vendredi 13 septembre 2019

Comment tromper le monde

OU

Quelques bons gros mensonges scientifiques

Par Denis G. Rancourt Le 8 juin 2010Source Activist Teacher
[L]a majorité des politiciens, selon les preuves dont nous disposons, ne sont pas motivés par la vérité, mais par le pouvoir, et par la préservation de ce pouvoir. Pour qu’ils puissent conserver ce pouvoir, il est essentiel que les gens restent dans l’ignorance, qu’ils vivent sans connaître la vérité, y compris la vérité de leur propre vie. Nous ne sommes donc environnés que d’un étalage de mensonges, dont nous nous nourrissons. 
Harold Pinter, discours du Prix Nobel (de Littérature), 2005.

La préservation des structures hiérarchiques qui contrôlent nos vies dépend du « vaste étalage de mensonges duquel nous nous nourrissons » de Pinter. Les institutions en place, qui nous positionnent dans la hiérarchie, comme les écoles, les universités, les médias de masse ou les sociétés de productions audiovisuelles, ont comme fonction principale de créer et de préserver cet étalage. Les scientifiques de l’establishment répondent à ces mécanismes, ainsi que tous les intellectuels ayant pour fonction d’« interpréter » la réalité.

En fait, scientifiques et « experts » définissent la réalité afin qu’elle se conforme avec l’étalage mental dominant, qui mute pour s’adapter en permanence au moment. Ils inventent et construisent également de nouvelles branches de l’étalage, afin de souscrire aux intérêts de groupes de pouvoir spécifiques, en leur offrant de nouvelles voies ouvertes à l’exploitation. Ces grands prêtres sont récompensés de leurs bons et loyaux services par un statut de classe élevé.

Le mensonge de l’argent


Les économistes en constituent un exemple des plus probants. Ce n’est sans doute pas par accident que ce soit aux États-Unis, à la fin du XIXe siècle, que les économistes soient devenus les premiers analystes professionnels à « pénétrer par effraction » dans une bataille visant à définir les limites de la liberté académique des universités. À partir de ce point, le système académique allait imposer une stricte séparation opérationnelle entre le travail d’enquête et la théorisation, considérés comme des disciplines acceptables, et la réforme sociale considérée comme inacceptable 1.

Tout universitaire désireux de préserver sa position comprit ce que cela signifiait. L’effet de bord en fut que les universitaires devinrent maîtres en l’art de cultiver une image importante de soi, malgré la limitation mortelle de leur pertinence sociale, avec des verbiages du genre : « La vérité est notre arme la plus puissante », « la plume est plus forte que l’épée », « une bonne idée peut changer le monde », « la raison nous sortira des ténèbres », etc.

Ainsi l’entreprise de l’économie fût-elle dévolue à masquer le mensonge de l’argent. La pratique d’emprunts toxiques, la fixation des prix, et les contrôles monopolistiques étaient les principales menaces à la justice naturelle d’un marché libre, et ne constituaient que des erreurs dans le cadre d’un système autorégulé, qui restait modérable par l’ajustement des taux d’intérêts et par d’autres « protections ».

Pendant tout ce temps, aucune théorie économique dominante ne fit jamais mention du fait que tout l’argent qui circule, sans exception, est créé de toutes pièces par un système bancaire à réserve fractionnaire, détenu par des intérêts privés obscurs et secrets, et disposant du permis de fabriquer et de distribuer de la dette qui doit être remboursée (avec intérêts) par l’économie réelle ; de quoi poursuivre la concentration de la propriété et du pouvoir face à toute économie, locale ou régionale.

Aux restants, la tâche de gagner de l’argent plutôt que simplement le fabriquer, sans jamais en accumuler. La classe moyenne court en permanence derrière le paiement d’un loyer ou le remboursement d’un emprunt immobilier. L’esclavage salarial est perpétré et de plus en plus déclassé dans les zones stables, et se voit installé, dans ses variantes les plus vicieuses, dans tous les territoires nouvellement conquis.

Il est tout à fait singulier que la plus grande escroquerie à l’exploitation (la création monétaire privatisée, ou dette) jamais promulguée et appliquée à la planète tout entière ne figure même pas dans les théories économiques.

Les économistes sont tellement occupés à modéliser les évolutions des profits, des retours sur investissements, des chiffres de l’emploi, de la valeur des marchés boursiers, et les bénéfices des fusions-acquisitions pour les exploiteurs du milieu de l’échelle, qu’ils ne remarquent pas leur propre évitement de ces éléments fondamentaux. Ils modélisent le schéma de construction tout en refusant de reconnaître que le terrain où l’édifice est bâti se situe en zone sismique, et que les vautours planent déjà en cercle au-dessus de leurs têtes.

Et pendant ce temps, les financiers rédigent et amendent les règles à leur gré, selon un processus qui, lui non plus, ne figure pas dans les théories macroéconomiques. Le seul élément humain considéré par les économistes dans leurs modèles mathématiques « prédictifs » est le comportement du consommateur de bas niveau, en aucun cas les manipulations en haut du système. La corruption est la norme, mais non écrite. Les économies, les cultures, les infrastructures des nations sont volontairement détruites pour s’attirer de nouveaux bataillons d’esclaves, via des dettes nationales grandissantes, pour les générations à venir ; et les économistes couvrent ces dettes en expliquant les conséquences catastrophiques supposées qui surviendraient si ces dettes n’étaient pas remboursées…

Des outils de gestion pour les maîtres, un rideau de fumée pour nous autres — merci les experts économistes.

La médecine : le mensonge de la santé


Qui n’a pas entendu quelque DM (Docteur en Médecine) interviewé à la radio, émettant l’affirmation assurée que l’espérance de vie a augmenté grâce à la médecine moderne ? Rien n’est plus éloigné de la vérité.

L’espérance de vie a augmenté dans le monde développé du fait de l’absence historique de guerres civiles et territoriales, d’une nourriture meilleure et plus accessible, d’une baisse des accidents (du travail, et autres), et de meilleures conditions de vie et de travail en général. Le seul indicateur de santé individuelle au sein d’un pays, et d’un pays à l’autre, est le statut économique, indépendamment de l’accès aux technologies médicales et pharmaceutiques.

C’est en fait pire que cela : la médecine porte en fait des impacts négatifs sur la santé. Les erreurs médicales (sans compter les décès non attribués à l’administration d’un « traitement » dans les règles) constituent le troisième vecteur de décès aux USA, après les troubles cardiaques et les cancers, et l’écart est très important entre cette sous-estimation très conservatrice des décès par erreurs médicales et la quatrième cause de décès2. La médecine n’ayant que peu de moyens de régler les problèmes cardiaques et les cancers, et la médecine n’ayant qu’un impact positif statistiquement marginal dans le domaine des interventions traumatiques, nous en concluons que la santé publique se trouverait améliorée si tous les docteurs en médecine s’évaporaient purement et simplement. Et pensez une minute au temps perdu et au stress que les gens malades s’épargneraient…

L’hôpital constitue l’un des endroits les plus dangereux de notre société. On compte parmi les erreurs médicales les mauvais diagnostics, les erreurs de prescriptions, les prescriptions de médicaments qui ne devraient pas être combinés entre eux, les interventions non nécessaires, et les traitements mal administrés, dont chimiothérapies, traitements par radiations, et opérations réparatrices.

Le mensonge s’étend jusqu’au mythe selon lequel les docteurs en médecine sont proches de comprendre le corps humain. Et ce mensonge bien gardé nous encourage à faire confiance aux docteurs, ce qui ouvre la porte à un filon fort juteux pour la big pharma.

La première chose que les volontaires de Médecins sans frontière (MSF) doivent faire pour apporter une aide significative aux zones sinistrées est d’« oublier leur formation médicale » et d’aller travailler sur les tâches prioritaires : l’eau, la nourriture, les abris, et la prévention de propagation des épidémies ; pas la vaccination, ni les opérations, ou les prescriptions médicales… La santé publique résulte de la sûreté, de la stabilité, de la justice sociale, et du pouvoir d’achat économique, pas d’unités d’IRM (Imagerie par résonance magnétique) ou de prescriptions de traitements.

Ces têtes de nœud appliquent de manière routinière des « traitements recommandés » et prescrivent des médicaments dangereux pour tout : pour les niveaux de tensions élevés dus à un mode de vie sédentaire et à une mauvaise nutrition, pour l’apathie à l’école, pour l’anxiété à se trouver dans un lieu public, pour les fonctions érectiles post-adolescence, pour les troubles du sommeil non conventionnels, et pour tous les effets secondaires des propres drogues qu’ils prescrivent.

Dans un renversement de la logique professionnelle mais non moins remarquable, les docteurs prescrivent des drogues pour supprimer des symptômes qui sont des indicateurs de risques, au lieu de s’occuper des causes de ces risques : ils ne font qu’agresser le corps encore plus.

Les effets que la médecine a eu et continue d’avoir sur nous sont incroyables : il s’agit simplement d’une manière de plus de nous garder à l’état de stupidité (l’ignorance de notre propre corps) et artificiellement dépendants de la hiérarchie de contrôle. Les gens économiquement défavorisés ne meurent pas d’un manque de « soins » médicaux — ils meurent des contraintes qui pèsent sur leurs vies et des dettes résultant directement de leur pauvreté. Combien de docteurs en médecine ont formulé cette vérité évidente à la radio?

LES MENSONGES DES SCIENCES DE L’ENVIRONNEMENT


L’exploitation par extraction de ressources, par expropriation territoriale, et par la création et la préservation d’esclaves salariés dévastent les populations indigènes et l’environnement sur des échelles continentales. Il est donc vital de couvrir ces crimes sous un voile d’analyses d’experts et sous une diversion de politiques de développement. Une classe importante d’intellectuels rend ici service, en la matière des scientifiques et consultants en environnement.

Les scientifiques en environnement travaillent naïvement ou en connaissance de cause main dans la main avec les charlatans de la finance et du monde de l’entreprise, les médias dominants, les politiciens, les bureaucrates d’état et internationaux, pour masquer les vrais problème et pour générer des opportunités de profits aux élites au pouvoir. Voici des exemples notables de cas spécifiques.

Le fréon et la couche d’Ozone


Connaissez-vous quelqu’un qui a été tué par le trou dans la couche d’ozone ?

Le protocole de Montréal de 1987, interdisant les chlorofluorocarbones (CFC), est considéré comme un cas d’école, voyant la science, conjuguée à une gouvernance responsable, amènent à un traité emblématique protégeant la Terre et tous ses habitants. N’est-ce pas merveilleux ?

Au moment où le brevet de DuPont [Une entreprise géante de chimie, NdT] sur le Fréon (TM), le réfrigérant CFC le plus usité au monde, allait expirer, les médias dominants s’emparèrent d’observations et d’hypothèses scientifiques impénétrables quant à la concentration de l’ozone dans les hautes couches de l’atmosphère, aux abords des pôles.

Il s’ensuivit une mobilisation internationale pour criminaliser les CFC ; et DuPont développa et breveta un réfrigérant de remplacement, qui fut promptement homologué.

Un prix Nobel de chimie fut attribué en 1995 à une preuve en laboratoire que les CFC peuvent appauvrir l’ozone dans des conditions atmosphériques simulées. En 2007, il fut démontré que ces travaux avaient pu être fortement biaisés par une surestimation du taux d’épuisement d’un ordre de grandeur, ce qui invalidait le mécanisme proposé d’épuisement de la couche d’ozone par les CFC 3.
Sans parler du fait que les expériences en laboratoires sont très différentes des hautes couches de l’atmosphère… L’attribution du prix Nobel serait-elle biaisée par les médias et les pressions d’intérêts particuliers ?

