence contre les femmes ont eu lieu. Mais la France a décidé d'envahir le Mali, car les insurgés djihadistes menaçaient surtout les gisements d'uranium contrôlés par la société française Areva.

Je peux dire que dans tous les cas, qu'il s'agisse de l'Afrique, du Donbass ou de toute autre région, le mondialisme repose sur la propagande de la guerre. Cette guerre de propagande utilise cinq piliers (ndlr "rendons à César..." , cette description de la propagande de guerre est de Michel Collon): 
  • Le premier est l'art de cacher les vrais objectifs de l'intervention. Vous pouvez parler de n'importe quoi - des droits de l'homme, de la lutte contre le terrorisme, de la démocratie ... Et tout simplement pour attaquer des pays riches en gisements de pétrole et de gaz.
  • Le second pilier la diabolisation de l'ennemi pour justifier l'invasion. Il fut un temps où Kadhafi a été déclaré leader dans le monde du terrorisme. Puis le même statut avait été accordé à Ben Laden et à Saddam Hussein .
  • Cette vision du monde manichéenne a un troisième pilier: l'angélisation, le sacrifice de soi et la victimisation. Nous pouvons maintenant observer ce processus dans l'exemple de la russophobie hystérique. Quoi qu'il arrive, en Occident, on dit que c'est la faute de Poutine. D'une part, ils sont en train de diaboliser la Russie, d'autre part, ils se positionnent comme une victime.
  • Le quatrième pilier est le mépris, l'ignorance de l'histoire. Récemment, nous avons parlé du colonialisme en Afrique. J'ai personnellement participé à une opération militaire au Tchad. Étant présent au Tchad, nous n'avons jamais pris en compte ses caractéristiques historiques. Le Tchad ne peut pas exister dans les frontières actuelles, parce que ce sont des frontières coloniales. Dans le nord vivent les nomades arabes, anciens esclavagistes, musulmans . Et dans le sud vivent des Africains, sédentaires, anciens esclaves et chrétiens. Ni l'histoire, ni la vie sociale de ces parties du pays ne sont les mêmes. Il y a incompatibilité lorsqu'il est impossible de répartir équitablement le pouvoir. C'est ainsi que les médias occidentaux refusent toujours de parler de l'histoire de la péninsule de Crimée, de la façon dont elle s'est rendue en Ukraine. Ce mépris de l'histoire leur permet de voir tel ou tel phénomène historique dans leur idéologie.
  • (5ème pilier) Nous remarquons que dans la société moderne, dans la société du spectacle, les mass media deviennent le pouvoir réel, et vice versa. Le Mondialisme se paie les grandes compagnies de la presse. En France, presque tous les médias officiels, les journaux, les magazines, la radio, la télévision appartiennent à cinq milliardaires qui investissent à la fois dans l'armement et dans l'industrie. Ces gens sont des agents actifs du système mondialiste, et ils peuvent imposer leur vision du Monde au peuple ... 
Ce sont mes petites parenthèses sur les cinq piliers du mondialisme. Mais ils sont importants pour comprendre ce qui se passe dans le Donbass.


Alors, quels sont les objectifs de l'Occident ici dans le Donbass?

Le Donbass est bordé par la Russie et est l'une des régions les plus développées économiquement. Mais le "Maïdan" en Ukraine, à la suite duquel les sbires occidentaux sont arrivés au pouvoir, n'a pas répondu à toutes les attentes de Washington. La Crimée est rentrée chez elle, et Donbass s'est rebellé. Cependant, l'OTAN n'est pas dirigée par des idiots. Quand le soulèvement a eu lieu dans le Donbass, ils ont décidé de déclencher une longue guerre, d'ouvrir un deuxième front, et de le maintenir un petit feu couvant, afin de pouvoir commencer une escalade au bon moment pour eux.

Quand ce moment peut-il arriver, pour lequel l'Occident a besoin stratégiquement d'un conflit constant?

Il y a un dicton - "C'est quand un monstre se noie, qu'il soulève les plus grosses vague". Le système économique imposé par l'Occident meurt, et il ne survit qu'à travers les guerres, il se nourrit de ses propres crises. Si nous nous tournons vers l'Histoire, nous verrons que les signes de la maladie du système ont eu lieu à la veille de la Première et à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Et après ces conflits, au contraire, l'âge d'or est revenu. La guerre a permis d'effacer les dettes, et d'encourager le développement de l'économie ...

Si la première raison que j'ai décrite est économique, alors la seconde est idéologique. Le système du mondialisme est un système impérialiste, il a besoin de la capture de nouveaux territoires. Et dans ce système la guerre entre en scène, quand l'un ou l'autre peuple, tel ou tel territoire lui oppose une résistance, refuse l'esclavage commercial, la vie à crédit. Dans les médias occidentaux, de tels états sont appelés "non-alignés".

Après la défaite de la guerre froide, la Russie est-elle un pays non aligné?

Pour moi, le choix des mots est important. Je pense qu'il est nécessaire de distinguer entre l'Occident et l'Europe. Tout comme il est nécessaire de distinguer entre la Russie et l'URSS, même si elles sont liées les unes aux autres. Après la chute de l'Union soviétique, la Russie a failli disparaître. Mais Poutine est venu et a réussi à la défendre. Maintenant, nous pouvons dire avec confiance que la Russie est un pays non aligné. Cependant, il a toujours été un pays qui ne rejoint pas la domination de l'Occident.

Et cette domination peut être vue sous différents aspects. Je pense que l'un d'entre eux est l'hégémonie de la pensée unique. Parce que l'hégémonie de l'Occident était à l'origine religieuse. Le christianisme, installé à Rome, a inventé le concept d'une seule pensée agressive, dérivé des principes de la guerre religieuse. Puis ce même principe de pensée unique s'est manifestée dans l'impérialisme économique, avec l'ouverture au Nouveau Monde au XVe siècle, les sociétés commerciales ont pu gagner plus de pouvoir que les politiciens. Cela a marqué le début du libéralisme, avec lequel la pensée unique est ensuite passée dans le plan politique. Son point culminant était l'émergence du colonialisme au XIXème siècle. Ensuite, elle a pénétré dans la culture. Maintenant, nous portons tous les mêmes vêtements, écoutons la même musique, mangeons la même nourriture.