Mais c’est encore mieux que cela. Il s’avère que le réfrigérant de remplacement de DuPont est, sans grande surprise, moins inerte que ne l’était le Fréon. Il s’ensuit qu’il corrode les composants du cycle de réfrigération beaucoup plus rapidement. Les anciens frigidaires et congélateurs avaient une durée de vie pratiquement illimitée, et voilà qu’à présent ils sont bons à jeter en huit ans environ. La conséquence en a été un empilement dans des proportions inédites d’appareils électroménagers en fin de vie dans les sites de décharges en Amérique du Nord ; encouragés par la propagande verte vantant des consommations électriques ultra efficaces des nouveaux appareils, testés à porte fermée (vous avez bien lu, ces modélisations supposent que l’on n’ouvre jamais la porte du frigo, pour consommer moins et obtenir la note « A+++ »).

En outre, on nous a frénétiquement exhortés à éviter le soleil, l’index des UV maintient entières notre peur du cancer et notre dépendance à l’establishment médical, et une nouvelle industrie de blocage du soleil, comparable à une ligue de protection des vampires », a été créée. Et, bien sûr, les chimistes universitaires sont à la recherche de la molécule de blocage du soleil parfaite, qui pourra être brevetée par la big pharma. Et dès que le brevet sera posé, ma prédiction est que nous verrons des interviews dans les médias, avec des experts en cancer de la peau…

Les pluies acides et la forêt boréale


Dans les années 1970, c’étaient les pluies acides. Des milliers de scientifiques du monde entier (comprendre : de l’hémisphère nord) étudiaient ce « problème des plus urgents pour la planète ». La forêt boréale constitue le plus grand écosystème terrestre, et on signalait que ses millions de lacs mouraient du fait des pluies acides qui tombaient du ciel.

Les centrales à charbon laissaient s’échapper des sulfures dans l’atmosphère, rendant la pluie acide. Il fut postulé que les pluies acides rendaient les sols et les lacs acides dans la forêt boréale, mais cette acidification fut en pratique impossible à détecter. Des lacs sauvages, au cœur des parcs nationaux, devaient faire l’objet d’études pour essayer de détecter une acidification statistiquement significative.

Pendant ce temps, les lacs et leurs bassins versants étaient en cours de destruction du fait de l’industrie des maisons de campagne, de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de l’extraction minière, de la surpêche et du tourisme. Aucune de ces destructions, locales ou régionales, ne fit jamais l’objet de la moindre étude ni de la moindre médiatisation. Au lieu de cela, les scientifiques pointèrent leur regard vers de lointaines centrales à charbon, vers la distribution atmosphérique, et postulèrent que des réactions chimiques se produisaient au sein des gouttes de pluie. Une étude découvrit que la reproduction en aquarium d’une espèce de poissons se montrait très sensible à l’acidité (pH). On écrivit de longs traités sur l’équilibre des charges des cations et sur leur transport, et l’attention fut détournée du terrain, vers un problème aseptisé de chimie atmosphérique, résultant de l’industrialisation et du progrès, mais pas d’exploitants identifiables.

Pour ce qui me concerne, physicien et praticien des sciences de la terre, devenu scientifique de l’environnement, j’ai moi-même lu pratiquement chaque article scientifique écrit au sujet des pluies acides ; je n’y ai pas trouvé un seul exemple de démonstration d’un impact négatif sur les lacs ou sur les forêts du aux pluies acides. À mon avis, en opposition des affirmations répétées des auteurs scientifiques, la recherche sur les pluies acides démontre que les pluies acides ne peuvent pas constituer la source du problème.

Ce modèle de blanchiment des exploiteurs, coordonné par les élites, allait se répéter à une échelle encore plus importante quelques décennies plus tard, avec le réchauffement climatique mondial.

Le réchauffement climatique : une menace pour l’humanité


En 2005 et 2006, plusieurs années avant que le scandale du Climategate de novembre 2009 n’explose la bulle médiatique qui maintenait l’opinion publique dans l’acceptation des crédits de carbone, du système de plafonnement, et du filon financier associé, chiffré en milliers de milliards de dollars, qui peut encore fonctionner, j’exposai le scandale de la cooptation au réchauffement planétaire dans un article qu’Alexander Cockburn, décrivit dans The Nation comme « l’une des meilleures études sur la fabrication du mythe de l’effet de serre, du point de vue de la gauche » 4 5 6.

Mon étude amena David F. Noble à explorer la question, et à écrire The Corporate Climate Coup [« Le coup d’État climatique des multinationales », NdT], pour exposer la manière dont les médias s’emparèrent du sujet par suite de la compréhension par le secteur de la finance du potentiel gigantesque de bénéfices que le passage au vert pouvait constituer7.

Les paragraphes d’introduction de Global Warming: Truth or Dare? sont reproduits ici 4.:
J’avance également qu’il existe de fortes motivations sociétales, institutionnelles, et psychologiques, derrière la construction puis le maintien du mythe d’une grande menace de réchauffement planétaire (le mythe du réchauffement climatique, pour faire court). Je décris ces motivations s’agissant des travaux de la profession scientifique, ainsi que du réseau des multinationales, de la finance mondiale, et de ses ombres gouvernementales.
J’affirme que la force la plus destructrice de la planète, et de loin, réside dans les financiers menés par le pouvoir, et les sociétés mues par la recherche du profit, ainsi que leurs cartels soutenus par la puissance militaire ; et que le mythe du réchauffement planétaire constitue une fausse piste qui contribue à cacher cette vérité. À mon avis, les activistes qui, quelles que soient leurs justifications, entretiennent le mythe du réchauffement planétaire, ont été mis sous contrôle, ou à tout le moins, se sont fait neutraliser.
D’autres extraits suivent 4.:
Les scientifiques en environnement et les agences gouvernementales sont financés pour étudier et examiner des problèmes qui ne menacent pas les intérêts corporatifs ni financiers. Il n’est donc pas surprenant qu’ils s’en prennent à la dévastation à l’échelle d’un continent, due à l’extraction des ressources, par la lorgnette du CO2. Le principal inconvénient de cette stratégie et qu’on ne prend pas le contrôle d’un monstre affamé en lui demandant de chier moins que ce qu’il avale.
Le réchauffement climatique constitue un problème strictement dans l’imaginaire de la classe moyenne du monde développé. Personne d’autre ne s’en préoccupe. Les travailleurs des usines, exploités dans le Tiers Monde se fichent du réchauffement climatique. Les enfants irakiens ayant subi des mutations génétiques du fait de l’uranium appauvri qui y a été répandu par les guerres étasuniennes se fichent du réchauffement climatique. Les populations indigènes dévastées ne sont pas non plus concernées par le réchauffement climatique, sauf peut-être comme représentation de la seule solidarité à laquelle nous pourrions souscrire.
Ce n’est pas un sujet de limitation des ressources. [« Les montants dépensés pour l’alimentation des animaux de compagnie aux USA et en Europe chaque année équivalent aux montants nécessaires pour apporter une nourriture et des soins médicaux de base à l’ensemble des populations du Tiers Monde, et encore resterait-il une assez coquette somme à dépenser. » (rapport de développement de l’ONU, 1999)]. C’est un sujet d’exploitation, d’oppression, de racisme, de pouvoir, et d’avidité. La justice économique, humaine, et animale amène d’elle-même une pérennité économique qui est elle-même toujours fondée sur des pratiques renouvelables. La reconnaissance des droits élémentaires des populations indigènes modère automatiquement l’extraction de ressources et préserve les habitats naturels. Empêcher les guerres et les interventions impérialistes tarit automatiquement l’exploitation à l’échelle des nations. Un vrai contrôle démocratique de la politique monétaire permet très largement de supprimer l’extorsion basée sur la dette. Etc.

Et il y a une critique approfondie de la science qui sert à nourrir une tendance à grand bruit, et un aveuglement intéressé 4.. Le Climategate ne fait que confirmer ce qui devrait sauter aux yeux de tout scientifique en exercice : cette science constitue une mafia quand elle ne se résume pas à une pilule soporifique.

[Développement récent (mars 2011) : déconstruction tranchante du récit de la science climatique dominante – ICI.]

Conclusion


Cela continue sans s’arrêter. Que reste-t-il, qui n’est pas mensonge ?

Considérez l’escroquerie récente au H1N1 — un autre cas d’école. Le cirque se poursuit et fait dans le grotesque : des gels antiseptiques à chaque porte en un clin d’œil, des lycéens se shootant en buvant l’alcool des gels, obsolescence de la souche virale avant que le vaccin — pré-payé — ne puisse même être produit, efficacité non prouvée, aucune exigence que l’efficacité en soit garantie, des garanties du gouvernement aux fabricants contre les poursuites lancées par les clients, dans les universités, des agents de sécurité enseignant aux étudiant la bonne manière de tousser, etc.

De la folie pure. Quelque chose a-t-il déclenché notre réflexe de stupidité génétiquement enraciné de pays développé ? Cela s’inscrit-il dans notre marche vers le fascisme8 ?

En voici encore un échantillon. Les éducateurs promeuvent le mensonge selon lequel nous apprenons parce que nous recevons un enseignement. Le mensonge de l’éducation est franchement dénoncé par les éducateurs radicaux9 10.

Les professeurs d’université conçoivent des programmes comme si les étudiants apprenaient effectivement chaque élément qui y est professé, alors qu’en réalité les étudiants n’apprennent pas les éléments qui y sont professés : chacun n’apprend que ce qu’il apprend. On pourrait chambouler complètement l’ordre dans lequel les cours sont donnés, et l’on ne verrait pas de différence notable quant à ce que les étudiants en retiennent. Les étudiants produisent des absurdités et les professeurs n’en sont pas gênés. L’obéissance et l’endoctrinement sont les vrais composantes de tout le processus, et la seule compétence réellement exigée est de faire semblant. Les étudiants le savent, et ceux qui l’ignorent ne savent pas ce qu’ils savent, et ne se connaissent pas eux-mêmes. 8.9.10..

Choisissez n’importe quelle opinion d’expert ou n’importe quel paradigme dominant : ils sont les constituants d’un racket.

Nous n’acceptons pas la vérité, parce que la vérité est brutale.

Denis G. Rancourt était professeur titulaire à temps plein de l’Université d’Ottawa au Canada. Il suivit une formation de physicien et pratiqua la physique, les sciences de la terre, et la science de l’environnement, domaines en lesquels il fut financé par une agence nationale et dirigea un laboratoire reconnu à l’international. Il a publié plus de cent articles dans des journaux scientifiques de premier plan. Il a développé des cours d’activisme populaire et a constitué un critique franc de l’administration universitaire. Il est un défenseur des droits des Palestiniens. Il a été mis à la porte en 2009 par un président qui est un défenseur inconditionnel de la politique israélienne. [Voir www.academicfreedom.ca]

Note du Saker Francophone:

Il a aussi publié une longue étude sur les tenants et les aboutissants de la globalisation.
Traduit par Vincent, relu par Olivier pour le Saker Francophone
Notes

dimanche 8 septembre 2019

Epstein et le traffic sexuel


Le milliardaire Jeffrey Epstein a été retrouvé mort dans sa cellule de prison à Manhattan. Selon les autorités, il s'est suicidé. Le FBI a toutefois ouvert une enquête sur son «suicide apparent», tout comme le département de la Justice.
Citées par plusieurs médias américains, les forces de l'ordre ont fait savoir que le corps de Jeffrey Epstein avait été retrouvé sans vie dans sa cellule à New York, ce 10 août. Des responsables américains, qui se sont exprimés sous couvert d'anonymat, affirment que le milliardaire américain, inculpé pour «exploitation sexuelle de mineures», s'est donné la mort par pendaison. Toutefois, le FBI a annoncé avoir ouvert une enquête sur son «suicide apparent», selon l'AFP.
.../...
L'inculpation de Jeffrey Epstein le 8 juillet dernier faisait trembler le tout Washington, et au-delà. La question qui était sur toutes les lèvres étant de savoir si cet ami des puissants allait livrer des informations sur son réseau en échange de la clémence de la justice.
Le 25 juillet, il avait déjà été retrouvé blessé au cou, affalé sur le sol en position fœtale et presque inconscient dans sa cellule. Un incident que n'avaient pas élucidé les enquêteurs, qui n'avaient écarté aucune piste, de la tentative de suicide ou de fuite à l'agression. RT France


"Le Marché de la viande", Bordel de la Zwi Migdal

Jeffrey Zwi Epstein Migdal 


Par Gilad Atzmon


 L’histoire de Jeffrey Epstein a perdu de son mystère car de plus en plus de commentateurs se permettent d’exprimer l’idée qu’il est fort possible qu’Epstein ait été lié à un syndicat du crime affilié à une organisation politique sioniste ou à Israël et/ou au moins à quelques services de renseignements compromis. Whitney Web et d’autres ont produit de superbes études de scénarios possibles, j’aimerais plutôt aborder le sujet dans une perspective culturelle. Epstein n’était pas le premier trafiquant sexuel juif. C’est le bon moment pour jeter un coup d’œil sur Zwi Migdal, un syndicat juif du crime mondial qui a opéré il y a un siècle et qui a trafiqué des dizaines de milliers de femmes et de filles mineures comme esclaves sexuelles. 