Mais en Russie, essentiellement la même politique néolibérale est poursuivie économiquement. Économiquement, la Russie joue selon les règles établies par l'Occident ...

Je n'ai pas analysé la politique économique russe. Cependant, je pense que la Russie maintient ses principes historiques inhérents. Je veux dire l'état d'esprit, la mentalité. Quand les païens de l'Europe de l'Ouest furent écrasés et détruits par l'Église romaine, ici, en Russie, l'orthodoxie, l'islam et les croyances païennes coexistèrent pacifiquement.


Autrement dit, la Russie peut-elle jouer un rôle réconciliateur dans le monde à cause de ces qualités?

Oui, la mentalité russe est une mentalité d'avenir pour toute l'humanité. Comme je l'ai dit, un système unipolaire est venu avec le catholicisme. Mais pour survivre, l'adaptation est nécessaire, et pour l'adaptation, la diversité. Ce n'est pas compatible avec une idéologie qui vous oblige à prendre les armes et à tirer sur tous ceux qui ne sont pas d'accord avec vous. C'est la mentalité du vampire, et il est très populaire parce que le vampire a besoin de sang. En Russie, tout est complètement différent. La Russie est tolérante dans le vrai sens du terme, elle n'a pas de politique colonialiste agressive.

Donc vous soutenez l'idée d'un monde multipolaire?

Oui pour moi, la multipolarité est la diversité, surtout une variété de peuples


Partagez vos impressions personnelles sur le Donbass?

Je suis venu au Donbass avec un objectif métapolitique. Avant, je n'étais pas allé en Russie, et quand je suis arrivé ici, j'ai réalisé que c'était un pays incroyable. Je viens de Bretagne, mais mon père m'a beaucoup parlé de l'histoire de l'Europe. En allemand et en français, les concepts de la patrie sont différents. Pour moi, la patrie, le pays des pères, c'est la Bretagne. Une autre patrie au sens le plus large est l'ensemble de l'Europe. Parce que tout le monde, vous et moi sommes issus d'une seule et même civilisation.

Ici, dans le Donbass, j'ai découvert des gens avec les valeurs de ma mère, mes grands-pères et arrière-grands-parents, grand-mères et arrière-grand-mères. Pour moi, les habitants du Donbass sont de véritables héros de l'Europe. J'ai vécu dans la zone la plus pauvre à Oktyabriasky, parce que je voulais être dans l'épicentre des événements. C'est un secteur de première ligne, mais il y a beaucoup de gens qui restent - des femmes avec des enfants, des personnes âgées. Malgré tout, ils ont continué à vivre dans cette zone - à 500 mètres de l'aéroport sous des bombardements réguliers. Pour moi, c'était incroyable. Une fois près de Maryinka, je suis allé à une pizzeria avec mon ami de France, et bientôt des explosions très proches ont commencé. Mais la serveuse a continué à travailler. J'ai demandé: "N'avez-vous pas peur?". Elle dit: "Non, c'est bon." J'imagine une situation similaire en France : 80% des personnes disparaîtraient immédiatement.


Eh bien, pourquoi? Lors de la Seconde Guerre mondiale en France, il y avait une forte résistance ...

Je suis désolé, mais c'est juste une belle légende. Seulement 1% de la population de la France a rejoint la série de résistance. Bien sûr, ce sont des Français héroïques, mais seulement un pour cent.


Quelles étaient les idées sur la Russie avant de venir?

Comme je l'ai dit, la première partie de ma vie était, comme on dit, de l'autre côté des barricades, et mes idées sur la Russie ont été élaborées sur la base de la propagande de l'OTAN. J'ai travaillé pendant 15 ans dans cet environnement, et dans mon esprit, la Russie a toujours été un ennemi. Après la fin de la guerre froide, j'ai commencé à suivre la situation géopolitique, les guerres en Serbie et en Afrique, puis j'ai découvert la vérité. J'ai découvert que j'étais du côté du mal pendant de nombreuses années. Quand je suis arrivé au Donbass, mon analyse a été confirmée. Maintenant, je comprends que la civilisation européenne ne peut être sauvée que par la Russie, le monde russe.


Quel est le monde russe dans votre compréhension? A-t-il des limites géographiques?

Je peux expliquer le phénomène du monde russe sur l'exemple de l'éthologie - la science du comportement animal. Le père de l'éthologie est le zoopsychologue autrichien Konrad Lorenz. Son travail est très intéressant. Selon lui, pour survivre, il faut être capable de s'adapter. Et pour l'adaptation, la diversité est nécessaire. L'humanité, son organisation politique, économique et étatique perd aujourd'hui sa diversité. Et c'est dangereux pour toute la race humaine. Je pense que la Russie a réussi à préserver la diversité du monde. Je partage la conviction que dans la civilisation européenne, il y a une place pour les Bretons, et les Français, pour les Anglais, pour les Allemands, pour les Polonais et pour les Russes. Sur les gravures trouvées dans les grottes de la Scandinavie à la Méditerranée, de l'Atlantique et de l'Oural, on peut trouver des images générales qui prouvent que, malgré la différence de tous les groupes ethniques, elles appartiennent à une même souche  civilisationnelle, une même identité. Et cette civilisation a créé nos valeurs. Par exemple, le culte des ancêtres, le culte de la famille, l'amour de la Patrie, les grandes légendes et les mythes. Tout cet héritage de la civilisation disparaît aujourd'hui sous le joug de la dictature commerciale. Cependant, en Russie, il vit toujours dans le cœur des gens. Il n'y a pas si longtemps, nous avons célébré le 9 mai. J'admire que dans le monde russe ce jour n'est pas seulement une cérémonie standard, mais une véritable expression des sentiments de cœur de chaque personne. Et la manifestation la plus vivante du patriotisme russe que j'ai jamais vu dans ma vie est le Régiment Immortel. Cette action est une manifestation claire de l'engagement russe envers nos valeurs communes, l'héritage de notre civilisation européenne commune. 

Quand je suis arrivé ici, j'ai été surpris par la beauté des femmes, des enfants et des hommes. Ce sont trois types différents de beauté. La beauté des enfants est dans leur pureté et leur innocence. Les hommes sont masculins. Et la beauté des femmes est dans la grâce et l'élégance. Je pensais que ce peuple n'est pas différent des Français ou des Bretons. En Occident, les hommes sont aussi courageux, les femmes sont élégantes et les enfants innocents. Mais là, ils sont tous inondés d'un flot de culture américaine, ils portent les mêmes vêtements dans le style «unisexe». Ils disparaissent. Et ici, les hommes restaient semblables aux hommes, les enfants aux enfants et les femmes aux femmes.

En français, l'éthique et l'esthétique sont semblables dans la phonétique des mots. À mon avis, le concept de civilisation repose sur une double base, éthique et esthétique. Dans la philosophie de la Grèce antique, la recherche de la beauté était aussi une recherche de la vérité. Dans l'art des anciennes civilisations de l'Antiquité, il existe un culte du corps et un culte de la beauté. Alors que la civilisation occidentale actuelle soutient le culte de la laideur. Les choses anormales, les exceptions aux règles, deviennent les normes Je suis un païen dans mes convictions, pour moi l'ordre naturel des choses est important. Et l'ordre naturel des choses présuppose l'existence des mâles et des femelles. Je ne suis pas homophobe, je suis contre la persécution des homosexuels. Mais je suis tout simplement opposé à ce que l'homosexualité devienne une norme sociale. La société doit d'abord reconnaître la valeur de la famille, et les valeurs familiales sont le père et la mère.

L'Occident a essayé de protéger les minorités, et c'est vraiment un devoir de l'État. Mais je suis sûr qu'il est nécessaire de protéger les minorités, sans mépriser la majorité. La politique actuelle du pouvoir d'État en Occident s'avère destructrice des valeurs créées plus tôt par le même Occident, tandis que la Russie reste un exemple de société équilibrée qui préserve ses racines tout en acceptant la diversité. Bien sûr, cette harmonie doit être préservée, et pour la préserver, un fort pouvoir est nécessaire. Il est possible de reprocher à Vladimir Poutine , à Bachar Assad ou à Kadhafi d'être autoritaires. Peut-être, à certains égards, ils peuvent même être appelés dictateurs. Mais il vaut mieux être un dictateur, défendant votre peuple, qu'un démocrate qui détruit ses murs défensifs.

(À suivre)

Seconde partie :

dimanche 24 juin 2018

Le Nicaragua au fil du complot



Foto: Alejandro Sánchez
Vista de una protesta, ayer, en Nicaragua.


Nicaragua : la mécanique de la révolution de couleur en cours, expliquée








(Cet article a été vérifié en croisant ses informations avec celles que rapporte l’excellent journaliste d’investigation américain Max Blumenthal dans son article sur Grayzone, « US Gov. Meddling Machine Boasts of ‘Laying the Groundwork for Insurrection in Nicaragua ». A quelques détails près comme la participation de l’UE signalée ici ou le rôle central de la NED (National Endowment for Democracy, Fondation nationale pour la démocratie, une organisation émanée du gouvernement des USA consacrée à la « promotion de la démocratie dans le monde ») sur lequel se concentre Blumenthal, les deux rapportent des informations similaires ou complémentaires.
Et si ce qui suit rappelle la déstabilisation du Venezuela ou entre autres le Maïdan en Ukraine, c’est parce que le procédé est toujours le même. La rédaction d'Entelekheia)


Par Francisco Arias Fernandez
Paru sur Granma sous le titre Nicaragua : hilos del complot



En 2016 ou peut-être avant, des menaces de guerre contre le Nicaragua ont été entendues depuis Miami, alors que les rues des villes de cette nation étaient un exemple régional de sécurité, de paix et de prospérité, où un peuple travailleur et pacifique montrait avec orgueil les avancées socio-économiques des dernières années du gouvernement sandiniste, qui avait réussi à obtenir la concorde nationale après les pires expérimentations belliqueuses des USA en Amérique Centrale.

Sans aucune justification, alors que le Nicaragua reprenait sa place sur la carte du monde avec un méga-projet de canal inter-océanique fondamental pour l’économie du pays et de la navigation au niveau mondial, entre Miami et Washington, les membres du Congrès qui vivent de la guerre contre Cuba et le Venezuela se sont empressés de créer toutes sortes d’obstacles pour entraver la prospérité et le calme de la patrie d’Augusto César Sandino.

Les membres du Congrès d’origine cubaine anti-catristes de la Chambre des représentants, d’abord, et ensuite du Sénat, ont introduit en 2016 un projet de loi pour interdire les prêts financiers internationaux au Nicaragua, interdire les investissements étrangers et freiner l’important développement socio-économique qu’expérimentait le pays. Le châtiment impérial né du pire de l’élevage de vers de terre* anti-cubain, où selon diverses sources, il avait commencé à se tramer depuis 2015, a pris le prétexte d’un supposé manque de démocratie ; il s’est justifié comme « remède » pour « garantir la transparence électorale et combattre la corruption ». Le résultat de cette basse manœuvre a été la « Loi de conditions aux investissements nicaraguayens de 2017 » (Nicaraguan investment conditionality Act of 2017, Nica Act).

Ileana Ros-Lehtinen, Albio Sires, Marco Rubio et Ted Cruz, entre autres, les membres les plus rétrogrades et cavernicoles du Congrès, respectivement de Miami, du Texas et du New Jersey, ont de nouveau fait le pari de réinventer une contra et renverser le gouvernement sandiniste qui, pendant ce temps, gagnait encore et encore les élections grâce au soutien de la majorité de la population.
En tant que projet subversif, ses fils remontent bien plus loin que le Capitole, parce que les législateurs ont frappé à la porte de la machine à coups d’État made in USA, donné des directives pour la campagne médiatique, et passé commande auprès des agences et organisations spécialisées en guerre sale et coups d’État « soft » qui travaillent de concert et en fonction de la communauté du renseignement US en général et de la CIA en particulier.