Selon l’écrivaine juive contemporaine Giulia Morpurgo, la Zwi Migdal avait fait de l’Argentine « un cauchemar de prostitution et d’exploitation ». Pendant les trois premières décennies du XXe siècle, l’Argentine était un pays riche. Sa population, son revenu total et son revenu par habitant dépassaient ceux du Canada et de l’Australie. Juste avant la Première Guerre mondiale, l’Argentine était le 10e État le plus riche du monde par habitant. Lorsque l’Argentine était un pays riche, une grande partie de son économie, de sa culture et de sa politique était contrôlée par des syndicats du crime et en particulier par un appareil juif du crime organisé appelé Zwi Migdal. En 2009, la Coalition juive internationale contre les abus et agressions sexuelles (JCACA) a publié un article complet sur la Zwi Migdal intitulé Understanding the Zwi Migdal Society (« Comprendre la Société Zwi Migdal »), que je vais citer en détail. La Zwi Migdal était une association de truands juifs impliqués dans « l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants juifs, qui opérait dans le monde entier. » 

Apparemment, la Zwi Migdal avait choisi un nom plutôt innocent : « Société juive d’aide mutuelle de Varsovie. » Cela sonne en effet presque aussi innocent, humain et charitable que Anti Defamation League, Jews against Breast Cancer (Juifs contre le cancer du sein), ou même Jewish Voice for Peace, mais la Société juive d’aide mutuelle de Varsovie n’était pas du tout innocente. Elle a forcé des milliers de femmes et de filles à devenir des esclaves sexuelles et a détruit leur vie. Le 7 mai 1906, le syndicat juif dut changer de titre après que l’ambassadeur de Pologne en Argentine eut déposé une plainte officielle auprès des autorités argentines concernant l’utilisation du nom « Varsovie ». De toute évidence, le gouvernement polonais ne voulait pas être associé à un syndicat du crime juif. Dans cette ligne, il serait approprié de se demander combien de temps il faudra avant que le gouvernement américain et ses politiciens insistent pour que l’AIPAC abandonne son premier « A » ou avant que le projet néocon Project of the New American Century ne reçoive l’ordre de retirer « American » de son nom. Zwi Migdal signifie "pouvoir fort" en yiddish et honore également Zvi Migdal, connu sous le nom de Luis Migdal, l’un des fondateurs de l’organisation criminelle. 

L’organisation Zwi Migdal a fonctionné des années 1860 à 1939. À son apogée, après la Première Guerre mondiale, elle comptait quatre cents membres en Argentine seulement. Son chiffre d’affaires annuel était de cinquante millions de dollars au début des années 1900. Contrairement à Epstein et Maxwell qui auraient recruté des femmes mineures non-juives, la Zwi Migdal s’est spécialisée dans la traite des femmes juives. La plupart des femmes et des enfants juifs qui étaient kidnappés l’étaient dans des shtetls (petites villes juives) pauvres et amenés à Buenos Aires. Les documents récemment publiés au sujet de l’affaire Jeffrey Epstein suggèrent qu’Epstein et Ghislaine Maxwell devaient être accusés de trafic sexuel d’enfants et de proxénétisme de filles mineures. Il semble que rien de tout cela n’est vraiment nouveau dans le monde juif : La Zwi Migdal Society attirait des filles et des jeunes femmes décentes d’Europe par des moyens inventifs et trompeurs. Un homme très bien élevé et élégant apparaissait dans un village juif pauvre dans des endroits comme la Pologne ou la Russie. 

Il annonçait rechercher des jeunes femmes pour travailler dans les maisons de juifs riches en Argentine en affichant une annonce dans la synagogue locale. Craignant les pogroms et souvent dans des circonstances économiques désespérées, les parents confiants expédiaient leurs filles naïves avec ces hommes, espérant leur donner un nouveau départ. La dernière ligne rappelle le récit de Virginia Giuffre sur sa rencontre avec l’élégante mondaine britannique Ghislaine Maxwell qui aurait attiré ses victimes pour les faire « échapper » à leur misère. Affiche d’Esrat Nashim, une association juive créée dans les années 1920 pour combattre la traite des femmes et jeunes filles La JCACA poursuit :

 Les filles, âgées pour la plupart de 13 à 16 ans, préparaient un petit sac, faisaient leurs adieux à leur famille et montaient à bord de navires pour l’Argentine, croyant qu’elles étaient en route vers un avenir meilleur. Mais elles découvraient rapidement l’amère vérité. Leur période de formation en tant qu’esclaves sexuelles, qui commençait sur le navire, était cruelle et brutale. Les jeunes vierges étaient déflorées, violées, battues, affamées et enfermées dans des cages. L’organisation Zwi Migdal a atteint son apogée dans les années 1920 lorsque quelque 430 rufianos, ou maquereaux, contrôlaient 2 000 maisons closes et faisaient le trafic d’environ 30 000 femmes et filles juives rien qu’en Argentine. Les plus grands bordels de Buenos Aires hébergeaient de 60 à 80 femmes esclaves sexuelles. Il y avait des bordels dans toute l’Argentine, mais la plupart d’entre eux étaient dans la grande ville, dans le quartier juif, sur la rue Junin. [dans le quartier de la Recoleta, NdT] Apparemment, « les prostituées qui n’avaient pas réussi à satisfaire leurs clients étaient battues, condamnées à une amende ou emmenées travailler dans des maisons provinciales. Chaque transaction commerciale était enregistrée. Les rufianos "tenaient un marché de la viande" où les jeunes filles nouvellement arrivées devaient défiler nues devant les acheteurs dans des endroits comme l’Hôtel Palestina ou le Café Parisienne. » On peut se demander comment tout cela s’accorde avec la tradition judaïque et la loi talmudique. « Dans un bordel, rapporte la JCACA, la Madame, une femme juive pratiquante, ne laissait pas ses filles travailler le vendredi, mais les instruisait elle-même dans l’art de faire l’amour ».

 De nombreux commentateurs de l’affaire Epstein sont stupéfaits de l’incapacité des forces de l’ordre, du système judiciaire et des organismes fédéraux américains à rendre justice aux victimes d’Epstein et de leur incapacité à le neutraliser. Encore une fois, ce n’est pas nouveau. La JCACA écrit sur la criminalité de la Zwi Migdal : Ces activités n’ont pas été perturbées parce qu’elles étaient fréquentées par des représentants du gouvernement, des juges et des journalistes. Des fonctionnaires municipaux, des politiciens et des policiers étaient payés. Les maquereaux avaient des relations puissantes partout.


Affiche d'Esrat Nashim, une association juive créée dans les années 1920 
pour combattre la traite des femmes et jeunes filles


 La communauté juive ne s’est pas précipitée pour sauver ses filles maltraitées. Les prostituées, pour la plupart analphabètes, démunies et méprisées par la communauté juive, se sont regroupées pour former leurs propres sociétés d’entraide. Mais de rares fois, des militants ethniques juifs ont pris la défense des femmes et les filles victimes de violence. Une nuit, Nahum Sorkin, un militant sioniste bien connu, se tenait devant le théâtre et empêcha physiquement les rufianos (maquereaux juifs) d’entrer. Ensuite, ils ont été bannis des synagogues, et pour couronner le tout, on leur a refusé l’inhumation dans le cimetière juif. De Rachel (Raquel) Lieberman à Virginia Roberts Giuffre On apprend que l’audace des rufianos a finalement conduit à leur disparition. C’est arrivé quand ils ont refusé de renoncer à leur revenu du travail d’une femme, Rachel Lieberman de Lódž, en Pologne.


Rachel Liberman

 Elle, comme tant d’autres, a été tentée de se rendre à Buenos Aires pour répondre à une annonce matrimoniale, mais a été emmenée dans la rue Junin où elle a été contrainte de se prostituer. Après cinq ans, elle avait assez d’argent pour se lancer dans le commerce de meubles anciens pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses fils, mais les rufianos ont rendu cela impossible. Ils ne voulaient pas qu’elle serve d’exemple à leurs autres esclaves. Mais cette femme n’avait pas été brisée. Comme ce fut le cas pour Virginia Giuffre, il a fallu le courage de Rachel pour faire éclater la machine. En désespoir de cause, Rachel Lieberman a contacté le surintendant de police Julio Elsogray. Elle avait entendu mentionner son nom dans la rue comme étant celui d’une personne qui ne voulait pas prendre l’argent de Zwi Migdal et qui cherchait en fait des moyens de détruire l’organisation. Un jour, elle s’est glissée dans son bureau et a donné un compte rendu détaillé des liens entre les différents proxénètes de la direction de l’organisation. Son témoignage a donné lieu à une enquête approfondie. Les conclusions sont parvenues au Dr Rodriguez Ocampo, un juge qui ne voulait pas non plus accepter les pots-de-vin de Zwi Migdal. Le long procès s’est terminé en septembre 1930, avec 108 détenus. 


Le quotidien Critica annonce la condamnation des 108 "ténébreux" de la Zwi Migdal

"L’existence même de l’Organisation Zwi Migdal menace directement notre société", a écrit le juge dans son verdict, prononçant de longues peines de prison. Comme avec Epstein et ses amis gangsters, les choses ont changé rapidement et pas en faveur de la justice et encore moins guidées par des principes éthiques. Les mafieux de Zwi Migdal étaient au moins aussi bien connectés qu’Epstein aux politiciens, juges et procureurs. En prison, les proxénètes ont tiré quelques vieilles ficelles, ont fait appel de leur sentence en janvier 1931, et les hauts fonctionnaires du ministère de la Justice n’ont laissé que trois des condamnés en prison, libérant le reste. Comme ce fut le cas avec Julie Brown du Miami Herald et beaucoup d’entre nous dans les médias alternatifs qui n’ont pas permis que les crimes du pourri Epstein et de son réseau pédocriminel soient passés sous silence, les médias argentins des années 30 n’ont pas accepté de fermer les yeux sur l’impunité du syndicat juif. Lorsque les médias ont rapporté la libération des mafieux du Zwi Migdal, « le public était très contrarié et a fait pression sur les autorités pour qu’elles annulent la décision de libération. 