Dans ce cas concret, les médias de presse internationaux ont documenté la participation de l’Agence des États-Unis pour le développement international (acronyme en anglais Usaid), de la Fondation nationale pour la démocratie (acronyme en anglais NED) et de l’Institut national démocratique pour les affaires internationales (NDI), ainsi que de leurs sous-traitants et filiales, qui travaillaient méticuleusement depuis l’élection en 2006** du président Daniel Ortega à réinventer un « nouveau leadership », en s’infiltrant sélectivement dans des secteurs-clés de l’économie, de la jeunesse, des étudiants, des petites et moyennes entreprises, des groupes écologistes, des féministes, entre autres, pour saper les bases du soutien au sandinisme.

Il est très révélateur que le 16 avril de cette année, sur le même scénario que les membres du Congrès anti-cubains, l’administrateur de l’Usaid, Mark Green, ait annoncé que son gouvernement allait continuer à soutenir la participation « libre, sûre et authentique » de la société civile nicaraguayenne, après avoir expliqué que les « États-Unis continuent de s’inquiéter de la fermeture des espaces démocratiques au Nicaragua, des violations systématiques des droits de l’homme et de la propagation de la corruption du gouvernement… »

En mars, les membres du Congrès Ileana Ros-Lehtinen et Albio Sire ont envoyé une lettre à l’administrateur de l’Usaid Green, dans laquelle ils demandaient que le gouvernement des USA revienne sur sa décision de « zéro aides » au Nicaragua à travers l’Usaid, une proposition pour la période fiscale 2018-2019. Malgré tout, ils l’ont exhorté à « éviter de soutenir des membres du secteurs privé corrompus, le blanchiment d’argent et le régime de Daniel Ortega ».

A la fin 2008, les médias de presse signalaient que l’Usaid avait déboursé cette année-là au Nicaragua au moins un million de dollars à destination d’ONG, de radios, et d’organismes politiques comme le Centre d’Investigations pour la Communication (Cinco), pour « influencer » les élections municipales.

Ce financement, qui était caché sous la forme de « petites donations » ne devant censément pas excéder 25 000 dollars, a donné lieu à des accusations selon lesquelles il faisait partie d’un plan à grande échelle financé par les USA et exécuté depuis cette date par des agents internes de la droite nicaraguayenne pour renverser le gouvernement du président Daniel Ortega.

La stratégie médiatique d’alors, montée pour se confronter au gouvernement sandiniste à partir des moyens de communication, a été exécutée à travers deux voies de financements : l’une dirigée par l’Usaid et l’organisme Casals & Associates [Aujourd’hui racheté par la firme DynCorp International, NdT] et l’autre, complétée par le dénommé Instrument de coopération au développement (ICD) de l’UE, lequel s’est employé à des campagnes et à des mobilisations pour déstabiliser le gouvernement. [Entre 2007 et 2013, l’UE a déboursé 214 millions d’euros en aides au Nicaragua, avec des priorités à la « gouvernance et la démocratie, l’éducation et les questions économiques et commerciales ».

L’aide européenne se concentre aussi sur les « droits de l’homme, l’égalité de genre et le soutien à des ONG ». Voir international Cooperation and Development, European Commission, Nicaragua, NdT]

Déjà en 2008, les médias de la presse nicaraguayenne avaient identifié au moins 14 projets subversifs de l’Usaid en cours dans tout le pays, sous les couvertures et intitulés les plus dissemblables, tous ayant bénéficié des financements cités.

Un autre rouage significatif de la machine américaine est l’Institut national démocratique (NDI), un instrument pour le « changement », un autre fil de la CIA qui se charge de la tant estimée « émancipation » des dénommés « agents pour le changement » (politique et de système) des pays dont les gouvernements ne sont pas du goût de Washington.

Ce 30 mai dernier, un journaliste suédois, Achim Rödner, avait fait référence à une tournée européenne que réalisaient ces jours-là trois étudiantes nicaraguayennes pour mobiliser des soutiens au complot contre le gouvernement sandiniste, et il affirmait qu’au moins l’une des trois jeunes représentait une organisation financée et créée par les États-Unis.

Il affirmait que Jessica Cisneros, active sur les thèmes de l’intégration et de la participation des jeunes aux processus politiques, est membre du Mouvement Civique de la Jeunesse [Movimiento Cívico de Juventudes, une organisation créée par le NDI dont la présidente actuelle est Madeleine Albright, Secrétaire d’État sous Bill Clinton, NdT].

Une autre des « agentes » qui compilaient de la haine contre le sandinisme et des soutiens pour un coup d’État était Yerling Aguilera, de l’université polytechnique (UPOLI) de Managua, et spécialiste en enquêtes sur la révolution et le mouvement féministe, qui – selon ce qu’affirme le journaliste suédois – a été également employée et consultante de l’Institut d’étude stratégiques et des politiques publiques (Instituto de Estudios Estratégicos y Políticas Públicas, Ieepp) au Nicaragua, une instance qui travaille pour « le renforcement de la capacité des acteurs politiques, étatiques et sociaux à mieux informer le public à travers des services créatifs et novateurs ». L’Ieepp a reçu une aide financière de la Fondation nationale pour la démocratie (NED) à hauteur de 224 162 dollars entre 2014 et 2017. [Et de 55 000 dollars pour 2017. Ce n’est que l’un des nombreux bénéficiaires d’aides de la NED au Nicaragua, qui a déboursé en tout 1 136 228 dollars en 2017 dans divers programmes dédiés à la « transparence », aux « droits de l’homme », à la jeunesse, à la « sensibilisation à la corruption », etc, au Nicaragua. Voir le site de la NED pour le détail des sommes et des intitulés des aides, NdT]
Entre 2014 et 2017, la NED a déboursé quelque chose comme 4,2 millions de dollars au Nicaragua.
La Usaid, le NDI et la NED ont une activité étendue au Nicaragua, avec des milliers d’activistes chargés de « changer la société », des centaines d’ONG, des universités et des partis politiques qui perçoivent de l’argent et du matériel pour leurs activités, qu’ils ont conçues non pas à travers les organisations politiques traditionnelles, mais d’organismes sournois, pour donner l’impression de « soulèvements spontanés » dus à un malaise social et cacher les très concrets intérêts hégémoniques du nord.