Par la suite, des centaines de proxénètes ont été déportés en Uruguay. Au fil des ans, ils sont lentement revenus un par un, mais l’ère des grands bordels a pris fin. » La JCACA résume la saga Zwi Migdal en déclarant que le syndicat du crime juif était « une organisation qui faisait le commerce des femmes pendant que ses membres portaient des phylactères et se construisaient une synagogue ». 

Je suppose qu’on peut en dire autant du réseau d’Epstein. Ils ne sont peut-être pas religieux, ils ne portent peut-être pas de phylactères, mais ce sont des juifs sionistes auto-identifiés qui font des dons à Israël et qui soutiennent la politique criminelle d’Israël de manière tonitruante. La JCACA proclame que l’histoire de la Zwi Migdal « est une honte pour tous les juifs décents. Elle impliquait des tonnes d’argent, des politiciens corrompus, des rapports sexuels violents, le trafic international des femmes, une brutalité dure, des viols et des tricheries, le tout légèrement épicé de yiddishkeit et de traditions de crainte de Dieu. Parmi ces traditions, selon les croyances juives exprimées dans la Torah, il est parfaitement acceptable d’avoir des esclaves tant qu’ils ne sont pas juifs. Mais ces Zwi Migdal réduisirent aussi en esclavage les jeunes filles juives et un grand nombre de celles qui dirigeaient les bordellos étaient des femmes juives. » Je me surprends à reconnaître qu’à l’exception de Benjamin Netanyahou qui, pour des raisons d’opportunisme politique, a dénoncé Ehud Barak pour ses liens avec Epstein, je n’ai pas encore vu une seule organisation juive exprimer la moindre gêne concernant Epstein et son trafic sexuel. Au contraire, l’avocat d’Epstein, Alan Dershowitz, a annoncé qu’il est en fait une victime du mouvement #metoo. Il insiste aussi à l’occasion sur le fait que les juifs ne devraient jamais s’excuser d’avoir utilisé leur force. Maxwell a gardé le silence. Wexner doit encore s’excuser. Comme Dershowitz, il a adopté la voie de la victime en annonçant qu’Epstein avait « détourné » quelques shekels de sa famille et qu’il regrettait d’être associé au trafiquant sexuel. JVP (Voix Juive pour la Paix), qui se soucie tant des Palestiniens, doit être un peu moins dérangé par le sort de Guiffre. Je me demande si c’est le fait que Zwi Migdal a abusé de femmes et de filles juives qui a provoqué la consternation juive. Je suppose que, du moins pour l’instant, il semble que les juifs n’aient pas les moyens culturels ou psychologiques de regarder Epstein et son réseau de façon réfléchie. La seule question qui reste ouverte est de savoir si le FBI aura les cojones de faire son travail. 

Gilad Atzmon


 Source: Tlaxcala

samedi 7 septembre 2019

De gauche à droite le coeur de la France balance

ou

Raser gratis ou saigner à blanc, la fausse alternative

Par Ambroise de Rancourt



L’Occident vit aujourd’hui une ère d’une complexité et d’une richesse absolument immenses, qui met nos responsables publics face à des dilemmes existentiels. Peu nombreux sont ceux qui semblent dotés des armes intellectuelles et politiques leur permettant de les comprendre et, partant, de les traiter. En 2017, Emmanuel Macron, parlant d’Éric Zemmour, de Michel Onfray et d’Emmanuel Todd, employait cette formule pittoresque : « Ils font du bruit sur de vieux instruments ». C’est précisément le sentiment qui domine, en particulier chez les jeunes générations, face à une classe politique française qui s’est trompée sur à peu près tous les sujets depuis plus de trente ans, et dont l’actuel président de la République est le parfait continuateur.


« Ils font du bruit sur de vieux instruments »


Ils se sont trompés, d’abord, sur la mondialisation. Ils n’ont pas su prévoir qu’en sacrifiant l’industrie française, ils creusaient le lit d’un déficit commercial devenu structurel depuis 2004. Ils n’ont pas su prévoir, non plus, que le formidable transfert de capacités productives des pays du Nord vers les pays du Sud ferait le lit de la paupérisation généralisée des classes moyennes – et non, comme ils le pensaient, du triomphe d’une économie de services toujours plus créatrice de valeur, les basses œuvres étant laissées, sourire aux lèvres, aux pays du Tiers-Monde.

Ils se sont également trompés sur l’Union européenne, qui devait être, dans l’imaginaire politique national, une extension de la puissance française sur la scène mondiale. Mais à l’inverse, l’instauration du marché unique, puis de l’euro, et l’élargissement continu et irraisonné de l’Union européenne, culminant en 2004 et 2007 avec l’entrée de douze pays d’Europe centrale et orientale, ont achevé de transformer l’UE en une plateforme libre-échangiste où les politiques de déflation salariale devaient, de fait, s’imposer à tous. Une plateforme dont la paralysie décisionnelle serait l’alibi permanent des injonctions aux réformes structurelles qu’elle adresse à ses membres, perpétuellement classés selon leur degré de soumission à des dogmes tombés en désuétude aux yeux du reste de la planète.

 Ils n’ont pas voulu voir, non plus, que le retrait désordonné de l’Etat de la sphère économique, mené tambour battant depuis 1986 et gravé dans le marbre par les traités européens, allait entraîner une incapacité du politique à peser efficacement et fortement sur les choix stratégiques face auxquels nous place le XXIe siècle – scientifiques, technologiques, environnementaux. Pendant que fleurissaient les Etats stratèges, de Washington à Pékin, nos élites se préoccupaient d’organiser la molle impuissance des pouvoirs publics à mener à bien les immenses – et, il faut bien le dire, passionnants – chantiers collectifs des prochaines décennies. Ce qui relève, dans cette entreprise de destruction, de l’idéologie autosatisfaite, de la malhonnêteté ou du cynisme, reste à déterminer.

Ils ont également échoué à anticiper l’affaissement des liens collectifs qui découlerait de ce désengagement de l’Etat et du politique, encore attisé par la montée en puissance de l’individu souverain, émancipé, auto-normé, maillon toujours plus libertaire d’une économie toujours plus atomisée. Un individu qui semble percevoir aujourd’hui la formidable solitude dans lequel l’ont laissé l’incapacité du politique à bâtir un destin national, mais aussi la fragmentation communautaire de la société française, de territoires perdus des zones urbaines en zones rurales laissées en déshérence. C’est en ce sens que les Gilets jaunes ont constitué un moment politique doté d’une symbolique sans précédent : celle d’une supplique adressée à « ceux d’en haut » pour qu’ils répondent au sentiment d’abandon qu’éprouvent « ceux d’en bas ».

Le retour de l’État ?

Ces constats, volontairement synthétiques et dont la liste pourrait être étendue, poussent tous les démocrates à un questionnement aigu : quelle offre politique est aujourd’hui, dans notre pays, capable d’y répondre de façon satisfaisante ?

La France se trouve dans une situation extrêmement paradoxale, où le poids de son Etat, financier, technique, administratif, est aussi important qu’est faible sa capacité à peser sur les fondamentaux de l’édifice politico-économique dont il est, si l’on peut dire, à la tête. Pour l’immense majorité de la droite française, c’est le poids de l’Etat en soi qui est problématique : trop de fonctionnaires, trop de dépenses sociales, trop de normes, trop d’impôts – ceux dont l’IFRAP nous explique régulièrement qu’ils sont la cause des malheurs de nos entreprises, diagnostic qui ne résiste pas à l’analyse objective des faits. Pour l’immense majorité de la gauche, c’est au contraire le déclin de l’Etat qui est à la source de nos malheurs : la France, pays riche, pourrait se permettre de répondre indéfiniment par la dette, par l’emploi public et par le relèvement des minima sociaux, aux multiples maux qui la minent. Si l’on devait caricaturer ce débat – assez consternant, il faut l’admettre, parce que tristement anachronique –, on pourrait dire que d’un côté, on propose de raser gratis et, de l’autre, de saigner à blanc. Là où nos sympathiques baby-boomers labellisés de gauche se répandent en injonctions à la fraternité budgétaire, à l’accueil inconditionnel des migrants et à la sortie du nucléaire, leurs symétriques de droite pleurent à chaudes larmes sur la dette laissée à nos enfants, sur l’Etat obèse et sur la tyrannie fiscale.

Personne, d’un côté comme de l’autre de l’échiquier politique, ne semble relever ce postulat simple : l’Etat est de retour, après quarante ans de dérégulation et de foi en l’initiative privée. La crise de 2008 a été l’heure de vérité d’un capitalisme financier auquel nul, en vérité, ne voue plus la même foi qu’il y a vingt ans. A bas bruit, nos banques centrales ont déversé, depuis dix ans, des milliers de milliards de liquidités sur les acteurs économiques, dont ils n’ont su que faire. Les montagnes de dettes, privées et publiques, sur lesquelles nous dansons aujourd’hui, sont les abcès monstrueux de la faillite de la dérégulation à produire un optimum économique que les Etats avaient perdu, au sortir des Trente Glorieuses, toute légitimité à bâtir, sur fond d’hyperinflation et d’explosion du chômage. Le salarié américain a appris à vivre à crédit, puis le cadre, puis l’étudiant : aujourd’hui, l’ensemble de l’édifice ne tient que par l’endettement, doublé depuis dix ans de la planche à billets. L’expérience menée depuis la fin des années soixante-dix, celle de la « Grande Liberté », se trouve aujourd’hui dans une impasse politique – car les classes perdantes, en particulier en Occident, se rebiffent – et économique – engagés que nous sommes dans une spirale déflationniste rendue inéluctable par l’hyper-concurrence mondialisée. Et il est manifeste que nous n’avons pas à notre tête, aujourd’hui, un président capable de comprendre quel monumental changement de logiciel s’est opéré, silencieusement, depuis dix ans – et ne parlons même pas de l’Union européenne, qui regarde avec tendresse l’Allemagne s’enfoncer, depuis plusieurs mois, dans l’absurdité économique, et se montre incapable, faute de convergence de vues et d’intérêts objectifs entre ses membres,  d’être l’instrument d’un bouleversement des politiques publiques à l’échelon continental.

L’offre politique concurrente est aujourd’hui incapable de répondre à cette situation, qui appelle des politiques nouvelles et jusqu’ici inutilisées : mobilisation de l’épargne nationale, paralysée par les incertitudes structurelles qui pèsent sur l’économie financiarisée ; réinvestissement par l’Etat de la sphère économique, via des appels à projets et des dispositifs fiscaux massifs à destination des secteurs stratégiques pour les prochaines décennies, à commencer par l’enseignement supérieur et la recherche ; remise à plat de l’absurde décentralisation à la française, qui sape les fondements de notre pays depuis bientôt quarante ans ; abandon des ineptes politiques de l’offre indistinctes menées depuis plus de trente ans, et dont le CICE est sans doute la quintessence ; refonte d’ampleur de notre système fiscal, d’une complexité devenue rédhibitoire, et réorientation complète de celui-ci vers des objectifs socio-économiques clairement définis par les pouvoirs publics. L’Etat dont nous aurions besoin aujourd’hui est soviétique aux yeux de la droite libérale, diaboliquement libéral aux yeux de la gauche social-démocrate. Et les deux forces – LFI et le RN – qui pourraient s’approprier ce nouveau paradigme sont, de fait, incapables de formuler des propositions novatrices et pertinentes sur le sujet. Absolument sclérosées, les forces politiques françaises, les partis politiques français, sont aujourd’hui comme des forteresses en ruines, construites sur ce qui fut jadis le dogme politico-économique du temps de leur fondation. La crise de 2008 et ses conséquences encore aujourd’hui profondes, tout autant, au niveau national, que l’élection d’Emmanuel Macron, ont été les deux glissements de terrain qui ont mis à bas ces châteaux forts, empreints de partis pris idéologiques fossilisés depuis les années quatre-vingt. Mais les ruines sont encore habitées par des fantômes qui rêvent de leur redonner leur aspect d’antan, au mépris des nouvelles conditions géologiques. Qui est capable, aujourd’hui, de prendre acte de l’absurdité entière du clivage entre gauche et droite, tel qu’il avait été conçu par nos parents, dans un monde où les rapports entre les individus, d’une grande verticalité, n’avaient absolument rien à voir avec ceux de l’époque que nous vivons aujourd’hui ?