Bien qu’elles aient augmenté leur rythme de travail après la victoire électorale de Daniel Ortega en 2006, à partir de 2015 (parallèlement au Nica Act), les agences des USA ont accru leurs apports financiers et leurs recours à leurs « agents pour le changement » au Nicaragua, surtout au moyen de formations en leadership et d’argent pour les jeunes des universités, écoles, ONG et partis politiques.
Pour accompagner les partisans du coup d’Etat, Washington a donné l’ordre de diaboliser Daniel Ortega et son gouvernement, une entreprise à laquelle participe non seulement la Maison-Blanche, ses agences, alliés, satellites et mercenaires, mais aussi les grands monopoles de l’information et fabricants mondiaux de fake news, qui magnifient les événements intérieurs contre le gouvernement et attribuent toutes sortes de violations des droits de l’homme aux autorités, en omettant totalement les crimes et destructions des séides de l’Usaid, du NDI, de la NED et de la CIA, qui ont fait échouer le dialogue et les appels à la paix. Comme dans le cas du Venezuela, Donald Trump et ses assesseurs, faucons de mille invasions, ne croient ni au dialogue, ni aux pactes, et continuent à parier sur la guerre sur tous les fronts.

Le Nicaragua est revenu dans l’épicentre de la machine guerrière des USA, de la part des membres anti-cubains du Congrès et d’autres faucons vétérans des changements de régime. Washington tente de rééditer sa stratégie au prix d’encore plus de morts et de destruction dans les rues du Nicaragua.
Parmi les projets de l’Usaid servant la subversion au Nicaragua, se trouvent :
  • La participation citoyenne dans le processus électoral
  • L’incubation d’une culture de la transparence dans la jeunesse nicaraguayenne
  • Des formations pour les étudiants en communication pour leur faire produire des récits, reportages, etc, qui promeuvent l’auto-efficacité (l’individualisme).
  • Le multimédia pour la gouvernance démocratique
  • Le renforcement des droits civiques des femmes et des jeunes du bastion de l’opposition à Ortega Masaya.
  • Un cadre juridique pour les journalistes engagés dans l’action civique [Sous-entendu, l’action civique anti-Ortega, NdT]
Parmi ceux de la NED :
  • Favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes leaders démocratiques [se souvenir qu’aux USA, le mots « liberté » et « démocratie » sont synonymes de capitalisme, NdT].
  • Promouvoir l’accès à la justice et aux droits de l’homme au Nicaragua.
  • Promouvoir des élections municipales libres et non faussées
  • Promouvoir des valeurs démocratiques et l’organisation d’activistes de la société civile
  • Renforcer la capacité stratégique de la société civile à défendre la démocratie
Les tentacules du NDI :
  • Depuis 2010, il s’est associé à des universités nicaraguayennes et à des organisations civiles pour conduire un programme de leadership des jeunes qui a aidé à former plus de 2000 « leaders jeunes » (young leaders) pour préparer « une nouvelle génération de leaders ». Il a également travaillé à augmenter l’influence politique des femmes, des personnes LGBT et des processus électoraux.
  • Le Mouvement civique pour la jeunesse (Movimiento Cívico de Juventudes, MCJ) est une organisation financée, créée par l’Institut national démocrate (NDI).
  • Plusieurs membres de l’organisation sont diplômés du programme de formation en leadership et management en politique (Certificate in Leadership and Political Management, CLPM), un programme international du NDI.
Traduction de l’espagnol et notes par Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia


* L’expression « vers de terre » fait partie de la rhétorique socialiste cubaine (c’est un article de la publication cubaine Granma). Elle désigne les agents de tous types (militaires, politiques, agents des renseignements, activistes, etc), qui tentent de fomenter des soulèvements contre des leaders socialistes en Amérique Latine avec le soutien des USA. Elle est née lors de l’Opération de la Baie des Cochons (lien en français).
** Daniel Ortega a été président du Nicaragua de 1979 à 1990. Depuis janvier 2007, c’est le président en exercice à la suite de deux réélections consécutives, l’une en 2011 et l’autre, à une très large majorité (plus de 70% des voix), en 2016.



Source en français: Entelekheia



Daniel Ortega, Président du Nicaragua

Nicaragua : Lettre ouverte à Amnesty International 

par Camilo E. Mejia, le 17 Juin 2018
Vétéran, opposant et objecteur de conscience à la guerre en Irak (2003-2004) 
Ex-prisonnier de conscience d' Amnesty International (2004)


Par cette lettre, j'exprime ma condamnation sans équivoque d'Amnesty International au sujet de son rôle de déstabilisation au Nicaragua, la pays dans lequel je suis né.

Je commence cette lettre en citant Donatella Rovera qui avait été une des enquêtrices d'Amnesty International sur le terrain pendant plus de 20 ans :

« Les situations de ce conflit créent des environnements hautement politisés et polarisés. (…). Les acteurs et les parties intéressées traversent des distances extraordinaires pour manipuler et fabriquer des « preuves » pour qu'elles soient exploitées dans le pays et à l'étranger. Une récente, bien qu'en aucune façon unique, un exemple est fourni par le conflit syrien qui est souvent considéré comme « la guerre de YouTube » avec d'innombrables techniques de manipulation des séquences vidéo d'incidents survenus à d'autres moments, en d'autres lieux et même dans d'autres pays et qui les présentent comme des « preuves » des atrocités commises par l'une ou l'autre des parties dans le conflit syrien. »

Les observations de Mme Rovera, qui datent de 2014, décrivent correctement la situation actuelle du Nicaragua où même le préambule de cette situation a été manipulé pour provoquer la condamnation du Gouvernement nicaraguayen. La rapport d'Amnesty International intitulé intentionnellement « Tirer pour Tuer : Stratégie du Nicaragua pour réprimer la Protestation » pourrait être démonté point par point mais cela demanderait un temps précieux que le peuple nicaraguayen n'a pas. Par conséquent, je me concentrerai sur 2 points principaux :

Ce rapport n'est absolument pas neutre et le rôle que joue Amnesty International contribue au chaos dans lequel se trouve le pays.