Vacuité du débat politique français

La vacuité du débat politique français s’incarne à merveille dans le marronnier de « l’union des droites » et de « l’union de la gauche » qui agite, avec une intensité particulière depuis deux ans, ce petit monde. Jean-Luc Mélenchon avait compris, en 2017, l’inanité de ce débat à gauche, avant de se noyer dans ses atermoiements. A droite, Patrick Buisson semble avoir également compris que ce débat n’avait plus, en miroir, aucun intérêt. Mais les vieilles lunes ont le cuir solide : le rassemblement de la gauche était encore au menu de Bernard Cazeneuve, propulsé sur le devant de la scène au cours des derniers mois comme recours présidentiable de la social-démocratie française ; et en lisant l’ineffable Marion Maréchal-Le Pen, ce matin, on pouvait retrouver un appel brûlant à l’union des droites autour d’un projet « libéral-conservateur ». Comment faut-il expliquer à ces gens que leur marchandise n’a plus de clientèle ? Que les clivages et paramètres sur lesquels ils fondent leur analyse socio-économique sont désuets ? Le mouvement des Gilets jaunes, dont tout a été dit ou presque, est l’incarnation parfaite de cette reconstitution spontanée des individus en un corps  de citoyens se percevant – souvent à fort juste titre – comme les perdants des dernières décennies, mais pour lesquels il n’existe aucun débouché politique pertinent. Un mouvement qui me fait encore aujourd’hui l’effet d’être une denrée politique exceptionnelle, un avion de chasse qu’aucun de nos responsables d’aujourd’hui n’est capable de piloter, accroché qu’est ce petit monde aux clivages qui ont fait, voilà dix, vingt ou trente ans, sa fortune politique. Face à cette situation, nos dirigeants ont adopté une posture défensive : le fossile politique français n’a pas bougé d’un pouce. Certains, comme Julien Aubert, tentent de rebâtir un mouvement gaulliste – manifestement sans comprendre qu’ils tentent de transformer un zèbre en éléphant. Le Parti socialiste continue de courir après son hégémonie perdue à gauche, qu’il ne retrouvera plus. Tout ceci sent, à plein nez, la naphtaline. 

Sans doute faudra-t-il un nouveau choc extérieur, d’une ampleur comparable à celui de la crise de 2008, pour que ces partis zombies, spectateurs somnambules de la réalité, soient mis à bas, et que s’ouvre la possibilité d’une recomposition structurelle du paysage politique français, consciente des nouveaux enjeux socio-économiques nationaux et mondiaux. Il y a urgence, car chaque année passée par notre pays à courir après son ombre est une année perdue pour la capacité de la France à demeurer une grande puissance. Plus que jamais, la médiocrité de notre personnel politique le place cruellement en-deçà des défis auxquels notre pays est d’ores et déjà confronté. 


jeudi 5 septembre 2019

Le Venezuela sous le feu de la désinformation


"Le réalisme est le bon sens des salauds" Bernanos

Nul ne peut contester la part restreinte des informations sur l'international dans les grands médias. La concentration extrême du pouvoir de décision dans le domaine de la politique étrangère n'y est pas pour rien : les intérêts économiques et stratégiques sont trop décisifs pour être soumis au contrôle populaire le plus élémentaire ! Les « démocraties » les plus avancées sont hémiplégiques et infirmes : les sommets de l'État et quelques experts sont seuls « qualifiés » et les simples citoyens n'ont rien à apporter, y compris lorsqu'ils sont consultés : en 2005, le « Non » à la « Constitution » européenne des Français n'a pas compté. Il dérangeait les pouvoirs publics et privés et contredisait tous les médias qui avaient appelé à voter « Oui » !
Les grands médias, sans complexe, et bien au-delà de la question européenne, mentent, déforment, dissimulent avec plus ou moins de subtilité, pour s'aligner (lorsqu'ils ne sont pas acquis par le recrutement sélectif de leurs éditorialistes) sur les intérêts des groupes qui les financent. Le résultat est une méconnaissance crasse de l'opinion sur la réalité des relations internationales et un enfermement mental des citoyens sur leur pré-carré. Comment s'étonner des relances périodiques d'un chauvinisme étroit, d'un nationalisme arrogant, accompagnés souvent de racisme, au sein des grandes puissances ? Les pouvoirs « enseignent » en effet le mépris des autres et une volonté de puissance bien davantage que la solidarité transnationale !
Le paradoxe est profond à l'heure d'une mondialisation voulue par le monde des affaires et leurs auxiliaires étatiques, qui fait qu'aucune économie nationale et aucun peuple ne peuvent échapper aux ingérences étrangères et à l'impact des intérêts multinationaux partout présents : tout régime, quel qu'il soit, subit ainsi une sorte de « métissage ». L'État le plus attaché à la souveraineté nationale et le peuple le plus patriote sont eux-mêmes victimes d'un environnement international défavorable et se trouvent transformés, malgré eux, par la pénétration d'intérêts qui ne sont pas les leurs. Il en est ainsi particulièrement des rares bastions se réclamant d'un socialisme souvent abâtardi par des sanctions de toutes sortes (embargos, blocage d'avoirs financiers, discriminations commerciales, pressions politiques et idéologiques, etc.) pouvant aller jusqu'au sabotage et à l'intervention militaire.
Les grands médias occidentaux font silence sur ce qui accable, en raison des rapports de force, les régimes qui leur déplaisent : la présentation de la Corée du Nord depuis plus qu'un demi-siècle va jusqu'à la caricature le plus sommaire. Il en est de même pour la Chavisme au Venezuela, comme il en a été par le passé du Vietnam et de Cuba ! La mal information est la règle : un simplisme malsain domine dans le combat qui oppose un « camp » à l'autre, dans un brouillard entretenu par un bavardage incessant sur les « valeurs » et les « idées » ! L'adhésion à l'idéologie des managers capitalistes, doublée d'un « inculture branchée et culottée, bavarde et narcissique », comme l'écrit A. Accardo, caractérisent certains spécimens issus d'écoles de journalisme productrices de savoir-faire plus que de savoir. Ce n'est pas le fait de tous les journalismes, mais, précarisés, presque tous acceptent de subir la laisse tenue par les « patrons » !
Les médias dominants, qu'il s'agisse particulièrement des chaînes d'information continue, des radios privées ou publiques, ou de la presse écrite, bénéficiant d'un label quasi-officiel (en France, par exemple, certains journaux sont eux-mêmes « médiatisés » par la radio et la télévision, comme Libération, Le Figaro, Valeurs Actuelles, etc.), sont des outils de fabrication d'une pensée conforme, malgré leur diversité apparente plus ou moins « branchée », source d'une servilité « volontaire » !
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Lorsque les troupes de l'OTAN ont détruit tout le Moyen Orient et continuent de le faire avec l'Arabie Saoudite au Yémen, il est « expliqué » que ces guerres sont menées dans le respect du droit humanitaire, ce qui n'est pas le cas des Russes en Syrie, par exemple, « allié inconditionnel » du bourreau de Damas ! Les journalistes n'ont pas à s'interroger sur le coût des « guerres justes » mais seulement sur celui des interventions russes ou iraniennes, dont la malfaisance est une évidence !
La nouvelle dictature brésilienne n'inquiète pas les journalistes spécialistes d'Amérique du Sud. Par contre, le Venezuela chaviste mérite toutes les accusations, bien que le régime bolivarien ait sorti, avant de connaître la crise actuelle largement due aux politiques étasuniennes, des milliers de Vénézueliens de la misère !
Il est clair, pour les médias dominants, qu'aucune expérience d'orientation socialiste ne doit bénéficier du moindre crédit parce qu'il va de soi qu'aucune ne « doit » réussir !
Depuis Allende jusqu'à Maduro, via le régime cubain, il a été médiatiquement proclamé que l'échec était programmé ! C'est autant de coups frappant la gauche occidentale lorsqu'elle est solidaire.
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Robert Charvin
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Une inoculation de « bleuite » sous contrôle au Venezuela

par Maurice Lemoine


Nicolas Maduro & Diosdado Cabello


On ne saura sans doute jamais si le « président imaginaire » Juan Guaido a cru (ou non) un seul instant aux fables qu’il a raconté. Lorsqu’il s’autoproclame chef de l’Etat « par intérim », le 23 janvier 2019, au terme d’une manifestation de l’opposition littéralement convoquée la veille par le vice-président étatsunien Mike Pence, « Maduro » est censé s’effondrer en quelques jours, laissant place à un « gouvernement de transition ». Garantie absolue, satisfait ou remboursé. Un mois s’est néanmoins déjà écoulé quand Guaido annonce que, s’appuyant sur un réseau de 250 000 volontaires, pas un de moins, une pseudo « aide humanitaire » (arrivée des Etats-Unis par avions cargo militaires) entrera au Venezuela par les frontières de la Colombie et du Brésil « sí o sí  » – littéralement « oui ou oui », « que cela plaise (au pouvoir) ou non ».

Seul résultat concret de ce 23 février : un fiasco mémorable couronne l’opération. « Crise sur le gâteau », on va découvrir que Gaby Arellano et José Manuel Olivares, envoyés du président fantoche à Cúcuta (Colombie) pour coordonner ce show avant tout médiatique, se sont mis dans la poche une part substantielle des fonds destinés à le financer, qu’un des camions transportant « l’aide » a été incendié, côté colombien de la frontière, non par les forces de l’ordre bolivariennes mais par les nervis qu’a recrutés l’opposition [1] et enfin que les quelque dizaines de militaires vénézuéliens ayant commis l’imprudence de se rallier aux nouvelles « autorités » ont été abandonnés à leur triste sort, complètement à la dérive, en Colombie, par ceux qui les ont incités à déserter.

Le temps passant, et malgré ses rodomontades répétées de semaine en semaine – « On est là et on va y rester ! Tous dans la rue, pour la phase définitive qui mettra fin à l’usurpation ! » (6 avril 2019) –, l’ « effet Guaido » perd de sa force auprès d’opposants qui, de manière pour le moins irrationnelle, se sont laissés subjuguer par une icône fabriquée de toutes pièces, dont ils n’avaient jamais entendu parler six mois auparavant [2]). Il faut à Guaido tenter un coup de poker pour reprendre la main. 

Le 30 avril au petit matin, il apparaît sur les réseaux sociaux, prétend parler depuis le cœur de la base militaire de La Carlota (Caracas) prise par les hommes en uniforme qui l’entourent (en plan serré), affirme pour le énième fois entamer la « phase finale » de son projet et soutient que l’armée a basculé en sa faveur (tout en l’appelant au soulèvement !) : « C’est le moment, lance-t-il sur Twitter. Les vingt-quatre Etats du pays se sont engagés sur le même chemin : il n’y a plus de retour en arrière. L’avenir nous appartient : le peuple et l’armée unis pour mettre fin à l’usurpation. » Assigné à résidence depuis 2017, le dirigeant de Volonté populaire Leopoldo López se tient à ses côtés et précise, lui aussi dans un tweet, avoir été « libéré par des soldats ».

Secrétaire général de l’organisation des Etats américains (OEA) et homme lige de l’administration Trump, Luis Almagro se félicite immédiatement de « la fin de l’usurpation (du chef de l’Etat légitime)  ». De Bogotá, en impudent adepte du « droit d’ingérence », le président Iván Duque appuie le coup d’Etat. Son homologue brésilien, le boutefeu (dans tous les sens du mot) et nostalgique de la dictature militaire Jair Bolsonaro réitère sur Twitter son soutien à la… « transition démocratique en cours au Venezuela ». Depuis Washington enfin, la « troïka de la tyrannie » qui entoure Trump – John Bolton (conseiller à la sécurité nationale), Mike Pompeo (ministre des affaires étrangères) et Elliott Abrams (en charge du Venezuela) – presse Maduro de quitter le pays. 

Ce « grand bluff » ne fait pas illusion plus de quelques heures : les « factieux » ne se trouvent pas dans la base aérienne de La Carlota, mais à proximité ; seule une poignée de militaires sans troupes les accompagne ; malgré les incessantes menaces provenant tant de Washington que de Guaido, la Force armée nationale bolivarienne (FANB) renouvelle son appui aux institutions légitimes ; échaudés, les antichavistes restent à la maison au lieu de déferler, comme on les y invite, dans les rues du pays. 

Après un affrontement avec les forces de l’ordre – trois policiers et cinq militaires loyaux blessés par balle (dont deux très sérieusement) –, puis un bref repli par le quartier bourgeois d’Altamira – fief de l’opposition –, les putschistes se débandent et Leopoldo López échange son statut d’assigné à résidence, dans sa confortable demeure, pour un séjour « tapas et paella » (à durée indéterminée) dans l’ambassade d’Espagne, où il se réfugie.

Fin de cet épisode grotesque – mais très dangereux ! Guaido et les siens ont joué un petit jeu potentiellement mortel pour la vie de pas mal de Vénézuéliens. La même technique fut employée le 11 avril 2002 lors du bref coup d’Etat contre Hugo Chávez : diffuser un énorme mensonge – à l’époque, un faux massacre des manifestants de l’opposition par les « hordes » chavistes [3], aujourd’hui la prise d’une base militaire grâce à un supposé soulèvement de l’armée – avec comme unique objectif de faire basculer une masse critique d’officiers pas forcément « putschistes », mais peu désireux de se retrouver dans le mauvais camp en cas de chute de Maduro. Jouant de la carotte et du bâton pour se les rallier, Guaidó n’a-t-il pas proposé une loi d’amnistie accordant toutes les garanties aux responsables civils et militaires qui collaboreraient au « rétablissement de la démocratie » ? Ce genre de (ce qu’on n’appelait pas encore) « fake news » fonctionna au début des quelques heures de la séquestration de Chávez en 2002. Il tombe complètement à plat cette année. Fort heureusement ! Aujourd’hui comme hier, un renversement réussi du président constitutionnel ne peut mener qu’à un déchaînement de violence aux incalculables répercussions.

Que ses partisans locaux et ses soutiens étrangers le veuillent ou non, en interne l’ « opération Guaido » a définitivement atteint ses limites. C’est donc depuis l’extérieur des frontières que la déstabilisation du Venezuela doit s’organiser. Même si, et contrairement à une idée répandue, Caracas n’y est pas particulièrement isolée : quasiment les trois quarts de la « communauté internationale » – composée des 193 pays plus 4 observateurs [4] représentés au sein de l’Assemblée générale des Nations unies – reconnaissent Nicolás Maduro comme président légitime de la République bolivarienne du Venezuela et ignorent royalement Guaido. Mais les Etats-Unis et leurs alliés – avec, en tête de liste, l’Union européenne et onze pays néolibéraux latino-américains emmenés par les peu fréquentables Bolsonaro (Brésil) et Duque (Colombie) au sein du Groupe dit « de Lima » – font feu de tout bois pour occulter cette réalité. Aidés dans cette noble tâche par les «  gatekeepers », rédacteurs en chef « pensée conforme » et autres journalistes des médias dominants.

Qu’on l’appelle comme on veut, « guerre non conventionnelle », « guerre hybride » ou « guerre de quatrième génération » (G4G) [5], l’agression contre la République bolivarienne a atteint des niveaux exécrables. A la « guerre économique » sournoisement menée de l’intérieur depuis 2013 par l’organisation de pénuries et les attaques contre la monnaie, se sont ajoutées, depuis l’Ordre exécutif signé par Donald Trump en aout 2017, des mesures coercitives unilatérales étatsuniennes s’apparentant à un véritable blocus. Actes de piraterie économique, ces mesures interdisent au système financier mondial de participer à toute opération de renégociation de la dette souveraine de Caracas (ou de la compagnie pétrolière nationale PDVSA), perturbent le fonctionnement de l’industrie pétrolière, principale source de revenus du pays, confisquent tous les avoirs de l’Etat vénézuélien présents à l’étranger (pour parfois les remettre, dans des conditions particulièrement scabreuses, aux représentants et « dirigeants » illégitimes nommés par Guaido). 

Le 6 août, un nouveau décret destiné cette fois à torpiller un dialogue, dont ne veut à aucun prix Washington, engagé entre représentants du gouvernement et de l’opposition à La Barbade, avec la médiation de la Norvège, a encore accentué cette « punition collective » imposée au peuple vénézuélien. Il accroît les pressions et menaces sur les firmes, entreprises et armateurs étrangers pour qu’ils cessent toute transaction commerciale avec l’Etat vénézuélien, que celui-ci vende son pétrole, son or ou achète des aliments et des médicaments destinés à la population [6]. « Nous envoyons un signal aux parties tierces qui veulent faire des affaires avec le régime Maduro : soyez extrêmement prudents, a averti Bolton. Le temps du dialogue est terminé. Il est temps d’agir maintenant. » 

D’après des estimations crédibles du gouvernement vénézuélien, les pertes globales pour l’économie se sont montées à 23,3 milliards de dollars d’août 2017 à décembre 2018, auxquelles s’ajoutent, sur la même période, 30 autres milliards de dollars d’actifs gelés, en grande partie aux Etats-Unis. Un tel blocus économique et financier destiné à faire tomber un « régime » en affamant sa population viole le droit international et la Charte des Nations unies. Ancien rapporteur indépendant en matière de droits de l’Homme auprès de cette institution, Alfred de Zayas, et il n’est pas le seul, estime que ces « sanctions » relèvent du « crime contre l’Humanité ». 

Dans un tel contexte, on serait en droit d’attendre que les grandes multinationales dites de « défense des droits fondamentaux » montent au créneau. Malheureusement, parties prenantes dans la bataille politico-médiatique qui se mène contre le Venezuela, un certain nombre d’organisations néo-gouvernementales (ONG) se livrent à une exploitation maligne du thème des droits humains. Par « organisations néo-gouvernementales » on entendra « structures et bureaucraties dites de la “société civile” se présentant comme neutres, indépendantes de tout pouvoir politique, mais en réalité fonctionnelles aux objectifs du gouvernement des Etats-Unis » (et de certains gouvernements européens).

Le 22 août 2019, en présentant un document élaboré par onze de ces organisations locales ou internationales [7], José Miguel Vivanco, directeur pour les Amériques de Human Right Watch (HRW), demandait au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU d’enquêter sur « les abus aberrants commis [par le pouvoir] au Venezuela, d’identifier les responsables et, si possible, d’établir la chaîne de commandement ». Signataire de cette injonction, Amnesty International mène pour sa part une campagne infernale contre la République bolivarienne (et le Nicaragua sandiniste), confondant manifestement la « responsabilité de protéger » (R2P, déjà hautement problématique) avec la « responsabilité de persécuter ». 

Décontextualisant la situation, omettant volontairement les attaques, y compris violentes, déclenchées par l’opposition contre la démocratie, ignorant délibérément les victimes chavistes (et sandinistes au Nicaragua), Amnesty n’a de cesse de dénoncer « une politique systématique de répression des dissidents » (on notera le vocabulaire, ressorti des catacombes de la guerre froide : il ne s’agit même pas de grosses ficelles, mais de câbles d’acier) [8].

Chaque rapport d’Amnesty s’apparente à un « Apocalypse Now » destiné à expédier Nicolás Maduro et les dirigeants qui l’accompagnent devant la Cour pénale internationale (CPI) – à l’instar sans doute de Laurent Gbagbo, chef d’Etat ivoirien fort peu prisé de Paris et de Nicolas Sarkozy, frappé de sanctions par l’Union européenne pendant la crise post-électorale 2010-2011, arrêté en avril 2011 avec l’aide des troupes françaises présentes dans son pays, incarcéré pendant sept années par la CPI à La Haye, avant d’être… acquitté définitivement le 15 janvier dernier en raison de « bases [d’inculpation] incertaines et douteuses, inspirées par un récit manichéen et simpliste. »

On pourrait rajouter « mensonger » et « manipulateur » s’agissant d’Amnesty et du Venezuela. Par chance pour l’organisation, ses relais médiatiques, dans leur paresse infinie, se contentent généralement de recopier ses communiqués. S’ils prenaient la peine de lire, par exemple, les 53 pages du dernier rapport « Faim de justice ; crimes contre l’Humanité au Venezuela » (14 mai 2019), peut-être sursauteraient-ils devant l’aveu suivant : « Amnesty International a également dénoncé au moins 8 000 exécutions extrajudiciaires commises par les forces de sécurité entre 2015 et 2017, dont… huit ont fait l’objet d’un examen approfondi [c’est nous qui avons rajouté les points de suspension et le gras]. Toutes ces informations (sic !) ont permis à l’organisation d’établir la nature systématique et généralisée des événements de janvier 2019 contre la population civile.  » Dans ces conditions, on ne devrait pas tarder à découvrir un « charnier de Timisoara » rebaptisé bien entendu « charnier d’Altamira » [9]… Un Maduro en « Dracula des Caraïbes » ferait de superbes titres de « unes », non ? 

Qu’on se souvienne un instant de Colin Powell… Ministre des Affaires étrangères de George W. Bush, celui-ci se félicitait en octobre 2001 : « Les ONG sont pour nous un tel levier, une part tellement importante de notre équipe de combat [10]… » 

Aucun observateur digne de ce nom n’oserait prétendre qu’il n’y a aucune bavure policière au Venezuela [11] ; qu’on n’y a jamais détecté un quelconque cas de torture – en témoigne la mort de Rafael Acosta, officier ayant participé à la tentative de « golpe » du 30 avril et à l’évidence décédé des suites des sévices qui lui ont été infligés (deux agents des services de renseignements ont été inculpés de meurtre par les autorités) ; que certaines situations n’exigent pas une enquête impartiale et approfondie – s’agissant par exemple du décès suspect par « suicide », dans les locaux du Service bolivarien de renseignement national (Sebin), du conseiller municipal d’opposition Fernando Alban, impliqué dans une tentative d’assassinat (bien réelle par ailleurs) du président Maduro ; que le Sebin en question ne mérite pas une reprise en main et un contrôle des plus sérieux, agité qu’il est par de parfois très étranges convulsions (c’est une poignée de ses fonctionnaires qui ont libéré Leopoldo López le 30 avril, le chef de l’institution, le général Manuel Cristopher Figuera, faisant défection quelques jours plus tard avant de rejoindre sa famille à Miami, d’où, accueilli à bras ouverts par ceux-là même qui hier le traitaient d’assassin, il multiplie les accusations, spectaculaires, mais pas vraiment nouvelles, contre Maduro et son entourage.

Pour autant, il est totalement aberrant d’affirmer, à partir de chiffres « trafiqués » par des ONG locales financées depuis les Etats-Unis et l’Europe, qu’on a affaire au Venezuela, à travers la torture, les disparitions forcées et l’assassinat, à « une stratégie globale du gouvernement de Nicolas Maduro pour neutraliser l’opposition ». Si l’agression contre la République bolivarienne n’était aussi dramatique, on pourrait même s’amuser de voir la meute qui, mois après mois, article après article, diatribe après diatribe, a tenu le public en haleine en évoquant une « insécurité terrifiante au Venezuela », changer soudainement et son fusil d’épaule et son angle d’attaque en accusant de façon systématique les Forces d’action spéciales de la police (FAES) de se livrer à des exécutions extra-judiciaires lorsqu’elles affrontent des bandes criminelles ou paramilitaires lourdement armées et que tombent des délinquants (et, semble-t-on ouvertement regretter, pas suffisamment de policiers !). 