Le récit fait, qui a le consensus de l'opposition locale et des médias corporatifs occidentaux, est le suivant : Le Président Ortega veut réduire de 5% le montant mensuel des retraites, augmenter la participation des employés et des employeurs au système de sécurité sociale. Les réformes ont provoqué des protestations auxquelles le Gouvernement a répondu par un acte génocide contre les manifestants pacifiques en assassinant plus de 60 personnes, pour la plupart des étudiants. Un jour ou 2 après, le Gouvernement nicaraguayen a dû attendre la tombée de la nuit pour déchaîner sa force de police pour décimer la population nicaraguayenne, nuit après nuit et ville après ville, détruisant dans ce processus ses propres édifices de Gouvernement et assassinant ses propres policiers jusqu'à finir son attaque assassine par un massacre le Jour de la Fête des Mères et en continuant de cette façon.

Alors que ce récit n'est pas repris de façon uniforme par tous les acteurs opposés au Gouvernement, les éléments qu'on y retrouve toujours sont le mot « génocide » et le fait que le président et a vice-présidente doivent partir.

Les affirmations d'Amnesty International se basent pour la plupart sur des témoignages de personnes et de victimes opposées au Gouvernement ou sur des informations manipulées et sans fondement diffusées par des médias d'opposition et un nombre incalculable d'organisations non gouvernementales (ONG) financées par les Etats-Unis connues collectivement sous le nom de « société civile. »

Les 3 organisations principales de médias citées dans le rapport sont Confidencial, 100% Noticias, et La Prensa, de super-ennemis du Gouvernement d'Ortega, presque tus es médias d'opposition et les principales ONG citées dans ce rapport reçoivent aussi de l'argent des Etats-Unis à travers des organisations comme l'Institut National Démocratique (NDI) et la Fondation Nationale pour la Démocratie (NED) qui a été qualifiée par le congressiste à la retraite Ron Paul « … d'organisation qui utilise nos impôts pour troubler la démocratie en arrosant avec de l'argent les partis ou les mouvements politiques qui lui sont favorables à l'étranger, qui participe à des « révolutions populaires de couleur » à l'étranger qui ressemble à ce que Lenine décrit comme une façon de voler le pouvoir qu'à de vrais mouvements démocratiques autochtones. »

Le rapport d'Amnesty International se base énormément sur la couverture de 100% Noticias, une chaîne de télévision qui a diffusé du matériel manipulé et incendiaire pour provoquer la haine contre le Gouvernement nicaraguayen comprenant même des images de manifestants pacifiques sans réaliser qu'ils portaient des pistolets, des fusils et qu'ils tiraient sur des membres de la police nationale pendant les incidents rapportés par la chaîne comme des actes de répression policière lors des marches de l'opposition. Le le Jour de la Fête des Mères, 100% Noticias a rapporté un soi-disant tir contre des manifestants désarmés par des franc-tireurs de la police et même un incident dans lequel cervelle d'un jeune a jailli hors de son crâne. La chaîne a corroboré le rapport avec une photo que Mme Rovera décrirait comme un « ...incident qui s'est produit à d'autres occasions, en d'autres lieux. » La photo jointe au rapport a été rapidement confrontée sur les réseaux sociaux avec des liens vers de vieux articles qui avaient utilisée la même image. 

Une des sources citées (Nota #77) pour corroborer le soi-disant refus de soins médicaux dans les hôpitaux de l'Etat aux patients blessés dans les manifestations de l'opposition – une des principales accusations répétées et réaffirmées par Amnesty International - est une conférence de presse diffusée par La Prensa pendant laquelle le chef du service de Chirurgie dément des affirmations qu'il était parti et que des fonctionnaires de l'hôpital avaient refusé des soins à des manifestants au début du conflit. « Je le répète », on l'entend dire : « Ce que j'ai reçu en tant que chef du service de chirurgie, c'est l'ordre de soigner, je veux être clair, soigner toute la population qui viendrait sans rien chercher à savoir. » en d'autres termes, l'une des sources d'Amnesty International contredit les allégations principales de son rapport.

Les exemples de preuves manipulées et fabriquées que nous avons cités, pour utiliser les mots de l'enquêtrice d'Amnesty International, ne sont que quelques-uns parmi beaucoup d'autres mais montrent l'essence de cette modalité du changement de régime patronnée par les Etats-Unis. Le rapport se nourrit d'affirmations provenant de personnes qui sont d'un côté du conflit et se base sur des preuves profondément corrompues. En dernier recours, il aide à créer l'image d'un Etat génocide en provoquant à son tour plus de sentiment anti-gouvernemental, dans le pays et à l'étranger et prépare la voie à encore plus d'intervention étrangère, et à une intervention de plus en plus agressive.

Un récit différent

Les réformes de la sécurité sociale, à l'origine, n'étaient pas des propositions du Gouvernement sandiniste mais des propositions du Fonds Monétaire International (FMI) et elles ont reçu le soutien du COSEP. Elles comprenaient l'augmentation de l'âge de la retraite de 60 à 65 ans et de la multiplication par 2 du nombre d'annuités nécessaires pour obtenir une pension, de 750 à 1500. Parmi les retraités touchés, environ 53 000, se trouvent les familles de combattants morts dans le conflit armé, aussi bien du côté de l'armée sandiniste que du côté de la “contra”, l'armée mercenaire financée par le Gouvernement des Etats-Unis dans les années 80, à peu près au moment où la NED fut créée, en partie pour arrêter la propagation du sandinisme en Amérique Latine.

Le Gouvernement du Nicaragua s'est opposé aux réformes du FMI, refusé la suspension des avantages des retraités et a proposé à la place une diminution de 5% de toutes les retraites, une augmentation de toutes les contributions à la sécurité sociale et une réforme fiscale qui revient sur un plafond d'impôts qui protège les salaires les plus hauts du Nicaragua. Le secteur patronal est devenu furieux et avec des organisations non gouvernementales a organisé les premières marches en utilisant le prétexte des réformes en les manipulant de la même façon que le rapport d'Amnesty International. Il explique : « … la réforme a augmenté les contributions à la sécurité sociale des patrons et des employés et demande une participation supplémentaire de 5% aux retraités. »

Selon la version de l'opposition, répétée et validée par Amnesty International, les manifestants sont pacifiques et le Gouvernement génocide et irrationnel commet des atrocités au vu et au su de tout le monde. Pendant ce temps, le nombre de morts parmi les sympathisants sandinistes et les officiers de police continue à augmenter. Le rapport affirme que les enquêtes balistiques indiquent que ceux qui tirent sur les manifestants sont probablement des franc-tireurs entraînés, suggèrent que c'est par le Gouvernement mais ne dit pas que de nombreuses victimes sont sandinistes, des citoyens ordinaires et des officiers de police. Il ne dit pas non plus que les manifestants « pacifiques » ont incendié et détruit plus de 60 édifices publics parmi lesquels beaucoup de mairies, de locaux sandinistes, de marchés, d'ateliers d'artisans, de stations de radio, etc... et il ne dit pas non plus que les manifestants ont installé des « barrages » ou des blocages de routes pur affaiblir l'économie et ainsi renverser le Gouvernement. Ces « barrages » sont devenus des endroits extrêmement dangereux où l'assassinat, le vol, l'enlèvement et le viol d'au moins une fillette se sont produits. Une jeune femme enceinte dont l'ambulance a été arrêtée par un barrage est morte le 17 mai. Tous ces crimes surviennent quotidiennement et sont bien prouvés mais ils ne sont pas dans le rapport d'Amnesty International.

L'organisation a raison de critiquer la mauvaise réaction du Gouvernement face aux protestations initiales mais cette réaction n'a pas été totalement erronée. Selon le rapport, la vice-présidente Murillo a dit, entre autres choses que « … ils (les manifestants) se sont inventé des malheurs (…) dans le cadre d'une stratégie contre le Gouvernement. » Ce qu' Amnesty International reprend pas en compte, c'est que plusieurs des étudiants qui avaient été déclarés morts sont réapparus en vie, l'un d'entre eux en Espagne. D'autres n'avaient pas été assassinés lors des protestations et n'étaient ni des étudiants ni des activistes. L'un d'entre eux a été tué par une balle perdue et un autre est mort d'une crise cardiaque dans son lit.

Le rapport d'Amnesty International ne tient pas compte non plus du fait que beaucoup d'étudiants ont quitté le mouvement en alléguant qu'il y a des délinquants retranchés dans les universités et sur divers « barrages » qui ne sont intéressés que par la déstabilisation du pays. Ces criminels ont créé un état de peur constant parmi la population en imposant des « impôts » à ceux qui veulent circuler, en persécutant ceux qui refusent d'être arrêtés, en les enlevant, en les frappant, en les torturant et en mettant le feu à leurs voitures. Une pratique qui est devenue habituelle est de déshabiller les victimes, de peindre leur corps en public en bleu et blanc, les couleurs du drapeau nicaraguayen, pour ensuite les libérer et les faire courir avant de leur tirer dessus avec des mortiers. Toutes ces informations, qui ne se trouvent pas dans le rapport, sont disponibles sur de nombreuses vidéos et dans d'autres sources.

Pourquoi le Nicaragua?

Le compte-rendu le plus basique de l'histoire entre le Nicaragua et les Etats-Unis montre une rivalité évidente. A partir de la moitié du XIX° siècle, le Nicaragua a résisté à l'ingérence étasunienne dans ses affaires intérieures, une résistance qui s'est poursuivie pendant le XX° siècle, d'abord avec la lutte du Général Augusto C. Sandino dans les années 20 et 30 et ensuite avec les Sandinistes, organisés dans le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN), qui, en 1979, a renversé la dictature de la famille Somoza qui avait été soutenue par les Etats-Unis pendant plus de 40 ans. Le FSLN, bien qu'il soit arrivé au pouvoir grâce à la lutte armée, a organisé des élections peu après son triomphe en 1984, et perdu le pouvoir dans les urnes en 1990 face à une coalition de partis politiques de droite également soutenus par le Gouvernement étasunien. Grâce à des pactes avec l'église et l'opposition, le FSLN a gagné une nouvelle fois les élections en 2006 et est resté au pouvoir depuis lors.

En plus des étroites relations entre le Nicaragua et le Venezuela, Cuba, la Russie et en particulier la Chine avec laquelle le pays a signé un contrat pour la construction d'un canal, l'autre raison principale pour laquelle les Etats-Unis poursuivent leur campagne anti-sandiniste est la réussite du modèle économique mis en place par le Gouvernement du Nicaragua qui représente une menace pour l'existence de l'ordre économique néolibéral imposé par les Etats-Unis et leurs alliés.

Bien qu'il soit parmi les nations les plus pauvres du continent américain et du monde, le Nicaragua a réussi, depuis qu'Ortega est revenu au pouvoir en 2007, à réduire la pauvreté des 3 quarts. Avant les protestations d'avril, l'économie du pays avait une croissance constante d'environ 5% depuis plusieurs années et était la troisième économie d'Amérique Latine en terme de rapidité de la croissance économique et le pays était l'un des pays les plus sûrs de la région.

Les améliorations d'infrastructures faites par le Gouvernement ont facilité le commerce entre les citoyens les plus pauvres du Nicaragua, on a créé un accès universel à l'éducation primaire, secondaire et universitaire, il y a des programmes concernant la terre, le logement, l'alimentation et bien plus. Le système de santé, bien que modeste, est non seulement excellent mais accessible à tous. Environ 90% des aliments consommés par les Nicaraguayens sont produits au Nicaragua et environ 70% des emplois ne viennent pas des grandes entreprises transnationales mais de l'économie populaire et même de petits investisseurs des Etats-Unis et d'Europe qui sont venus dans le pays pour devenir une force de stimulation de l'économie du tourisme.

L'audace du succès, donner à ses citoyens les plus pauvres une vie digne, être un exemple de souveraineté pour des pays plus riches et plus puissants, le tout en totale contradiction avec le modèle néolibéral et sa visée de privatisation et d'austérité, a mis encore une fois le Nicaragua dans la ligne de mire de l'intervention étasunienne. Imaginez l'exemple pour les autres pays – leurs économies déjà étranglées par les politiques néolibérales – qui prendraient conscience que l'un des pays les plus pauvres de la terre peut nourrir sa population et faire croître son économie sans avoir à lancer ses citoyens les plus pauvres sous la botte de fer du capitalisme. Les Etats-Unis ne toléreront jamais un exemple aussi dangereux.