En ce sens, le rapport prétendument dévastateur rendu public par la Haute commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme (HCDH), Michelle Bachelet, le 5 juillet, relève davantage d’une opération politique que de la défense des droits humains. Pas plus qu’Amnesty ou HRW (qui ont statut consultatif auprès de l’ONU, ce qui explique pour une bonne part la concomitance des accusations), ce rapport, qui incrimine un « désastre humanitaire » dû au seul gouvernement, ne mentionne la déstabilisation économique, les mesures coercitives unilatérales des Etats-Unis, la tentative d’assassinat (démocratique ?) de Nicolás Maduro (le 4 août 2018), l’usurpation de la fonction de président de la République par Guaido, sa tentative de coup d’Etat du 30 avril, les phases de violence insurrectionnelle – dites « guarimbas » – déclenchées par l’opposition en 2014 et 2017…
Nommée à la tête de la Commission des droits de l’homme de l’ONU le 10 août 2018, Michelle Bachelet n’y est pas arrivée avec une équipe qu’elle aurait constituée. C’est celle de son prédécesseur, le prince jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein, notoirement pro-américain (bien qu’anti-Trump) et très hostile au Venezuela, qui a rédigé le rapport que, sans apparents états d’âme, elle a présenté. En août 2017, écrit sous l’autorité du même haut fonctionnaire princier en interviewant (par téléphone !) quelque 150 personnes, dont « des victimes, des témoins, des journalistes, des avocats et des médecins », un précédent document dénonçait déjà « le recours généralisé et systématique à une force excessive pendant les manifestations, et la détention arbitraire de manifestants et d’opposants politiques présumés » En le présentant et en le commentant, le prince fit alors remonter le début de cette « répression » à 2014 (année des premières « guarimbas »). Très amusant ! Présidente du Chili et entourée d’une majorité de gouvernements « de gauche » dans la région, Michelle Bachelet dénonçait à cette époque les méthodes insurrectionnelles de l’opposition vénézuélienne : « Nous n’appuierons jamais un mouvement qui refuse le résultat des élections et cherche à renverser par la violence un gouvernement élu librement et démocratiquement [12]. »

Cinq années ont passé, la droite conservatrice a fait un retour en force sur le continent. Les ors de sa nouvelle fonction méritent bien un rapprochement avec de nouveaux amis : Bachelet se souvient que, outre la médecine, elle a étudié la stratégie militaire à l’Académie chilienne de la stratégie et des politiques ainsi qu’à l’Inter-American Defense College des Etats-Unis. Il doit lui revenir aussi qu’en deux mandats à la tête du Chili, elle s’est abstenue de faire réformer la Constitution laissée par le général Augusto Pinochet. Au risque d’accélérer (ou dans le but de favoriser) le traitement de la requête déposée par six pays contre Nicolás Maduro devant la CPI, elle fait désormais le jeu de ceux qu’elle critiquait hier et accable le Venezuela. 

Pour aller vite et reprendre une expression plutôt franco-française, on dira que « ce n’est pas la bachelette qui tourne, c’est le sens du vent ».

Mais ce vent ne tourne-t-il pas également au cœur du pouvoir vénézuélien, annonçant de bien sombres lendemains ? On pourrait légitimement le supposer. Immédiatement après la tentative de coup d’Etat du 30 avril, l’exposition de son contexte est faite par un Elliott Abrams soudain très prolixe devant les médias internationaux : des « conversations secrètes », explique-t-il, avaient lieu depuis plusieurs semaines avec le président du Tribunal suprême de justice (TSJ) Maikel Moreno, le ministre de la Défense Vladimir Padrino López, le directeur de la Direction générale du contre-renseignement militaire (DGCIM) et commandant de la Garde d’honneur présidentielle Iván Hernández Dala, ainsi qu’avec quelques généraux (dont bien entendu le chef du Sebin, Manuel Cristopher Figuera). Tous s’étaient mis d’accord avec l’opposition et Washington pour renverser Nicolás Maduro. Des hauts fonctionnaires étatsuniens soulignent (sous couvert de l’anonymat) qu’un « accord en quinze points » avait été trouvé. Pour qui douterait encore, Gustavo Tarre, l’« ambassadeur » de Guaido qu’a reconnu l’OEA en bafouant toutes les procédures de l’organisation (ce qui a provoqué de fermes protestations du Mexique, de l’Uruguay et des pays de la Caraïbe), confirme l’existence de cette conspiration. 

En substance : tandis que le chef du TSJ publierait un arrêt rétablissant l’Assemblée nationale dans ses fonctions, le ministre de la défense forcerait le chef de l’Etat à démissionner. Seulement, ajoutera Bolton, le complot ayant été découvert – à cause des Russes et des Cubains, devra préciser de son côté Mike Pompeo ! – les intéressés se seraient momentanément « dégonflés » et auraient abandonné en rase campagne – ou presque, Altamira étant passablement urbanisé – Leopoldo López et Guaido.

Il n’empêche… Le chef de l’Etat serait-il entouré de traîtres ? Telle est l’affirmation qui soudain tourne en boucle et se répand. Les précautions et la paranoïa n’étant jamais très éloignées, on imagine déjà un Maduro ayant la sensation d’évoluer dans un panier de crabes, paniqué, anéanti, tremblant de tous ses membres, la tête dans un étau. Ecartant les uns, se méfiant des autres, jetant sur tous des regards suspicieux. D’autant que les renégats semblent se multiplier. Ses alliés traditionnels commenceraient à lui tourner le dos, lit-on ici et là, et notamment le Parti Communiste du Venezuela (PCV). Interrogé par l’Agence France Presse, un porte-parole du département d’Etat américain confirmera bientôt, sans donner de noms, que « des dizaines de prétendus très proches alliés de Maduro » membres de son premier cercle, ont tenté ces derniers mois de « négocier son départ » en contactant « des responsables gouvernementaux américains par plusieurs moyens ». Et voici d’ailleurs que le pire arrive – « Toi aussi, Brutus ! » – en la personne du président de l’Assemblée nationale constituante (ANC) et numéro deux du « régime », Diosdado Cabello.

C’est le 19 août, depuis Bogotá, sous la signature du journaliste Joshua Goodman, que l’agence Associated Press (AP) a fait éclater la bombe : des conversations elles aussi secrètes ont lieu entre Cabello et un proche de Donald Trump. Le Wall Street Journal embraye en révélant que « Cabello cherche à obtenir des garanties du gouvernement des Etats-Unis pour que lui et d’autres chavistes puissent continuer à participer à la vie politique vénézuélienne s’il s’unit aux efforts destinés à chasser Maduro du pouvoir »… 

En résumé : totalement isolé, Maduro n’a plus rien à attendre de personne, chacun le laisse tomber pour peu que cela ça serve ses intérêts. Le cœur du pouvoir va devenir un champ de bataille permanent, avec ses trahisons, ses doubles jeux, ses coups de poignard dans le dos, ses purges, ses victimes, ses provisoires vainqueurs et, en inéluctable conséquence, un chavisme définitivement démantelé.

On ne dira jamais assez l’importance qu’a la mémoire pour analyser tel ou tel événement. Car la méthode employée en l’occurrence n’a rien de nouveau. On l’appelle la « bleuite ». Elle renvoie à la France et à un épisode particulièrement retors de la guerre d’Algérie. Son principal protagoniste français s’appelle Paul-Alain Léger. Capitaine, celui-ci a rôdé pendant la guerre perdue d’Indochine (1946-1954) ses techniques de « retournement de l’ennemi ». En 1957, pendant la « bataille d’Alger », il est parvenu à arrêter Yacef Saadi, chef du Front de libération nationale (FLN) pour la zone autonome d’Alger. A la tête de son Groupe de renseignements et d’exploitation (GRE) composé d’anciens fellaghas [13] « retournés » et vêtus pour certains de bleus de chauffe – d’où la terreur provoquée chez les militants algériens par la « bleuite » –, il poursuit son objectif : infiltrer le FLN, le noyauter, l’intoxiquer, le détruire de l’intérieur.

Une rafle de circonstance permet l’arrestation d’une jeune militante du FLN, Tadjer Zohra. Léger l’approche, la traite avec mansuétude, lui laisse entendre qu’elle n’a rien fait de très grave et va s’en tirer. Bavardant régulièrement avec elle, il lui confie incidemment qu’il a des agents doubles infiltrés jusque chez les cadres des insurgés. Il lui arrive même de s’absenter quelques instants, laissant traîner sur son bureau des lettres et des listes marquées du tampon « secret ». Les lettres sont imaginaires, mais les signatures et les cachets authentiques. Seule dans la pièce, Zohra peut lire les noms des « informateurs » du capitaine. Effarée, elle reconnaît ceux des principaux chefs de la Zone 1 de la Wilaya 3. Elle mord à l’hameçon.

Lorsque Léger la relâche, la jeune Algérienne quitte la Casbah et se précipite chez les rebelles. A Mazouz, chef de la Zone 1, elle raconte ce qu’elle croit avoir appris. La machine se met en marche : la suspicion se répand dans tout le maquis. Chacun se méfie de l’autre, surveille ses paroles, ses gestes, des hommes insoupçonnables tombent. Soumis à la question, certains avouent n’importe quoi, donnent tous les noms qui leur passent par la tête. Le rapport présenté par Mazouz au colonel Amirouche Aït Hamouda, commandant de la Wilaya 3, est accablant. Le virus de la « bleuite » se répand partout. « La manipulation ennemie fut tellement bien réussie qu’un bon nombre de moudjahidines suspectés, dont de nombreux instruits et intellectuels, furent liquidés après avoir subi d’atroces tortures », écrira bien plus tard un ancien combattant de l’Armée de libération nationale (ALN), Mohamed Amokrane Aït-Mehdi, dit Si Mokrane [14]. La purge, dont aujourd’hui encore on ne peut dénombrer les victimes – certains historiens avançant le chiffre de 4 000 morts – déstabilisa durablement la rébellion [15].

Bien entendu, le Venezuela de 2019 n’est pas l’Algérie de 1957 et, quant au potentiel dénouement, comparaison n’est pas raison. Néanmoins, l’objectif de l’opération psychologique est le même : diviser et dresser les uns contre les autres les principaux dirigeants chavistes. A partir de révélations d’autant plus plausibles que, dans une situation aussi tendue, au rythme où le camp bolivarien devient plus menacé, rétroactivités négatives et retournements d’alliances sont amenés à se développer. Provoquées par la lassitude, le découragement, la crainte, l’opportunisme, mais aussi la trahison ou la corruption, de réelles défections ont eu lieu, de l’ex-procureure générale Luisa Ortega à l’ancien chef des services de contre-renseignement militaire, le général Hugo Carvajal, en passant par bien d’autres, dont celle de Rafael Ramírez, le « tzar du pétrole » sous les mandats de Chávez – tous en « villégiature » semble-t-il particulièrement confortable, pour ne pas dire luxueuse, à l’étranger (à l’exception de Carvajal, détenu en Espagne et dont les Etats-Unis réclament l’extradition). 