Conclusion

Le Gouvernement nicaraguayen a des insuffisances et des contradictions sur lesquelles il doit travailler comme tous les Gouvernements et en tant que sandiniste, je voudrais voir le parti se transformer sur plusieurs choses importantes aussi bien internes qu'externes. Cependant, je me suis abstenu de parler de ces déficiences et de ces contradictions parce que les protestations violentes et le chaos que nous vivons ne sont pas le résultat des déficiences du Gouvernement nicaraguayen mais bien plus de ses nombreuses réussites. Cette vérité qui fâche est la raison pour laquelle les Etats-Unis et leurs alliés, et même Amnesty International ont opté pour « … créer un environnement hautement politisé et polarisé (…) traverser des distances extraordinaires pour manipuler et fabriquer des « preuves » pour qu'elles soient exploitées dans le pays et à l'étranger. »

Au moment où l'Organisation des Etats Américains, les nations Unies et le Vatican disent que les réformes pacifiques sont la seule façon de sortir du conflit, Amnesty International continue à implorer la communauté internationale de ne pas « abandonner le peuple nicaraguayen.» Une position aussi tendancieuse, aussi pleine d'informations manipulées, déformées et unilatérales, a aggravé la situation au Nicaragua. La perte de vies nicaraguayennes, même le sang des personnes ignorées par Amnesty International, a été utilisée pour fabriquer des « preuves » utilisées dans le rapport de l'organisation et fait de cette organisation la complice de n'importe quelle future intervention étrangère qui pourrait s'abattre sur le peuple nicaraguayen. Maintenant, l’organisation doit corriger le mal qu'elle a fait et le faire d'une façon qui reflète un fort engagement envers la vérité, quelle qu'elle soit et envers la neutralité, la paix, la démocratie et toujours envers la souveraineté de tous les pays du monde.

Sincèrement,

Camilo E. Mejia

Vétéran, opposant et objecteur de conscience à la guerre en Irak (2003-2004) 
Ex-prisonnier de conscience d' Amnesty International (2004)
Né au Nicaragua, citoyen du monde

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos




samedi 23 juin 2018

Artistes en cage

Selon les médias atlantistes, qui en font leurs gros titres tapageurs, Cuba, la Chine, la Russie … seraient les pays où la liberté d'expression serait le plus réprimée. Artistes et journalistes y seraient incarcérés dès qu'ils s'écartent de la ligne officiel. Un jugement qu'il serait bon de réviser aujourd'hui. Il est toujours plus aisé de montrer la paille dans l'œil de son voisin que de s'ôter la poutre qui obstrue notre vision du monde : 


De l'artiste française Patrice Letarnec


"Ils emprisonnent les artistes qui les critiquent, assassinent les journalistes gênants mais la dictature, c’est Cuba !"

par José Manzaneda

Savez-vous quel est le pays du monde dans lequel le plus d’artistes ont été emprisonnés en 2017? si nous nous laissons entraîner par ce que nous lisons dans la presse, nous allons penser que c’est la Chine… ou Cuba. Mais non : c’est l’Espagne avec 13 artistes en prison et à la troisième place en ce qui concerne le nombre de procès intentés à des créateurs, derrière l’Egypte et l’Ethiopie.

C’est un rapport de l’organisation Freemuse, du Danemark, censuré par les médias corporatifs espagnols, qui le dit. Certains d’entre eux avaient – évidemment – publié de larges extraits de rapports antérieurs de cette organisation dans lesquels l’Espagne n’était pas mentionnée. Ces médias, en outre, nous informaient en détails de tout désaccord entre des artistes et les autorités cubaines.

Pendant ce temps, les journalistes espagnols d’extrême-droite pratiquent l’incitation à la haine dans une totale impunité. Le présentateur Federico Jiménez Losantos demandait dans son émission de radio « des avions pour bombarder » la Catalogne et faire comprendre aux indépendantistes qu’on peut utiliser la force légitimement. » Imaginez la campagne internationale qui se déchaînerait contre Cuba si, sur l’île, un journaliste irresponsable proposait de bombarder les Etats-Unis… 

L’ONG Save The Children a publié son rapport « Les multiples visages de l’exclusion » dans lequel le Guatemala est classé dernier des pays du continent en ce qui concerne la protection de l’enfance avec « un taux extrêmement haut de malnutrition » et « presque la moitié des mineurs de moins de 5 ans qui ont un retard de croissance. » Pendant ce temps, Cuba se place dans les premières places. Mais imaginez ce qui se passerait si c’était le contraire… Ne pensez-vous pas que ce rapport aurait eu plus de visibilité dans les médias ?
Le Mexique est la second pays le plus dangereux pour les journalistes après la Syrie. 

L’organisation Artículo 19 dénonce 507 agressions et 12 assassinats de journalistes en 2017. En mai, par exemple, était abattu Javier Valdés, auteur de ‘Narco-journalisme’, un livre qui raconte, précisément, les dangers qu’il y a à informer sur le trafic de drogues et ses connexions avec la police et la politique. Ce sont des réalités que Cuba a vécues il y a 60 ans et qui ont été supprimées par la Révolution. Mais les médias ne nous le disent jamais.

Pour finir, revenons au Gouvernement espagnol : 8 jeunes basques, de la gauche indépendantiste ont été condamnés à des peines de prison allant jusqu’à 13 ans pour une bagarre dans un bar dont les gardes civils sont sortis avec des blessures légères. Imaginez que l’un des fameux « dissidents » de Cuba ait été condamné à 13 ans de prison pour avoir insulté ou donné un coup à un agent de police. Pas vrai, que les médias espagnols qui aujourd’hui applaudissent la condamnation des jeunes basques auraient dénoncé l’absence de « séparation des pouvoirs » dans le « régime » cubain ? 

Car c’est ainsi que marchent les choses en Espagne, qualifiée par le New York Times de « véritable démocratie en ruine. »


José Manzaneda, coordinateur de Cubainformación.
 traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos




Source en espagnol :



Source française: Réseau International