Pour autant, l’inoculation de « bleuite » destinée à frapper cette fois le cœur du chavisme en y introduisant la méfiance mutuelle est, jusqu’à preuve du contraire, tombée complètement à plat. Tant le président du TSJ que le haut commandement militaire serrent les rangs autour de Maduro, qui leur renouvelle publiquement sa confiance. Interrogé sur son supposé « lâchage » du chef de l’Etat, le secrétaire général du comité central du Parti communiste vénézuélien, Oscar Figuera, dément catégoriquement [16]. Cabello qualifie de « manipulation médiatique » la dépêche d’AP. Et les grosses coutures de la « propagande grise » – cette technique consistant à mêler des vérités factuelles à des mensonges pour que les premières crédibilisent les seconds – apparaissent au grand jour.

En effet, créant la surprise, le président Maduro révèle le 20 août, depuis La Guaira, l’existence de contacts effectivement « secrets », depuis plusieurs mois, à haut niveau, entre le Venezuela et les Etats-Unis (vraisemblablement avec Mauricio Claver-Carone, conseiller « Amérique latine et Caraïbes » à la Maison-Blanche). On pourrait bien entendu douter d’une telle « révélation ». Mais Donald Trump en personne la confirme le lendemain ! Créant un certain trouble au sein de l’opposition vénézuélienne. Agaçant au plus haut point les faucons Elliott Abrams et John Bolton, ce dernier s’offrant le luxe, le 23, de contredire son patron : ces contacts avaient lieu « dans le dos de Maduro ». Pendant ce temps, Guaido se raccroche aux branches en prétendant qu’il s’agissait d’une « stratégie commune » et qu’il était au courant.

« Ils croient qu’ils vont nous diviser avec des blagues », a raillé Cabello ! Au terme de cette épidémie enrayée de « bleuite », le pouvoir bolivarien a une fois de plus réaffirmé sa force et son unité politique. Non seulement Maduro résiste, mais le gouvernement démontre à chaque moment critique qu’il est capable de faire descendre en foules imposantes les secteurs populaires dans la rue.

Pour autant, la menace persiste. Même si Guaido se noie, multipliant les gesticulations pour tenter de camoufler son naufrage : le 28 août, n’a-t-il pas formé un « gouvernement parallèle » avec Leopoldo López en « premier ministre » (Comisionado Presidencial), Julio Borges en « ministre des Affaires étrangères » et, pour parfaire l’illusion, quelques comparses – Humberto Prado aux « droits de l’Homme », Alejandro Plaz à l’économie (et surtout à la gestion des actifs volés à la République bolivarienne à l’étranger). Cette annonce a bien sûr provoqué pas mal de rires ou de sourires en coin : les réunions de ce Conseil des ministres auront-elles lieu à Bogotá (ou vit Julio Borges) ou dans l’ambassade d’Espagne (où réside Leopoldo López) ?

Au Venezuela même, toutes ces clowneries provoquent un croissant rejet. La crédibilité de Guaido s’effondre. L’imposture ne marche pas, ne marche plus. On l’a poussée à sa puissance maximale sans obtenir de résultat positif. Après l’avoir propulsé aux nues en tant que « président par intérim », sans pêcher par excès de nuances, les médias internationaux, déçus, désabusés, ne s’intéressent plus guère à lui. Plusieurs acteurs politiques de l’opposition – dont l’ancien candidat à la présidence de la République Henri Falcón (2018) – condamnent le blocus qu’entendent imposer les Etats-Unis grâce à l’ordre exécutif « d’embargo total » signé le 5 août et appelé de ses vœux pas Guaido.

Il n’en demeure pas moins que cet étranglement économique se poursuit, imposé par les véritables patrons du cirque. Le 9 août, Elliot Abrams a affirmé que les sanctions ne seraient pas levées « tant que Maduro n’aurait pas quitté le pouvoir ». Lors d’une Conférence internationale pour la démocratie au Venezuela, tenue au début de ce mois d’août à Lima, Bolton a déclaré de son côté : « L’unique négociation possible avec Maduro, c’est celle permettant de savoir quel avion il va prendre [pour s’exiler].  » Les messages allant dans le même sens se multiplient : en aucun cas Nicolás Maduro, Diosdado Cabello et Tareck el Assaimi (autre poids lourd de la révolution, ministre de l’Industrie) ne pourront à l’avenir participer à une quelconque élection. Voire même être présents dans le pays lorsqu’elles auront lieu. Dans son infinie générosité, Elliott Abrams a même offert une « amnistie » au chef de l’Etat s’il accepte de partir volontairement, sur la plage de son choix, pour un exil doré [17]. Ce qui s’appelle incontestablement prendre ses désirs pour des réalités.

La République bolivarienne résiste, ferme dans l’adversité. Bien qu’en souffrance, en raison des difficultés économiques, les secteurs populaires ne lâchent pas. La FANB et son haut commandement non plus, qui ont clairement décidé de défendre la souveraineté nationale. Maduro ne partira pas et, qui sait, pourrait même trouver des opposants responsables pour négocier une sortie de crise. A l’international, la diplomatie de la canonnière prend l’eau. Le Groupe de Lima n’est plus qu’une machine à pondre des communiqués dépourvus d’effets. Discréditée, l’OEA voit se multiplier les critiques des proches amis de Caracas, la Bolivie et le Nicaragua, mais aussi du Mexique, de l’Uruguay et de la Communauté des Caraïbes. Très significativement, et à l’avant-garde de la fronde, le gouvernement uruguayen a déjà annoncé qu’il ne soutiendra pas la réélection de son compatriote Luis Almagro à la tête de l’Organisation, l’an prochain. La très proche élection en Argentine, que le néolibéral Mauricio Macri a mené au désastre économique (sans que le pays ne soit agressé par personne, sauf, peut-être, le FMI !) risque de modifier dans un sens lui aussi favorable l’équilibre entre bellicistes et modérés sur le continent. D’autant que le pyromane Bolsonaro se brûle chaque jour un peu plus les ailes dans le brasier amazonien. Et que, indépendamment de Moscou et de Pékin, qu’exaspèrent l’unilatéralisme de Washington et qui, en conséquence soutiennent fermement le Venezuela, le reste de la fameuse « communauté internationale » commence à douter sérieusement de « la chute de Maduro ».

De fait, après les absurdes simagrées observés autour de la « reconnaissance » hâtive de Guaido, les diplomaties – Pays-Bas, Espagne, Portugal, Allemagne, etc. – maintiennent ou reprennent des contacts réguliers avec le gouvernement légitime. La Norvège se pose toujours en médiatrice pour l’organisation d’un dialogue (qui, semble-t-il, a repris). L’Union européenne dénonce un peu mollement, mais dénonce, les « sanctions extraterritoriales » de Washington – non par éthique, mais parce que des grandes entreprises européennes sont menacées. Même Michelle Bachelet, touchée par la grâce (après les dures critiques reçues pour son rapport déséquilibré), vient, fin août, de s’inquiéter : la seule chose à attendre de ces « sanctions », « dures et trop amples », c’est « malheureusement une émigration plus importante, car elles vont exacerber la pauvreté ». 

Les rapports de force évoluent dans un sens favorable. Pour Caracas, il faut tenir en attendant l’embellie. Pour Washington, il faut faire vite pour parachever le désastre. Trump a imprudemment fait du Venezuela une affaire personnelle et, dans un an, se présentera pour un second mandat. Dans ce registre, « le Roi est nu ». Si, au moment de ce scrutin, Maduro est toujours au pouvoir, le prestige du candidat à la réélection en sortira écorné. Dès lors, comme répété mille fois, « toutes les options sont sur la table ». La « bleuite » en faisait (et en fait toujours) partie. Parmi bien d’autres. Le 22 août, Craig Faller, chef du Commandement sud de l’armée des Etats-Unis, a réitéré à Natal (Brésil), devant les chefs d’état-major des Forces armées de quatorze pays latino-américains, que la crise au Venezuela est devenue « une menace pour la paix régionale ». Une semaine plus tard, Mike Pompeo a annoncé la création d’une « Unité des affaires du Venezuela » (AUV), destinée à « rétablir la démocratie » dans ce pays, et dirigée par le chargé d’Affaires James Story, depuis… l’ambassade des Etats-Unis à Bogotá [18]

Dans cette situation où tout est brouillé, indistinct, emmêlé, le récent « prix Nobel de la Guerre », Iván Duque, qui a réussi la performance de torpiller les Accords de paix dont avait besoin son propre pays [19], demeure à l’évidence le meilleur allié des Etats-Unis pour semer le chaos au Venezuela – et dans la région.



[1] Information confirmée (ultérieurement) par le New York Times  : https://www.nytimes.com/2019/03/10/world/americas/venezuela-aid-fire-video.html

[2] Guaido a été élu député avec 97 000 voix et ne préside l’Assemblée nationale (par ailleurs dans l’illégalité depuis janvier 2016) que parce que les quatre principaux partis d’opposition, dont le sien, Volonté populaire, ont décidé de se succéder à ce poste, par rotation, au début de chaque année.

[4] Le Saint-Siège, les Iles Cook, Niue (Etat insulaire du Pacifique sud) et l’Etat de Palestine.

[5] Type de conflit destiné à renverser le pouvoir d’un Etat en évitant si possible une intervention militaire directe, mais en utilisant tous les moyens de pression – diplomatiques, politiques, économiques, sociaux et culturels – et en contrôlant l’opinion à travers les opérations psychologiques (et donc l’appareil médiatique).

[6] On peut consulter une liste actualisée des mesures coercitives unilatérales étatsuniennes sur le site de Romain Migus : https://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

[7] Acción Solidaria (ACSOL), Centro Derechos Humanos – Universidad Católica Andrés Bello, Centro de Justicia y paz (Cepaz), Civilis Derechos Humanos, COFAVIC, Espacio Público et PROVEA pour le Venezuela ; Global Center for the Responsibility to Protect, Human Rights Watch, Commission internationale des juristes et Amnesty International pour leurs relais… médiatico-planétaires.

[8] Appel à pétition de la section française d’AI (10 août 2019).

[9] Le 22 décembre 1989, pendant la phase terminale du régime de Ceausescu en Roumanie, des agences de presse annoncent la découverte d’un charnier contenant 4630 cadavres de manifestants d’opposition tués lors d’émeutes dans la région de Timisoara. Reprise par la totalité des médias – de Libération et Le Monde en France, en passant par TF1 et l’Evénement du Jeudi – l’information suscite une intense émotion dans l’opinion publique et précipite la chute du pouvoir communiste roumain. On découvrira un mois plus tard qu’il s’agissait d’une grossière manipulation : décédés de mort naturelle, les corps en question ne dépassaient pas la vingtaine et avaient été exhumés du cimetière des pauvres de Timisoara.

[10] Haut Conseil de la Coopération internationale, « Rapport de la Commission “Crises, prévention des crises et reconstruction” », La Documentation française, Paris, mars 2005.

[11] D’après le Ministère public, 335 fonctionnaires et agents de l’Etat sont incarcérés ou sous le coup d’une enquête pour non respect des droits humains ; entre août 2017 et mai 2019, 104 condamnations ont été prononcées contre des membres des forces de l’ordre pour usage excessif de la force.

[12] « Bonnes et mauvaises victimes au Venezuela » : http://www.medelu.org/Bonnes-et-mauvaises-victimes-au

[13] Combattants partisans de l’Algérie indépendante.

[14] Mohamed Amokrane Aït-Mehdi, Le dur et invraisemblable parcours d’un combattant, Editions Rafar, Alger, 2012.

[15] Sur cet épisode de la « bleuite », lire entre autres, Yves Courrière, La Guerre d’Algérie, (« L’heure des colonels  » [tome 3]), Fayard, Paris, 1970.

[19] Dénonçant le non respect par l’Etat de ces Accords signés en septembre 2016, une fraction de l’ex-guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a annoncé le 29 août qu’elle reprenait les armes.


Source: Mémoire des luttes